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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 14:06
Les gros bidouillages du « Petit Journal » de Canal +

par Mathias Reymondle 27 février 2012

Programme d’infotainment qui mélange l’information et le divertissement, « Le Petit Journal » diffusé sur Canal +, s’acharne depuis plusieurs mois sur Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche. Quitte à truquer les informations et à détourner les images. A des fins politiques partisanes ? Rien n’est moins certain, puisque Nicolas Dupont-Aignan ou David Douillet ont également fait les frais de ces trucages et de ces détournements.

Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly ont refusé de se saluer ? Faux : ils l’ont fait, mais pas devant les caméras du « Petit Journal ». Les militants du mouvement Debout la République n’ont rien compris au meeting de Nicolas Dupont-Aignan ? Faux, car ils ont été interrogésavant que leur leader s’exprime. Mélenchon est omniprésent, comme le montre une petite compilation de ses passages dans les médias ? Faux encore, car les porte-paroles de l’UMP et du Parti socialiste occupent toujours plus de 70 % du temps de parole cumulé. David Douillet n’est pas brillant quand il défend une loi face aux députés ? Peut-être, mais est-ce bien la réalité, quand on le voit hésiter seulement à quatre reprises sur 2 h 30 min d’audition ?

Depuis quelques semaines, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur les « méthodes » du « Petit Journal ». Tourner en dérision les mensonges des responsables politiques et leur stratégie de communication ? Pourquoi pas. Pour peu que cette critique n’épargne pas les journalistes qui, en meute, suivent les candidats et acceptent leurs mises en scène. Mais, surtout, le décryptage satirique de la communication politique cesse d’être crédible quand règne une fausse impertinence qui repose… sur des faux.

Est-il légitime de brandir une carte de presse quand on se livre à des activités qui tournent le dos aux règles les plus élémentaires du journalisme ? La réponse est évidemment négative. Est-il légitime de refuser de se laisser intimider par la possession d’une carte de presse quand l’usage en est usurpé. La réponse est évidemment positive. Explications.

Erreur de comptabilité

La mise en scène est efficace. La démonstration est implacable. Alors que Mélenchon cite un rapport du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) sur le temps de parole des candidats à l’élection présidentielle lors d’un meeting (« Depuis le mois de janvier, 70 % du temps d’antenne a été réservé à deux partis : le PS et l’UMP »), Yann Barthès, l’animateur du « Petit Journal », le reprend : « Mais si on regarde le fameux dossier du CSA sur lequel il s’appuie, disponible sur tous les bons sites du CSA, nous remarquons qu’il s’agit d’une comptabilisation du 1er au 27 janvier. Oooh, c’est trop bête, Jean-Luc Mélenchon a oublié les deux ou trois petites choses qu’il a faites depuis le 27 janvier. » Suit alors une compilation des passages filmés de Mélenchon (RTL, France Info, RMC, France 2, France Inter, TF1…) sur une dizaine de jours (du 27 janvier au 7 février). Compilation qui donne l’impression d’une surexposition du candidat du Front de gauche, histoire de démontrer que Mélenchon prend des libertés avec les faits. Ce serait de l’information… Puis Barthès change de sujet, comme on change de chaîne.

Or cette séquence – pas plus qu’une autre, mais pas moins non plus – est révélatrice de la méthode de travail du « Petit Journal ». Alors que le rapport du CSA et la réaction de Mélenchon portent sur une période, on oppose à ce dernier la suivante, comme si les nouvelles invitations devaient être suivies d’invitations aussi nombreuses, alors que l’on peut être quasiment certain que cela ne sera pas le cas. Une observation non partisane – journalistique ? – devrait porter sur une plus longue période…

Mais surtout – « Oooh, c’est trop bête », comme dit Barthès – il aurait fallu comparer la présence du Front de gauche avec celle, par exemple, du PS. Et ce travail d’observation aurait vite été périlleux. En effet, sur seulement deux jours (mercredi 8 et jeudi 9 février 2012) les porte-paroles du PS se sont rendus à onze reprises dans les médias audiovisuels, comme on peut le vérifier en note [1], … bien plus que la prétendue « surexposition » du candidat du Front de gauche.

Et en s’intéressant, par exemple, aux invités des émissions politiques de la radio du 30 janvier au 9 février – grosso modo la période choisie par Barthès pour expliquer que Mélenchon mentait, le résultat est accablant : sur 60 invités politiques, 47 appartiennent à l’UMP ou au PS (voir annexe). Un petit comptage aurait permis à l’équipe du « Petit Journal » de constater que, contrairement à ce qu’ils tentent de faire croire, le Front de gauche est peu présent dans les médias par rapport au PS et à l’UMP. Mais la quête de l’information ne semble pas être le but ultime du « Petit Journal ».

Au sujet de la bipolarisation de la politique, Barthès s’étonne dans Le Monde (28 janvier 2012) : « ce sont, dit-il, les trois partis qui se disent “antisystème” qui entretiennent de mauvaises relations avec nous : celui de François Bayrou, le Front national (…), et celui de Jean-Luc Mélenchon (…). » Une façon d’avouer que « Le Petit Journal » n’est pas aussi « antisystème » que l’on pourrait naïvement le croire.

Flagrants délits de trucage

Si Mélenchon est l’une des cibles privilégiées du « Petit Journal », d’autres responsables politiques sont victimes des montages qui relèvent du faux en écriture : un délit qui, en dehors du monde des médias, serait durement sanctionné. Comme le révèle obstinément et régulièrement le site d’Arrêt sur images, l’émission de Canal + s’est fait prendre, à plusieurs reprises, en flagrant délit de trucage.

Dans l’émission du 23 janvier 2012, le candidat Nicolas Dupont-Aignan s’exprime lors d’un meeting à propos de l’euro et du franc. Puis Barthès ajoute : « Et à la sortie, interview des militants. » On voit ensuite trois personnes interrogées répondant avec quelques difficultés aux questions de l’équipe du « Petit Journal ». Or le meeting se terminait [2] à 17 h 30, et lors de cet entretien avec les militants, il faisait encore bien jour… alors que nous sommes en plein hiver. En réalité, les militants ont été interrogés avant le meeting. Ce qui change tout. Le but étant apparemment de les « présenter comme des abrutis », ainsi que l’a confié l’une des militantes à @si. Pour arriver à ses fins, Barthès est donc prêt à n’importe quoi. Du journalisme, ça ?

Le 12 janvier 2012, c’est David Douillet qui a fait les frais des bidouillages du « Petit Journal ». Comme l’explique @si, un montage vidéo montre « le ministre des Sports David Douillet très hésitant, bafouillant, alors qu’il présente un projet de loi sur l’éthique dans le sport devant les membres de la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale. » Or l’audition a duré environ 2 heures 30 min, et les images sélectionnées par le « Petit Journal » ne durent pas plus de 2 min. Finalement, 2 min d’hésitation sur 2 heures 30 min, c’est un bon rapport, non ?

Le 5 janvier 2012, l’équipe du « Petit Journal » n’a pas peur de tordre la vérité juste pour fabriquer une polémique : en déplacement dans un même train, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon se seraient évités durant tout le trajet. Bigre ! Pourtant, la réalité est tout autre, puisque les deux candidats à la présidentielle s’étaient embrassés sur le quai de la gare… mais avant l’arrivée des caméras. [3]

Mépris des « petits »

Ces quelques exemples – pris sur une période d’un mois – illustrent plutôt bien le journalisme selon la méthode Barthès. Problème. A cette constante malhonnêteté s’ajoute le mépris systématique des « petits candidats ». Deux exemples.

Premier exemple. Lors de l’émission déjà mentionnée consacrée à Dupont-Aignan. Un militant du mouvement Debout la République suggère qu’« il faut sortir de l’euro et garder une monnaie commune, pour faire des échanges entre nations. » Commentaire railleur de Barthès : « OK, il faut virer l’euro, mais garder l’euro ». De l’art de faire rire en disant n’importe quoi : quoi que l’on en pense, il est parfaitement concevable de disposer à la fois d’une monnaie nationale (le franc) et d’une monnaie commune pour les échanges internationaux (l’euro). C’était d’ailleurs l’un des souhaits d’Edouard Balladur ou de John Major à la fin des années 80.

Deuxième exemple. Le 7 février 2012, Barthès annonce que « le JT de TF1 a cartonné ». Suit alors un petit montage de type bande-annonce de film d’action américain : « Plus fort que “Plus belle la vie” sur France 3, plus fort que “Scènes de ménage” sur M6, plus fort que “Le Petit journal” sur Canal + – même si on fait de bonnes audiences –, plus fort qu’Arte – mais ça c’est normal –, mais surtout plus fort qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy réunis sur France 2, elle a explosé l’audience, et ce n’est pas “Joséphine Ange gardien”, non, c’est Corinne Lepage. » Retour plateau sur Barthès, qui joue la surprise : « Corinne Lepage de Cap 21 a battu Nicolas Sarkozy et Angela Merkel réunis sur France 2 ! Nous aussi on veut exploser l’audience. Vite ! Déclenchons une page spéciale Corinne Lepage ! Habillage Cap 21 s’il vous plaît. » Que Corinne Lepage ait accepté de répondre à Yann Barthès n’y change rien : la taquinerie apparemment inoffensive ne peut pas dissimuler le mépris qui l’inspire.

Des exemples comme ceux-là se ramassent à la pelle. On se moque des fans de stars, on rit des vieux, on ridiculise les militants de base, on taquine les « petits » candidats… Certes, les « grands » ne sont pas épargnés… Mais c’est la moindre des choses, pour une émission qui se veut « impertinente ».

Liberté d’informer ou de désinformer ?

Dans un tel contexte, invoquer la liberté de la presse, c’est la défigurer, surtout quand elle sert d’alibi à la liberté de désinformer. Or c’est au nom de liberté de la presse que Barthès et son équipe ont cru bon de s’en prendre, une fois encore, à leur cible privilégiée : Mélenchon. 

Le 19 janvier 2012, le Front de gauche a refusé à plusieurs journalistes du « Petit Journal » d’assister à une rencontre entre Mélenchon et des chômeurs. Et depuis ce jour, Barthès enfile sa tenue de bon samaritain pour dénoncer les méthodes du Front de gauche et pour défendre sa liberté. Sa liberté de journaliste. Dans sa quête, il est soutenu avec assiduité par Canal +, et notamment par Jean-Michel Aphatie et Bruno Donnet du « Grand Journal », qui n’en manquent pas une pour taper sur le Front de gauche et sa« nostalgie de la censure » [4].

Les journalistes n’ont pas le monopole de la liberté d’informer. Celui des chômeurs, dans le cas considéré, mérite un minimum de respect. Au nom de quoi les journalistes disposeraient-ils d’un droit d’accès absolu et d’un droit d’ingérence sans limites qu’ils ne revendiquent guère quand le huis-clos est la règle pour certaines délibérations. Au hasard et par exemple : celui des conseils d’administration des grandes entreprises qui décident de la fermeture d’usines.

De plus, lors d’un conflit social, les participants à une assemblée générale ou à une action peuvent très bien décider d’en interdire la participation aux journalistes (ou à certains journalistes) pour pouvoir délibérer sans la pression des médias. Et que dire, enfin, quand on sait que les images risquent d’être délibérément truquées ?

La liberté de la presse est elle-même menacée par des bidouilleurs qui brandissent leurs cartes de presse. Et c’est défendre la liberté de la presse que de les empêcher de nuire. La question ne se poserait pas si les amuseurs du « Petit journal » ne se présentaient pas comme des journalistes (ainsi que l’a fait récemment Barthès dans Le Monde [5]), mais comme des humoristes et annonçaient leurs trucages. A la différence des « Guignols », qui manient la satire sans fard ni autre prétention (et qui, à notre connaissance, ne se présentent pas comme des journalistes, qu’ils aient ou non une carte de presse), « Le Petit journal » mélange tous les genres et dans tous les domaines : la satire et l’information, le pastiche et le trucage, la politique, le défilé de mode et le meeting… de Barthès.

Les trucages du « Petit Journal » sont-ils efficaces ? Sans doute auprès des publics qui ne sont pas avertis. Mais peut-être qu’un stage à la télévision nord-coréenne permettrait-il de perfectionner les montages afin d’éviter de se faire (re)prendre la main dans le sac ?

Mathias Reymond

(avec Michel, Henri, Olivier et Denis)

N. B. À propos du « Petit journal », voir l’émission d’Arrêt sur imagesdu 26 janvier. Une partie des manipulations du « Petit Journal » y sont expliquées dans le détail.

Annexe : les invités politiques des radios.

Du lundi 30 janvier au 9 février (hors week-end)

- Bourdin 2012 (RMC/BFM)
UMP (+ ex-UMP) : 4 ; Parti socialiste : 2 ; Europe Ecologie – Les Verts : 1 ; Modem : 1 ; Front de gauche : 1.
Soit 66,67 % des invités politiques pour l’UMP (44,44 %) et le PS (22,23 %).

- Interview matinale de Jean-Michel Aphatie sur RTL
UMP : 3 ; PS : 3 ; Front national : 1.
Soit 85,71 % des invités politiques pour l’UMP et le PS.

- Interview matinale d’Europe 1, Bruce Toussaint UMP : 4 ; PS : 1 ; EELV : 1 ; FN : 1. 
Soit 71,43 % des invités politiques pour l’UMP (57,14 %) et le PS (14, 29 %).

- Interview matinale d’Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach
UMP : 2 ; PS : 4.
Soit 100 % des invités politiques pour l’UMP (33,33 %) et le PS (66,67 %).

- Europe 1 Soir, interview d’Arlette Chabot et Nicolas Poincaré
UMP : 2 ; PS : 3 ; EELV : 1 ; Cap 21 : 1.
Soit 71,43 % des invités politiques pour l’UMP (28,57 %) et le PS (42,86 %).

- Matinale de France Inter, à 8 h 20, avec Patrick Cohen
UMP : 4 ; PS : 2 ; Front de gauche : 1 .
Soit 85,71 % des invités politiques pour l’UMP (57,14 %) et le PS (28,57 %).

- Matinale de France Info, les invités de 8 h 15, Raphaëlle Duchemin
UMP : 3 ; PS : 2 ; EELV : 1 ; Modem : 1 ; FN : 1.
Soit 62,5 % des invités politiques pour l’UMP (37,5 %) et le PS (25 %).

- Matinale de Radio Classique,- En route vers la présidentielle, interview de Guillaume Durand
UMP (+ ex UMP + Nouveau Centre) : 5 ; PS : 3 ; Lutte ouvrière : 1. 
Soit 88,89 % des invités politiques pour l’UMP et apparentés (55,56 %) et le PS (33,33 %). 

- Total général :
UMP (+ ex-UMP + Nouveau Centre) : 27 ; PS : 20 ; EELV : 4 ; FN : 3 ; Front de gauche : 2 ; Modem : 2 ; Cap 21 : 1 ; LO : 1. 
Soit 78,33 % des invités politiques pour l’UMP et apparentés (45 %) et le PS (33,33 %) : 47 sur 60.

Notes

[1] Pour le 8 février (7 h 50 : M. Aubry invitée de Canal + ; 8 h 20 : M. Sapin invité de RFI ; 8 h 40 : B. Cazeneuve invité de LCP ; 18 h 45 : S. Le Foll invité de LCP ; 19 h 10 : S. Mazetier invitée de RFI ; 20 h 30 : M.-N. Lienemann invitée de LCP) et pour le 9 février (8 h 40 : H. Désir invité de LCP ; 8 h 40 : N. Vallaud-Belkacem invitée d’Europe 1 ; 18 h 40 : B. Delanoë invité d’Europe 1 ; 19 h 10 : L. Jospin invité de LCI ; 19 h 30 : M. Sapin invité de LCP)

[2] Modification, le 27 février 2012 à 19 h 55. Initialement, nous avions noté que le meeting “débutait à 17 h 30”. Or il s’est terminé à 17 h 30, comme l’indiquait l’article d’@si cité dans le corps de texte.

[3] Voir l’article sur le site de @si.

[4] Voir notre article : « Front (de gauche) contre Front (national) », “Le Grand Journal” referme le cercle de raison.

[5] A la question « Comment définiriez-vous votre travail ? Croiseur d’info ? Sémiologue ? Clown ? Décrypteur de médias ? », il répond : « Journaliste » (28 janvier 2012).

Mépris pour les « petits » candidats dans le « Grand Journal » de Canal Plus

par Florian Reynaudle 5 mars 2012

L’élection présidentielle est l’occasion de pointer du doigt le mépris réservé par les grands médias à ceux qu’ils appellent les « petits » candidats [1]. Le crédit qui leur est accordé par les journalistes est malheureusement corrélé à leur score dans les sondages d’intention de vote… Si la campagne pour l’élection de 2012 n’échappe pas à cette règle, c’est dans l’émission « Le Grand Journal » de Canal Plus, régulièrement épinglée par Acrimed, que les distorsions sont les plus significatives.

« Vous devez être le prototype du candidat inutile dans cette campagne. Totalement inutile. » C’est ainsi que Jean-Michel Aphatie donnait son avis sur le pluralisme lorsqu’il s’exprimait face à Jacques Cheminade, sur Canal Plus, le 31 janvier 2012 [2]. Pour enfoncer le clou – et montrer que Jacques Cheminade n’est pas un cas particulier –, le 10 février, le « Grand Journal » a fait pour nous une synthèse de ses interviews de « petits » candidats.

Quand on sait que le temps de parole d’un invité au « Grand Journal » est compté – cinq à dix minutes – les candidats doivent aller rapidement au cœur des sujets. Or, pour les animateurs du « Grand Journal », le sujet des 500 parrainages nécessaires pour se présenter est d’une extrême importance, et chaque candidat qui n’est pas adossé à un « grand » parti est contraint de perdre quelques minutes de temps de parole pour répondre à cette question. Question qui tourne parfois au harcèlement. Comme face à Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République). 

- Michel Denisot : « En 2007 vous n’avez pas pu vous présenter parce que vous n’avez pas eu les 500 signatures, est-ce que cette fois ci vous pensez que vous allez franchir les "qualifs" comme on dit en sport ? » 
- Nicolas Dupont-Aignan : « Je ne serais pas ici si je n’étais pas sûr de les avoir. » 
- Michel Denisot : « Mais vous les avez ? » 
- Nicolas Dupont-Aignan : « Je les aurai. » 
(...) 
- Michel Denisot : « Alors vous en êtes loin ou pas loin ? » 
- Nicolas Dupont-Aignan : « Je les aurai. » 

Peu présent sur les plateaux de télévision (et celui du « Grand Journal » en particulier), Dupont-Aignan – qu’il ait ou non ses 500 signatures – a peut-être des choses à dire qui sortent des discussions convenues. Il est de droitepour le retour au franc, et critique à l’égard de la mondialisation. Une position originale qui pourrait susciter l’intérêt des journalistes ? Non, sur Canal Plus, on préfère gaspiller les minutes utiles pour des sujets futiles.

Pour Corinne Lepage (Cap 21) et Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière), en revanche, la sentence est lapidaire. Dès la première question, Michel Denisot plante le décor et anéantit toute possibilité de discussion de fond : « Vous avez trois points communs qui sont pas des points communs positifs, hein. Vous le savez : vous serez pas élues. Vous ramez pour trouver les 500 signatures. Et vous ne roulez pour personne d’autre a priori, est-ce que je me suis trompé ? »

C’est en effet un point récurrent du traitement médiatique des « petits » candidats : à la différence des « grands » candidats, il sont sommés de justifier leur candidature, comme les candidates respectives de Lutte Ouvrière et Cap 21 face à Jean-Michel Aphatie :« À quoi ça sert, puisque c’est un peu la question, de se présenter quand on n’a pas de chances d’être élu ? Comment est-ce que vous répondez à cette question ? » Encore des minutes de perdues pour répondre à cette question plutôt qu’à celles qui portent sur le fond… Et Nicolas Dupont-Aignan, qui lui non plus ne gagnera pas, doit donc répondre à cette question de Denisot : « Et vous avez l’espoir d’obtenir un pourcentage de quel ordre ? »

Jean-Michel Aphatie encore, en plus de remettre en cause la légitimité des candidats, se permet également d’évaluer les campagnes électorales, comme ici, face à Julien Bayou, porte-parole de la candidate Eva Joly : 

- Jean-Michel Aphatie : « On peut dire que la campagne d’Eva Joly ne marche pas, il ne faut pas avoir honte de le reconnaître. » 
- Julien Bayou : « Ah non ça ne marche pas, on n’est pas à 15 % dans les sondages... » 
- Jean-Michel Aphatie : « Ça marche pas... » 
- Julien Bayou : « ... on est les seuls à porter des propositions, et on tardera pas à être rejoints par les autres. » 
- Jean-Michel Aphatie : « Vous reconnaissez que ça ne marche pas ? » 
- Julien Bayou : « Ça ne marche pas... ça va marcher, et pour l’instant ça... » 
- Jean-Michel Aphatie : « C’est autre chose. » 
- Ariane Massenet : « Quand ça ? » 
- Julien Bayou : « Hein ? » 
- Ariane Massenet (insistante) : « Quand ça ? »

L’éditorialiste se veut avant tout un grand pédagogue, aidant le porte-parole à reconnaître les errements de son parti.

***

Qu’importent les rares séquences consacrées au fond (car elles existent dans ce « Best of » ) et au programme des candidats, le message principal reste : il existe des candidats légitimes et d’autres illégitimes. Les premiers sont consacrés par les sondages, leurs commanditaires et leurs gardiens, les seconds sont enterrés, par les mêmes juges, avec « la morgue et le mépris » qu’on leur connaît parfois.

Mais nous étions prévenus, car ce « Best of » s’ouvrait par un avertissement de Michel Denisot : « Le meilleur du Grand Journal. »

Florian Reynaud (avec Mathias Reymond)

Notes

[1] Voir nos articles, sur Philippe PoutouDominique VoynetFrédéric Nihous ou Gérard Schivardi (liste non exhaustive).

[2] Voir notre article sur cette émission.

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