Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 13:02
Publié le  

L’idée de ce billet m’est venue en lisant ce très bon texte de Tanxxx. C’est une ritournelle bien connue: commencer une phrase par cette dénégation, « je ne suis pas féministe, mais » et la finir par quelque chose comme « je pense que les femmes devraient avoir les mêmes droits et opportunités que les hommes ».[insérer ici une longue discussion à base de préjugés sur le féminisme et de protestations blasées: "non, je n'ai pas l'intention de castrer qui que ce soit"].

Quelques exemples trouvés sur Twitter:

Vous avez compris le principe. Vous avez aussi sans doute remarqué la ressemblance entre ce schéma classique et le tout aussi connu « je ne suis pas raciste / sexiste / homophobe / antisémite, mais ». Exactement le même fonctionnement: dénégation, puis propos qui contredisent la première partie de la phrase. Le compte @YesYoureRacist se spécialise dans les horreurs de ce genre:

« Je ne suis pas raciste mais je n’aime pas les gens noirs, genre vraiment noirs, je les aime marron foncé. »

Le compte @YesYoureGaycist fait la même chose pour les propos homophobes et a trouvé ce merveilleux combo:

« Oui tu l’es (pour les deux) – Je ne suis pas raciste ni homophobe mais pourquoi la plupart des hommes Chinois ont l’air gay? L’#EffetGok? » (Gok Wan est un « consultant mode » qui a une émission sur une chaîne britannique).

La similarité entre toutes ces phrases est frappante. Il est évident que « je ne suis pas raciste, mais » fonctionne comme « je ne suis pas homophobe, mais » ou « je ne suis pas antisémite, mais »; mais comment expliquer que la même structure soit employée pour nier être féministe?

D’un côté, un stigmate largement reconnu: le fait d’être raciste / sexiste / homophobe/ antisémite n’est pas accepté comme un comportement normal aujourd’hui. Il faut donc se dédouaner d’une accusation que personne n’a encore formulée, parce qu’on sait que ses propos sont susceptibles (devraient) être interprétés ainsi.

De l’autre, le féminisme, un mouvement qui se donne pour objectif l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, et considéré lui aussi comme stigmate. Il peut donc être utilisé comme accusation (han, mais tu es féministe!) et il est important de s’en distinguer – tout en sachant très bien que ses propos relèvent du discours féministe.

Il est très frappant que l’anti-féminisme ait réussi à stigmatiser l’identité féministe au point que, même si l’on se reconnaît dans tout ou partie du discours féministe, il faudrait à tout prix s’en distinguer. Tout·e féministe a fait cette expérience: il faut se justifier, expliquer, se défendre. Il faut répondre à des accusations aussi stupides que « vous voulez prendre la place des hommes », « vous détestez les hommes », « t’es mal-baisée? ». Il faut expliquer, patiemment, encore et encore, que cette image est destinée à discréditer non seulement le mouvement féministe, mais le combat de l’égalité. Et croyez-moi, c’est fatigant.

Si ça vous fatigue aussi (ou si vous aussi, vous pensez que le féminisme est un gigantesque complot destiné à créer un empire intergalactique gouverné par des gonzesses), quelques liens utiles:
les clichés les plus courants sur le féminisme
15 mauvaises raisons de ne pas être féministe

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans GENRE

A L’assaut Du Ciel!

  • : coutoentrelesdents
  • : Les spectateurs ne trouvent pas ce qu'ils désirent, ils désirent ce qu'ils trouvent.
  • Contact

?

Celui Qui Ne Connaît Pas L'histoire Est Condamné À La Revivre.