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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 14:35

DE http://feudeprairie.wordpress.com/

Nina Power est une universitaire anglaise, spécialiste d’Alain Badiou. Elle a publié en 2009 son livre sur le féminisme, La femme unidimensionnelle. Nous vous livrons ici un extrait. Merci à I. P. pour nous avoir fait découvrir cette autrice.

Quand l’équipe de girls Gone Wild offre casquettes ou t-shirts contre la permission de filmer quelques poitrines ou bien des femmes se faisant un “câlin”, la logique est ouvertement exposée: nous vous donnerons un truc de merde en échange d’une exhibition qui révélera qu’il ne reste rien, absolument rien de subjectif derrière l’apparence, que vous coïncidez purement et simplement avec la manière dont vous vous comportez dans le monde. Vous êtes vos seins.

Tout ceci signale une transformation très profonde du rapport des femmes à leur corps. Loin d’étaler leurs atouts dans l’espoir que, par réfraction, l’attention d’autrui finisse par se reporter sur leur personne tout entière (conformément à l’exemple sartrien de la mauvaise foi, une jeune femme lors d’un rendez-vous traite sa main en objet inerte quand, succombant à sa lascivité, son amoureux s’en empare, et qu’elle ne trouve rien de mieux à faire que de parler de sujets « élevés » afin de goûter au délice temporaire de la suspension de ce qu’elle sait être vrai : que ce jeune homme la désire sexuellement), ce sont ces « atouts », ces parties, qui prennent la fonction du tout. Selon la logique partout diffuse d’un voyeurisme segmentaire, la culture contemporaine exige des femmes qu’elles traitent leurs seins en entités totalement séparées, (presque) sans rapport avec elles-mêmes, avec leur personnalité, ou avec le reste de leur corps. Toute capacité d’agir autonome et organique, qu’elle soit de nature morale, rationnelle ou moïque, se dissout ainsi dans l’auto-objectivation.

Ce sont eux, les seins, et non leur « propriétaire », qui se trouvent au centre de l’attention, eux qui sont, avec une alarmante régularité, désignés comme des objets complètement autonomes, un peu comme s’il s’agissait de valises ou de doughnuts. Constamment tripotés, ajustés, exhibés, couverts ou analysés, les seins contemporains ne ressemblent à rien tant qu’à des animaux de compagnie bourgeois : à ces petits clébards crétins, édentés, jappeurs, couverts de noeuds-noeuds et arborant des petits sacs personnalisés. Sans cesse, ces mamelles vides de lait, objets d’une scopophilie confuse (et qui, bien souvent, sont explicitement « fausses », conformément à la mode du jour), sont décrites comme si elles étaient dotées d’une volonté et de désirs propres, distincts de ceux de leur propriétaire (« Oh non ! Il est encore sorti de mon haut ! Mais c’est pas vrai ! »). Comme si, au lieu d’extirper un esprit malveillant, la chirurgie plastique et la saignée qui l’accompagne en introduisaient un. La première chose à dire à une femme n’est donc plus « tu es ravissante », mais « c’est des vrais ? ».

Nina PowerLa femme unidimensionnelle.

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Published by coutoentrelesdents - dans GENRE

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