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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 11:49

Un vigile agressé à Notre-Dame-des-Landes. Par qui ? La presse « sait » déjà

Les mardi 13 et mercredi 14 novembre 2012, de nombreux journaux papier et internet d’audience nationale, et bien sûr locale (Le MondeLe FigaroLe Point, LCI, BFMTV, Le Télégramme, etc.), ont publié des articles sur l’agression d’un vigile à Notre-Dame-des-Landes. Par qui ? Une enquête est en cours…

http://juralib.noblogs.org/files/2012/11/0216.jpgMais ces mêmes médias « savent » déjà. Alors que, selon les informations fournies par la préfecture, les agresseurs, au nombre d’une vingtaine, sont à l’heure actuelle encore, « des inconnus », la plupart des titres (ou des articles) présument sans preuve, sans même prendre la peine de simplement téléphoner à la brigade de gendarmerie de Châteaubriand [Le souci de vérification des « faits » et de précision dans leur présentation est tel dans cette affaire que les différents médias ne parviennent pas à se mettre d’accord sur les blessures dont souffre le vigile : selon Libération il a été « roué de coups » au niveau « des membres, des mains et des épaules » ; tandis que pour La Dépêche il a été touché « aux mains et au dos » ; pour sa part, Le Figaro, repris par Le Nouvel Observateur, tout en relatant aussi un passage à tabac, évoque avant tout des brûlures « aux mains et aux avant-bras » consécutives à l’incendie de son véhicule par ses agresseurs.], en charge de l’information judiciaire, que des « opposants » au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes sont responsables de l’agression [Une bonne partie d’entre eux ne se prive pas d’accuser les « opposants » dès le titre de l’article – ainsi, par exemple, La DépêcheLibérationFrance TélévisionsLCI etBFM TV –, tandis que d’autres ne font le rapprochement avec les manifestants que dans le corps du papier – comme, par exemple, France InterLe FigaroLe PointLe Nouvel ObservateurLe Télégramme et Presse Océan. Attention, nombre de liens qui précèdent sont peut-être temporaires.].

Au moment où nous écrivons, aucune identité n’a été précisée, aucune revendication reçue. Peut-être s’agit-il d’une action perpétrée par des personnes qui se présentent comme des « opposants ». Peut-être pas… En tout cas, des supputations ne sont pas une information. Tout juste, pour le moment, une simple rumeur.

Après les fiascos journalistiques des affaires du « bagagiste de Roissy », de la « fausse agression du RER D » ou d’Outreau, la propension des médias à faire fi de leurs erreurs passées ne laisse pas d’étonner… D’autant plus que l’actualité récente aurait pu rappeler aux intéressés les risques qu’il y a à colporter des « informations » non vérifiées. Au moment où les défenseurs des accusés de Tarnac produisent de nouveaux éléments à charge contre les enquêteurs, et alors que les médias s’étaient empressés d’accréditer la version policière (ainsi que nous l’avions relevé), un peu de prudence aurait dû s’imposer.

Jusqu’au moment où l’on saura vraiment, si l’enquête aboutit. Et quand bien même il se vérifie alors qu’il s’agit « d’opposants », cela ne donnerait pas raison a posteriori à la légèreté des accusations sans preuve.

Pis : le communiqué de la préfecture (et non des enquêteurs) suggère une piste qui ne pouvait qu’impressionner les rédacteurs, celle d’une « minorité autonome, venue d’ailleurs, qui entretient l’insécurité sur le secteur de Notre-Dame-des-Landes »… Dans la foulée, il place l’agression contre le vigile sur le même plan que les affrontements avec les CRS de manifestants généralement pacifiques. Or, face à une mobilisation longue, particulièrement conflictuelle et lourde d’enjeux politiques, la communication de la préfecture – qui est, faut-il le rappeler, le porte-parole et le bras armé du gouvernement dans le département, et comme telle une des parties du conflit en cours –, n’est certainement pas la source la plus indépendante qui soit…

Pourtant, la plupart des médias « contextualisent » à leur tour, en présentant l’agression comme une suite des manifestations. Il se vérifie ainsi que l’on peut nuire souvent par simple routine et sans forcément le vouloir.

Post-Scriptum

Sur le tour bien étrange qu’a pris la conférence de presse organisée à la suite de cette affaire par le Collectif d’organisation de la manifestation de réoccupation de la ZAD, voir l’article de Breizh Journal, « Des journalistes d’Ouest France et de l’AFP font pression sur les opposants de l’aéroport ».

Acrimed, 15 novembre 2012


Des journalistes d’Ouest-France et de l’AFP font pression sur les opposants à l’aéroport

De mieux en mieux ! L’affaire de l’agression du vigile à la Pointe et le cortège des pleureuses médiatiques qu’elle a engendré ne cesse de se développer en épisodes pour le moins curieux. Nous apprenons ainsi que ce midi, des journalistes d’Ouest-France et de l’AFP ont fait pression, au cours d’une conférence de presse, sur les représentants des opposants à l’aéroport pour leur enjoindre de prendre position sur l’agression et la condamner.

http://juralib.noblogs.org/files/2012/11/202.jpg

« Accusés de violence, les anti-aéroport répliquent », Ouest-France, 15 novembre 2012

La conférence de presse donnée par le Collectif d’Organisation de la Manifestation de Réoccupation de la ZAD (le 17 novembre) avait lieu à partir de 11 h sous un hangar au lieu-dit Bel-Air, à proximité de la limite nord de la ZAD. De tous les journalistes présents, c’est Christophe Jaunet [sic (NdJL)], d’Ouest-France, qui s’est montré le plus insistant envers les représentants du collectif, exerçant sur eux une pression certaine. Les représentants avaient décidé qu’il n’y aurait pas de prise d’images de la conférence de presse, le journaliste d’Ouest-France aurait alors déclaré « si vous ne voulez pas d’images, alors on prendra pour illustrer l’article, des photos de vous en train de lancer des pierres sur les forces de l’ordre ».

Ensuite, il a demandé à plusieurs reprises que le collectif condamne l’agression, alors même que le collectif avait décidé de ne pas condamner l’agression tant qu’il n’y avait pas de conclusions de l’enquête, qui, rappelons-le malgré le charivari médiatique et le procès en sorcellerie fait aux occupants de la ZAD, ne fait que commencer. Rejoint par une des deux journalistes de l’AFP, le journaliste aurait persévéré dans ses demandes, déclarant notamment « il faut que vous condamniez cette agression ». Les représentants ont tenu bon. Commentaire désabusé de l’un des participants « ces journalistes n’étaient pas venus pour nous écouter, ils voulaient seulement des réponses à leurs questions, c’est tout ».

Au cours de cette tumultueuse conférence de presse, l’un des représentants du collectif a remis en cause l’imprécision des dépêches de l’AFP au sujet de l’agression du vigile. Réaction indignée des deux journalistes présents. Et pourtant. Nous épinglons l’insuffisance de la dépêche longue, relayée par les médias nationaux  ainsi que les lacunes de celle du 18 octobre. Désinformation, lacunes, pressions sur les opposants à l’aéroport et leurs représentants, voilà bien d’étrangers méthodes pour garantir l’information sur l’opposition au projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes telle qu’elle est faite par les médias dominants.

Breizh Journal, 14 novembre 2012

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