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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 15:38

Carnaval alternatif à Nice

Dimanche 26 février 2012 a eu lieu le carnaval indépendant de Nice.

La fête se passait très bien, pas d’œufs ni de farine sur les passants. Lors du passage place du Pin, quelqu’un a bombé d’un peu de peinture une caméra de surveillance, la réponse complètement disproportionnée des policiers est venue plus d’une heure après, place Garibaldi : des policiers en civil et en tenue de combat ont foncé dans la foule pour arrêter quelqu’un en qui ils avaient cru reconnaître celui qui avait barbouillé la caméra.

Les gens présents ont essayé de les empêcher de le violenter et de le trainer pour l’embarquer.

Les policiers ont frappé quiconque essayait de s’interposer, maintenant à terre quiconque avait essayé de s’en mêler.

Des scènes délirantes de jeunes filles trainées par terre, de garçons trainés, jetés dans des voitures et finis à l’intérieur à coups de pieds.

Dans la foule, les familles inquiètes pour les enfants, les badauds assis sur les bancs, qui se régalaient de la fête, ne comprenaient pas ce qui se passait sur cette place devenue tout à coup un enfer, sous le regard de Sainte Précaire qui trônait au beau milieu, très seule, et qui finira brûlée.

Le public conspuait les policiers qui n’en avaient que faire et répondaient vulgairement à toute personne qui les incitait au calme.

Un père et ses deux enfants âgés de 4 et 7 ans ont reçu des gaz lacrymogènes et sont rentrés traumatisés.

Peu importe qu’il y ait eu des enfants ou des personnes âgées.

Le combat devait continuer : sept personnes ont été embarquées au commissariat d’Auvare.

Leurs amis, inquiets, sur conseil de l’avocat, sont allés à Auvare demander de leurs nouvelles. Ils se sont trouvés à leur tour arrosés de lacrymogènes.

Les personnes arrêtées sont toutes sorties à ce jour d’Auvare, et sont convoquées au TGI pour jugement les 19 avril pour certains, le 11 septembre pour les autres.

Motifs d’inculpation : injures à forces de l’ordre en exercice, rébellion, violence, incitation à l’émeute pour avoir crié « Liberté !»

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330617857.png

Film sur les violences policières

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330617740.png

Film retraçant l'ensemble de la journée

Infozone, 1er mars 2012.

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 15:14

 


 

 

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 15:06

Il faut bien l’avouer : sur A11, on est parfois un peu trop centrés sur l’écrit. Question d’affinités. De paresse, aussi. Du coup, quand on a la chance de tenir quelqu’un comme Juliette Volcler, fine connaisseuse des radios libres et initiatrice — avec d’autres — d’un portail consacré aux formes sonores engagées et/ou créatives sur le net, on ne laisse pas passer l’occasion : on la fait parler.

 

Que je te dise : Juliette Volcler est une amie. Pis, elle est aussi une contributrice d’A11 — deux billets pour l’instant, ici et là, et beaucoup d’autres qui s’annoncent. Qu’importe : il ne manquerait plus que ça nous empêche de lui poser quelques questions.

 

À quel titre, tu demandes ?

 

D’abord, Juliette, ancienne directrice d’antenne de Fréquence Paris Plurielle (FPP, sur 106.3) [Sur FPP, Juliette anime toujours l’excellente émission L’Intempestive, les 1er et 3e jeudis du mois de 17 à 18 h, rediffusée le mercredi d’ensuite de 10 à 11 h. Tu peux aussi retrouver ses émissions sur son site.] et l’une des chevilles ouvrières de la Coordination des radios libres en lutte (contre le projet de « radio numérique terrestre »), connaît très bien le monde des radios libres ; elle a donc plein de choses intéressantes à dire sur la question. Ensuite, elle réalisera désormais une chronique mensuelle de critique sonore sur A11, et cet entretien est une très bonne façon d’annoncer sa rubrique, la bien nommée « Dans Tes Oreilles » [Premier acte, la semaine prochaine, avec une enquête — approfondie, passionnante et répartie sur quatre volets — sur l’usage du son comme arme.]. Enfin (et surtout), Juliette a récemment lancé, avec le renfort de sept de ses amis, un agrégateur sonore : l’endroit s’appelle Le Perce-oreilles et recense une fine sélection de ce que tes esgourdes peuvent écouter de mieux sur internet, en matière de critique sociale et de création sonore. Pour quelqu’un comme moi, peu habitué à écouter la radio (même libre) et faisant rarement l’effort d’aller dénicher des productions sonores indépendantes, c’est appréciable. Très.

 

À mon humble avis, le mieux c’est que tu commences par lire cet entretien, puis que tu ailles fouiner sur Le Perce-oreilles, un peu comme tu vas faire ton marché : entre une longue interview de l’avocate Irène Terrel à propos des inculpés de Vincennes (FPP), un retour sur le refus des nanotechnologies (Radio Libertaire), un brûlant manifeste erroriste, la lecture d’un polar d’anticipation ou — entre autres — un entretien avec Michel Warschawski (FPP), tes oreilles (et ton cerveau) ne devraient pas trop s’en plaindre.

 

 

 

Tu te définis comme une professionnelle de la radio ?

 

Non. Je ne ne suis pas du tout une spécialiste de la radio ; je la pratique depuis quelques années et je m’interroge sur l’outil, j’ai envie de le comprendre, voilà. Là où j’ai commencé à faire de la radio, c’est-à-dire dans une équipe sur Fréquence Paris Plurielle, et parmi les personnes qui se sont bougées autour des radios libres récemment, on retrouve d’ailleurs un même refus de la professionalisation. Avec cette idée que les radios libres sont faites par des personnes n’ayant pas de formation dans le domaine du son ou de la presse, et que c’est la principale garantie que la parole soit donnée aux gens des quartiers, aux personnes en lutte et aux cultures minoritaires plutôt qu’à des experts ou à des représentants. C’est aussi une très belle possibilité d’invention : on apprend sur le tas, on se fabrique sa propre façon de faire de la radio.

 

À l’inverse des autres radios associatives ?

 

C’est évident qu’il y a un certain ton dans les radios libres. Notamment parce qu’elles se méfient du professionnalisme et refusent la publicité. Mais aussi parce qu’elles revendiquent de faire de la critique sociale et de donner la parole à des gens, à des cultures, à des idées, qui n’accèdent que très peu aux grands médias.

 

À l’inverse, un certain nombre de radios associatives non commerciales [Les radios associatives non commerciales correspondent à la catégorie A du paysage radiophonique, tel que défini par le CSA. Si cette catégorie peut paraître homogène à première vue, rassemblant toutes les antennes qui tirent leurs principales ressources de subventions privées ou publiques, elles recouvrent des réalités différentes : entre les radios se réclamant de l’héritage contestataire des radios pirates, les radios locales et les radios religieuses, entre celles qui refusent catégoriquement toute publicité et celles qui ont fait le choix (comme les y autorise le CSA) de tirer 20 % de leurs recettes totales des revenus publicitaires, il y a un monde…] tentent de calquer leur ton sur celui des radios commerciales. Elles essayent de faire la même chose que les grosses radios, mais sans en avoir les moyens. Elles ne font pas de la radio autrement, juste un ersatz raté du discours radiophonique dominant, celui des grosses radios.

 

Parce qu’il y a un discours radiophonique dominant ?

 

Je vais en parler imparfaitement, puisque j’écoute très peu les grosses antennes, publiques ou commerciales : je me concentre sur les radios associatives ou les producteurs indépendants. Mais il y a au moins un point qui me frappe à leur propos, c’est qu’elles ont toutes recours à un usage très autoritaire du langage. Nicolas Poincaré, sur France Info, en est un exemple caricatural : il donne en permanence l’impression qu’il a quelque chose à vendre et adopte réellement un ton de publicitaire. Il y a ce rythme rapide et haché où l’on passe très vite d’un sujet à l’autre, cette façon de couper la parole aux gens, ce ton autoritaire vis-à-vis des auditeurs… De façon plus ou moins marquée, c’est quelque chose qu’on retrouve sur toutes les radios dites importantes. Logiquement, la transition entre les plages de publicités et les programmes en est simplifiée : il y a tellement peu de différences de forme entre les deux…

 

Cela rejoint l’idée de « monoforme » théorisée, à propos des images, par Peter Watkins [Si la monoforme n’évoque rien pour toi, je te renvoie à ce billet sur la question publié ici-même par Benjamin.]. La théorie de Watkins fonctionne d’ailleurs très bien pour la radio. Pour les grosses radios, l’auditeur n’existe pas en tant que tel, il n’est que le réceptacle de la parole des experts, de ceux qui savent. Un peu comme s’il s’agissait de nous ordonner d’écouter et — surtout — de nous taire.

 

Les radios libres ont sans doute beaucoup de défauts, mais les animateurs ne s’adressent jamais à l’auditeur comme s’il était un abruti. Parce qu’ils ne se placent pas dans une position de hiérarchie par rapport à l’auditeur — il n’y a pas de barrière, la frontière est poreuse : si tu es un auditeur, tu peux vite devenir un animateur.

 

Leur refus de la publicité te semble essentiel ?

 

Bien entendu. Pour moi, le ton de l’animateur et le contenu des émissions ne sont pas les mêmes selon qu’une antenne accepte — ou non — de la publicité. C’est même quelque chose qui me saute aux oreilles, que je perçois tout de suite à l’écoute, parce que ce n’est pas du tout la même manière de faire de la radio.

 

Je vais te donner un exemple… Une radio associative que je connais avait décidé, il y a un moment, d’accepter quelques publicités, ciblées et politiquement « sympathiques ». Mais l’expérience a tourné court très rapidement, devant les prétentions émises par les rares annonceurs. Untel ne voulait pas que sa publicité passe avant une émission anti-carcérale parce que cela faisait mauvais genre, un autre demandait à ne pas être diffusé avant l’émission consacrée au rap parce que les auditeurs de cette musique ne s’intéressaient pas à ses produits bios… C’est un exemple marginal ; mais il montre bien comment la pub influe très rapidement sur les programmes. Quand tu as deux pubs à caser sur ta grille, ce n’est pas bien grave, mais quand tu as de la pub entre chaque émission, ça lisse toute la grille.

 

Tu peux nous citer quelques radios qui se distinguent par leur créativité ou/et leur implication sociale ?

 

Je vais en donner trois, mais ce choix sera loin d’être exhaustif (je pourrais citer plein d’autres exemples). À Lyon, Radio Canut est très active sur les deux niveaux : pas de compromis au plan politique et plein d’idées en termes de création. À l’image de l’émission Megacombi, chaque lundi : l’équipe fait de la critique sociale, tout en utilisant plein de formes radiophoniques différentes, le feuilleton, le mix, le cadavre exquis, le docu, la chronique, la poésie…

 

À Toulouse, Canal Sud est également très intéressante : elle se base sur l’idée qu’on ne peut pas tenir un discours politique et social radical sans revendiquer une même radicalité au niveau musical ou culturel. On y trouve donc des émissions anticarcérales ou féministes (pour les décrire rapidement), et des émissions de poésie sonore ou de musiques expérimentales.

 

Enfin, à Montpellier, L’Eko des Garrigues se place dans la filiation des radios pirates musicales de la fin des années 1970, se montre très en pointe sur les musiques nouvelles et il y a un ton très particulier — de radioteurs — à ses émissions parlées.

 

Ce sont ce type de radios que vous souhaitez mettre en avant sur l’agrégateur sonore que vous avez créé ?

 

Oui. Le (modeste) objectif du Perce-oreilles est d’être un site qui dégourdit les oreilles, à la fois en termes politiques et sociaux et en termes de créations sonores. Il fonctionne comme un portail, référençant les productions des radios associatives pour contribuer à les rendre visibles.

 

Tout part d’un constat : ça me désole un peu quand j’entends des gens dire qu’ils se calent chaque jour sur l’émission de Daniel Mermet ; non pas parce que je ne l’aime pas — son émission est très bien et c’est une très bonne chose qu’elle existe — mais je regrette que ces gens n’aient pas la curiosité d’écouter autre chose, de s’intéresser non pas seulement aux résistances qui existent à l’intérieur des grosses machines, mais aux alternatives à ces grosses machines, à commencer par les radios libres. Il y a tant de choses à découvrir… C’est comme si, au niveau de la presse écrite, tu te contentais de lire le Monde Diplo…

 

L’idée du Perce-oreilles est donc de court-circuiter les machines à communiquer, de mettre en avant ceux qui ne sont pas dans une logique de communication et qui font des choses très intéressantes. C’est un outil en évolution, dont l’objectif de relayer ce qui est inventif et radical, au niveau social et sonore ; autant la critique sociale que la poésie, la phonographie ou l’art sonore. Le Perce-oreilles se veut une plate-forme pour rendre visible tout cela, et pour faire se croiser (modestement) des univers sonores qui ne se connaissent pas forcément.

 

Il existe nombre d’agrégateurs d’articles sur le net, mais aucun pour le son jusqu’à présent. Internet ne serait pas un média de son ?

 

Je crois que le son a pâti de trois choses sur le net. Il faut l’écouter en temps réel, contrairement à un texte qu’on peut survoler : ça demande donc plus d’attention et de patience. Il n’y a pas d’image aussi, alors qu’on est dans une culture massivement orientée sur le visuel (c’était d’ailleurs l’un des objectifs de la transition vers la « radio numérique terrestre » (RNT), qui a du plomb dans l’aile : ajouter l’image à la radio). Enfin, le son est en réalité très présent sur le web, mais dans sa forme principalement musicale.

 

Mais c’est un constat à nuancer. On assiste en ce moment à l’émergence de la critique sonore sur internet, avec la récente création de Syntone, un très bon site de critique radio, ou avec le lancement d’une rubrique sonore par un site comme La Revue des ressources. En Espagne, aussi, il y a d’excellents sites d’activisme sonore, comme Artesonoro.

 

Tu trouves ce recours au net encore trop timide ?

 

Pourquoi donc ? La radio est l’un des seuls médias relativement bien diffusés (sur la bande FM, les radios associatives se retrouvent au même niveau que des grosses radios), où des personnes n’ayant pas accès aux grand médias peuvent être entendues. Loin de ce discours moderniste qui voudrait bien en finir un peu vite avec les radios, ou les reléguer uniquement sur le web…

 

Il faut dire aussi qu’un certain nombre de ceux qui participent aux radios libres sont un peu déconnectés du net. Soit qu’ils n’y connaissent pas grand-chose. Soit qu’ils s’y refusent, par « revendication hertzienne » ou refus de la technologie. Pour eux, la radio est vraiment un prolongement de la rue, tandis que le web leur paraît moins accessible, plus individualiste, et plus distant des luttes. Ce qui peut se comprendre : après tout, et pour reprendre l’expression d’un ancien d’une radio aveyronnaise, « les radios libres, c’est une utopie qui a réussi ».

 

Pas besoin d’internet, alors ?

 

Je n’ai pas dit ça… Il est évident que le web est un très bel outil de diffusion et de création, qui permet notamment à des personnes qui ne font pas partie d’une radio de mettre leurs productions en ligne. Et la démocratisation des outils techniques de prise de son et de montage offre une grande souplesse et une grande liberté : tu ne demandes la permission à personne pour faire ton émission, ton docu ou ton mix. Mais je ne crois pas que ce recours au net doive se substituer aux radios, c’est un outil complémentaire ; en termes de diffusion, les radios hertziennes font d’ailleurs déjà de la webradio (elles ont un streaming).

 

Il ne faut pas oublier qu’il y a encore de nombreuses personnes — habitants des quartiers, personnes âgées ou analphabètes — qui n’utilisent pas internet ; par contre, elles ont un bon vieux transistor. Les prisonniers non plus n’ont pas accès au web — mais ils peuvent écouter des émissions anticarcérales (par exemple) sur la bande FM. En théorie, du moins : selon un copain de Radio Canut, la radio ne passe plus dans la nouvelle prison high-tech de Lyon. C’est un vrai problème en terme d’accès à l’information comme pour la circulation des infos : à travers la radio, les taulards peuvent d’ordinaire écouter les messages de leur famille et communiquer par lettres avec les auditeurs et animateurs de l’émission.

 

Enfin, contrairement au web, les radios sont des espaces physiques de rencontre : dans un studio radio, tu croises des gens très différents, tu discutes, tu fais des réunions, tu échanges des infos… C’est un espace collectif qu’il est essentiel de le préserver.

 

Je pense aussi que l’avenir de la radio consistera, en terme de production (et non de diffusion), en une multiplicité de personnes faisant du son de manière indépendante. À Radio France, la machine de production est très lourde : il faut caler deux jours de montage, déplacer une équipe où chacun a un rôle très précis (preneur de son, producteur…), ne pas effectuer trop de rush, etc… Rien à voir avec ce qu’on voit aujourd’hui, soit des gens possédant leur propre matériel, pouvant passer le temps qu’ils veulent sur la préparation et se montrant beaucoup plus souples pour aller prendre le son.

 

Je crois que l’avenir de la radio réside aussi dans les coopératives ou les collectifs de producteurs radiophoniques. À l’image de l’association Faïdos Sonore, qui réalise des documentaires radios et anime des ateliers, donc qui ne dissocie pas le travail de création d’un engagement social et de la transmission. À l’image aussi d’un collectif comme Sons en luttes, destiné à permettre des échanges de sons militants entre radios libres et à monter des formes d’actions collectives.

 

Entretien avec Juliette Volcler, réalisé par JBB – Article 11, 30 janvier 2010.

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 14:35

DE http://feudeprairie.wordpress.com/

Nina Power est une universitaire anglaise, spécialiste d’Alain Badiou. Elle a publié en 2009 son livre sur le féminisme, La femme unidimensionnelle. Nous vous livrons ici un extrait. Merci à I. P. pour nous avoir fait découvrir cette autrice.

Quand l’équipe de girls Gone Wild offre casquettes ou t-shirts contre la permission de filmer quelques poitrines ou bien des femmes se faisant un “câlin”, la logique est ouvertement exposée: nous vous donnerons un truc de merde en échange d’une exhibition qui révélera qu’il ne reste rien, absolument rien de subjectif derrière l’apparence, que vous coïncidez purement et simplement avec la manière dont vous vous comportez dans le monde. Vous êtes vos seins.

Tout ceci signale une transformation très profonde du rapport des femmes à leur corps. Loin d’étaler leurs atouts dans l’espoir que, par réfraction, l’attention d’autrui finisse par se reporter sur leur personne tout entière (conformément à l’exemple sartrien de la mauvaise foi, une jeune femme lors d’un rendez-vous traite sa main en objet inerte quand, succombant à sa lascivité, son amoureux s’en empare, et qu’elle ne trouve rien de mieux à faire que de parler de sujets « élevés » afin de goûter au délice temporaire de la suspension de ce qu’elle sait être vrai : que ce jeune homme la désire sexuellement), ce sont ces « atouts », ces parties, qui prennent la fonction du tout. Selon la logique partout diffuse d’un voyeurisme segmentaire, la culture contemporaine exige des femmes qu’elles traitent leurs seins en entités totalement séparées, (presque) sans rapport avec elles-mêmes, avec leur personnalité, ou avec le reste de leur corps. Toute capacité d’agir autonome et organique, qu’elle soit de nature morale, rationnelle ou moïque, se dissout ainsi dans l’auto-objectivation.

Ce sont eux, les seins, et non leur « propriétaire », qui se trouvent au centre de l’attention, eux qui sont, avec une alarmante régularité, désignés comme des objets complètement autonomes, un peu comme s’il s’agissait de valises ou de doughnuts. Constamment tripotés, ajustés, exhibés, couverts ou analysés, les seins contemporains ne ressemblent à rien tant qu’à des animaux de compagnie bourgeois : à ces petits clébards crétins, édentés, jappeurs, couverts de noeuds-noeuds et arborant des petits sacs personnalisés. Sans cesse, ces mamelles vides de lait, objets d’une scopophilie confuse (et qui, bien souvent, sont explicitement « fausses », conformément à la mode du jour), sont décrites comme si elles étaient dotées d’une volonté et de désirs propres, distincts de ceux de leur propriétaire (« Oh non ! Il est encore sorti de mon haut ! Mais c’est pas vrai ! »). Comme si, au lieu d’extirper un esprit malveillant, la chirurgie plastique et la saignée qui l’accompagne en introduisaient un. La première chose à dire à une femme n’est donc plus « tu es ravissante », mais « c’est des vrais ? ».

Nina PowerLa femme unidimensionnelle.

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 14:33

http://feudeprairie.files.wordpress.com/2012/02/dom-helder-camara.png?w=640&h=427

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 14:29

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 14:25

Mehdi et Badroudine sont de passage à la gare du Nord, tout juste après un contrôle policier musclé qui a visiblement choqué les voyageurs.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330851453.jpg

Les passagers s’entrechoquent comme des masses. C’est l’heure pointue. Les longs couloirs sont noirs. C’est l’heure des grands flux. Il est 18h16. Le trafic est fluide. Et sur le plateau souterrain de la gare, une troupe de policiers veille. Face à eux, des passagers. C’est l’incompréhension. « Dites nous la vérité, juste la vérité » supplie une dame.

Elle s’approche. Ses mains se crispent. Son visage face à celui d’un képi, noyé dans son mutisme. Volontairement silencieux. Tout compte fait, l’agent ouvre la bouche. « C’est un homme, il est mort, il avait deux enfants. » La jeune femme rougit de haine. « C’est très drôle. Vive la police. » Et le policier d’esquisser un sourire.

Sauf que l’affaire est tout sauf drôle. C’était à 17h. Un contrôle d’identité. Des policiers qui demandent des papiers à un passager. « Je travaille dans un stand de la gare, juste là, pointe un garçon. J’étais juste à côté de lui quand c’est arrivé. »

L’homme « a voulu sortir une ventoline, sept policiers l’ont pris par le cou, ils lui ont mis une balayette et un coup de poing », raconte un témoin. Les témoignages concordent. « Ils pensaient qu’il allait sortir un flingue ou quoi ? » s’agace une passante. Le jeune homme continue son récit : « Après, ils lui ont sauté dessus. Ils l’ont battu. Il y avait du sang. »

Pendant que l’affaire se dilue, que l’incompréhension grandit, un deuxième policier provoque : « Oh, y’a rien eu, juste un viol ». Il rigole. Il répète lourdement : « Oui, un viol ». Il regarde son collègue. Ils rigolent, complices du même humour. Certains passagers insistent pour connaitre « la vérité ». Une femme, chargée, qui passait par là a « tout vu ». Elle raconte : « Ils l’ont battu et l’ont enfermé derrière cette porte. Depuis 17h, il n’est pas sorti. »

Un homme lui demande de témoigner officiellement. Elle refuse. « Mais c’est important de prouver des choses aussi graves » dit-il. Le premier témoin, lui, promet qu’il portera plainte « contre la police pour cet abus ». Une gradée, plus sérieuse que les policiers tristement moqueurs, donne sa version : « L’homme n’est pas blessé et il est actuellement devant un agent de nos services ».

Les policiers se replient. Ils disparaissent dans un nuage de rage. « C’est ça, la politique de Sarkozy » pointe une dame, les voyant s’éloigner. « C’est malheureusement ça, la France » réplique une autre. Avant d’ajouter : « J’en suis certaine, c’est un énième acte raciste contre un Noir ». Le jeune témoin, les doigts tremblants, la voix rouillée : « C’est chez nous ici, nous sommes Français, nous ne méritons pas ce traitement ».

La porte de fer reste close. Muette. Devant, un ambulancier lâche un cri : « Honnêtement, mes collègues et moi, nous en avons marre de récupérer des victimes de la police ». Un énième contrôle qui vire au vinaigre. Mais, en levant les yeux au plafond, une flamme d’espoir pour l’ambulancier  : « Il y a quatre caméras de surveillance, elles ont tout filmé ». Tout ça aurait pu passer inaperçu.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah – BondyBlog, 3 mars 2012.

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 14:11

Le périph, les bagnoles, le turbin ou pôle emploi, les gueules de misanthropes frustrés dans le métro et les fous qui ont déraillé depuis longtemps, les banques qui affichent partout leurs pubs pour te rappeler qu'elles sont sympa et sont de ton coté, les flics sur tout les trottoirs, l'air pourri qui me fait cracher mes bronches, les portables qui sonnent partout, l'alcool, les gros machos qui savent même pas parler sans placer un "pédé" ou un "pute" toutes les 3 phrases, les proprios, les huissiers, les beaux pères, les belles mères, les jaloux et jalouses qui te pourrissent la vie, t'accaparent, se servent de toi ou t'attribuent la responsabilité de leur vie de merde au lieu de se remettre en cause ou de s'en prendre au système, les anti-dépresseurs sur ordonnance et tout les produits illicites, la viande ou le poisson pourrie qui pue sur les étales dans la rue, la junkfood, les kebab frites et autres macdos et les sodas dont on tombe accroc et qui nous rendent malades, et l'air toujours plus infect, la mode et ses fringues inconfortables et ridicules, les étudiants prétentieux et les petits bourgeois et tout ces bobos allant du décadent au hipsters en passant par les gauchistes et les faux badboys, tout ces poseurs friqués qui s'inventent 20 vies différentes mais toutes aussi fausses les unes que les autres et qui s'immiscent partout surtout là où on les attend le moins pour combler leur vide existentiel en te dégueulant en permanence leurs leçons sur la vie ou leur arrogance flasque. Tout ces types en carton qui te donnent envie d'être personne quand t'as compris ce que voulait dire être "quelqu'un" dans leur milieux de merde. Le conducteur de bus qui demande au noir qui vient de rentrer en fraude de sortir ... alors que personne paye son titre de transport ! Comme les gens qui râlent parce qu'une maman avec sa poussette essaie de rentrer ou sortir. Les gens qui détournent le regard quand ils voient un SDF ou un mec avec une jambe en moins et qui sortent des trucs du style "ils se mutilent exprès pour mendier, j'ai vu ça dans envoyé spécial, c'est la mafia roumaine"... Les gens qui achètent n'importe quel magazine ou revue avec une meuf qui pose sur la couverture avec un air de dinde sous kétamine (ça va de "jeune et jolie" en passant par les magazines de tatouages, les pornos, et les journaux de certains gauchistes qui trouvent ça tellement cool de faire du soit disant "détournement"), et facebook, les trips de geek et toutes leurs habitudes débilisantes et leur sociabilité de supermarché qui ont autant de conversation qu'une carte son en panne. La petite cerise sur le gateau, c'est le politicard qui vient t'expliquer que tout ça, ce bel ensemble cohérent, c'est une "civilisation supérieure". Et qu'il y a de quoi être fier. Merci Tonton Guéant. On dormira mieux ce soir...

 

GO CHECK:http://lecridudodo.blogspot.com/

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 14:06
Les gros bidouillages du « Petit Journal » de Canal +

par Mathias Reymondle 27 février 2012

Programme d’infotainment qui mélange l’information et le divertissement, « Le Petit Journal » diffusé sur Canal +, s’acharne depuis plusieurs mois sur Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche. Quitte à truquer les informations et à détourner les images. A des fins politiques partisanes ? Rien n’est moins certain, puisque Nicolas Dupont-Aignan ou David Douillet ont également fait les frais de ces trucages et de ces détournements.

Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly ont refusé de se saluer ? Faux : ils l’ont fait, mais pas devant les caméras du « Petit Journal ». Les militants du mouvement Debout la République n’ont rien compris au meeting de Nicolas Dupont-Aignan ? Faux, car ils ont été interrogésavant que leur leader s’exprime. Mélenchon est omniprésent, comme le montre une petite compilation de ses passages dans les médias ? Faux encore, car les porte-paroles de l’UMP et du Parti socialiste occupent toujours plus de 70 % du temps de parole cumulé. David Douillet n’est pas brillant quand il défend une loi face aux députés ? Peut-être, mais est-ce bien la réalité, quand on le voit hésiter seulement à quatre reprises sur 2 h 30 min d’audition ?

Depuis quelques semaines, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur les « méthodes » du « Petit Journal ». Tourner en dérision les mensonges des responsables politiques et leur stratégie de communication ? Pourquoi pas. Pour peu que cette critique n’épargne pas les journalistes qui, en meute, suivent les candidats et acceptent leurs mises en scène. Mais, surtout, le décryptage satirique de la communication politique cesse d’être crédible quand règne une fausse impertinence qui repose… sur des faux.

Est-il légitime de brandir une carte de presse quand on se livre à des activités qui tournent le dos aux règles les plus élémentaires du journalisme ? La réponse est évidemment négative. Est-il légitime de refuser de se laisser intimider par la possession d’une carte de presse quand l’usage en est usurpé. La réponse est évidemment positive. Explications.

Erreur de comptabilité

La mise en scène est efficace. La démonstration est implacable. Alors que Mélenchon cite un rapport du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) sur le temps de parole des candidats à l’élection présidentielle lors d’un meeting (« Depuis le mois de janvier, 70 % du temps d’antenne a été réservé à deux partis : le PS et l’UMP »), Yann Barthès, l’animateur du « Petit Journal », le reprend : « Mais si on regarde le fameux dossier du CSA sur lequel il s’appuie, disponible sur tous les bons sites du CSA, nous remarquons qu’il s’agit d’une comptabilisation du 1er au 27 janvier. Oooh, c’est trop bête, Jean-Luc Mélenchon a oublié les deux ou trois petites choses qu’il a faites depuis le 27 janvier. » Suit alors une compilation des passages filmés de Mélenchon (RTL, France Info, RMC, France 2, France Inter, TF1…) sur une dizaine de jours (du 27 janvier au 7 février). Compilation qui donne l’impression d’une surexposition du candidat du Front de gauche, histoire de démontrer que Mélenchon prend des libertés avec les faits. Ce serait de l’information… Puis Barthès change de sujet, comme on change de chaîne.

Or cette séquence – pas plus qu’une autre, mais pas moins non plus – est révélatrice de la méthode de travail du « Petit Journal ». Alors que le rapport du CSA et la réaction de Mélenchon portent sur une période, on oppose à ce dernier la suivante, comme si les nouvelles invitations devaient être suivies d’invitations aussi nombreuses, alors que l’on peut être quasiment certain que cela ne sera pas le cas. Une observation non partisane – journalistique ? – devrait porter sur une plus longue période…

Mais surtout – « Oooh, c’est trop bête », comme dit Barthès – il aurait fallu comparer la présence du Front de gauche avec celle, par exemple, du PS. Et ce travail d’observation aurait vite été périlleux. En effet, sur seulement deux jours (mercredi 8 et jeudi 9 février 2012) les porte-paroles du PS se sont rendus à onze reprises dans les médias audiovisuels, comme on peut le vérifier en note [1], … bien plus que la prétendue « surexposition » du candidat du Front de gauche.

Et en s’intéressant, par exemple, aux invités des émissions politiques de la radio du 30 janvier au 9 février – grosso modo la période choisie par Barthès pour expliquer que Mélenchon mentait, le résultat est accablant : sur 60 invités politiques, 47 appartiennent à l’UMP ou au PS (voir annexe). Un petit comptage aurait permis à l’équipe du « Petit Journal » de constater que, contrairement à ce qu’ils tentent de faire croire, le Front de gauche est peu présent dans les médias par rapport au PS et à l’UMP. Mais la quête de l’information ne semble pas être le but ultime du « Petit Journal ».

Au sujet de la bipolarisation de la politique, Barthès s’étonne dans Le Monde (28 janvier 2012) : « ce sont, dit-il, les trois partis qui se disent “antisystème” qui entretiennent de mauvaises relations avec nous : celui de François Bayrou, le Front national (…), et celui de Jean-Luc Mélenchon (…). » Une façon d’avouer que « Le Petit Journal » n’est pas aussi « antisystème » que l’on pourrait naïvement le croire.

Flagrants délits de trucage

Si Mélenchon est l’une des cibles privilégiées du « Petit Journal », d’autres responsables politiques sont victimes des montages qui relèvent du faux en écriture : un délit qui, en dehors du monde des médias, serait durement sanctionné. Comme le révèle obstinément et régulièrement le site d’Arrêt sur images, l’émission de Canal + s’est fait prendre, à plusieurs reprises, en flagrant délit de trucage.

Dans l’émission du 23 janvier 2012, le candidat Nicolas Dupont-Aignan s’exprime lors d’un meeting à propos de l’euro et du franc. Puis Barthès ajoute : « Et à la sortie, interview des militants. » On voit ensuite trois personnes interrogées répondant avec quelques difficultés aux questions de l’équipe du « Petit Journal ». Or le meeting se terminait [2] à 17 h 30, et lors de cet entretien avec les militants, il faisait encore bien jour… alors que nous sommes en plein hiver. En réalité, les militants ont été interrogés avant le meeting. Ce qui change tout. Le but étant apparemment de les « présenter comme des abrutis », ainsi que l’a confié l’une des militantes à @si. Pour arriver à ses fins, Barthès est donc prêt à n’importe quoi. Du journalisme, ça ?

Le 12 janvier 2012, c’est David Douillet qui a fait les frais des bidouillages du « Petit Journal ». Comme l’explique @si, un montage vidéo montre « le ministre des Sports David Douillet très hésitant, bafouillant, alors qu’il présente un projet de loi sur l’éthique dans le sport devant les membres de la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale. » Or l’audition a duré environ 2 heures 30 min, et les images sélectionnées par le « Petit Journal » ne durent pas plus de 2 min. Finalement, 2 min d’hésitation sur 2 heures 30 min, c’est un bon rapport, non ?

Le 5 janvier 2012, l’équipe du « Petit Journal » n’a pas peur de tordre la vérité juste pour fabriquer une polémique : en déplacement dans un même train, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon se seraient évités durant tout le trajet. Bigre ! Pourtant, la réalité est tout autre, puisque les deux candidats à la présidentielle s’étaient embrassés sur le quai de la gare… mais avant l’arrivée des caméras. [3]

Mépris des « petits »

Ces quelques exemples – pris sur une période d’un mois – illustrent plutôt bien le journalisme selon la méthode Barthès. Problème. A cette constante malhonnêteté s’ajoute le mépris systématique des « petits candidats ». Deux exemples.

Premier exemple. Lors de l’émission déjà mentionnée consacrée à Dupont-Aignan. Un militant du mouvement Debout la République suggère qu’« il faut sortir de l’euro et garder une monnaie commune, pour faire des échanges entre nations. » Commentaire railleur de Barthès : « OK, il faut virer l’euro, mais garder l’euro ». De l’art de faire rire en disant n’importe quoi : quoi que l’on en pense, il est parfaitement concevable de disposer à la fois d’une monnaie nationale (le franc) et d’une monnaie commune pour les échanges internationaux (l’euro). C’était d’ailleurs l’un des souhaits d’Edouard Balladur ou de John Major à la fin des années 80.

Deuxième exemple. Le 7 février 2012, Barthès annonce que « le JT de TF1 a cartonné ». Suit alors un petit montage de type bande-annonce de film d’action américain : « Plus fort que “Plus belle la vie” sur France 3, plus fort que “Scènes de ménage” sur M6, plus fort que “Le Petit journal” sur Canal + – même si on fait de bonnes audiences –, plus fort qu’Arte – mais ça c’est normal –, mais surtout plus fort qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy réunis sur France 2, elle a explosé l’audience, et ce n’est pas “Joséphine Ange gardien”, non, c’est Corinne Lepage. » Retour plateau sur Barthès, qui joue la surprise : « Corinne Lepage de Cap 21 a battu Nicolas Sarkozy et Angela Merkel réunis sur France 2 ! Nous aussi on veut exploser l’audience. Vite ! Déclenchons une page spéciale Corinne Lepage ! Habillage Cap 21 s’il vous plaît. » Que Corinne Lepage ait accepté de répondre à Yann Barthès n’y change rien : la taquinerie apparemment inoffensive ne peut pas dissimuler le mépris qui l’inspire.

Des exemples comme ceux-là se ramassent à la pelle. On se moque des fans de stars, on rit des vieux, on ridiculise les militants de base, on taquine les « petits » candidats… Certes, les « grands » ne sont pas épargnés… Mais c’est la moindre des choses, pour une émission qui se veut « impertinente ».

Liberté d’informer ou de désinformer ?

Dans un tel contexte, invoquer la liberté de la presse, c’est la défigurer, surtout quand elle sert d’alibi à la liberté de désinformer. Or c’est au nom de liberté de la presse que Barthès et son équipe ont cru bon de s’en prendre, une fois encore, à leur cible privilégiée : Mélenchon. 

Le 19 janvier 2012, le Front de gauche a refusé à plusieurs journalistes du « Petit Journal » d’assister à une rencontre entre Mélenchon et des chômeurs. Et depuis ce jour, Barthès enfile sa tenue de bon samaritain pour dénoncer les méthodes du Front de gauche et pour défendre sa liberté. Sa liberté de journaliste. Dans sa quête, il est soutenu avec assiduité par Canal +, et notamment par Jean-Michel Aphatie et Bruno Donnet du « Grand Journal », qui n’en manquent pas une pour taper sur le Front de gauche et sa« nostalgie de la censure » [4].

Les journalistes n’ont pas le monopole de la liberté d’informer. Celui des chômeurs, dans le cas considéré, mérite un minimum de respect. Au nom de quoi les journalistes disposeraient-ils d’un droit d’accès absolu et d’un droit d’ingérence sans limites qu’ils ne revendiquent guère quand le huis-clos est la règle pour certaines délibérations. Au hasard et par exemple : celui des conseils d’administration des grandes entreprises qui décident de la fermeture d’usines.

De plus, lors d’un conflit social, les participants à une assemblée générale ou à une action peuvent très bien décider d’en interdire la participation aux journalistes (ou à certains journalistes) pour pouvoir délibérer sans la pression des médias. Et que dire, enfin, quand on sait que les images risquent d’être délibérément truquées ?

La liberté de la presse est elle-même menacée par des bidouilleurs qui brandissent leurs cartes de presse. Et c’est défendre la liberté de la presse que de les empêcher de nuire. La question ne se poserait pas si les amuseurs du « Petit journal » ne se présentaient pas comme des journalistes (ainsi que l’a fait récemment Barthès dans Le Monde [5]), mais comme des humoristes et annonçaient leurs trucages. A la différence des « Guignols », qui manient la satire sans fard ni autre prétention (et qui, à notre connaissance, ne se présentent pas comme des journalistes, qu’ils aient ou non une carte de presse), « Le Petit journal » mélange tous les genres et dans tous les domaines : la satire et l’information, le pastiche et le trucage, la politique, le défilé de mode et le meeting… de Barthès.

Les trucages du « Petit Journal » sont-ils efficaces ? Sans doute auprès des publics qui ne sont pas avertis. Mais peut-être qu’un stage à la télévision nord-coréenne permettrait-il de perfectionner les montages afin d’éviter de se faire (re)prendre la main dans le sac ?

Mathias Reymond

(avec Michel, Henri, Olivier et Denis)

N. B. À propos du « Petit journal », voir l’émission d’Arrêt sur imagesdu 26 janvier. Une partie des manipulations du « Petit Journal » y sont expliquées dans le détail.

Annexe : les invités politiques des radios.

Du lundi 30 janvier au 9 février (hors week-end)

- Bourdin 2012 (RMC/BFM)
UMP (+ ex-UMP) : 4 ; Parti socialiste : 2 ; Europe Ecologie – Les Verts : 1 ; Modem : 1 ; Front de gauche : 1.
Soit 66,67 % des invités politiques pour l’UMP (44,44 %) et le PS (22,23 %).

- Interview matinale de Jean-Michel Aphatie sur RTL
UMP : 3 ; PS : 3 ; Front national : 1.
Soit 85,71 % des invités politiques pour l’UMP et le PS.

- Interview matinale d’Europe 1, Bruce Toussaint UMP : 4 ; PS : 1 ; EELV : 1 ; FN : 1. 
Soit 71,43 % des invités politiques pour l’UMP (57,14 %) et le PS (14, 29 %).

- Interview matinale d’Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach
UMP : 2 ; PS : 4.
Soit 100 % des invités politiques pour l’UMP (33,33 %) et le PS (66,67 %).

- Europe 1 Soir, interview d’Arlette Chabot et Nicolas Poincaré
UMP : 2 ; PS : 3 ; EELV : 1 ; Cap 21 : 1.
Soit 71,43 % des invités politiques pour l’UMP (28,57 %) et le PS (42,86 %).

- Matinale de France Inter, à 8 h 20, avec Patrick Cohen
UMP : 4 ; PS : 2 ; Front de gauche : 1 .
Soit 85,71 % des invités politiques pour l’UMP (57,14 %) et le PS (28,57 %).

- Matinale de France Info, les invités de 8 h 15, Raphaëlle Duchemin
UMP : 3 ; PS : 2 ; EELV : 1 ; Modem : 1 ; FN : 1.
Soit 62,5 % des invités politiques pour l’UMP (37,5 %) et le PS (25 %).

- Matinale de Radio Classique,- En route vers la présidentielle, interview de Guillaume Durand
UMP (+ ex UMP + Nouveau Centre) : 5 ; PS : 3 ; Lutte ouvrière : 1. 
Soit 88,89 % des invités politiques pour l’UMP et apparentés (55,56 %) et le PS (33,33 %). 

- Total général :
UMP (+ ex-UMP + Nouveau Centre) : 27 ; PS : 20 ; EELV : 4 ; FN : 3 ; Front de gauche : 2 ; Modem : 2 ; Cap 21 : 1 ; LO : 1. 
Soit 78,33 % des invités politiques pour l’UMP et apparentés (45 %) et le PS (33,33 %) : 47 sur 60.

Notes

[1] Pour le 8 février (7 h 50 : M. Aubry invitée de Canal + ; 8 h 20 : M. Sapin invité de RFI ; 8 h 40 : B. Cazeneuve invité de LCP ; 18 h 45 : S. Le Foll invité de LCP ; 19 h 10 : S. Mazetier invitée de RFI ; 20 h 30 : M.-N. Lienemann invitée de LCP) et pour le 9 février (8 h 40 : H. Désir invité de LCP ; 8 h 40 : N. Vallaud-Belkacem invitée d’Europe 1 ; 18 h 40 : B. Delanoë invité d’Europe 1 ; 19 h 10 : L. Jospin invité de LCI ; 19 h 30 : M. Sapin invité de LCP)

[2] Modification, le 27 février 2012 à 19 h 55. Initialement, nous avions noté que le meeting “débutait à 17 h 30”. Or il s’est terminé à 17 h 30, comme l’indiquait l’article d’@si cité dans le corps de texte.

[3] Voir l’article sur le site de @si.

[4] Voir notre article : « Front (de gauche) contre Front (national) », “Le Grand Journal” referme le cercle de raison.

[5] A la question « Comment définiriez-vous votre travail ? Croiseur d’info ? Sémiologue ? Clown ? Décrypteur de médias ? », il répond : « Journaliste » (28 janvier 2012).

Mépris pour les « petits » candidats dans le « Grand Journal » de Canal Plus

par Florian Reynaudle 5 mars 2012

L’élection présidentielle est l’occasion de pointer du doigt le mépris réservé par les grands médias à ceux qu’ils appellent les « petits » candidats [1]. Le crédit qui leur est accordé par les journalistes est malheureusement corrélé à leur score dans les sondages d’intention de vote… Si la campagne pour l’élection de 2012 n’échappe pas à cette règle, c’est dans l’émission « Le Grand Journal » de Canal Plus, régulièrement épinglée par Acrimed, que les distorsions sont les plus significatives.

« Vous devez être le prototype du candidat inutile dans cette campagne. Totalement inutile. » C’est ainsi que Jean-Michel Aphatie donnait son avis sur le pluralisme lorsqu’il s’exprimait face à Jacques Cheminade, sur Canal Plus, le 31 janvier 2012 [2]. Pour enfoncer le clou – et montrer que Jacques Cheminade n’est pas un cas particulier –, le 10 février, le « Grand Journal » a fait pour nous une synthèse de ses interviews de « petits » candidats.

Quand on sait que le temps de parole d’un invité au « Grand Journal » est compté – cinq à dix minutes – les candidats doivent aller rapidement au cœur des sujets. Or, pour les animateurs du « Grand Journal », le sujet des 500 parrainages nécessaires pour se présenter est d’une extrême importance, et chaque candidat qui n’est pas adossé à un « grand » parti est contraint de perdre quelques minutes de temps de parole pour répondre à cette question. Question qui tourne parfois au harcèlement. Comme face à Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République). 

- Michel Denisot : « En 2007 vous n’avez pas pu vous présenter parce que vous n’avez pas eu les 500 signatures, est-ce que cette fois ci vous pensez que vous allez franchir les "qualifs" comme on dit en sport ? » 
- Nicolas Dupont-Aignan : « Je ne serais pas ici si je n’étais pas sûr de les avoir. » 
- Michel Denisot : « Mais vous les avez ? » 
- Nicolas Dupont-Aignan : « Je les aurai. » 
(...) 
- Michel Denisot : « Alors vous en êtes loin ou pas loin ? » 
- Nicolas Dupont-Aignan : « Je les aurai. » 

Peu présent sur les plateaux de télévision (et celui du « Grand Journal » en particulier), Dupont-Aignan – qu’il ait ou non ses 500 signatures – a peut-être des choses à dire qui sortent des discussions convenues. Il est de droitepour le retour au franc, et critique à l’égard de la mondialisation. Une position originale qui pourrait susciter l’intérêt des journalistes ? Non, sur Canal Plus, on préfère gaspiller les minutes utiles pour des sujets futiles.

Pour Corinne Lepage (Cap 21) et Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière), en revanche, la sentence est lapidaire. Dès la première question, Michel Denisot plante le décor et anéantit toute possibilité de discussion de fond : « Vous avez trois points communs qui sont pas des points communs positifs, hein. Vous le savez : vous serez pas élues. Vous ramez pour trouver les 500 signatures. Et vous ne roulez pour personne d’autre a priori, est-ce que je me suis trompé ? »

C’est en effet un point récurrent du traitement médiatique des « petits » candidats : à la différence des « grands » candidats, il sont sommés de justifier leur candidature, comme les candidates respectives de Lutte Ouvrière et Cap 21 face à Jean-Michel Aphatie :« À quoi ça sert, puisque c’est un peu la question, de se présenter quand on n’a pas de chances d’être élu ? Comment est-ce que vous répondez à cette question ? » Encore des minutes de perdues pour répondre à cette question plutôt qu’à celles qui portent sur le fond… Et Nicolas Dupont-Aignan, qui lui non plus ne gagnera pas, doit donc répondre à cette question de Denisot : « Et vous avez l’espoir d’obtenir un pourcentage de quel ordre ? »

Jean-Michel Aphatie encore, en plus de remettre en cause la légitimité des candidats, se permet également d’évaluer les campagnes électorales, comme ici, face à Julien Bayou, porte-parole de la candidate Eva Joly : 

- Jean-Michel Aphatie : « On peut dire que la campagne d’Eva Joly ne marche pas, il ne faut pas avoir honte de le reconnaître. » 
- Julien Bayou : « Ah non ça ne marche pas, on n’est pas à 15 % dans les sondages... » 
- Jean-Michel Aphatie : « Ça marche pas... » 
- Julien Bayou : « ... on est les seuls à porter des propositions, et on tardera pas à être rejoints par les autres. » 
- Jean-Michel Aphatie : « Vous reconnaissez que ça ne marche pas ? » 
- Julien Bayou : « Ça ne marche pas... ça va marcher, et pour l’instant ça... » 
- Jean-Michel Aphatie : « C’est autre chose. » 
- Ariane Massenet : « Quand ça ? » 
- Julien Bayou : « Hein ? » 
- Ariane Massenet (insistante) : « Quand ça ? »

L’éditorialiste se veut avant tout un grand pédagogue, aidant le porte-parole à reconnaître les errements de son parti.

***

Qu’importent les rares séquences consacrées au fond (car elles existent dans ce « Best of » ) et au programme des candidats, le message principal reste : il existe des candidats légitimes et d’autres illégitimes. Les premiers sont consacrés par les sondages, leurs commanditaires et leurs gardiens, les seconds sont enterrés, par les mêmes juges, avec « la morgue et le mépris » qu’on leur connaît parfois.

Mais nous étions prévenus, car ce « Best of » s’ouvrait par un avertissement de Michel Denisot : « Le meilleur du Grand Journal. »

Florian Reynaud (avec Mathias Reymond)

Notes

[1] Voir nos articles, sur Philippe PoutouDominique VoynetFrédéric Nihous ou Gérard Schivardi (liste non exhaustive).

[2] Voir notre article sur cette émission.

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Published by coutoentrelesdents - dans MEDIA
29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 15:50

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Published by coutoentrelesdents - dans MUSIQUES

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