Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 13:13

par Mathias Reymondle 12 décembre 2011

De nombreuses causes peuvent être invoquées pour expliquer ce que la majorité des commentateurs appelle la « crise de la dette » : notre propos n’est pas de les discuter. Mais il suffit de mentionner les arguments qui sont généralement absents du débat public pour comprendre comment il est orienté : à sens unique (voir annexe). Plutôt que de retenir que l’État ne s’enrichit pas, on dira qu’il dépense trop. Plutôt que de s’interroger sur l’Union monétaire et sur l’Europe des marchés, on se bornera à revendiquer « plus d’Europe ». L’actuelle crise de la dette est, pour les journalistes vedettes et les éditorialistes multicartes, une aubaine pour reprendre de concert le morceau qu’ils jouent depuis de longues années : écoutons-les et plongeons avec eux.

Vive la rigueur ! [1] 

Selon que l’on soit de gauche ou de droite, pour la plupart des médias la rigueur est toujours salutaire… 

Ainsi, dès le 30 juillet 2011, Marianne fait état d’une « note qui plaide pour la rigueur » au sein du Parti socialiste (PS). Produit par le think tank proche du PS Terra Nova, ce rapport est très critique à l’égard de la politique conduite par Nicolas Sarkozy, mais ne s’en distingue guère par ses conclusions… que l’hebdomadaire reprend à son compte : « il faudra donc affecter toutes les recettes nouvelles à la réduction des déficits et accepter le calendrier européen, quitte à financer les priorités de la gauche par des économies dans d’autres secteurs. » Un mois plus tard, dans Challenges (1er septembre 2011), c’est Jacques Attali qui explique sur quatre pages tout le bien qu’il pense de la rigueur : « Il ne faut donc pas se battre sur les mots : une politique de rigueur (je préfère nommer de désendettement) est nécessaire. » On avait compris…

Pour Serge July, dans Les Inrockuptibles (16 novembre 2011), cela ne fait pas de doute : il faut une rigueur « de gauche ». Il développe :« La rigueur de gauche sera-t-elle plus rigoureuse et plus européenne que la rigueur de droite ? Dans le contexte exceptionnel de cette campagne, c’est à la fois un risque et une chance. » Même son de cloche dans Libération, 6 décembre 2011 : « À l’heure où la récession se profile, il ne suffit pas de rassurer les marchés, il faut aussi rassurer les peuples, explique Vincent Giret. Ce pourrait être à la gauche d’inventer les conditions d’une relance crédible, tournée vers l’avenir. Une relance indispensable qui ne se ferait pas contre la rigueur mais avec elle. » Une rigueur de gauche, en somme…

Dans Le Figaro (16 août 2011), c’est cette fois Yves de Kerdrel – étalon de mesure de la droite dure – qui encourage le gouvernement à aller plus loin dans ses coupes budgétaires drastiques : « Mais rien ne pourra se faire de crédible sans une coupe dans les dépenses publiques. D’abord parce que la France dépense trop et mal. Ensuite parce que c’est là où se situent les marges de manœuvre, dans un pays où la pression fiscale décourage déjà le travail et la création de richesses. » Le chroniqueur sait aussi être une force de proposition : « Il reste que certaines mesures engagées par Nicolas Sarkozy commencent à montrer leur efficacité. Comme le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Cela permet d’ores et déjà de dégager un milliard d’euros par an. Si cette disposition était aussi appliquée aux fonctionnaires territoriaux et au sein de la Sécurité sociale, un milliard supplémentaire pourrait être économisé. » Hourra !

Christophe Barbier, dans L’Express (4 novembre 2011), fait lui aussi des propositions. L’omniprésent directeur de L’Express en est persuadé : « le bon président est celui qui osera annoncer des mesures précises, douloureuses et efficaces. » Et il décline alors un programme qui ferait pâlir de jalousie les libéraux les plus droitiers du monde. Ainsi, il soutient « qu’il faut travailler plus » et, pour ce faire, « supprim[er] la cinquième semaine de congés payés. »Ensuite, il explique que « si licencier ne devient pas plus facile, embaucher finira par être impossible. » Il invite le gouvernement à« retrouver les vertus de la solidarité familiale, et ne plus attendre de “l’État mamma” les soins et les consolations que nous devons prodiguer à nos proches. » Enfin il veut briser « le rêve mortifère du “tous fonctionnaires”. […] Dans les ministères comme dans les départements, explique-t-il, attendons cinq départs en retraite pour engager un seul fonctionnaire, sous deux conditions : qu’il soit jeune et qualifié. »

Dans Le Point (17 novembre 2011), Claude Imbert va plus loin. Il trouve le gouvernement trop mou et sa politique d’austérité pas assez… austère : « Pourquoi avoir conservé les funestes 35 heures enrobées d’heures supplémentaires défiscalisées ? Et conservé l’impôt sur la fortune, impôt imbécile, unique au monde, et qu’on enveloppa de la carapace du bouclier fiscal ? Pourquoi minauder sur le mot rigueur ? Cette peur du peuple altère encore le plan d’austérité qu’on lui soumet ces jours-ci. Il va dans la bonne direction, mais en boitant. »

Nicolas Baverez, quant à lui, s’énerve contre la Grèce, « qui ne peut rembourser ses dettes et continue à tergiverser en matière de fiscalité et de privatisations. » Et il accuse les États européens « qui ont différé les indispensables plans d’austérité jusqu’à les rendre incompatibles avec la croissance » (Le Point, 15 septembre 2011). Conclusion de Nicolas Beytout, sur RTL (8 novembre 2011) : « Il reste un gros travail à faire sur la baisse de la dépense publique. »Ouf !

Vive les marchés !

Les marchés sont des êtres étranges et invisibles qui ont besoin d’être rassurés [2]. Ils sont d’un naturel anxieux, et l’État doit tout mettre en œuvre pour leur redonner confiance. Alain Minc, sur RTL, le 16 août 2011, explique comment faire : « Je crois qu’on est désormais dans un nouveau paradigme qui est le suivant : la vertu budgétaire crée la confiance, la confiance crée la consommation et l’investissement. La consommation et l’investissement créent la croissance. Aujourd’hui, le paradigme c’est : “Vertu budgétaire, confiance, croissance”. Et donc, de ce point de vue, les gestes faits pour établir la confiance vis-à-vis des marchés sont le meilleur encouragement à la croissance, bien plus que ne l’était autrefois quelques milliards dépensés. » 

Dans le même esprit, Franz-Oliver Giesbert, dans Le Point (23 novembre 2011), défend les angéliques agences de notation et se lance dans un cours d’économie qui ferait pouffer de rire le plus ignare des étudiants de première année de sciences économiques :« Il y a quelque chose de pathétique, pour ne pas dire plus, à entendre nos politiciens dénoncer les agences de notation, comme si c’étaient elles, et non leur propre incurie et leur propre laxisme, qui nous avaient conduits dans le mur, après trente ans de bêtises, de folies et d’imprévoyance, où l’on a vécu au-dessus de nos moyens, au nom d’un keynésianisme pour cours élémentaire. »

À la lecture du Figaro (23 août 2011), on n’est pas étonné d’apprendre que le gouvernement a raison de vouloir rassurer « les marchés » : « Quel que soit le chiffre retenu par le gouvernement – qui devrait vraisemblablement davantage s’approcher des 2 % –, celui-ci veut en tout cas que les marchés soient convaincus de la vertu budgétaire qu’il compte instaurer. Une étape nécessaire vers le retour à la confiance. »

Et Nicolas Demorand découvre en 2011 ce que les économistes hétérodoxes – qu’il n’a jamais invités sur France Inter – ont toujours dit : « Au schéma fondateur de la démocratie succède désormais une nouvelle organisation des forces, brutale : un nouveau pouvoir, économique, sans contre-pouvoir capable de le limiter ni même de le réguler, domine tous les autres et dicte sa loi. » (Libération, 7 décembre 2011). Il n’est jamais trop tard…

Es lebe Europa !

Si les plans de rigueur et l’appel aux marchés ne font pas toujours l’unanimité dans les médias, il est un sujet qui ne fait guère débat : l’Europe. Et qui plus est : l’Europe version germanique. Dans les grandes lignes, et en substance, voici ce que préconisent la plupart des commentateurs : l’Europe est presque parfaite, il convient toutefois de corriger ses rares faiblesses en augmentant son poids dans le contrôle des États membres, et – pourquoi pas ? – de calquer son modèle sur celui de l’Allemagne.

D’ailleurs, pour Nicolas Demorand, la crise des dettes publiques a du bon : « La bonne nouvelle, c’est que, pour une fois, l’Europe sera au cœur de la campagne présidentielle. Non pas, comme d’habitude, pour y faire souffler le vent vif de la démagogie anti-bruxelloise qui a toujours caractérisé la vie politique française, avec un plus ou moins grand raffinement selon les partis » (Libération, 30 novembre 2011). C’est vrai qu’une critique de la construction européenne telle qu’elle se fait est forcément et assurément « de la démagogie anti-bruxelloise ». N’est-ce pas un peu démagogue que de le penser ?

Puis le directeur de Libération ajoute que « sont dérisoires, à ce stade, les querelles théologiques qui secouent le couple franco-allemand sur le rôle dévolu à la BCE [Banque centrale européenne]et aux formes de vertu à développer, à l’avenir, pour éviter que de nouvelles crises se déploient alors que personne n’a la moindre idée pour arrêter celle qui dévaste maintenant l’économie. » Ces querelles sont-elles si dérisoires, puisque ce sont bien les règles du jeu économique qui sont au cœur de l’amplification de la crise ? Et si Nicolas Demorand n’a pas « la moindre idée » pour stopper cette crise, c’est peut-être parce qu’il a trop lu les livres de Daniel Cohen (conseiller de la Banque Lazard et invité permanent des matinales de France Inter lorsque Demorand en était l’animateur)… ou qu’il se contente des « analyses » de Jean Quatremer, correspondant deLibération à Bruxelles, un « briseur de tabous » auto-proclamé dont les analyses économiques sont aussi subversives qu’un éditorial deChallenges.

Pour Nicolas Baverez, c’est inéluctable, « la France doit accompagner le revirement de l’Allemagne, en cessant de plaider absurdement contre la recapitalisation des banques et en assumant une politique de rigueur qui est seule conforme à l’intérêt national comme à celui de l’Europe » (13 octobre 2011). Dans Libération (6 décembre 2011) d’ailleurs, on s’enthousiasme devant le compromis trouvé entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel : « l’accord arraché hier soir entre Paris et Berlin contient quelques bonnes nouvelles. »Parmi lesquelles on trouve le fait que « la France a accepté davantage d’intégration budgétaire », ou encore que la France a« fait entendre à l’Allemagne que l’usage mécanique de la sanction ne pouvait tenir lieu de politique. » À n’en pas douter, l’Europe est sur la bonne voie. Ce point de vue est partagé par Le Monde (10 décembre 2011) : « le sommet de Bruxelles a tracé les grandes lignes d’une meilleure gouvernance budgétaire de la zone euro. C’est bien. Ce n’est pas suffisant. »

De son côté, Franz-Olivier Giesbert déclare sa flamme à l’un des artisans de cette Europe : « S’ils étaient honnêtes, ses contempteurs de droite ou de gauche reconnaîtraient maintenant que Jean-Claude Trichet, gouverneur de la Banque de France, puis de la Banque centrale européenne, avait raison sur toute la ligne quand il dénonçait la mauvaise pente qui nous a menés là où nous en sommes aujourd’hui, plombés par la dette et les déficits » (Le Point, 23 novembre 2011). Giesbert n’est pas précis : Trichet avait raison sur quel point ? Celui de maintenir l’euro fort (avec pour conséquences une croissance en berne, une fuite des capitaux et une hausse du taux de chômage) ? [3] Celui de soutenir que la BCE ne devait pas prêter aux États (avec pour conséquence l’accroissement de la dette des pays obligés de faire appel aux marchés financiers) ? Ou celui de maintenir son modeste salaire de 30 000 € par mois alors qu’il affirmait qu’augmenter les salaires en Europe « serait la dernière bêtise à faire » (Europe 1, 20 février 2011) ?

***

« La vérité fut longtemps, chez nous, la grande absente du débat public. Le peuple […] sanctionne dans les urnes les téméraires, les Mendès, les Barre. Il vote avec ses pieds, dans la grève ou la rue, contre des évidences partout ailleurs reconnues. » Ces quelques mots de Claude Imbert (Le Point, 17 novembre 2011) résument avec justesse ce que pensent du peuple la plupart des commentateurs et éditorialistes qui pérorent partout dans les médias depuis plusieurs décennies : le peuple est con. Et il est con, parce qu’il est le peuple. Ces omniprésents journalistes que nous citons dans cet article ne sont pas les journalistes mais ils occupent le devant de la scène, et la crise de la dette exacerbe leurs positions et fige leurs opinions. C’est un parfait révélateur de l’état des médias…

Mathias Reymond

Annexe : Parmi les causes que l’on peut invoquer, certaines sont très inégalement présentes dans le débat public : 
- la disparition, dans les années 70, confirmée par le traité de Maastricht (1992), de la politique monétaire expansionniste (de type keynésienne) qui consistait pour l’État à emprunter auprès de sa banque centrale pour financer le déficit, et à s’autoriser une relative inflation, afin « d’exproprier les rentiers », comme disait John Maynard Keynes. Aujourd’hui l’emprunt se fait auprès des marchés financiers, et l’inflation tourne autour de 2 % ; 
- l’appauvrissement de l’État (pas assez de recettes fiscales pour financer les dépenses) aggravé par les cadeaux fiscaux de Nicolas Sarkozy aux catégories les plus aisées ; 
- le taux de croissance faible : pas assez de production, donc pas assez de salaires, donc pas assez de consommation, et donc… pas assez de recettes pour l’État.

Si le dernier point fait l’unanimité un peu partout dans les médias et dans le champ politique, les deux premiers ont été très longtemps évincés des débats.

Notes

[1] Certains passages de cette section sont puisés de notre rubrique Lu Vu Entendu.

[2] Voir à ce propos notre article « Journalisme et fétichisme : les “marchés financiers” pensent ».

[3] À ce sujet, lire « Cet euro qui protège nos déficits ! » de Stéphane Madaule (Le Monde, 10 mai 2010).

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans MEDIA
13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 13:09

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1323669029.jpg

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES
7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 13:28

Karl-Marx.jpg

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans IMAGES
7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 13:27
Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans MUSIQUES
7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 13:21
Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES
7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 13:09

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRyQ2ro0x8uCNBX8hhoHu-vZqaZLjvNH7_6lWJ5b8NJsQ4tCb9OR89BiSQhCAhttp://2.bp.blogspot.com/_MjpBNAEKWjM/SzvoshFW6dI/AAAAAAAAACM/6dIwzicb6Ck/s400/165392613_small.jpglink

http://2.bp.blogspot.com/_MjpBNAEKWjM/SzvrHEbIbuI/AAAAAAAAACU/40p1c_STvEs/s400/Anfalsh+-+Que+D+La+Haine+Vol.3+Pochette+CD.jpg

 

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans MUSIQUES
7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 13:08

dimanche 11 décembre 2011 à 15h

Place Saint Michel Métro Saint Michel

Depuis deux mois le courant catholique intégriste fédéré par l’Institut Civitas mène campagne contre des pièces de théâtre qu’il juge « blasphématoires ».

Epaulé par des groupes violents, racistes, antisémites et hostiles aux musulman-e-s comme le GUD, le Renouveau français ou l’Action française, il s’efforce de perturber la représentation de ces pièces par tous les moyens (intrusion dans le Théâtre de la Ville et agressions de spectateurs, prières de rue, utilisation de moyens de sonorisation puissants comme à Toulouse…).

Après s’être attaqué à Sur le concept du visage du fils de Dieude Romeo Castellucci, il s’en prend à Golgotha pic-nicde Rodrigo Garcia. Il ne compte pas s’en tenir là puisqu’un des porte-parole de Civitas a annoncé fin octobre qu’il contesterait toutes les œuvres qu’il juge « blasphématoires ».

Ces catholiques intégristes veulent une France et une Europe « chrétienne et qui le reste » comme ils l’ont déjà déclaré, c’est-à-dire une société raciste débarrassée de ses migrant-e-s et où la religion occuperait une place centrale.

L’extrême droite constitue une menace à la liberté de création et d’expression. A chaque fois qu’elle a dirigé une ville ou un état, elle s’est employée à interdire des spectacles et à retirer des bibliothèques des ouvrages contraires à son idéologie, voire à les brûler.

Dans le cas présent, nous savons bien que ces mouvements veulent avant tout occuper la rue pour propager leur idéologie de haine et d’intolérance, en utilisant au besoin la violence afin d’intimider celles et ceux qui pensent autrement. C’est ce qu’ils ont fait en 1989 en incendiant le cinéma qui diffusait La Dernière tentation du christ de Martin Scorcese à Saint Michel. Face à cette offensive violente et coordonnée :

- Nous récusons l’usage de la notion de « blasphème », terme d’un autre âge qui vise à interdire de fait toute critique rationnelle de la religion et à en faire un délit afin d’obtenir la soumission des populations à un ordre autoritaire et obscurantiste ;

- Nous dénonçons une stratégie d’un groupe de pression affilié à l’extrême droite qui vise à faire reculer les libertés et les droits dans tous les domaines (contraception, IVG, liberté sexuelle, programmes scolaires, culture…) contre les jeunes, les femmes et les travailleurs-ses ;

- Nous rejetons également avec la plus grande fermeté un discours identitaire et pseudo-laïque stigmatisant les migrant-e-s, dénigrant les artistes et les enseignant-e-s, mais aussi visant à affaiblir la séparation des églises avec l’état et donc une laïcité émancipatrice à laquelle nous sommes attaché-e-s. Cela relève d’une stratégie de diversion et de division des travailleuses et travailleurs afin de pouvoir les écraser par des politiques d’austérité et de destruction de leurs droits. Le pouvoir actuel, la droite et l’extrême droite se partagent largement cette responsabilité. En laissant l’extrême droite perturber plusieurs spectacles, voire même en lui apportant une protection policière, le pouvoir contribue à bafouer la liberté de création artistique.

Face à ces menaces et à une volonté de s’approprier l’espace public, nous appelons les jeunes, les femmes, les travailleurs-ses, les artistes et créateurs-trices et plus largement la population parisienne à se mobiliser fortement pour faire échec au danger que représente l’extrême droite en participant

à la manifestation Dimanche 11 décembre 15 h00, place Saint Michel Premiers signataires :

Action antifasciste Paris banlieue, Les Alternatifs, Alternative libertaire, Fédération anarchiste, Nouveau parti anticapitaliste, SUD Culture, SUD Etudiant, Parti de gauche, CNT Culture spectacle Région parisienne, Solidaires Paris, Parti communiste français Paris, FSU 75

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans FACHO HORS DE NOS VIES!
7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 13:07

SON CONCERT CHAHUTÉ À BOUIRA
Le cachet de Khaled provoque l’émeute

La venue du king du raï à Bouira, jeudi, a suscité un grand mécontentement au sein de la population, en général, et chez les jeunes, en particulier. La rumeur selon laquelle une somme de plus de 6 milliards de centimes a été donnée à Cheb Khaled en guise de cachet a fait le tour de la wilaya, notamment chez les jeunes chômeurs et, surtout, les universitaires recrutés dans le cadre du pré-emploi ainsi que des citoyens de plusieurs localités organisatrices de plusieurs contestations pour l’amélioration de leur cadre de vie.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1323118576.jpg

Depuis l’annonce de Khaled à Bouira, les internautes ont investi facebook, appelant à son boycott. Appel qui semble avoir trouvé un écho favorable au vu du nombre de tickets d’entrée vendus à travers les différents points de vente. À la Maison de la culture de la ville de Bouira, seuls 24 billets ont été cédés, selon des sources proches de la Direction de la culture.

La radio locale, sponsor de la manifestation, avait pourtant fait un tapage médiatique autour de “l’événement”. Même le jour du concert, des appels ont été lancés par des responsables des Maisons de jeunes de la région pour inciter les citoyens à se rapprocher de leurs structures, et ce, pour l’achat des billets. En vain. L’angoisse s’est installée chez les organisateurs qui se sont rabattus sur les associations pour mobiliser les foules en mettant à leur disposition des bus à partir des différentes localités de la wilaya, promettant même la “gratuité” de l’accès au concert. Malgré tous les moyens mobilisés, l’assistance n’a pas atteint le niveau escompté. Ils étaient moins de 8000 personnes, chiffre insignifiant dans un stade olympique et pour un artiste de la trempe de Khaled.

À partir de 19 heures, des batailles rangées se sont engagées sur la pelouse entre différents bandes sous les yeux des forces de sécurité. Des jeunes installés sur les gradins avaient scandé : “Ouin rahi el-houkouma ?” (où est l’État ?).

Mais d’autres slogans se sont fait entendre : “Khaled yadi 6 milliards ouahna aïchin fi algaraget” (Khaled empoche 6 milliards pendant que nous vivons dans des garages). D’autres ont saisi cette occasion pour dénoncer le prix de la pomme de terre. “Papa el wali attina soukna” (M. le wali, donnez-nous des logements), ont encore crié d’autres. Juste après le coup d’envoi du concert, un grand nombre de jeunes ont quitté les lieux pour protester… contre le retard. L’arrivée de Khaled à Bouira était prévue pour mercredi soir. Un déjeuner était programmé avec les autorités locales au CNSL Tikjda qui avait entamé tous les préparatifs. À la dernière minute, le rendez-vous a été annulé. Idem pour la rencontre en exclusivité avec la radio locale qui a retransmis son concert en direct, avec celles de Bordj Bou-Arréridj et d’Oran. Lors du concert, plusieurs jeunes ont tenté de provoquer des troubles, certains usant même d’armes blanches.

Les forces de sécurité ont procédé à plusieurs arrestations et des repris de justice ont été interpellés. En dehors du stade, plusieurs véhicules ont été visités par des voleurs. À la fin du concert, des heurts ont éclaté entre jeunes et forces de l’ordre qui ont usé de gaz lacrymogènes pour disperser les émeutiers qui ripostaient par des jets de pierres. Une chose est sûre : les autorités auront à réfléchir avant la programmation de nouveaux chanteurs dans le cadre du programme culturel de la wilaya. Surtout sur les cachets qu’il faudra concéder aux artistes.

Leur presse (A. Debbache, Liberté, 3 décembre 2011)


Un officier de police interdit l’accès aux journalistes

Des journalistes de la presse écrite se sont vus interdits, par un officier de police, de couvrir la conférence de presse animée par l’artiste Khaled après la fin de son spectacle, au niveau de la loge du stade Rabah Bitat. Seule une équipe de l’ENTV et une autre de la radio régionale de Bouira étaient autorisées à assister à cette conférence.

L’officier, usant d’un vocabulaire vulgaire envers les journalistes, qui étaient pourtant nombreux, a ordonné aux policiers de constituer un cordon pour empêcher les journalistes d’accéder à la loge. « J’ai des instructions fermes, aucun journaliste de la presse écrite ne mettra les pieds dans la salle », dira-t-il.

Selon des échos, cette instruction des organisateurs est une manière pour éviter aux journalistes de connaître le montant du cachet de l’artiste. Selon des sources crédibles, le cachet de l’artiste Khaled à l’occasion de son spectacle à Bouira est de 100’000 dollars, (10 milliards de centimes).

Leur presse (Amar Fedjkhi, El Watan, 3 décembre 2011)

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans MUSIQUES
7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 12:57

par Bertrand Jordanle 5 décembre 2011

Nous publions ci-dessous, avec l’autorisation de l’auteur, de larges extraits d’un chapitre – « Anatomie d’une déformation » – du livre de Bertrand Jordan, Les Imposteurs de la génétique (éditions du Seuil, 2000). Ils sont suivis de commentaires de l’auteur, rédigés à l’occasion de cette publication. Intertitres d’Acrimed. 

Ce chapitre analyse, à propos de la génétique, une question plus générale : d’où viennent les déficiences de l’information scientifique ? Ce sera l’objet du prochain Jeudi d’Acrimed, le 8 décembre à Paris : « Un autre journalisme scientifique est-il possible ? » (Acrimed)

Les médias n’ont jamais autant parlé de génétique. Rien d’étonnant : c’est sans doute, parmi les sciences, celle qui a le plus progressé au cours des dix dernières années, et elle concerne très directement chacun de nous. Les médias en parlent, mais l’information transmise est souvent partielle, déformée et parfois même fausse : l’exemple du « gène de la criminalité » n’est hélas pas unique. Je pense surtout ici à la grande presse et aux actualités télévisées. Les revues spécialisées, les émissions spécifiques sont généralement de bonne tenue, mais leur audience reste limitée : le grand public, dont l’intérêt pour les avancées de la génétique est manifeste, est assez mal informé par son quotidien, son hebdomadaire ou son journal télévisé. Du coup ses espoirs tout comme ses craintes sont parfois peu fondés. Essayons de comprendre les raisons de cet état de fait.

Du côté des journalistes scientifiques

Je commencerai par les journalistes scientifiques. Contrairement à ce qu’imaginent naïvement beaucoup de chercheurs, leur rang dans un quotidien ou un magazine n’est guère enviable : la science y constitue souvent un secteur secondaire, moins prestigieux que la rubrique politique, celle de la mode ou des sports. Les moyens et le temps dont ils disposent sont donc très limités. Et, bien que certains d’entre eux soient excellents, beaucoup souffrent d’une formation limitée à un diplôme universitaire, et n’ont aucune expérience directe du monde de la recherche. En outre, leurs objectifs de carrière visent souvent plus à s’évader de cette « ornière » (la rubrique scientifique) qu’à approfondir les diverses facettes de la science.

C’est lors d’un congrès déjà ancien, à Pékin en 1986, que je fus pour la première fois confronté directement à cet état de fait. Il s’agissait d’un colloque international sur le cancer organisé par l’ARC, à la grande époque du règne de ce Crozemarie qui s’est depuis révélé être un escroc d’envergure. En ce temps, nous nourrissions déjà quelques doutes sur la rigueur de sa gestion : l’attribution des crédits aux laboratoires nous paraissait arbitraire et peu transparente. Mais nous étions loin de nous douter qu’une fraction importante des dons était détournée via des sociétés-écran, dans un but d’enrichissement personnel.

Le congrès comportait un programme scientifique sérieux, et rassemblait une brochette d’experts américains et français de haut niveau. Sa tenue en Chine pouvait se justifier : ce pays offre la possibilité d’étudier de grandes populations très homogènes, solidement encadrées par un Parti tentaculaire, et qui se prêtent bien aux études épidémiologiques destinées à révéler les facteurs de risque. Les scientifiques américains en avaient perçu l’intérêt, et présentaient par exemple d’intéressants travaux sur l’incidence du cancer du nasopharynx au sein de deux provinces peuplées chacune de plusieurs millions de paysans, ayant la même alimentation mais employant des combustibles différents pour le foyer à feu ouvert de leurs cahutes. Des groupes aussi statiques, aussi homogènes constituent un outil idéal pour des épidémiologistes, à l’inverse de la population mobile et diversifiée des États-Unis pour laquelle la constitution des échantillons-témoin est souvent un redoutable casse-tête.

Mais ce colloque était aussi, et surtout, une opération publicitaire pour l’ARC. Tenu au Great Wall Sheraton Hotel de Pékin, dans une débauche de luxe à l’américaine assez choquante face au dénuement visible dans les rues de la ville, il rassemblait une quarantaine de chercheurs, et un nombre nettement plus élevé de journalistes. Proportion tout à fait incongrue : la presse est d’habitude peu présente dans nos congrès. En fait, ils avaient été invités par l’ARC afin d’assurer la couverture de cet « évènement », et la promotion du président Crozemarie. Dans l’ensemble, je fus très surpris de leurs centres d’intérêt, et plutôt déçu par leur niveau de connaissances. Sans doute un peu innocent à l’époque, je fus choqué de découvrir que leur préoccupation essentielle n’était pas d’appréhender l’évolution des connaissances sur le cancer, mais de savoir si Thierry le Luron (alors récemment disparu) était mort du sida comme en courait apparemment la rumeur...

L’exemple, déjà ancien, est sans doute caricatural. Il faut reconnaître que ces journalistes effectuent leur travail dans des conditions souvent difficiles. Manque de considération, et donc de moyens, au sein de leur journal ; exigence du sensationnel, de l’information-choc qui fait vendre, amenant parfois la toute-puissante rédaction à coiffer, contre la volonté du journaliste, un article relativement mesuré d’un titre accrocheur (et faux) ; impératifs de l’actualité, obligeant à « couvrir » un évènement en catastrophe, sans recul et sans possibilité d’effectuer les vérifications nécessaires. Du coup, il est fréquent qu’un scientifique interrogé par un journaliste n’ait pas communication du texte de son « interview » avant parution. C’est d’autant plus gênant qu’il est courant d’encadrer de guillemets des phrases que le lecteur considère dès lors comme citation verbatim, alors qu’elles sont composées par l’intervieweur et censées résumer la position du chercheur. Les contresens ne sont pas rares. Leurs conséquences peuvent être redoutables, pour la réputation personnelle de celui qui s’est fait piéger, mais aussi du fait des contre-vérités ainsi revêtues de son autorité et largement diffusées.

Du côté des chercheurs

Pauvre scientifique, victime des médias ! Est-il totalement innocent ? En général, non. Parfois, inconscient ou naïf, il débite un cours magistral qui témoigne certes de son haut niveau de connaissances mais reste totalement obscur pour son interlocuteur. Souvent aussi le chercheur, le nez dans ses expériences, ignorant les sensibilités du monde extérieur, emploie sans précautions un jargon de laboratoire riche en raccourcis aussi commodes que scabreux. « Le gène de la schizophrénie », l’expression est employée dans l’équipe pour faire court, et chacun est conscient (du moins je l’espère !) que ce terme désigne en fait « un gène, encore hypothétique, dont nos études indiquent qu’il pourrait se situer vers le milieu du bras long du chromosome 11, et dont un allèle particulier, dans les familles finlandaises que nous avons étudiées, ferait passer le risque de schizophrénie pour ses porteurs de 1 % à 20 % ». Si le raccourci est employé sans précautions, le journaliste qui recherche un scoopsusceptible d’attirer ses lecteurs et de plaire à son rédacteur en chef risque tout naturellement de prendre l’interlocuteur au mot.

Au-delà de cette naïveté, les chercheurs ont une tendance bien compréhensible à exagérer la portée de leurs travaux, à privilégier l’importance de ce qui est leur fonds de commerce et leur raison sociale. Cette génétique à laquelle ils consacrent leur vie professionnelle, cet ADN qu’ils s’attachent à collecter, extraire, cloner, cartographier, séquencer, ces gènes qu’ils mettent parfois des années à identifier, tendant vers eux l’effort de toute une équipe tenaillée par la crainte de se faire « griller » par un laboratoire concurrent, n’est il pas normal qu’ils finissent par en faire l’alpha et l’oméga de la vie, par en privilégier le rôle au détriment de tout le reste ? Il faut du temps, le temps de la réflexion, celui aussi de la confrontation avec des personnes d’autres horizons, pour prendre le recul nécessaire et situer un travail de recherche par rapport à la problématique de l’existence et aux enjeux de notre société. Dans la course au résultat, à la publication, qui conditionne de plus en plus la survie d’une équipe, dans la compétition souvent très dure qui se développe sur le plan international, ce recul nécessaire est souvent oublié, et peut alors alimenter toutes sortes de déviations médiatiques.

La déviation est moins excusable si elle devient systématique. Le cas est plus fréquent que ne le pense, à tort hélas, un public souvent encore persuadé qu’un chercheur est par définition honnête, sérieux et fiable. Il y a parmi nous, comme partout, quelques cabotins : personnages suffisants, imbus de leur importance, et qui, parce qu’ils ont un jour participé à une avancée importante de la science, se croient autorisés à donner doctement leur avis sur une multitude de sujets dont ils n’ont souvent qu’une idée assez vague. Cela arrange les journalistes, qui n’aiment pas multiplier les interlocuteurs et pour lesquels il est commode de s’adresser toujours aux mêmes. Il se trouve aussi des scientifiques pour utiliser les médias, consciemment ou non. Certains contrebalancent de cette manière la mise en cause de leurs résultats par leurs pairs, et font ainsi, sur les écrans ou dans la grande presse, la promotion de découvertes sur la mémoire de l’eau, ou celle du vaccin qu’ils pourraient mettre au point très vite... si seulement on leur en donnait les moyens. D’autres font carrément de la réclame commerciale : simultanément responsables d’un laboratoire universitaire et actionnaires d’une compagnie de biotechnologie, ils gonflent l’importance de résultats récemment obtenus dans le premier et dont l’application industrielle est confiée – parfois au mépris des règles légales – à la seconde. […]

N’exagérons rien, ces déviations ne concernent qu’une minorité : certains scientifiques assurent fort bien leur rôle pédagogique et médiatique, d’autres gèrent avec rigueur leur double appartenance au monde de la recherche et à celui de l’industrie. Plus répandue, plus grave sans doute est la relative indifférence qui règne dans le milieu scientifique vis-à-vis de la « vulgarisation ». La nuance péjorative attachée à ce terme n’est pas fortuite, et, malgré les vertueuses déclarations d’intention officielles, cette activité n’est pas prise très au sérieux par l’establishment. Elle est plus considérée comme l’apanage de chercheurs vieillissants, ou même ratés, que comme une activité normale faisant partie intégrante du rôle du scientifique ; et les commissions qui règlent l’avancement des chercheurs considèrent leurs activités dans ce domaine avec plus de suspicion que de bienveillance.

Du côté des publics

Nos concitoyens, enfin, sont mal armés pour se faire une image cohérente et correcte de la génétique. L’intérêt du public est vif, l’audience des revues spécialisées en témoigne, tout comme le renouveau des émissions télévisées sur le sujet. Mais la nouvelle génétique est devenue une « science dure » : moins rébarbative dans sa formulation que les mathématiques pures ou la physique quantique, elle exige néanmoins un ensemble étendu de connaissances et une certaine familiarité avec les chiffres. Or notre culture nationale reste essentiellement littéraire. […]

S’y ajoute une certaine paresse intellectuelle, conduisant à accepter sans réticence des explications que l’on sent simplistes afin de s’éviter l’effort d’appréhender la complexité du réel. Simplification à laquelle concourent tout naturellement les médias, terrifiés à l’idée de lasser leur audience et de perdre ainsi un point d’audimat.

[…]

Dans notre pays, la vision de la génétique a été fortement influencée par l’action de l’Association Française contre les Myopathies et par le retentissement des Téléthons annuels grâce auxquels elle finance aides aux malades et recherches sur les affections héréditaires et sur leur thérapie. L’AFM a fait faire de très grands progrès à la génétique, et en a puissamment popularisé le rôle et la démarche. C’est grâce à elle que la plupart des Français ont découvert l’ADN, les gènes et leur rôle dans certaines maladies. Pourtant, et malgré toutes les précautions prises, je crains que son effort n’ait aussi contribué à renforcer les tendances que je dénonce. Organiser un Téléthon afin de collecter plusieurs centaines de millions de francs dont la majeure partie sera consacrée à la recherche sur les gènes amène fatalement à insister sur leur importance, quelquefois de manière excessive, et ainsi à participer à ce mouvement d’opinion général. L’action extraordinairement positive de l’AFM s’inscrit ainsi, malgré elle, dans une tendance qui privilégie les explications génétiques ; elle a parfois aussi contribué à entretenir un optimisme exagéré quant aux retombées à court terme de ces recherches.

Compte tenu de ces influences convergentes, il n’est pas étonnant que la génétique donne lieu dans les médias à tant d’exagérations, de déformations, de craintes inutiles et d’espoirs mal fondés. On peut certes rêver que les rédacteurs en chef accordent subitement plus d’importance à une information précise et mesurée qu’aux chiffres de vente, que la science en général et la biologie en particulier prennent enfin dans notre enseignement et surtout notre culture une place plus en rapport avec leur importance. Plus modestement, que les chercheurs fassent plus d’efforts pour réfléchir sur le sens social de leurs travaux et pour les présenter sous une forme accessible – qui imposera pourtant, sachons-le, un certain effort au public. C’est à l’évidence un travail de longue haleine, pourtant important et nécessaire.

Bertrand Jordan


 

Commentaires de l’auteur (3 décembre 2011)

Le texte ci-joint est extrait d’un livre publié il y a plus de dix ans(Les Imposteurs de la génétique, Bertrand Jordan, éditions du Seuil, 2000). Les critiques sévères qu’il renferme, notamment à l’égard de certains journalistes scientifiques, m’avaient valu à l’époque quelques inimitiés… À la relecture, je n’y trouve rien d’excessif. Bien sûr, le monde a changé depuis, mais pour l’essentiel les problèmes évoqués restent d’actualité – certains sont même devenus plus aigus.

En termes d’évolutions positives, on peut constater que la culture du grand public à l’égard de la génétique s’est améliorée, que des entités comme l’ADN, par exemple, sont aujourd’hui familières. Mais la génétique et la génomique ont fait de tels progrès dans l’intervalle que le décalage reste tout aussi criant. Il me semble aussi que la qualification des journalistes scientifiques est aujourd’hui meilleure (surtout par rapport à l’échantillon assez particulier dont je parlais dans ce texte), et qu’ils jouissent de plus de considération et de stabilité dans leur profession.

Néanmoins des tendances lourdes jouent en sens inverse, et font que, au total, la situation est plutôt pire aujourd’hui qu’en 1990. La biologie (singulièrement la génomique) est devenue une science réclamant de gros moyens, et simultanément tous les systèmes de financement se sont mis à insister sur les retombées économiques et médicales. Dans la course aux contrats qui est aujourd’hui indispensable à la survie d’un laboratoire (c’était beaucoup moins vrai il y a dix ans), il est essentiel de mettre en avant les applications des recherches menées, et cela pousse souvent à en exagérer l’importance et la proximité dans le temps. Le discours des chercheurs tend de plus en plus à être biaisé en ce sens, ce qui facilite naturellement les dérapages médiatiques. D’autant plus que même les « grandes » revues de référence comme Nature ou Sciencedonnent elles aussi dans le spectaculaire afin d’accroître leur lectorat, et sont sans doute influencées dans leur processus d’acceptation par le côté médiatique (ou non) de telle ou telle avancée scientifique. Enfin l’interpénétration de plus en plus poussée entre recherche fondamentale et industrie biotechnologique (qui est en soi positive) peut elle aussi pousser le chercheur à un optimisme exagéré, lorsqu’en dépend la levée de fonds de sa start up en biotech

La conférence sur le journalisme scientifique à l’occasion de laquelle est repris ce chapitre me semble donc tout à fait nécessaire, et je souhaite qu’elle donne lieu à des réflexions de fond mais aussi qu’elle débouche sur des actions concrètes.

Marseille, le 3 décembre 2011
Bertrand Jordan

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans MEDIA
7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 12:52

(clic-droit enregistrez-sous)

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans MEDIA

A L’assaut Du Ciel!

  • : coutoentrelesdents
  • : Les spectateurs ne trouvent pas ce qu'ils désirent, ils désirent ce qu'ils trouvent.
  • Contact

?

Celui Qui Ne Connaît Pas L'histoire Est Condamné À La Revivre.