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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 11:47

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 11:39

Casanova Jean-Baptiste – Les Autonomes. Le mouvement autonome parisien de la fin des années 1970

Compléments au volume 1 de la nouvelle collection Dissidences février 2006 : http://www.dissidences.net/documents/les%20autonomes.pdf

La France semble avoir été épargnée par la flambée de violence politique que connurent l’Allemagne et l’Italie durant la décennie qui suivit Mai 68. Seuls quelques incidents se sont produits et peu de groupes se sont orientés sur la voie de la lutte armée. Si la Gauche prolétarienne (GP) possédait une branche militaire (la NRP), au lendemain du choc que provoqua l’assassinat de Pierre Overney (un jeune O.S. maoïste tué à bout portant par le chef des services de sécurité Jean-Antoine Tramoni devant les usines Renault), la GP se dissout au lieu d’engager une riposte armée. Il semble donc que le pire ait été évité.

Mais quelques années après, au moment même où l’Allemagne et l’Italie connaissent l’apogée de la guerre que se mènent États et groupes armés, l’actualité française voit apparaître une nouvelle mouvance à l’extrême gauche qui semble ne vouloir que l’affrontement violent : les « Autonomes ».

Leur apparition et leur essor sont contemporains des enlèvements d’Hans Martin Schleyer et d’Aldo Moro, de l’affaire de Mogadiscio et de la mort de Baader. Cependant, en dépit de la prose alarmiste de la presse, les autonomes et l’État français vont s’affronter sans aller jusqu’aux extrêmes atteints en Allemagne et en Italie.

Pour étudier le mouvement autonome, diverses sources sont disponibles. La presse quotidienne dans un premier temps, et tout particulièrement des reportages de Laurent Greilsamer parus dans Le Monde (1) et du courrier de Libération où les autonomes prennent la parole. Sont également utiles les principaux journaux publiés au sein de la mouvance autonome : Marge, Matin d’un blues et Camarades, sans négliger les divers tracts, brochures et publications de l’Autonomie. D’autre part, un dossier des renseignements généraux s’est intéressé à l’Assemblée parisienne des groupes autonomes (2) et un rapport est consacré à l’Autonomie (3). Enfin, pour ce type de sujet, les témoignages d’acteurs restent particulièrement précieux pour cerner ce que fut le quotidien de cette mouvance.

Nous verrons que si la violence est intimement liée à l’Autonomie, pourquoi ne se sont pas développés plus largement en son sein des groupes s’engageant dans la lutte armée.

L’Autonomie : une nouvelle radicalité ?

La notion d’Autonomie est une notion récurrente dans la pensée de gauche et dans l’histoire du mouvement ouvrier. Déjà au XIXe siècle, l’Autonomie ouvrière pose deux impératifs, seuls moyens de faire naître une volonté révolutionnaire au sein de la classe ouvrière. C’est tout d’abord l’autonomie de cette classe par rapport à la sphère du capital, et c’est aussi l’autonomie vis-à-vis des syndicats et des partis politiques. Le premier de ces impératifs a pour conséquence la volonté de créer une sphère autonome de la classe ouvrière non régie par les lois du marché, en développant par exemple de nouvelles formes de sociabilités et de solidarité. Il en découle le second impératif, les syndicats soumis à l’économie ne permettant pas l’émancipation du mouvement ouvrier du capital, et les partis étant nécessairement voués à une certaine compromission dans la mesure où ils acceptent le jeu politique.

L’application de ces principes donne naissance à une pratique nouvelle : l’action directe. Elle élimine toute instance intermédiaire dans la lutte des classes sans emprunter « les voies normales de la démocratie, en faisant appel au parlementarisme, mais à une action qui aura recours à la violence » (4).

Ces idées apparaissent autour du syndicalisme d’action directe de Fernand Pelloutier à la fin du XIXe siècle. Mais l’Autonomie ouvrière connaît une résurgence après Mai 68. En 1970, par exemple, une brochure publiée en 1970 par le groupe Vive la révolution (VLR) se termine par le slogan « Vive l’autonomie prolétarienne ». De même, des étudiants de l’Université de Vincennes constituent au lendemain de Mai 68 « des groupes autonomes qui se retrouvaient dans les manifestations avec barres de fer et des cocktails Molotov. Ils s’intitulaient « Groupes autonomes libertaires » ou « Groupes autonomes d’action » (5) « .

Mais la véritable renaissance de l’Autonomie ouvrière se fait alors en Italie. Ce pays connaît une situation particulière puisque avec « l’automne chaud » de 1969, le mois de mai dure et devient un « mai rampant ». De plus, les attentats fascistes comme celui de la piazza Fontana à Milan le 12 décembre 1969 contribuent à radicaliser les acteurs sociaux mais aussi la répression. D’autant qu’un nouveau prolétariat s’était constitué depuis les années 1950-60 : l’énorme masse de jeunes ouvriers originaires des régions du Sud, venue travailler dans les usines du Nord. Ils adoptent de nouvelles pratiques comme la grève sauvage, l’absentéisme ou le sabotage, en se détachant des syndicats peu à l’écoute de leurs revendications.

« Cette masse en colère de jeunes méridionaux soustrait au contrôle que l’Église exerçait traditionnellement dans les campagnes, rencontra dans les usines du nord l’école de la lutte de classe et la tradition de subversion révolutionnaire issue de la Résistance » (6).

Durant la première moitié des années 1970, ce type de mobilisation s’étend à de plus  en plus d’usines, mais aussi « sort des usines » vers la lutte des prisonniers, des femmes ou encore des mal-logés. Sur le même modèle, apparaissent alors la grève de loyer ou les « auto-réductions » (une « nouvelle forme de désobéissance civile consistant à refuser les augmentations des services [qui] se propagera aux tarifs de l’électricité et du téléphone » et qui est légitimée comme une forme « d’illégalisme populaire » (7)).

Or, à partir de 1973, les principaux groupes politiques, dont les militants animaient ces mouvements, Potere Operaio et Lotta Continua, disparaissent. Depuis quelques années, des théoriciens et des universitaires avaient pourtant vu dans ces nouveaux mouvements sociaux, la renaissance du mouvement ouvrier. Le « compromis historique » entre les différents partis politiques, dont le PCI, avait annoncé la fin de la classe ouvrière. En réaction l’opéraisme, qui est né au début des années soixante autour de l’École Opéraista puis de Mario Tronti (8), veut alors recomposer une classe ouvrière révolutionnaire. Les principaux animateurs de ce courant sont Oreste Scalzone, Mario Tronti et Toni Negri. Ce dernier, exclu de Potere Operaio, constitue avec le groupe Gramsci de Rome un pôle de l’Autonomie autour du journal Rosso. Il forge alors des concepts théoriques nouveaux pour expliquer et organiser le phénomène social et politique que connaît l’Italie. Selon lui « l’ouvrier social » succède à « l’ouvrier-masse ». Il n’est plus cantonné dans les usines mais présent dans toute la société. Il s’agit de jeunes citadins, étudiants prolétarisés, chômeurs, exclus du travail et indifférents vis-à-vis du travail et de la lutte syndicale. Il est défini comme rejetant les valeurs de la civilisation industrielle, de la culture du travail et du progrès par l’industrie. Il veut satisfaire ses besoins immédiatement et ne croit plus à l’effort qui lui assurerait plus tard cette satisfaction, pas plus qu’au militantisme vers les « lendemains qui chantent » (9). Il est l’acteur central des luttes de demain car il est plus que tout autre exploité.

Le concept d’Autonomia Operaia apparaît en 1973 au Congrès de Bologne alors que toute une partie de la jeunesse, après les dissolutions de Potere Operaio et de Lotta Continua, se reconnaît dans l’ouvrier-social de Negri. Pour ce « prolétariat juvénile », la libération ne passe plus par la conquête du pouvoir mais par le développement d’une « aire sociale capable d’incarner l’utopie d’une communauté qui se réveille et s’organise en dehors du modèle économique, du travail et du salaire (10) » et donc par la mise en place d’un « communisme immédiat ». La politique devient « libidinale », dictée et soumise au désir et aux besoins. Articulé autour des Centres sociaux où se rassemblent les jeunes des quartiers populaires et où s’improvisent autodéfense et démocratie directe, ce « communisme immédiat » se traduit, sur le plan pratique, par la diffusion sans précédent d’actions directes. Il s’agit des « réappropriations » (vols, hold-up…), qui sont pensées comme le prélèvement d’un « salaire social », des auto-réductions, des occupations illégales de logements, les squatts, qui sont une expérience d’autogestion et de vie alternative, mais aussi des « marchés politiques » (pillage de grandes surfaces).

L’apparition de l’Autonomie en France En France aussi, l’entrée en lutte de groupes sociaux tels que les travailleurs immigrés (Mouvement des Travailleurs Arabes ou grève des foyers Sonacotra), mais aussi des prisonniers, des prostituées, des homosexuels ou encore les féministes et le développement de l’écologie développent de nouvelles conceptions à l’extrême gauche. Déçus par l’échec de la fusion des masses que souhaitaient susciter les « établis » maoïstes, certains militants voient dans ces mouvements les nouvelles forces révolutionnaires dont il faut construire la convergence. Une des premières expériences dans cette optique est la création de la revue Marge en 1974. Née au sein des milieux libertaires, fortement influencée par les intellectuels de l’Université de Vincennes Gilles Deleuze et Félix Guattari, la revue est fondée par Gérald Dittmar et le psychologue Jacques Lesage de La Haye.

Dans l’éditorial, ils écrivent : « L’initiative de créer un journal qui serait celui de tous les nomades, de tous les révoltés, de tous les réprimés de cette terre — que sont les marginaux — de tous ceux enfin qui n’ont jamais le droit que de se taire, a été prise par un tel groupe qui a trouvé là une réponse à la question «que peut-on faire ?» (11). »

Leur volonté est de rassembler tous les marginaux et tous les inorganisés car le but est de « faire de la marginalité une conscience politique nouvelle (12) » tout en se souvenant qu’ »aucune classe n’est porteuse du futur ni d’une quelconque vérité historique ». Leur orientation politique est principalement caractérisée par la lutte contre la psychiatrie et contre les prisons. Avec certains numéros tirés à 10 000 exemplaires et la participation de personnalités comme Félix Guattari, Daniel Guérin ou Serge Livrozet, la revue Marge apparaît, ainsi que l’analyse Laurent Chollet, comme « l’un des pôles les plus attractifs de la scène radicale (13) ».

À peu près au même moment, autour de la rue d’Ulm à Paris, l’opéraisme italien fait ses premiers adeptes français. Yann Moulier, étudiant à l’École Normale Supérieure, y  organise des conférences sur l’Autonomie et devient le traducteur de Negri. Il réunit un noyau qui publie à partir de 1976 le journal Camarades qui se fixe comme objectif de « faire circuler l’information » c’est-à-dire de constituer un pôle qui rassemble et redistribue les informations concernant les différentes luttes et ainsi d’en favoriser la convergence politique (14) ». Le but est donc de lire la situation française et de développer de nouvelles formes de luttes au regard des idées venues d’Italie. Parallèlement, Yann Moulier met en place un projet éditorial chez Christian Bourgois en y lançant la collection Cible, où il publie le livre de Mario Tronti Ouvrier et Capital (15) puis Marx au-delà de Marx de Negri (16).

Le groupe Camarades affiche lui aussi la volonté de réunir les différents collectifs inorganisés qui  sont apparus depuis 1973. Il lance un appel dans ce sens à la rentrée 1976 qui se traduit par la mise en place d’un Collectif d’agitation. Ce collectif se met en rapport avec les grévistes des foyers Sonacotra mais aussi avec le Mouvement des Travailleurs Mauriciens. Il est rejoint par des groupes étudiants comme le Collectif étudiant autonome de Tolbiac, qui pratiquaient les auto-réductions dans les restaurants universitaires, et par les grévistes de la BNP Barbes qui, délaissés par les syndicats, sont sensibles aux idées de l’Autonomie ouvrière.

Une réaction à la violence d’État

L’été 1977 est marqué par la manifestation des 30 et 31 juillet contre le surrégénérateur Super Phénix de Creys Malville. Théâtre de violents affrontements avec les forces de l’ordre, la manifestation est ensanglantée par la mort d’un militant écologiste Vital Michalon. Le choc est grand et contribue à renforcer l’audience des autonomes, qui bénéficient de l’écho du « Mouvement de 1977″ italien. Ils sont les seuls à promettre la riposte et à parler encore d’autodéfense. Ils voient dans la manifestation de Malville « le degré de militarisation que l’État est prêt à atteindre lorsqu’il veut défendre une «question d’intérêt national» (17) ». Ils appellent dans Libération à « se donner les moyens de frapper sur les terrains qui nous conviennent, sur le terrain de nos besoins, qu’ils soient liés au nucléaire, au chômage, à la question des femmes, des travailleurs immigrés, des jeunes prolétaires… ».

Or en octobre 1977, l’actualité est marquée par « l’affaire Allemande » et l’emballement de la guerre qui oppose la Fraction Armée Rouge et l’État fédéral. Le premier octobre Klaus Croissant, l’avocat de Baader et de la RAF, est arrêté en France en vue de son extradition. Le 13 octobre, un avion de la Lufthansa qui assurait la liaison Palma de Majorque-Francfort est détourné vers Mogadiscio par un commando proche de la RAF. Dans la nuit du 17 au 18 octobre, peu après l’intervention anti-terroriste à Mogadiscio, Jan-Karl Raspe, Gudrun Ensslin et Andreas Baader meurent dans leurs cellules, dans la prison haute sécurité de Stammheim. Là encore les autonomes sont les seuls à appeler à une réaction radicale par des manifestations « offensives », comme le 21 octobre dans le quartier de Saint-Lazare ou le 18 novembre lors de la manifestation contre l’expulsion de Klaus Croissant.

Il en résulte que de plus en plus de jeunes se reconnaissent dans l’Autonomie et se joignent aux actions de l’Assemblée parisienne des groupes autonomes qui se réunit à Jussieu depuis le 20 octobre. Un mouvement autonome s’organise autour de Camarades qui en représente la branche « organisée ». Ils sont rejoints par des « inorganisés venus des facs et des banlieues, des libertaires et les militants de Marge ». Le succès de cette assemblée s’explique, selon les Renseignements Généraux, par son rôle de « pôle attractif qui manquait pour laisser éclater une violence et un ressentiment souvent mal contenus (18) ». L’Assemblée prend alors des initiatives. Elle organise un rassemblement avorté à Saint-Lazare, mais surtout occupe les locaux de Libération le 24 octobre en réaction à la façon dont le quotidien traite l’affaire Allemande (renvoyant dos-à-dos l’État allemand et la RAF).

Pourtant, si la mouvance autonome semble apporter un soutien à la RAF, des militants expriment quelques doutes à propos de la lutte armée. Ainsi Bob Nadoulek écrit dans Camarades que « La RAF est le fruit de la militarisation du vieux mouvement révolutionnaire, la violence doit être différente (19) » et il qualifie le terrorisme de « logique autiste du désespoir (20) ».

Stigmatisation du mouvement

Malgré ces doutes exprimés à l’égard du terrorisme, les autonomes, lors des manifestations, apparaissent à la presse comme une véritable menace. Le Figaro met en garde contre « les durs – plusieurs milliers – prêts à en découdre, casqués avec matraques ou cocktails Molotov à la main, sont-ils prêts à franchir le pas et à aller jusqu’au crime ? (21) ».

Il en va de même pour les organisations d’extrême gauche. La Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) est alors le plus virulent adversaire des autonomes. Jugeant leurs comportements en manifestation de « comportements fascistes », les militants trotskistes ont promis qu’avec eux, « ça se réglera à coup de barre de fer (22) ». Du coup, les heurts sont fréquents, le siège de la Ligue est attaqué à plusieurs reprises et le cortège autonome manifeste aux cris de « Rendez-nous Croissant, on vous refile Krivine ! ».

La violence mise en œuvre par les autonomes inquiète aussi les forces de l’ordre d’autant plus qu’apparaît une véritable société parallèle de l’Autonomie autour des squatts et des universités. Les squatts se multiplient dans le XIXe arrondissement près de Belleville autour de la Villa Faucheur, dans le XIIIe vers la rue Nationale et dans le XIVe dans le quartier Alésia. Ils fréquentent les concerts de rock. A l’occasion d’un concert gratuit à La Villette, « Serge », un jeune autonome est assassiné. Or les renseignements généraux, en s’interrogeant sur la façon dont contrôler et encadrer l’essor de la mouvance, s’alarment des conditions dans lesquelles vivent ces jeunes marginalisés.

« Ainsi la fermeture de la Maison pour tous (23), la destruction de l’immeuble rue Lahire, l’arrestation de certains membres biens connus [...], la mort de [Serge], poignardé à l’hippodrome de Pantin, ont engendré un éclatement et une certaine lassitude psychologique.

À ce propos, il ne faut pas négliger qu’il existe chez les autonomes une certaine « misère psychologique ». Vivant sans hygiène, sans ressources définies, dans une promiscuité voulue mais pesante et grosse de heurts, n’ayant pas de certitude du lendemain, les autonomes sont soumis à des déséquilibres mentaux que seuls les caractères très trempés pourraient subir sans dommages (24). »

Vers la lutte armée ?

De cette situation résulte une radicalisation croissante des comportements des jeunes proches de l’Autonomie. Ainsi la marginalité pousse une partie d’entre eux vers la délinquance revendiquée comme pratique révolutionnaire. Il s’agit des « opérations basket » qui consistent à partir sans payer des restaurants, mais aussi le vol et la « fauche » ou la délinquance astucieuse (arnaque aux assurances…). D’autres vont un peu plus loin par des actions de plus grande ampleur comme la vaste opération de « récupération » que lance un groupe contre une grande surface parisienne lors des fêtes de fin d’année de 1977 ou comme l’attaque d’une banque du XVIe arrondissement de Paris le 30 mai 1980, où un autonome est tué par la police.

De même, la manifestation « offensive » est optimisée, comme le révèle la manifestation des sidérurgistes lorrains du 23 mars 1979, où du matériel offensif est dissimulé tout le long du parcours dans des voitures, des camionnettes ou des consignes de gare. Cette manifestation est l’occasion d’une tentative répressive de la part des forces de l’ordre. Le matin même une vaste rafle est organisée, en vue d’éviter que le défilé ne dégénère, conduisant à l’arrestation de 82 supposés leaders autonomes. La manifestation est malgré tout le théâtre de violents affrontements au terme desquels on compte 116 blessés parmi les forces de l’ordre, 54 magasins « cassés », 121 vitrines brisées, et 131 arrestations.

Face à cette violence croissante, d’anciens militants issus de Marge et de Camarades se regroupent autour de Bob Nadoulek pour fonder en 1978 Matin d’un blues. Le journal  se définit comme l’aire désirante de l’Autonomie et veut renouveler le mouvement en le dégageant de la suprématie de la violence par la contre-culture et l’alternative.

« On se battra sur tous les fronts : sur la musique, sur les bouquins, sur la politique, sur nos rapports quotidiens, sur la répression, avec des dessins, des concepts, des caresses, à coup de dents s’il le faut, mais on réinventera la vie, la nôtre au moins (25). »

Cependant, la constitution de ce pôle contre-culturel ne détourne pas les plus radicaux de la logique d’affrontement à outrance et de l’engagement dans la voie de la lutte armée. Déjà aux origines du mouvement, la question de la lutte armée était au cœur des débats, tout particulièrement après l’exécution de J.-A. Tramoni, par les Noyaux Armés Pour l’Autonomie Populaire (NAPAP) le 23 mars 1977. De même, la construction de Super Phénix suscita des attentats comme celui du 8 juillet 1977 contre le directeur d’EDF, M. Boiteux, revendiqué par le CACCA (Comité d’action contre les crapules atomiques) ou bien encore les 23 attentats commis sur tout le territoire, revendiqués par une Coordination Autonome Radicalement en Lutte Ouverte contre la Société (CARLOS). Car dès 1977, des gens se sont rencontrés au sein de l’Autonomie pour former une coordination politique et militaire clandestine, interne au mouvement. On compte parmi eux des militants venus des Brigades Internationales (BI), des NAPAP, des anti-franquistes des Groupes d’Action Révolutionnaires Internationalistes (GARI), et du Mouvement Ibérique de Libération (MIL) dont Jean-Marc Rouillan.

Ce dernier rassemble autour de lui quelques personnes issues de l’Autonomie pour fonder l’Organisation Action Directe (OAD) qui, le 1er mai 1979, mitraille la façade du siège du CNPF. A l’automne, l’OAD devient Action Directe.

La violence politique joue donc un rôle moteur dans la constitution du mouvement autonome en attirant vers lui les inorganisés en promettant la riposte face à l’État. Mais l’arrivée massive de jeunes toujours plus radicaux inquiète les plus anciens. Yann Moulier expliquera que « l’arrivée de zombies dans le mouvement, qui furent assez vite catalogués comme proches des BI et des GARI, fout la trouille (26) ». Ce point de vue est à mettre en rapport avec la tentative de développer une aire contre-culturelle de Bob Nadoulek, qui était pourtant le théoricien de la violence au sein de Camarades durant les premiers numéros. Cette rupture est sans doute une des raisons du rejet de la lutte armée. En dehors des quelques personnes qui passent à Action Directe, peu entameront une guerre avec l’État français par d’autres moyens que l’émeute. De même l’État ne met pas en place de vastes politiques répressives contre les autonomes en dehors de la rafle du 23 mars 1979. Il en résulte que la France ne connaît pas de flambée de violence comme dans les pays voisins durant les années 1977-79, comme si de part et d’autre une certaine retenue fut entretenue. Il n’en demeure pas moins que l’Autonomie apparaît encore aujourd’hui comme une des expériences politiques les plus radicales à l’extrême gauche. C’est ce qui en a assuré la postérité parmi certains jeunes (squatters, punks, « casseurs » ou « Black Block »…), y compris plus de vingt ans après.

Jean-Baptiste Casanova

Notes

(1) L. Greisalmer, « La galaxie des autonomes », dans Le Monde, 25 janvier 1977, p. 13.

(2) BA 2332 : Anarchistes, groupes autonomes, mouvements 1955-1987 qui contient plusieurs chemises concernant notre sujet : Les désirants et surtout Assemblée générale des groupes autonomes.

(3) Ga br 7 : Mouvements gauchistes, anarchiste : rapport, Les Autonomes à Paris, avril 1979.

(4) Définition de l’action directe dans H. Avron, L’anarchisme, Paris, PUF, 1951, p. 115.

(5) Rapport des R.G., Ibid., p. 13.

(6) P. Persichetti, O. Scalzone, La révolution et l’État, Paris, Dagorno, 2000, p.32.

(7) I. Sommier, « Un nouvel ordre de vie par le désordre : histoire inachevée des luttes urbaines en Italie », dans CURAPP, Ibid. , p.149.

(8) M. Tronti, Ouvriers et capital, Paris, Bourgois, 1977.

(9) Cité dans A. Touraine, M. Wieviorka, F. Dubet, Le mouvement ouvrier, Paris, Fayard, 1984.

(10) N. Balestrini, P. Moroni, L’orda d’oro, Milano, SugarCo Edizioni, 1988, p.334, cité dans I. Sommier, « Un nouvel ordre de vie par le désordre : histoire inachevée des luttes urbaines en Italie », dans CURAPP, Ibid. , p. 154.

(11) G. Dittmar, « Pourquoi «Marge» », dans Marge, n° 1, juin 1974, p. 1.

(12) Anonyme, « Pourriture de psychiatrie », dans Cahiers Marge, n°1, 1977.

(13) L. Chollet, Ibid., p. 204.

(14) Camarades, nouvelle série, n°1, avril/mai 1976, page 2.

(15) M. TRONTI, Ouvriers et capital, préface Y. MOULIER-BOUTANG, Paris, Christian-Bourgois, 1977.

(16) A. NEGRI, Marx au-delà de Marx, cahier de travail sur les « Grundrisse », préface Y. MOULIER-BOUTANG, Paris, Christian-Bourgois, 1979.

(17) « Les autonomes après Malville », dans « Courier », Libération du mercredi 21 septembre 1977.

(18) Rapport des RG, op. cit.., p. 15.

(19) B. Nadoulek, « Sur la violence (encore et toujours…) », dans Camarades, n° 6, novembre 1977,p. 9.

(20) B. Nadoulek, L’iceberg des autonomes, Paris, Kesselring éditeur, 1979, p. 186.

(21) J.-L. Météyé, « Les terroristes ouest-allemands disposent d’un réseau de sympathisants en France », dans Le Figaro, 24 octobre 1977, p. 10.

(22) Rapport des RG, op. cit., p. 6 et 7.

(23) Lieu associatif dans le quartier de Mouffetard, dans le Ve arrondissement de Paris.

(24) Note des RG, 9 juin 1978.

(25) B. Nadoulek, L’iceberg des autonomes, Paris, Kesselring Éditeur, 1979, p. 194.

(26) Entretien cité dans le reportage de J. C. Deniau, Action directe, la révolution à tout prix, 2000.

Bibliographie sélective

Action directe, éléments chronologiques, brochure, printemps 1997.

Arcole, La diagonale des Autonomies, Paris, Éditions Périscope, 1990.

Y. COLLONGES, P. RANDAL, Les Autoréductions, Christian-Bourgois, 1976.

G. DARDEL, Un traître chez les totos, Arles, Actes Sud, 1999.

Les enjeux de l’autonomie, Grenoble, La pensée sauvage, 1984.

P. FAVRE (dir.), La manifestation, Presse de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1990.

O. FILLIEULE, Stratégie de la rue, les manifestations en France, Paris, Presse de Science Po,

1997.

Groupe Matériaux pour l’intervention, Les ouvriers contre l’État : refus du travail, Paris, La

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A. GUILLEMOLES, La tentation terroriste, Paris I, Mémoire de maîtrise, 1989.

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S. LIVROZET, De la prison à la révolte, Paris, Mercure de France, 1973.

B. NADOULEK, La violence au fil d’Ariane, Paris, Christian-Bourgois, 1977.

B. NADOULEK, L’iceberg des autonomes, Paris, Kesselring éditeur, 1979.

A. NEGRI, Marx au-delà de Marx, cahier de travail sur les « Grundrisse », préface Y. MOULIER-

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L. PRIEUR, Mouvements sociaux et lutte armée en Italie (1968 – 1978), Paris 1, Mémoire de

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J.-M. ROUILLAN, Je hais les matins, Paris, Denoël, 2001.

I. SOMMIER, La violence politique et son deuil, Rennes, Presse Universitaires de Rennes, 1998.

I. SOMMIER, « Un nouvel ordre de vie par le désordre : histoire inachevée des luttes urbaines en

Italie », dans Centre universitaire de recherches administratives et politiques de Picardie (CURAPP),

Désordre(s), Paris, PUF, 1997, p.145 – 159.

M. TRONTI, Ouvriers et capital, préface Y. MOULIER-BOUTANG, Paris, Christian-Bourgois,

1977.

J. WAJNSZTEJN, J. GUIGOU (dir.), L’individu et la communauté humaine, Paris, L’Harmattan,

1998.

J. WAJNSZTEJN, Individu, révolte et terrorisme, Paris, Nautilus, 1987.

M. WIEVIORKA, Société et terrorisme, Paris, Fayard, 1988.

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 11:29

Les barreaux de métal de la prison tranchent le sexe, couperet de guillotine inexorable et définitif.
Le corps morcelé, la tête écervelée, le sexe décapité, les fous du silence dérivent et délirent à travers le temps sans repère de leur tombeau. Roger se met debout, tout nu, sur sa fenêtre et se masturbe avec frénésie pour la femme qu’il croit voir à trois cents mètres. Eric écrit un mot doux pour Pascal. Alain observe avec une lunette fabrication maison tout ce qui se passe dans les H.L.M. les plus proches. Marcel, complètement déboussolé, tape à coups de poings et de pieds contre la porte.
Armand est le roi du trafic de la photo pornographique. Jean jouit avec désespoir en tenant dans ses mains un slip de femme qui lui est parvenu il vaut mieux ne pas savoir comment. Lucien se caresse les testicules avec un blaireau, en se regardant les feses dans une glace posée par terre.
Denis se branle dans un bol. Il récupère le sperme, l’étale sur un biscuit, met un second biscuit dessus et profite de l’ouverture des portes et de la distribution de la soupe pour offrir ce beau cadeau à Gérard, son petit ami.
Georges appelle au secours, terrorisé par l’étrange monstre qui lui ronge le rectum. Il s’est enfoncé un tube de dentifrice dans l’anus.
Un surveillant appelle d’urgence l’infirmier qui monte les escaliers quatre à quatre. Alain s’est pendu. L’infirmier demande:
- est-ce qu’il a éjaculé?
Le maton n’en sait rien. Alors, l’homme à la blouse blanche défait le pantalon de celui qui se balance au bout de sa corde.
- Oui, c’est trop tard. Il est mort. Je ne peux plus rien pour lui. Faites votre travail.
- J’appelle le brigadier.
- Si vous voulez, mais, auparavant, ouvrez- moi la porte de Georges.
Il faut voir si on peut retirer le tube de dentifrice ou s’il sera nécessaire d’envoyer le gars à l’hôpital.
Pendant ce temps, Pierre se déshabille dans sa cellule. Il se prépare pour demain. Il admire son long corps mince et bien musclé. La ronde est passée. Rien à craindre. Ils ne risquent pas de le surprendre. Il s’enfile un joli slip de dentelle noire. Puis il s’attache des bas et un portejarretelle. Il bourre un soutien-gorge avec des balles de tennis enveloppées de chiffons de soie. Puis il s’agrafe autour de la taille une mini-jupe de cuir, revêt un corsage moulant et transparent et achève sa préparation par une belle paire de bottes de cuir noir. Un peu de maquillage et, avec les cheveux mi-longs, l’illusion est totale.
Demain, Pierre pourra rejoindre ses copains du premier étage. Là, il paradera quelques instants devant leurs regards fascinés et émerveillés. Puis il commencera un lent strip-tease qu’il terminera de dos, en ondulant, telle une reine du Crazy Horse Saloon. Et il s’allongera voluptueusement sur le lit étroit, dans l’attente des étreintes fiévreuses et affolantes. Seul, sur la galerie, pendant une heure, Dédé fait ,le pet, en at~ndant sont tour et Pierre pense à lui, tremblant de désir, alors que déjà ruisselle au creux de son corps le sperme d’un de ses compagnons déchaînés.
Dans le jardin, Nénesse encaisse un paquet de tabac gris. P’tit Louis défait sa braguette, exhibe son membre en érection et l’enfouit avec honte et délice au fond du sexe humide de la truie que Nénesse tient et caresse, afin qu’elle ne se dérobe pas … Quand P’tit Louis a fini, Nénesse appelle:
- Au suivant.
La truie ne fait pas le trottoir, mais Nénesse est son maq.
Raymond a une correspondante qu’il aime beaucoup. Elle vient le voir de temps en temps au parloir. Mais il craint tellement de la perdre qu’il en vient à se demander si elle ne le trompe pas. Elle est sûrement venue à la prison pour le voir.
Mais on ne veut pas la laisser entrer. Elle n’aura pas le droit de lui rendre visite aujourd’hui.
En s’approchant du haut-parleur, installé audessus de la porte, Raymond croit entendre une voix. Elle est très faible et déformée:
- Non, non, non, je ne veux pas.
Une voix d’homme lui répond. Elle est basse et rauque. Ça y est. Raymond croit la reconnaître. C’est celle du brigadier. Il l’entend gronder:
- Si, allez, laisse-toi faire. Tu verras que c’est bon.
Raymond comprend d’un seul coup. La voix de femme, c’est celle d’Annie. Elle est agressée par le maton. Va-t-elle savoir se défendre? Elle crie et se débat.
- Non, au secours! Laissez-moi.
Mais ses appels se font de moins en moins fermes. Elle finit par gémir et soupirer. Le salaud! Il est en train de coucher avec elle! On n’entend plus que des bruits confus et indistincts. Annie crie, mais cette fois, c’est de plaisir. Raymond en est sûr.
- Chéri, c’est bon. Encore, encore, encore. Plus fort! …
Alors, c’est la crise de folie furieuse. Il prend son tabouret, casse les carreaux, démolit le placard, fracasse la table et se met à hurler comme une bête blessée à mort.
Une escouade arrive au grand galop. C’est l’envol des casquettes bleues et des blouses blanches. Les clefs ricanent dans le dédale sonore du labyrinthe carcéral et le grand mur des ténèbres s’abat sur la folie. Piqûre, camisole de force, ambulance. Raymond est parti à l’hôpital psychiatrique. Il n’en reviendra jamais.
Alors, que reste-t-il ? Il y a mon ami, la seule chance de trouver un être humain. Il y a son regard. Ses yeux bleus. Son sourire. Personne d’autre. Il est intelligent. Il est beau. A la douche, je vois son corps souple et puissant. Ses fesses, surtout. J’en deviens fou. Cela devient l’obsession. Même lorsque je regarde une photo porno, c’est son corps que je vois.
- Vous me ferez tous les deux trente jours de mitard.
Puis il y a les waters où on se rejoint furtivement. Mais c’est dangereux. On risque de se faire piquer. Le cinéma aussi. Théo et Jean-Marie s’installent côte-à-côte et, dans la pénombre, se caressent doucement, jusqu’à l’irrésistible montée du plaisir en tornade. Et, savez-vous, il existe même des matons qui aiment ça. J’en connaissais un surtout. Il se faisait sucer et, quand il aimait bien le gars, il le suçait à son tour.
Mais le procureur de la République appuie sur la manette du bourreau. Vous êtes 313. Je dénombre 97 homosexuels ou individus ayant eu des pratiques homosexuelles. Vous êtes 98 % à vous masturber, bande de salauds!
Je vous condamne à la frustration sexuelle à perpétuité. Je vous condamne à la mort de l’amour. Je vous condamne à la dichotomie à vie de l’image de la femme: la femme-mère que l’on respecte et que l’on ne baise pas, la femmepute, le triangle de poils que l’on baise et que J’on méprise.
Je vous condamne à la culpabilité. Vous êtes des pédés, des mouchards, des salopes. Vous aurez honte jusqu’à votre mort. Et vous n’aurez jamais le droit de regarder votre ami en face.
Je vous condamne au coït douloureux, au réflexe prématuré, à la barre dans le bas-ventre et les testicules, à l’angoisse et à l’impuissance.
Le couperet d’acier nocturne tombe fatidique et sadique. La cervelle jaillit sperme éclaboussé, sang giclé en une rosace d’éclair de fin du monde. Ci-gît le sexe guillotiné.

Jacque Lesage de La Haye. (Marge N°11 Octobre-Novembre 1976)

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 11:25

Les différents débats, auxquels j’ai participé, les rencontres, les lectures que j’ai faites récemment (notamment deux lettres de lecteurs envoyées à Libé., les 5 août et 9 septembre), ma pratique dans un Groupe de Libération Homosexuel, tendance 14 décembre, m’ont amené à écrire cet article. J’essaie de décrire, oh! sommairement, les différents types de réaction qu’ont les hétérosexuels devant un homosexuel. Comme mec, je ne parlerai que de celles des mecs; j’essaierai d’en tirer quelques conséquences au niveau d’une lutte de libération sexuelle de ces mêmes hétérosexuelles.

AGRESSIVITE

La réaction la plus courante est, bien sûr, l’hostilité ouverte ou larvée. Je ne pense pas qu’il y ait une attitude d’indifférence. Donc les cassages de gueule de pédés sont encore bien répandus. Outre que ça permet de trouver de l’argent à bon compte (quel est le plus lâche des deux ?), ça permet de compenser la frustration de la non-sexualité et la trouille de s’en apercevoir. Et si, par hasard, ces hétéros ont des relations sexuelles avec des filles, elles sont vécues sur le mode du viol; Ils sont incapables de penser à la jouissance de leur nana, tant leur propre sexualité est narcissique et sadique. Quand ce n’est pas le cassage de gueule effectif – dans ce cas, le • casseur – a toutes les circonstances atténuantes – c’est verbal, du style; • Il faudrait tous les castrer .•
Et puis, Il y a une autre façon de se faire tabasser. Tous les homosexuels connaissent des mecs qui se font enculer et qui jureront sur la tête de leur mère qu’ils ne sont pas pédés: ce qui signifie que, même restant hétérosexuels, Ils n’assument pas du tout leur acte. Il y a un décalage, souvent un fossé insurmontable, entre leur discours et leur pratique. L’acceptation n’est possible que lorsque ce décalage commence à disparaître. En son absence, ces mecs passeront tout leur temps libre avec des copains plutôt qu’avec leur femme ou avec une autre femme. Devant leurs amis, ils nieront toute homosexualité et agresseront plutôt le pédé qui les draguera. Mais ces mêmes mecs, honteux, seuls, à 3 heures du matin, iront se faire tailler une pipe par un travesti ou passeront toute la nuit avec un type qui fera d’eux ce qu’il voudra, à condition que ça ne se sache pas. Il y a des pédés qui aiment ça et d’autres qui fantasment encore plus sur ce genre de mec. On a affaire ici à des types qui, à 99 %, ont déjà structuré en eux la coupure théorie-pratique.

FUITE

Quand elle n’est pas encore faite, chez des jeunes d’origine bourgeoise, en général, alors c’est la panique. Celle-ci se manifeste par un refus du discours ou même du regard de l’homosexuel, ou le plus souvent par la fuite, au sens propre du terme. Quel est l’homosexuel qui, pour avoir regardé 3 secondes de trop, un type dans les yeux, ne l’a pas vu s’enfuir parfois au pas de course?
Dans tous les cas, fuite ou agr,essivité, la raison, c’est « homosexualité latente de l’autre, disons, en première estimation. Plus tard, plus âgés, on pourra les retrouver violeurs, en paroles, sinon en actes. A la limite, ce sont les flics qui, arrêtant deux homosexuels en flagrant délit de baise (l), au commissariat se feront tailler une pipe par eux, sous la menace, un de ces policiers allant parfois même jusqu’à l’enculage, avec chantage à l’emprisonnement en cas de refus de la victime. Tout ça, c’est le droit chemin des camps, pour les pédés, comme pour tous les • déviants », plus généralement et certainement une condition sine qua non du fascisme ordinaire ou pas. Et là, tout le monde est concerné. Alors, le plus simple n’est-il pas de libérer cette homosexualité latente, plutôt que de laisser subsister cette situation dans laquelle, les pédés et autres « déviants» de tous poils crèvent à petit feu? le problème, c’est comment?

LA TOLERANCE

Avant d’étudier cette libération, rapprochons-nous de Ihétéro libéré. En effet, le niveau suivant d’acceptation, si l’on peut dire, des homosexuels, c’est la tolérance, qui est le fait de gens bien disposés ou qui croient l’être, des gens plus ou moins disponibles en face d’eux, deux attitudes possibles de la part de l’homosexuel selon qu’il se dise différent ou non.
Si oui, il est bien toléré. Je dis. toléré» (tolérance, mot que je vomis). En fait, il se châtre; il est renvoyé dans un monde à part, le ghetto, quoi! Tout son désIr est censuré dans et par le groupe ou par l’individu en face de lui. C’es~ ce qui se passe dans un groupe politique ou un homo annonce la couleur. l’hétérosexuel se sent conforté dans sa sexualité;

on peut se permettre de jouer à l’hétéro comblé, même si c’est faux, ou, inversement, on déverse, à sens unique toute sa misère sexuelle sur l’homo, puisque, différent, il peut être plus obJectif; on peut se permettre de l’aider de ses conseils charitables parce qu’on l’imagine dans la misère, alors que c’est soi qui l’est et qui met alors l’homo dans la misère du même coup; on peut se permettre de se foutre de la gueule de l’homo, oh gentiment! en racontant avec lui, des histoires drôles sur les pédés, les folles et compagnie, où l’homo rira d’autant plus qu’il est plus coincé; on peut se permettre de Jouir, par personne interposée, en demandant à l’homo comment Il fait (? !), s’il se fait … enculer ou si c’est lui qui, que, … etc.; on peut se permettre de se débarrasser à bon compte, de ses fantasmes homosexuels, en les projetant sur l’homo, au lieu de les assumer; on peut même se permettre de faire semblant de se laisser désirer, détails à la clé, mais san crainte parce que ce n’est pas pour de vrai. De toute façon, tout reste au niveau verbal, surtout pas au niveau du toucher ou de la tendresse; et ça débite, et ça débite, on n’en finit pas de parler le silence risquerait de provoquer une catastrophe qui pourrait être drôle.

On est dans la merde, mesdames, messieurs, camarades ou tout ce que vous voudrez. Et la révolution ne se fera pas en • tolérant – les homos ; je serai le premier à combattre cette • révolution -. Par ailleurs, vous voyez bien qu’il ne s’agit pas de rapport de production.

Cette tolérance, très répandue à gauche, comme dans la bourgeoisie, maintient la différence, conforte la majorité, donc aussi la minorité. Cette division créée par la bourgeoisie n’est pas près de disparaître: voir le retour en force de la psychothérapie comportementale (du behaviourisme anglo-saxon) qui normalise les. déviants – (se reporter à la revue. Autrement .) sans parler des traitements de choc (lobotomies, électrochocs et thérapie par l’aversion)!

JE NE SUIS PAS DIFFERENT

J’ai parlé plus haut des deux attitudes possibles face à la majorité hétéro: se dire différent ou non. Il est évident que, pour moi, c’est la seconde position qui me paraît juste: je pense que mon homosexualité ne me rend pas plus différent d’un hétérosexuel que le fait d’être droitier ne me différencie d’un gaucher. La différence, si elle existe, ,est purement anecdotique, fondamentalement secondaire.
Ce qui se passe, alors dans un groupe ou face à un seul mec est assez révélateur. Les mecs hétéros croient que l’homo pressent les désirs, même si pour celui-ci, ils ne sont ni bandants ni désirables. Ils ont l’impression de se faire violer. A force de se croire le détenteur exclusif du droit de désirer, un hétéro, en situation inverse est complètement déboussalé et paniqué. Les désirs de typef éminin, qu’il conçoit, à la rigueur chez un homo, il ne les assume pas du tout. Les drageurs sont, en général, les plus violents: ils cassent la gueule, et la boucle est bouclée, quand ils n’ont pas le discours pour les rassurer, ,et la présence de l’homo sert de révélateur à leur réalité déséquilibrée. Et c’est là que ça commence à devenir intéressant. On est arrivé à faire tomber le masque «social ». Au prix d’une certaine insécurité, on peut commencer à faire des choses intéressantes ensemble.

L’HETEROSEXUEL « LIBERE»

Et là, on en arrive à ce qui peut se passer avec celui qui ne croit pas à la différence et prend l’homosexuel tel qu’il est et qui assume toute sa sexualité. J’ai des relations de ce type: elles ne sont pas toujours faciles à vivre, car on n’est pas « libéré» dans l’absolu. Mais elles sont mille fois plus pleines que celes que je peux établir avec le mec que je rencontre au coin d’une rue pour passer une heure avec lui; je ne crache pas, occasionnellement, sur ça! On peut apprendre à quitter nos rôles, à dire et ressentir nos émotions, à devenir sensibles aux sentiments de l’autre, vivre une certaine tendresse, découvrir notre commune vulnérabilité, toutes choses si typiquement «féminines », n’est-ce pas?
Je crois – et ça devient banal de le dire – que la libération des homosexuels ne se fera sans celle des hétérosexuels, hommes et femmes. Il y a encore du chemin à faire avant que celle desh étérosexuels commence vraiment.

QUELLE LIBERATION?

Il faudrait que chacun puisse dire ou exprimer son désir, ce qui ne veut pas dire le réaliser, sans que cela soit ressenti comme un viol; car ce n’est pas ça le viol. Ce sera, au contraire, le seul moyen de supprimer la «drague» ressentie comme un viol par les uns ou par les autres.

Il faudrait que chacun puisse laisser désirer; il faudrait que chacun puisse dire non à un désir; il faudrait que chacun puisse dire non à un désir; il faudrait que chacun puisse entendre un non à son désir.

Là, il n’y a aucune différence entre homos et hétéro; la différence, de fait, est entre hommes e’t femmes; il faudrait que l’homme, alors, puisse vivre et assumer des désirs de « type féminin » et que, vice-versa, que la femme puisse en vivre et assumer de « type masculin », s’ils en ont envie et dénoncer cette séparation entre deux rôles.

Il faudrait, donc, que, chacun, homme ou femme. puisse se dire et vivre, homme ou femme, sans se référer à des normes idéologiques qui l’aliènent, tel qu’il est. Il faudrait que chacun cesse de vouloir posséder avec son phallus, et c’.est là qu’apparaît le viol, ou s’en approprier un. Il faudrait que chacun cesse de courir après le grand amour. Tout ne peut être que très progressif, en commençant par une réappropriation de sa propre parole .et de son propre corps.

EN GROUPE

Mais pour ça, on ne peut rester seul. C’est trop dur de pouvoir assumer ça seul, avec vulnérabilité, insécurité et solitude. Le stoïcisme n’a jamais changé quoi que ce soit. Actuellement, il y a des groupes, plus ou moins révolutionnaires spécifiques de femmes et d’homos. Leur but étant de faire sauter les différences, sont-ils nécessaires? J’élimine volontairement les groupes sexistes féminins aussi bien que masculins. Je ne suis plus si sûr de cette séparation.

Pour faire bouger la masse des hétérosexuels hommes, je ressens de plus en plus la nécessité de groupes mixtes – il en existe deux ou trois de ma connaissance. J’exclus, d’.emblée toute solution de thérapie de groupe ou de dynamique de groupe, qui ne servent qu’à la récupération par le système des gens en mal d’identité. Et je pense que les homos en lutte, refusant cette récupration, pourront être les catlyseurs de tels groupes. Je crois que toute lutte révolutionnaire doit inclure ce genre de pratique y compris dans les groupes politiques; même si et surtout si ça fout pas mal de choses en l’air, car dans ce cas, le groupe en question n’était pas crédible.

Nous, les homosexuels, soyons des hommes, refusons les rôles, assumons nos désirs avec – et en même temps que les femmes et/ou les hétérosexuels, pour une véritable libération (liberté). C’est notre chance, en ce moment. Plus tard, on verra.

Alain HUET, du G.L.H., 14 décembre. (Marge N°11 Octobre-Novembre 1976)

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 11:12

Interview réalisé par La Spirale, Anezine for the digital mutants

Une interview de Patrice Herr Sang, fondateur du fanzine New Wave, du label New Wave Records et du catalogue de distribution Al di La, et plus récemment des éditions du Yunnan et de la structure de production Thrash Seditions. Témoin de la première heure, présent sur le terrain depuis les années 70, Patrice a bien voulu revenir sur la naissance du mouvement autonome en France pour La Spirale.

Rappel des faits : Le 11 novembre 2008, plusieurs membres d’une communauté basée à Tarnac, dont Julien Coupat, fondateur de Tiqqun, revue philosophique d’inspiration anarchiste et post-situationniste fondée en 1999, ont été arrêtés dans le cadre d’une enquête sur des sabotages visant le réseau de la SNCF, puis mis en examen et placés en détention provisoire le 15 novembre 2008 sous des chefs d’inculpation relevant de la législation antiterroriste (« destructions en réunion » et « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste »). Cinq prévenus sont encore détenus à ce jour.

Face à la dangereuse nébuleuse d’épiciers alternatifs, néo hippies, post altermondialistes et cultivateurs de carotte des plateaux corréziens, qui menace gravement la sécurité nationale et les institutions de l’état, La Spirale se devait de réagir avec une série d’articles et d’interviews sur l’histoire du mouvement autonome, aujourd’hui cible et prétexte de tous les fantasmes et manipulations sécuritaires. [ Fin de la parenthèse ironique ] Adhésion ou non-adhésion aux idées de Julien Coupat et des Neuf de Tarnac, la question n’est pas là…

Ce qui ne lasse de surprendre et de préoccuper se situe plus dans l’inconsistance de l’accusation et dans l’absence de preuves. Aucun trophée ADN, aucune preuve matérielle digne de ce nom pour soutenir la rhétorique guerrière d’un procureur de la République particulièrement désireux d’en découdre avec les « anarcho-autonomes » chers à Michelle Alliot-Marie. La crise économique se développant, de noirs nuages s’amoncellent sur nos institutions et l’affaire claque déjà comme une mise en garde étatique à l’aube d’une période potentiellement riche en troubles sociaux et politiques.

Programme spécial « autonomes » à suivre dans le courant de la semaine prochaine avec de nouveaux articles et témoignages exclusifs !

Tu évoquais les autonomes à propos du punk lors de notre précédente interview. Afin de bien situer cette mouvance dans son contexte d’origine, peux-tu revenir sur tes premiers contacts avec eux, qui se sont déroulés si mes souvenirs sont bons lors de concerts de rock ?

Le mieux est d’abord d’expliquer d’où vient ce qu’on appelle « les autonomes ».

Au milieu des années 70, le reflux du gauchisme et des groupes révolutionnaires s’accompagnait de la montée en puissance des groupes de lutte armée et de la social démocratie rénovée. Cette dernière aboutira en France à l’élection de F. Mitterand en 1981. En 1973, l’un des plus actifs groupes révolutionnaires français, la Gauche Prolétarienne, était sabordé par une partie de ses dirigeants, contre l’avis d’une bonne partie de sa base. Il faut voir que ce groupe était numériquement et politiquement le plus important en France. Quelques chiffres : un organe de presse La Cause du Peuple vendu à 100.000 exemplaires, la création en 1973 du quotidien Libération, des milliers d’adhérents, 250.000 personnes le 2 mars 1972 à l’enterrement de Pierre Overney, militant ouvrier de l’organisation assassiné par un vigile à l’usine Renault de Billancourt, une organisation ouvrière (l’UNCLA), un Mouvement des Travailleurs Arabes (qui organisa la première grande grève des travailleurs immigrés en1973 contre une vague d’assassinats racistes), etc.

Donc, sans organisation, désorganisé par le haut, une partie des militants décidèrent de continuer et formèrent des tas de cellules, collectifs, assos, etc. Ils essaimèrent et s’impliquèrent dans des tas de luttes. Une Cause du Peuple poursuivit même sa parution. Certains de ces groupes convergèrent avec d’autres venus des milieux anarchistes et/ou gauchistes, avec tous en commun la volonté de continuer la lutte, de ne pas faire confiance à la social démocratie, voire même de la combattre.

Parallèlement, ils suivirent les évènements d’Allemagne (Fraction Armée Rouge de Baader) et surtout d’Italie (Brigades Rouges et mouvement autonome). La conjonction d’évènements majeurs internationaux (assassinats de Baader et d’autres membres de la FAR en Allemagne en 1977, enlèvement et assassinat d’Aldo Moro en Italie) et de soubresauts intérieurs (vague de restructurations capitalistes en France dirigée par la social démocratie qui, sous couvert de pseudo socialisme, détruisit des pans entiers de l’industrie – sidérurgie, mines, etc.) cristallisèrent ces mouvements qui multiplieront les affrontements avec l’Etat.

Trois grandes tendances co-existaient alors dans ce mouvement dit « autonome » car inféodé à aucun parti de « gauche » traditionnel (PCF, LCR, PS) :

- le courant dit « italien » autour de la revue CAMARADES épousant les thèses de l’Italien Toni Negri
- le courant dit « désirant » autour de la revue MARGE développant des théories très ludiques, fêtardes et nihilistes
- le courant communiste autour de la revue AUTONOMIE PROLETAIRE issu du mouvement maoiste Gauche Prolétarienne

Suite à la répression et surtout du travail de démobilisation et de démoralisation des gens organisé par la social démocratie dans les années 80/90, les trois courants se sont délités. Mais comme les problèmes demeuraient et qu’aucune organisation nouvelle n’apparaissait, une multitude de petits groupes ont « survécu », reprenant des forces au cours des vagues de luttes successives des années 90, 2000, etc. (sidérurgie, CIP, altermondialisme, antifascisme etc.).

Aujourd’hui, ce qu’on appelle les « autonomes » n’existe en réalité pas en tant qu’organisation ni même mouvement. C’est plus une mouvance, une masse éparse d’individus ne se reconnaissant dans aucune organisation et qui, selon leur niveau d’écoeurement face aux injustices, agit sur tel ou tel front. Ce que presse et police appellent « autonomes » pourrait tout aussi bien s’appeller « inorganisés », « électrons libres », etc.

Pour ma part, en tant que militant venant du mouvement mao et ayant travaillé de concert avec le mouvement punk émergeant dès 1974/1975, c’est tout naturellement que j’ai croisé les mouvements autonomes. En 1977, tout ce beau monde a organisé des concerts en commun liés à l’actualité avec des groupes aujourd’hui célèbres comme le Taxi Girl de Daniel Darc, Etat d’Urgence d’un certain Maurice G. Dantec ou encore le Stinky Toys d’Elli Medeiros et Jacno.

Bien que l’exercice soit certainement complexe, te serait-il possible de nous résumer l’orientation politique ou le mode de pensée autonome ?

Comme je viens de le dire, l’idéologie des « autonomes » aujourd’hui peut se résumer à résister contre toutes les injustices, participer aux mouvements de masse et rejeter les partis dits de gauche traditionnelle. Mais d’un point de vue strict de l’orientation politique, il n’y a pas de ligne « autonome ». Il y a un état d’esprit de rébellion, c’est tout. Qui pourra se catalyser si une organisation apparaît sur la scène politique française comme porteuse de volonté de changement réel. Il n’y a plus d’idéologie de l’Autonomie en soi, en France.

Il semble donc difficile de parler d’une nébuleuse autonome unie et soudée, puisqu’il s’agit plus d’une kyrielle de fractions indépendantes qui peuvent se réunir et collaborer lors de certaines occasions, ce qui semble avoir été le cas depuis l’origine du mouvement. J’ai lu quelque part que s’était tenu une assemblée parisienne des groupes autonomes en octobre 1977. Quel est ton point de vue sur la situation actuelle ? Et quels parallèles (s’il y a lieu) peut-on faire entre les années 70 et les années 2000 ?

Oui, en 1977, se développait un véritable mouvement, avec ses trois courants structurés, avec des revues théoriques, des livres, des journaux. Effectivement, il y a eu plusieurs assemblées autonomes à Paris, Strasbourg, etc. C’était plus des assemblées générales que des « congrès » comme dans un parti.

La situation actuelle est sans comparaison avec les années 70. Le système d’exploitation et d’oppression s’est aggravé mais en face, il n’y a rien de concret. Il y a une foule de mécontents qui le manifestent de différentes façons et presse et police appellent « autonomes », « racaille », « bandes », ce qui bouge un peu trop, juste par besoin d’étiquetter, de cibler et d’agiter comme un épouvantail. Mais ça n’a aucun rapport avec l’ébullition des années 70 qui suivaient de près Mai-Juin 1968.

On sait que Jean-Marc Rouillan a fondé l’Organisation Action Directe (OAD), par la suite rebaptisée Action Directe, avec la participation d’anciens des Noyaux Armés pour l’Autonomie Populaire (NAPAP). De manière plus générale et sorti de ce cas précis, quels furent les liens ou les divergences entre la mouvance autonome et des groupes tels qu’Action Directe, la Rote Armee Fraktion (RAF) allemande ou les Cellules Communistes Combattantes (CCC) belges ?

Les divergences entre le mouvement autonome et les groupes que tu cites sont d’abord idéologiques. AD, CCC, FAR, NAPAP ou BR se revendiquaient tous du communisme, du marxisme-léninisme, voire du maoisme alors que la majorité des autonomes était plutôt libertaire, anarchiste, voire juste rebelle. Les premiers visaient à un parti et une révolution de type léniniste, les seconds à du spontanéisme de masse. Les convergences se feront dans l’action, le fait d’avoir le même ennemi, que beaucoup de gens se connaissaient, partageaient des luttes en commun, débattaient. Pas d’antagonisme mais plutôt deux visions différentes de l’action.

Lorsque les médias de masse évoquent les autonomes des années 70 et 80, il s’agit le plus souvent de souligner leur violence (attentats, exécutions, affrontements avec les forces de l’ordre lors de manifestations, …). Il me paraît néanmoins trompeur de limiter les autonomes à cette seule dimension « physique », ne serait-ce qu’au travers de leur influence sur la scène culturelle alternative des années 80 (squatts, fanzines, …). Comment perçois-tu l’héritage laissé par les autonomes de l’époque ?

Les autonomes des années 70 en France n’ont quasiment « exécuté » personne. Ils ont certes commis des attentats et multiplié les affrontements avec la police. Mais ils ont surtout développé une résistance au quotidien via les squatts, les « restaus baskets » pour chômeurs (partir en courant sans payer), les transports gratuits, etc. Et comme tu dis, participé à l’ébullition culturelle autour du mouvement punk émergeant à la même époque, ce qui ne fut pas un hasard. Création de fanzines, organisation de concerts, de nombreux individus ou groupes issus de l’autonomie seront à la base des labels, fanzines et groupes qui se multiplieront entre 1977 et 1987. Nos acquis d’aujourd’hui proviennent de l’addition des acquis de la G.P., des autonomes, des punks, des féministes, etc. des années 68 à aujourd’hui.

Michelle Alliot-Marie semble concevoir beaucoup d’inquiétude quant à la possible résurgence de fractions armées combattantes issues des rangs d’une ultra-gauche qui refuserait le dialogue démocratique. Une mouvance qui se serait selon elle renforcée depuis la dernière élection présidentielle. Partages-tu cette dernière analyse de Michelle Alliot-Marie concernant l’impact favorable de l’accession de Nicolas Sarkozy aux plus hautes fonctions de l’état sur la vitalité du militantisme radical anarchiste et autonome ?

Non, les affaires récentes sont, à côté de plein d’autres, des signes de ce que la marmite bouillonne mais une affaire comme celle de Tarnac est plus une action préventive de l’Etat pour faire peur que le signe d’une vitalité radicale dangereuse. Les gens arrêtés sont des boucs émissaires que l’Etat va peut-être laminer juste pour faire passer un message : ok, la situation est pourrie, mais, vous bougez un poil, vous éternuez, et c’est le concasseur ! Il n’y a qu’à voir le décalage entre la réalité des faits et l’opération médiatico-policière. L’Etat veut faire peur parce que lui-même a peur de ce qui va se produire à cause de la crise du système et de ses conséquences. 50.000 nouveaux chômeurs déjà, les boites qui ferment, la vie de plus en plus chère, il y a une chape de plomb qui étouffe les gens et ce que craint l’Etat, ce n’est pas 2/3 groupuscules baptisés autonomes mais des explosions populaires qui feront passer les « émeutes en banlieue » pour de gentils monômes lycéens.

Alors, ne rentrons pas dans le piège de l’épouvantail autonome. Soyons solidaire des boucs émissaires et expliquons la réalité, celle d’un système à bout de souffle qui le sait et qui a peur.

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 11:05

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 11:02

Les murs nous enferment Attaquons les prisons

Au mois de mai, une révolte éclate et dure pendant plusieurs jours dans l’établissement pour mineurs de Lavaur, dans le Tarn. Les enfermé-es saccagent plusieurs dizaines de cellules en affrontant les maton-nes.

Avant et après, des mouvements individuels et collectifs de révolte dans divers lieux d’enfermement (EPM, prisons et centres de rétention), montrent que la colère et la tension sont présentes en permanence à l’intérieur, et se manifestent sous diverses formes selon les occasions.

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Dehors aussi la colère s’exprime, contre les institutions et entreprises qui enferment, ou profitent de l’enfermement.

En juillet, à Labège, une dizaine de personnes font irruption dans les locaux de la direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse, et repartent sans encombre après avoir aspergé les ordinateurs, écrit des slogans contre l’incarcération des mineurs (« nique la justice », « porcs ») et laissé des tracts à l’intention des salarié-es.

Mi novembre, des perquisitions et arrestations sont effectuées dans le cadre d’une enquête sur cette actionQuatre personnes sont alors placées en détention préventive, une autre mise sous contrôle judiciaire.

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Parce que nous voulons un monde sans prisons, sans domination, sans argent.

Pour que nous puissions être libres, il nous faut détruire ce qui nous détruit.

Que les personnes inculpées soient innocent-es ou coupables nous leur portons notre solidarité.

C’est déjà tout de suite, 25 novembre 2011.

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Published by coutoentrelesdents - dans PRISON
25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 10:52

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 10:45

Des pompiers mettent le feu à la voiture de leur directeur et saccagent son bureau

C’est peu dire que le torchon brûle entre la direction du Sdis 34 et les pompiers de l’Hérault… Où tout du moins avec une partie d’entre eux. Hier après-midi, une manifestation a dégénéré à Vailhauquès, au sein de la direction départementale d’incendie et de secours (DDSIS). La voiture du colonel Risdorfer, directeur du Sdis et donc chef de tous les soldats du feu de l’Hérault, a été visée : ils ont dégonflé les pneus, la vitre de sa Laguna de service a été brisée et deux fumigènes lancés à l’intérieur provoquant un incendie… « Une partie des manifestants a mis le feu, une autre l’a éteint », se désole un gendarme.

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« Ce sont des méthodes de voyou » – Le colonel Risdorfer

Et certains, sur la centaine de pompiers présents, ont continué. Outre les palettes et les pneus qui ont brûlé, rendant inutilisable le portail d’entrée, une lance à mousse a été activée et une partie des locaux inondée. Le bureau du directeur a aussi été saccagé.

« Franchement, ce sont des méthodes de voyou, il n’y a pas d’autre mot a réagi le colonel Risdorfer. C’est inadmissible, scandaleux de dégrader du matériel de service public. Ils ont aussi retourné mon bureau, c’est un peu Beyrouth. » Le directeur a reçu le soutien du préfet Claude Baland qui s’est rendu sur place hier après-midi. Il doit déposer plainte aujourd’hui au nom du Sdis. Mais l’enquête s’annonce compliquée : la plupart des manifestants avaient leur casque et cagoule de feu sur la tête…

Comment les pompiers ont-ils pu en arriver à s’attaquer aussi brutalement à leur chef, du jamais vu, même sous la fin de règne chaotique de son prédécesseur le colonel Cassar ? En fait, hier, l’intersyndicale a voulu faire une démonstration de force après le déclenchement d’une grève illimitée depuis le 18 novembre.

« On dénonce le management autocratique et autoritaire du directeur »

« On dénonce le harcèlement et le management autocratique et autoritaire du directeur, il y a beaucoup trop de pression. Et on ne demande pas d’argent comme ils veulent le faire croire », dénonce Didier Bosch, de la fédération autonome. Il affirme n’avoir jamais vu une telle mobilisation des pompiers. Mais ose affirmer n’avoir vu lors des incidents d’hier que « des fumigènes dans les locaux et des feux de poubelle ».

Côté direction, c’est l’incompréhension. Le directeur explique avoir redressé la barre comme le voulait la chambre régionale des comptes. Et le président Gaudy, dont les pneus ont aussi été visés, s’étonne : « On ne comprend pas leur colère ni leurs revendications. » Une nouvelle action est prévue vendredi, sur la Comédie, à Montpellier.

Leur presse (Yanick Philipponnat, Midi Libre), 22 novembre 2011.


Les pompiers incendient la voiture de leur directeur !

Le torchon brûle entre le chef de corps des pompiers de l’Hérault et ses hommes. Hier, ses derniers ont incendié son véhicule et mis plusieurs bureaux à sac. Une plainte a été déposée.

C’est la guerre du feu, totale, chez les sapeurs-pompiers de l’Hérault. Hier matin, le colonel Christophe Risdorfer, qui dirige le SDIS (service départemental d’incendie et de secours) a déposé une plainte pour incendie volontaire contre ses propres hommes. La veille lors d’une manifestation particulièrement agitée dans l’enceinte même de la direction départementale à Vailhauquès (Hérault), des pompiers, casqués ou équipés de cagoules anti-feu avaient procédé à l’incendie de sa voiture de fonction en introduisant des fumigènes dans l’habitacle par une vitre brisée.

Bureaux mis à sac

Les manifestants ont encore mis à sac une partie des bureaux de la direction départementale. « Lorsque des jeunes brûlent des voitures ou caillassent des véhicules de pompiers, on dit que ce sont des voyous. Lundi, il ne s’agissait pas d’un mouvement de colère aveugle mais d’un acte prémédité » s’insurge Michel Gaudy le président du SDIS. « On ne peut pas cautionner de tels actes de voyous mais on peut comprendre l’exaspération des agents. Le matin même, la direction du SDIS avait tenté d’intimider les membres du personnel administratif lors d’entretiens individuels. C’est la parfaite illustration des méthodes de la direction » répond l’un des représentants de l’intersyndicale qui souffle sur les braises dans un climat délétère de torchon qui brûle.

Pas d’entente

Le courant ne passe plus entre la direction du SDIS, incarnée par le colonel Christophe Risdorfer arrivé en 2010 et l’armée des 700 professionnels du feu dont les représentants dénoncent « un management destructeur et un opérationnel médiocre ».

« On nous oppose des notions abstraites mais rien de concret sur lequel nous puissions négocier. C’est la raison pour laquelle nous sommes aujourd’hui dans cette impasse » explique Michel Gaudy le président du SDIS en attendant la réunion de vendredi au Conseil Général de l’Hérault pour tenter de « refroidir le réacteur ».

Les pompiers héraultais ne réclament pas de mesures financières puisqu’ils seraient, en indice, les bien traités de la façade méditerranéenne avec quatre-dix jours de garde (de vingt-quatre heures) par an.

Les grévistes (réquisitionnés par la préfecture) insistent sur les conditions de travail.

Leur presse (Christian Goutorbe, La Dépêche), 23 novembre 2011.

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Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES
24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 21:06

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