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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 19:47

"Les nouveaux visages de l’extrême-droite"

Le local du FSQP à Paris accueille vendredi 25 nov. une conf sur l’extrême-droite. Une thématique peu développée à l’heure actuelle mais qui est malheureusement très présente ... et d’avenir.

Vendredi 25 novembre à 20h00 au local du FSQP : 41 rue Mouraud 75020 Paris dans la galerie marchande M° Porte de Montreuil (Ligne 9

Quartiers Libres

Panorama de l’extrême-droite aujourd’hui : nouvelles pratiques et nouvelles stratégies (la lutte contre l’islam comme axe principale), limites de l’antifascisme.

Les intervenants sont des militants issus de la gauche radicale et des quartiers populaires

Cette conférence initie un nouveau cycle sur ces thématiques.

Le FSQP accueille mais n’organise pas la conférence.

La conférence est gratuite

http://www.fsqp.fr/Les-nouveaux-visages-de-l-estreme.html

Flyer en piéces jointes

http://www.fsqp.fr/IMG/pdf/quartierslibresA5.pdf

le site du Forum social des quartiers populaires

http://www.fsqp.fr/

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 19:44

Message urgent de la place Tahrir : rejoignez notre lutte pour la survie de la révolution

Une bataille décisive se déroule actuellement face à une offensive répressive potentiellement fatale. Ces trois derniers jours, l’armée a lancé une attaque sans relâche contre les révolutionnaires de la place Tahrir et des autres places égyptiennes. Plus de 2000 d’entre nous ont été blessé-e-s, plus de 30 d’entre nous assassiné-e-s ; tout cela seulement au Caire, et uniquement dans les 48 dernières heures.

Mais les révolutionnaires continuent d’affluer. Des centaines de milliers se trouvent sur la place Tahrir et dans les autres places du pays entier. Nous affrontons leurs gaz, leurs matraques, leurs fusils et leurs mitrailleuses. L’armée et la police attaquent toujours et encore, mais nous continuons à tenir et à les repousser. Les mort-e-s et les blessé-e-s sont évacué-e-s à pied ou à moto, et d’autres prennent leur place.

La violence ne fait faire qu’augmenter, car NOUS NE BOUGERONS PAS. Les généraux ne veulent pas abandonner leur pouvoir. Nous voulons qu’ils partent.

C’est le futur de la révolution qui se joue : celles et ceux qui sont sur les places sont prêt-e-s à mourir pour la liberté et la justice sociale. Les bouchers qui nous attaquent sont prêts à nous tuer pour rester au pouvoir.

Ce qui se passe n’a aucun rapport avec les élections ou une éventuelle constitution, puisque rien de tout ça ne ferait cesser la violence et autoritarisme qui nous entourent. Ce qui se passe n’a pas non plus à voir avec une soi-disant « transition » vers une démocratie qui a vu le renforcement d’une junte militaire et la trahison de la révolution par les forces politiques. Il s’agit ici d’une révolution, d’une révolution totale. Le peuple veut la chute du régime, et ne s’arrêtera pas avant d’avoir trouvé sa liberté.

Les gouvernements étrangers parlent de « droits humains » tandis qu’ils négocient avec les généraux, échangeant des poignées de mains et les légitimant avec des discours creux. Les États-Unis fournissent toujours 1,2 milliards de dollars d’aide militaire à l’armée égyptienne. L’armée et la police utilisent du gaz lacrymogène, des balles et des armes venant de l’extérieur. Leurs réserves ont probablement été reconstituées par les États-Unis et par d’autres gouvernements durant les neuf derniers mois. Elle vont s’épuiser à nouveau.

Nous vous demandons d’agir :

— Occupez ou bloquez les ambassades égyptiennes du monde entier. Elles représentent actuellement les militaires : faisons-leur représenter le peuple égyptien.

— Bloquez les vendeurs d’armes. Ne les laissez pas en fabriquer et en vendre.

— Bloquez votre institution gouvernementale traitant avec les généraux égyptiens.

La révolution continue parce qu’elle est notre seule possibilité.

Place Tahrir, le 22 novembre à 14 heures.

Murmures, 23 novembre.

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 19:41

par Julien Jolyle 18 novembre 2011

Nous publions ci-dessous, sous forme de tribune et avec l’accord de son auteur, un article paru le 16 novembre 2011 sur le site du journaliste Julien Joly.

Des conseils à une jeune fille mal dans sa peau qui se transforment en étalage de clichés sexistes : c’est ce qu’on pouvait lire mercredi dans la rubrique « Ados » de Ouest-France. Le quotidien régional y reproduit le courrier de « Margot, 12 ans », une adolescente qui « ressemble à un garçon », suivi de la réponse d’Okapi (qui s’offre du même coup deux colonnes de pub déguisée).

Margot, donc, a un souci : « Au collège, on se moque de moi, car je ressemble à un garçon ! J’ai essayé […] de changer de look, mais rien n’y fait et je veux rester moi-même. » Notez cette phrase, elle est importante pour bien saisir la suite. L’extrait de la lettre se conclut par : « Même le garçon que j’aime ne veut pas sortir avec moi, de peur qu’on le prenne pour un homo ! » Ambiance.

Devant une telle injustice, le sang d’Okapi ne pouvait faire qu’un tour : « Mépriser quelqu’un à cause de son physique, c’est minable, et encore, je suis polie. » Oui, aux armes ! « Debout les grosses, les binocleuses, les boutonneuses, les “appareildentées” ! Révoltez-vous comme Margot » ! Il faut faire « évoluer les choses », clame Okapi, car « les insultes à caractère sexuel sont particulièrement infamantes. »

Je vous l’avoue sans honte : je me suis surpris à rêver d’Okapilançant un mouvement genre « Occupy Wall Street », version cour de récré, distribuant des copies d’Indignez-vous ! préfacées par Virginie Despentes. Et ça continue :

« Margot, ne te laisse pas
 “traiter” ni intimider par ce garçon qui ne t’arrive pas à la cheville. Tout dans l’apparence et la peur du jugement, rien dans les sentiments […] »

Prends ça ! Fébrile, je saute une ligne pour découvrir les conseils révolutionnaires de ce magazine chrétien soudain transformé en bastion féministe.

Et là, c’est la grosse déception


« Avec quelques efforts
, rassure Okapi, et un peu de patience, tu deviendras vite une belle jeune fille. »

Pardon ? Ai-je bien lu ? Okapi ne vient-il pas de dire qu’il fallait mépriser « l’apparence et la peur du jugement » ? Remarquez, au passage, le raccourci insidieux : une fille qui « ressemble à un garçon » ne peut pas être « une belle jeune fille ». (Par contre, un garçon qui ressemble à une fille sera généralement considéré comme beau.)

Mais rassurez-vous, chers lecteurs, avec des « efforts » et de la« patience », Margot pourra enfin faire honneur à son genre et devenir fréquentable par les petits machos qu’on lui conseillait d’éviter trois lignes plus haut.

Se rebeller, d’accord, à condition de rentrer dans le rang juste après.

S’ensuit un paragraphe d’une vingtaine de lignes, consistant en une suite de « trucs pour se féminiser » plus réducteurs les uns que les autres. Florilège.

1 - « Porte de la couleur. À bas les couleurs unisexe […] comme le noir ou le gris ! Ose des touches de rose vif ou de bleu pétard. »
Il y aurait des couleurs « unisexe » ? Première nouvelle. Ça veut dire que les autres couleurs sont réservées à un sexe plutôt qu’à un autre ? J’aimerais bien savoir lesquelles.

2 - « Adopte les bijoux. Il y en a plein qui sont bon marché, jolis et rigolos. »
Donc, on commence par habiller notre ado en « rose vif », puis on l’emmène dévaliser Claire’s. Ce qu’Okapi appelle « une belle jeune fille », je l’appelle une faute de goût. Passons.

3 - « Dans le moule (sic)  : n’hésite pas à porter des vêtements plus ajustés qui mettront en valeur tes formes. »
Pardon ? Vous êtes sûrs qu’on parle toujours d’une fillette de 12 ans ? Si on part comme ça, je suggère à Okapi d’offrir avec son numéro d’été ces fameux maillots de bain rembourrés à la poitrine dès 7 ans.

Crédit photo : Le Point

4 - « Bouge en rythme. […] Inscris-toi à un cours de danse pour apprendre à te mouvoir en souplesse. »
Après les couleurs printanières, les bijoux clinquants et les vêtements moulants, il ne manquait plus que les cours de danse. Et pourquoi pas de maintien et de chant, tant qu’on y est ?

On ne naît pas « belle jeune fille », on le devient

Remarquez qu’à aucun moment, Okapi ne propose à Margot une activité intellectuelle (comme lire un livre d’Elena Gianini Belotti qui nous apprend comment l’école transforme les enfants en parfaits petits misogynes). En matière de « trucs pour se féminiser »Okapipréfère cantonner ses lectrices dans les canons de leur genre et de leur âge. Liberté de se démarquer, de s’affirmer, de réfléchir par soi-même ? Connaît pas.

À présent, je ne suis pas sûr que Margot, qui déclarait dans sa lettre vouloir « rester [elle-même] », se sente beaucoup mieux dans ses baskets (si elle ne les a pas déjà troquées contre des talons-aiguilles).

Pour finir, imaginons un instant que, demain, Kevin, 12 ans, écrive àOkapi pour se plaindre qu’avec son visage efféminé, les filles le rejettent « de peur qu’on les prenne pour des lesbiennes ». Son journal préféré lui conseillera-t-il de porter des vêtements informes et noirs, de jeter sa gourmette et de s’inscrire à un club de muscu ?

Heureusement qu’il demeure, aujourd’hui en France, des journaux courageux qui, comme Okapi et Ouest-France, se battent pour, comme le claironnait la rédactrice au début de son article, « faire évoluer les choses ».

En bonus, la couverture du dernier numéro d’Okapi : « Mixité au collège, c’est bien ou pas ? » Bien sûr ! Tant que chacun reste dans son rôle.

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 21:24

Russie : Vladimir Poutine hué pour la première fois en public

Vladimir Poutine a été hué, dimanche soir, lorsqu’il est monté sur le ring devant 20.000 personnes pour féliciter le vainqueur d’un match d’arts martiaux. Lorsque le Premier ministre russe est venu sur le ring féliciter le poids-lourd russe Fedor Emelyanenko, qui venait de battre l’Américain Jeff Monson, des huées et des sifflets sont montés de la salle, l’obligeant à s’interrompre (…).

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1322066714.png

Les internautes russes y voient une expression inédite d’hostilité du public. « C’est la première fois dans sa carrière politique que Poutine est sifflé par le public », a estimé lundi le quotidien en ligne Gazeta.ru. (…)

Un homme crie même « Oukhodi ! » (va-t-en !) au moment où Poutine achève son message de félicitation au vainqueur, retransmis sur un écran géant au-dessus du ring. (…)

Leur presse (Le Parisien), 21 novembre 2011.

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 20:42

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 20:13

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 19:39

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 19:26

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 16:01

par Audrey GuillerNolwenn Weilerle 21 novembre 2011

Nous publions, avec l’accord de ses auteures, un extrait de l’ouvrageLe Viol, un crime presque ordinaire, paru en octobre dernier aux éditions Le Cherche-midi [1]. Le texte qui suit est tiré du chapitre 5 du livre (et reprend son titre).

En 1986, pour la première fois, une victime d’inceste témoigne à visage découvert à la télévision. Eva Thomas, qui vient de publier Le viol du silence [2], est l’invitée de l’émission « Les dossiers de l’écran ». C’est une révélation. Les Français découvrent un crime. Et des millions de victimes réalisent qu’elles ne sont pas seules à avoir vécu un enfer. Les médias participent à dissiper le tabou. Après la diffusion d’un reportage ou la publication d’un article, le nombre d’appels aux associations d’aide aux victimes monte en flèche. Ce fut aussi le cas en 1989, après l’émission « Médiations » que François de Closet consacra aux abus sexuels sur les enfants. Puis en 1995, quand Mireille Dumas dédia un numéro spécial de « Bas les masques » à « L’enfance violée ». Même chose en mai 2011, dans le tourbillon de l’affaire DSK. Le numéro Viols Femmes Informations reçoit alors 40% d’appels de plus qu’à l’habitude. « Ces émissions engagent les téléspectateurs à la vigilance et à l’action, analyse l’historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu, spécialiste de criminologie et de l’histoire des médias [3]. On entend et on voit les victimes, qui disent leur mal être, leur incapacité à oublier, à se construire une vie équilibrée. » Les médias sont un révélateur. Mais ils participent aussi à la construction de préjugés et à leur installation dans le paysage social.

Une vérité tronquée

Les journalistes parlent surtout de viol dans deux cas : lors de l’enquête qui suit un dépôt de plainte et au moment du procès d’un agresseur présumé. Or, les viols qui parviennent jusqu’au tribunal représentent moins de 10% de la totalité des cas. Silence sur tous les autres. On perçoit la réalité du crime par le petit bout de la lorgnette. Et le traitement sous forme de fait divers ou de compte-rendu d’audiences les présente comme une somme d’histoires individuelles. De tristes anecdotes qui n’arrivent qu’aux autres.

Dans l’espace médiatique, le violeur en série est largement plus présent que le grand-père agresseur de ses petits-enfants. L’exceptionnel a plus de poids. « Le traitement médiatique du viol ne pourra pas être satisfaisant tant que l’on valorisera les informations les plus spectaculaires et les plus inhabituelles, qui ne sont pas les plus représentatives, prévoit Laurent Mucchielli, chercheur au CNRS et directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip). Quand une jeune femme est violée dans un bois en allant faire son footing, tout le monde en parle. Un inceste, presque tout le monde s’en fiche. Les drames à bas bruit, habituels mais invisibles, n’intéressent pas les médias. Parce que ce qui est caché, par la sphère familiale, par exemple, est un objet d’enquête difficile. Les journalistes n’ont pas le temps et se précipitent sur ce qui va vite ». Comment pourrait-il en être autrement ? rétorquent des journalistes. « Les médias parlent de ce qui arrive, de la rupture normale de l’ordre des choses », soutient Anne-Claude Ambroise-Rendu. « La banalité, d’un point de vue journalistique, ça n’est pas intéressant, poursuit Brigitte Vital-Durand, chef du service Informations générales de Libérationjusqu’en 2007 et auteure de J’ai menti [4]. Ça devient le champ de la sociologie. Les journalistes ne sont qu’un reflet de ce qui agite une société à un moment donné. »

Le biais du fait divers

Ce genre journalistique a ses codes. Les pages « Faits divers » sont peuplées de récits de crimes ou de catastrophes. Cette façon de rendre compte du viol influe sur la façon dont nous le percevons.« Pour donner envie de lire ces pages, il faut informer, divertir et faire pleurer madame Michu, lâche la journaliste Natacha Henry, auteure de Les filles faciles n’existent pas [5]. Il faut créer de bons personnages : la traînée, le barbare, le mec paumé. » Le récit en devient plus lisible, mais aussi plus caricatural. « Le problème du viol, selon le chroniqueur judiciaire Paul Lefèvre [6], c’est que c’est une bonne histoire qui fait vendre. Je me rappelle des collègues de presse écrite, à qui les chefs disaient : "pour les détails, je te laisse juge, mais si tu peux avoir la marque de la culotte..." »

La confusion entre agression et sexualité peut conférer au traitement du viol un caractère érotique, décalé de la réalité de l’agression.« Certains lecteurs s’attendent à trouver des détails, il ne faut pas se leurrer. Ils lisent les faits divers pour ça, admet Brigitte Vital-Durand. Mais on peut écrire un bon fait divers en satisfaisant uniquement un besoin d’information. Les mots doivent être précis et pesés pour n’être ni graveleux, ni voyeurs et éviter l’euphémisme ». Publicité est faite davantage à l’agression qu’à la sanction envers l’agresseur, déplorent les féministes. « On nous dit qu’on fait trop long sur les histoires, mais c’est pourtant ce qui est raconté au procès, objecte Paul Lefèvre. Sur la sentence, que voulez-vous dire de plus que "le mec a pris dix ans ?" ».

Pour écrire son article, le journaliste n’interviewe, la plupart du temps, ni la victime, ni l’accusé. Il rapporte ce qui se passe au procès ou ce que lui disent les policiers, les gendarmes ou le procureur de la République. Les assises sont aussi un jeu de communication pour les avocats, qui peuvent se servir de la presse pour faire passer tel ou tel message sur un client. Le journaliste doit se faire une idée sur un cas en quelques heures, pour bâtir un texte qui sera lu en quelques minutes. La polémique fait aussi partie du jeu, selon l’historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu : « Ce qui va prévaloir, c’est le scandale : par exemple, le notable respecté dont on découvre l’horreur des pratiques. Finalement, les journalistes traitent les viols davantage comme des affaires à sensation que comme des dossiers judiciaires. On va désigner l’agresseur comme un pédophile, par exemple, même si c’est une notion qui n’existe absolument pas dans le code pénal. » Et les mythes se renforcent. Car peu d’agresseurs souffrent d’une perversion telle qu’elle est sous-entendue dans le terme pédophile.

Faire exister la victime est difficile

Généralement, l’agresseur est le centre de l’article. « C’est vrai, mais c’est normal, commente Brigitte Vital-Durand. C’est le procès de l’accusé. C’est lui qu’on juge. On dresse son portait, on raconte son parcours. Cela ne veut pas dire qu’on doive lui chercher des excuses. » Faire exister médiatiquement les victimes est compliqué. Longtemps, elles sont restées complètement invisibles. « En chronique judiciaire, au départ, on ne parlait pas du viol, confirme Paul Lefèvre. On estimait que la fille avait déjà assez souffert et qu’en parler, ce serait en remettre une couche, de façon indécente. Puis, les associations nous ont convaincus du besoin des victimes d’être reconnues publiquement. » Beaucoup ne le souhaitent toujours pas. « Un bon nombre de procès se déroulent à huis clos à leur demande, explique Brigitte Vital-Durand. Je les comprends. Si elles n’avaient pas cette possibilité, le nombre de plaintes déposées serait encore plus faible. C’est un droit protecteur, mais qui rend la tâche du journaliste difficile et les victimes invisibles. Il faudrait imaginer un procédé qui maintiendrait l’anonymat des victimes tout en permettant aux journalistes de parler de ces audiences actuellement inaccessibles. » Il est difficile pour les médias de mettre en mots et en images ce que l’on tient caché. « La violence conjugale intéresse plus les journalistes, constate Natacha Henry.Parce qu’elle implique des histoires d’argent, d’enfants, d’appartements, des problèmes administratifs qui nécessitent un sérieux coup de main social. Tout cela est visible. » (…)

À la télévision, les images de victimes sont rares. Comme lors de l’exceptionnelle affaire d’Outreau. On se souvient bien que treize des dix-sept accusés ont été acquittés par la justice. Mais pas que cette même justice a reconnu douze des quinze enfants victimes de viols ou d’agressions sexuelles. Dans son ouvrage Outreau, la vérité abusée [7], la psychologue Marie-Christine Gryson-Dejehansart, experte au procès, analyse comment les douze enfants sont devenus des fantômes. « C’est l’effet pervers de l’absence d’images d’enfants. On les a évoqués par des jouets, des plans immobiles d’aires de jeux désertées, décrit-elle. L’espace victimaire a été rempli par les accusés en souffrance. Mais celle des enfants n’a jamais été montrée à l’image. Aucun parent pour venir pleurer devant les caméras, aucune interview de travailleurs sociaux, de maîtresse ou de voisine, aucune silhouette pour peupler l’imaginaire compatissant et protecteur. Les enfants sont devenus des êtres virtuels. » C’est une difficulté médiatique complexe liée, surtout, au traitement télévisuel de l’information. À laquelle il n’existe pas de réponse toute trouvée. Il est normal que des victimes n’aient pas envie d’être médiatisées. D’autres en sont frustrées. « Il y a un côté malsain à banaliser la violence par les récits d’horreur, à parler de l’agresseur comme quelqu’un de fascinant, avance Fanny, victime.Alors que l’héroïne, c’est la survivante ! Elle s’en est sortie et elle a eu le courage de venir au procès ! » (…)

Parler de ce qui ne se voit pas est problématique. Surtout quand semble régner la plus grande confusion, chez certains journalistes, entre ce qui relève de la vie privée et de l’information sur un crime présumé ou avéré. « Les ténors des médias français multiplient les amalgames, écrit la journaliste Isabelle Germain sur le site d’information « Les nouvelles news », au début de la couverture de l’affaire DSK. Infidélité, orientation sexuelle, fréquentation de clubs échangistes, pratiques diverses… Tout cela ne concerne que les principaux intéressés et les médias n’ont pas à s’en emparer. Tant qu’il y a consentement entre les protagonistes, c’est du domaine de la vie privée. » Le 18 mai 2011, Nicolas Demorand écrit dansLibération : «  Libération continuera, premier principe, à respecter la vie privée des hommes et des femmes politiques. » Le Canard Enchaîné appuie : « L’information s’arrête toujours à la porte de la chambre à coucher »« Même si des viols se produisent derrière la porte ? », questionne la journaliste. Un crime n’est pas une affaire privée. C’est sur ce même fond de confusion entre agression et sexualité que Sud-Ouest a pu titrer, au sujet de l’affaire DSK :« L’homme qui aime les femmes sans modération ».

Du fait divers au fait de société

Il est arrivé que le viol investisse les pages société, débat et courrier des lecteurs des quotidiens et des magazines, ou les émissions de radio et de télévision, à des heures de grande écoute. « Lorsqu’il révèle un phénomène longtemps occulté, le fait divers se transforme en fait de société, explique Anne-Claude Ambroise-Rendu. Il cesse d’être un fait divers, événement inclassable, individuel et insignifiant et devient un phénomène social et collectif. » Mais on compte sur les doigts des mains les fois où il s’est installé dans l’actualité, en investissant de façon durable d’autres horizons que les rubriques de faits divers. Lors de procès de violeurs en série ; à la fin des années 1970 ; au moment de la redéfinition criminelle du viol (en 1980) ; pendant le scandale des « tournantes » et dans le contexte de viols présumés ou avérés commis par des célébrités : Roman Polanski, Julian Assange et Dominique Strauss-Kahn. Observer de plus près ces moments-clés est plein d’enseignements. On s’aperçoit qu’au moment même où le traitement du viol ne se fait plus sous l’angle du fait divers, et qu’il ouvre un débat, celui-ci vient parfois renforcer nos préjugés sur le sujet.

Fin des années 1970 : revirement dans le traitement médiatique du viol d’enfants. « Pour la première fois, l’abus sexuel sur enfant est exhumé de la rubrique des faits divers et entre dans celle des débats de société », signale Anne-Claude Ambroise-Rendu. Dans les années de l’après mai 1968, la presse lève le voile qu’elle tenait pudiquement étendu sur le viol d’enfants et l’inceste. Pas n’importe comment. C’est aux défenseurs de la « pédophilie » que l’on doit la transformation du genre. Le premier débat de société médiatique autour du viol naît donc autour de cette question : les enfants de moins de 15 ans ont-ils droit à une sexualité ? Certains journaux dénoncent le viol d’enfants, d’autres tentent de lui conférer une certaine dignité en l’inscrivant dans une remise en question globale et radicale de l’ordre social et moral.

« Tout commence, pourrait-on dire, en janvier 1979, avec la révélation faite par l’hebdomadaire Minute de l’arrestation à Saint-Ouen d’un moniteur sportif, Jacques Dugué, retrace Anne-Claude Ambroise Rendu. Il livrait des enfants à la prostitution et organisait un trafic de photographies de leurs ébats sexuels. Dans certains journaux, dont Libération et Le Monde, on assiste à l’émergence d’un personnage inédit, loin du monstre de jadis. Un homme qui aime les rapports sexuels avec les enfants, mais dénonce toute violence et se définit lui-même comme pédophile. » Le 21 janvier 1979, une lettre écrite par Jacques Dugué depuis sa prison est publiée par Libération« Un enfant qui aime un adulte sait très bien qu’il ne peut pas encore donner, aussi il comprend et il accepte très bien de recevoir […] ce fut le comportement avec moi des garçons que j’ai sodomisés », affirme celui que le quotidien loue pour « sa franchise quant à la sodomie »« Le viol d’enfant, au même titre que les amours libres, les couples informels, l’homosexualité ou la zoophilie devient une manifestation d’un droit à la différence, qui constitue une nouvelle forme de revendication à la fois culturelle et politique », poursuit l’historienne. En revanche, on ne donne pas la parole aux mineurs, on parle en leur nom. Voilà donc dans quel contexte se joue ce premier débat médiatique sur les agressions sexuelles : pour ou contre le viol d’enfants ?

Autre épisode pivot : le scandale des viols collectifs, rebaptisés « tournantes ». Entre 2001 et 2003, le thème envahit brutalement les médias. À l’instar d’autres manifestations de « l’insécurité », qui domine alors tous les débats, ces comportements ont été présentés comme un phénomène nouveau, en pleine expansion. Le viol sort, là encore, des pages faits divers. Mais... « le traitement des tournantes dans le débat public a imputé ce phénomène à la barbarie supposée des jeunes issus de l’immigration », décrit le sociologue Laurent Mucchielli. Le violeur c’est l’autre. L’Arabe de l’autre côté du périphérique. Dans son ouvrage Le scandale des « tournantes », dérives médiatiques, contre-enquête sociologique [8], l’universitaire démonte les affirmations médiatiques d’alors : « Ces pratiques ne sont pas nouvelles. Des observations comparables ont été faites dans les quartiers populaires des années 1960, explique-t-il. Les violeurs étaient des hommes bien blancs de peau. Et rien n’indique par ailleurs qu’il y ait eu une augmentation de ces crimes. La seule statistique disponible, celle de la justice, indique une stabilité globale sur les vingt dernières années. » Cet incendie médiatique intervient en pleine campagne électorale centrée sur le thème de l’insécurité, des violences urbaines, de la peur de l’Islam et des violences faites aux femmes. « Le discours médiatique est venu déculpabiliser les mesures répressives qui seront prises en lieu et place du réexamen des causes réelles de ces viols. »

Laurent Mucchielli montre comment des dépêches d’agence signalent des procès pour viols collectifs depuis de nombreuses années. Mais, avant 2001, ces dépêches ne suscitent pas l’intérêt de la presse. Elles ne produisent pas de sens : ce sont des faits divers.« Inversement, à partir de là, les journalistes vont se précipiter dans les cours d’assises pour « couvrir » les procès pour viols collectifs. Désormais, ce sont des faits de société, c’est-à-dire qu’ils deviennent des symboles de quelque chose de plus général : le "mal des banlieues", la "crise de l’intégration", la jeunesse "de plus en plus violente", "qui n’a plus aucune valeur" ».

Dernièrement, l’intérêt médiatique pour les agressions sexuelles s’est cristallisé autour des « affaires » Roman Polanski, Julian Assange, Georges Tron et Dominique Strauss-Kahn. (…) Parler du viol via des affaires touchant les puissants entraîne un double effet. L’un négatif : une médiatisation de type sensationnaliste, une surenchère d’informations « people », qui empêchent que l’on se pose les vraies questions. L’autre positif. (…) Clémentine Autain décrit, en mai 2011, dans Libération, la sidération du grand public et des journalistes à l’annonce de l’accusation de Dominique Strauss-Kahn. « Personne, à part les deux protagonistes, ne sait ce qui s’est réellement passé dans la suite du Sofitel new-yorkais, commente-t-elle. Mais la réception de l’événement raconte quelque chose de profond sur nos représentations. Depuis la révélation, la France est en état de choc. Ce que l’on n’arrive pas à croire, c’est qu’un homme de pouvoir aussi haut placé ait pu violer une femme de chambre. »Cette incrédulité affichée par bon nombre d’éditorialistes ne choque pas les sociologues, qui expliquent comment les journalistes n’ont jamais intégré que des viols se produisaient aussi dans les milieux sociaux favorisés. Habitués à traiter d’affaires d’assises, où sont condamnés, nous le verrons plus tard, une majorité de pauvres. « Le monde politique et médiatique parisien est composé de classes supérieures qui n’entendent que ce qui ne vient pas les déranger,énonce Laurent Mucchielli. Souvent, quand ils s’expriment sur le viol, c’est l’élite dirigeante qui s’inquiète de l’état dépravé des mœurs des pauvres. Tout cela pour ne pas voir ce qui se passe dans leur rue. » Pour Natacha Henry, l’affaire DSK pourrait changer la donne. « Elle a permis de mettre en avant la ringardise de certains intellectuels français totalement sexistes, à qui les médias donnent largement la parole. Et, de façon nouvelle, le grand public a été d’accord avec les féministes pour dire qu’il y en avait assez de ces propos ! » (…)

Notes

[1] Audrey Guiller et Nolwenn Weiler, Le viol, un crime presque ordinaire, Le Cherche-midi, collection « Documents », Paris, octobre 2011, 208 pages, 14,90 euros.

[2] Aubier, 1986.

[3] Auteure de « Un siècle de pédophilie dans la presse (1880-2000) : accusation, plaidoirie, condamnation », Le Temps des Médias n°1, automne 2003.

[4] Virginie Madeira, Brigitte Vital-Durand, Stock, 2006. Témoignage d’une jeune fille qui a faussement accusé son père d’inceste.

[5] Éditions Michalon, 2008.

[6] Notamment pour l’émission « Enquêtes criminelles », diffusée sur W9.

[7] Hugo & Cie, 2011.

[8] La Découverte, 2005.

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 13:39

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