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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 13:03

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 13:00

Communiqué de presse
À l’attention des affameurs, des expulseurs et de leurs sbires

La sentence est tombée comme un pavé soixante-huitard. Le squat du Très très grand cœur, situé 31 rue du Père Fabre à Figuerolles, occupé depuis deux mois, est expulsable sans délai. Comme vos services eux-mêmes l’ont fait remarquer, vous déplacez le problème en lieu et place de sa résolution. Ce ne sont pas vos sinistres usines et vos couloirs scolaires que nous allons maintenant hanter, convaincus que nous aurions pu être par vos rhétoriques réactionnaires. Croyez bien que notre volonté n’est pas entamée d’un quart, et que nous trouverons de nouvelles places dans les autres bâtiments que vous laissez vides, qui se comptent par milliers.

Néanmoins, nous notons cela : une promesse. Celle faite par le directeur de la SERM (Société d’Équipement de la Région Montpelliéraine), qui assure par tierce voie que nous ne serons pas expulsés cet hiver. Et nous apprécions cette décision à sa juste valeur. Toutefois, bien que la maison soit vaste, elle ne peut accueillir la misère que vos ancêtres ont créé, la même en vérité que vous contribuez a maintenir, voire à  aggraver. Comprenez bien, ou ignorez, qu’il ne s’agit toujours que de la même lutte, du même combat, de la même guerre et que nos défaites ne prouvent rien, si ce n’est que nous étions trop peu nombreux à lutter contre l’infamie.

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L’entreprise qui organise la pauvreté, dans le cas présent, est donc la SERM. Faut-il préciser qu’elle est en cela aidée par les pouvoirs dits publics ? Quoi qu’il en soit, ce fut cette entité qui nous assigna au tribunal. Cette même entité qui nous reproche d’enfreindre sa loi, n’est-elle pas en ce même intervalle traînée dans la boue par votre Cour des comptes ? N’est-elle pas à  l’heure où nous parlons accusée de complaisance dans ses appels d’offre ? Vous répondrez probablement qu’existe la présomption d’innocence, qui nous interdit de porter ce genre de jugement. Nous répondrons alors en chœur qu’il n’est pas d’innocence pour des êtres qui en condamnent d’autres à la rue ou à la précarité, pas plus qu’il n’y a d’accalmie dans la tempête que nous traversons.

Voilà des années qu’existe à Montpellier, comme dans d’autres villes de France, le désir de disposer d’un espace autogéré qui permettrait la diffusion d’une autre culture, porteuse d’une critique radicale, et qui serait également un lieu de vie pour certaines personnes. Voilà deux mois que nous nous battons pour présenter ce projet, après le tribunal, les rendez-vous avec des employés de la mairie, la perturbation du conseil municipal. Et il semble pourtant que vous ne voulez pas nous comprendre, ni même nous entendre.

À cette mairie qui se proclame socialiste, actionnaire majoritaire de la SERM, nous clamons que leur pouvoir est sur le point de s’éteindre et que nous ne sommes pas résolus à abandonner quoi que ce soit.

À Maître NOY, l’avocate de la SERM, qui argumente que de la pauvreté ne peut germer la politique, et que nous serions coupables par défaut, nous répondons que la vilenie de ses paroles saura trouver écho dans l’abîme de nos révoltes.

Au Midi Libre, journal parmi tant d’autres dont on connaît l’allégeance, nous avançons que la médiocrité crasse de leur journalisme est à hauteur de celle que répand le système qu’ils alimentent.

Aux travailleurs qui participent aux expulsions, nous lançons un appel fort pour que leur conscience se dresse et cesse de se ployer aux exigences d’un salariat qui les rend trop souvent fiers et endormis.

Aux forces armées du capital, nous ne leur souhaitons que de disparaître.

Au vieux monde, nous annonçons son engloutissement dans la joie de nos révolutions.

Contact – Vendredi 18 novembre 2011.

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 12:54

Plus de 7.000 salariés d’une fabrique de chaussures pour les marques Adidas, Nike et New Balance, du sud de la Chine, ont manifesté pour s’opposer à un potentiel projet de délocalisation vers une province du sud-est. D’autres Chinois se sont pour leur part opposés aux saisies de terres.

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Les Chinois continuent de se révolter. Des milliers d’entre eux ont fait grève contre des licenciements et des réductions de salaires dans une fabrique de chaussures pour les marques Adidas, Nike et New Balance. Dans la province du Guangdong, ce mouvement social a provoqué des heurts avec la police causant de nombreux blessés, selon le China Labor Watch (CNW), groupe de défense des droits de l’homme.

Dans la même région, d’autres Chinois ont manifesté ce lundi contre la saisie de terres. Ils étaient des milliers à défiler dans la ville de Lufeng, selon les habitants. Cette manifestation intervient deux mois après des émeutes au même endroit et pour les mêmes motifs lors desquelles des manifestants avaient attaqué un commissariat et saccagé des véhicules. Des photos publiées sur le site de microblogs weibo montrent des manifestants portant des bannières sur lesquelles on peut lire : « À bas la dictature », « Punissons la corruption » ou « Redonnez-nous nos droits ».

Quant au projet de délocalisation, il a également déclenché la colère de milliers de salariés, dans l’usine de chaussures de Yucheng, près de Huangjiang jeudi dernier. La grève de ces salariés faisait suite au licenciement le mois dernier de dix-huit de leurs cadres, interprété par les ouvriers comme un signe de prochaine délocalisation, a ajouté CNW. L’un des cadres licenciés a déclaré au journal China Business News que son départ faisait partie d’un projet de déménagement de la production dans la province de Jiangxi afin de réduire les coûts qui sont plus élevés dans le vaste pôle manufacturier de Dongguan.

À l’origine également de la contestation : la rémunération des salariés déjà faible qui risque encore d’être réduite. La suppression de primes de rendement et des heures supplémentaires sont aussi à l’origine de la colère des ouvriers de l’usine de Yucheng. « Notre salaire de base mensuel n’est que de 1.100 yuans (130 euros) » et « nous avons vraiment besoin de faire des heures supplémentaires », a déclaré une ouvrière auYangcheng Evening. Les interventions des autorités locales pour un maintien des heures supplémentaires sont restées sans réponse de la part de la direction de l’usine qui est la propriété d’un groupe d’investissement de Taïwan, selon la presse chinoise.

Le « grand atelier du monde » ne parvient pas à calmer ses salariés mécontents. En effet, cette grève est la dernière d’une série d’incidents et de mouvements sociaux qui ont éclaté dans le Guangdong, région connue pour attirer des dizaines de millions de travailleurs migrants. Depuis l’an dernier, les tensions sociales en Chine s’intensifient.

Leur presse (LaTribune.fr), 21 novembre 2011.


Tensions sociales en Chine : les grèves se multiplient

À la suite des récents mouvements sociaux chez Honda Motor et Foxconn International, qui fabrique des iPhone pour Apple, des grèves ont été signalées dans la province du Jiangxi dans une usine appartenant à des Taiwanais, où l’on fabrique des articles de sport. Une grève a éclaté également à Xian, dans une usine de Brother Industries, entreprise japonaise de machines à coudre.

Les troubles sociaux partis d’usines appartenant à des sociétés étrangères dans le delta de la rivière des Perles, dans le sud de la Chine, semblent s’étendre à des régions moins favorisées de l’intérieur, élargissant un mouvement mené par des ouvriers qui souhaitent voir leurs salaires suivre l’évolution des richesses du pays.

Cette série de grèves est un sujet d’inquiétude pour le Parti communiste chinois, qui de longue date s’efforce de désamorcer tout conflit social et de sanctionner les grévistes.

À la suite des récents mouvements sociaux chez Honda Motor et Foxconn International, qui fabrique des iPhone pour Apple, des grèves ont été signalées dans la province du Jiangxi dans une usine appartenant à des Taiwanais, où l’on fabrique des articles de sport. Une grève a éclaté également à Xian, dans une usine de Brother Industries, entreprise japonaise de machines à coudre.

IL SUFFIT D’UNE ÉTINCELLE

Aussi bien le Jiangxi que Xian sont relativement distants des régions côtières riches proches de Hong Kong et Shanghai.

« Il suffit maintenant d’une étincelle et les nouvelles se propageront à travers toute la Chine, ce qui pourrait déclencher d’autres mouvements sociaux dans d’autres usines », estime Paul Tang, chef économiste à la Bank of East Asia à Hong Kong.

La majeure partie de ces conflits sociaux portent sur les salaires, la hausse du coût de la vie et la longueur des journées de travail. De leur côté, les patrons cherchent à maîtriser les coûts pour continuer à faire venir des investisseurs attirés par une main d’œuvre bon marché.

GRÈVE À XIAN

Ces conflits reflètent en outre l’arrivée d’une nouvelle génération de Chinois qui ont grandi dans les zones économiques du sud et de la côte, très tôt tournées vers les réformes. Cette génération-là n’a guère de souvenirs du passé socialiste et d’événements comme la répression du « Printemps de Pékin », qui fit des centaines de morts début juin 1989.

Si le mouvement fait réellement tache d’huile, le gouvernement central devra soit faire des concessions à des ouvriers de plus en plus revendicatifs, soit prendre le parti des investisseurs, jugés essentiels à la bonne tenue des exportations du pays. L’excédent commercial de la Chine a fortement augmenté en mai, soutenu par un bond des exportations.

Dernière grève en date à être signalée, celle qui touche deux usines, soit 900 ouvriers, de Brother Industries, dans la ville de Xian, au centre du pays. Le mouvement a tout d’abord provoqué l’arrêt de la production, qui a repris par la suite. La compagnie a dit être en pourparlers avec les grévistes, qui réclament des hausses de salaires et une amélioration des conditions de travail.

D’AUTRES MOUVEMENTS

En outre, 8.000 ouvriers chez Smartball, un fournisseur taiwanais d’Adidas se sont mis eux aussi en grève. Un représentant d’une association d’hommes d’affaires taiwanais à Jiujiang, où Smartball est implanté, a indiqué que la production avait repris jeudi dans l’usine, après un contentieux lié aux salaires.

Mercredi, des médias taiwanais ont rapporté que 2.000 ouvriers d’une usine de machines-outils à capitaux taiwanais, près de Shanghai, s’étaient mis eux aussi en grève, mardi.

Des ouvriers d’une filiale shanghaienne du fabricant taiwanais de LCD Chimei Innolux ont brièvement cessé le travail pour réclamer de meilleures primes, mais le conflit a été réglé et le travail a repris.

Honda a par ailleurs annoncé que la production reprendrait vendredi dans deux usines automobiles chinoises mises en chômage technique deux jours durant cette semaine, en raison d’une grève chez un fournisseur.

Le mouvement social chez ce fournisseur, filiale du constructeur qui fabrique des composants pour les pots d’échappement, a pris fin mercredi soir et sa production a repris jeudi.

Leur presse (Reuters), 10 juin 2010.


[Chine] Des coquillages à la sauce métaux lourds

Amateurs de fruits de mer, prudence ! La pollution chimique des côtes chinoises atteint des niveaux élevés. Adieu huîtres et mollusques…

Alors que les médias de la province du Guangdong [sud de la Chine] révèlent une concentration de cuivre 740 fois supérieure à la normale dans des huîtres, à une embouchure de la rivière des Perles, le 9 octobre dernier, à Wenling, dans la baie de Yueqing [province côtière du Zhejiang, un des grands centres aquacoles de Chine], M. Huang déguste justement une omelette aux huîtres.

Ce paysan de 48 ans ne mange déjà plus depuis huit ans le riz qu’il plante, car il a été prouvé que la prévalence élevée des cancers dans son village est liée à une pollution [des sols] aux métaux lourds. Il fait désormais très attention. Mais voilà que maintenant les fruits de mer vont devenir pour lui un nouvel aliment interdit !

Selon le “Rapport sur la qualité de l’environnement marin de la province du Guangdong en 2010”, les polluants rejetés en mer au niveau des huit principales embouchures de la rivière des Perles auraient été estimés à plus de 1 million de tonnes. Ils seraient à l’origine de dépassements importants des teneurs en métaux lourds autorisées dans certains coquillages.

Un inspecteur chargé de la protection de l’environnement maritime a révélé que la pollution aux métaux lourds provient en grande partie des rejets clandestins des industries chimiques dans les eaux littorales. Toute la côte est touchée par ce type de pollution. Celle de la baie de Yueqing n’est qu’une illustration de ce qui peut arriver aux villes côtières cernées par les industries.

Un haut fonctionnaire de Wenling explique que sa région a été pendant un temps “la plus grande base de démontage et de recyclage de déchets électroniques en Chine”, avec une capacité de traitement de plus de 2 millions de tonnes par an. Les villageois employaient des acides comme le vitriol et l’acide nitrique pour extraire les composants métalliques. La gigantesque pollution générée avait provoqué la disparition des poissons et écrevisses du ruisseau Tongshan, aux eaux jadis limpides.

La pollution aux métaux lourds se déplace au fil de l’eau jusqu’à la mer, où ces substances finissent par s’accumuler, en particulier dans les coquillages, avant de nuire finalement à la santé des hommes qui les consomment. Cette pollution se déverse chaque jour aux embouchures des différents cours d’eau qui constellent les 18’000 km du littoral chinois.

Marées rouges toxiques

“La pollution des mers qui bordent la Chine par les métaux lourds est devenue un problème global”, souligne Guo Yuanming, ingénieur principal à l’Institut de recherches sur les ressources aquatiques océanes du Zhejiang. Du nord au sud de la Chine, aucune région n’est épargnée. Ainsi, des études effectuées dans le golfe de Bohai [nord-est] ont mis en évidence la qualité médiocre des coquillages élevés dans la plupart des fermes conchylicoles de la province du Hebei. En mer de Chine orientale, la situation s’avère encore plus catastrophique. “L’eau contient du plomb et du mercure à des niveaux bien supérieurs aux normes, et il arrive que des sédiments présentent des teneurs anormales en cuivre et en cadmium.”

La pollution se transmet ensuite très facilement aux produits de la mer. Entre juin 2005 et juin 2006, le Centre d’observation de l’environnement en mer de Chine orientale a prélevé une fois par mois des échantillons sur quatre marchés de gros de Shanghai spécialisés dans les produits de la mer. Résultat, “sur les quinze variétés de coquillages mis en vente, deux présentaient des dangers pour la santé, une devait être consommée avec prudence et quatre seulement pouvaient être mangées quasiment sans problème”.

Plus au sud, dans le golfe du Tonkin, dont les eaux étaient jusqu’à alors considérées comme d’assez bonne qualité, des chercheurs ont découvert en 2008 une “assez grave pollution par les métaux lourds”. Dans la province du Guangxi [sud], selon les conclusions d’études publiées en 2011, “deux variétés d’huîtres peuvent constituer une sérieuse menace pour la santé, du fait de la présence de métaux lourds”.

Les “marées rouges” [dues à des microalgues toxiques] qui touchent de temps à autre les côtes chinoises sont probablement une menace plus grave et plus directe pour la sécurité des produits de la mer que le dépassement des teneurs autorisées en métaux lourds. “Au cours du premier semestre, l’ingestion de moules toxiques ramassées dans la région frontalière entre les provinces du Fujian et du Zhejiang a provoqué des diarrhées chez plusieurs personnes. Par le passé, on a déjà enregistré des morts à la suite de la consommation de mollusques”, explique Guo Yuanming. Les données de l’Observatoire de l’environnement de la mer de Chine orientale montrent une tendance à la hausse du phénomène, avec une augmentation des “marées rouges” toxiques.

Impossible non plus de négliger le problème de la pollution par des matières organiques persistantes. Car la pollution liée aux composés organiques est très souvent cancérigène. Les organoétains [dont le tributylétain (TBT), substance chimique utilisée dans les peintures navales antifouling pour empêcher les mollusques et les organismes de se développer sur les parois des bateaux] pourraient même provoquer des mutations sexuelles [chez l’homme]. “Les effets cancérigènes ne s’observent qu’à long terme. Il faudra sans doute attendre une vingtaine d’années pour en avoir confirmation, mais à ce moment-là il sera trop tard !”

Traduit du chinois (Lü Minghe, Nanfang Zhoumo) – Courrier international, 17 novembre 2011.


[Chine] Les scandales alimentaires ne cessent de se multiplier dans le pays
Profiter… à en crever !

Les scandales alimentaires se multiplient ? La faute à une société qui perd les pédales face à l’argent et qui voit ses règles de conduite s’étioler.

Le Premier ministre Wen Jiabao a sévèrement condamné, en avril dernier, les scandales alimentaires préjudiciables au peuple chinois. Qu’il s’agisse du lait contaminé à la mélamine, du clenbutérol (anabolisant donné aux porcs), de l’huile frelatée ou des petits pains à la vapeur colorés (avec des produits toxiques), « tous ces scandales concernant la sécurité alimentaire suffisent à révéler un manque évident d’intégrité, ainsi qu’un déclin de l’éthique extrêmement grave ». Ils soulignent également la nécessité d’étudier avec attention le renforcement de la culture morale au sein de cette société chinoise en période de transition.

Pas de sanction dissuasive

Car ces scandales alimentaires se multiplient. Pourquoi ? En matière de sécurité alimentaire, la société a perdu sa capacité à assainir ses mœurs, à mûrir et à se corriger. La preuve en est : les erreurs commises par une entreprise n’ont pas servi de leçon aux autres, les fautes professionnelles de certains départements (de l’administration) n’ont pas sonné le tocsin pour les autres. Et les mesures prises pour sévir contre certains agissements contraires à la morale, à la loi et aux institutions n’ont pas eu l’effet dissuasif attendu. En matière de sécurité alimentaire, les valeurs idéologiques liées aux concepts de civilisation et de culture n’ont plus la force de faire aller la société de l’avant, ni celle de faire sortir l’homme de sa barbarie, de son ignorance et de son aveuglement pour le guider vers la civilisation, la dignité et la modernité. Ce qui m’amène à la question suivante : pourquoi notre culture morale a-t-elle perdu cette force ?

La raison fondamentale tient au fait que le concept culturel du respect de la vie n’a pas été érigé en règle de conduite dans notre société. C’est précisément parce que ce respect n’est pas inscrit dans l’inconscient collectif que même ceux qui préfèrent « mourir plutôt que de manger ça ! » n’hésitent pas à produire et à donner à manger aux autres ces aliments toxiques, et c’est aussi pour cette raison que ces actes sont encore régulièrement considérés avec plus ou moins d’indulgence.

L’argent avant tout

La raison essentielle de ce dysfonctionnement tient aux lignes de conduite de la culture chinoise, certaines étant aussi friables que si elles étaient constituées de “fromage de soja” ! Les normes du système qui régit le fonctionnement social sont souvent confrontées au défi que leur oppose “l’arrogance” de certains. Si les fonctionnaires sont corrompus, les commerçants malhonnêtes, le petit peuple sera à leur image. Tant que miroite la possibilité de faire de l’argent, peu importe que les aliments soient toxiques, et peu importe que les moyens soient illégaux ou criminels. Plus le profit est élevé, plus il est facile de s’écarter de la ligne de conduite. Plus les mutations de la société sont profondes, et plus les manquements à cette ligne de conduite sont flagrants.

Si ce déclin se poursuit, l’homme se rapprochera inexorablement de l’animal. Pourtant, si l’animal qui mange de l’herbe empoisonnée se montre encore capable, au prix de sa vie, d’avertir ses congénères, certains hommes fournissent à leurs semblables des aliments toxiques, conduisant à l’autodestruction de l’espèce. Cela met en lumière que la ligne de conduite instituée sur des concepts de civilisation traditionnels et modernes est inadaptée face à l’argent.

Leur presse (Chen Jiaxing, Le Journal de Saône-et-Loire), 20 novembre 2011.

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 12:50

L’envergure de l’opération policière menée mercredi contre une manifestation relativement limitée et pacifique contre les coupes dans l’éducation au Royaume-Uni montre que l’élite dirigeante n’est plus prête à tolérer aucune forme d’opposition sociale et politique.

Si l’on accepte les chiffres de la police concernant la taille de la manifestation, le déploiement de 4000 policiers, dont bon nombre étaient en tenue anti-émeute, représente un rapport de un policier par manifestant. Si le chiffre plus exact de 8000 manifestants est accepté, alors le rapport est quand même de un pour deux.

Le nouveau responsable de la police métropolitaine Bernard Hogan-Howe a décrit la manifestation comme étant un test de son « encadrement policier total ». Voici comment cela se présentait : Londres était placé en quasi paralysie, toutes les routes principales le long du parcours de la manifestation étant bloquées par des rangées de policiers, des camions de police, des policiers à cheval et des barricades de trois mètres de haut.

Lorsque les manifestants sont arrivés dans les gares ferroviaires, routières et les stations de métro, il leur a été remis une brochure de 11 pages avec le titre en lettres majuscules « ENCADREMENT POLICIER TOTAL » imprimé devant et derrière. La brochure avertissait que la police utiliserait la section 60 de la Loi de 1994 sur l’ordre public et la justice criminelle pour fouiller les gens et les contraindre à retirer leur masque.

La manifestation a été étroitement bordée de rangées de policier à l’avant, à l’arrière et des deux côtés tout au long du parcours de 4,5 km. Des hélicoptères survolaient la scène filmant copieusement les participants.

Une provocation supplémentaire, la manifestation était stoppée tous les dix mètres, ce qui veut dire qu’il a fallu trois heures pour parcourir les 4,5 km. Ce « kettling » [tactique policière consistant à confiner étroitement les manifestants dans une zone réduite] régulier a permis à la police de se mêler à la foule à certains endroits, faisant irruption parmi les gens et les poussant dans l’espoir de provoquer une réaction.

Une déclaration publiée le jour même avait averti que le rassemblement prévu à London Wall devait se terminer en moins d’une heure et que les lieux devaient être complètement libérés en deux heures. La tentative de monter un campement à Trafalgar Square, en solidarité avec le mouvement « Occupons » devant la cathédrale St Paul a été aussitôt entravée en l’espace de quelques minutes, la police emmenant de force ceux qui essayaient d’occuper les lieux.

La tentative par un groupe d’électriciens, en grève contre les menaces de la direction de réduire leur salaire de 35 pour cent, de rejoindre la manifestation des étudiants a aussi été en butte à la violence policière. La manifestation des électriciens a été encerclée de façon à quasiment les emprisonner. Quand certains ont tenté de s’échapper, la police anti-émeute est entrée en action et a mis à terre les travailleurs à coups de matraque. La police aurait été en possession de grenades incapacitantes. Les noms et adresses des manifestants ont été pris sous l’autorité de la Section 60 de la Loi sur l’ordre public.

Avant la manifestation, le responsable de la police Simon Pountain a dit lors d’une conférence de presse que l’usage du canon à eau n’était pas prévu, mais que les balles en plastique avaient été autorisées, ce qui est une première en Angleterre.

Plus de 450 courriers avaient été envoyés avertissant toute personne arrêtée précédemment pour un délit en rapport avec un trouble à l’ordre public qu’une récidive conduirait à une arrestation et présentation devant le juge « dans les plus brefs délais ». Un bon nombre de ces courriers ont été envoyés à des gens n’ayant aucune condamnation antérieure, ce qui indique que la police détient des données sur des personnes dont l’unique « crime » est d’avoir participé à une manifestation précédemment.

Dans un article repris par Police Oracle, le correspondant des affaires criminelles duGuardian a allègrement décrit l’autorisation préalable de l’utilisation de la matraque et l’envoi de lettres de menace comme n’étant pas une nouveauté. « Ce qui est nouveau », écrit-elle c’est la décision de Pountain de rendre ceci public.

L’autorisation d’utiliser des matraques a été accordée durant les émeutes de l’été dans les villes britanniques, écrit-elle, et « chose peut-être moins connue… ils avaient aussi l’autorisation de les utiliser durant la manifestation étudiante de l’an dernier contre les coupes dans l’éducation ».

La police se verra aussi attribuer par la ministre de l’Intérieur Theresa May des pouvoirs additionnels, a-t-elle fait remarquer, par lesquels « un officier de police pourra faire évacuer le public d’un lieu spécifique durant une manifestation, un pouvoir jusqu’ici indisponible depuis le retrait du Code en 1973 du Riot Act (loi anti-émeute).

La manifestation étudiante d’octobre dernier a vu plus de 150 arrestations, durant et après la protestation. Les émeutes de cet été, provoquées par le meurtre aux mains de la police d’un homme non armé, ont été suivies de 4000 arrestations et plus de 2000 poursuites, avec de longues peines de prison pour les délits les plus légers.

La même chose se produit à travers le monde. Partout où les travailleurs et les jeunes cherchent à s’opposer à l’imposition de coupes d’austérité draconiennes, ils sont confrontés à une répression brutale.

Ainsi en Grèce la grève générale du 20 octobre a été attaquée par 15’000 policiers anti-émeute et la Place Syntagma a été inondée de gaz lacrymogène. Aux États-Unis, les manifestations « Occupons Wall Street » se sont propagées dans tout le pays en l’espace de deux semaines, en grande partie suite à l’arrestation le 1er octobre de 700 protestataires, soit près d’un tiers, parmi ceux qui manifestaient sur Brooklyn Bridge. Depuis, diverses polices locales ont monté des attaques en tenue anti-émeute et utilisé le gaz lacrymogène et d’autres armes et ramené à plus de 3000 le nombre de personnes arrêtées dans le pays.

Le recours aux mesures répressives est une indication de la polarisation extrême entre les classes sociales.

En Grande-Bretagne, le Riot Act que l’on cite à présent avait été originellement rédigé en 1714, faisant de l’émeute un délit passible de la peine de mort. Cette peine avait ensuite été réduite en 1837 à la déportation à vie.

L’utilisation la plus connue du Riot Act avait eu lieu lors du Massacre de Peterloo en 1819 à Manchester où une charge de cavalerie contre 80’000 manifestants réclamant une réforme parlementaire et de l’aide face à des difficultés économiques écrasantes, avait tué 15 personnes et en avait blessé 700.

À Glasgow, le Vendredi noir de 1919, la police anti-émeute et 10’000 soldats furent envoyés contre des travailleurs luttant pour la réduction du temps de travail. Ce Vendredi noir eut lieu après la Révolution d’octobre de 1917 en Russie à un moment où l’élite britannique craignait un « soulèvement bolchevique ».

Le fait que des pouvoirs pareils soient promulgués aujourd’hui, d’abord en toute discrétion puis maintenant en fanfare et trompettes officielles, devrait servir d’avertissement à la classe ouvrière de Grande-Bretagne et du monde entier.

Aujourd’hui, tous les aspects de la vie sociales sont dictés par une oligarchie extraordinairement riche qui ne cherche qu’à s’enrichir toujours plus. Dans la situation d’une crise économique qui empire, ceci se traduit par des demandes de coupes budgétaires et d’austérité pour des millions de gens. Et il n’existe aucune possibilité de voir ces mesures votées démocratiquement.

C’est ce qui détermine les agissements des gouvernements bourgeois du monde entier consistant à promulguer des mesures propres à un État policier et explique en Grèce, la menace d’un coup d’État militaire.

La riposte des travailleurs et des jeunes doit être de construire un mouvement socialiste de masse et d’adopter une perspective révolutionnaire pour une société véritablement démocratique et égalitaire, fondée sur l’expropriation de l’oligarchie et l’organisation de la production afin de répondre aux droits sociaux de tous à l’éducation, à la santé, au logement et à un emploi bien payé.

Chris Marsden – WSWS, 14 novembre 2011.

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 12:05

Mais que fait « Polisse » ?

Nous devrions remercier Pierre Schöller pour son film l’Exercice de l’État car il nous redonne confiance dans les capacités de l’art pour poser de nouveaux problèmes politiques. Mais aussi pour avoir rendu moins dramatique la sortie, une semaine plus tôt, de Polisse de Maïwenn qui a fait néanmoins beaucoup plus d’entrées et que les critiques et le public semblent adorer.

Tandis que Pierre Schöller nous fait réfléchir, voire aimer, ce régime politique si peu sexy, si contraire à notre nature qu’est la démocratie, Maïwenn s’acharne à faire exactement le contraire. Et ceci avec tant de passion qu’en quittant la salle, on peut se sentir soit insulté, soit dans l’incapacité presque absolue d’abriter le moindre espoir dans le genre humain. Non pas parce que la jeune réalisatrice nous montre le nombre incalculable de pédophiles et autres monstres analogues qui sévissent à Paris et que la brigade de mineurs traque, interroge et capture. Si l’on sort de la salle accablé, c’est parce que ce film semble une commande du ministère de l’Intérieur — voire d’un obscur dictateur d’une République bananière — dont le but aurait été de composer une sorte d’hymne aux forces de l’ordre. La réalisatrice nous explique que pendant que nous dormons, travaillons, nous amusons dans la plus grande insouciance, la police veille sans relâche, sans retenue, sans faute, à ce que nos enfants ne tombent pas dans l’enfer. Ce sont eux, les policiers que nous ignorons, critiquons, méprisons, envoyons même au tribunal pour un oui ou pour un non, qui permettent que cette société tienne, se tisse, ne se rende pas complètement malade et qu’elle puisse envisager, dans le regard innocent d’un enfant sauvé, son propre avenir. Et en voyant le type de personnes qui s’y sacrifient, notre reconnaissance, voire notre honte, augmente.

Car dans Polisse, la police apparaît comme une bande de boy-scouts ou de Justes, dont l’addiction au Bien est comparable à celle que d’autres éprouvent pour le sexe ou pour la drogue. Entre eux et la société civile il n’y a ni barrières, ni règles de procédure, ni avocats car tout se résout comme dans une famille. Ces policiers agissent comme des parents, des instituteurs, des oncles et des tantes exemplaires, honnêtes, sans vices. Or, contrairement à ce que l’on pourrait penser, Polisse se présente comme une rébellion, comme une transgression envers l’ordre établi. Maïwenn est une vraie révoltée qui veut briser les tabous, dire tout haut ce que personne ne veut entendre. Ainsi, elle nous montre sans complexes ni retenue le caractère ordinaire, quotidien, massif des pires violences contre les enfants, le vrai visage de cette société cachottière. Voici une femme quelconque, qui n’a pas une tête de pédophile, se promenant dans la rue avec un landau et deux enfants. Une policière la soupçonne car l’un de ses fils a mangé un sandwich au goûter plutôt qu’un gâteau. Une fois au poste, l’on découvre que sous ses dehors de normalité cette femme masturbe ses enfants pour les endormir… Ah ! bourgeois hypocrites que vous êtes : grâce àPolisse vous allez tout voir et tout savoir !

En revanche, les membres irréprochables de cette brigade sont aussi bons, aussi gentils, aussi moraux, aussi pourvus de bon sens que nous-mêmes, les spectateurs. Des gens absolument formidables, sans préjugés et incapables d’aucune violence injustifiée. Émotifs comme nous, ils ne connaissent ni froideur, ni amertume, ni cynisme et seraient incapables du moindre abus ou de la moindre erreur de jugement envers leurs concitoyens. C’est pourquoi leur confier tout le pouvoir sans sourciller, les yeux fermés et les mains liées est aussi sûr, aussi peu risqué que de l’exercer soi-même. Et lorsque l’un des policiers, accablé par l’effronterie d’un suspect, lui donne un coup de poing, nous nous disons qu’à sa place, nous aurions fait de même.

Certes, Maïwenn a le droit d’aimer les forces de l’ordre et même d’avoir réalisé ce film stupide. Ce qui est en revanche plus amer, c’est l’enthousiasme que Polisse a suscité dans l’opinion. Comme un signe de l’état de la conscience politique d’un pays qui a de plus en plus de mal à concevoir les droits et les libertés des citoyens autrement que comme des ruses de violeurs, de voleurs, d’escrocs pour mettre en échec le pouvoir du Bien et de la Justice. Mais, dira-t-on, que ne ferions-nous pas pour sauver des enfants ? Beaucoup de choses, certes. Maïwenn cependant nous invite moins à les sauver qu’à nous transformer en un peuple d’enfants politiques. Que nous devenions un troupeau d’enfants gouvernés par une délicieuse police au lieu de nous casser la tête avec des prétentions et des revendications absurdes. C’est pourquoi elle ne cesse de montrer les enfants comme gage et espérance d’un nouvel avenir.

Car les peuples qui, pour mieux détruire leurs ennemis, rêvent d’abdiquer de leur droit de critiquer, de soupçonner, de surveiller, de mettre en échec leur gouvernement et leur police, cherchent à devenir des enfants. Des enfants horriblement méchants.

Leur presse (Marcela Iacub, next.liberation.fr), 19 novembre 2011.

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 12:01

The Muslim Brothers are left behind, again

One of the interesting things about the gigantic turnout on Tahrir Square is that it is happening even as the Muslim Brotherhood has officially opposed the protests and most Salafists done the same, in the name of calming the streets before the elections. This decision is very reminiscent of January 25, when they refused to take part in the first protests leading to the overthrow of the Mubarak regime. The same goes for the Salafists, who apart from Hazem Salah Abu Ismail, have opposed protests and even tried to intervene to stop them in Alexandria yesterday.

This is not to say there are no Muslim Brothers or Salafists, or other religiously-inclined people in Tahrir today. There are.

But their leadership has failed them once more. Once again the Muslim Brotherhood has shown that its basic essence has not changed: just as its leader in 2009 said he had no problems with a Gamal Mubarak presidency and had much respect for Hosni Mubarak, just as they rushed ton negotiate with president-apparent Omar Suleiman in late January, just like they preferred to cut a deal with the military in the transition’s early days and accepted a slapdash referendum and constitutional declaration, the Brothers are once again swimming against the prevailing tide of the Egyptian people. They prefer to negotiate for their own maximum advantage rather take a principled position.

I often think the Brothers’ biggest problem is not that they are fundamentalist, or out of touch with the Egyptian mainstream, or too radical. It’s that they are perceived, rightly, as schemers by average people. It’s true of their leaders, at least, and it’s what has made so many bright young people leave them in recent years and so many others doubt their intentions.

Leur presse (Issandr El Amrani, The Arabist), 22 novembre 2011.


Mohamed Hosni, Mohamed Badie, Mohamed Mahmoud : Tous des bombes lacrymogènes

Nous reproduisons ici, traduite de l’arabe, une chronique de l’écrivain égyptien Galal Amer, parue le 22 novembre 2011 dans le quotidien Al Masri El Youm. Les bombes lacrymogènes obscurcissent la vue et les écrans de fumée obscurcissent les consciences.

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Je suis un voyou, l’enfant d’un quartier populaire d’Égypte. Comme un passant, je disparaîtrai aussi soudainement que je suis apparu, car il n’y a derrière moi ni association, ni syndicat ni parti, ni clique. En mai 2010, j’ai vécu l’ère de « La Prime, Monsieur le président ! » et, en janvier 2011, celle de « Fiche le camp, Président ». J’ai lu sur les conquêtes romaine, arabe et ottomane et je me suis toujours interrogé : « Pourquoi, Dieu, sommes-nous conquis par le premier venu ? » J’ai appris la tactique chez de grands chefs de guerre et, pour moi, la pire des choses que le Conseil militaire ait jamais faites, c’est d’avoir considéré la révolution comme une offensive hostile, qu’il lui faudrait d’abord « absorber » avant de lui opposer une contre-offensive.

Ceux qui tiennent le pouvoir s’allient toujours à ceux qui tiennent l’argent, contre les pauvres qui, eux, n’ont que leur urine à tenir. Essaie de vite lire cette chronique car je dois partir à cause de la fumée. La seule chose qui ait été modernisée au ministère de l’Intérieur, ce sont les bombes lacrymogènes. Le gouvernement a exploité la trêve pour se réarmer et étrange coïncidence, la rue Mohamed Mahmoud (où ont lieu les affrontements les plus durs, NDT) porte le nom du pire ministre de l’Intérieur de l’histoire de l’Égypte qui était surnommé « Poigne de fer ». À cette cadence, la moitié d’entre nous finiront la période de transition avec un œil unique.

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Nous vivons dans l’illusion, et tout n’est qu’écran de fumée : le référendum, les amendements de la Constitution, le « Document portant principes supra-constitutionnels »… Il y en a qui rendent hommage aux Martyrs avant de poursuivre le massacre et d’autres qui nous parlent de l’au-delà alors qu’ils possèdent tout ici-bas. Le cheikh et le curé s’embrassent lors des « réunions de réconciliation » mais chacun d’eux dit dans son for intérieur « Puisses-tu, Dieu, lui transmettre mon rhume ! ». Les médias, les grandes plumes… tout n’est qu’écran de fumée. Nous en suffoquons.

Transmettre le pouvoir ? Comment? Contre accusé de réception ou par huissier de justice interposé ? Ceux qui déclament les éloges funèbres de la révolution sont plus dangereux que ceux qui tentent de l’enterrer. Après les manifestations du 25 janvier, nous avons eu droit à la « Bataille du chameau » et aujourd’hui, après les manifestations du 18 novembre, nous avons droit à la « Bataille des urnes ». Si elle n’a pas encore pris le pouvoir, la révolution est au moins consciente que Mohamed Hosni (Moubarak, NDT) est Mohamed Hussein (Tantaoui, NDT) est Mohamed Badie (Guide des Frères musulmans, NDT) est Mohamed Mahmoud : tous des bombes lacrymogènes.

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Maghreb Émergent Infos – Solidarité ouvrière.

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 12:00

La place Tahrir fait reculer la junte égyptienne

Le maréchal Tantaoui promet un transfert accéléré du pouvoir aux civils.

La place Tahrir ressemble à un immense organisme vivant. Autour du rond-point central où le village de tentes est réapparu, des centaines de milliers de personnes tournent, s’arrêtent, se regroupent, agitent des drapeaux égyptiens, reprennent en chœur des slogans : « Le peuple veut le départ du Maréchal ! » Des marchands ambulants vendent à boire, thé ou jus de fruits, à manger, du kochari, le plat populaire égyptien, du pop-corn, sans oublier l’équipement de base du manifestant : masque à gaz, lunettes de sécurité et casque de chantier.

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Mardi, le rassemblement était le plus important depuis la révolution de février dernier, mais la place est restée assez calme. Les seuls affrontements ont lieu dans la rue Mohammed Mahmoud. Les manifestants craignent que la police ne tente d’investir la place Tahrir. Les policiers que les manifestants n’attaquent le ministère de l’Intérieur. La police antiémeute tire sans discontinuer des grenades lacrymogènes, mais ne parvient qu’à contenir la foule, pas à la repousser. Les blessés et les victimes des gaz incapacitants, assez puissants pour faire s’évanouir de grands gaillards, sont évacués vers l’arrière, et aussitôt remplacés par d’autres. Des ambulances et des scooters vont et viennent, toutes sirènes hurlantes dans les corridors aménagés entre des digues humaines de manifestants.

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Neuf mois après la chute de Moubarak, la dynamique de la place Tahrir ressemble étrangement à celle qui a fait tomber le raïs. Les manifestants chantaient alors : « Le peuple et l’armée ne forment qu’une seule main. » Ils sont cette fois unis contre la junte militaire et scandent : « L’armée et la police ne forment qu’une seule main sale. »

« Un vaste gâchis »

La nouvelle place Tahrir a les mêmes caractéristiques que sa première version, qui la rendent imprévisible et incontrô­lable. Pas de chefs. Pas de programme politique défini. Pas d’organisation unique. Les islamistes ne sont qu’une composante parmi d’autres : « Les salafistes et les Frères musulmans ont été les organisateurs de la manifestation de vendredi, mais ils sont rentrés chez eux le soir même. C’est la tentative de la police de chasser les quelques centaines de personnes qui restaient le lendemain matin qui a tout déclenché. Personne aujourd’hui ne contrôle la place Tahrir, dit Rami Shaaf, l’un des responsables du mouvement de gauche l’Égyptien libre. On a expliqué aux salafistes qu’il n’y aurait pas de tribune ni de discours, pour éviter que la place Tahrir ne serve les intérêts politiques de quelque parti que ce soit, ajoute-t-il. C’est un mouvement populaire qui n’appartient à personne. » Les Frères musulmans ont appelé leurs militants à ne pas participer à la manifestation mardi, mais ils n’ont pas été écoutés par leurs sympathisants les plus jeunes, qui se sont rendus sur la place au défi de ces mots d’ordre.

Aucune figure politique n’y est visible. Le docteur Mohammed el-Beltagy, ancien parlementaire et porte-parole des Frères musulmans, a essayé de s’y faire entendre dimanche, mais il a été chassé par la foule. Les manifestants sont unis par une même colère face au Conseil suprême des forces armées. Cette junte formée par dix-neuf officiers supérieurs, la plupart inconnus de la population, est dirigée par un vieux maréchal de 76 ans, Mohammed Hussein Tantaoui. Il a tenté mardi soir, dans sa première apparition télévisée, d’apaiser la foule : « Le Conseil suprême ne veut pas le pouvoir. Notre seule mission est la défense de l’Égypte, a-t-il annoncé solennellement. Les critiques sont infondées, et ceux qui ont tenté de creuser un fossé entre le peuple et l’armée portent une lourde responsabilité. Nous acceptons la démission du gouvernement, qui continuera à expédier les affaires courantes jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement. Une élection présidentielle se tiendra en juin prochain et nous remettrons immédiatement le pouvoir aux nouvelles institutions. Le Conseil ne soutient personne. Le résultat sera celui qu’aura choisi le peuple. » Il n’a pas exclu un référendum sur un transfert immédiat du pouvoir aux autorités civiles, « si le peuple le demande ».

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Sombrer dans le chaos

Mais il est peut-être déjà trop tard. Comme en janvier dernier, des concessions qui auraient pu, quelques jours plus tôt, satisfaire la foule, ne sonnent plus que comme des mots creux, et un encouragement à continuer. « Tahrir n’acceptera pas les propositions du Conseil. Elle va le faire tomber comme elle a fait tomber Moubarak », prédit un des célèbres tweeteurs de la place Tahrir, Big Pharaoh.

L’hypothèse d’une chute de la junte inquiète pourtant un grand nombre d’Égyptiens. À la télévision d’État, des analystes politiques répètent tous à peu près le même discours : l’armée est la dernière institution nationale intacte. Sans le Conseil suprême des forces armées, l’Égypte risque de sombrer dans le chaos. « La place Tahrir est insatiable, dit Hicham Kassem, journaliste et activiste libéral égyptien connu. Le seul objectif des manifestants est d’occuper la place et d’y rester. La grande majorité s’y promène. Une minorité adore la bagarre. L’armée a fait des erreurs de calcul. Elle n’a maintenant quasiment aucune solution. Il est trop tard pour évacuer la place, un déploiement de forces n’aboutirait qu’à un massacre. Accéder aux demandes des manifestants ne réussirait sans doute qu’à augmenter leurs revendications. »

« Je n’ai aucune idée sur la manière dont on peut s’en sortir, ajoute-t-il. Si le mouvement s’étend au reste du pays, on court au désastre. Les élections qui devaient commencer la semaine prochaine et permettre de sortir de l’impasse risquent d’être annulées. C’est un vaste gâchis. »

Leur presse (Adrien Jaulmes, LeFigaro.fr), 22 novembre 2011.


Égypte : Le bras de fer continue entre les manifestants et le pouvoir militaire

Plus de 100.000 Égyptiens se sont rassemblés mardi soir au Caire. Malgré l’annonce de la formation d’un nouveau gouvernement, ils sont décidés à rester sur la place jusqu’à ce que les militaires quittent le pouvoir…

Dernière info (2h15): Les affrontements ont continué pendant la nuit. Sur Twitter, Mohammed El Baradei a accusé les forces de sécurité d’employer des gaz innervants et de tirer à balles réelles.

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« Irhal ! Irhal ! Irhal ! » – « Dégage ! » Le cri emblématique des révolutions arabes a résonné à nouveau avec force mardi soir sur la place Tahrir, au Caire. Rejouant le scénario de la révolution de janvier, une foule très dense a répondu par cet impératif au discours du maréchal Tantaoui, le chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige le pays depuis février. Le vieux militaire se retrouve donc à la place de Moubarak, dans le rôle du chef d’État qu’il faut déboulonner.

Et, une fois de plus, les Égyptiens ne semblent pas prêts à céder : ils veulent mettre un terme au régime militaire qui gouverne leur pays depuis presque 50 ans. Quel qu’en soit le prix, alors que les élections législatives doivent commencer le 28 novembre. Le discours du maréchal Tantaoui avait pourtant pour objectif d’apaiser la colère de la place Tahrir, occupée à nouveau par des dizaines de milliers de personnes.

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Une radicalisation du mouvement

Mais le « peuple de Tahrir » est loin d’être satisfait par les annonces de Tantaoui. « La plupart des gens exigent maintenant que l’armée transfère immédiatement le pouvoir aux civils, pas l’année prochaine », témoigne Hisham, un ingénieur de 24 ans présent sur la place ce mardi soir. « Il y a eu trop de morts ces derniers jours, on ne peut pas accepter de rentrer chez nous simplement sur des promesses. »

La violence des affrontements qui durent depuis samedi a en effet poussé une partie des manifestants à se radicaliser. « Les jeunes qui se battent ici depuis quatre jours ont vu leurs amis mourir à côté d’eux. Ils n’arrêteront pas le combat tant que les policiers et les soldats qui ont tiré sur eux ne seront pas jugés », souligne Sherif, 30 ans.

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L’absence de leader et de coordination entre les manifestants complique en outre toute tentative de trouver un accord. Surtout, les Égyptiens, qui vénéraient leur armée il y a seulement dix mois, ont désormais du mal à faire confiance aux généraux au pouvoir. Économie en berne, hausse de la criminalité, poursuite des violences policières : beaucoup d’Égyptiens trouvent que les choses n’ont fait que se dégrader depuis février. « Le discours de Tantaoui était fait des mêmes mensonges que ceux de Moubarak. Il s’accroche au pouvoir comme lui. Le peuple égyptien est trop sage pour s’y laisser prendre », assurait ce mardi soir l’activiste pro-démocratie Ragia Omran.

Leur presse (Anne Devers, LeMonde.fr), 23 novembre 2011.

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 11:58

 

À Tunis, les citoyens vigilants

Alors que l’Assemblée constituante se réunissait pour la première fois ce mardi 22 novembre, des centaines de manifestants sont venus protester pour assurer la défense de leurs droits.

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« Ce n’est pas ça, notre révolution ! » Pas de pancarte entre les mains de cette femme au voile pourpre. Au milieu de centaines de manifestants présents devant le palais beylical, à Bardo, un quartier à l’ouest de Tunis, elle proteste « pour défendre ses droits, pour que les droits de toutes les femmes soient respectés et inscrits dans la Constitution ». En ce 22 novembre, l’Assemblée constituante, élue le 23 octobre dernier, se réunit pour la première fois.

« Souad, dégage ! Dégage ! » hurle une autre manifestante, écartée par la police. Souad Abderrahim, membre de la Constituante et du mouvement Ennahda, le parti islamique qui a raflé 89 sièges sur les 217 de l’Assemblée, arrive devant les grilles vertes du palais. Un violent mouvement de foule emporte alors les manifestants. Sur les visages, la colère est visible. « Au nom de toutes les femmes célibataires, dégage ! » lance devant les caméras une femme, lunettes de soleil sur le nez et visage menaçant. Le 9 novembre dernier, cette élue avait fustigé les femmes célibataires sur la radio française diffusée en langue arabe, Radio Monte-Carlo Doulaya. « En tant que femme et musulmane, je suis là pour dire que Ennahda ne me représente pas », lance Nahed Nahi, une étudiante en biologie au visage poupon cerclé d’un voile turquoise.

À quelques mètres, une pancarte à la main dont le slogan défend l’égalité entre les hommes et les femmes et le Code du statut personnel (instauré en 1956 par Habib Bourguiba, il assure aux Tunisiennes un statut juridique enviable dans le monde arabo-musulman), Barka « veut dénoncer le double discours d’Ennahda ». « Avant l’élection, ils tenaient un discours modéré, et maintenant, ils parlent de bâtard, de califat. On n’a pas lutté toute notre vie pour ça ! » regrette cette militante au sein de la Ligue des droits de l’homme et de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD).

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« Avant le 14 janvier, tout était interdit. Après le 23 octobre, tout est défendu »

Mandat d’une année

L’Association tunisienne des femmes démocrates, mais aussi Amnesty International ou encore le Mouvement du 24 octobre, et de nombreuses associations s’étaient déplacés pour faire entendre leurs voix. « Nous sommes là pour demander un mandat d’une année à l’Assemblée constituante (contre trois proposées actuellement, ndlr), pour demander que les débats soient retransmis à la télévision, pour demander le respect des libertés fondamentales, mais aussi pour rappeler que cette assemblée a été élue pour rédiger la Constitution », récite Olfa Lajili, la présidente du Mouvement du 24 octobre qui réunit plusieurs groupes qui ont participé à la révolution.

À l’issue de cette première journée, l’Assemblée a élu, avec 145 voix pour contre 68 pour sa rivale, Maya Jribi, du PDP, Mustapha Ben Jaafar, le dirigeant du parti Ettakatol (20 sièges), comme son président, conformément à l’accord de principe signé entre les trois partis vainqueurs, à savoir Ennahda, le CPR de Moncef Marzouki et Ettakatol. Cet accord prévoit notamment que Moncef Marzourki devienne le président de la République et Hamadi Jebali, le Premier ministre. Dans un premier temps, cette assemblée devrait s’atteler à la rédaction du premier article de la Constitution qui vise à définir l’identité du pays.

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Un vote sanction

À l’écart de la manifestation, le docteur Ridha Ben Aïssa observe. Il dit avoir connu l’asile politique en France de 1999 à 2005 après avoir côtoyé Moncef Marzouki, pressenti au poste de président de la République, et Mustafa Ben Jaafar, élu dans la soirée du 22 novembre président de l’Assemblée constituante. Un costume trois-pièces, cravate nouée et documents sous le bras, il affirme que « la révolution a été confisquée par le courant islamique. J’ai vécu la révolution heure par heure et il n’y avait pas un seul islamiste dans les manifestations. Seulement des jeunes, des chômeurs, des contestataires. (…) Alors, oui, ils ont été élus, mais il s’agit d’un vote sanction. Le peuple a sanctionné l’ancien régime et les partis qui l’ont côtoyé, mais maintenant on ne va pas se laisser faire », lance-t-il tout en dénonçant le régime monocaméral prôné par le mouvement islamique.

Les cheveux grisonnants, une cigarette à la main de bon matin, Brigitte Mtimet, médecin à la retraite, ne partage pas vraiment cet avis. Venue dénoncer « cet islamisme rampant », elle admet qu’« Ennahda n’a pas confisqué la révolution. Je crois surtout que les choses sont différentes à Tunis et à l’intérieur du pays. »

« Oui, ils ont remporté beaucoup de sièges et se sont octroyé beaucoup de postes-clés au sein du prochain gouvernement, mais beaucoup de personnes qui ont voté Ennahda le regrettent. On est là pour dire qu’ils ne feront pas ce qu’ils veulent, commente Mme Akrout. On a dit dégage une fois, on le redira. »

Leur presse (Julie Schneider, LePoint.fr), 22 novembre 2011.


Tunisie : manifestation pour des libertés

Un millier de personnes, dont des militants associatifs, se sont rassemblés aujourd’hui devant le palais du Bardo, près de Tunis, pour revendiquer des garanties sur les libertés civiles, alors que l’Assemblée constituante tenait au même moment sa réunion inaugurale un mois après les premières élections libres en Tunisie.

Parmi les ONG présentes, on notait l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme (LTDH) et l’Association sur la laïcité. « On vous a à l’œil », avertissait une pancarte. « Pas touche à mes libertés », lançait une autre. « Nous sommes venues pour revendiquer l’inscription des droits de la femme et les droits universels dans la future Constitution. On ne veut pas que la société tunisienne régresse. Nous faisons cela pour nos enfants », a plaidé Amel Abdennebi, cadre dans une entreprise de télécoms.

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À son arrivée, Souad Abderrahim, une élue du mouvement islamiste Ennahdha, a été malmenée par des manifestantes, notamment de l’Association des femmes démocrates (ATFD), aux cris de « Dégage ! ». Il a fallu l’intervention des forces de l’ordre pour qu’elle atteigne l’entrée de l’enceinte parlementaire sans dégâts. Cette élue a récemment critiqué les mères célibataires en les traitant d’« infâmes ».

Nombre d’autres manifestants affichaient leur opposition au « califat », un système de gouvernance basée sur la charia (loi islamique, NDLR), évoqué récemment par le No2 d’Ennahdha, Hammadi Jebali, pressenti pour être le prochain premier ministre. « Nous voulons une nouvelle Constitution, pas une nouvelle dictature », a-t-on entendu dans la foule. Un peu plus loin, des militants d’Amnesty International brandissaient des pancartes appelant à l’abolition de la peine de mort et au respect de la liberté de la justice. Le cortège comprenait aussi des familles des victimes tombées ou blessées lors du soulèvement populaire qui a entraîné la chute du régime Ben Ali à la mi-janvier, réclamant justice pour leurs proches.

Leur presse (AP), 22 novembre 2011.


Tunisie : Sit-in des agents de la sécurité

Un sit-in a été organisé, mardi 22 novembre 2011, par les agents de la sécurité devant le tribunal de première instance à Tunis.

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Les sit-inneurs dénoncent la marginalisation et les attaques perpétrées à l’encontre des agents, explique dans une déclaration à Mosaïque Fm Adel Dridi, secrétaire général du Syndicat des forces de sécurité de la section de Tunis. Ils sont agressés verbalement et physiquement, leurs biens sont souvent saccagés et les postes de police incendiés. Personne, notamment de la société civile, ne s’occupe de ces problèmes récurrents.

« Le prestige de l’État ainsi que la réussite du processus démocratique va de pair avec le prestige des institutions de sécurité », insiste M. Dridi. Selon lui, par ce mouvement de protestation, les agents de sécurité revendiquent l’équité devant la justice ainsi que des garanties légales leur assurant la protection et leur permettant d’effectuer leurs tâches dans de meilleures conditions.

Hier (lundi 21 novembre), le Syndicat national des forces de sécurité intérieure et l’Association tunisienne « pour une police patriote » ont dénoncé, dans un communiqué publié par la TAP, « la campagne tendancieuse fomentée par certaines parties via les réseaux sociaux et les journaux électroniques » contre les cadres et les agents de la sécurité intérieure.

Ces deux organismes ont mis en garde contre cette campagne « qui a ciblé plusieurs cadres et agents de sécurité, en leur imputant de fausses accusations et allégations et en portant atteinte à leur honneur et parcours professionnel ». L’objectif de cette campagne, ajoute le communiqué, est d’induire en erreur l’opinion publique et les médias et de mettre en cause la stabilité sécuritaire que connaît le pays.

Le syndicat et l’association se déclarent conscients du plan tramé contre l’institution sécuritaire dans l’objectif de porter atteinte aux intérêts supérieurs du pays et de la placer dans la tourmente du désordre, au service d’intérêts étroits dont les instigateurs sont des parties connues et qui seront démasquées par les enquêtes en cours.

Leur presse (BusinessNews.com.tn), 22 novembre 2011.

 

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 15:06

Le théorème de la hoggra – Histoires et légendes de la guerre sociale synthétise dix années de travail, de luttes et de réflexions. C’est à la fois un traité de mécanique sécuritaire, une enquête en forme de manuel et un roman épique, un mélange d’Histoire et d’histoires. À travers la vie de douze personnages allégoriques, tissés de faits réels, l’auteur retrace l’histoire de la colonisation, de l’immigration et des quartiers populaires, les transformations de l’État et des médias, de la police et de l’armée, l’évolution des sociétés de contrôle et de ce qui leur résiste. À mi chemin entre l’essai et le conte, une partition pour déchiffrer le vacarme de la guerre sociale.

« L’orchestre des damnés s’était installé en fin d’après-midi. Il attendait son heure, patient sous ses capuches. La République l’avait précédé à l’entrée du quartier. Derrière les blocs de béton qui ferment la zone depuis dix-huit mois.
Elle s’accordait à d’autres diapasons, déterrés par malice dans d’anciens champs de coton. Elle ajustait sa robe de soirée. Ses cars blancs, ses milices bleues et ses matraques rouges.

Ce fut d’abord l’éclat et puis les cliquetis du verre. Les ampoules se répandirent en milliers de fragments tranchants sur les trottoirs complices.
Imitant ces ombres fracturées qui errent dans les dédales du ghetto français, les réverbères succombaient l’un après l’autre, brisés sous l’impact des boulons et des pierres.

C’est ainsi par chez nous que débutent les cérémonies d’adieu. Alors il faut bien se raconter quelques histoires avant de crever. »

Mathieu Rigouste est chercheur indépendant. Gosse de banlieue, engagé dans les luttes, il enquête sur le système sécuritaire pour fournir des armes de libération. L’auteur deL’ennemi intérieur (La Découverte, 2009) et Les marchands de peur (Libertalia, 2011) livre son dernier prototype, plus léger et maniable. Sous les masques du conte, une histoire de l’impérialisme et de la résistance, dix années d’enquête et de combats contre le capitalisme sécuritaire, trente années d’histoires recueillies dans les périphéries de l’Empire. Un petit livre noir, à canon scié.

Référence du livre :
« Le théorème de la hoggra – Histoires et légendes de la guerre sociale » par Mathieu Rigouste
240 pages – 11 × 16 cm
ISBN 978-2-9538046-1-4
Collection Béton arméE
Éditions BBoyKonsian

Contact :
01 39 18 17 04 // 06 13 90 84 15
spazialtri@autoproduzioni.net

Le livre est disponible ici : http://www.bboykonsian.com/shop/Le-theoreme-de-la-hoggra_p620.html

Le Post, 7 novembre 2011.

 

Mathieu Rigouste : « Les révoltes populaires sabotent les fictions de la “Justice” »

Gouverner les pauvres pose un sérieux problème de discipline. Pour se faire obéir, les institutions de l’État doivent dresser et domestiquer, c’est-à-dire mélanger de la force et de la séduction, articuler la contrainte et la recherche de l’adhésion. Pour légitimer les inégalités, pour susciter le consentement et la coopération des ségrégués, il faut donc fabriquer des fictions. L’une de ces fables nous raconte que le procès d’une révolte populaire aurait quelque chose à voir avec l’idée de justice.

L’État-nation français organise sa mythologie en revendiquant les idéaux des soulèvements qu’il a écrasés. Système impérialiste dont la richesse et l’autorité sont ancrées dans des siècles de traites négrières et de colonisation, de guerre et d’exploitation, la « patrie des droits de l’homme » grave au fronton de ses institutions, une devise — « Liberté, Égalité, Fraternité » — qu’elle a pillée sur les cadavres des révolutionnaires de 1789, 1848 ou 1871. Cette fiction lui permet de pourchasser tout ce qui ressemble à la mise en pratiques de ces mêmes idéaux d’émancipation collective. Le massacre de la Commune de Paris il y a 140 ans, celui des Algériens un 17 octobre 1961 et la liste interminable des brutalités et crimes de la police et de la prison sont évidemment soumis aux silences de l’histoire officielle. Car ces mémoires ont l’inconvénient de démasquer le pouvoir des riches, l’ordre blanc et leur mythe national. Aux souvenirs de la violence d’État qui balafrent les cultures populaires, l’État doit opposer des fables dont il sort victorieux, digne et fier.

Depuis le renversement de la féodalité, les classes dirigeantes se font peindre puis photographier en « représentants du peuple ». Il leur faut créer tout un monde imaginaire où, puisque l’égalité et la liberté sont censées être garanties par la Constitution, les pauvres seraient donc responsables de leur misère, les étrangers responsables de la xénophobie et les révoltés responsables de la répression.

La « Justice » est l’une de ces fictions fondatrices. Pour « faire appliquer le droit », c’est-à-dire continuer à se reproduire, l’institution judiciaire se présente comme « indépendante » des champs économiques et politiques. Le fonctionnement d’un tribunal nécessite de faire vivre la croyance selon laquelle il applique des « lois au service du peuple » et non les règles administratives de gestion d’un cheptel humain conçues pour préserver l’ordre du profit. La magistrature travaille à l’intérieur d’une grande machine à punir et enfermer les indisciplinés parmi les galériens. Elle ne peut assumer officiellement le fait qu’elle partage avec les classes dirigeantes et possédantes, un système d’intérêts et de privilèges, ainsi qu’un même monde sensible.

C’est précisément ce monde sensible qu’elle projette dans ses mythes, un monde où règnent les droits de l’homme blanc et riche, seul dans sa liberté, son égalité et sa fraternité.

L’institution judiciaire n’est pas monolithique, c’est un champ de luttes où des fractions d’intérêts s’opposent, s’affrontent et coopèrent. Ses agents sont sélectionnés, triés, filtrés parmi ceux qui respectent quelques règles pratiques : savoir notamment distinguer ceux qui devront bénéficier d’une indulgence, les chiens de garde qu’il faudra amadouer, les dépossédés qui devront être châtiés au moindre écart, et les corps d’exception contre lesquels toute forme de violence pourra se justifier. Ce savoir est construit et entretenu durant toute la carrière d’un magistrat, depuis la socialisation infantile généralement bourgeoise, en passant par les universités de droit et les grandes écoles où se construisent une conscience élitiste, jusque dans les arrières cours des tribunaux et les « milieux autorisés » où les grands hommes de loi côtoient régulièrement les hommes d’argent et de pouvoir.

Il existe ainsi toute une série de dispositifs internes qui permettent à l’institution judiciaire de réduire les risques qu’un juge interprète le droit dans l’intérêt des couches sociales les plus opprimées. Mais comme dans tout système, il existe des marges de manœuvre qui laissent parfois émerger dans l’interstice des humiliations quelques jugements en faveur des bannis. Lorsque certains magistrats mal-domptés se glissent entre les mailles du filet et réussissent à parvenir jusqu’à des positions influentes pour les perturber (un juge capable d’inculper un chef de l’État, de mettre en cause la propriété privée ou de disculper des insurgés). Ils sont des exceptions que la structure, elle aussi pyramidale, de l’institution judiciaire marginalisera, corrigera et instrumentalisera par la suite comme des faire-valoir de la fiction démocratique. L’institution judiciaire est organisée pour soumettre et bannir, elle réagit à des rapports de force.

En simulant l’impartialité, elle tente aussi de faire admettre à ses victimes qu’ils sont « fautifs » et responsables des peines qu’ils subissent. Ici comme en psychanalyse, la répression s’appuie sur la culpabilisation. Une autre de ces fictions d’État consiste effectivement à faire croire que la police intervient dans les quartiers populaires pour s’attaquer à « la délinquance et au crime » dont les pauvres seraient les premières victimes. Donc pour les protéger, les libérer, d’eux-mêmes et malgré eux : un pilier de l’imaginaire colonial. Ces discours permettent de justifier le contrôle policier et la soumission des classes populaires par un système de violence et d’humiliation quotidien. Ils soutiennent l’enfermement d’une partie conséquente du prolétariat non salarié et masquent les misères et les violences produites par l’alliance de l’État et du capital.

Depuis que le contrôle et la répression sont devenus des marchés dans le dernier tiers du XXe siècle, il est désormais très profitable de multiplier les unités policières. Le capitalisme sécuritaire a appris à tirer profit de la répression et trouve désormais intérêt à provoquer des désordres gérables pour mieux développer et vendre des techniques, des méthodes et des matériels de sécurisation : l’antibande, l’antiémeute et l’antiterrorisme sont des marchés politiques et économiques.

L’institution judiciaire assure le chaînon reliant la police et la prison au sein d’une stratégie de la tension appliquée aux quartiers populaires. Enfermer ceux que le pouvoir n’arrive plus à tromper, humilier ceux qu’il n’arrive plus à séduire et alimenter le dernier secteur du marché de la sécurité en fournissant à l’industrie pénitentiaire une main d’œuvre quasi-esclave extraite parmi les franges les moins bien domestiquées des classes populaires.

Ceux qui se sont révoltés savaient déjà qu’il n’y a d’égalité et de liberté pour tous ni à l’entrée ni à la sortie des tribunaux. Mais lorsque leurs soutiens et leurs familles réclament la « vérité et la justice », lorsqu’ils font appel, c’est une histoire de dignité, une tentative pour rétablir les faits, pour réduire les peines, pour parler aux autres opprimés et pour résister à l’impunité de la violence policière. Les institutions d’une société pyramidale ne sont pas faites pour bouleverser les rapports de domination mais pour les reproduire. L’appareil judiciaire ne peut pas empêcher la police de tuer. Il est chargé de soumettre ceux qui contredisent la légitimité du monopole étatique de la violence.

Il doit faire taire ceux qui brisent les fictions.

Mathieu Rigouste

Mathieu Rigouste est chercheur en sciences sociales. Il a notamment publié L’ennemi intérieur : la généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine aux éditions La Découverte en 2009, et Les marchands de peur, La bande à Bauer et l’idéologie sécuritaire aux éditions Libertalia en 2011.

Nota bene : Un petit livre retraçant les révoltes de Villiers-le-Bel, le déroulement de la répression et l’arbitraire des procès vient d’être publié aux éditions Syllepse :Vengeance d’État. Villiers-le-Bel, des révoltes aux procès, 2011. L’ensemble des bénéfices est reversé aux inculpés.

Villiers-le-Bel, le procès en appel, 17 octobre 2011.

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Published by coutoentrelesdents - dans MEDIA
16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 15:52

PARISTUNIS1

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