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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 12:06

INVITATION  à une réunion, dimanche 7 avril à 18h, au 13 rue Belle de Mai pour la création d’un COLLECTIF D’AUTO DÉFENSE DE PRÉCAIRES !!!

Nous sommes des milliers à dépendre des institutions sociales. Des milliers à être considérés par la CAF, Pôle-Emploi, ou la Sécu, comme des profiteurs, des mauvais pauvres à rééduquer, et à ce titre, contraints aux contrôles, aux humiliations, à l’arbitraire, pour conserver ces maigres miettes que sont les allocs. La culpabilisation, l’isolement, la peur de se faire radier ou virer tend à neutraliser toutes réactions.

Y en a marre de gueuler seul, à plusieurs, c’est plus facile de créer de véritables rapports de forces face à la machine administrative, pour empêcher les radiations, les expulsions locatives…

Ce collectif n’a pas pour vocation d’améliorer ces machines qui nous boufferons toujours, toujours là pour nous faire trimer mais tentera bien de créer des réseaux de solidarité et d’auto-organisation des précaires.

Dans ce but, quelques propositions de questions : De quelles questions spécifiques traite ce collectif ? Comment les décisions sont prises ? Sur quelles bases ? Faut-il organiser une campagne sur un thème spécifique (logement, contrôle social…) et/ou des actions ponctuelles ? Mais chacun est invité à venir apporter ses envies et réflexions.

Réunion dimanche 7 avril au 13 rue Belle de Mai, pour discuter de la création d’un collectif d’auto-défense de précaires, en dehors de tout partis ou syndicats et de manière horizontal.

Marseille Infos Autonomes, 3 avril 2013

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 12:05

Enquête
Bavures policières mortelles : trente ans de quasi impunité ?

Dix-huit décès impliquant des policiers ont été recensés en 2012. Deux fois plus qu’il y a dix ans. Et un scénario souvent similaire : peu d’égards pour les familles des victimes, des procédures judiciaires qui s’éternisent, une difficile transparence sur les circonstances de la mort et le rôle des policiers… Est-ce dû au profil type des trépassés ? Au poids de la corporation policière et à sa difficulté à reconnaître une éventuelle faute ? Alors que trois non-lieux viennent d’être confirmés pour des opérations de police ayant entraîné la mort, Basta ! a enquêté sur les raisons de cette tradition française.

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VOIR LA VIDÉO

« Je suis très fier de la justice française. » L’enthousiasme de Jean-Pierre Mignard, avocat des familles de Zyed Benna et Bouna Traoré, fait le tour des médias ce 31 octobre 2012. La cour de cassation de Paris vient d’annuler le non-lieu en faveur des policiers impliqués dans la mort de ces deux adolescents de Clichy-sous-Bois, un soir d’octobre 2005. Après sept ans de procédure ponctuée de non-lieux et de reports, la tenue d’un procès va pouvoir avoir lieu. S’en exalter, c’est dire le caractère apparemment exceptionnel de cette décision. Comme si « les gens à Clichy devaient comprendre que c’est classe de la part de la justice, et après fermer leur gueule. On dira merci à la fin, quand il y aura le procès et qu’ils seront condamnés. Alors que c’est complètement normal », tance Noredine Iznasni, co-fondateur du Mouvement immigration banlieue (MIB). Mais derrière cette « décision historique », les classements sans suite, les procédures à rallonge, les acquittements, et les peines avec sursis sont légion.

Ne serait-ce que sur les six derniers mois, quatre plaintes mettant en cause des forces policières ont été déboutées : non-lieu en février dernier pour la mort d’Ali Ziri, ce retraité décédé à la suite d’une suffocation après son interpellation à Argenteuil. Non-lieu en décembre pour Mohamed Boukourou, victime d’un arrêt respiratoire dans un fourgon de police après avoir pris des coups. Non-lieu encore, en octobre 2012, pour Mahamadou Marega, décédé après avoir été la cible d’un tir de Taser à Colombes. Enfin, non-lieu en septembre dernier avec Abou Bakari Tandia, tombé dans le coma pendant sa garde à vue, fin 2004, à Courbevoie. Trois de ces ordonnances de non-lieu viennent d’être confirmées par la cour d’appel de Versailles. Ces drames allongent la liste interminable des violences policières fatales reléguées dans les oubliettes des prétoires. De quoi atténuer la ferveur de l’avocat Jean-Pierre Mignard.

10 à 15 morts par an suite à des opérations de police

Dix à quinze décès par an. C’est la moyenne nécrologique de la répression policière qu’avance l’historien Maurice Rajsfus et son Observatoire des libertés publiques : Que fait la police ?. Elle s’étire sur plus de cinquante ans. Six à huit décès entre 1977 et 1997. Une dizaine de 1997 à 2001. Au début du 21e siècle, la macabre moyenne atteint les douze cercueils par an. Désormais, on compterait un mort tous les vingt jours selon la comptabilité du Collectif « Vies volées ». Ce qui élève l’année 2012 au rang des plus meurtrières, avec 18 décès. En quatre décennies, entre 500 et 1000 personnes auraient ainsi succombé, directement ou indirectement, des suites d’une opération de police. Le profil type du trépassé ? Un jeune homme des quartiers populaires, d’origine maghrébine ou d’Afrique Noire.

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Deux constats sont sans appel : d’une part, la police tue, même si c’est involontairement. D’autre part les responsables sont rarement inquiétés. Sur un échantillon de 180 personnes décédées au cours d’une opération de police, environ un tiers des affaires sont classées sans suite, une trentaine débouchent sur un non-lieu, et une dizaine sur des relaxes. Soit plus de la moitié des affaires. Près de soixante-dix entraînent des peines avec sursis pour les auteurs des violences. On relève moins de dix condamnations à de la prison ferme [Constat établi à partir de faits relevés depuis cinquante ans sur des blogs de collectifs, de livres, et recoupés par la presse. Nous reviendrons prochainement sur ce recensement.]. « C’est presque un lieu commun de parler d’impunité », lance Rafik Chekkat, ancien avocat et animateur du site État d’exception. Pourtant, « les policiers sont des justiciables de droit commun », rappelle la juge d’instruction et vice-présidente du Syndicat de la magistrature, Sophie Combes. En théorie… Comment se traduit cette immunité de fait ? Quel chemin suivent les procédures ?

De mort naturelle

« Aucun élément ne permet de retenir la responsabilité d’un fonctionnaire de police dans le processus ayant abouti au décès de la victime ». Ce type d’ordonnance de non-lieu revient régulièrement pour signifier l’abandon d’une action judiciaire. Il n’y a donc pas de relation de cause à effet entre la mort d’une personne et l’intervention dont il a fait l’objet. « Même lorsque les preuves sont accablantes contre les flics », se désole Omar Slaouti du collectif « Vérité et justice pour Ali Ziri ». Juin 2009, ce chibani de 69 ans succombe à la technique d’interpellation dite du « pliage » à Argenteuil. Une première expertise médicale dédouane les policiers. Mais une seconde autopsie indique « un arrêt cardio-circulatoire multifactoriel », suite à un manque d’oxygène avec plus de 27 hématomes sur son corps.

Pour Lamine Dieng mort à Paris dans un fourgon de police en juin 2007 : du vomi dans tout le système respiratoire, et un hématome de 5 cm au sommet du crâne occasionnant gonflement et écoulement du cerveau, explique sa sœur Ramatta Dieng. « Personne n’aurait pu survivre au traitement qu’il lui a été infligé ». Motif du décès : asphyxie due à « l’appui de la face contre le sol ». Les policiers sont placés en qualité de témoins assistés, ce qui n’est pas vraiment une mise en examen.

Armes non létales

En cause : la technique « d’asphyxie posturale », une technique d’immobilisation largement dénoncée depuis dix ans par Amnesty International ou la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) et interdite dans plusieurs pays. En France, elle serait à l’origine de plusieurs fins de vie prématurées, tel Abdelhakim Ajimi en 2008, qui s’est éteint devant dix témoins et dont le sursis des responsables vient d’être confirmé.

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Idem pour les armes dites non-létales. Mahamadou Marega en décembre 2010 est retrouvé inanimé dans un ascenseur d’immeuble à Colombes suite à une intervention policière. Il a été aspergé de gaz lacrymogène et électrocuté de 17 coups de Taser, un pistolet à impulsion électrique. Son cœur est gonflé de sang. Mostefa Ziani expire à Marseille d’une crise cardiaque suite à un tir de flash-ball [Le rôle du flash-ball est jugé « indiscutable » par l’autopsie dans l’œdème pulmonaire ayant provoqué la mort]. La CNDS ou son successeur, le Défenseur des droits, attestent d’« usage abusif » de ces armes, « d’immobilisation peu académique », ou encore de « traitement inhumain et dégradant » de la part des agents publics. De leur côté, magistrats et Inspection générale des services (IGS) concluent généralement à une « mort naturelle » liée au stress de l’interpellation ou à l’état de santé [Voire « d’acte suicidaire » comme l’a avancé un procureur à propos d’un chauffeur de taxi mort suite à un refus de contrôle de police].

« Si ce ne sont pas les policiers, qui l’a tué ? »

« Le non-lieu, ça veut dire qu’il s’est tué tout seul. Si ce ne sont pas les policiers, qui l’a tué ? C’est qui ? », s’énerve Touré Ismail, l’oncle de Mahamadou Marega. Un non-lieu n’est pas un acquittement mais une décision qui clôt l’instruction, prise lorsque les preuves n’apparaissent pas suffisantes à l’encontre de la personne mise en cause. Dans plusieurs décès, des suites d’une opération de police, l’état de santé de la victime est jugé responsable de la mort : « malformation cardiaque » voire maladie génétique. Comme pour Abdel El-Jabri, décédé à Aulnay en janvier 2012 après un contrôle d’identité. Selon le Parquet, le décès est dû à « une rupture de l’aorte, déjà fragile, liée à une maladie génétique », malgré le massage cardiaque effectué par un policier. « À croire que lorsqu’on est immigré, on a tous un problème de valve cardiaque. C’est complètement délirant », ironise Omar Slaouti.

Abou Bakari Tandia aussi serait mort en se frappant la tête contre les murs d’un commissariat de Courbevoie en 2004. Avant que les rapports médicaux, bizarrement disparus, réapparaissent cinq ans plus tard et évoquent une asphyxie posturale. Puis qu’un policier avoue s’être essayé à la clef d’étranglement… La caméra de surveillance de sa cellule aurait été hors service suite à un arrachage de fils. Son avocat Yassine Bouzrou, qui a porté plainte pour faux témoignage, a également fait appel du non-lieu rendu.

Vaine volonté de transparence

Matériel technique qui fait défaut, « zones d’ombres », « versions contradictoires », « contre-autopsie » rythment inlassablement nombre de procédures. Certaines affaires se suivent et se ressemblent. « À la limite si on nous faisait la démonstration que ce ne sont pas des meurtres… mais qu’il y ait une volonté de transparence sur les choses », soupire Omar Slaouti. Ce sentiment est alimenté par la difficulté pour les proches de disposer d’informations claires sur les circonstances de la mort. Les familles sont parfois prévenues bien après le dernier souffle. Dix heures après pour Tina Sebaa et Raouf Taïtaï, tués à bord d’une voiture volée lors d’une poursuite avec la brigade anti-criminalité (BAC), à Saint-Fons, dans la banlieue lyonnaise, en 2007. Trente-six heures pour Lamine Dieng. Quarante-huit heures après pour Ali Ziri.

Déjà en 2006 Amnesty International alertait l’opinion sur « ces policiers au-dessus des lois » : réticence à poursuivre les responsables, enquêtes partiales, lenteurs administratives… Une situation qui impose aux familles de se constituer partie civile auprès du juge d’instruction pour accéder aux éléments du dossier et consulter les examens médicaux. Durant l’enquête préliminaire, l’avocat n’a accès qu’au procès verbal et aux auditions, et non à tout le dossier comme le revendique le Syndicat de la magistrature.

« Connue des services de police »

Durant cette phase de l’enquête, c’est souvent le profil de la victime « connue des services de police » qui est pointée. Au mieux celle-ci est alcoolique ou toxicomane. Au pire un dangereux délinquant. Ainsi, découvrait-on dans la bouche du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, Zyed et Bouna en voleurs de chantiers alors qu’ils rentraient d’un match de football. « J’ai mal car ils ont sali le nom de mon neveu, ils ont déclaré qu’il était délinquant », confie de son côté Touré Ismail, à propos de Mahamadou Marega. Celui que les médias appellent le sans-papier malien n’attendait en fait que son renouvellement de titre de séjour de dix ans.

Quant à Amine Bentounsi, décédé le 21 avril 2012 à Noisy-le Sec (Seine-Saint-Denis), il est réduit dans plusieurs médias à son statut de « caïd multirécidiviste ». Fuyant un contrôle d’identité, alors qu’il aurait dû regagner la maison d’arrêt de Châteaudun, en Eure-et-Loir, où il bénéficie d’une permission de sortie, il est abattu par un agent de la BAC, d’une balle logée dans le dos. Le jeune homme était armé mais n’a pas ouvert le feu. « On a voulu le rendre coupable à titre posthume », regrette Amal, la sœur du défunt.

Peine de mort abolie ?

La peine de mort est abolie en France. « Toute personne appréhendée ne doit subir de la part des fonctionnaires aucune violence ni traitement inhumain », stipule l’article 10 du Code de déontologie de la police nationale. Pourquoi alors charger le casier judiciaire du cadavre encore chaud ? Avoir un comportement illicite délivrerait-il un permis de tuer aux fonctionnaires assermentés ? « Les policiers ne sont-ils pas formés pour désamorcer ce genre de choses ? » s’étonne Ramatta Dieng, animatrice du site À toutes les victimes, et sœur de Lamine Dieng, décédé à Paris dans un fourgon de police.

Yassine Bouzrou avance une analyse : « Comme les magistrats se prononcent sur leur intime conviction, il est plus facile de légitimer que le policier n’a pas dérapé mais a répondu à un acte anti-flic. » La systématisation de la plainte pour « outrage et rébellion »va dans ce sens, remarque l’avocat [En 20 ans, le nombre de condamnations pour ce type de délits a augmenté de 74 %. Une arme de dissuasion « commode pour justifier les excès de leurs violences et faire condamner leurs victimes », écrit l’observatoire des violences policières des bouches du Rhône.]. Autre argument récurent de la part de l’institution policière : l’interpellation s’est effectuée « dans le respect de la procédure ». Pas vraiment rassurant.

Présomption de légitime défense

La légitime défense est également invoquée. Notamment lorsque les voitures en fuite, considérées comme « armes par destination », se dirigent vers les barrages installés pour les stopper. Abdel Kader Bouziane aurait ainsi été abattu d’une balle au nom de ce principe. Et tant pis si l’accidentologue révèle une vitesse de 36 km/h : non-lieu pour le fonctionnaire. Le commissaire honoraire Georges Moréas reconnaît sur son blog que la jurisprudence fait jouer depuis longtemps la « présomption de légitime défense » en faveur des policiers.

La mise en examen pour homicide volontaire du policier qui a tiré sur Amine Bentounsiprovoque la fronde de ses collègues – nous sommes la veille du premier tour de l’élection présidentielle. Ils réclament l’instauration de la fameuse présomption [Selon l’article 122-5 du code pénal : « N’est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même et autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense. » Finalement refusée par la commission de protection juridique, cela avait abouti à un projet de loi.]. « Un policier mis en examen doit pouvoir continuer à travailler, peut-être dans un autre service, et toucher la totalité de son salaire, sinon c’est antinomique avec la présomption d’innocence », expliquait alors Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat Unité SGP Police. « Si on laisse passer une balle dans le dos, c’est qu’il n’y pas de justice en France », répond Amal, la sœur d’Amine Bentounsi. Vivement engagée pour la reconnaissance du meurtre de son frère, elle subit depuis des pressions. Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls a porté plainte contre elle pour « diffamation envers une administration », à cause de son siteurgence-notre-police-assassine. « Tous les policiers ne sont pas à mettre dans le même sac, mais il existe une grosse pression des syndicats de police qui sont très puissants. C’est presque un lobby », estime-t-elle.

Omerta ?

Dans ces affaires, ce sont des policiers qui enquêtent sur des policiers. « La police joue à domicile, la justice est l’annexe du commissariat », critique l’ancien avocat Rafik Chekkat. Que ce soient l’IGS, l’IGPN ou la police judiciaire, tous font partie intégrante de la même maison. Une certaine omerta s’y illustre par la réticence de plusieurs agents à dresser des procès-verbaux dénonçant leurs collègues, pour ne pas passer pour un « traître » ou une « balance ». Des recommandations du Défenseur des droits ont même été rejetées par le ministère de l’Intérieur, toute sanction disciplinaire devant venir après une éventuelle sanction pénale. Ce qui peut durer longtemps.

Pourtant, quand on veut sanctionner une mortelle incompétence ou une tragique faute, on peut. Une demi-douzaine de policiers ont été condamnés pour homicide à de la prison ferme [Dont deux ayant commis leur crime hors service]. À chaque fois, l’acte mortel est solitaire, s’exécute par balle et l’intentionnalité est peu contestable. Jean Carvalho – condamné à 12 ans pour le meurtre de Fabrice Fernandez, dans un commissariat de Lyon –, Alain Marty – 10 ans pour avoir tué un SDF de quatre balles en 1998 à Tarbes – et Pascal Compain – 8 ans pour une balle dans la tempe de Makomé M’Bowolé dans un commissariat parisien – demeurent les trois policiers le plus lourdement condamnés. Caractéristique ? Ils ont été lâchés par leurs collègues, leur hiérarchie ou la Place Vendôme. Présentés comme « médiocre », « caractériel », « désinvolte et dilettante », « déprimé » ou « impulsif ». Soit comme des fonctionnaires non représentatifs de la corporation. Comme un aveu de cette influence, Manuel Valls a promis que « personne ne sera protégé » à propos du policier qui a tué hors-service Yassin Aïbeche à Marseille devant une épicerie, mi-février.

Justice à plusieurs vitesses

Environ 600 fonctionnaires de police sont décédés pendant leur service depuis 1971. Dont les deux tiers lors d’accidents de service, selon le décompte du blog Victime du devoir. Environ 200 agents ont été tués lors d’opérations de police proprement dites (fusillade, interpellation, contrôle, prise d’otages…). Et la plupart des coupables dorment désormais entre quatre murs. Le meurtre d’une personne dépositaire de l’autorité publique est passible de la réclusion criminelle à perpétuité, contre 30 ans pour tout autre personne [Art. 221-4 du code pénal].

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D’un côté, la fermeté et la rapidité sont la règle, et c’est normal. De l’autre, le classement sans suite, le non-lieu ou la peine avec sursis semblent banalisés. Pourquoi cette différence ? Mantes-la-Jolie en 1991. Saïd Lhadj tue de manière accidentelle la policière Marie-Christine Baillet : dix ans de prison ferme [Les assises de Versailles ont reconnu en 1997 le caractère accidentel]. Ce même soir de juin, au Val-Fourré, Youssef Khaïf, est tué d’une balle dans la nuque par l’arme de service de Pascal Hiblot. Dix ans après, le policier est acquitté. Toulouse en 1998 : Henri Blois tue Habib d’une balle dans le dos. Verdict en correctionnel : trois ans de sursis. Jérôme Chaboub blesse un policier dans les révoltes qui font suite à la mort du jeune toulousain : douze ans derrière les barreaux pour tentative d’homicide. Villiers-le-Bel en 2007 : les frères Kamara purgent douze et quinze ans de prison. Ils sont condamnés, sur la foi de témoignages sous X et sans preuves irréfutables, pour avoir tiré sur des policiers lors d’affrontements suscités par le décès de Larami et Moushin, tués lors de la collision de leur moto avec un véhicule de police. Leurs familles attendent encore qu’un procès fasse la lumière sur les circonstances de leur mort.

Vers des commissions d’enquête autonomes ?

Comment en finir avec ce qui ressemble à une certaine impunité ? L’avocat Yassine Bouzrou suggère que les membres de l’IGS, chargés d’enquêter sur leurs collègues en cas de délit ou de faute, ne soient pas des policiers intégrables aux services classiques, afin de leur éviter des représailles. Au Syndicat de la magistrature, Sophie Combes propose de placer la PJ sous l’autorité d’une instance judiciaire à qui on ne pourrait reprocher aucun lien d’empathie avec la corporation. C’est ce que souhaite également le collectif Vies voléesen lançant une pétition pour la création d’une commission d’enquête autonome et indépendante. Objectif : 10’000 signatures à déposer au ministère de Justice. Afin qu’avocats et magistrats indépendants puissent juger les crimes policiers « sans parti pris ».

« Le jour où ils seront condamnés normalement, certains policiers réfléchiront avant de faire ce genre d’actes », espère Noredine Iznasni. Quitte à étudier d’autres formes d’incarcération pour les policiers jugés coupables d’homicides. « C’est irresponsable de confier tant de pouvoir à des individus sans qu’il y ait de contrôle derrière, c’est normal qu’il y ait des dérives », ajoute Ramatta Dieng. Pour que demain, plus personne ne meure, en France, sans autre forme de procès. Et que méfiance et suspicion ne planent plus sur les procédures judiciaires impliquant des policiers.

Ludo Simbille, Basta !, 2 avril 2013

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 12:04

Tu es Égyptien ou Ikhwan ?

Au Caire depuis quelques jours, la tension monte ; outre la fronde des Frères contre l’institution de l’Azhar et son vénérable Cheikh, le maintien du procureur général des Ikhwans à son poste en dépit du verdict du tribunal administratif qui l’a destitué, la situation économique se détériore de plus en plus.

À la pénurie du fuel s’est ajoutée l’augmentation du prix de la bonbonne de gaz qui est passée de 5 LE à 35 ; ce qui va se répercuter sur le prix de la nourriture essentielle du petit peuple, l’assiette de Kouchari et les sandwich de fèves et de Tamya. Les coupures d’électricité sont de plus en plus nombreuses, cela peut durer 4 heures par jour dans les quartiers riches et moyens pour atteindre 8 heures dans les quartiers informels. Le gouvernement nous annonce des coupures régulières de 4 heures et plus en été.

Samedi 6 avril, une grande manifestation est prévue pour fêter le premier appel à la grève générale lancé par le mouvement du 6 Avril en 2008, à Mahalla El Kobra une journée de grève est prévue.

Aujourd’hui j’étais dans un taxi, et j’ai remarqué que le chauffeur avait une barbe, je lui ai demandé s’il était Ikhwan, il m’a dit non je suis Égyptien. La détestation des Frères est générale ; même dans le villages les plus reculés d’après certains activistes. Ceux-ci, en plus des jeunes des partis commencent à focaliser leurs actions dans les provinces du sud, et touchent les populations locales en mobilisant leurs patrimoines artistiques. Il s’agit de ressusciter les traditions musicales et de chant basées sur l’improvisation et la participation du public sur fond de l’actualité politique et sociale. Cette nouvelle forme de résistance, de sensibilisation et de mobilisation par le chant populaire a eu un impact très positif à Assouan. Elle se reproduira dans d’autres gouvernorats tels que Luxor et Qena, très touchées par le chômage à cause de la disparition du tourisme. Les jeunes activistes collaborent de plus en plus avec la jeunesse des partis politiques et inventent plein de formes de sensibilisation et de résistance adaptés aux contextes locaux, ce qui commence à inquiéter les Frères ; qui, après avoir perdu leur crédibilité commencent à perdre la tête. Aujourd’hui, des inconnus ont mis le feu dans le tribunal du sud du Caire, on y voit les doigts des Ikhwans, tant les dossiers en cours de traitement dans cet organisme les accablaient.

La révolution continue.

Galila El Kadi – mailing, 4 avril 2013

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 12:03

China: Suicide and strike at Foxconn

Labour unrest has erupted again in the world’s largest outsourcing manufacturer, Foxconn. It is a sharp sign that the working class in China is now under enormous economic pressure.

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Last Thursday, a dissident Chinese language web site, China Jasmine Revolution, reported that several thousand workers at a Foxconn plant at Fushan city, in southern Guangdong province, began a strike against management’s secretive redundancy plan. Foxconn is shifting the facility to Yangtai, in Shandong province, where wages are lower.

The Foshan Pulihua Technology plant was originally a Taiwanese operation, established in 1990. Foxconn, another Taiwanese company, took over in 2006 and became one of the largest manufacturers of digital cameras and projectors for global brands such as Konica, Minolta and Nikon. With 20,000 workers in this plant, it is estimated that one in every 7 or 8 digital cameras in the world is made there.

China Jasmine Revolution reported that because of global economic slump, orders for the plant were falling, forcing Foxconn to retrench workers in groups, starting with an initial batch of 5,000. Workers threatened to continue to strike until the company outlined its whole relocation plan. Police were deployed to confront striking workers.

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Another dispute over job cuts erupted at Foxconn’s giant Longhua complex, in the manufacturing centre of Shenzhen city, also in Guangdong province. The AppleInsider web site, citing accounts on China’s micro-blogging service Weibo, reported that last Friday morning a worker tried to commit suicide by jumping off the factory roof, but survived. Later three more workers climbed onto the roof and threatened to jump.

Foxconn issued a media statement, saying: “We can confirm that on March 29, three employees at our campus in Longhua, Shenzhen were involved in a workplace dispute over the company’s decision to offer them an opportunity to relocate to another Foxconn China facility as part of a shift in production linked to their business group.”

China National Radio reported last Friday that orders at the Foxconn plant were falling. The corporate giant was forcing workers to resign by “provoking discontent.” The report added that at another Guanlang complex in Shenzhen, workers were forced to take long stretches of leave on rotating basis, in order to encourage to them to resign. Those who took up retrenchment were offered just 600 yuan ($US96) as “compensation.”

After the Chinese New Year holiday in February, Foxconn did not follow its usual practice of hiring more workers, as there was no overtime work for the existing workforce. Without overtime pay, the wages paid to experienced workers are less than 2,000 yuan a month. After deductions for accommodation, meals and superannuation, “there is not much left for workers, it is hard for workers to stay even if they want to,” China National Radio stated.

Since 2010, Foxconn has been rocked by the suicide of 14 employees, mainly in Shenzhen, resulting from onerous sweatshop conditions and military-style management. Under pressure from its Western corporate clients, such as Apple, Foxconn’s billionaire chairman Terry Gou promised to give wage rises and other minor concessions to workers.

At the same time, however, the company initiated a massive plan to relocate production facilities to inland Chinese provinces and other Asian countries where wages are even lower. Foxconn’s profits in 2012 jumped by 16 percent to $3.2 billion—the highest level since 1995.

Chinese companies are also facing greater competition from advanced industrialised economies. According to Miami-based consulting company Hackett Group, the gap between manufacturing costs in the US and China has almost halved the past eight years and is likely to fall to just 16 percent this year. Huge wage cuts have been imposed on American workers in the wake of the 2008 financial crisis.

Other export companies in China are also being hit by the global economic slump, leading to protests and strikes.

A thousand workers at the Second Division Factory of Liangneng Technology in Shenzhen, owned by Taiwanese-owned Unimicron, stopped work last week over plans to reassign them to other facilities, without compensation, and unpaid overtime wages. On April 1, hundreds of workers marched to raise their demands, prompting local authorities to deploy large numbers of police.

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In online comments, striking workers explained that they had been locked inside the factory, under the supervision of government officials and police. Management refused to provide food to hundreds of striking workers, until reporters arrived. Another worker wrote that they worked 12 hours a day, plus 2.5 hours overtime, with only quarter of an hour for lunch.

Shipbuilding has also been affected. Last Thursday and Friday, 2,000 workers at the South Korean-owned STX shipyard in Dalian in eastern China took strike action. They gathered in front of the government office in the Changxingdao Technology Zone to protest against unpaid wages, and called for a ban on the transfer of assets by the company. A large number of police was deployed to guard the building.

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STX’s Chinese operation, which was only established in 2008, as part of STX’s aggressive global expansion, now has 30,000 workers. But the global financial crisis has sent the company into debt because of a rapid fall in ship orders. Workers posted “insider” information online, saying STX was unable to pay major Chinese banks debts of 5.89 billion yuan ($950 million) that matured on March 21. STX’s overall debt is estimated to be 200 percent of its assets.

The ongoing labour unrest in export enterprises indicates that slowing Chinese economic growth is intensifying sharp social tensions, which are set to worsen in the coming weeks and months.

John Chan, World Socialist Web Site, 4 avril 2013

 

Nouvelle vague de suicides chez Foxconn

Les suicides en série dans les usines du premier fabricant mondial d’électronique grand public ont agité l’opinion publique à partir de 2010. Le rythme de ces tragédies semblait avoir ralenti en 2012. Ces jours-ci, quatre tentatives de suicides à Shenzhen relancent la polémique.

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Réduction de la masse salariale

La plus grande usine du groupe Foxconn, qui fabrique la plus grande partie des produits d’Apple, d’Acer, les tablettes d’Amazon, … est située dans le quartier de Longhua à Shenzhen. C’est la fameuse ‘Foxconn City’, où travaillent 300 à 400’000 personnes. Le mode de vie des ouvriers y est assez mystérieux : des journalistes d’investigation étrangers font régulièrement des révélations fracassantes, comme la présence de travail infantile, des horaires incroyables (70 heures par semaine,…). ‘Scoops’ souvent réfutés rapidement.

Cependant, les conditions de travail dans la Foxconn City en ce début d’année 2013 ne sont certainement pas des plus réjouissantes. La faute à la crise économique, qui voit les ventes de produits d’électronique stagner au mieux, et donc les commandes des grandes marques mondiales se réduire. Alors que Foxconn recrutait chaque année des dizaines de milliers d’employés pour compenser un turn over important et assurer la croissance de ses activités, la situation a nettement changé cette année. Foxconn doit réduire sa masse salariale. Pour le faire, tous les moyens sont bons. Selon des anciens employés fraîchement débarqués, le management offrirait une prime de 600 yuans (environ 75 euros) à ceux qui acceptent de démissionner. Une option encore plus avantageuse pour l’entreprise que d’avoir recours à des licenciements, puisque plusieurs mois de salaire doivent être réglés à un ouvrier licencié.

Des travailleurs poussés à bout

La situation économique semble malheureusement relancer la vague de suicide à Shenzhen. En deux journées quatre personnes ont tenté de se suicider. Le 28 mars, une jeune employée d’un peu plus de 20 ans, s’est jetée par la fenêtre de son petit dortoir. Elle est gravement blessée mais ses jours ne sont pas en danger malgré la lenteur d’arrivée des secours dénoncée par les témoins. Le lendemain, ce sont 3 ouvriers qui ont occupé le toit d’une usine en menaçant de sauter. Ils protestaient contre les bas salaires et les pressions exercées pour pousser les travailleurs à démissionner.

Selon certaines sources, les salaires à l’embauche ne sont pas mirobolants : 1800 yuans (225 euros) auxquels sont soustraits des ‘frais d’hébergement et de cantine’ de 500 yuans (62 euros). Alors qu’auparavant les employés pouvaient gagner beaucoup plus en faisant des heures supplémentaires, le faible niveau de production rend impossible cette éventualité. Vivre avec ce salaire de base de 160 euros dans une ville de Shenzhen, où les prix se rapprochent toujours plus de ceux de la voisine Hong-Kong, semble relever de l’exploit.

Le ralentissement de l’économie rend les troubles sociaux presque inévitables. C’est ce que veut à tout prix éviter le gouvernement. L’administration fera donc tout ce qui est en son pouvoir pour maintenir un niveau de croissance satisfaisant. Même si cela entraîne l’adoption de mesures protectionnistes qui risquent de ne pas améliorer la situation en Europe…

Presse esclavagiste (Greenetvert.fr, 4 avril 2013)

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 12:01

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VOIR LA VIDÉO

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 12:00

 

Cela fait plusieurs décennies que la France est engagée dans une chasse aux sorcières qui se fait chaque jour plus insidieuse, plus implacable.

Le récent scandale provoqué par l’arrêt de la Cour de cassation, dans le litige qui oppose à son employeur une femme licenciée d’une crèche pour avoir refusé d’enlever son voile, n’en est que le dernier rebondissement.

Comme dans chacun des épisodes précédents, la réaction dans les médias est quasi unanime et présente la laïcité comme une citadelle assiégée par l’islam.

L’ex-présidente de la Haute autorité contre les discriminations et pour l’égalité (Halde), Jeannette Bougrab, estime que « la dernière digue a cédé » et que la république est menacée.

Un groupe d’intellectuels réclame déjà à cor et à cri un aménagement du droit pour étendre la laïcité au secteur privé (sic) et interdire aux femmes dites voilées l’accès aux professions de la petite enfance. Comme en écho, le Défenseur des droits réclame une « clarification » de la loi et le gouvernement s’est dores et déjà dit prêt à en examiner l’opportunité. Une loi de plus sur le voile ?


Une femme voilée à Vénissieux, en 2009 (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK/AFP)

Des femmes dont on dénie les droits les plus élémentaires

L’acharnement dans la traque du voile ressemble au jeu cruel d’un enfant qui arrache une à une les ailes d’une mouche. Après que l’on eut exclu des jeunes filles des collèges publics et incité – au nom de la laïcité et du refus du communautarisme – à les enfermer dans des écoles musulmanes, des mères ont été interdites d’accompagnement des sorties scolaires, puis décrétées indésirables à la porte des écoles.

Le foulard a été proscrit des photos des pièces d’identité, signe s’il en est de l’appartenance nationale. Ecoles, crèches, hôpitaux, police, administrations, services parapublics doivent être purgés de leurs femmes voilées et le secteur privé emboîte le pas.

Ces femmes voilées devraient disparaître de la vue du public, et particulièrement des jeunes enfants, comme si elles constituaient une intolérable obscénité. Les universités ne sont pas en reste, qui déjà sont tentées de faire enlever leur foulard aux étudiantes.

La burqa a été bannie de l’espace public au terme d’un gigantesque emballement médiatico-politique pour quelques centaines de cas recensés : une unanimité facilement acquise derrière un gouvernement engagé dans la promotion de l’identité nationale.

Une chanteuse (Diams) a été traînée dans la boue par la presse pour avoir discrètement posé un bonnet sous sa capuche de rappeuse, et les dénigrements les plus virulents émanaient d’une secrétaire d’Etat l’accusantd’être « un vrai danger pour les jeunes filles des quartiers populaires ».

Une militante du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) a subi la même campagne houleuse qui a tenté de l’empêcher de présenter sa candidature à des élections… La liste continue à s’allonger des femmes dont on dénie les droits les plus élémentaires – droit à la scolarisation, droit au travail, droit d’accompagner leurs enfants à l’école, éligibilité – pour une pièce de tissu recouvrant leurs cheveux.

Derrière le voile, une religion : l’islam

Derrière le voile, une religion : l’islam. La laïcité ne serait plus la séparation de l’Etat et de la religion, elle ne serait plus la neutralité de l’Etat vis-à-vis des religions, ni ce principe visant à garantir le droit de pratiquer le culte de son choix et le droit d’exprimer librement ses convictions.

Dans son nouvel habillage, la laïcité devrait extirper toute manifestation de la religion (c’est-à-dire de l’islam) d’une sphère publique qui s’avère à géométrie variable, puisqu’il s’agirait non plus seulement de l’extirper de l’Etat, mais de l’espace public (pourtant lieu par excellence de l’expression de la liberté d’expression) et désormais du secteur privé.

Le droit ne le permet pas ? Il n’y a qu’à le détourner. « Aux élus de nous sortir de la confusion » dit l’appel « pour une loi sur les signes religieux ». « Notre loi doit impérativement être modifiée […] nous en appelons au législateur. »

Par petites touches, en prenant le prétexte des signes religieux, qui fait illusion malgré son caractère ouvertement fallacieux, une législation dérogatoire pour l’islam se fabrique, comme au temps des colonies, lorsqu’il fallait surseoir au principe fondateur du droit français depuis l’abolition des privilèges en 1789 – l’égalité de tous devant la loi – pour doter les « indigènes » d’un statut particulier.

L’idée d’une incompatibilité de l’islam avec une république laïque

Faut-il rappeler que la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat ne s’est jamais appliquée dans les trois départements de l’Algérie « française » et que la « république laïque » a substitué à la catégorie « indigène » celle de Français musulman d’Algérie (FMA) pour restreindre les droits de ceux qu’elle désignait ainsi jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie et au-delà ?

Cette histoire n’est pas si ancienne. C’était alors la République qui imposait une censure sévère sur toute expression critique de sa politique coloniale. Alors que la question du foulard n’en finit pas de rebondir pour servir de prétexte à de continuelles restrictions de l’expression de l’islam dans la société française, c’est l’islam qui est très directement accusé de constituer une menace pour la liberté d’expression.

Une telle rhétorique fondée sur l’inversion fantasmatique des rapports réels est une caractéristique récurrente des politiques d’oppression. L’idée d’une incompatibilité de l’islam avec une République laïque était il y a trente ans portée, au mieux, par quelques dizaines d’intellectuels qui s’exprimaient constamment dans les médias. Ils partageaient en cela parfaitement les idéaux des mouvements intégristes qui prenaient de l’ampleur dans le monde à la même période.

L’idée a gagné les médias

C’est une idée qui a largement gagné les médias, et ceux-ci multiplient les sondages visant à montrer qu’elle est désormais répandue dans les deux tiers, voire les trois quarts de la population française. Depuis trente ans cependant, toutes les études sérieuses ont montré que les musulmans en France ne se distinguaient pas par leurs opinions des autres citoyens et adhéraient en particulier massivement au principe d’un Etat laïc.

N’est-ce pas la « République », par la voix de ceux qui s’en revendiquent les défenseurs, qui proclame son incompatibilité avec l’islam, avançant chaque jour d’un cran dans la violence verbale et symbolique, exigeant sans cesse de nouveaux dispositifs juridiques ? Que l’islam soit une menace pour la France était jadis l’un des slogans du Front national. Ce temps semble déjà très loin.

Des intellectuels ont depuis largement pris le relais pour accréditer cette idée, avec une efficacité bien plus redoutable, et une agressivité qui ne cesse de s’amplifier.

Sous les foulards, les bonnets et les hidjabs, ce sont des femmes

Certains de ses mouvements, de ses courants et de ses figures intellectuelles tentent de faire du féminisme un appareil idéologique d’Etat, pièce maîtresse de l’idéologie de l’identité nationale qui s’érige sur le culte de la république et le rejet symétrique de l’islam. La sacralisation de la laïcité et sa production en slogan politique déconnecté de ses ancrages juridiques historiques est le dispositif central de cette collusion.

Par les exclusions qu’il prononce, cet ordre nationaliste du « genre » qui se construit n’est pas moins sexiste et violent que le vieil ordre sexuel qu’il a remplacé ni que le machisme qu’il prétend aujourd’hui combattre en arrachant leur voile aux musulmanes.

Car derrière le voile, l’islam, mais sous les foulards, les bonnets et les hidjabs, ce sont des femmes. Ce sont des femmes que l’on regarde de travers, que l’on montre du doigt, que l’on érige en menace, en souillure dont il faut préserver les enfants, des femmes dont on restreint chaque jour un peu plus les droits.

Ce sont des femmes – et non des hommes – qui sont expressément visées, qui subissent l’opprobre le plus violent et qui se voient interdire l’accès aux espaces publics, de l’école, du travail… et sans doute bientôt des élections.

Si ce sont des femmes que l’on persécute de la sorte, c’est qu’elles sont perçues comme vulnérables et doublement inférieures parce que femmes et parce que porteuses d’une religion considérée comme étrangère.

Ne comprennent-elles pas qu’on veut faire leur bien, ces ingrates ?

Le féminisme des années 70 se donnait comme objectif d’émanciper les femmes, toutes les femmes. Ce n’est plus le cas de certains courants du féminisme contemporain qui, en s’adossant à l’Etat, prononcent des excommunications et secrètent des figures de sorcières malfaisantes.

Ne comprennent-elles pas qu’on veut faire leur bien, ces ingrates, ces salopes ? Les prises de position médiatiques se déchaînent : lorsqu’elles ne sont pas victimes ou aliénées, c’est qu’elles sont comploteuses, manipulatrices, dangereuses.

De la femme qui refuse de se soumettre à la salope, la prostituée, il n’y a jamais qu’une frontière ténue, car la femme scandaleuse est par définition celle qui échappe aux prescriptions et ne se cantonne pas à la place qui lui est assignée.

Et dans les campagnes médiatico-politiques qui se déploient, il en va effectivement des femmes voilées comme des prostituées : au nom de la laïcité, au nom de l’égalité homme-femme, au nom de la république, cette nouvelle Trinité du « bien », la frénésie qui tente de les faire disparaître de la vue en prétendant les arracher à leur soumission, cette frénésie ne semble connaître aucune limite.

Ces sorcières du temps présent dans leurs voiles maudits

Cette frénésie a un nom, et ce nom est particulièrement inquiétant : c’est une véritable entreprise de purification nationale qui peu à peu s’est mise en place à partir de la première « affaire du voile » des années 90. Et il serait temps d’en prendre conscience, car il ne peut y avoir aucune limite à une telle entreprise de purification.

Son objet étant fantasmatique, la poursuite de son éradication ne pourra trouver aucune borne. A l’invention de quel genre de bûcher va-t-on assister demain pour brûler ces sorcières du temps présent dans leurs voiles maudits ?

Laurent Bazin | Anthropologue au CNRS

 

 

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 13:51
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LIRE L’ARTICLE

Leur presse (Voix du Jura, 14 mars 2013)

 

Voir aussi : À propos de la mouvance néonazie dans le Jura

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 13:49

Un chômeur portugais refuse de payer ses impôts pour nourrir sa famille

Il accuse le gouvernement portugais de mener une politique de “promotion du chômage”.

Un Portugais âgé de 46 ans, vivant à Moita, au chômage depuis deux ans et qui ne touche plus d’allocation depuis un mois, a annoncé publiquement qu’il ne payerait plus ses impôts tant qu’il n’aurait pas retrouvé de travail, afin de pouvoir nourrir sa famille.

Dans une lettre au Médiateur de la Justice, Alcides Santos a déclaré ne plus pouvoir en même temps payer ses impôts et nourrir ses deux fils et qu’il avait choisi de donner la priorité à ses enfants. “Je suis obligé de le faire [ce choix]. Dès que je pourrai toucher une forme de revenu, je paierai mes impôts dans la mesure du possible”, écrit cet informaticien.

“Avec cette lettre je souhaitais rendre mon cas public, rien de plus. Je ne m’attends pas à ce qu’on m’autorise à ne plus payer mes impôts. J’assumerai ma décision face à l’État”, explique Alcides Santos tout en précisant qu’aucun représentant de l’État n’était encore entré en contact avec lui.

Le chômeur a justifié sa décision en s’appuyant sur un article de la Constitution, selon lequel “toute personne a le droit de résister à un ordre qui porte atteinte à ses droits”.

Dans sa lettre, Alcides Santos accuse le gouvernement de mener une politique de “promotion du chômage” et de ne pas respecter le “droit au travail”.

Le gouvernement portugais a décrété une hausse généralisée des impôts pour l’année 2013, dans le cadre de sa politique d’austérité qui a aggravé la récession et le chômage qui touche actuellement près de 17% de la population active.

Presse esclavagiste (SudOuest.fr avec l’Agence Faut Payer, 3 avril 2013)

 

À Bergerac, deux salariés se servaient dans la caisse de leur magasin

Les employés n’étaient plus payés. Ils ont été condamnés pour vol.

Deux anciens salariés du magasin Troc de l’Île de Bergerac, placé récemment en liquidation judiciaire, étaient cités à comparaître, ce mardi après-midi, devant le tribunal correctionnel de la ville. Un seul, le plus jeune, s’est présenté. Le plus âgé ne s’est pas déplacé. A-t-il seulement compris ce que la justice lui reprochait ? À la barre, son cadet, un grand gaillard de 30 ans, avait tout l’air de penser que les magistrats bergeracois s’étaient trompés d’affaire.

Le parquet, qui a choisi de donner suite à une plainte déposée par leur employeur, leur reproche d’avoir dérobé de l’argent dans la caisse du magasin. C’est un point de vue. Le prévenu estime qu’il était dans son bon droit en prenant dans la trésorerie l’équivalent du salaire qui ne lui avait pas été versé depuis plusieurs semaines. « On ne voyait plus la patronne au magasin, explique l’ancien salarié de Troc de l’île, qui a fait depuis l’objet d’une procédure de licenciement. Les rares fois où elle passait, elle nous disait ne pas nous inquiéter, que nos salaires nous seraient bientôt reversés. Il n’en était rien. »

« Il fallait manger »

N’y tenant plus — son compte était à découvert, « il fallait manger » — le prévenu s’est résolu à prendre 1100 euros dans la caisse, retrait dont il dit avoir fait état sur un cahier de la société qui a depuis disparu. La justice soupçonne son coprévenu d’avoir volontairement détruit le document comptable en question.

Le ministère public « veut bien admettre » qu’il y ait des circonstances atténuantes, mais « celles-ci n’excusent en rien les agissements des deux prévenus ». « Vous avez choisi de vous payer vous-mêmes, mais il fallait au contraire en appeler à la justice pour régler vos problèmes ».

Les juges ont condamné les deux anciens salariés à un mois de prison avec sursis simple.

Presse esclavagiste (Émilie Delpeyrat, SudOuest.fr, 3 avril 2013)

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 13:37

Expropriation du supermarché Extra

Le jeudi 14 mars, vers environ 16h00 de l’après-midi, s’est déroulée l’expropriation du magasin de la chaîne de supermarché Extra dans la rue Ethnikis Adistaseos à Kaissariani [quartier d'Athènes].

La lettre qui a été distribué et jeté lors de l’action :

La situation capitaliste d’aujourd’hui ordonne notre misère et l’extermination de ceux qui sont superflus. Les dominants parlent de salut national et invoquent que la seule façon de sortir de la crise est le développement. Développement qui signifie très exactement la procédure de notre dégradation en des existences meilleurs marchés, simplement en une main-d’œuvre meilleur marché, dévalorisée, pour les patrons. Les heures exténuantes, la menace du licenciement, la peur du chômage, les coupes continues dans les salaires et les prestations, ciblent à la transformation des travailleurs en une machine bien huilée de production de profit qui, sous la forme d’argent, va se retrouver encore une fois dans les mains de quelques-uns.

Cette course continue par ceux d’en-haut au profit est toujours passée sur les corps des parties les plus sous-évaluées de la société, comme les immigré-e-s, pour saccager sur son chemin nos vies et notre environnement naturel.

Le lieu des supermarchés, plus précisément, qui est un endroit en tous point relié avec la satisfaction de nos besoins premiers et quotidiens, qui constitue un des lieux de travail les plus dévalorisés. Les travailleur-se-s dans les chaînes de supermarchés, comme Extra, sont forcés de se discipliner à suivre des rythmes de travail épuisants avec une faible rémunération. Le phénomène des grands patrons des chaînes de supermarchés qui procèdent à des restructurations de leurs entreprises en la déclarant en redressement judiciaire et afin de maintenir leurs profits est caractéristique. Ils s’affranchissent ainsi du “fardeau des indemnités”. Chaque tentative d’organisation des travailleurs pour exiger des choses élémentaires est punie de licenciement. Ces travailleurs sont condamnés à l’invisibilité, tandis que les chaînes de supermarchés sont classées parmi les entreprises qui font les plus grands profits, aux côtés des compagnies pétrolières, de la construction et des succursales bancaires.

Le profit de ces entreprises est maximalisé par le coût de production extrêmement bas des produits. Un coût bas qui est atteint grâce à la sur-exploitation et la dévalorisation des travailleur-se-s dans les bagnes des chaînes de production dans le pays grec mais encore plus dans les pays du “tiers-monde”.

Les prix dans les rayons des supermarchés correspondent d’un côté aux salaires des travailleurs et d’un autre côté sont hors de portée pour de plus en plus de parties de la société. Nous, en tant que parties des opprimés et exploités, nous ne nous asseyons pas à attendre les bras croisés d’être amené à la misère. Nous ne sommes pas satisfait de subir avec fatalisme les queues de l’OAED [Structure étatique qui correspond à notre Pôle Emploi], de s’humilier devant les exigences des patrons. Nous ne permettrons à aucun de nous tuer, ou de tuer ceux à nos côtés avec la fumée des poêles improvisés [À cause de la paupérisation grandissante et donc de l'impossibilité de payer ou l'électricité ou le plein de fioul, de plus en plus de familles se chauffent aujourd'hui en Grèce avec des poêles où ils brûlent n'importe quel type de bois. Les médias font tout un battage autour des questions environnementales et évitent ainsi la question économique.], nous ne permettrons à aucun de nous affamer. Nous n’abandonnons pas notre vie et dignité à la chance.

L’organisation des résistances et des luttes communes que nous menons est une partie inséparable d’une réalité antagoniste au sein de laquelle nous luttons pour reprendre tout ce qui nous appartient. Nous ne laisseront pas dans les mains des exploiteurs la richesse que nous, tous ceux d’en-bas, produisons, mais nous la reprendrons pour satisfaire nos besoins.

Les structures collectives que nous construisons refusent les parrainages caritatifs polis des ONG, des églises et de tous types d’appareils politiques, elles sont fondées uniquement sur nos forces. Une expression de notre force est le sabotage et l’action directe, quand nous envahissons les temples de la marchandise, en expropriant et socialisant tous ce dont nous avons besoin. Nous rendons réalisable la réappropriation qui sera totale tandis que nous marchons de plus en plus vers la collectivisation de nos besoins et la création de structures de solidarité.

Les lieux auto-organisés, les stekis [Lieux dans les universités, les quartiers et a visée politique. La plupart d'entre eux sont autonomes, occupés et tenus par des anarchistes/anti-autoritaires.], les squats, les assemblées de quartier, les cuisines collectives, les leçons d’auto-éducation, les centres sociaux de santé et les bazars de troc sont des endroits d’autonomie dans le monde des dominants. Endroits où nous réalisons le collectif, en reconquérant notre vie.

REPRENONS LA RICHESSE QUI NOUS EST VOLÉE,
LA DIGNITÉ QU’ILS NOUS BRISENT, LA VIE QU’ILS NOUS SACCAGENT.
ATTAQUE CONTRE LES SUPERMARCHÉS !

Les gamins sensés exproprient avant d’avoir faim [La signature vient d'un proverbe grec "των φρονίμων τα παιδιά πριν πεινάσουν μαγειρεύουν" qui signifie en français "les gamins sensés cuisinent avant d'avoir faim" (dans le sens de "mieux vaut prévenir que guérir").]

Traduit du grec (Indymedia Athènes) – Indymedia Nantes, 3 avril 2013

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 13:32

Le groupe Théorie Communiste présentera le N° 24 de sa revue qui vient de sortir

Le samedi 6 avril à 18h00
au Rémouleur
106, rue Victor Hugo
Bagnolet (M° Robespierre ou M° Gallieni)

La présentation se fera autour du texte « Tel quel » et de la notion de conjoncture. Le texte est accessible sur ce site.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/04/18.jpg

Extrait :

« Une conjoncture est ce moment historique où la contradiction entre les classes, celle entre les hommes et les femmes sont prises comme objets de transformation dans la multiplicité des contradictions. Les contradictions se recomposent, s’unissent en une unité de rupture, la pratique révolutionnaire, les mesures communisatrices, bouleversent la hiérarchie des instances du mode de production. Il y a de l’imprévisible et de l’évènement. C’est ce concept de conjoncture, devenu nécessaire à la théorie des contradictions de classes et de genres comme théorie de la révolution et du communisme, que ce texte tente d’approcher. »

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