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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 10:39

Tirs sur des carabiniers : un acte isolé

ROME – Les coups de feu tirés dimanche contre des carabiniers devant le siège du gouvernement peuvent être considérés comme un acte isolé, selon le ministre de l’Intérieur, mais l’auteur voulait s’en prendre à des politiciens, a indiqué le procureur qui a entendu ses aveux.

L’affaire peut être considérée, sur la base d’un premier examen, comme un geste isolé, a déclaré devant la presse le ministre Angelino Alfano, peu après avoir pris ses fonctions.

Selon M. Alfano, six coups de feu ont été tirés et l’auteur des tirs Luigi Preiti a manifesté, tout de suite après, l’intention de se suicider mais il a affirmé n’y être pas parvenu car son chargeur était vide.

Le procureur de Rome Pierfilippo Laviani qui a recueilli dans l’après-midi la déposition de M. Preiti a évoqué un homme plein de problèmes qui a perdu son travail, a tout perdu, et a dû retourner vivre dans sa famille en Calabre. D’une manière générale, il voulait tirer sur des hommes politiques mais comme il a vu qu’il ne pouvait pas les atteindre, il a tiré sur les carabiniers, selon le magistrat qui a estimé que l’agresseur ne semble pas une personne déséquilibrée.

M. Preiti, qui était bien habillé et arrivait du Palais de Montecitorio, siège de la Chambre des députés, a tiré à l’improviste sur des carabiniers en faction devant le Palais Chigi, le siège du gouvernement, au moment-même où les ministres du nouveau gouvernement d’Enrico Letta prêtaient serment, à 1 km de là, au palais présidentiel du Quirinal. Les ministres devaient ensuite se réunir au Palais Chigi pour leur premier conseil sous la présidence de M. Letta.

M. Alfano a souligné devant la presse que la situation générale de l’ordre public même après cet incident ne suscite pas de préoccupations, tout en indiquant que la surveillance des objectifs à risque a été renforcée.

Deux carabiniers ont été blessés, l’un au cou, l’autre aux deux jambes et l’agresseur souffre de contusions après avoir été jeté au sol par les forces de l’ordre alors qu’il tentait de s’enfuir. Le pronostic est réservé pour le carabinier blessé au cou tandis que l’état du deuxième n’inspire pas d’inquiétude.

Les médias italiens ont indiqué que Preiti est un maçon au chômage qui avait quitté sa Calabre natale pour le Piémont il y a 20 ans.

Il s’était séparé il y a deux ans et demi de sa femme et traversait des difficultés économiques. Il était retourné en Calabre pour vivre chez ses parents à Rosarno, laissant dans le Piémont sa femme et leur fils de 10 ans.

Selon certaines sources, il se serait mis récemment à jouer au vidéopoker et aux machines à sous — présentes dans tous les bureaux de tabac en Italie — dilapidant les économies familiales et accumulant des dettes.

M. Preiti était arrivé samedi soir à Rome avec l’intention d’accomplir un geste éclatant, et logeait dans un hôtel, ont indiqué des enquêteurs cités par l’agence Ansa. Il détenait illégalement l’arme qu’il a utilisée, un pistolet Beretta semi-automatique de calibre 7,65.

Presse pousse-au-crime (Agence Faut Payer, 28 avril 2013)

Spari P. Chigi : Padova, scritte pro Preiti

‘Luigi Preiti uno di noi’ tracciato in centro con spray rosso

(ANSA) – PADOVA, 29 APR – Due scritte tracciate con spray rosso inneggianti a Luigi Preiti, il muratore calabrese che ha sparato ieri davanti Palazzo Chigi ferendo due carabinieri, sono comparse stamane sui muri del centro di Padova. Sul fatto sta indagando la Digos. ”Luigi Preiti sei uno di noi, pagherete caro”, e’ lo slogan, seguito da una A cerchiata malamente, vergato da ignoti sui muri di due edifici, uno in Riviera Ponti Romani, in pieno centro, l’altro in via Paolotti, nel quartiere universitario.

Presse pousse-au-crime (Tuttosport.com, 29 avril 2013)

Les coups de feu sont pour vous

Si Luigi Prieti s’était suicidé, en se pendant dans la cave de la maison de ses parents (car de maison il n’en n’avait plus), il aurait tout simplement été un nombre supplémentaire dans une statistique qui tend à augmenter semaine après semaine : celle des désespérés qui remettent au geste ultime l’impuissance de se procurer un revenu avec lequel vivre, coincés entre un sens de faillite personnelle et l’anomie d’une solitude créée par une vie entièrement consacrée au travail, alors que les personnes chères s’enfuient et on ne comprend plus pourquoi exactement on se démène autant.

S’il s’était immolé avec de l’essence et donné feu, sur cette même place où il a déchargé le chargeur de son pistolet, il aurait peut-être suscité une grande clameur et pendant 1 jour et demi on aurait parlé de lui : les médias et les hommes politiques auraient proféré des paroles de douleur, idiotes et hypocrites, pour un homme « désespéré », invitant les Italiens à être solidaires, dans la douleur profonde, ils auraient peut-être même parlé de quelques nécessités d’autocritique et de remise en question, en s’invitant eux-mêmes à des comportements plus sobres pour donner l’exemple pendant que les Italiens et les Italiennes se serrent la ceinture. (Les conditions subjectives italiennes ne peuvent pas encore nous faire espérer une réaction « à la Tunisienne »).

Mais Luigi Prieti n’a opté pour aucune de ces alternatives et avant de mettre fin à ses jours, (s’il est vrai que ceci aurait été l’épilogue – comme nous informent les sites mainstream), il avait l’intention de toucher un Ministre… pour passer toute sa colère, pour donner un sens à un geste aussi désespéré, envoyer un dernier message à beaucoup d’Italiens qui sont dans les mêmes conditions. On peut faire toutes les considérations politiques qu’on veut sur l’inadéquation et l’erreur de ce geste, mais, humainement, il est difficile de ne pas se déclarer proche, d’une façon ou d’une autre, à Luigi. N’importe quel sondage honnête démontrerait que des pourcentages embarrassants témoigneraient un mouvement de sympathie et de compassion pour cet homme. Et peut-être vaut-il le coup de commencer à dire à voix haute que cet homme ne devrait pas rester en prison (comme personne ne devrait y être, et certainement pas ce 90% et plus, en cage pour crimes contre la propriété, l’immigration clandestine ou la consommation de substances stupéfiantes).

D’une chose nous pouvons être vraiment contents : que Luigi Prieti n’ait pas réussi à se tuer, et ainsi il a donné un nom à sa propre colère : « je voulais tuer les hommes politiques » aurait-il dit aux Carabiniers qui l’ont immobilisé après la fusillade. Un peu dur de le faire passer pour un « déséquilibré », ou non, Repubblica, Corriere, Presse, Rai, Mediaset…? alors on est passé à une description lombrosienne : « un Calabrais »… qui cependant n’avait pas rapports avec la ‘ndrangheta (mais la ‘ndrangheta n’aurait jamais pensé et ne pensera jamais à frapper les institutions centrales, elle se contente de manger grâce aux institutions periphériques). Un pauvre gars, détruit par le video poker… dommage qu’aujourd’hui le video poker soit une dévastation sociale de masse pour les prolétaires, comme ça a été le cas avec l’héroïne dans les années ’80 (et ce n’est pas dit que cette merde ne reviendra pas également, il suffit de voir la nouvelle diffusion de masse en Grèce). Les médias de régime savent bien que dans les quartiers dans lequel Luigi vivait (là où vit le plus grand nombre de nous), le panorama urbain est désormais plein d’acheteurs d’or, de locaux pour le jeu de hasard et d’activités qui ne cessent de fermer une derrière l’autre ? Non, eux ne le savent pas car ils vivent dans les centres ville, là où ces tristes et misérables spectacles n’arrivent pas à défigurer le paysage qu’ils admirent.

L’image d’aujourd’hui est celle des hommes politiques qui sourient et qui se donnent des tapes sur les épaules après l’énième le plus scandaleux partage de fauteuils que l’histoire nous rappelle, alors que dehors résonnent quelques coups et un peu de vraie réalité commence à entrer aussi dans leurs palais…

Traduit de l’italien (Infoaut, 28 avril 2013) par Solidarité ouvrière

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 10:37

Représentation luttes italiennes de 70′s

Bonjour,

Le Resto-Trottoir vous invite à venir découvrir l’INTERVENTO.

L’INTERVENTO c’est une compilation de textes, chants, images, témoignages sur les luttes autonomes italiennes dans les années 70.

Ça se passe :
le DIMANCHE 12 MAI à 16H dans les locaux de RADIO BIP 14 rue de la Viotte (la petite rue juste en dessous de la gare. ENTRÉE LIBRE

La représentation sera suivie d’un apéro grignotage puis d’une discussion sur les liens entre les luttes des années 70 et les luttes actuelles.

Merci de faire tourner l’info.

À bientôt

Présentation de l’INTERVENTO

Le mouvement autonome italien est peut-être l’un des mouvements de lutte les plus puissants de l’histoire récente occidentale. Fort de ponts exceptionnels entre étudiants et ouvriers, “autonome” des partis et des syndicats, massif et violent dans ses modes d’actions, il fera durer mai 68 pendant dix ans. Ce sont les “hordes païennes” de jeunes immigré-e-s du Sud qui paralysent les usines, revendiquant le refus du travail, remettant à l’ordre du jour les pratiques d’action directe qui avaient secoué les mêmes industries en 1920 avant de s’endormir sous le fascisme. Ce sont des quartiers entiers qui, face à l’inflation, refusent de payer les loyers ou les factures. C’est une irruption tonitruante des femmes, homosexuel-le-s, jeunes et chômeurs-ses sur la scène politique. Ce sont des analyses précises et originales de la transformation de l’économie occidentale. C’est une explosion des radios libres qui se font “la voix des sans-voix” tout en jonglant avec l’ironie et la philosophie. C’est enfin le tournant de 1977, les émeutes, les chars blindés à Bologne, une répression féroce : un mouvement étranglé qui n’a plus d’autres issues que la fuite, l’héroïne ou la clandestinité. Beaucoup “d’autonomes” passeront des années en prison, sans manquer d’en faire encore un lieu de luttes.

Des lectures tirées de plus de 15 ouvrages différents et entrecoupées de sons et d’images permettront, chapitre après chapitre, d’avoir un aperçu de l’atmosphère brûlante de l’époque et d’approcher les questions qu’elle nous pose aujourd’hui.

Resto Trottoir

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 10:33

Après 15 mois d’une lutte contre une ligne THT, âpre et riche de rencontres, venez en parler, danser et fêter ce nouveau lieu du 17 au 20 mai.

TÉLÉCHARGER LE PROGRAMME

Un lieu pérenne pour s’organiser, une grange à rénover, à Montabot (50), pour poursuivre les luttes.

Depuis l’action à Valognes contre le train “Castor” en novembre 2011, jusqu’aux moments forts de la lutte contre la ligne Très Haute Tension (THT) Cotentin-Maine en 2011 et 2012, des personnes se sont rencontrées et se sont organisées pour lutter contre le nucléaire et son monde.

Afin de continuer sur cette lancée, il semble important de pouvoir disposer d’un lieu collectif comme a pu l’être le bois occupé de la Bévinière sur la commune du Chefresne.

Une grange, au lieu-dit la Bossardière sur la commune de Montabot (50), s’érige maintenant non loin des pylônes comme un défi face à l’imposition de la ligne THT à coups de bâtons. Il existe donc un lieu pérenne pour relayer et faire perdurer l’actualité de la lutte anti-nucléaire dans la Manche et ailleurs, être le relai de vos luttes ou simplement pour se réunir et échanger.

En effet, cet endroit constitue un point d’information et de convergences des initiatives d’ici (EPR, THT, transports castors, etc) et d’ailleurs (Poubelle radioactive de Bure, Iter, Astrid, THT partout, mines d’uranium) contre le nucléaire et aussi contre d’autres projets assez proches dans l’idéologie d’aménagement de nos espaces et de nos vies, tel celui de l’aéroport de Notre-Dame des Landes, les lignes à Grande Vitesse, de la traçabilité en général et du fichage génétique en particulier.

Il s’agit aussi d’un point d’ancrage de la lutte où se déroule un chantier permanent d’échanges de savoirs et de pratiques émancipatrices (autonomie énergétique, écoconstruction, rénovation du bâti ancien, permacultures de plantes médicinales et potagères…).

Du 17 au 20 mai 2013, la grange ouvrira ses portes au grand jour. Vous découvrirez la grange à travers des expos, ses débrouilles quotidiennes, son camping, sa cantine prix libre.

Parce qu’il ne faudrait pas croire que tout s’arrête avec la mise en service d’une ligne T.H.T.

Parce qu’il est essentiel pour nous de poursuivre les débats entamés lors de cette lutte, et d’anticiper les pièges des nécro-industries auxquelles nous seront confronté.e.s ici et ailleurs.

Parce que nous imaginons qu’une organisation sans intérêt de pouvoir ni hiérarchie, pourrait submerger nos décideurs.

Parce que nous voulons faire en sorte que plus aucun.e oligarque ou bureaucrate ne puisse juger et décider du cheminement de nos vies à notre place.

Nous vous invitons au week-end d’inauguration de la grange de Montabot, où grâce à un travail d’élaboration collective, nous cherchons à nous donner les moyens matériels de renvoyer dans leur coin l’État et les mafias publiques ou privées. Nous prendrons le temps qu’il faut pour saper leur infecte besogne, mais ici une pierre est posée, et nous savons que ce sont nos solidarités que l’État craint avant tout. Même si une nouvelle ligne T.H.T se dresse désormais dans le bocage Normand, la lutte liée à ces tentacules de la pieuvre nucléaire est loin d’être enterrée.

Comment venir à la grange ? La Bossardière, à Montabot dans la Manche (50)
Sur la D98 entre Percy et Tessy, la Bossardière se trouve au bout du deuxième chemin sur la gauche après le pylône 223 lorsqu’on vient de Percy.

Affiche et programme complet des trois jours sur antitht.noblogs.org

Contact mail pour apporter matériel, structures, ateliers, info-kiosque, soutiens… et/ou : 06 28 94 72 13

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 10:55

emission radio zapzalap luttes sociales lahoucine mort sous les balles des keufs a Montigny(59) Class war et rage au ventre

lahoucine mort sous les balles des keufs a Montigny(59)
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Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES FLICSPORCSASSASSINS
29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 10:52

Avant l’effervescence de l’Autonomie italienne, l’opéraïsme tente de renouveler la pensée marxiste pour réfléchir sur les luttes ouvrières. Ce mouvement politique et intellectuel se développe en Italie dans les années 1960. Il débouche vers une radicalisation du conflit social en 1968, et surtout en 1969 avec une grève ouvrière sauvage. Si le post-opéraïsme semble relativement connu en France, à travers la figure de Toni Negri et la revue Multitudes, l’opéraïsme historique demeure largement méconnu.

Mario Tronti revient sur l’aventure de l’opéraïsme, à laquelle il a activement participé. Son livre articule exigence théorique et témoignage vivant. Il décrit ce mouvement comme une « expérience de pensée - d’un cercle de personnes liées entre elles indissolublement par un lien particulier d’amitié politique ». La conflictualité sociale et la radicalisation des luttes ouvrières doit alors permettre d’abattre le capitalisme.

Un communisme hétérodoxe en marge du Parti

A l’inverse des intellectuels académiques et de la banale critique universitaire, les théoriciens de l’opéraïsme estiment que leur réflexion doit servir la lutte collective et le mouvement ouvrier. Mario Tronti évoque « une révolution des formes intellectuelles ». Ses théoriciens communistes tentent se lier au prolétariat qui, en s’émancipant lui-même, doit émanciper l’humanité toute entière selon Marx.

L’année 1956 marque un tournant qui fait vaciller les certitudes des intellectuels communistes. Les dirigeants de l’URSS reconnaissent les crimes de Staline. Surtout, une révolte ouvrière éclate en Hongrie avant de subir la violente répression du pouvoir bolchevique. La mascarade du « communisme réellement existant » s’effondre brutalement. Au sein du Parti communiste italien (PCI), des intellectuels contestent la ligne politique. Le rôle du Parti pour diriger la classe ouvrière est remis en cause. Ce sont les luttes ouvrières qui doivent directement déboucher vers la révolution sociale.

Bien que partisan de l’autonomie ouvrière, Mario Tronti décide de rester malgré tout militant du PCI. Il conserve probablement l’illusion de pouvoir faire infléchir la ligne du parti en sa faveur. Mais des groupes se forment pour développer une réflexion propre. Les revues Quaderni Rossi et Classe operaïa incarnent cette ébullition politique et intellectuelle en marge du PCI. Dans ses petits groupes Mario Tronti côtoie des luxemburgistes proches du communisme des conseils, des syndicalistes révolutionnaires et divers penseurs libertaires. Raniero Panzieri incarne ce marxisme hétérodoxe et anti-autoritaire. Le concept de « contrôle ouvrier » rassemble ses divers intellectuels. Mario Tronti décrit une ambiance de débats et de joie de vivre. « Lors de nos rencontres, nous passions la moitié du temps à parler, l’autre moitié à rire », témoigne Mario Tronti. Comprendre le monde doit alors permettre de renverser l’ordre social.

Contre les partis et les syndicats, les luttes ouvrières à la base sont privilégiées. Le PCI, loin de se référer au communisme révolutionnaire, assume pleinement son réformisme. De plus, ce parti semble déconnecté des véritables aspirations de la classe ouvrière. Contre ce communisme frelaté, l’opéraïsme tente d’inventer une nouvelle culture de lutte.

Les luttes sociales comme moteur

Pour le mouvement opéraïste, la lutte prime sur l’analyse du capitalisme. « Une explosion de subjectivité, un saut politique dans le sujet : c’est ainsi que nous lisions les évènements des années soixante qui allaient se produire 1968-1969 », décrit Mario Tronti. La crise du capitalisme ne peut provenir que d’un renversement du rapport de force.

Mario Tronti revient sur la révolte de 1968, « quand l’histoire surgit dans la vie même, quand la politique s’impose à l’existence ». Les étudiants se révoltent en 1968. Mais, dans les usines, les jeunes émigrés du Sud de l’Italie semblent particulièrement contestataires.

Pourtant, la révolte de 1968 ne débouche pas vers une perspective de rupture révolutionnaire. « Une fois encore : ce qui a manqué c’est l’intervention décisive d’une force organisée. Cette force ne pouvait être que le mouvement ouvrier, dans la figure et forme de sa composante communiste post-stalinienne », estime Mario Tronti. Surtout, le mouvement étudiant n’invente aucun projet de société alternatif au capitalisme. Aucune nouvelle organisation sociale ne se dessine. « Ne pas porter l’imagination au pouvoir, mais donner du pouvoir à l’imagination, en évoquant une forme sociale et d’autres formes de la politique par rapport aux capitalismes et aux socialismes réalisés. Alors, un autre monde était possible », analyse Mario Tronti. Ce mouvement de 1968, limité au milieu étudiant, semble alors éloigné des aspirations de l’opéraïsme finissant. « Étudiants et ouvriers unis dans la lutte » devient le mot d’ordre de l’automne chaud de 1969. Cette perspective enthousiasme davantage les opéraïstes.

Mario Tronti précise ensuite le contenu politique de l’opéraïsme. Ce mouvement se réfère constamment à la classe ouvrière, non pas pour exalter un certain misérabilisme, mais pour généraliser des pratiques de refus du travail. « Ce qui nous motivait n’était pas la révolte éthique contre l’exploitation que les ouvriers subissaient, mais l’admiration politique pour les pratiques d’insubordination qu’ils s’inventaient », souligne Mario Tronti. Ses intellectuels s’attachent à la guerre de classe qui oppose ouvriers et capital dans la grande usine. « Dans la lutte des classes, ce qui nous enthousiasmait c’était la classe en lutte », résume Mario Tronti. Les opéraïstes sont particulièrement séduits par la contestation de la hiérarchie et de l’autorité dans l’entreprise, par la critique des cadences et du travail à la chaîne avec son aliénation à la machine. Le sabotage, la grève sauvage et le refus du travail deviennent alors des armes privilégiées par les ouvriers. « La lutte ouvrière contre le travail est le grand thème évoqué par l’opéraïsme », souligne Mario Tronti.

Le bilan du mouvement ouvrier révolutionnaire

Le théoricien marxiste revient ensuite sur les raisons de la défaite du mouvement ouvrier. Aucune structure autonome par rapport au capital ne permet aux ouvriers de s’organiser. Les soviets et les conseils doivent permettre de sortir du capital, mais ses formes d’organisations ne perdurent pas. Ensuite la société marchande, avec son aliénation, semble beaucoup plus forte que la culture de lutte des ouvriers. Les travailleurs sont également soumis à la technique et à la machine. Les traditions, les croyances religieuses, les appartenances ethniques contribuent à diviser la monde ouvrier et l’identité de classe.

Les usines et le monde industriel ont été démantelés. Pourtant, Mario Tronti s’attache à préserver et à faire vivre la mémoire des luttes ouvrières. « S’y trouve le patrimoine d’un héritage historique qu’il faut récupérer et réinvestir dans un autre agir pour cette même fin », estime Mario Tronti. Le mouvement ouvrier révolutionnaire demeure un vivier de lutte et de réflexion critique indispensable pour réinventer la révolution sociale.

La figure de l’ouvrier-masse, valorisée par l’opéraïsme ne semble plus aussi importante et centrale. La concentration des travailleurs dans les usines permet de former une classe ouvrière qui, même si elle ne comprend qu’une minorité de la population, lutte pour ses intérêts qui débouchent vers une émancipation de toute la société. Les usines ont aujourd’hui disparu, remplacées par des déserts existentiels et des espaces cloisonnés. « La grande usine est le contraire de ses non-lieux qui configurent la consistance, ou mieux l’inconsistance du postmoderne », souligne Mario Tronti.

L’auteur définit l’opéraïsme. « C’est une expérience qui s’est efforcée de réunir pensée et pratique de la politique dans un cadre déterminé, celui de l’usine moderne », résume Mario Tronti. La classe ouvrière apparaît alors comme le seul sujet révolutionnaire capable de renverser le mode de production capitaliste. Les années 1960 en Italie se caractérisent par une forte industrialisation. Les jeunes paysans du sud migrent vers le nord industriel. Le fordisme s’appuie sur une production de masse qui s’accompagne d’une consommation de masse.

Combattre l’aliénation moderne

L’ouvrier à la chaîne apparaît comme une figure centrale pour les opéraïstes. « Là où l’aliénation du travailleur atteignait son plus haut niveau. Non seulement l’ouvrier n’aimait pas son travail, mais il le détestait », précise Mario Tronti. Lerefus du travail menace alors directement le rapport de production capitaliste. La lutte contre le travail distingue l’opéraïsme dans le mouvement ouvrier traditionnel, pour en devenir un courant singulier voire hérétique. Pour les opéraïstes, comme pour Marx, le prolétariat en s’émancipant lui-même doit émanciper toute l’humanité. Aujourd’hui la classe ouvrière demeure une partie importante de la société, mais n’apparaît plus comme un sujet politique. Pourtant le mouvement ouvrier et le communisme demeurent un spectre toujours menaçant. Si les capitalistes ont accueillis la gauche dans les palais du pouvoir, ils se sont acharnés à liquider le mouvement ouvrier.

L’opéraïsme connaît un regain d’intérêt aujourd’hui. Ce mouvement s’appuie sur un point de vue ouvertement partial et exprime la subjectivité ouvrière. Il s’attache également à articuler pensée et action. Surtout, les opéraïstes insistent sur la dimension essentielle du conflit. Dans la société moderne, c’est le règne de la pacification et de la vie aseptisée. « Il y a une mythologie de l’opéraïsme dans toutes les expériences du mouvement contestataire, dans ses expériences où est identifiée, de manière forte, l’exigence d’une reproposition de la pratique du conflit», observe Mario Tronti. Dans une période de normalité réformiste, l’opéraïsme permet surtout de raviver l’exigence du conflit, liée à la tradition révolutionnaire du mouvement ouvrier. Le conflit permet de refuser l’assimilation et l’intégration à la société marchande.

Dans la société moderne, les normes néolibérales colonisent tous les domaines de la vie. Dans ce contexte, l’affirmation d’une subjectivité de lutte et du conflit avec l’ordre existant deviennent des armes indispensables. L'Autonomie italiennepropose ensuite d'affirmer une subjectivité radicale pour bouleverser tous les aspects de la vie.

Source: Mario Tronti, Nous opéraïstes. Le « roman de formation » des années soixante en Italie (traduit de l’italien par Michel Valensi), Éditions d’en bas et Éditions de l’éclat, 2013

Articles liés :

Insurrection des désirs dans l'Italie des années 1970

Lutter et vivre dans l'autonomie italienne

Témoignages sur la lutte armée en Italie

Pour aller plus loin :

Jacques Wajnsztejn, "A nouveau sur l'opéraïsme", publié sur le site de la revueTemps critiques en juillet 2010

John-Samuel McKay, "L'opéraïsme italien", publié dans la revue Que Faire ? n°4 août / septembre 2004

Michele Filippini, "Mario Tronti et l'opéraïsme italien des années soixante", publié sur le site Europhilosophie le 5 août 2010

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Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES TOTO
29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 10:52
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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 10:51

Ça y est, la « loi Taubira » accordant le droit de mariage aux couples homosexuels est passée, et dans un même temps, le droit du travail connait une des pires attaques qu’il ait subi dans les dernières décennies avec l’ANI (accords écrits par le MEDEF, signés par le PS). Le climat qui règne dans l’état français mérite donc quelques éclaircissements et réflexions car la logique de l’époque entraine une série d’évènements qui aura des conséquences graves sur nos vies.

Tout d’abord, concernant le mariage homosexuel. C’est bien sûr une cause à défendre, sur des bases claires et simples: il n’est pas question de renforcer l’institution du mariage, qui doit être naturellement critiquée (à ce sujet, les réactionnaires ont beau jeu de défendre le « mariage traditionnel » qui institutionnalise le patriarcat et qui de toute façon recoupe à l’heure actuelle des réalités très variées). Pour autant, le mariage pour tou-te-s signifie l’égalité des couples reconnue dans la société, notamment sur le plan économique. C’est un pas en avant important pour combattre les divisions dans le peuple. Et pourtant! Cette question, instrumentalisée par la bourgeoise, a servi non pas à mobiliser sur des thèmes progressistes mais à diviser encore plus, à faire ressurgir l’homophobie de masse des classes dominantes.

Le processus est simple: actuellement, dans une phase d’effondrement progressif du système économique capitaliste, la bourgeoisie – de droite comme de gauche – n’a plus aucun rôle social positif pour les classes populaires. Il est probable que le PS ait voulu « bien faire » avec cette loi, mais sa gestion désastreuse du processus en a fait un exutoire pour les homophobes (pouvait on attendre autre chose du PS?). Ceux ci se victimisent constamment. Alors qu’ils ont organisé des manifestations de masse allant de la frange conservatrice de la grande bourgeoisie jusqu’aux néofasciste « révolutionnaires », dont les débordements ont donné lieu à une passivité étrange des forces de répression, ils crient au scandale et à la « dictature socialiste ». Le PS et ses défenseurs servent d’idiots utiles à une sinistre farce, avec la radicalisation de la bourgeoisie conservatrice qui voit de plus en plus le fascisme comme une option envisageable. Les quelques dispersions par les CRS opérées contre les « manifs pour tous » sont d’une mollesse hallucinante pour toute personne ayant participé à un mouvement social, pendant lesquels l’état blesse, emprisonne, humilie voire assassine. Normal: les forces de police sont dans le même camp que le lobby bourgeois Ichtus ou que l’institut réactionnaire Civitas. L’ordre du jour pour ces gens là, c’est la prise de pouvoir, l’organisation de l’insurrection, de la révolution conservatrice, et les « forces de l’ordre » ont un rôle à y jouer.

Car dans le même temps, la bourgeoisie « progressiste » (enfin, socialement), c’est à dire le PS, assume en fait un rôle de restructuration du système économique, avec les politiques d’austérité et les accords comme l’ANI, qui contente seulement une partie des classes dirigeantes mais ne vas pas assez loin pour une autre. En bref, avec le PS, les plus réactionnaires ont peur de voir le système se fissurer, de voir les contradictions apparaitre au grand jour. Ainsi dans les manifestations homophobes, on a des slogans comme « CRS en banlieue », « la police avec nous », « dictature socialiste »… Cela témoigne d’une volonté répressive incroyable, seule la mobilisation pour empêcher d’autres personnes d’avoir des droits égaux serait justifiée! N’oublions pas non plus le rôle de l’église et des pontes de l’armée dans l’organisation de ces démonstrations de force. Les choses sont de plus en plus claires… Et quand les sociaux-démocrates radicaux du Front de gauche demandent une timide amnistie des militants condamnés lors de mouvements sociaux, le PS emboite le pas à la réaction en se scandalisant. Ses représentants disent que cela « légitimerait les violences« . L’ex-premier ministre Raffarin (UMP) dit également qu’une amnistie donnerait « le sentiment qu’il n’y plus d’autorité, de respect du bien commun, du bien de tous, y compris de l’entreprise« .

Mais oui, Jean-Pierre, c’est exactement ça! Ton respect de l’autorité et du bien de tous incarné par la défense ultra-autoritaire du « bien de l’entreprise », bref du rapport de classe en faveur de la bourgeoisie, que tu incarnes comme Montebourg, les ouvriers n’ont ont plus rien à carrer! Et avec l’ANI qui passe, ils ont raison de se révolter, c’est légitime de s’en prendre à la sacro-sainte entreprise patronale (construite pas qui? Fonctionnant grâce à la force de qui?). Et dans le même mouvement, il est logique et légitime de poser la question du pouvoir, de la propriété collective des moyens de production, qui est la seule voie possible de sortie de la crise, contrairement à ce que martèlent nos dirigeants… Et quand les CRS gazent les travailleurs, on sait de quelle côté est la violence!

D’autre part, on peut s’étonner de la passivité de certaines parties de « l’extrême gauche » (on se comprend) refusant de défendre clairement un camp et d’agir pour défendre une stratégie révolutionnaire. Avec par exemple des articles comme celui de Rebellyon – un média faisant pourtant un très bon travail sur certaines questions – annonçant une « défaite des homophobes » (on croit rêver…) où celui de Voie Lactée profitant de la question avec un opportunisme désespérant pour tacler le silence des médias progressistes (quand on refuse d’avoir une pratique et qu’on se contente de faire de l’arrière-gardisme médiatique ou culturel, ce n’est pas très difficile). La situation explosive d’aujourd’hui nécessite le développement de solidarités à la base pour construire sans concessions nos analyses et nos organisations.

Car en face la bourgeoise s’organise vite: les médias ont très peu relayé les menaces de mort envoyées à différentes personnalités par le groupe « interaction des forces de l’ordre », dénonçant un supposé « complot stalinien »… L’extrême droite suit la même pente puisqu’elle est objectivement et au quotidien du côté du système en place, contre les combats des classes populaires, pour ceux des classes dirigeantes. Et que ses factions luttent pour gagner en crédibilité et être soutenues par ces mêmes classes.

Pour ne pas être dépassés, il n’y a donc pas de temps à perdre: aucun espoir ne peut être placé dans le PS et ses soutiens, ni dans le jeu parlementaire ou les mobilisations réformistes défaitistes. Il faut rompre avec les vieux schémas de la social-démocratie et du simple syndicalisme économiste pour renforcer les organisations et réseaux de classe capables de mener une lutte radicale, avec un but clairement défini, révolutionnaire.

D.

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Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES CAPITALISME
29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 10:50

Guerre de tranchée pour une histoire de bitume

Soixante-dix manifestants se sont retrouvés devant la préfecture hier pour protester contre la poursuite de l’activité d’une usine à enrobé située à Samazan, près de Marmande.

L’ouverture subite des grilles de la préfecture a conduit à un moment de confusion.

« Pas de fumées dans nos récrés, pas de pétrole dans nos écoles ! Usine polluante, les pieds dans l’Avance. » Les slogans sont scandés bruyamment devant la préfecture d’Agen par un peu plus de 70 manifestants, qui brandissent leurs banderoles derrière les grilles de l’honorable bâtiment.

Hier, l’association Halte à la pollution s’est rassemblée pour protester contre la poursuite de l’activité d’une centrale à enrobé basée à Samazan, près de l’embranchement autoroutier de Marmande, sur une petite route menant à Sainte-Marthe.

En 2008, un arrêté préfectoral autorise une centrale d’enrobé à se fixer dans la ZAC de Samazan. Rapidement, les riverains s’insurgent et créent l’association Halte à la pollution (HAP). Les incidences nocives des fumées sur les riverains mais aussi les répercutions sur la faune et la flore de la petite rivière Avance les inquiètent.

Baptisée Lot-et-Garonne Enrobés (LGE, dans le giron du groupe Eurovia), la centrale est située sur une zone inondable. « Cela a déjà été le cas quatre fois depuis qu’elle existe », fait remarquer Richard Dupiol, président de la HAP. En effet, le 20 janvier dernier, la centrale se retrouvait dans l’eau, tout comme la route qui y mène.

Un recours en annulation de l’arrêté préfectoral de 2008 est déposé devant le tribunal administratif de Bordeaux en 2010. En juillet dernier, il rendait son avis, annulant ledit arrêté.

La société sollicite alors le préfet qui prend un arrêté provisoire autorisant le fonctionnement de l’usine pour cinq mois de plus. Pour Richard Dupiol, « cela a été un coup terrible. J’ai cru que nous avions perdu la bataille. »

En septembre, Eurovia fait appel de la décision du tribunal administratif. En décembre, alors que l’arrêté préfectoral provisoire ne joue plus, l’usine continue de fonctionner. « C’est toujours le cas depuis. Elle tourne peut-être au ralenti, mais elle tourne. » Le 12 avril dernier, la préfecture prend donc un nouvel arrêté pour permettre la poursuite de l’activité.

De plus, une nouvelle enquête publique doit être réalisée dans les communes concernées : Samazan, Sainte-Marthe, Fourques-sur-Garonne, Caumont-sur-Garonne et Bouglon.

Hier, les manifestants faisaient entendre leur colère dans une joyeuse ambiance, ciblant le préfet dans leurs slogans : « Il terminera enrobé de goudron et de plumes. »

Mais, alors que Richard Dupiol scandait dans son porte-voix, les grilles de la préfecture se sont ouvertes, prenant au dépourvu les quelques policiers qui observaient placidement. Les manifestants en ont alors profité pour s’engouffrer dans la cour intérieure.

Échauffé par la scène, un des policiers a menacé : « Si je trouve celui qui a ouvert les grilles, ça va barder pour lui. » Un de ses collègues lui a alors murmuré : « Ça ne peut pas être eux, cela a dû être actionné de l’intérieur ». « C’est ce qu’on va voir », a écumé le premier, brandissant son téléphone. Revenant l’air bredouille de son coup de fil, il a laissé les manifestants poursuivre leur petit tour qui s’est terminé dans les rues d’Agen.

Richard Dupiol résume cette action : « Le préfet n’aura d’autre choix que celui de se soumettre à cette enquête et à l’avis des élus. » Pour l’instant, les dates des enquêtes publiques ne sont pas connues.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Grégoire Morizet, SudOuest.fr, 28 avril 2013)

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Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES ECOLOGIE
29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 10:49
[In memoriam] Jules Bonnot, assassiné par la police il y a 101 ans jour pour jour
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Published by coutoentrelesdents - dans HOMMAGE
29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 10:47

[12 juin 2012]
Famille de détenu

Je connais des gens qui souffrent et subissent plus que les détenus c’est leurs familles.

Le jour de ton interpellation tu as pris en otage toute ta famille otage de la douleur otage du manque souffrance injuste injustifiée vu qu’ils n’y sont pour rien et ne parlons pas de celle qui t’aime elle restera inconsolable jusqu’à ta sortie, même si elle ne se plaint pas lors de ses visites au parloir. Certains ont laissé dehors femme et enfants à l’abandon tragédie des temps modernes.

Sèche tes larmes de fils sur les manches de la tunique d’une mère effondrée à la vue de son fils menotté, mais devant toi elle fait bonne figure. Ta femme se met du fond de teint juste avant d’entrer dans la prison pour cacher ses cernes accumulés causés par ses nuits blanches passées à pleurer, en la serrant contre toi tu ressens sa détresse trahie par les battements de son cœur.

T’as kiffé la dounia (la vie) vécue dans l’excès au détriment de ta famille. Tu t’enfumes le cerveau pour oublier mais les photos de ton fils qui ornent les murs de ta cellule te ramènent à ta souffrance, t’as mal puisque tu leur as fait mal.

Certaines familles se brisent en éclats ne se remettent pas devant l’absence, des problèmes enterrés refont surface et ça explose, certaines femmes de détenu ne tiennent pas, le bruit des clés les portes qui claquent hantent leurs cauchemars, épreuve trop dure à supporter… Trop facile à juger vu de loin personne peut en vouloir à quiconque de craquer face à l’épreuve, enferme-toi dans tes toilettes une semaine et sors que deux fois par jour une heure et tu comprendras l’agonie de la prison, encaisser les parloirs sous haute surveillance regardé scruté disséqué sous tous les angles alors que tu es coupable de rien c’est pas évident à supporter.

Y a des familles qui tiennent que la douleur soude solidifie et ne forment qu’un et en sortent grandies car tout passe y a que les murs qui restent en prison. C’est trop facile à dire quand tu es détenu et que tu as pas le choix que d’effectuer ta peine, mais si on avait eu le choix de venir voir un proche régulièrement je suis pas sûr que tous les détenus le feraient.

J’ai toujours été en admiration face aux familles que je vois en masse au parloir le week-end qui rendent visite à leurs proches depuis des années sans se plaindre, payer alors que l’on n’a rien commis, leur seul tort c’est d’aimer un proche plus que tout au monde.

On leur rend rarement hommage à ces guerriers guerrières de l’ombre que rien n’arrête même pas le temps les années, ils acceptent leur drame par amour c’est la plus grande preuve d’amour c’est incontestable.

C’est toutes ces familles toutes ces sœurs tous ces frères toutes ces femmes de courage qui nous donnent la force de ne pas plier.

Courage et respect à toutes ces familles y a que les murs et les matons qui restent en prison.

Après la pluie le soleil ça c’est sûr.

[La Chronique de Youv derrière les barreaux est disponible en téléchargement gratuitsur le site des Éditions Antisociales. Elle est à suivre sur le compte Facebook dédié.]

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Published by coutoentrelesdents - dans PRISON LUTTES

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