Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 11:01

Le scandale de la fraude à la viande de cheval, qui secoue l’Europe, se décline de façon inattendue à l’autre bout de la planète. Des chercheurs de l’université du Cap ont testé 146 échantillons de lanières d’antilope séchée, provenant de détaillants et de petits bouchers d’Afrique du Sud, et constaté la présence d’autres viandes… dont de la girafe.

Quatre-vingt-dix pour cent des bâtonnets de viande séchée, censée être du koudou (une antilope africaine) étaient en réalité composés de cheval, de porc, de girafe ou de kangourou. “L’un des morceaux de viande ne ressemblait pas aux autres, ça a éveillé notre curiosité, a déclaré Maria Eugenia D’Amato, chercheuse au laboratoire de l’université du Cap. Nous avons commencé par tester quelques échantillons. Les résultats étaient consternants. Nous avons donc décidé d’officialiser nos recherches.”

Ces bâtonnets de viande faits à partir de gibier sauvage ou d’animaux élevés dans des fermes sont des produits de base en Afrique du Sud et reconnus pour leur faible teneur en graisses. Cette semaine, de la viande d’âne, de buffle d’eau et d’autres ingrédients inattendus a été découverte dans près des deux tiers de hamburgers et de saucisses testés dans le pays.

Presse falsifiée (LeMonde.fr avec Reuters, 1er mars 2013)

 

Viande de cheval : les plats retirés peuvent être redistribués aux associations

Benoît Hamon rappelle jeudi l’existence d’une “disposition réglementaire qui prévoit qu’on puisse faire le don de produits qui ont connu un défaut d’étiquetage”.

Les plats cuisinés qui ont été retirés de la vente en raison de la fraude sur la viande de cheval pourront être redistribués aux associations caritatives, qui seront informées de leur contenu, a indiqué jeudi Benoît Hamon. Interrogé sur RMC, Le ministre de la Consommation a précisé qu’il existait “une disposition réglementaire qui prévoit qu’on puisse faire le don de produits qui ont connu un défaut d’étiquetage”.

Les associations qui “bénéficieront de ces produits alimentaires” devront être informées de leur contenu, a-t-il ajouté. “Ensuite, c’est aux associations de décider si oui ou non elles acceptent ces dons”, a-t-il poursuivi. Mais “ceux qui bénéficieront de ces produits alimentaires ont droit à la réalité sur ce qu’ils mangent”, a insisté le ministre. Il a reconnu qu’un tel don pouvait être coûteux pour ces associations, notamment dans le cas des produits surgelés qui nécessitent un transport frigorifique. “On peut aussi comprendre que les associations refusent”, a-t-il admis.

Pénalité

Dans la foulée du P-DG de Picard, Philippe Pauze, qui avait estimé un peu plus tôt dans la matinée que d’autres fraudes étaient à prévoir, Benoît Hamon a reconnu que, dans la mesure où les contrôles étaient étendus dans les filières alimentaires, la découverte de nouveaux cas frauduleux ne pouvait être exclue. Il a promis en outre que les sanctions contre les auteurs de tromperie économique dans l’alimentaire seraient renforcées. “Dans le projet de loi consommation que je présenterai en avril, nous allons multiplier par dix le niveau des amendes payées. Mais on réfléchit à une autre solution qui pourrait être de faire payer une pénalité correspondant à 10 % du chiffre d’affaires de la société”, a-t-il prévenu.

Le scandale a éclaté au début du mois lors de la découverte dans des plats cuisinés surgelés de la marque Findus de viande de cheval à la place de viande de bœuf. L’affaire a essaimé dans toute l’Europe, touchant, outre Findus, Fleury Michon, Carrefour, Intermarché ou encore Picard et Ikea, les obligeant à retirer des milliers de plats cuisinés de la vente.

Presse falsifiée (Agence Faut Payer via LePoint.fr, 28 février 2013)

 

Viande de cheval pour les pauvres : les associations demandent des garanties

Les plats surgelés contenant de la viande de cheval retirés de la distribution à cause de la fraude pourraient être mis à disposition des associations caritatives. C’est ce qu’a annoncé Benoît Hamon, ministre de la Consommation. Les associations se montrent prudentes et exigent des garanties. Elles doivent rencontrer la ministre déléguée chargée de la Lutte contre l’exclusion, Marie-Arlette Carlotti, ce mardi 5 mars.

Benoît Hamon a rappelé que la loi française prévoyait que l’on puisse faire don des produits ayant connu un défaut d’étiquetage. Mais, « c’est aux associations de décider maintenant si oui ou non elles acceptent ces dons », a précisé le ministre.

Plusieurs associations apportant de l’aide alimentaire aux plus démunis avaient déjà dit « oui » la semaine dernière. Leur position n’a pas changé. Révoltées par le gaspillage de nourriture de manière générale, elle se disent prêtes à accepter ces plats surgelés contenant de la viande de cheval. Mais seulement à certaines conditions. L’absence de tout risque sanitaire doit être confirmée, et les denrées doivent être correctement ré-étiquetées.

Si les aliments sont jugés « sains » par les autorités sanitaires, la Fédération française des Banques Alimentaires, qui fournit des denrées à plus de cinq mille associations, ne voit aucun inconvénient à les redistribuer. « Encore faut-il que les bénéficiaires potentiels soient informés et, surtout, d’accord pour consommer de la viande de cheval », insistent les responsables des Restos du Cœur.

Question logistique et financière

Il faudrait aussi, impérativement, qu’une aide logistique soit apportée aux associations. « Le transport et le stockage des produits surgelés coûtent cher », rappelle Julien Lauprêtre, président du Secours Populaire, qui envisage de faire appel aux communes, aux départements et aux régions.

Le président de la Fédération Française des Banques alimentaires, Alain Seugé, assure pour sa part avoir de la place pour recevoir de nouveaux dons. Les quatre-vingt-dix-sept antennes de son association disposent en effet de cent mille mètres carrés d’entrepôts et de sept mille mètres cubes de chambre froide.

Question morale

Outre les aspects sanitaires et financiers de l’opération, reste la question morale. Le président du Secours Catholique, François Soulage se demandait, ce vendredi 1er mars, pourquoi ce qui est inacceptable pour les uns serait acceptable pour les pauvres. « C’est une question de dignité. On n’a pas envie de stigmatiser les personnes démunies, de souligner que parce, qu’on ne mange pas à sa faim, on peut manger des produits que les autres ne veulent pas » , insiste l’un des dirigeants de la Croix Rouge française.

Un scandale qui porte sur 550 tonnes de viande de cheval

Le « chevalgate » touche désormais treize pays européens. Quatre millions et demi de produits frauduleux, contenant cinq cents cinquante tonnes de viande de cheval à la place du bœuf, seraient concernés. De nombreuses entreprises sont touchées : Findus, Carrefour, Intermarché, Picard ou encore Ikea. Selon la Fédération française du Commerce et de la distribution, l’ensemble des produits retirés des rayons sont actuellement stockés dans des chambres froides. Et ils ne peuvent pas être vendus.

Presse falsifiée (Anna Piekarec, RFI.fr, 1er mars 2013)

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans ECOLOGIE
4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 10:59

Face au néo-féodalisme
Andalousie : des centaines d’ouvriers se réapproprient des terres livrées à la spéculation

Au sud de l’Espagne, des ouvriers agricoles occupent une ferme de 400 hectares, menacée par la spéculation. Ils contestent une répartition féodale des terres, réservées aux grands propriétaires. Et développent une agriculture biologique et paysanne, qui nourrira bientôt des milliers de personnes. Reportage en Andalousie, dans la ferme de Somonte, devenu le symbole d’une lutte populaire contre les inégalités et pour la souveraineté alimentaire. « Land and freedom », version 2013.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/042.jpg

« Quand nous sommes arrivés à Somonte pour occuper les terres, c’était un matin très tôt, au lever du soleil, se souvient Javier Ballestero, ouvrier agricole andalou. J’ai été surpris par le silence. Il n’y avait pas d’oiseaux sur ces terres ! Pas de vie ! Rien ! » C’était il y a presque un an, le 4 mars 2012. Cinq cents journaliers agricoles, des habitants des villages voisins et des citoyens solidaires venus de toute la région ont commencé à occuper la « finca » (ferme en espagnol) de Somonte. Le lendemain, la propriété, qui appartient au gouvernement autonome régional, devait être vendue aux enchères, très certainement à l’un des puissants propriétaires terriens de la zone, qui l’aurait achetée à un prix avantageux.

Le SOC-SAT [Le SOC-SAT est l’ancien Syndicat des ouvriers agricoles (SOC). En 2007, il a été rebaptisé, syndicat des travailleurs andalous (SAT)], syndicat d’ouvriers agricoles qui a organisé l’occupation, est habitué aux luttes foncières. C’est lui qui a mené tous les combats historiques des journaliers andalous depuis les années 70. Mais les occupations de terre ne datent pas d’aujourd’hui. En 1936, elles s’étaient multipliées. Javier évoque la répression féroce qui s’en suivit lors de la victoire des franquistes. Un puissant propriétaire terrien fit exécuter 350 journaliers à Palma del Rio, le village voisin de Somonte. La plupart des terres qui jouxtent la « finca » appartiennent aux descendants de cet homme.

« La terre est à vous. Reprenez-la ! »

En ce matin hivernal, une trentaine de personnes se pressent autour d’un brasero, installé devant la petite cuisine de la « finca ». Deux hommes réparent un vieux tracteur Fiat sur lequel est fiché un drapeau andalou portant le sigle SOC-SAT. Quand le tracteur finit par démarrer, des responsables du lieu répartissent les tâches entre les occupants et les visiteurs solidaires, selon les décisions prises la veille au soir en assemblée générale. Un groupe ira désherber le champ d’oignons dont les plants viennent d’être mis en terre. Un autre ramassera les piments, les Piquillo, la variété locale, rouge sang, qui seront ensuite mis à sécher en grappes. Le troisième groupe préparera le repas collectif de la mi-journée.

Une dizaine de militants portugais d’extrême gauche, en visite, et quelques militants français et espagnols, de passage ou séjournant à Somonte, se dirigent vers le hangar où est entreposé le matériel agricole. Peint sur le bâtiment, un slogan rappelle les enjeux de l’occupation : « Andalous, n’émigrez pas. Combattez ! La terre est à vous. Reprenez-la ! » Au passage, les travailleurs matinaux croisent une patrouille de la Guardia civil, qui vient relever, comme tous les jours, les numéros des plaques d’immatriculation des voitures stationnées sur le parking de la ferme. À voix basse, les moqueries fusent. Les guardiasdemeurent indifférents. Ils ne descendent jamais de leur véhicule. Ils notent et repartent.

Développer une agriculture biologique paysanne

Près du hangar, sous les regards complices de Malcolm-X, Zapata et Geronimo, immortalisés par un artiste sur un mur, Javier et son collègue Pepe distribuent sarcles et bêches, puis accompagnent les militants jusqu’au champ d’oignons. Les allées sont interminables. Briefés par les deux hommes, les militants se courbent et s’accroupissent. Les herbes résistent, déchirent les doigts. Une main arrache par inadvertance un plant d’oignon. Un pied en écrase un autre. Difficile de s’improviser paysan. Ceux qui ont l’habitude avancent en ligne. Les autres tentent de s’appliquer, s’assoient, redressent leur dos… Les conversations vont bon train. Les chants révolutionnaires s’élèvent, repris en chœur.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/051.jpg

Peu à peu, la brume se lève. Apparaît en contre-bas la plaine du fleuve Guadalquivir, qui s’étend à perte de vue dans cette partie de la province de Cordoue. Une terre rase, ondulante, sans un arbre, sans une haie. Cette même terre épuisée, sur laquelle poussera en été, sous la chaleur ardente, blés ou tournesols. Les journaliers qui occupent les quatre cents hectares de Somonte ont décidé d’abandonner ces pratiques agricoles intensives. « Depuis que nous sommes ici, les oiseaux sont revenus et la vie aussi, confie Javier. L’homme appartient à la terre. Nous devons la respecter et veiller sur elle. C’est pour cela que nous allons faire ici de l’agriculture biologique paysanne. » Pour développer une agriculture en rupture avec le modèle dominant, les journaliers andalous font appel à leur sensibilité et à leur mémoire, ravivée par leurs parents ou leurs grands-parents.

Contre une répartition « féodale » des terres

Comme la plupart des 25 occupants permanents de la finca, Lola Alvarez se définit comme « journalière agricole, depuis toujours », et fière de l’être. Elle rappelle que les premiers pieds de tomates plantés dans le jardin de Somonte proviennent de semences très anciennes apportées par son père de 84 ans. « Dès que nous avons occupé Somonte, beaucoup de personnes âgées sont venues nous apporter des semences de piments, d’oignons, de laitues… Toutes les semences traditionnelles qu’elles avaient héritées de leurs parents et qu’elle avaient conservées et protégées précieusement année après année. » Les occupants ont aussi reçu des graines du réseau andalou Semences et de la coopérative française Longo Maï. Somonte sera libre de semences transgéniques et de pesticides. « Nous sommes fatigués de voir ceux qui spéculent avec la terre spéculer aussi avec les produits chimiques, avec les semences et avec l’eau. Il va être difficile de mettre les 400 hectares en agriculture biologique mais nous allons le faire », explique simplement Lola.

Les occupants ont aussi décidé d’en finir avec l’injuste et scandaleuse répartition féodale des terres en Espagne qui fait que la duchesse d’Alba possède encore 30’000 hectares de terres et le duc del Infantado, 17’000. Plus de 60 % des terres les plus riches du pays sont entre les mains d’une poignée de puissantes familles, qui spéculent avec elles et perçoivent la majorité des aides agricoles [Voir « Andalousie : la terre contre la crise », Jean Duflot,Archipel, journal du Forum civique européen de juin 2012]. « La terre n’appartient à personne. Elle n’est pas une marchandise, s’insurge Lola. Elle doit être entre les mains de celles et de ceux qui la travaillent. Nous l’occupons pour nourrir nos familles et vivre dignement. »

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/061.jpg

Javier Ballestero, né dans une famille paysanne anarchiste, se réclame encore de cette tradition. « Les moyens de production doivent être au service du peuple. Pour cultiver sainement, nous n’avons pas besoin d’un patron qui nous exploite et nous vole. Nous voulons décider nous-mêmes de notre avenir. » Dans les années 80, pour initier une réforme agraire, le gouvernement autonome andalou (dirigé par le Parti socialiste ouvrier espagnol, PSOE) avait acheté plusieurs dizaines de milliers d’hectares aux grands propriétaires terriens. Il les avait grassement payés, pour qu’il n’y ait pas trop de mécontents. Mais n’avait pas redistribué les terres. L’objectif étant surtout de désamorcer un vaste mouvement d’occupations de terres organisé par le SOC qui réclamait alors des expropriations sans indemnisation.

Droit d’usage

Une partie de ces terres sont alors louées à des coopératives de petits paysans. Mais la grande majorité d’entre elles demeurent sous la responsabilité de l’Institut andalou de la Réforme agraire (IARA), et sont consacrées soit à des cultures intensives, soit à de vagues projets destinés à la recherche, pourvoyeurs d’importantes subventions européennes. Quelques hectares de la finca Somonte servaient ainsi de champs d’expérimentation à des cultures destinées à la production d’agro-carburants. Aujourd’hui, les socialistes dirigent toujours le gouvernement autonome. Comme les caisses sont vides, 22’000 hectares de terres appartenant à l’IARA ont été mis en vente aux enchères en 2011. Plus de la moitié ont été vendus.

« Le SOC a mené des occupations très dures dans les années 80. Elles ont notamment abouti à la création de la coopérative El Humoso, dans le village de Marinaleda, sur 1200 hectares expropriés à la duchesse d’Alba », commente Lola Alvarez. « Depuis des années, nous ne menions plus que des occupations symboliques pour tenter d’infléchir la politique du gouvernement. Mais quand nous avons vu que les terres gérées par le gouvernement andalou allaient revenir entre les mains des spéculateurs, nous avons décidé de reprendre les occupations effectives. » Depuis l’occupation, la vente des terres a été suspendue. Mais les occupants ne souhaitent pas devenir propriétaires de Somonte. Il réclament un simple droit d’usage. Rappelant que depuis 20 ans, ces 400 hectares n’ont nourri personne.

Somonte, symbole d’une lutte populaire

L’Andalousie connaît actuellement un taux de chômage record de 34 % pouvant aller jusqu’à 63 % chez les jeunes de moins de 25 ans [Voir « Un Robin des bois en Andalousie », Sandrine Morel, Le Monde, le 29 août 2012]. De nombreux Andalous, partis travailler comme ouvriers du bâtiment dans d’autres régions d’Espagne, reviennent aujourd’hui chez eux et proposent leur force de travail sur un marché agricole andalou déjà saturé et en crise. Avec la mécanisation à outrance et les mauvaises récoltes des oranges et des olives, il est désormais impossible aux 400’000 ouvriers agricoles de la région de réunir les 35 journées de travail annuelles nécessaires pour bénéficier d’une allocation mensuelle de 400 euros.

Fin 2012, le parlement andalou a demandé que le nombre de journées de travail exigé soit diminué. En vain. Cette crise sociale n’alarme pas les grands propriétaires terriens qui profitent de la situation pour mettre en concurrence les journaliers andalous avec la main d’œuvre immigrée, bien moins payée. Le SOC-SAT réunit des ouvriers agricoles de tous les horizons et organise régulièrement des grèves pour défendre leurs droits. Il dénonce aussi les injustices sociales, en organisant dans des supermarchés des opérations de récupération de produits alimentaires de base, distribués ensuite à des cantines de quartiers pauvres.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/071.jpg

Durant l’été 2012, des marches ouvrières ont parcouru toutes les provinces andalouses pour dénoncer les mesures d’austérité. Une grande ferme appartenant à l’armée, laissée à l’abandon, a été brièvement occupée. Ce contexte social et politique tendu, et toutes ces luttes, font aujourd’hui de Somonte un symbole très populaire de la capacité des ouvriers à prendre en main leur destin. L’alimentation est au cœur des luttes.

Nourrir des milliers de familles de la région

Peu à peu, avec le soutien des anciens, d’ingénieurs agronomes, d’organisations locales et de réseaux de solidarité internationaux, le projet agricole de Somonte prend corps. Trois hectares de légumes ont déjà été mis en culture pour l’autoconsommation, la vente sur les marchés locaux ou dans une coopérative de consommateurs de Cordoue. Plusieurs dizaines d’hectares vont être consacrés à des cultures maraîchères. Quarante hectares seront réservés à de grandes cultures en rotation avec notamment du blé biologique. Les occupants de Somonte envisagent de planter près de 1500 arbres de variétés locales, de développer des vergers d’abricotiers, de cerisiers, d’amandiers, de créer une oliveraie, d’entretenir des haies.

En décembre 2012, près de 700 arbres sont plantés le long du domaine. Une eau saine sera récupérée grâce à des retenues, des puits et à une protection des petits cours d’eau existants. Les occupants veulent réunir rapidement un troupeau d’au moins 300 brebis. Une grande partie de la production agricole de la finca sera transformée sur place dans des ateliers. Le projet agro-écologique et social de Somonte, organisé sous forme de coopérative de travailleurs, pourra donner du travail à plusieurs centaines de personnes et permettre à des milliers de familles de la région de se nourrir.

Occuper les terres, les logements et les banques

La situation de Somonte est aujourd’hui suspendue à la situation politique en Andalousie. Le nouveau parlement autonome élu début 2012 est majoritairement à gauche. Cela n’a pas empêché le Parti socialiste de faire expulser les occupants de Somonte, le 26 avril 2012, le jour même où il signait un accord avec la Gauche Unie. Le 27 avril au matin, lafinca était de nouveau occupée. Aucune menace d’expulsion n’a été formulée depuis, mais les négociations sont au point mort.

« S’ils nous expulsent 20 fois, nous occuperons 21 fois ! », ironise Lola. « Nous n’avons pas le choix. Le gouvernement ne sait pas comment réagir. Et nous, pendant ce temps, nous montrons qu’une autre voie est possible. Nous disons qu’il faut occuper les terres pour avoir un travail et pour vivre. Mais il faut aussi occuper les logements pour donner un toit aux familles. Et il faut occuper les banques pour dénoncer les aides financières que nos gouvernements leur apportent tout en faisant payer les plus pauvres. Il faut occuper ! Voilà la solution. »

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/08.jpg

Philippe Baqué – Basta !, 28 février 2013

 

Le SOC occupe une ferme militaire près de Séville

Près de 1000 syndicalistes ont occupé ce matin la ferme « Las Turquillas » ou se trouve la cavalerie militaire de l’armée. La ferme dépendante du ministère de la défense, fait 1200 hectares, dont l’immense majorité en friche, du fait que l’armée utilise seulement 20 hectares pour la cavalerie.

Après avoir passé le kilomètre qui sépare la route de la ferme on pénètre en zone militaire (signalée par de grandes pancartes) et on arrive à l’enceinte militaire ou une commission du Syndicat des Ouvriers des Champs s’est entretenue avec le commandement militaire.

À l’intérieur de l’enceinte militaire attendait une compagnie anti-émeutes de la Garde Civile et des troupes militaires ce qui fit que l’assemblée décida de ne pas forcer l’entrée de l’enceinte et de rester dans la zone militaire de la ferme, en commençant les travaux d’infrastructure et de logistique afin de se maintenir dans cette zone.

Ce soir a été déjà aménagée une zone où cette nuit même plus de 100 compagnons et compagnes resteront passer la première nuit dans “La Turquilla” occupée.

Le porte-parole national du Syndicat Andalou des Travailleurs, Diego Canamero, a signalé que l’objectif de l’occupation est « que la terre passe aux mains des travailleurs » et que la ferme, dédiée à l’élevage des chevaux, soit utilisée par des coopératives de travailleurs et de travailleuses.

« Nous ne voulons pas la propriété de la terre, nous voulons son usage », insiste Canamero, « que la terre serve pour donner du travail et créer de la richesse, et non pour recevoir des subventions européennes ».

Le dirigeant syndical a mis l’accent sur le fait que la région de Séville ou se trouve la ferme souffre de “40% de chômage” et, dans cette situation « il ne se peut pas que des terres publiques ou privées restent étrangères à la réalité d’un peuple qui ne sait plus quoi faire du fait du chômage ».

« Nous voulons démontrer que, aux mains de coopératives, la ferme aura un autre usage, en pensant à la création d’emplois et a obtenir une productivité de la terre et pas seulement des subventions de l’Union Européenne » a expliqué Diego Canamero.

Au sujet des militaires qui travaillent dans le centre de reproduction équine de la ferme occupée, Diego Canamero a dit que le traitement a été courtois et que « nous n’avons rien contre eux ».

Face à la surveillance des forces de sécurité qui ont accompagné l’occupation, qui s’est déroulée sans incidents, le dirigeant syndical a déclaré « nous sommes venus pour rester, ce n’est pas une occupation symbolique.

Nous sommes conscients, nous croyons à ce que nous faisons et nous le faisons pacifiquement », a déclaré Canamero, qui a assuré que « si on nous expulse, nous reviendrons et nous le ferons jusqu’à que le gouvernement cède ces terres aux travailleurs ».

Mailing – Communiqué du 6 août 2012

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES
4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 10:58

La Châteigne de nouveau menacée ! Appel

Rassemblement en solidarité pour le procès de la Châteigne
mardi 12 mars à 10h au tribunal de Saint-Nazaire.

Le 17 novembre dernier, lors de la manifestation de réoccupation de la ZAD, des cabanes ont été construites sur un terrain en cours d’expropriation à Notre-Dame-des-Landes. L’objectif était de faire de ces cabanes un carrefour de la lutte contre l’aéroport. Cet espace collectif, la Châteigne, est devenu un lieu emblématique, défendu suivant les semaines par des barricades ou des tracteurs enchaînés, et surtout par la détermination des dizaines de milliers de personnes qui ont participé son édification.

Le 23 novembre dernier, les occupant-e-s de la Châteigne étaient expulsé-e-s une première fois et leurs outils et matériaux volés par les forces de police. Dès le lendemain la Châteigne était pourtant reprise collectivement par les soutiens affluant de toute part. En décembre la préfecture a essayé de passer en force pour obtenir la démolition immédiate des cabanes. Mais elle a dû finir par admettre, sous la pression, qu’elle ne pouvait expulser de nouveau sans que les personnes domiciliées en ces lieux puisse se défendre et demander l’obtention de délais. Le 12 mars, les habitants officiels de la Châteigne sont convoqués au tribunal de Saint-Nazaire. Après avoir attendu pendant plus de deux mois, AGO, propriétaire de la parcelle invoque aujourd’hui, menace d’amendes salées à l’appui, la nécessité d’expulser immédiatement des personnes dont les maisons et ressources ont déjà été détruites en octobre lors de l’opération César.

Depuis décembre, des comités locaux venus des 4 coins de l’hexagone et au-delà se relaient chaque semaine pour apporter leurs énergies et leurs luttes à la chat-teigne avec des ateliers, jeux, projections, discussions, cantines, expo, fêtes… Ce bouillonnement d’idées et de pratiques représente une expérience unique dans la constitution d’un mouvement qui fait aujourd’hui écho bien au-delà de la question de l’aéroport de Notre Dame des Landes. Avec sa salle de réunion, son atelier, sa No-TAVerne ou sa cuisine collective, la Châteigne est aussi un des lieux importants de ressources et de d’organisation sur la ZAD.

Que ce soit en nous battant sur le plan juridique ou sur le terrain, nous ne laisserons pas la Châtaigne se faire envahir une nouvelle fois ! Nous appelons donc tous les groupes et personnes solidaires à se rendre au procès de la Châteigne, le mardi 12 mars à 10h devant le tribunal de Saint-Nazaire.

Au-delà de la Châteigne, la ferme de Bellevue qui vient de recevoir un verdict d’expulsion sans délais, ainsi que des dizaines d’autres habitats sur la ZAD pourraient être broyés par les tractopelles dans les semaines à venir. À l’heure où nous écrivons cet appel, cela fait presque 100 jours que l’occupation militaire de la ZAD a commencé et que les checkpoint policiers permanents bloquent les allées et venues aux carrefours stratégiques — sans pour autant parvenir à empêcher les outils, vivres et matériaux nécessaires de passer à travers champs. Mais nous arrivons à un moment charnière : la fin de la commission du faux dialogue pourrait signifier le retour d’offensives policières d’ampleur.

Pourtant, même si l’occupation militaire alourdit l’atmosphère et que les menaces d’expulsion continuent à plomber l’horizon, nous savons que les tenants de l’aéroport sont dans une impasse et tournons résolument le regard vers de possibles victoires. Auxiette, AGO et consorts continuent de jeter des centaines de milliers d’euros dans des campagnes publicitaires mais la réalité leur échappe, radicalement.

Il y a aujourd’hui plus d’habitats et d’habitants sur la ZAD qu’au début de l’opération César et une dizaine de nouveaux projets agricoles devraient s’ancrer dans le sol lors de la grande manifestation de mise en culture “Sème ta ZAD” le 13 avril. La chaîne humaine entourant la ZAD le 11 mai sera un autre moment fort et les 200 comités locaux contre l’aéroport n’ont cessé de multiplier les actions depuis décembre. Mieux encore ce qui se passe ici encourage d’autres ailleurs à faire concrètement obstacle à des projets d’aménagements nuisibles. En cas de reprise des expulsions, de multiples initiatives se préparent : résistances sur le terrain, blocages et occupations immédiates des lieux de pouvoir partout en France, grande manifestation à Nantes dans les semaines qui suivront…

Nous ne les laisserons pas faire : on résiste, on construit, on cultive, on occupe, on réoccupe !

Zone à défendre, 1er mars 2013

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES
4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 10:50

Bulgarie : immolation par le feu d’un chômeur, manifestations quotidiennes

Un Bulgare s’est immolé par le feu mercredi à Radnevo, portant à trois le nombre d’immolations en dix jours en Bulgarie, a annoncé le ministère de l’Intérieur alors que les manifestations contre la pauvreté ont lieu quotidiennement dans le pays.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/012.jpg

Des dizaines de milliers de manifestants étaient dans la rue, lundi [25 février], à Sofia.

Ventsislav Vassilev, 53 ans, s’est immolé par le feu à l’entrée de la mairie, a indiqué le maire de Radnevo. L’homme était au chômage, ainsi que sa compagne, et avait cinq enfants.

Un homme s’était déjà immolé par le feu sur un passage piétonnier à Veliko Tarnovo (centre) le 18 février dernier. Le lendemain, un autre homme avait tenté de se suicider de la même manière devant la mairie de Varna (est) et se trouve actuellement dans le coma.

Le pays est secoué depuis une vingtaine de jours par des manifestations quotidiennes provoquées par les factures très élevées d’électricité reçues en janvier. Les protestations se sont rapidement tournées contre le gouvernement, provoquant la démission le 19 février du Premier ministre conservateur Boïko Borissov.

Celui-ci est hospitalisé depuis lundi en raison d’hypertension artérielle.

M. Borissov, âgé de 53 ans, avait refusé lundi la demande du président conservateur Rossen Plevneliev de former un nouveau gouvernement.

Il n’a pas pu participer mardi au Conseil de sécurité nationale réunissant sous la présidence de M. Plevneliev plusieurs ministres, les dirigeants des partis parlementaires ainsi que des responsables des services de sécurité dans le but de mettre en place un train de mesures visant à assurer la stabilité sociale de la Bulgarie.

Les partis parlementaires refusant de former un nouveau gouvernement, des élections anticipées doivent se tenir au printemps.

Presse contre-révolutionnaire (Belga via RTBF.be, 26 février 2013)

 

Bulgarie : il paie la note d’électricité d’une église avec une Rolex

« Le métropolite de Plovdiv Nikolay a offert à l’église Sainte Marina un de ses rares objets personnels, une montre Rolex, en demandant qu’elle soit vendue pour que la facture d’électricité puisse être payée », a annoncé cette église de Plovdiv (sud) dans un communiqué.

Les factures d’électricité en Bulgarie ont plus que doublé en janvier par rapport à décembre, ce qui a provoqué des manifestations quotidiennes dans tout le pays, ayant mené à la démission du gouvernement de centre-droit du conservateur Boïko Borissov.

Le réseau de distribution de gaz étant peu développé, le chauffage électrique est largement répandu en Bulgarie.

L’Église orthodoxe bulgare a élu un nouveau patriarche le 24 février. Elle est souvent montrée du doigt pour des dons de nouveaux-riches en quête de respectabilité. La « Rolex » du métropolite Nikolay, et la voiture « Lincoln » utilisée par son homologue Kiril.

Presse contre-révolutionnaire (LeDauphine.com, 26 février 2013)

 

Bulgarie-Nouvelles manifestations contre la cherté de l’énergie

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé dimanche [24 février] dans les rues des grandes villes bulgares pour réclamer la fin de l’énergie chère et un nouveau code électoral, après la démission du gouvernement mercredi.

Près de 10.000 Bulgares sont descendus dans le centre de Sofia en brandissant des drapeaux et des pancartes sur lesquelles on pouvait lire “Lutter pour une vie décente”, “À bas les monopoles”.

“Pendant des années et des années, les hommes politiques n’ont pas réussi à imposer des contrôles stricts sur les monopoles. Ça devrait cesser”, a déclaré Irena Mitova, 54 ans, qui tient une boutique dans la capitale.

Des manifestations ont également eu lieu dans 40 autres villes, réunissant 15.000 personnes à Plovdiv et Varna, les deuxième et troisième plus grandes villes du pays.

Des manifestations de moindre ampleur ont également été organisées pour protester contre l’inefficacité du système éducatif, accusé de ne pas préparer suffisamment les jeunes au marché du travail, et contre la hausse des frais dans les banques de détail, accusées de nuire aux intérêts des petites entreprises.

La colère des Bulgares contre les monopoles sur le marché de l’énergie a provoqué la démission mercredi du gouvernement du Premier ministre Boïko Borissov.

Les élections législatives prévues initialement en juillet devraient être avancées début mai.

MORATOIRE SUR LES FACTURES

Même si Boïko Borissov a réussi à préserver une certaine stabilité fiscale depuis son arrivée au pouvoir en 2009, la politique d’austérité en vigueur a freiné la croissance et provoqué une hausse du chômage.

La démission de son gouvernement n’a cependant pas calmé la colère de la population, fatiguée par la corruption endémique et mécontente de ne pas voir son niveau de vie s’améliorer.

La colère a éclaté après la montée en flèche des factures d’électricité cet hiver, les montants dépassant parfois les salaires, alors que le salaire moyen bulgare n’excède pas les 400 euros et que les pensions sont moitié moins élevées.

Les Bulgares ont dirigé leur colère contre les compagnies électriques, notamment les Tchèques CEZ et l’Autrichienne Energo-Pro, qui détiennent depuis 2004 l’exclusivité de la fourniture d’électricité dans certaines régions.

Le président Rosen Plevneliev, qui nommera probablement la semaine prochaine un gouvernement intérimaire et prononcera la dissolution du parlement, a rencontré les manifestants. Il les a assurés que leur voix serait entendue.

Les manifestants réclament notamment un moratoire sur les factures d’électricité de décembre et janvier mais aussi une modification de la constitution pour permettre l’élection des députés au suffrage direct.

Certains réclament également que le parlement renforce le contrôle sur les monopoles dans le secteur énergétique. Beaucoup réclament aussi la renationalisation des groupes électriques.

Presse contre-révolutionnaire (Tsvetelia Tsolova, Reuters, 24 février 2013)

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES
3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 15:36
Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans MUSIQUES
3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 15:25

 


Salle de douche de la maison d’arrêt des hommes 1, Les Baumettes, Marseille (Gr&eacute ; goire Korganow pour le CGLPL)

« – A propos, Bruno : je t’ai pris du tabac, je voulais voir le goût qu’il avait... il est plus fort que le mien !

– OK, pas de soucis, sers-toi... »

Dois-je lui permettre de faire de même avec toutes mes affaires ? Il vaut mieux pas que je m’énerve : de toute façon, ça n’arrangerait rien. Jean-Marie nous écoute. Il reste imperturbable. Il fait comme si de rien n’était, comme d’hab. Il lit son journal. C’est bientôt l’heure du déjeuner.

La douche est aussi le fumoir

MAKING OF
Bruno a vécu dans la « deuxième nord », une aile réservée aux détenus isolés : les pointeurs, les violeurs, les détraqués et autres y sont mis parce qu’ils ne peuvent pas, pour des raisons de sécurité, voire de vie ou de mort, être mélangés avec les autres détenus de droit commun.

« Ce journal est dédié à tous mes compagnons grâce auxquels j’ai survécu dans le quartier des “Isolés” des Baumettes. Ceux qu’on traite de “pointeurs” – ces parias des prisons. Votre humanité m’a permis de tenir et d’exister. Merci à vous... »

Nous avions publié sa première journée, ce post est le dernier publié sur son blog. Témoignage du quotidien matériel – scandaleux au point que le Conseil d’Etat est intervenu – et de ce que vit un prisonnier, ce prisonnier, Bruno.Blandine Grosjean

 

Ce matin, j’ai eu un accrochage sévère avec Bébert, après qu’on soit revenu de la douche. Il venait de se faire alpaguer par Habib-l’assassin. Toujours pour du tabac, je crois.

 

Ça a commencé là-bas, Bébert a eu la mauvaise idée d’y apporter quelques cigarettes pour Laïd et pour un autre détenu. Quelle idée de porter ses cigarettes jusque dans cette caverne !

 

C’est vrai que dès potron-minet, les douches servent aussi de fumoir. Ça permet de patienter en attendant son tour. Le parfum du tabac et de l’humidité s’enroulent autour des serviettes : ça transpire jusqu’à puer.

 

Au lieu de faire ça discrètement, Bébert distribue ses cigarettes aux yeux de tout le monde. Et dans ce monde-là, ce matin, il y avait Habib. Ça n’a pas manqué :

 

« – Et à moi, tu m’en donnes pas ? !

 

– Mais je les lui devais ces cigarettes, il m’en avait données, il fallait que je lui rende.

 

– Oui, mais tu en as alors !

 

– Mais non, je te dis que j’en ai plus, t’es sourd ou quoi ! »

 

Sûrement Bébert considère-t-il qu’Habib est un peu sourd. Il ne lui parle pas : il lui gueule dessus. Il devrait se méfier. A plus de dix dans les douches, ce type de conversation peut mal tourner. Nous sommes collés les uns contre les autres : les gentils avec les méchants. Habib ne lâche rien : presque, il prendrait la douche avec Bébert pour un peu de tabac.

Bébert l’a bien cherché

Je me lave en me bouchant les oreilles. Je me dis même que Bébert l’a bien cherché. C’était de la provocation que d’amener des clopes jusqu’ici. Après la douche, il faut encore attendre que le surveillant vienne nous ouvrir. Habib courtise toujours Bébert. Bébert refuse toujours ses avances.

En sortant, je les vois, l’un suivant l’autre. Bébert tente de semer Habib le long de la grande coursive, Habib continue à le pister comme un gibier ! Vu la différence de gabarit entre les deux bêtes, Bébert fait figure de menu fretin. Habib n’en fera qu’une bouchée. Précautionneusement, j’ai pris la travée d’en face. Je ne me mêle pas à la course. Le vide central nous sépare – le vide qui relie les étages. Le détour me va mieux.

Quand je rejoins la porte de la cellule, Bébert et Habib montent déjà la garde. Je reste à distance. Il faut attendre que le geôlier vienne là aussi nous ouvrir. Ils ont dû négocier en chemin. De guerre lasse, Bébert finira par donner quelques clopes à Habib. Si ça valait la peine tout ça : de toute façon, il n’avait guère d’autre solution.

« C’est à cause de vous qu’on se fait racketter »

La porte s’est refermée sur nous deux. Jean-Marie est toujours aux douches. Comme d’habitude, il prend son temps. Les douches sont aussi pour lui un endroit où il cause. Presque, il s’y sent bien. C’est vrai que durant la semaine, pressé par ses activités, il rencontre peu les détenus du quartier. C’est en ce moment, sous le plafond dégoulinant et dans la crasse obscure qu’il règle quelques affaires.

Je me retrouve seul avec Bébert. En face à face.

Voilà. C’est pour mon matricule (ou, plutôt, ici pour mon numéro d’écrou) ! Bébert n’en pouvant plus, c’est à moi qu’il s’en prend à présent.

« C’est de votre faute [je présume que le “votre” s’applique à Jean-Marie et moi]. C’est à cause de vous qu’on se fait racketter ici ! A force de toujours vouloir leur rendre service, après ils nous prennent pour des chiens.

Ils pensent qu’on est leurs bonniches. Ça c’est vous : avec toutes vos simagrées, mais moi : vous ne m’aurez pas, moi je me laisserai pas manipuler. Vous jouez les enfants de cœur, les saints... Mais vous voyez pas qu’ils sont là que pour vous entuber ? »

Le voilà parti dans un grand délire. Il devient parano, le mec ! Là, je sens qu’il m’en veut. J’essaie d’éviter son regard. Mon rasoir jetable à la main, je tente de ne m’intéresser qu’à ma vieille peau reflétée dans la glace. Derrière mon épaule, Bébert me cherche encore. C’est comme du cinéma suédois : un dialogue par miroir interposé. Et Jean-Marie qui ne revient pas de la douche !

« – Bébert, s’il-te-plaît, débranche ! Moi, je t’ai toujours respecté : alors, s’il te plaît : débranche-moi.

– Toi, tu es le pire, avec ton air de Judas : toi, tu veux manipuler tout le monde dans la cour ! Tu crois que je ne te vois pas faire ? Avec ton jeu d’échecs, avec tes courriers, tu es en train de les acheter tous. Mais moi, tu ne me manipuleras pas. Je ne me laisserai pas manipuler par un juif... »

La cohabitation avec Bébert devient insupportable

Je ne lui réponds rien. J’encaisse c’est tout. De toute façon, je ne vois pas ce que pourrais lui dire. Dans d’autres lieux, à d’autres moments, dans une autre vie peut-être j’aurais eu la répartie suffisamment cinglante pour le remettre à sa place, mais là, vraiment, je n’en peux plus.

Et d’abord, je ne suis pas juif. Ou plutôt je ne le suis plus. Depuis 1492 ou quelque chose comme ça. Ou bien c’est que je sens toujours le juif – le judío, comme on dit en espagnol, avec ce que ce terme peut avoir de péjoratif. J’ai envie de me renifler pour voir à quoi je peux bien sentir. Même pas j’ai été circoncis.

La cohabitation avec Bébert devient insupportable. Là, il a su trouver les mots pour faire mal. « Manipulateur pervers. » Je pense qu’il a dû rajouter « pervers ». Je crois bien. En tout cas, s’il ne me l’a pas dit, je l’ai entendu. Ce sont ces mêmes mots, ces mêmes accusations qui m’ont conduits dans ce trou. Il doit donc y avoir du vrai dans tout ça : tout mon cinéma, toute ma courtoisie, toute ma servilité ne sont qu’une grosse manip... Je passe ici pour un bon Samaritain, mais un Samaritain quand même.

La misère de Bébert, c’est la nôtre

Bébert a eu hier son audition dans le bureau du juge d’instruction. Il a aussi vu le juge des libertés. Il attend à présent leur verdict. Vraiment, il ne va pas bien et il met à mal son monde. Moi d’abord. Me voilà bien fragile. Si j’avais du caractère, je lui enverrais mon poing sur la figure pour lui dire de se taire. Mais je ne sais rien faire d’autre que de tenter de fuir.

La lâcheté, ça me connaît. J’appelle ça de la « non-violence », c’est plus respectable. Dans cette boîte de conserve, la porte reste obstinément close. Jamais je n’aurai la patience de scier les barreaux de fenêtre. Ici la fuite est une solution désespérée.

Enfin, Jean-Marie revient de la douche. Il nous trouve, Bébert dans son coin, moi dans le mien, c’est-à-dire pas très loin l’un de l’autre. Je tire une gueule de chien errant (c’est drôle d’avoir écrit : « chien errant »). Bébert reste excité comme une puce.

Il interpelle Jean-Marie en lui disant combien il se sent maltraité dans cette prison. Combien tous lui font des misères. Ah ! nous formons un bel assemblage. Jean-Mari garde (ou feint) un large sourire. Il fait comme si de rien n’était. Rien de bien grave, en somme.

Il a peut-être raison. Moi, je n’en peux plus. La misère de Bébert, c’est la nôtre. Cette misère, qu’il m’envoie à la gueule et qu’il me reproche, en définitive, c’est la mienne.

allez voir sur http://brunodesbaumettes.overblog.com

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans PRISON
3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 15:08

http://feudeprairie.files.wordpress.com/2013/02/grenoble-antifa.png?w=640&h=905

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans EVENEMENT
3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 15:06

Le commerçant yvelinois suspecté de terrorisme expulsé vers l’Algérie

Abdelghani Hadef, le commerçant de Mantes-la-Jolie (Yvelines) suspecté d’appel au djihad, a été expulsé ce vendredi en début confirme le ministère de l’Intérieur en France. L’homme avait été interpellé jeudi matin dans le quartier du Val-Fourré par les policiers avant d’être transféré vers le centre de rétention de Vincennes (Val-de-Marne).

Il en a été extrait vendredi à 12h30.

« Je me suis présentée sur place et on m’a répondu qu’il y avait un problème et que mon frère n’était plus dans les lieux, indique sa sœur. On a refusé de me dire où il est parti. » Son avocate, Me Nawel Gafsia, a appris un peu plus tard que son client se trouvait à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Il pourrait embarquer dans les prochaines heures vers l’Algérie, son pays d’origine. « Son avis d’expulsion ne lui a jamais été notifié. Personne ne me tient au courant. Je n’ai jamais vu ça », s’énerve l’avocate.

Son client demandait depuis 2006 le regroupement familial pour son épouse et son jeune fils « très malade », né en 2009, qui vivent en Algérie, ce qu’il a fini par obtenir en octobre 2012 après avoir engagé plusieurs procédures devant la justice. Mais la famille n’était pas arrivée en France, selon l’avocate.

« Il n’a jamais fait l’apologie du terrorisme », insiste son avocate

Depuis plusieurs années, l’homme était suivi par les services des Renseignements généraux puis de la Direction centrale du renseignement intérieur qui le suspecte d’être un chef de réseau djihadiste. Les services de l’État s’appuient sur « un blanc » de la DCRI, une note confidentielle. Mais selon son avocate, Abdelghani Hadef aurait pourtant « un casier vierge ». Il n’aurait jamais fait l’objet d’une enquête judiciaire. « Il est traité comme un terroriste notoire alors qu’il n’a jamais prêché pour le jihad ou fait l’apologie du terrorisme », insiste son avocate.

Le 10 février, le ministère de l’Économie et des Finances avait pris un arrêté pour geler les avoirs d’Abdelghani Hadef, commerçant suspecté de promouvoir « le jihad armé contre la France » et d’inviter à « commettre des actions violentes et des meurtres à l’encontre de personnes ». Il était depuis théoriquement expulsable.

Ces mesures contre Abdelghani Hadef font suite à une note de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Abdelghani Hadef y est décrit comme un proche de groupes terroristes qui animerait depuis plusieurs années des réunions avec « un petit groupe d’islamistes radicaux » pour préparer des attentats. La note se conclut de cette façon : « Son éloignement du territoire français [mettrait fin] à la menace que constitue sa présence sur notre sol ».

La préfecture des Yvelines ne souhaite pas s’exprimer sur ce dossier. Sollicité à de nombreuses reprises, le ministère de l’intérieur n’a jamais répondu à nos demandes d’information.

Presse terroriste (Mehdi Gherdane et Maxime Fieschi, LeParisien.fr, 28 février 2013)

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans FLICSPORCSASSASSINS
3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 15:05

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/Capture.jpg(…) La vague était silencieuse pendant quelques semaines. Mais la Chronique en avait parlé. Partie de Port-Saïd, entrée en désobéissance civile depuis deux semaines et demi, la colère a gagné peu à peu l’ensemble des cités du Canal de Suez, écrasées dans le sang par les Généraux et la police de Morsi, pour gagner d’autres villes, dont la célèbre Mahalla (al-Kubra). Cette cité est un symbole : elle fut la première à se soulever en 2008 contre Moubarak. Et désormais, elle est en tête de la rage contre le régime des Généraux et de Mohamed Morsi. Dans les villes en rouge, hormis Mansoura où la police réprime, les administrations sont closes.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/DELTA-DU-NIL.png

Tala et Mansoura rejoignent l’insurrection, la Chronique considère Mahalla comme aux mains de la rue (…). Le pouvoir des Généraux et de Mohamed Morsi ne contrôle plus Mahalla, ni Port-Saïd, ni Mansura, depuis désormais trois jours, même si la révolte dans ces villes gronde depuis trois à une semaine. Ce 2 mars, Tanta est elle aussi paralysée, ses administrations surveillées par des milliers de personnes, tandis que les commerces sont fermés ou en grève partielle, et les routes et places sont bloquées. (…)

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/Tanta-2-mars-2013.jpg

Tanta, 2 mars 2013

(Page Facebook de “La Chronique du Printemps Arabe par Cédric Labrousse”, 2 mars 2013)

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES
3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 15:04

Initiée le 15 mars 2011, la révolution syrienne a maintenant un an et demi. Elle s’inscrit dans la série de mouvements, révolutionnaires ou réformateurs, qui contestent les pouvoirs en place dans une vingtaine de pays arabes. La puissance de l’insurrection et l’héroïsme de ses acteurs, la violence de la répression à laquelle ils sont confrontés, tout comme l’isolement auquel ils semblent pour l’instant condamnés, donnent cependant à ce mouvement des traits exceptionnels.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/Banias-avril-2011.jpg

Banias, avril 2011

Mouvement de masse, spontané et pendant de longs mois pacifique, la révolution syrienne a commencé à Deraa puis gagné progressivement les autres régions du pays, à l’exception de Damas et d’Alep, qui ne seront touchées qu’au début de l’été 2012. Dans chaque ville ou localité, les manifestants organisaient chaque vendredi, et parfois quotidiennement, des cortèges avec comme slogans principaux « Le peuple veut la chute du régime » et « Liberté ».

Hommes, femmes et enfants se joignaient aux cortèges. La classe ouvrière, les chômeurs et les couches paupérisés étaient d’emblée le fer de lance de ce mouvement, rejoints par une importante composante estudiantine. Les manifestations, diurnes ou nocturnes, ont été immédiatement réprimées. Le mouvement s’est ensuite étendu aux régions kurdes et à des localités alaouites ou druzes. Vers la fin de l’année 2011, il s’est doublé d’un mouvement de grève générale et de désobéissance civile, inégalement suivies.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/Nous-ne-nous-mettrons-jamais-%C3%A0-genoux-%C3%B4-Bachar-Kafranbel-mai-2012.jpg

« Nous ne nous mettrons jamais à genoux ô Bachar » – Kafranbel, mai 2012

Les soutiens du régime

Le régime syrien est soutenu activement par un arc de forces allant de la Russie et de la Chine, de l’Iran et du Hezbollah libanais à des appuis plus idéologiques tels que l’ALBA (« Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique », composée notamment de Cuba, du Venezuela, du Nicaragua et de la Bolivie), voire le Jihad Islamique palestinien. Il sait que l’extrême droite antisémite internationale lui est acquise ; après avoir accueilli un criminel de guerre nazi, il entretient avec elle des relations anciennes. Il peut compter sur le silence de l’État d’Israël, ce dernier ayant apprécié ce régime prétendument « anti-impérialiste » qui n’a pas tiré un coup de feu en direction du Golan occupé et qui aura contribué par ailleurs à réprimer les Palestiniens à plusieurs reprises, ainsi qu’à contrôler plusieurs formations palestiniennes. Notons aussi le mutisme d’une kyrielle de formations qui n’ont pourtant pas lésiné sur leur soutien à d’autres révolutions (Parti communiste libanais, Front populaire pour la libération de la Palestine).

Le régime ne cèdera jamais et persistera dans la répression : arrestations, tortures, disparitions forcées, exécutions extrajudiciaires, déjà de mise avant la révolution, se multiplient. À l’été 2012, cette répression a fait 20’000 morts, des centaines de milliers de blessés, de disparus, de déplacés ou d’exilés dont l’essentiel se retrouve en Turquie, en Jordanie et au Liban. À la répression sanglante s’ajoutent les tentatives répétées du régime de fomenter une guerre civile sur des bases confessionnelles, en vain puisque des membres des minorités se joignent à la révolution, ainsi que les attentats qu’il provoque et dont il attribue la paternité à des « terroristes salafistes », en vain là-aussi. Sa seule manœuvre ayant connu un début d’aboutissement est son abandon récent de régions kurdes au PYD, branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) basé en Turquie, pour encourager les autres formations kurdes acquises à la révolution à la délaisser, pouvoir concentrer et donc renforcer les forces gouvernementales et, au-delà, fomenter des tensions entre Arabes et Kurdes ainsi qu’une menace contre le régime turc.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/Kafranbel-fin-2012-ou-d%C3%A9but-2013.jpg

Kafranbel, fin 2012 ou début 2013

Auto-organisation généralisée

La révolution n’en est que plus déterminée. Elle s’auto-organise en coordinations, principalement locales, qui se chargent d’organiser les manifestations, les secours et la médiatisation. En dépit de la répression, le nombre des manifestations ne fait que croître et si le régime ne tombe pas, c’est uniquement sur le plan militaire. Politiquement, il est mort. La révolution se double d’une résistance armée, initiée par des déserteurs ayant emporté le maximum d’armes avec eux, soucieux dans un premier temps de se protéger et de défendre les populations civiles, rejoints au bout d’un an par des milliers de jeunes gens qui ont pris les armes et forment l’essentiel de l’Armée syrienne libre.

Celle-ci est restée pendant plus d’un an une somme de petites unités sans réelle coordination ou commandement. Et quand ce dernier a vu le jour, c’est en étant déconnecté de toute direction politique.

Outre les coordinations, les opposants syriens se regroupent en une myriade de structures dont les plus médiatisées à l’étranger, comme le Conseil national syrien (CNS) et le CCNCD (Comité de coordination nationale pour le changement démocratique), n’ont que peu d’audience sur le terrain. Le CNS a été reconnu par les pays « amis de la Syrie » comme le représentant du peuple syrien, ce qui est démenti par le terrain. Cette reconnaissance lui vaut injonction de s’inscrire dans le plan de Kofi Annan de transition négociée et ne signifie en rien un quelconque soutien militaire à la révolution syrienne, de la part de pays par le passé prompts à intervenir.

Transition négociée ?

L’économie syrienne est exsangue, les prix flambent et, pour la première fois en juin 2012, des secteurs de la bourgeoisie commerçante affidée au régime ont observé à Damas une grève générale tandis que des gradés commençaient à faire défection et qu’un attentat tuait quatre responsables de la sécurité syrienne. La « défection » récente du général Manaf Tlass s’apparente plus à une volonté de sauver le régime d’Assad en le débarrassant de sa tête.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a vu toutes ses résolutions bloquées par les vétos russes et chinois. À aucun moment, les puissances impérialistes n’ont envisagé une intervention militaire en Syrie. Elles se sont bornées à évoquer des sanctions, dont une série, de type économique ou diplomatique, ont été suivies d’effet.

D’autres États affichent un soutien à la révolution syrienne (Turquie, Qatar, Arabie Saoudite) et ont rejoint les puissances impérialistes qui partagent un projet de transition négociée avec le régime, préservant ce dernier après le départ du dictateur, dans le but de faire progresser les forces islamistes qui leur sont acquises. L’Arabie Saoudite n’est « révolutionnaire » qu’en Syrie, puisqu’elle a réprimé le mouvement révolutionnaire sur son territoire et dans celui de Bahreïn.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/Hama-juin-2011.png

Hama, juin 2011

Une révolution abandonnée à son sort

L’enthousiasme qui avait suivi les premières révolutions arabes au niveau mondial est largement retombé quand a éclaté et s’est prolongée la révolution syrienne, le processus le plus tenace et le plus héroïque de la région. Les révolutionnaires sont abandonnés à leur sort. Les diasporas syriennes sont partout le fer de lance de la solidarité politique et humanitaire : réseaux d’assistance médicale, envois de convois aux frontières turque et jordanienne, organisations de manifestations de rue dans les cinq continents. Elles ont été rejointes par les organisations de défense des droits de l’homme de par le monde. C’est sur elles que repose l’essentiel de la solidarité – organisation de campagnes sur le long terme, défense de cas individuels, mobilisations de rue. Les alliances internationales du régime démobilisent des milliers de militants « anti-impérialistes » obnubilés par les déclarations du CNS et de ses parrains impérialistes, peu attentifs à la révolution concrète sur le terrain et encore plus aveugles face aux crimes contre l’humanité perpétrés sous leurs yeux.

Car la plus magnifique révolution de ce début de vingt-et-unième siècle s’accompagne aussi d’un odieux massacre de masse. Il ne s’agit pas seulement de répression d’une révolution telle qu’elle a pu être perpétrée « traditionnellement », dans d’autres pays où l’on a tiré sur des manifestants, mais d’une politique d’extermination systématique de populations civiles, dont les enfants ont déjà payé un lourd tribut. Le monde sait mais reste sans réaction. Les demandes de solidarité affluent pourtant, formulées de tous côtés.

Alors que des centaines de milliers de civils ont fui pour se réfugier dans les pays limitrophes, ils sont quelques-uns à être parvenus jusqu’en Europe. Selon les chiffres officiels publiés par l’Office français pour la protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), ils sont une centaine à avoir demandé l’asile en France depuis le début de la révolution syrienne, soit une centaine de révolutionnaires et de rescapés des massacres dont la majorité est à ce jour SDF. En dépit de leur nombre infime au regard des foules accueillies par les pays voisins de la Syrie, ni les institutions, ni les militants de ce pays ne leur ont ouvert leurs portes.

Toutes celles et ceux qui luttent pour la justice sociale, la démocratie trouveront dans la révolution syrienne l’occasion de ne pas rester des commentateurs désabusés, mais de prendre leur part dans un combat magnifique dont tous les puissants de ce monde voudraient se débarrasser.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/WHAT-THIS-WORLD-NEEDS-IS-A-FREE-SYRIA.jpg

Luiza Toscane, Tout est à nous !, n° 35, septembre 2012

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES

A L’assaut Du Ciel!

  • : coutoentrelesdents
  • : Les spectateurs ne trouvent pas ce qu'ils désirent, ils désirent ce qu'ils trouvent.
  • Contact

?

Celui Qui Ne Connaît Pas L'histoire Est Condamné À La Revivre.