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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 15:57

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VOIR LA VIDÉO

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 15:56

Flouez les puissants, renflouez La Brique !

La « crise » ? Les bidasses bombardent au Sahel, le bocage nantais défiguré par un aéroport, la greffe de la marque Louvre à Lens, des grévistes de la faim expulsés par charter, l’innovation toujours plus morbide des prisons… : elle a bon dos la « crise ».

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De notre côté, le constat est béant : après bientôt six ans de critique sociale, toujours pas le moindre euro de bénéf’. Ce nouveau numéro couvre les mois de février et de mars. Le précédent, ceux… d’octobre et de novembre. Deux mois à la trappe, « mis à profit » pour combler ce que nous réclame l’imprimeur. La Brique se spécialise dans l’appel à soutien. Et malgré vos bons deniers, ça reste toujours un peu la dèche. Lire le canard, l’offrir, l’acheter, s’abonner : sortir La Brique de son déficit, c’est virer une pierre de leur édifice…

Édito du n° 34 de La Brique, février-mars 2013

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Published by coutoentrelesdents - dans MEDIA
14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 15:54

Marseille : un gardien de la paix en garde à vue après la mort d’un jeune

Un gardien de la paix a été placé en garde à vue jeudi matin à Marseille après la mort d’un jeune homme au cours de la nuit, à la suite d’une altercation dans une épicerie avec des fumeurs de cannabis [sic - NdJL], dont les circonstances étaient encore floues. Né en 1973, ce policier, qui travaille au sein du groupe de soutien de proximité (GSP), n’était pas en service cette nuit.

Selon les premiers éléments, vers 02h00 du matin, le fonctionnaire serait allé faire ses courses dans l’épicerie, située dans le quartier du port de commerce à la Joliette, où se trouvait un groupe de jeunes en train de fumer du cannabis. C’est alors que la rixe aurait éclaté. Dans ses premières déclarations, le policier, qui aurait bu quelques bières avant de sortir faire ses courses [sic - NdJL], selon une source proche du dossier, a expliqué que trois jeunes fumeurs de cannabis, à qui il avait fait une réflexion, auraient remarqué son pantalon de policier.

Selon une source proche du dossier, il était vêtu de son pantalon d’uniforme et de vêtements civils. L’une des sources précise qu’il aurait été frappé au visage et c’est à ce moment-là que par réflexe, il aurait sorti son arme de service. Il aurait alors été jeté à terre par une “balayette” de la part des jeunes, ce qui lui aurait fait perdre l’équilibre. C’est alors que le coup serait parti, touchant l’un des jeunes, dont l’âge n’était pas encore connu jeudi matin, à la cuisse. Emmené immédiatement à l’hôpital en voiture par l’un de ses amis présent sur les lieux, le jeune homme, atteint à l’artère fémorale, est mort quelques heures plus tard, a précisé une source proche de l’enquête.

Le policier serait quant à lui rentré à son domicile avec les bières qu’il était venu acheter, sans s’être rendu compte d’une balle avait atteint quelqu’un [sic - NdJL], selon la source proche du dossier. À l’annonce du décès, son ami a quitté l’hôpital, pris sa voiture, puis est retourné à l’épicerie dans laquelle il a encastré sa berline allemande. Âgé de 19 ans, il a lui aussi été placé en garde à vue. Selon la source proche de l’enquête, c’est l’épicier qui a donné à la police les coordonnées du fonctionnaire vers 02h30 du matin.

Jeudi matin, le volet métallique de la supérette, située rue Roger-Salengro, était abaissé et les alentours étaient bouclés par la police. Des enquêteurs effectuaient des prélèvements sur des tâches de sang retrouvées au sol. L’arme du policier a été saisie pour être transmise à la balistique.

Les GSP, rattachés à des commissariats, sont des unités d’appui de la Police nationale, qui ont pour objectif de lutter contre la délinquance de proximité. Ils sont implantés dans les grandes villes comme Lyon, Marseille et en banlieue parisienne (Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne).

Leur presse (LEssor.org, “le premier journal indépendant de la Gendarmerie”, 14 février 2013)

 

Le policier placé en garde en vue jeudi après la mort d’un fumeur de cannabis de 19 ans au cours de la nuit à Marseille, était “en état alcoolisé”, a affirmé le préfet de police, en précisant que l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) était saisie. Le gardien de la paix a été interpellé à son domicile vers 2h30 du matin, “avec un taux d’alcoolémie qui n’a pas encore été déterminé”, a précisé Jean-Paul Bonnetain, au cours d’une conférence de presse à l’hôtel de police. (…)

Publié par des larbins de la maison Poulaga (LeMonde.fr avec l’Agence Faut Payer, 14 février 2013)

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Published by coutoentrelesdents - dans FLICSPORCSASSASSINS
14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 15:50

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 11:34
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Résistons Ensemble

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Published by coutoentrelesdents - dans BROCHURES
13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 11:29

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Published by coutoentrelesdents - dans EVENEMENT
13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 11:28

EDF et le nucléaire : Proglio patron voyou ?

Le patron d’EDF menacé de poursuites pénales pour “travail dissimulé” dans les centrales nucléaires.

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Avec d’abord l’histoire ordinaire d’un travailleur du nucléaire…

On va l’appeler Éric. Son histoire est racontée par le Canard Enchaîné. Deux jours après avoir appris qu’il était atteint d’un lymphome, une forme de cancer, il est licencié par son employeur, un sous-traitant d’EDF, qui l’envoyait travailler dans les réacteurs nucléaires un peu partout en France, au gré des contrats.

Éric a un défaut : il est consciencieux. À force d’attirer l’attention sur des dysfonctionnements et des défauts de maintenance qui lui semblent inquiétants sur les sites nucléaires, au lieu d’être écouté, il est viré.

Il a un cancer, mais pas de chance, son ex-employeur a “perdu” — perdu entre-guillemets — son dosimètre, cet appareil qui mesure tout au long de sa carrière la somme des radiations subies par un ouvrier du nucléaire. C’est vraiment malheureux, et ce n’est pas si rare selon le Canard, malheureux, car faute de dosimètre, impossible d’évaluer exactement la prise de risque du salarié, et le lien éventuel avec son cancer.

Une histoire ordinaire, elle illustre une situation qui irait bien au-delà du cas de cet ouvrier du nucléaire…

“Proglio accusé d’être un patron voyou” titre le Canard Enchaîné. Explication : le 24 janvier, Henri Proglio, le PDG d’EDF, reçoit un courrier de l’ASN. Dans ce courrier, l’Autorité de sûreté nucléaire menace l’électricien en chef de poursuites pénales pour sa gestion du personnel dans les centrales nucléaires. Il est accusé dans cette lettre de “prêt de main d’œuvre à but lucratif” et de “travail dissimulé”. Comme n’importe quel margoulin du BTP souligne encore le Canard.

Officiellement, EDF parle de “sous-traitance”. Courrier de l’ASN à l’appui, le Canardtraduit en langage courant : “combine”.  Une combine simple : des entreprises complaisantes mettent à disposition d’EDF leurs personnels, employés par EDF sans le statut maison. Adieu les bons salaires, l’ancienneté, les primes et les avantages variés.

Le Canard précise encore que dans ses bilans financiers, EDF classe ce personnel sous la rubrique “Fourniture”, au même titre qu’une vulgaire prise électrique.

Des fournitures au bord de la crise de nerfs : face aux cadences et au stress du travail en milieu nucléaire, le risque d’épuisement psychologique guette dans les centrales toujours selon le Canard. D’ailleurs le comité d’hygiène et de sécurité a tiré le signal d’alarme tout récemment en déposant un “droit d’alerte pour danger grave et imminent”.

De son côté, l’Autorité de sûreté nucléaire demande à EDF de mettre de l’ordre dans ses centrales en “ré-internalisant” des missions confiées à de faux sous-traitants.

La justice aura de toute façon son mot à dire : l’ASN a transmis ses procès-verbaux aux procureurs de Cherbourg, Dieppe et Rouen. En théorie, pour manquements au droit du travail, EDF risque 250’000 euros d’amende et son PDG 3 ans de prison. En théorie…

Presse esclavagiste (Jean-Christophe Martin, FranceInfo.fr, 13 février 2013)

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 11:27

 

« Air Cocaïne » refait surface : Le « service de sécurité malienne » accuse Ould Medou, Colonel Gamou et Sadou Diallo et pourtant, d’autres suspects ont été libérés après le 22 mars 2012

Si les sieurs Ould Médou, colonel Gamou et Sadou Diallo, maire de Gao sont aujourd’hui suspectés de complicité dans la libération de narcotrafiquants liés àl’affaire d’« Air Cocaïne », il faudra signaler que d’autres suspects et non des moindres ont également été élargis en Août 2012, c’est-à-dire,  après le coup d’État du 22 mars.

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Ould Médou (g), colonnel Gamou (au centre) et le maire de Gao Maire Sadou Diallo (d)

Dans un article signé « Service de Sécurité malienne » publié sur Maliweb.net, « Suspicion de complicité pour la libération de deux narcotrafiquants », l’auteur accuse les colonels Ould Médou, El Hadj Gamou et Sadou Diallo de complicité dans la libération, samedi dernier,  de présumés narcotrafiquants liés à « Air Cocaïne ».

L’on constate, soit dit en passant, que ce n’est pas tous les jours que les lecteurs ont droit à un article de presse signé « Service de Sécurité malienne » ; une maladresse, selon toute évidence.

L’affaire remonte à novembre 2009. Un  Boeing 727 venant du Venezuela et transportant de la cocaïne avait atterri dans la région de Gao. Après avoir déchargé leur cargaison, les trafiquants ont mis le feu à l’appareil. Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), ce n’était pas la première fois que les trafiquants opéraient sur le même axe.

Il s’avère, en tout état de cause, que des suspects de premier degré ont été, eux aussi libérés en catimini, sans autre forme de procès (au propre). Miguel Angel Devesa, de nationalité espagnole et Éric Vernay, de nationalité française, préalablement inculpés dans la même affaire, ont été en effet relaxés. Comme par miracle et sans explication aucune, leurs avocats ont obtenu l’annulation de la procédure. C’était en Août 2012, soit cinq (05) mois après le putsch du 22 mars et sous le règne de l’actuel ministre de la justice, M. Malick Coulibaly.

De graves présomptions existaient pourtant contre  les deux européens. L’Espagnol Miguel Angel Devesa est un ancien policier déjà condamné en Espagne pour trafic de drogue. Il est considéré comme le véritable cerveau de « Air Cocaïne ». Quant au français Éric Vernay, il était le pilote du même avion. Les deux suspects ont bel et bien libérés en Août 2012 dans des conditions encore floues.

Par ailleurs, l’Espagnol (Miguel Angel Devesa) a été condamné au Mali dans une autre affaire de meurtre. Souvenez de ce fait divers macabre : « Pour 400 millions de FCFA Des espagnols de Bamako tuent leur associé » avait alors titré la presse.

Pour rappel, Thomas alias Johnny, de nationalité ukrainienne avait été abattu de trois balles le  22 août 2011 par le Portugais Suza Miranda, garde de corps de l’Espagnol Miguel Angel Devesa. Les deux hommes ont ensuite découpé le cadavre en morceaux à l’aide d’une scie électrique.

Arrêtés et inculpés pour meurtre et de complicité, de détention illégale d’arme à feu, la Cour d’Assises, lors de son audience du jeudi 27 octobre 2011, a condamné Aquilino Sousa Meranda et Miguel Angel Devesa à 5 ans de prison avec sursis. Un verdict alors jugé trop (pas très)  clément au regard de la gravité des faits. C’était en Octobre 2011, c’est-à-dire avant la chute du régime ATT.

La magnanimité de la justice malienne semble s’être visiblement poursuivie après ATT et même pis. Et pour cause. Si la procédure concernant l’espagnol Miguel Angel Devesa est arrivée à son terme dans l’affaire du meurtre de Thomas alias Johnny, elle a été tout simplement interrompue après le coup d’État de mars 2012 dans l’affaire « d’Air cocaïne ».

C’est dans ce contexte que l’on annonce aujourd’hui la complicité des sieurs Ould Médou, colonnel Gamou et Sadou Diallo dans la libération de présumés narcotrafiquants liés à la même affaire. Une véritable boîte de Pandore, ce dossier.

À suivre donc !

Leur presse (B.S. Diarra, Maliba Info, 12 février 2013)

 

La jeunesse de Gao mécontente du maire

Cela fait plus d’une semaine que les jeunes avaient décidé de faire une marche pacifique pour protester contre les pratiques « pas claires » du maire. La situation est confuse dans la ville de Gao où les populations se révoltent de plus en plus contre leur maire. Depuis son retour dans la ville, selon notre source, le maire Saoudou Harouna Diallo pose des actes incompatibles avec la vision de la population. En effet, le dimanche 03 février, Saoudou H. Diallo aurait empêché une descente des populations sur le narcotrafiquant et non moins maire de Tarkint, Baba Ould Cheick. Ce qui a provoqué l’ire des jeunes, c’est la présence de ce narcotrafiquant dans la station SONEF à Gao, et qui plus est, escorté par une colonne d’hommes armés. Du coup, des jeunes de la ville s’étaient engagés à lui faire la peau. Subitement, explique notre source, le maire Diallo s’est interposé avant l’arrivée de la troupe française. Cette situation a irrité les jeunes au point qu’ils ont initié une grande marche le lendemain pour exprimer leur courroux. Heureusement, le colonel-major Didier Dacko a joué de son expérience pour calmer les ardeurs. Mais depuis, les populations de la ville de Gao ne font plus confiance à leur élu local. Pire, elles estiment qu’il n’est pas blanc comme neige, du moins qu’il entretiendrait des relations avec ce narcotrafiquant. Cette situation risque de prendre d’autres allures dans les jours, si des mesures ne sont prises pour mettre de l’ordre dans les choses. (…)

Leur presse (Le Reporter via Maliweb.net, 12 février 2013)

 

Mali : Ménaka sous contrôle de l’armée malienne après le départ du MNLA

Les troupes maliennes et françaises continuaient leur avancée sur le terrain, mardi 12 février, en prenant notamment la ville de Ménaka, située à 80 km de la frontière nigérienne, qui était depuis le 5 février sous le contrôle des rebelles touareg du MNLA. Ménaka été reprise par l’armée malienne, sans combats.

“Nous contrôlons Ménaka depuis quarante-huit heures. Actuellement, ce sont l’armée malienne et l’armée française qui sont à Ménaka. Le MNLA n’est plus là”, a déclaré le colonel malien Alaji Ag Gamou. “On ne peut pas dire qu’il y a eu vraiment de combat. Le MNLA a compris qu’il fallait partir”, a ajouté le colonel Ag Gamou, précisant que “trois éléments armés du MNLA” avaient été arrêtés à Ménaka, où ils étaient détenus. (…)

Publié par des larbins du narcotrafic (LeMonde.fr avec l’Agence Faut Payer, 12 février 2013)

 

Les armées française et malienne ont repris Gao

(…) La ville de Gao a été reprise samedi par les armées française et malienne, a annoncé le ministre de la défense français, après avoir confirmé, plus tôt dans la journée, la prise d’un pont sur le Niger et de l’aéroport de Gao, un bastion islamiste situé à 1200 km au nord-est de Bamako. Dans un communiqué, le ministère a affirmé que “dès ce (samedi) soir, Sadou Diallo, le maire de Gao réfugié à Bamako, a pu regagner sa ville”. (…)

Publié par les mêmes larbins du narcotrafic (LeMonde.fr avec l’Agence Faut Payer et Reuters, 26 janvier 2013)

Posted in General | Tagged Aquilino Sousa MerandaATTAzawadÉric VernayDidier DackoEl Hadj GamouGao,MaliMalick CoulibalyMénakaMiguel Angel DevesaMNLAONUDCOuld MédouSadou DialloTarkint | Leave a comment

Flashball et autres saloperies : œil pour œil, œil pour œil…

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Une nouvelle victime – John David, ouvrier intérimaire de chez Arcelor Mittal, manifestait devant le parlement européen de Strasbourg mercredi 6 février 2013 avec des travailleurs français, belges et luxembourgeois. Les flics ont tiré au flashball, dans le tas, à hauteur de la tête des manifestant-e-s. Lui a reçu une balle dans l’œil, dont il a perdu définitivement l’usage.

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Indymedia Nantes, 9 février 2013

 

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Published by coutoentrelesdents - dans COLONIALISME
13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 10:56

par Houria Bouteldja





J’ai bien appris ma leçon. Et je crois bien que j’ai fini par comprendre. Il paraît que les mots sont importants. Soit. Voici donc les mots que j’ai exprimés sur le plateau de Ce soir ou jamais, du 6 novembre 2012 à propos du mariage gay.

« Moi je n’ai pas d’avis sur la légitimité ou pas des revendications homos, en revanche j’ai un avis sur l’universalité de la revendication identitaire homosexuelle. Moi je vais vous le dire un peu brutalement, je ne suis pas concernée pas ce débat. Je ne suis pas concernée par ce débat parce que ma parole est particulière et qu’elle est située quelque part. Il y a un certain nombre de positions qui se sont exprimées ici et en France quand on s’exprime sur cette question, on est soit à droite, soit à gauche, soit on est progressiste soit on est réactionnaire. En ce qui me concerne, je ne suis pas du tout là dedans. Je suis même en dehors de tout ca puisque ma parole est située quelque part politiquement. Je suis située dans l’histoire de l’immigration post-coloniale et dans les quartiers populaires. Si on m’interroge sur cette question, là où je suis, parce que je n’ai pas un avis universel, là où je suis, je dis, cette question ne me concerne pas. Parce que si on prend un micro et qu’on va dans les quartiers, au Mirail à Toulouse, au Mas du Taureau à Lyon, à la cité du Luth à Gennevilliers et qu’on demande aux gens « c’est quoi vos problèmes ? » les réponses spontanément, prioritairement ce sera le logement, le harcèlement policier, ce sera les discriminations, le chômage, ce sera un tas de questions liées à la vie du quotidien, cette question (du mariage gay) n’apparaîtra pas, j’en fais le pari. Ca ne signifie pas qu’il n’y a pas de pratiques homosexuelles dans les quartiers, ca signifie qu’elle n’est pas prioritaire et qu’on a d’autres choses beaucoup plus importantes et urgentes. La seconde chose, c’est que je ne crois pas à l’universalité de l’identité politique homosexuelle. C’est-à-dire que je fais la distinction entre le fait qu’il peut y avoir des pratiques homosexuelles effectivement dans les quartiers ou ailleurs mais que ça ne se manifeste pas par une revendication identitaire politique. Celle-ci n’est pas universelle. Et moi je fais un peu ce reproche là au débat politique français, il considère, dans les milieux homosexuels, majoritairement, et c’est ce qu’on appelle homonationalisme et que je préfère appeler homoracialisme qui consiste à considérer que lorsqu’on est homosexuel, on doit faire son coming out et les revendications qui vont avec [1].

Ces déclarations ont globalement été bien accueillies par les non-Blancs mais ont suscité des réactions d’hostilité, plutôt méprisantes et assez explicites - qui s’avéraient d’autant plus violentes que certaines émanaient de milieux blancs réputés alliés. Je peux comprendre l’incompréhension. D’une part parce que le propos est plutôt lapidaire mais, circonstance atténuante, le format d’une émission télé ne permet pas les longs développements. Les admirateurs de Bourdieu et Chomsky l’ignorent-ils ? Et d’autres part, parce que rares sont les milieux blancs - et assimilés - réellement libérés de toute forme d’eurocentrisme. N’est pas « traître à sa race » - de blanc - qui veut. C’est une distinction qui se mérite.

Lorsque F. Taddéï m’invite à m’exprimer sur le mariage gay, j’hésite à accepter. Le sujet est délicat. En effet, il fait globalement consensus chez nos alliés blancs de gauche, ce qui est loin d’être le cas dans le rang des indigènes qu’ils soient organisés ou pas. Cette question est plutôt traitée sous la forme du rejet ou sous celle de l’indifférence. En tant que militante politique, prise dans des enjeux de construction, je me trouve confrontée à un risque qui peut me coûter cher de part et d’autre. Mais puis-je me permettre le luxe de me défiler ? La réponse est non.

D’abord parce que depuis une dizaine d’années, cette question revient avec force. Il est demandé des comptes aux indigènes quant à leur homophobie réelle ou supposée. Sur le plan international, on voit se dessiner les contours de plus en plus assumés d’une « civilisation sexuelle » promue par les instances internationales en défense des minorités sexuelles sous leur forme LGBT. Les exemples ne manquent pas : En 2004, a été fondée la journée internationale contre l’homophobie. Son promoteur, Louis-Georges Tin a même lancé une campagne de dépénalisation universelle de l’homosexualité avec l’appui de Rama Yade alors ministre sous Sarkozy. Lors du sommet du Commonwealth en octobre 2011, le Premier ministre britannique David Cameron a menacé d’exclure des programmes d’aides britanniques les pays qui ne reconnaissaient pas les droits des homosexuels. A New-York, des néoconservateurs de premier plan ont tenté de conditionner l’installation de la mosquée de Ground Zero par l’ouverture d’un bar gay ceci afin de mettre les musulmans à l’épreuve et tester leur tolérance. En 2010, lors de la Gay Pride de Berlin, Judith Butler, l’intellectuelle américaine de renommée internationale, s’est même émue de l’instrumentalisation xénophobe des luttes LGBT. « Nous sommes enrégimentés dans un combat nationaliste et militariste ». Ce sont ses mots. Cette tactique de pinkwashing, Israël l’a bien compris, lui qui se construit depuis quelques années un visage moderne et gay-friendly pour occulter la violation continue des droits des Palestiniens. Sur le plan national, on a vu récemment une valorisation exacerbée de « l’homo du ghetto » [2] ou encore d’un certain « progressisme musulman » [3]. Mieux encore, Marine Le Pen s’est récemment distinguée par une sollicitude insoupçonnée pour les homos des quartiers. Plus cocasse encore, le 7 mai 2011, le mouvement des identitaires a appelé à un kiss-in devant la grande mosquée de Lyon pour « combattre l’homophobie dans les pays islamiques, et l’homophobie d’une petite minorité de musulmans en France ». Edifiant.

Pour en revenir à l’émission qui a constitué le point de départ de cet article, si j’ai eu à me prononcer c’est aussi parce qu’à travers cette question du « mariage pour tous », c’est l’ensemble de la société qui est invité à se saisir de cette proposition de changement législatif - et pas seulement les communautés gays du monde Blanc.

Les indigènes sont une composante de la société française, bon gré mal gré. Si la question du « mariage pour tous » se pose dans le débat public, alors des organisations peuvent considérer qu’il est légitime de rompre le silence relatif qui marquait jusque-là le champ des luttes de l’immigration et des quartiers populaires à ce sujet. Et c’est ce qui s’est passé [4]  ! Des organisations musulmanes plutôt situées à droite et des militants réputés de gauche n’ont pas hésité à franchir le pas. Elles ont manifesté le 13 janvier dernier à l’appel du collectif contre le mariage pour tous qui rassemblait nombre d’organisations de droite et d’extrême droite. Plus que le courroux de nos « amis » blancs, c’est cette convergence paradoxale et dangereuse qui me pousse à réagir.

Comme je le disais, la question du mariage gay est délicate et lorsque j’accepte de participer à l’émission, même marchant sur des œufs, je sais que je n’hésiterai pas à sacrifier nos alliés blancs et disons plus largement l’opinion blanche de gauche acquise à la lutte des homos. Il faut savoir perdre les blancs momentanément pour, dans le meilleur des cas, mieux les reconquérir, surtout quand on s’inscrit dans le temps long. Ce risque nous, les Indigènes de la république, n’avons jamais hésité à le prendre. L’expérience est globalement salutaire. Ce qui m’importe avant tout, c’est l’opinion indigène, et ses motivations profondes. A trop dépendre de nos « amis » blancs, on se dissout inutilement dans un gloubiboulga apolitique où le purisme des principes le dispute à un humanisme abstrait, individualiste et libéral - parfois naïf pour ne pas dire niais.

Cela dit, je mens un peu. En tant que militante, je suis bien obligée de réfléchir les équilibres et les alternatives, aussi si je ne peux pas faire l’économie du sacrifice de l’opinion blanche de gauche, il n’en reste pas moins que celle-ci reste importante à mes yeux et qu’elle ne disparaît pas complètement de mon écran radar. A condition que de part et d’autre, on ait bien défini l’ennemi principal. J’y reviendrai.

Homosexualité et indigénat dans le champ politique blanc

D’habitude, trois possibilités s’offrent à nous, militants de l’immigration et des quartiers populaires, lorsqu’on aborde les questions liées à l’homosexualité :

1- Le silence. C’est l’attitude dominante : une espèce de pacte de non agression vis-à-vis du monde blanc motivé par une prudence de rigueur ? Une question qui ne fait pas sens pour nous ? De l’indifférence ? Sans doute un peu de tout. Pour illustrer ce point, notons que les indigènes n’ont pas brillé par leur présence dans les différentes mobilisations en faveur du mariage gay.

2- Une adhésion aux positions réputées de droite sur la famille qui semble s’exprimer de manière plus franche ces dernières années. Notons pour mettre un bémol à ce point que les Noirs, Arabes et Musulmans n’ont pas non plus brillé par leur présence dans les différentes mobilisations contre le mariage gay ce qui me permet de souligner, d’une part, qu’il n’existe pas vraiment d’homophobie de combat en notre sein et d’autre part, que les appels - paniqués - d’indigènes contre « le mariage pour tous » ont sur réagi par rapport à l’état objectif de l’opinion indigène. J’y reviendrai.

3- Une position humaniste et/ou religieuse qui développe un rapport à caractère paternaliste aux homosexuels. Ils sont des créatures de Dieu aussi convient-il de les respecter et ne pas leur faire violence (même si l’homosexualité est réprouvée par la religion) car seul Dieu a le pouvoir de juger. Cette position est sans doute celle qui sera la plus « progressiste ». Elle sera l’expression d’un compromis entre le seuil de tolérance supposé des musulmans et/ou habitants des quartiers et la démocratie sexuelle à laquelle adhère peu ou prou le peuple de gauche.

Résistance à l’homosexualité comme identité sociale et politique

Il existe une quatrième possibilité : la position décoloniale. Celle qui ne considère pas les homosexuels comme des bébés phoques, une espèce à protéger ou à honnir mais comme des sujets sociaux. Une position qui élabore une formulation politique dénuée d’un rapport pathologique ou paternaliste avec l’homosexualité mais qui refuse tout alignement sur l’agenda blanc. On est ici loin de toute forme d’homophobie. On est même aux antipodes. En revanche, cette posture se distingue du mouvement gay occidental en ce sens qu’elle lui nie ses prétentions à l’universalisme comme elle réfute le postulat d’une identité politique gay et lesbienne transnationale. Elle resitue le sujet colonial de France ou du monde dans son espace-temps et dans la prise en compte des résistances intra-indigènes dans le cadre d’une société racialiste et/ou impérialiste. Par exemple, l’histoire des pratiques sexuelles en terre d’islam, parmi lesquelles l’homo-érotisme, a été occultée par la longue nuit coloniale. La binarité hétérosexualité/homosexualité a non seulement été imposée dans des territoires où elle n’existait pas mais elle s’est cristallisée : les représentations véhiculées par l’Occident, l’orientalisme, ont durablement posé les termes dans lesquels les intellectuels arabes allaient débattre de la sexualité. C’est par un ensemble de discours, de récits de voyages, de règlements et de lois imposées par les métropoles impériales, que les pratiques homosexuelles ont été dévaluées, interdites, assimilées à des vices, tares ou maladies. Dès le début du XXe siècle, les penseurs nationalistes ont constamment réfléchi à leur propre tradition littéraire, civilisationnelle, religieuse, au miroir de l’idéologie occidentale du progrès. Pour ces penseurs, la modernité pour la nation arabe était également une modernité sexuelle. Avancer vers le progrès, c’était aussi civiliser la sexualité arabe, faire des pratiques hétérosexuelles - les seules légitimes aux yeux des Européens - la norme de leurs sociétés. Par contraste, les périodes de l’histoire des Arabes connues pour leur tolérance envers les pratiques homosexuelles étaient relues comme des périodes de déchéance et de régression [5].

Pour autant, des formes d’homo-érotisme de l’ordre ancien ont survécu, se sont maintenues sous des formes complexes, recomposées et résistent aux formes qu’imposent au monde l’universalisation des normes tant hétérosexuelles qu’homosexuelles et, localement, l’homoracialisme. On sait que les injonctions faites par le monde blanc et la violence tant symbolique que politique qui les accompagnent produisent de l’homophobie. La promotion de l’homosexualité comme identité politique produit des dégâts tant sur le vécu des homosexuels dont la vie peut-être mise en danger que sur les rapports sociaux surtout quand la protection due aux minorités sexuelles devient une exigence politique et éthique internationale à l’aune de laquelle se mesure la maturité civilisationnelle des nations néo-colonisées. Il serait temps, une bonne fois pour toute, de comprendre que l’impérialisme - sous toutes ses formes - ensauvage l’indigène : à l’internationale gay, les sociétés du sud répondent par une sécrétion de haine contre les homosexuels là où elle n’existait pas ou par un regain d’homophobie là où elle existait déjà, au féminisme impérialiste, elles répondent par un durcissement du patriarcat et par une recrudescence des violences faites aux femmes, à l’humanisme blanc et droit de l’hommiste, elles répondent par un rejet de l’universalisme blanc, à toutes les formes d’ingérence commises par l’Occident et qu’il serait fastidieux d’énumérer ici, elles répondent par une hostilité grandissante.

C’est pourquoi, de façon analogue, les quartiers populaires répondent à l’homoracialisme par un virilisme identitaire et...toujours plus d’homophobie. Quelle que soit la laideur apparente des réactions, elles ont une motivation commune : une résistance farouche à l’impérialisme occidental et blanc et une volonté obstinée de préserver une identité réelle ou fantasmée, ou en tout cas une identité qui fait consensus. Car que l’on se définisse comme « homo » ou non, que l’on ait des pratiques homo-érotiques ou non, être un sujet colonial implique d’être toujours sommé de se définir par rapport à des « modèles d’intégration ». Quand on aborde le sujet de l’« homosexualité » dans les quartiers populaires, on ne peut faire l’impasse sur les injonctions à s’intégrer dans la démocratie sexuelle occidentale, et à la réaction de tous les acteurs à cette sommation. Il est à cet égard intéressant de lire comment les défenseurs d’une identité homosexuelle « universelle » imposent leur grille d’analyse au cœur de leurs campagnes pour « sauver » les homos des cités. Dans un article très virulent dénonçant mes propos tenus lors de l’émission évoquée précédemment, Johan Cadirot, administrateur du Refuge - « une association qui loge les victimes d’homophobie » - affirme qu’il n’y a pas « moins d’homos » dans les cités, mais qu’ils « sont plus cachés et dans le déni [6] ». L’enjeu est donc bien de convaincre des non-Blancs qu’ils doivent s’identifier comme homosexuels. C’est un choix qui s’inscrit dans le militantisme homosexuel hégémonique : c’est le choix entre la fierté et la honte, le placard ou le coming out. Cela ne remet pas en cause la sincérité des personnes qui viennent en aide à des personnes persécutées ou mises à mal. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. Ce qui est caractéristique de ce discours, c’est que toute résistance aux identités LGBT est associée à de la dissimulation et du renfermement - quand ce n’est pas à de l’homophobie latente ou explicite. Comment justifier cette assimilation de toutes les sexualités : ou bien hétéro ou bien homo ou bien caché ou bien visible ?

De très nombreuses formes de relations sociales sexuelles ont été corrompues par le fait colonial. Les indigènes du monde se débattent pour les recomposer et pour reconstruire ce lien avec des lambeaux d’histoires et de mémoires sociales menacées de disparition non sans ambigüités et sans entrelacements et interpénétration du modèle hétérosexuel blanc [7]. C’est aussi le cas des réactions hostiles à l’« homosexualité » dans les quartiers populaires. Il n’y a pas de doute possible sur ce point : les réactions hostiles à l’homosexualité, les appels à manifester aux côtés de la droite dure ou de Frigide Barjot, sont aussi des formes d’intégration à la famille occidentale inscrite dans l’identité nationale française. Dans cette homophobie, il y a donc bien à la fois intégration et résistance - une résistance « édentée », pour reprendre les termes d’Albert Memmi à propos du « racisme édenté » du colonisé envers le colonisateur.

Ainsi, la lutte contre l’impérialisme gay et l’homoracialisme contient en elle-même à la fois une lutte contre l’homophobie et une lutte contre le racisme et l’intégration aux normes blanches de « la démocratie sexuelle ». Il se pourrait donc bien que derrière la critique virulente de l’internationale gay (que j’assume) il y ait une vraie préoccupation pour la protection et l’intégrité de pratiques sexuelles menacées par un ordre occidentalo-centré. Il se pourrait même bien qu’il y ait aussi une horreur de la violence engendrée par cette pression sur les homosexuels et un sincère souci de l’ « autre ». Ainsi lorsque j’affirme que l’identité politique homosexuelle n’est pas universelle c’est peut-être aussi pour mieux en protéger la pratique, pour sauvegarder des libertés mais aussi des vies. La formulation politique des indigènes doit ainsi devenir une alternative optimale à l’injonction des Blancs et une réponse à un besoin fondamental des indigènes : retrouver une personnalité propre et penser à partir de ses propres coordonnés. Le but est de nous respecter nous-mêmes et notre rapport au monde, tout en refusant de céder au monde blanc dans sa tentative d’universaliser les identités LGBT ou dans sa forme néoconservatrice, hétéro-patriarcale et chrétienne d’Europe.

Espaces-temps et alliances politiques

J’imagine très bien le désarroi d’un blanc de gauche devant le spectacle incompréhensible du brouillage du clivage de classe. Voir ses ouailles indigènes lui échapper quand il a tant donné pour les orienter vers les valeurs de gauche. Ne s’est-il pas investi corps et âme, des années durant pour son pote et contre le FN ? Et voilà le pote, ingrat, qui va manifester avec des fachos et des conservateurs de tout poil contre le mariage gay. L’indigène serait ainsi tendanciellement plus réactionnaire que progressiste.

A première vue, oui. Si l’on s’en tient à une stricte lecture de classe et au clivage gauche, droite, le slogan amorphe « la gauche du travail et la droite des valeurs » traduit relativement bien la sensibilité indigène. C’est ainsi qu’ont pu se produire ces dernières années des convergences étonnantes entre des descendants d’immigrés et des mouvances d’extrême droite comme celle menées par Alain Soral, ou plus soft, des adhésions aux Villepinisme ou au Modem. Pour autant cette convergence peut-elle être pérenne ? A-t-elle un avenir ? Non.

D’abord pour des questions liées à l’appartenance de classe. Les indigènes sont une composante importante du prolétariat et du sous prolétariat français. Ensuite, parce que ces alliés de circonstances, que ce soit le PS, la droite ou l’extrême droite sont ceux qui produisent les politiques et lois répressives et racistes qui les maintiennent dans leur conditions d’indigènes. Les promoteurs de l’appel « un débat pour tous » ne peuvent pas l’ignorer. Cela crée un précédent dont ils seront politiquement et moralement responsables. A l’inverse, une alliance pérenne avec la gauche et l’extrême gauche est aujourd’hui tout aussi illusoire. Dans l’état actuel des choses, il serait assez difficile de faire converger des secteurs importants de l’immigration post-coloniale sur un programme anticapitaliste, « laïc », féministe et ouvert à la question des homosexuels, en bref sur un projet « progressiste ».

Le mot est jeté : « progressiste ». S’il existe un mot creux, sans consistance, c’est bien celui-ci. Il a sans doute un vrai contenu politique pour nombre de blancs de gauche et recouvre un spectre qui va de Mélenchon à l’extrême gauche, en passant par les libertaires et autres anarchistes. Pour nombre d’indigènes, il a peu de sens. Et pour les indigènes décoloniaux, encore moins. Dans notre histoire, l’impérialisme, le colonialisme, le racisme et la confrontation globale avec le système républicain blanc et eurocentrique ont achevé de nous retirer toute croyance dans ce paradigme du progrès. D’abord parce que cette idée est étroitement liée à la modernité occidentale et à sa vision fausse d’un temps linéaire qui ne peut, selon les schémas mentaux, que cheminer vers plus de droit, plus de libertés. Ensuite parce que le système colonial/racial nous impose le rythme de l’ « homme blanc ». Le racisme a suspendu notre temps. On ne peut pas avancer et encore moins « progresser » si on ne reconstitue pas notre colonne vertébrale. Dans ce processus, la priorité est donnée à la reconstitution du lien social communautaire autour d’identités brisées, escamotées mais considérées comme nôtres et authentiques. Tout ce qui semblera menacer cette entreprise de reconquête de soi sera rejeté intuitivement. Inutile d’aller chercher la main des islamistes derrière cette façade conservatrice. Ce sera le cas pêle-mêle des idées dites progressistes comme l’athéisme qui structure fortement la gauche, le féminisme ou la lutte homosexuelle. Ce qui a d’emblée le visage de la réaction est aussi et surtout une résistance décoloniale. C’est ce qu’on appelle communément le « repli communautaire » et que nous appelons, nous, l’ « espace-temps indigène », cette discordance temporelle qui se manifeste sous les traits d’une espèce de « régression féconde », une illusion de recul mais qui est en fait un progrès du point de vue de l’intérêt global des racisés, un moment de refondation que nous devons préserver de l’ingérence blanche coûte que coûte. C’est une question de survie sociale. « Nous ne vivons pas simultanément » observe Sadri Khiari [8]. C’est ce qui explique à mon avis et sans équivoque l’infidélité décomplexée qui s’affiche et qui s’assume dans les rangs d’indigènes réputés de gauche autrefois moins audacieux et qui s‘affichent avec la droite. Mais surtout, surtout, c’est ce qui explique l’absence significative des indigènes dans les mobilisations pour ou contre le mariage gay. Je disais plus haut que les appels contre « le mariage pour tous » avaient sur réagi par rapport à l’humeur réelle des indigènes et notamment des habitants des quartiers. La vérité, à mon sens, c’est que les habitants des quartiers n’ont aucune raison de réagir. Ils ne se sentent pas « menacés » par le mariage pour tous. Car la loi coutumière des quartiers est plus forte que celle de l’Etat. En d’autres termes, les indigènes savent intimement que même si le mariage gay était institutionnalisé, il ne pénétrera pas dans les quartiers. Pour moi, c’est la raison principale de leur absence dans les mobilisations opposées aux promesses de Hollande. C’est une hypothèse mais elle mérite d’être creusée. Du point de vue blanc, ce sera sans doute la preuve qu’il y a effectivement des « territoires perdus de la république », du point de vue indigène, c’est une démonstration de résistance inouïe. Et redoutable.

Cette « régression féconde », j’en suis car je suis résolument de leur côté de la fracture raciale. C’est pourquoi, je réprouverai catégoriquement toute tentative de mettre sur le même plan Civitas et UOIF, de comparer ne serait-ce qu’une seconde Chaambi et Barjot quelle que soit l’absurdité de leurs choix politiques. C’est bien une fracture raciale qui les (nous) sépare.

Leur régression féconde, j’en suis. Je suis une femme et n’ignore pas la puissance du patriarcat indigène. J’ignore encore moins son redéploiement et son énergie nouvelle du fait de la pression du racisme. C’est pourquoi, avec toute conscience, je négocie avec ce patriarcat [9]. Il en va de même pour les homosexuels, hommes ou femmes. Leur expérience à l’intérieur de communautés racialisées les amène à la nécessité de cette négociation pour éviter une quelconque complicité avec l’impérialisme blanc dont ils savent qu’il ne peut que fragiliser le corps social indigène déjà mal en point, et poursuivre le démantèlement de la famille qui devient pour les indigènes le refuge ultime. La famille sera ainsi magnifiée, affirmée et confirmée. Le mariage hétérosexuel est ainsi le seul horizon possible. D’autant que la famille occidentale, telle qu’elle est défendue par Civitas et la droite du spectre politique, demeure un horizon désirable pour les non-Blancs en France. Rappelons-nous que le « regroupement familial » est pour la république une affaire de décret, et l’on comprendra en quoi l’aspiration immigrée à la famille est aussi l’enjeu d’une bataille politique. Nos communautés sont ravagées par le chômage endémique et l’austérité néolibérale. Le déclin de l’État social n’est pas sans renforcer les solidarités communautaires et familiales. Au-delà de la condition économique, la famille immigrée est l’objet d’un stigmate, d’une indignité symbolique, la cible des plus diverses paniques morales - du « mariage forcé » à la polygamie en passant par les crimes d’honneur. Nos familles sont tiraillées entre la montée du chômage, le travail domestique salarié des femmes dans les familles blanches, la discrimination au travail que subissent hommes et femmes et la disqualification scolaire. Dans ces conditions, comment ne pas désirer réinvestir la famille ou comment faire un autre choix ?

Les homosexuels indigènes confrontés à ce dilemme se trouvent ainsi devant trois possibilités [10]] : l’éloignement familial, communautaire, géographique lorsqu’ils en ont les moyens (ce qui est rare), la soumission au mariage hétérosexuel forcément accompagnée d’une grande précarité affective, ou le mariage avec un homosexuel du sexe opposé pour sauver les apparences. Ce qui fait le lien entre ces trois stratégies, c’est la préservation de l’ordre familial et communautaire et l’impossibilité du coming out. L’identité homosexuelle ? Les revendications politiques qui en découlent ? Certes, une possibilité pour un petit nombre (à quel coût ?), une impasse pour la majorité.

Ainsi, il y a bien un espace social blanc et un espace social non blanc qui délimitent tout deux des espaces politiques distincts. Cela pose la question de l’autonomie des espaces mais également de la compréhension mutuelle des espaces-temps ainsi que la nécessaire élaboration d’une stratégie politique qui permette, alors que certains plébiscitent le progrès et l’émancipation individuelle et que d’autre lui résistent, une convergence contre l’ennemi principal. Cela nécessite avant tout que cet ennemi principal soit identifié. S’agit-il du pouvoir impérialiste, capitaliste, bourgeois et raciste ? Ou bien les barbus et voilées « réactionnaires », « sexistes », « anti-modernes » pour les uns ou les mouvements progressistes, féministes, pro droits des homos pour les autres ? La résolution de cette équation sera d’abord et avant tout dans le camp des progressistes blancs si tant est que la gauche et les indigènes ont un même ennemi principal commun et surtout si les uns et les autres en conviennent. Pourquoi ? Parce que les indigènes ne feront aucune concession qui leur coûte leur dignité déjà fort entamée et parce que d’un point de vue révolutionnaire la priorité doit être donnée aux projets politiques des plus fragiles et des plus dominés. Je pense qu’il est illusoire de croire à une soumission des indigènes à l’agenda blanc. Les blessures sont trop profondes et les conditions sociales trop précaires pour croire à un alignement des indigènes organisés ou pas sur les positions du progressisme blanc. Il est urgent d’en faire le deuil. Ceci ne signifie pas capitulation, mais respect des espaces-temps et confiance dans les dynamiques intra-indigènes qui savent souvent (quand on les laisse tranquilles) conjuguer en contexte hostile libertés collectives et libertés individuelles. Bien sûr « liberté » ici n’a pas le caractère absolu de l’idéal progressiste (celui-ci est-il vraiment souhaitable ?) et bien sûr les revendications individuelles ne seront jamais pleinement satisfaites. Mais le sacrifice fait partie intégrante de la réalité indigène. Qui ne peut pas le moins, ne peut pas le plus...On fait avec. Par ailleurs, le respect du temps indigène, c’est-à-dire l’arrêt des injonctions et de l’ingérence dans les affaires indigènes pourra aussi avoir comme conséquence positive la résorption de la violence qui en découle et qui s’abat sur les indigènes séduits par les sirènes du progrès, de l’individualisme et de la modernité blanche qui, elles, s’opposent à la structure communautaire et aux solidarités familiales. Et à plus long terme, on peut espérer que l’assouplissement des deux contraintes - celle qui oblige à s’identifier comme homosexuel comme celle qui impose une hétérosexualité rigide - laissera aux personnes non blanches ayant des pratiques homo-érotiques le soin de concilier leur vie privée et leur vie publique, leurs relations affectives et leurs solidarités familiales.

Mais cette paix intra-indigènes est-elle une priorité pour nos « amis » antiracistes, antisexistes, anti-homophobie et bien sûr antilibéraux, articuleurs et intersectionnalistes amoureux du reflet de leur image dans le miroir ?

Houria Bouteldja, 12 février 2013


[1] Suite de l’intervention : “ Or ça, ça n’est pas vrai. Il y a des manières de gérer son homosexualité de la manière la plus intime qui soit, pas du tout publique. Je ne suis pas du tout en train de dire que ceux qui ont des revendications ont le tort de le faire, je dis qu’on vit dans des sociétés à plusieurs vitesses, qu’on vit dans différentes sociétés, qu’on est vit tous ici dans l’hexagone, mais qu’en réalité en France il y a plusieurs sociétés et qu’on ne vit pas dans les mêmes espaces temps. » Plus loin, j’ajoute, au moment où Paul-Marie Coûteaux abonde dans mon sens, non sans une certaine délectation et croit m’embarrasser : « Non, vous ne me mettez pas dans une mauvaise situation. Je ne supporte pas l’impérialisme gay. Je comprends qu’il puisse y avoir des revendications (homos), ce n’est pas mon problème. Mon problème c’est qu’on impose des modèles de société à des groupes ou des peuples, des modèles d’émancipation qui ne sont pas universels. »

[2] http://www.tetu.com/actualites/france/brahim-nat-balk-dans-la-cite-etre-musulman-et-homo-est-inacceptable-15622, http://www.cherche-midi.com/theme/Homo-ghetto-Franck_CHAUMONT_-9782749109435.html

[3] http://www.homosexuels-musulmans.org/accueil.html

[4] http://oumma.com/15340/un-debat http://www.uoif-online.com/v3/spip.php ?article1437

[5] Sur ce thème, voir Joseph Massad, Desiring Arabs, University of Chicago Press, 2008.

[6] http://www.streetpress.com/sujet/74580-plus-forts-que-frigide-barjot-les-indigenes-de-la-republique-denoncent-l-imperialisme-gay

[7] Pour de plus amples développements sur ce thème, voir Maria Lugones, « The Coloniality of Gender », Worlds and Knowledges Otherwise, printemps 2008.

[8] Pour comprendre la notion d’espace-temps, lire : « Nous avons besoin d’une stratégie décoloniale », Sadri Khiari dans Race et capitalisme,Félix Boggio Ewanjé-Epée, Stella Magliani-Belkacem, éditions Syllepse, 2012. Lire aussi Sadri Khiari, Pour une politique de la racaille, éditions Textuel, 2006

[9] C’est une question que j’ai déjà traitée Pierre, Djemila, Dominique...et Mohamed http://www.indigenes-republique.fr/article.php3 ?id_article=1612

[10] [http://gss.revues.org/index2366.html->http://gss.revues.org/index2366.html

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Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES
12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 15:35

Affrontements au Caire deux ans après la chute de Moubarak

LE CAIRE – Des affrontements ont éclaté lundi au Caire entre policiers et manifestants qui réclamaient le départ du président Mohamed Morsi, à l’occasion du deuxième anniversaire de la chute de son prédécesseur Hosni Moubarak.

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Manifestants près du palais présidentiel du Caire.

Des dizaines de jeunes ont lancé des pierres en direction du palais présidentiel au terme d’une marche de plusieurs milliers d’Égyptiens qui accusaient les Frères musulmans, dont Mohamed Morsi est issu, d’avoir détourné la révolution et de chercher à monopoliser le pouvoir.

La police a riposté avec des canons à eau et des grenades lacrymogènes, avant de pourchasser les manifestants aux abords du complexe présidentiel.

Le palais Ettihadiya, dans le quartier d’Heliopolis, était pour l’occasion protégé par des fils de fer barbelés, installés après l’incendie d’un bâtiment atteint par des cocktails Molotov la semaine dernière.

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Les affrontements, qui ont semblé de moindre ampleur et moins violents que ceux qui ont éclaté ces dernières semaines entre partisans et adversaires de Mohamed Morsi, ont été retransmis en direct par plusieurs chaînes de télévision.

Les manifestants s’étaient réunis dans la journée sur la place Tahrir, symbole du soulèvement contre Hosni Moubarak, avant de perturber la circulation automobile en bloquant brièvement plusieurs ponts qui enjambent le Nil. (…)

Presse contre-révolutionnaire (Reuters, 12 février 2013)

 

Égypte : révolution et luttes sociales

Si l’on retient de la révolution égyptienne de 2011 la figure du jeune internaute branché, si l’on découvre, en 2013, celle, plus sombre, du jeune cagoulé vêtu de noir, il en est une que la plupart des médias ignorent alors même que son rôle est incontestable dans le cycle de mobilisations que connaît l’Égypte depuis deux ans, et au-delà depuis la fin des années 1990 : celle du petit salarié, qu’il soit ouvrier, fonctionnaire ou employé.

Moins médiatiques que les affrontements entre militants politiques et forces de l’ordre, plus constantes et régulières que les épisodes protestataires qui se déploient dans les rues, les mobilisations du monde du travail sont l’autre face, tout aussi cruciale et tout aussi expressive, de cette révolution.

La force et l’acuité des luttes qui se déclinent en termes économiques et se conjuguent au présent de la question sociale ne sauraient être occultées dans la compréhension de la geste révolutionnaire.

Elles en sont un des réfracteurs et entretiennent un rapport homothétique, dans la forme et le fond. Elles sont aussi le soubassement, voire une des clés d’explication des flambées de violence, de colère et protestations que la moindre étincelle politique suffit à allumer dans l’Égypte d’aujourd’hui.

Une révolution ne relève pas de la théorie de la génération spontanée. L’égyptienne ne déroge pas à la règle ; si la contestation qui s’est cristallisée le 25 janvier 2011 par l’occupation de la place Tahrir fut imprévisible, elle ne s’inscrit pas moins dans un cycle de protestations indépendantes des formations politiques et à l’initiative des ouvriers et des jeunes.

OCCUPATION DE TOUTE UNE VILLE

Pour la seule année 2007, l’Egyptian Workers and Trade Union Watch dénombre 580 actions revendicatives (en 2004, il s’agissait de 191 actions). En septembre 2007, 22’000 ouvriers de l’usine de textile Ghazl Al-Mahalla, fleuron de la troisième ville du pays, Mahalla Al-Koubra, se mettent en grève pour réclamer une amélioration de leurs conditions de travail et un salaire minimum.

Pour la première fois en Égypte, un ouvrier du comité de grève élu, Sayyid Habib, déclare lors d’un meeting : “Nous défions le gouvernement (…) Nous nous battons pour nos droits et la chute du gouvernement.” La politisation des revendications sociales est explicite.

Quelques mois plus tard, c’est de la même usine, en avril 2008, qu’une grève conduit à l’occupation de toute une ville. Elle reste, aujourd’hui encore, un souvenir vivace chez les militants syndicaux et politiques tant la répression est féroce (affrontements avec les forces de police faisant un mort et 331 arrestations) et tant elle marque une étape dans la synchronisation des luttes sociales et politiques.

Le 1er mai 2010, un rassemblement d’ouvriers de diverses usines se forme devant le Parlement et entonne des slogans sans ambiguïté : “Un salaire minimum juste ou que le gouvernement rentre à la maison”, “À bas Moubarak et tous ceux qui augmentent les prix”. Preuve supplémentaire, s’il en était besoin, de l’étroite imbrication des mouvements sociaux dans la trame révolutionnaire.

Il nous suffit de mentionner que c’est au cœur même de l’occupation de Tahrir, durant ces dix-huit jours qui conduisent au départ du président Hosni Moubarak, que se crée, le 30 janvier 2011, le premier syndicat indépendant de l’Égypte : la Fédération égyptienne des syndicats indépendants (Efitu), qui appelle immédiatement à une grève générale, très suivie.

Pourtant, l’événement est l’un des moins médiatisés du soulèvement populaire. Il n’empêche, l’un des acquis de la révolution est bien là, dans la fin du monopole de l’omnipotente Fédération des syndicats égyptiens (ETUF) fondée par Nasser.

La liberté syndicale est reconnue par décret le 12 mars 2011, et en août la direction nationale de l’ETUF est dissoute, ce qui était la toute première revendication de l’Efitu. Mais cet acquis est fragile et ambivalent. Liberté syndicale reconnue mais action collective criminalisée : c’est également par décret qu’en mars, le Conseil suprême des forces armées chargé de la transition assortit toute incitation à l’organisation de sit-in ou d’actions perturbant le travail des autorités publiques d’une amende de 5537 euros.

LA CHUTE DU RÉGIME DE MOUBARAK N’A PAS APAISÉ LA COLÈRE

La sanction est de 55’377 euros et d’au moins un an de prison pour toute action de violence conduisant à “la destruction des moyens de production” ou “susceptible d’atteinte à l’unité nationale, à la sécurité publique et à l’ordre social”. L’imprécision des termes est propice à l’interprétation la plus extensive, comme en témoigne la condamnation à la prison, par un tribunal militaire, le 29 juin 2012, de cinq ouvriers de la compagnie de gaz et de pétrole Pétrojet, coupables d’avoir campé deux semaines devant le ministère du pétrole, pour demander la titularisation de 200 employés au statut précaire.

La chute du régime de Moubarak n’a pas apaisé la colère, loin s’en faut. Des grèves récurrentes bloquent les usines et les rues du centre-ville. Dans les secteurs industriel et tertiaire, une amélioration des conditions de vie et une refonte du droit du travail égyptien sont revendiquées.

En 2011, selon l’ONG Sons of the Land Association for Human Rights, plus de 1400 actions collectives ont eu lieu impliquant au moins 60’000 travailleurs, soit deux à trois fois plus qu’auparavant. Du jamais-vu dans l’histoire de l’Égypte. Pour le seul mois de septembre 2012, le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux recense près de 300 actions collectives ouvrières.

Les revendications restent les mêmes (salaire minimum et conditions de travail), auxquelles s’ajoutent des demandes politiques : l’exigence que des directeurs de sites ou de services soient “dégagés”, que les “petits Moubaraks” de toute sorte subissent le même sort révolutionnaire.

En cela, les ouvriers égyptiens partagent avec le peuple le bénéfice acquis lors du soulèvement : le pouvoir de dire, la reconquête de leurs voix, à défaut de leurs droits. En effet, ils sont rares les exemples de changement de direction, peu nombreux durant la gestion de la transition par l’armée, de plus en plus rares sous le règne des Frères musulmans.

Évoquons aussi la déconnexion grandissante entre les expressions et formulations de la question sociale et les traductions politiques des tourments transitionnels. Force est de constater que les luttes sociales, avec tout ce qu’elles comportent de revendications socio-économiques, viennent s’échouer au pied de l’arène politique.

UN PEUPLE EN PAUPÉRISATION CHRONIQUE

Non seulement peu de partis mentionnent les intérêts des travailleurs et des ouvriers, mais encore les nouveaux syndicats connaissent des conditions de travail précaires ; faute de ressources, la plupart ne disposent ni de locaux ni de cadres.

Un an après le départ d’Hosni Moubarak, l’Efitu a beau revendiquer regrouper 200 syndicats et 2 millions de membres, elle est le théâtre de scissions tonitruantes ; bien expert celui ou celle qui pourrait en établir la puissance réelle.

Soyons justes : les dimensions économico-sociales ne sont pas absentes des programmes des partis politiques, anciens ou nouveaux, et le très bon score du candidat nassériste Hamdeen Al-Sabahi, fondateur du parti Al-Karama, à la présidentielle, où il parvient à capitaliser 20,7 % des suffrages exprimés au premier tour, s’explique par sa proximité avec les mouvements sociaux.

Reste que Khaled Ali, l’ancien directeur du centre égyptien pour les droits économiques et sociaux et leader syndical, n’a récolté que 0,6 %. La compétition pour les sièges parlementaires n’a guère été plus favorable : en comptant large, 25 députés du premier Parlement postrévolutionnaire peuvent être considérés comme proches de la cause ouvrière.

Signe des temps ou paradoxe dramatique d’un pays qui connaît une situation économique catastrophique et dont tous les indicateurs financiers sont au rouge ? Quoi qu’il en soit, au désastre de l’économie égyptienne et au désarroi d’un peuple en paupérisation chronique, le pouvoir en place reste, dans le meilleur des cas, sourd, à tout le moins peu réceptif et, dans le pire, répressif.

En effet, il est faux de croire que le projet politique des Frères musulmans est un véritable projet de société dans le sens plein du terme : s’il est bien sociétal, connu — ô combien — pour ses aspects relatifs aux mœurs et à l’édiction de la morale, il est plus que superficiel sur la question sociale et euphémistique sur la fracture sociale.

Cependant, les Frères ont des considérations plus nettes et plus précises qu’on ne le croit sur le volet économique. Le credo néolibéral, avec ce qu’il implique de privatisations dans l’éducation, la santé, les transports et l’énergie n’est pas, pour eux, une découverte des injonctions du FMI.

Ils l’endossent et le revendiquent explicitement dans leur programme qui fut le seul, lors de la campagne présidentielle, à encourager les investissements étrangers dans les infrastructures principales et la libéralisation centralisée des échanges commerciaux.

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“PAIN, DIGNITÉ, JUSTICE SOCIALE”

Le slogan de la révolution “Pain, dignité, justice sociale” garde toute sa pertinence, deux ans après. Si la violence des black blocs (fondés sur le modèle des groupes radicaux européens) a pu surprendre, si celle des forces de l’ordre a pu rester intacte, elles n’en demeurent pas moins sans commune mesure avec la violence sociale qui perdure, au-delà et à côté de la révolution.

La dynamique et l’enjeu de cette dernière ne sont réductibles ni au clivage simplifié entre laïc et islamiste, ni à la seule alternative entre pacifisme et violence, ni, encore, au trompe-l’œil de la distinction entre État civil et État militaire.

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Assia Boutaleb, maître de conférences en sciences politiques à l’université Paris-VIII – Saint-Denis, a soutenu une thèse sur les processus de légitimation en direction de la jeunesse dans l’Égypte d’Hosni Moubarak. Ses travaux portent sur l’autoritarisme, les processus révolutionnaires et les configurations transitionnelles en Égypte et dans le monde arabe.

Presse contre-révolutionnaire (LeMonde.fr, 11 février 2013)

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Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES

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