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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 12:59
Les riverains ont obtenu un répit, en attendant la fin des recours 
Les riverains ont obtenu un répit, en attendant la fin des recours

 

Aucune expulsion n’aura lieu à Notre-Dame-des-Landes pendant au moins deux ans et demi. Telle est la conséquence de 5 arrêts de la Cour de cassation, rendus le 29 janvier, qui mettent le dossier en attente jusqu’à la fin des autres recours.

 

Les pelleteuses envoyées par Vinci vont devoir retourner au garage. Dans la bataille qui oppose les riverains aux promoteurs du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, plusieurs propriétaires et exploitants agricoles ont emporté une victoire, le 29 janvier, sur le terrain juridique.

Les propriétaires demandaient à la plus haute juridiction judiciaire de se prononcer contre les ordonnances d’expropriation prononcées un an plus tôt, le 18 janvier 2012. Leur argument est procédural: ces ordonnances ne peuvent être valables tant que le juge administratif n’a pas confirmé la légalité des arrêtés antérieurs de cessibilité (arrêtés préfectoraux du 13 septembre 2011 listant les parcelles expropriables). Autrement dit, «si on fait tomber l’arrêté de cessibilité, l’ordonnance d’expropriation est privée de sa base légale», détaille l’avocat Etienne Boittin, du cabinet Avocatlantic.

De son côté, la société AGO (Aéroports du Grand-Ouest), concessionnaire du projet (1), souhaitait le rejet immédiat du pourvoi, sans attendre la fin des recours administratifs.

Les juges de la 3e Chambre civile ont donné raison aux propriétaires en décidant de ne rien décider. En clair, ils mettent le dossier en attente jusqu’à ce que les juridictions administratives se soient prononcées. Où en est le recours? Le tribunal administratif ayant rejeté l’annulation, le 20 décembre 2012, le recours en appel va être formé dès la semaine prochaine devant la cour administrative d’appel de Nantes (entre 12 et 18 mois d’attente). Selon sa décision, il sera encore possible de saisir le Conseil d’Etat (encore 12 mois), puis la Cour de cassation devra reprogrammer l’examen du dossier (encore 6 à 12 mois). Résultat, cette juridiction ne se prononcera pas avant deux ans et demi, selon les avocats, qui saluent une victoire des expropriés contre «la volonté de Vinci de passer en force sans laisser le temps aux juridictions de se prononcer».

Deuxième conséquence: il ne pourra y avoir aucune expulsion jusqu’au terme de cette procédure, conformément à l’accord signé le 8 mai 2012 par le président Hollande (voir JDLE).

Pour autant, la bataille juridique est encore loin de son dénouement. La justice doit encore se prononcer sur au moins 5 recours: contre le refus de François Fillon –alors Premier ministre- d’abroger la déclaration d’utilité publique (DUP) prononcée le 9 février 2008, contre les jugements et ordonnances fixant les indemnités d’expropriation (cour d’appel de Rennes et Cour de cassation), contre le décret de création du comité de suivi stratégique de la concession (2) (Conseil d’Etat), pour non-respect des directives européennes (Commission des pétitions du Parlement européen) et non-respect du droit à un procès équitable (Cour européenne des droits de l’homme).

L’avocat Etienne Boittin précise qu’entre 7 et 8 nouvelles procédures devraient être déposées dans un délai d’un à six mois, avec le Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (CeDpa) et l’Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport (Acipa). «La loi sur l’eau nous offre plusieurs perspectives de recours, notamment des questions préjudicielles devant la Cour de justice de l’UE ou des questions prioritaires de constitutionnalité», précise-t-il.

Autant de nouvelles juridiques qui n’arrangent pas les affaires du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, fervent défenseur du projet, déjà sous le coup d’un déboire politico-médiatique lié aux déclarations de Nicolas Hulot, le tout nouveau «envoyé spécial du chef de l’Etat pour la préservation de la planète», dans l’Express du 31 janvier. Selon lui, François Hollande serait «embarrass黫Concernant la pertinence du projet, je ne suis pas certain que le président en soit convaincu, mais il ne peut pas désavouer son Premier ministre», affirme-t-il.

(1)selon le contrat de concession signé entre l’Etat et le groupe Vinci le 30 décembre 2010

(2)décret du 5 avril 2012

tiré de http://www.journaldelenvironnement.net

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Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES
8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 11:08
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Published by coutoentrelesdents - dans MUSIQUES
8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 11:05

Tunisie : un policier dans le coma

Un policier tunisien se trouve actuellement ans le coma, après avoir été tabassé dans la nuit par des manifestants qui ont aussi incendié un commissariat dans la ville de Gafsa, dans l’instable bassin minier, en Tunisie.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/02/112.jpg

La police travaille à Gafsa, hier.

Le policier, Walid Marzouki, a été violemment sorti de sa voiture et tabassé par une foule de jeunes. Il est hospitalisé en réanimation à Gafsa et se trouve dans le coma.

Les manifestants, qui dénonçaient le meurtre de l’opposant Chokri Belaïd, ont aussi incendié un poste de police de la ville après que les forces de l’ordre se sont retirées à l’issue d’affrontements.

La Tunisie a vu les violences se multiplier dans la capitale et plusieurs autres villes depuis l’assassinat de Belaïd, tué par balles mercredi devant sa maison à Tunis. Les violences ont fait depuis un mort dans les rangs de la police.

Presse instable (Agence Faut Payer, 8 février 2013)

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 22:25

http://sphotos-c.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-snc7/2027_129388970565580_2030464681_n.jpg

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 22:19

L'incident a eu lieu lors d'un face-à-face tendu avec les forces de l'ordre, qui essayaient empêcher les manifestants d'approcher du Parlement. | REUTERS/LAURENT DUBRULE Un intérimaire belge d'ArcelorMittal a perdu l'usage d'un œil après avoir été touché par un tir d'arme à balles souples lors d'une manifestation internationale de métallurgistes mercredi 6 février à Strasbourg. Les directions générales de la police et de la gendarmerie nationale françaises ont demandé à leurs inspections de mener une enquête au sujet de cet incident. John David, 25 ans, travaille en intérim sur le site de Flémalle, dans l'agglomération de Bruxelles. Il était venu manifester devant le Parlement européen pour se joindre à ses collègues venus de Liège (Belgique), de Florange (Moselle) et du Luxembourg. L'incident a eu lieu lors d'un face-à-face tendu avec les forces de l'ordre, qui essayaient d'empêcher les manifestants d'approcher du Parlement. Le jeune homme, dont le visage était en sang, avait été évacué par deux collègues avant l'arrivée des pompiers. A lire : Affrontements entre les ArcelorMittal et les forces de l'ordre à Strasbourg "Les récits affluent pour dire que les forces de police tiraient avec des balles en caoutchouc à hauteur d'homme, à hauteur de la tête", a affirmé un syndicaliste wallon de la FGTB, Jean-Michel Hutsebaut, dénonçant "un pas inacceptable qui a été franchi". Le numéro un du syndicat français CGT, Bernard Thibault, s'est dit jeudi "scandalisé" par la "réception brutale" des métallurgistes par les forces de police mercredi à Strasbourg, dénonçant un comportement de la police qui assimile selon lui les manifestants à "des délinquants".

 

tiré du monde.faf

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 20:59

JEUDI 7 FÉVRIER

15h18 – Situation tendue à Gafsa

Plusieurs manifestants ont essayé d’envahir aujourd’hui le siège du gouvernorat à Gafsa, a rapporté le correspondant de Tunisie Numérique.

La tension se faisait vivement sentir et l’ensemble des secteurs étaient paralysés aujourd’hui. Tous les commerces, ou presque, ont fermé leurs portes par peur d’éventuels dérapages, a ajouté notre correspondant.

Des funérailles symboliques ont été organisés et les forces de l’ordre n’ont pas dérogé à la règle et ont riposté par des salves de lacrymogènes et des tirs en l’air pour disperser les manifestants.

Ensuite, les forces de l’ordre se sont attaquées au locale de l’union régionale du travail, en l’investissant et en l’aspergeant de gaz lacrymogène, dans le but d’en extraire les manifestants qui s’y sont barricadés.

Presse contre-révolutionnaire (Tunisie Numérique, 7 février 2013)

 

(…) 14h55 : à Siliana, où ont eu lieu de violentes manifestations à caractère social menées par Chokri Belaïd en novembre dernier, des manifestants ont brûlé le siège du parti d’Ennahda. (…)

Presse contre-révolutionnaire (LCI.TF1.fr, 7 février 2013)

 

Le gouvernorat de Siliana observe aujourd’hui 7 février une grève généralepour dénoncer l’assassinat du leader du front populaire, Chokri Belaid.

Tous les secteurs étaient à l’arrêt à l’exception des boulangeries et des pharmacies, a rapporté le correspondant de Tunisie Numérique. (…)

Presse contre-révolutionnaire (Tunisie Numérique, 7 février 2013)

 

Jendouba : des protestataires font irruption dans le siège du gouvernorat

Des protestataires ont fait irruption dans le siège du gouvernorat de Jendouba ce jeudi 7 février, lors d’une marche organisée par l’union régionale du travail en présence de plusieurs partis politiques de l’opposition et des organisations en protestation contre l’assassinat de Chokri Belaid

Les manifestants ont scandé des slogans appelant à la démission du gouvernement. Les organisateurs de la marche ont appelé les protestataires à ne pas participer aux actes de violence et de saccage

Mohamed Salah Manaï, représentant du parti des travailleurs a fait savoir que les protestataires sont entrés dans le siège du gouvernorat dans le calme et que le gouverneur doit partir car il représente le pouvoir (Ennahdha).

Presse contre-révolutionnaire (MaTunisie.com, 7 février 2013)

 

(…) Des manifestants ont incendié le local d’Ennahdha, sis à Nasrallah (Kairouan), suite à l’assassinat de Chokri Belaid. Les équipements ainsi que les documents ont été ravagés par le feu. (…)

Presse contre-révolutionnaire (Tuniscope.com, 7 février 2013)

 

14h42. Sur Twitter, un Tunisien témoigne : “La police très violente à Tunisaujourd’hui. Vengeance pour leur collègue ou répétition et dissuasion pour la grève de demain ?”

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14h14. La police tire des gaz lacrymogènes sur les manifestants à Tunis. Des heurts entre policiers et protestataires ont éclaté lorsque ces derniers ont fait mouvement vers le ministère de l’Intérieur sur l’avenue Habib-Bourguiba.

13h50. C’est une décision qui peut faire basculer le cours des événements. Le principal syndicat tunisien (UGTT) appelle à la grève générale vendredi pour les funérailles de Chokri Belaïd.

13h30. Des centaines de manifestants anti-islamistes et la police s’affrontent devant le siège du gouvernement de Gafsa, ville instable du bassin minier tunisien (centre). Les manifestants qui procédaient à des funérailles symboliques de Chokri Belaïd, l’opposant tunisien assassiné mercredi à Tunis, ont jeté un cocktail molotov sur les policiers, qui ont répliqué par des tirs massifs de gaz lacrymogènes.

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13h10. Les manifestants se dirigent vers le siège du ministère de l’Intérieur, situé sur cette avenue où des renforts policiers très importants ont été déployés après les heurts de la veille qui ont fait un mort dans les rangs de la police. Les forces de l’ordre n’ont pas réagi dans l’immédiat.

12h36. 300 militants d’opposition manifestent avenue Habib-Bourguiba en scandant “le peuple veut la chute du régime”. Sous une pluie battante, les protestataires chantent également l’hymne national, qui était déjà un chant de ralliement lors de la révolution qui a provoqué la chute, en janvier 2011, de Zine el-Abidine Ben Ali après 23 ans de règne sans partage.

10h45. La police déploie un important dispositif de sécurité dans le centre de Tunis. Des bus, des camionnettes et des fourgons cellulaires ont été postés en nombre et la circulation a été interdite le long du ministère de l’Intérieur. Les commerces ont rouvert sur cet axe, mais par précaution, nombre de magasins ont abaissé leurs rideaux de fer pour protéger leurs vitrines. Aucun appel à descendre dans la rue n’a été lancé par les partis d’opposition ou les syndicats pour jeudi, mais la veille, les rassemblements dans plus d’une dizaine de villes ont été spontanés.

 

Des témoins ont confirmé à TunisieNumérique, que le local d’Ennahdha à Sfax, route de l’aéroport a été incendié par des inconnus, dans la nuit de mercredi à jeudi.

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Presse contre-révolutionnaire (Tunisie Numérique, 7 février 2013)

 

MERCREDI 6 FÉVRIER

20h30 – Un policier tué dans les heurts à Tunis. Un policier est mort lors d’affrontements avec des manifestants à Tunis, annonce le ministère de l’Intérieur dans un communiqué, après que des heurts ont opposé forces de l’ordre et une foule dénonçant le meurtre de Chokri Belaïd. “Le policier Lotfi Alzaar, 46 ans, est mort dans l’après-midi du mercredi 6 février 2013 des suites d’une blessure à la poitrine provoquée par des jets de pierres lors d’une opération pour disperser un groupe de manifestants à Bab El-Jazira”, a annoncé le ministère. “Ces manifestants étaient en train de saccager des boutiques”, a-t-il indiqué.

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17h – Des manifestants érigent des barricades à Tunis. Une foule de jeunes manifestants en colère attaque par des jets de pierres la police avenue Bourguiba à Tunis, érigeant des barricades malgré les tirs de lacrymogènes.  Un blindé de la garde nationale tire des salves de gaz alors que les manifestants utilisent des poubelles, des tables de café, des barbelés et des barrières pour leurs barricades.

Après une vingtaine de minutes d’affrontements, des renforts d’une centaine de policiers casqués et armés de matraque ont chargé les quelque 150 manifestants qui ont pris la fuite dans les rues alentours.

16h30 – Quatre partis d’opposition appellent à une grève générale jeudi. Le Front populaire (gauche), le Parti républicain, Al Massar et Nidaa Tounes (centre) suspendent par ailleurs leur participation à l’Assemblée nationale constituante (ANC). Ces décisions ont été adoptées à l’issue d’une réunion de concertation entre ces formations politiques pour répondre au meurtre de Chokri Belaïd, explique un chef du parti républicain, Nejib Chebbi.

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15h30 – Affrontements entre policiers et des dizaines de manifestants à Tunis. On apprend que des heurts entre policiers et des dizaines de protestataires éclatent devant le ministère de l’Intérieur, sur l’avenue Bourguiba à Tunis, alors que des manifestants y accompagnaient l’ambulance transportant Chokri Belaïd.

Les manifestants jettent des pierres sur les policiers qui répliquent avec des lacrymogènes et de violents coups de matraque pour disperser la foule, alors que quelques dizaines de personnes protègent l’ambulance malgré les nuages de gaz, constate le journaliste de l’AFP sur place.

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15h – La foule accompagne le corps de Chokri Belaïd en ambulance au centre de Tunis. Selon Stéphanie Wenger, journaliste en poste à Tunis, le cortège se dirige vers l’avenue Bourguiba au moment même où la police tire des lacrymogènes sur les manifestants.

Une foule en colère accompagne l’ambulance transportant le corps de Chokri Belaïd, s’arrêtant symboliquement devant le ministère de l’Intérieur, au centre de Tunis, où quelques minutes plus tôt la police chargeait les manifestants.

“Le peuple veut la chute du régime !”, scandent les centaines de manifestants rassemblés autour du véhicule.

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14h30 – La police tire des lacrymogènes sur les manifestants à Tunis. La police tunisienne tire des gaz lacrymogènes sur les quelque milliers de manifestants réunis à Tunis face au ministère de l’Intérieur, avenue Bourguiba, constate un journaliste de l’AFP.

La police a répliqué après avoir essuyé des jets de bouteilles. Des nuages de gaz se répandent sur toute l’avenue, à la faveur d’un vent fort. Les policiers pourchassent les manifestants pour les disperser à coups de matraque, toujours selon le journaliste de l’AFP.

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14h – Les manifestants au gouvernement : “Dégage, Dégage”. À Tunis, quelque 4.000 personnes scandent des slogans contre le pouvoir face au siège du ministère de l’Intérieur, avenue Habib Bourguiba.

Ils reprennent en cœur “dégage, dégage”, le cri de ralliement de la révolution de 2011, ainsi que l’hymne national.

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13h30 – La police tire des gaz lacrymogènes sur les manifestants à Sidi Bouzid. La police tunisienne tire des gaz lacrymogènes sur des manifestants qui tentent de prendre d’assaut le siège de la police à Sidi Bouzid, berceau de la révolte de 2011.

Quelque 200 manifestants ont attaqué ce commissariat et les policiers répliquent immédiatement avec les gaz avant de prendre la fuite. L’armée intervient pour tenter de calmer la foule dans cette ville déshéritée du centre tunisien.

12h30 – Le point ville par ville
- À Tunis (la capitale), une foule sans cesse grandissante se réunit devant le ministère de l’Intérieur sur l’avenue Habib Bourguiba haut lieu de la révolte de 2011. À midi, il y avait 2.000 manifestants.
- À Mezzouna (75km au sud de Sidi Bouzid) : Plusieurs dizaines de manifestants ont pris d’assaut les locaux d’Ennahda, avant de l’incendier.
- À Gafsa (dans le bassin minier au centre du pays) : des dizaines de personnes ont pénétré dans les locaux d’Ennahda, y brisant les meubles et arrachant les banderoles du mouvement. 700 personnes manifestaient pacifiquement dans cette même ville.
- À Sidi-Bouzid (berceau de la révolution de 2011) : 2.000 manifestants environ scandaient des slogans anti-islamiste.
Plusieurs centaines de manifestants également à KasserineBéja et Bizerte.

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Des manifestants brûlent des tracts d’Ennahda devant le siège du parti à Gafsa, le 6 février 2013.

Presse contre-révolutionnaire (tempsreel.nouvelobs.com, 6 & 7 février 2013)

 

Les bureaux d’Ennahdha à Monastir, Sfax, Béja, Gafsa et Gabès incendiés et saccagés

Selon le témoignage d’un habitant rapporté par radio Shems FM, le bureau du parti islamiste Ennahdha à Monastir vient d’être incendié par des manifestants, aujourd’hui 6 février à la suite de l’annonce de l’assassinat de Chokri Belaïd.

Ce même témoin a déclaré qu’à Monastir les habitants sont sous haute tension et que les manifestants ont pris d’assaut le siège du gouvernorat scandant « dégage » à l’adresse du gouverneur d’appartenance nahdhaouie.

Même incident à Sfax et à Gafsa, les bureaux du mouvement Ennahdha ont subi d’importantes attaques aujourd’hui, par plusieurs groupes d’individus et ce, dans le même contexte et selon les mêmes motivations.

Les correspondants de radio Shems FM ont indiqué que les habitants de Sfax et de Gabèsont saccagé les locaux d’Ennahdha sans pour autant les incendier, vu que d’autres citoyens sont intervenus pour les en empêcher.

Le bureau de Béja a également fait l’objet de saccages.

Presse contre-révolutionnaire (Business News, 6 février 2013)

 

Le bureau du mouvement Ennahdha à Redayef incendié

Le bureau du mouvement Ennahdha à Redayef a été totalement incendié, ce mercredi 6 février par des groupes de manifestants, à la suite de l’assassinat du coordinateur général du parti des patriotes démocrates, Chokri Belaid, apprend Africanmanager d’une source sur place.

La même source a indiqué qu’un groupe d’individus a tenté de prendre d’assaut le siège du gouvernorat de Gafsa, mais l’arrivée de la police a déjoué l’attaque.

À indiquer également que les bureaux du mouvement Ennahdha à Sfax et à Gafsa ont été attaqués. Selon des sources dans les deux villes, les citoyens ont fait irruption dans les deux bureaux et ont tout saccagé.

Presse contre-révolutionnaire (African Manager, 6 février 2013)

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Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES
7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 20:55
par PIR





Un article intitulé « Plus fort que Frigide Barjot, les indigènes dénoncent l’« impérialisme gay » » paru dans StreetPress, puis repris par le site Rue89 sous le titre « Les Indigènes de la République contre l’« homosexualité imposée » » a mis le feu à la blogosphère.

L’auteur juge "flippante" la thèse, effectivement insensée, selon laquelle l’homosexualité serait une invention de l’Occident et qu’elle n’existerait pas dans les quartiers populaires. Le problème, c’est qu’il l’attribue frauduleusement aux Indigènes de la république, ainsi qu’aux auteurs de l’essai « Les féministes blanches et l’empire », Félix Boggio Ewanjé-Epée et Stella Magliani-Belkacem feignant de confondre "homosexualité" et "identité homosexuelle" alors que nous nous sommes donné la peine de bien distinguer les deux. Les propos incriminés visaient à questionner l’universalité de l’identité politique homosexuelle telle que définie en Occident. Nous dénonçons cette grossière manipulation.

Nous nous attendions à mieux d’une presse dite indépendante qui tronque la réflexion pour disqualifier les mouvements engagés dans des luttes difficiles.

Nous nous étonnons également du phénomène de meute qui touche des milieux réputés critiques des médias qui ont gobé une thèse des plus caricaturales et qui l’ont relayée, avec une jubilation pour le moins suspecte, sans prendre la peine de vérifier la cohérence entre l’article et les propos tenus à ce jours par les responsables de notre organisation. Par ailleurs, il est surprenant d’observer que ceux qui d’ordinaire traitent les propositions du PIR par le mépris s’intéressent soudainement à celui-ci lorsqu’il s’agit de le clouer au pilori.

Le PIR

en reponse à cet article

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Published by coutoentrelesdents - dans GENRE
7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 20:51

Vendredi dernier, les employés de la Freedom Press, la plus vieille librairie et maison d’édition anarchiste de Londres, ont appris au réveil que quelqu’un avait tenté de brûler leur boutique dans la matinée.

Fondée en 1886, la Freedom s’est placée au cœur de l’Est londonien radical pendant plus d’un siècle, à tel point qu’on la mentionnait au cours des visites guidées – et d’après mes observations sur place, c’était la première halte pour tout Européen un peu dégueu cherchant un squat où loger ou une raison de manifester sa colère.

La boutique se situe tout près de Whitechapel, dans l’Angel Alley, coincée entre une galerie d’art et un KFC. Si vous cherchez un truc de Bakounine de Chomsky ou de John Zerzan, cet endroit fera votre bonheur. Passez devant les têtes imprimées d’Emma Goldman et Pierre Kropotkine et n’oubliez pas de fermer la porte derrière vous, il y fait toujours très froid.

Vendredi matin, vers 5 heures, un inconnu s’est engouffré dans l’angel Alley et a éclaté une des fenêtres de la boutique pour y déverser une substance inflammable. Puis il a mis le feu aux livres, aux pamphlets et aux archives irremplaçables du journal Freedom.

La nuit dernière,je me suis introduit dans le bâtiment avec l’un des activistes les plus dévoués de la boutique, Andy. Ça sentait horriblement mauvais, il y avait de la suie partout et des tas de livres brûlés. Le bâtiment n’avait pas subi de gros dégâts, mais la Freedom n’est pas assurée. Et puis, elle se trouvait déjà dans un sacré merdier financier. En voyant ce terrifiant carnage, je me suis dit que la boutique allait devoir fermer pendant plusieurs mois, mais ils ont réouvert hier.

Avant de faire des blagues sur des anarchistes qui possèdent un immeuble ou qui organisent un grand nettoyage, renseignez-vous sur l’histoire du mouvement. À son apogée, dans l’Espagne des années trente, les anarchistes géraient collectivement des hôpitaux et faisaient tourner l’un des journaux quotidiens les plus populaires du pays.

Rob Ray, un bénévole de la Freedom, nous a expliqué ce qu’il a ressenti lorsqu’il a entendu parler de l’incendie : « C’est un mélange de sentiments très étranges, d’abord tu te rends malade en pensant aux éventuelles victimes, ensuite tu te sens soulagé que personne n’ait été sur place au moment des faits – ce qui n’est pas souvent le cas – et que le feu ne se soit pas davantage propagé. Puis, la tristesse reprend le dessus quand tu prends conscience des dégâts. »

« Mon éducation politique, je l'ai faite grâce à Mutual AidAnarchy in Action et le journal Freedom. Ces tas de cendres, ce ramassis de lettres tachées de suie sont pour moi synonyme d’ouverture sur de nouveaux mondes. Presque chaque livre qui n’a pas brûlé est recouvert de cendres. Lorsqu'on faisait le tri hier, j’avais comme un pincement au cœur à chaque livre jeté.

Le bâtiment n’abrite pas seulement une librairie. À l’étage se trouvent aussi les bureaux de la London Coalition Against Povertyl’Advisory Service for Squatters, la Solidarity Federation et la Corporate Watch. Il y a même des toilettes qui fonctionnent.

Bien évidemment, les anarchistes ont très envie de connaître les responsables de cette attaque. Combat 18 a mené une attaque similaire contre la boutique il y a vingt ans de cela. À l’époque, en mars 1993, C18 était la branche la plus violente du (déjà très violent) BNP (Parti national britannique) formé afin d'aider les fascistes à se défendre contre l'Anti-Fascist Action (AFA), un groupe qui s'était formé pour bouter l’extrême droite hors de ses bastions londoniens.

Aujourd'hui, il y a consensus pour dire que les pyromanes proviennent de l’extrême droite, et qu'ils cherchaient une cible facile ou à régler de vieux comptes. À la fin des années 1970 et au cours des années 1980, les environs de Brick Lane étaient dominés par les néonazis qui distribuaient tracts et journaux pour diffuser leurs idées. Au début des années 1990, l’AFA est descendue dans la rue et a réussi à reprendre Islington avant de migrer vers l’est de Londres. Le BNP a essayé de défendre son territoire. Peine perdue.

Éparpillés sur le sol, gisant parmi les livres calcinés, se trouvaient quelques copies de Beating The Fascists, une histoire de l’AFA récemment publiée par Freedom Press. L’ouvrage met presque mal à l'aise quant il relate la violence extrême dont les AFA ont fait preuve pour forcer de jeunes membres du BNP à se barrer.

La dernière fois que je suis passé à la boutique, ils venaient juste de recevoir par la poste un magazine ultranationaliste qui chroniquait le livre. La description des tactiques impitoyables utilisées afin de mettre les militants d'extrême droite en échec en avait apparemment agacé certains. Les has-beens vexés de Combat 18 pourraient avoir décidé de revenir pour régler de vieux comptes. La semaine dernière, ils ont organisé un concert dans un lieu secret de Londres.

Après avoir discuté avec des anarchistes du pub d’à côté, plusieurs m’ont confié craindre que les pyromanes soient peut-être liés aux fantasques England’s Golden Dawn, un nouveau groupe dissident d’extrême droite qui fait pas mal de bruit sur Facebook – il est formé des déchets de l'EDL. Aucun mouvement n'a revendiqué ni fait allusion à l'attaque, bien qu’une des organisatrices du Casuals United a posté sur son Facebook : « On n'a que ce qu'on mérite. »

Des théories moins crédibles avancent que cette attaque est le fait d'anarchistes marginaux. Par exemple, un post publié sur Indymedia avait accusé Freedom d'être des « mouchards » – ces dernières années, le collectif a fait des efforts pour mettre de côté les éléments antisociaux de la scène anarchiste.

Les anarchistes insurrectionnels ont mené une guerre verbale en ligne et ont même ravivé les tensions à Bristol. Mais Freedom est aussi ce lieu où j’ai acheté From Riot to Insurrection, la bible insurrectionnelle de Bonanno. Il semble improbable que même les radicaux les plus révoltés puissent chier de la sorte sur leur propre seuil.

Quand j'ai parlé avec Andy à la boutique, il m'a assuré que les coupables provenaient de l'extrême droite et m'a précisé qu’ils ne manquaient pas de raisons pour agir de la sorte. La caméra de surveillance  à l’entrée de la ruelle pourrait faire la lumière sur cette affaire, même si on comprend aisément que les anarchistes n'aient pas envie de se reposer ni sur ce dispositif ni sur les forces de police pour résoudre le truc.

En traînant dans la ruelle qui jouxte la boutique, le vendredi soir, j’ai croisé un vieillard apprêté venu examiner les dégâts. Il m’a confié réaliser des dessins humoristiques pour le journal Freedom. Quelques minutes plus tard, une habitante du quartier est rentrée dans la boutique pour demander en quoi elle pouvait être utile. Des commerçants sont venus adresser des témoignages de sympathie à Andy, et la galerie d’art d’à côté a tenu à me dire que les anarchistes faisaient de merveilleux voisins.

Le lendemain, près de 100 personnes bondaient la minuscule ruelle pour nettoyer les livres, frotter les murs et remettre la boutique en état. Les horloges fondues et les livres calcinés sont aujourd'hui des souvenirs en vente. Des gens du monde entier ont offert leur soutien et promis de faire des dons. Les pyromanes n’ont pas seulement échoué dans la destruction de la boutique : ils l’ont rendue plus populaire que jamais.

La boutique reçoit désormais des dons sous forme de livres et d’argent. Vous pouvez aussi contribuer en passant jeter un œil au stock restant.

 

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 13:59

Berne. Un faux courrier prône le retour du fichage

Une lettre signée par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga dénonce le tout sécuritaire. Les auteurs de la missive seront poursuivis.

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Plusieurs habitants de Suisse romande ont reçu ce courrier. Il porte l’en-tête du Département fédéral de justice et police (DFJP) et usurpe l’identité de la ministre Simonetta Sommaruga. Son contenu laisse pourtant peu de place au doute : il milite pour des examens psychiatriques de dangerosité soumis à l’ensemble de la population. Et redirige vers un site qui, tout en admettant la « farce », dénonce les lois d’internement prévues dans le Code pénal.

« Cette lettre est un faux et une copie a été transmise à la police judiciaire fédérale pour enquête », indique le DFJP. L’acte est poursuivi d’office pénalement. La police genevoise établit désormais un lien entre ce faux et les déprédations ayant visé le Département de la sécurité (DS) à Genève mardi. C’est que leur timing n’est pas anodin.

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Selon les sites antifascistes ou anarchistes, des journées d’actions contre toutes les prisons du pays devaient en effet se tenir à ces dates. À l’origine de l’appel : un groupe opposé à la détention, proche de la mouvance anarchiste. Il estime que « la fonction principale de la prison est de forcer les pauvres et les insoumis à se résigner à leur condition : trimer toute sa vie afin d’engraisser les riches ». Un message que l’on retrouve dans les tags adressés au chef du DS.

D’après un connaisseur des mouvances de gauche radicale, la menace n’est « pas importante ». Ce n’est pas l’avis du Service de renseignement de la Confédération, qui écrit dans son dernier rapport annuel que le « potentiel de violence » au sein de l’extrémisme de gauche reste élevé.

Presse carcérale (Henri Della Casa, 20min.ch, 7 février 2013)

 

Genève. Le bureau de Pierre Maudet aspergé de peinture : plainte déposée

La façade des bureaux du magistrat chargé de la Sécurité en Vieille-Ville a été souillée dans la nuit de peinture rouge et d’inscription à l’encontre du conseiller d’État. Une plainte sera déposée.

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Genève, le 5 février 2013. Attaque à la peinture et au tag du bâtiment où se trouvent les bureaux du conseiller d’état Pierre Maudet.

La façade des bureaux du magistrat chargé de la Sécurité Pierre Maudet, située place de la Taconnerie en Vieille-Ville a été la victime des tags, effectués dans la nuit de lundi à mardi. « Maudit Maudet : des limes pour tes barreaux, des bombes pour tes bureaux ! » pouvait-on lire sur la façade. Une plainte sera déposée au nom du Conseil d’État, pour « déprédation de son patrimoine », précise Caroline Widmer, responsable de communication du département, même si « Pierre Maudet a d’autres chats à fouetter », ajoute-t-elle.

« Cet acte est irrespectueux et lamentable, déclare le conseiller d’État. L’expression anonyme et injurieuse est de toute façon condamnable, surtout que je suis toujours ouvert à la discussion, que ce soit par e-mail, par téléphone ou par courrier. »

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Le nettoyage a débuté dans la matinée, après que la police scientifique a procédé à des relevés des traces de peintures utilisées.

Quid des auteurs ? Selon toute vraisemblance, il s’agit là d’une action prenant place au sein des « journées d’actions décentralisées pour la liberté de Marco Camenisch et contre toutes les prisons ». Marco Camenisch, activiste anarchiste écologiste est incarcéré en Suisse pour sa participation à des actions antinucléaires dans les années 70 et des délits liés à sa cavale. L’individu purge actuellement une peine de prison à Pfäffikon (Zürich) pour le meurtre d’un garde-frontière suisse.

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Fait étrange, l’inscription « Maudit Maudet » est taguée depuis plusieurs mois dans le parking de la Tribune de Genève. L’écriture semble semblable à celle de l’inscription taguée sur le mur du magistrat.http://juralib.noblogs.org/files/2013/02/150.jpg

Presse carcérale (Olivier Francey, TDG.ch, 6 février 2013)

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 13:57

Mali : refuser la géopolitique du « moindre mal ». Les objectifs de Serval

Le 10 janvier dernier, l’armée française envoyait un corps expéditionnaire au Mali sous le prétexte de conjurer la percée annoncée d’une colonne de pick-up djihadiste sur la ville charnière de Mopti (à 640 km au nord de Bamako). L’émotion provoquée par les exactions de ces groupes au Nord-Mali donnait à cette opération unilatérale les allures d’une croisade humanitaire, soutenue par une bonne partie de l’opinion publique internationale et malienne. Sa base légale restait cependant très faible, compte tenu de l’illégitimité du pouvoir de Bamako qui l’a ratifiée, mais aussi de la position subordonnée de l’armée malienne et du peu d’empressement des troupes de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à lui prêter main forte. Cette réflexion vise à mieux comprendre les tenants et aboutissants de cette opération néocoloniale, que notre bimensuel a condamné dès le début, contre les tenants de gauche d’une géopolitique du « moindre mal ».

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Soldats français dans une rue de Tombouctou, le 31 janvier dernier

Pour appréhender un phénomène aussi complexe que le soulèvement touareg au Nord-Mali, de même que l’essor de l’islam politique et le rôle joué par les groupe djihadistes armés dans cette région, il importe de prendre de la distance par rapport aux compte-rendu émotionnels de la grande presse, qui réduit chaque événement à son apparence immédiate, contribuant à le rendre proprement insaisissable. Je commencerai donc par brosser un tableau social du Mali, dominé par la misère, de larges poches de famine, et la montée des inégalités sociales et régionales, dans un contexte marqué par la libéralisation économique et l’ouverture aux capitaux étrangers, sous la pression d’une succession de plans d’ajustement structurel, depuis la seconde moitié des années 1980. Ensuite, je reviendrai sur l’histoire des soulèvements touaregs, de la résistance à la colonisation française à la lutte contre les politiques centralisatrices et répressives du Mali indépendant. Enfin, je tenterai d’analyser le jeu spécifique de certains acteurs comme les investisseurs internationaux, les djihadistes étrangers et les trafiquants du Sahel. Je conclurai ce tour d’horizon en justifiant le refus de tout soutien à l’intervention militaire française.

Misère, inégalités et famines

En 2011, le PNUD classait le Mali en 175e position sur 187 pays en termes de développement humain. Les données les plus récentes indiquent que les femmes donnent naissance en moyenne à 6,5 enfants vivants, dont un sur 6 décède avant l’âge de 5 ans (la moitié de ceux qui survivent souffrent d’un retard de croissance) ; la mortalité maternelle concerne un accouchement sur 200 ; neuf ménages sur 10 ne disposent pas de l’électricité, 19 sur 20 ne jouissent d’aucun système d’évacuation des eaux usées [Rapport de février 2006 sur la pauvreté au Mali (2001) du gouvernement malien et du PNUD] ; les trois quarts des Malien-nes de plus de 7 ans n’ont reçu aucune instruction scolaire, etc. Et si les institutions internationales veulent faire état de quelques progrès au cours de cette dernière décennie, elles concèdent qu’ils se heurtent à une croissance ininterrompue des inégalités sociales – et régionales (les ménages de Gao, de Tombouctou ou de Kidal, dans le nord, dépensent moins de la moitié de ceux de Bamako) – et du nombre absolu de pauvres.

Pour les populations rurales, affectées par des disettes récurrentes, le « manque de nourriture » est perçu aujourd’hui comme le problème n° 1. Ainsi, au printemps dernier, 13 à 15 millions de Sahélien-nes étaient frappés par la faim, dont 3,5 à 4 millions de Malien-nes [Fred Lauener (Caritas-Suisse), « Sahel : Les prix grimpent, la pluie manque et la famine s’installe », 28 mars 2012 (cath.ch)]. Curieux destin pour les descendante-s d’un grand empire africain du Moyen-Âge, que les Peuls avaient surnommés « Mali » – qui signifie « porter chance ». Il est vrai qu’entre-temps, ses habitant-e-s ont subi l’intensification brutale de la traite négrière au profit des économies atlantiques euro-américaines, puis la colonisation française, dont les méthodes terroristes méritent d’être rappelées. Vigné d’Octon a ainsi laissé ce récit de la prise de Sikasso (au sud-est de Bamako) : « Tout est pris ou tué. Tous les captifs, 4000 environ, rassemblés en troupeau. […] Chaque Européen a reçu une femme de son choix […] On fait au retour des étapes de 40 kilomètres avec ces captifs. Les enfants et tous ceux qui sont fatigués sont tués à coups de crosse et de baïonnettes » [Cité par Jean Suret-Canale, L’Afrique noire, t. 1, Paris, Éditions sociales, 1964].

Sur ces territoires, la mort omniprésente n’est pas que le fait de la conquête, elle imprègne le quotidien des « indigènes » au gré de la spoliation des terres, du travail forcé, des châtiments corporels, du viol des femmes, de la réduction des cultures vivrières au profit des monocultures d’exportation (le coton au Mali), de la ponction fiscale asphyxiante (en numéraire, dès 1908), des innombrables humiliations… Franz Fanon en a dressé ce portrait : « le colonisé, pareil en cela aux hommes des pays sous-développés ou aux déshérités de toutes les régions du monde, perçoit la vie non comme épanouissement ou développement d’une fécondité essentielle, mais comme lutte permanente contre une mort atmosphérique. Cette mort à bout touchant, est matérialisée par la famine endémique, le chômage, la morbidité importante, le complexe d’infériorité et l’absence de portes sur l’avenir » [« Médecine et colonialisme », in : Sociologie d’une révolution. L’An V de la révolution algérienne, Paris, Maspero, 1972].

Après les indépendances, très contrôlées par l’ancienne métropole, qui peut compter sur la collaboration des élites locales [Le futur président ivoirien Houphouët-Boigny qui semble avoir utilisé pour la première fois le terme « Françafrique », auquel il donnait une connotation positive], cet héritage conduira à de nouvelles famines, et ceci dès la fin des années 60 [Sur les mécanismes de base hérités de la colonisation, voir : Comité information Sahel, Qui se nourrit de la famine en Afrique ?, Paris, Maspero, 1974]. De 1960 à 1968, le Mali indépendant de Modibo Keïta avait usé d’une phraséologie développementaliste, mais sans rompre avec les grandes lignes du compromis néocolonial. Samir Amin a d’ailleurs bien montré, il y a quarante ans, la vacuité de cette expérience, qu’il n’hésitait pas à traiter de « farce ». Sa banqueroute, marquée notamment par le retour dans la zone franc, précédera d’un an et demi le coup d’État militaire de Moussa Traoré et l’installation d’une dictature policière qui va durer 23 ans, dès novembre 1968 [L’Afrique de l’Ouest bloquée, Paris, Minuit, 1973. Rétrospectivement, dans son plaidoyer actuel en faveur de l’intervention militaire française, il donne une appréciation plus positive de l’expérience de Modibo Keïta, évoquant même « des avancées en faveur du progrès économique et social [du Mali] comme de son affirmation indépendante et de l’unité de ses composantes ethniques » (23 janvier 2013).].

Cette dernière sera renversée en mars 1991, suite à d’importantes mobilisations syndicales (dès janvier), puis de la jeunesse, dont la répression fera plusieurs centaines de morts. Ce mouvement populaire donnera d’abord le pouvoir à un secteur dissident de l’armée, dirigé par Amadou Toumani Touré, qui le remettra immédiatement aux civils. Pourtant, la nouvelle administration du président Alpha Oumar Konaré, portée à la tête de l’État par un mouvement social protestataire, va être amenée à poursuivre la même politique de réduction des dépenses publiques, de privatisation des ressources et d’augmentation des recettes d’exportation. La dette extérieure héritée de la dictature permet en effet à la France, au FMI et à la Banque africaine de développement, d’imposer à Bamako la poursuite d’ajustements structurels socialement régressifs, que l’on va bientôt renommer sans rire « cadres stratégiques de lutte contre la pauvreté » [Howard W. French témoigne de ce sabotage de l’expérience démocratique malienne dans A Continent for the Taking. The Tragedy and Hope of Africa, New York, Vintage Books, 2004].

Les Touaregs : une rébellion sans fin

Les Touaregs sont peut-être 2,0-2,5 millions à peupler le Sahara central et les bordures du Sahel. Ils vivent majoritairement au Niger et au Mali, et de façon plus marginale au Burkina Faso, en Algérie et en Libye. Ils parlent une langue berbère et s’apparentent aux populations de l’Afrique du Nord avant la conquête arabe. Leur sédentarisation, leur paupérisation, leur fixation dans les quartiers les plus misérables des villes, mais aussi leur acculturation, sont des tendances générales à l’échelle régionale, favorisant la formation d’un foyer de révolte endémique dans les vastes territoires qui séparent le Maghreb de la Françafrique. En réalité, le fait touareg est en lui même un révélateur de l’architecture politique arbitraire de l’Afrique occidentale postcoloniale, dont atteste notamment le tracé des frontières entre États.

Au Mali, plus spécifiquement, il est extrêmement difficile de mesurer le poids démographique de ce peuple. Selon les sources les plus crédibles, ils seraient 500’000 à 800’000, soit 3 à 5% des 16 millions de d’habitant-e-s de cet État. Dans les trois régions du Nord, ils représenteraient cependant un tiers et peut-être la moitié d’une population estimée à moins de 1,5 million d’âmes. Cependant, contrairement aux autres habitant-e-s du pays, dont les couches les plus défavorisées se concentrent dans les zones rurales, les Touaregs les plus pauvres vivent en ville, notamment à Tombouctou, Gao ou Kidal, mais aussi à Bamako. Cette particularité pourrait contribuer à expliquer l’influence croissante parmi eux de groupes politiques salafistes, comme Ansar Dine, qui ont su tirer parti des ressentiments provoqués par un tel « déclassement ».

Depuis la fin du 19e siècle, les Touaregs offrent une résistance farouche à la France. En janvier 1895, ils infligent une défaite cuisante au colonel Bonnier, qui trouve la mort devant Tombouctou avec son état-major, avant que le colonel Joffre ne reprenne l’offensive coloniale avec succès. Petit à petit, les métropolitains « parviennent » à occuper l’Azawad, brisant tout foyer de résistance au moyen de représailles sanguinaires. Dès 1903, ils soumettent la principale confédération de tribus, avant qu’elle ne reprenne le flambeau de la révolte au cours de la Première Guerre mondiale (1916-1917). Cet ultime soulèvement généralisé est sanctionné par un véritable massacre. Dès lors, toute insubordination est cruellement réprimée. En 1954, le régime colonial promène ainsi la tête d’Alla ag Albacher dans les rues de Boureissa pour montrer le sort qu’il réserve à ceux qui osent s’opposer à l’autorité française.

Au lendemain de l’indépendance, la révolte touarègue fait cependant rage à nouveau, en 1962-1964. Elle sera brutalement écrasée par le pouvoir centralisateur de Modibo Keïta, qui n’hésite pas à commander le bombardement des populations civiles de l’Adrar des Iforas et le mitraillage de leur cheptel, obligeant même leurs enfants à chanter en bambara.

Les hostilités reprendront de 1990 à 1995 (on parle de 5000 victimes), suscitant une nouvelle vague de répression, mais aussi l’explosion de conflits inter-ethniques et la formation de milices d’auto-défense parmi les Songhaïs. Pourtant, cette nouvelle éruption n’est pas comparable à celle des années 60, dans la mesure où elle implique bon nombre de rapatriés de Libye et d’Algérie, qui s’étaient enrôlés dans la Légion islamique de Kadhafi (dissoute en 1987) ou dans le Front Polisario, poussés par les famines des années 70 et 80. De retour au pays, ils ont recruté des jeunes sans emploi et formé des groupes mobiles, équipés de 4 × 4 et d’armes légères, pour harceler des symboles de l’État central ou des sites stratégiques (mines d’uranium d’Arlit au Niger). Pourtant, faute d’enracinement social et de ciment idéologique, ils ne parviennent pas à surmonter leurs divisions tribales et régionales. En 1996, ils finissent par accepter de déposer les armes en échange d’un plan de réinsertion de leurs combattants et du retrait de l’armée du Nord-Mali. Ce résultat politique sera conforté socialement par un recul provisoire de la sécheresse et une hausse des prix du bétail.

Arguant du non respect de ces accords, le soulèvement touareg reprend cependant en 2006-2008, provisoirement endigué par un effort de médiation algérienne. Il coïncide avec une nouvelle exacerbation des inégalités sociales et régionales. Des développements analogues se produisent d’ailleurs au Niger, en 2007-2009, marqués par l’enlèvement de quatre employés de l’entreprise française Areva (juin 2008), libérés quelques semaines plus tard. Ils se concluront par la médiation de la Libye, alors très proche de Paris… Les hostilités reprendront au Nord-Mali en janvier 2012, à la faveur d’une terrible sécheresse, mais aussi d’un nouvel afflux d’armes et de mercenaires, mis sur la touche suite à l’effondrement du régime de Kadhafi. Si les combattants touaregs ont pu d’abord paraître moins divisés entre eux que dans les années 90, avec la formation, du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), c’était sans compter sur les succès du front salafiste Ansar Dine (Défenseurs de la religion), mené par Iyad ag Ghali, l’un des principaux chefs du soulèvement des années 90. À noter que l’homogénéité même de ces deux forces est faible, comme l’ont montré la relative dilution du MNLA et la scission plus récente d’Ansar Dine.

Course aux ressources naturelles

Les capitaux étrangers s’intéressent de plus en plus à l’Afrique subsaharienne qui, loin d’être un sous-continent délaissé par la mondialisation, suscite un intérêt croissant dans les domaines agricole, minier et énergétique. Au Mali, le Conseil présidentiel pour l’investissement (CPI), fondé en 2003, comprend des représentants de nombreuses multinationales – Anglogold, Barclays, Coca-Cola, etc. –, et associe le FMI et la Banque mondiale à ses réunions. Par ailleurs, l’Agence malienne de promotion des investissements (API), créée en 2005, note que les flux des capitaux étrangers sont encouragés sans restriction (y compris le rapatriement des dividendes et des produits des ventes et liquidations). Dans le domaine foncier, l’API affirme que 2,5 millions d’hectares de terres arables sont disponibles aux investisseurs [En particulier sur les terres irriguées de l’Office du Niger, un héritage de la colonisation], en grande majorité étrangers, notamment pour produire des agro-carburants, alors que le pays n’en compte en tout que 4,7 millions, et que la surexploitation des sols conduit à leur dégradation et désertification accélérées [The Oakland Institute, Comprendre les investissements fonciers en Afrique. Rapport : Mali, 2011 (oaklandinstitute.org)].

Dans le domaine minier, le sous-sol du Mali contient beaucoup plus de ressources que celles mises en exploitation. Sa production d’or fait la fortune de l’Anglogold sud-africaine et place le pays en 16e position mondiale (2009). Pourtant, les conditions de travail y sont déplorables (en particulier pour les enfants de moins de 15 ans) et les risques qu’elle fait courir à l’environnement ne justifient en aucun cas ses retombées économiques, qui servent pour l’essentiel à assurer les revenus de quelques rentiers locaux (20% du capital sont en mains maliennes), de même que le service de la dette extérieure. L’exploitation d’autres gisements – pierres semi-précieuses, bauxite, uranium, etc. – sont encore largement du domaine de la prospective.

De gros espoirs portent sur l’extraction futur du pétrole dans le nord du pays, en particulier dans le basin de Taoudeni, mais le forage, l’exploitation et le transport des hydrocarbures posent encore des problèmes techniques, logistiques et financiers insolubles, sans parler des questions de sécurité. Si des intérêts énergétiques sont directement impliqués dans l’intervention militaire française au Mali, ce sont ceux liés à l’exploitation des gisements d’uranium d’Arlit au Niger (4e producteur mondial) par la société Areva, à 300 km à l’est de la frontière de la région malienne de Kidal. On rappellera que plus du tiers du combustible consommé par les centrales nucléaires hexagonales viennent de ce pays, et qu’Areva vient de signer un accord pour l’exploitation du bassin d’Imouraren (2e réserve au monde), à 80 km au sud d’Arlit, dont elle détient près de 60% du capital, et où une première tranche d’investissements de 1,2 milliard d’euros est déjà programmée.

Djihadistes et trafiquants

La situation sur le terrain est compliquée par la montée en puissance de deux types d’acteurs, qui se confondent largement, tout en se disputant l’espace du Sahel : 1. Les djihadistes étrangers issus du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) – dissidence du Groupe islamiste armé algérien (GIA) – qui se revendiquent d’al-Qaïda, dont une fraction rivale, le Mouvement pour l’unité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) s’intéresse plus spécifiquement à l’Afrique subsaharienne ; 2. Les trafiquants en tous genres, en particulier de cocaïne et d’héroïne, et leurs relais locaux. Évidemment, les sources de financement et les complicités politiques de ces deux types d’acteurs sont beaucoup plus importantes et plus diversifiées que celles dont disposent les rebelles touaregs.

1. L’essor des groupes djihadistes au Sahel résulte de leur double défaite, en Afghanistan et en Algérie, mais aussi de leur affaiblissement relatif au Pakistan. Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) est ainsi réputé depuis quelques années avoir établi le nouveau centre mondial de ses activités terroristes dans les pays africains, entre le 12e et le 20e degré de latitude nord, du Soudan à la Mauritanie. Les forces se revendiquant d’AQMI, dont il est difficile de mesurer les effectifs, se sont formées dans le prolongement de l’annulation de la victoire électorale du Front islamique du salut (FIS) par l’armée algérienne, en 1992, qui précède la répression implacable du Groupe islamique armé (GIA), dont une dissidence cherchera à sortir du cas-de-sac algérien en fondant le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), en 1998, qui se lie au djihadisme international dans la première moitié des années 2000, avant de prendre le nom d’AQMI en 2007.

Bien malin qui peut évaluer aujourd’hui les effectifs et le fonctionnement de cette nébuleuse éclatée, tiraillée par divers parrains occultes, mais aussi au gré de divers trafics lucratifs, dont les prises d’otages et demandes de rançon [Un nombre croissant d’observateurs doutent de l’existence d’une structure centralisée répondant au sigle AQMI (voir notamment Mehdi Tage, « Vulnérabilités et facteurs d’insécurité au Sahel »,Enjeux ouest-africains, n° 1, août 2010)]. Il est cependant raisonnable de la distinguer d’un islam politique d’obédience salafiste, disposant d’une certaine implantation populaire, comme Ansar Dine au Nord-Mali. Ce dernier tente plutôt d’exploiter à son profit la paupérisation endémique, accentuée par les traitements de choc des institutions financières internationales – soutenues par les puissances occidentales –, mis en œuvre par les autorités néocoloniales de Bamako. Il vise ainsi à élargir son audience pour établir un nouveau régime fondé sur son interprétation de la charia.

C’est en invoquant la menace du terrorisme, que les États-Unis ont décidé d’accroître leur intervention militaire en Afrique, mettant sur pied en 2007 un nouveau commandement continental (Africom). Celui-ci multiplie les efforts de collaboration – exercices communs, formation de cadres, etc. – avec les armées africaines, notamment au Mali, dans le cadre du « Partenariat transsaharien contre le terrorisme ». En réalité, ce déploiement renforcé vise plus fondamentalement à sécuriser les approvisionnements US en pétrole (et autres matières premières) par le Golfe de Guinée, et à se positionner plus fortement pour faire face à la compétition croissante de la Chine.

2. L’importance des trafics actuels de drogue (cocaïne et héroïne) et de cigarettes de contrefaçon, mais aussi d’immigrant-e-s clandestins transitant par le Sahel vers l’Afrique du Nord et l’Europe, reste l’objet de conjectures, même s’il semble établi qu’ils ont connu une progression au cours de ces dernières années. Ainsi, en novembre 2009, un vieux boeing 727 modèle cargo – l’un des seuls gros jets à pouvoir atterrir sur des pistes sommairement aménagées – a été découvert dans le désert malien, à 200 km au nord de Gao. En provenance d’Amérique du Sud, il devait approvisionner en cocaïne les marchés français (via l’Algérie) et espagnol (via le Maroc).

Les groupes djihadistes se financent grâce aux enlèvements d’otages et aux nombreux trafics auxquels ils s’adonnent, qui stimulent en retour celui des armes. C’est ainsi que Mokhtar Belmokhtar, planificateur présumé de la prise d’otages d’In Amenas en Algérie, était aussi connu sous le surnom de « Mr Marlboro ». Dans de telles conditions, plus d’un observateur – de Tariq Ramadan aux porte-paroles de l’armée française – a pu mettre en doute les objectifs religieux de ces groupes. Pour ma part, je ne vois pas au nom de quoi il faudrait opposer la foi à l’appât du gain et à la terreur, même s’il est évident que le salafisme à vocation populaire est régi par d’autres dynamiques sociales que le djihadisme d’Al-Qaïda.

Un tel imbroglio a favorisé récemment l’essor de nombreuses théories du complot, qui croient deviner derrière la multiplication des groupes islamistes armés au Sahel, mais aussi des trafics de tous genres, la promotion des intérêts des États-Unis, voire de l’Allemagne, qui rêveraient de la formation d’un émirat sahélien indépendant, riche en matière premières et docile, séparé des États françafricains du Mali et du Niger. C’est ainsi au nom du « moindre mal » présumé de la domination française sur l’ensemble de cette région, que Samir Amin a justifié, le 23 janvier dernier, à la surprise de nombre de ses partisans, son soutien à l’opération Serval au Mali [On pourra lire la prise de position de Samir Amin, et sa critique pertinente par Paul Martial, sur le site Europe-solidaire.org. Voir Samir Amin (article 27717), Débat sur l’intervention française au Mali : le point de vue de Samir Aminet Paul Martial (article 27718), Débat : sur le soutien de Samir Amin à l’intervention française au Mali].

Les véritables objectifs de Serval

Moins de quatre semaines après le début de l’intervention militaire hexagonale, son succès paraît complet : la prise des principales villes du Nord a été rapide et un seul militaire français y a trouvé la mort ; les pertes civiles et les destructions au sol restent inconnues, vu le black-out médiatique imposé par Paris ; les djihadistes se sont évaporés, fuyant semble-t-il les combats ; les responsables maliens ont accueilli les troupes de l’ancienne métropole en libératrices avec un soutien populaire indiscutable ; les représailles perpétrées par l’armée maliennes ou les milices d’auto-défense communautaires n’ont pas réussi à entacher le succès de Paris, dont le moindre des miracles n’est pas d’avoir conféré à François Hollande une stature quasi-gaullienne – selon Le Parisien, l’Opération Serval est approuvée par 75% des sondé-e-s.

Le succès apparent de cette guerre éclair pose cependant une question : n’avait-on pas à dessein surestimé la puissance de feu de ces djihadistes « aguerris » et « lourdement armés », qui ont pris la fuite devant quelque 2000 soldats français [Le 13 janvier, Philippe Duval montrait déjà que le péril islamiste avait été grossièrement surestimé (tamoudre.org)] ? Paris ne s’est-il pas payé le luxe de tenir l’armée malienne totalement à l’écart des engagements les plus délicats, comme la prise de Kidal, investie sans combats ? Comment dès lors accréditer l’idée que ces combattants islamistes étaient sur le point de foncer sur la ville charnière de Mopti, au centre du pays, pour s’emparer de Bamako, une capitale de 2 millions d’habitant-e-s qui leur est violemment hostile ? Si le pouvoir malien était réputé incapable d’une telle riposte, c’est qu’il ne disposait donc d’aucun soutien populaire, et qu’il aurait fallu en changer. Or, la France, déjà défiée par le putsch avorté du capitaine Sanogo, en mars 2012, ne disposait dans l’immédiat d’aucune carte de rechange. Son engagement, préparé sur le terrain par l’Opération Sabre [Depuis deux ans, la France avait déployé des forces spéciales, des hélicoptères et un arsenal significatif au Burkina Faso et en Mauritanie, dispositif renforcé en septembre dernier dans le cadre de l’Opération Sabre], dès le mois de septembre, va lui laisser le temps de préparer une « alternative démocratique », sanctionnée par des élections en bonne et due forme.

Ceux qui promettaient un bourbier afghan à Paris et relevaient avantageusement la prudence affichée par Washington et Berlin en seront pour leurs frais. En revanche, les autorités maliennes et régionales – par le truchement de la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA) – vont devoir payer leur dette en combattant les unités djihadistes repliées dans les sables et les montagnes de l’Azawad. Des bruits insistants courent aussi quant à l’installation prochaine d’une base française à Mopti : « Ce n’est pas un hasard, note un commentateur sénégalais, si le bâtiment de la Marine (le porte-hélicoptères Dixmude) a appareillé de la rade de Toulon vers Dakar, avec un chargement aussi volumineux que cinq TGV » [B. J. Ndiaye, « Mali : à quoi sert Serval ? », 2 février 2012 (nettali.net)]. Une telle base, à faible distance des gisements d’uranium d’Arlit, et surtout d’Imuraren, emportés de haute lutte par Areva contre ses concurrents chinois, compléterait celles de N’Djaména, Abéché (au Tchad) et Djibouti sur la frontière saharo-sahélienne.

En même temps, Paris va sans doute maintenir une force d’intervention lourdement armée à Bamako afin d’assurer une transition politique à ses conditions face aux secteurs rétifs de l’armée malienne. Il se pourrait d’ailleurs bien qu’elle comporte un degré d’autonomie limité pour les Touaregs, ce qui expliquerait que les unités spéciales chargées d’investir Kidal aient tenu l’armée malienne à l’écart, et que la DGSE (services secrets), déjà en contact avec le MNLA, ait activement œuvré à scissionner le mouvement salafiste Ansar Dine. Il semble en effet que son porte-parole, Mohamed Ag Arib, longtemps immigré en France, et connu du Quai d’Orsay, ait joué un rôle clé dans la mise sur pied du tout nouveau Mouvement islamique de l’Azawad (MIA).

La bourgeoisie française a remporté une bataille significative en Afrique de l’Ouest, au moins pour le moment, non seulement aux dépens de ses concurrents occidentaux, mais surtout des peuples africains, qui vont être exposé à une nouvelle étape de l’agenda néolibéral que Paris soutient sans réserve. Pour y faire face, il est grand temps que la gauche et les mouvements sociaux maliens, africains et internationaux cessent une fois pour toute de penser en termes de géopolitique du « moindre mal » pour renouer avec une analyse de classe internationaliste.

Jean Batou, Europe solidaire sans frontières, 4 février 2013 – À paraître en « Cahier émancipation » dans le prochain numéro de solidaritéS (Suisse)

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Published by coutoentrelesdents - dans COLONIALISME

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