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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 13:54

Les “Black bloc”, nouveau visage de la contestation égyptienne

Sous une tente aux allures de campement militaire, une quinzaine de jeunes hommes reçoivent cagoulés et masqués. Droits dans leurs baskets, ils écoutent dans un silence monacal les ordres donnés par le chef de bande. Bottes et treillis, c’est lui qui attribue les missions aux membres de ce groupuscule, devenu en une semaine aussi célèbre pour la mise en scène que pour le secret dont il entoure ses actions.

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Des membres du Black bloc réunis sous une tente, place Tahrir au Caire, le 1er février.

Tout a commencé le 19 novembre pendant les manifestations rue Mahmoud-Salem, au Caire. Beaucoup de nos amis ont été tués. Les officiers de police et les militaires portaient des masques. On s’est dit qu’on allait faire pareil”, indique, vendredi 1er février, leur porte-parole. Après quelques recherches sur Internet, ils se choisissent pour modèle les “Black bloc”, des groupes radicaux européens. Ils sont étudiants, employés ou chômeurs, ont de 20 à 30 ans, et appartiennent à une “génération issue du sang des martyrs”, comme le proclame leur vidéo sur YouTube.

LA BÊTE NOIRE DES AUTORITÉS ÉGYPTIENNES

Après avoir fait une entrée remarquée lors de la manifestation du deuxième anniversaire de la révolution, le 25 janvier, les Black bloc sont devenus la bête noire des autorités égyptiennes. Leurs codes et modes d’action directe alimentent les craintes de voir le pays sombrer davantage dans la violence.

“L’action défensive est privilégiée. Une infime partie d’actions offensives est menée en réaction à des attaques, assure le porte-parole. Notre but est de protéger les bâtiments publics, les manifestants et les femmes victimes de harcèlement sexuel.” Ils auraient assuré la protection de l’hôtel Semiramis, attaqué mardi soir par des jeunes casseurs, selon les témoignages de clients.

La discrétion entretenue par ses membres et les mesures de sécurité dont ils accompagnent toute prise de contact extérieure, ne font qu’alimenter rumeurs et fantasmes. Les Black bloc ont gagné la réputation de “casseurs de flics”. Armés de bâtons et de cocktails Molotov, ils sont de tous les affrontements. Ils assurent que leur “vengeance” serait de voir “les policiers qui ont été jugés pour avoir tué des manifestants et qui ont tous été acquittés, rejugés. On a leur nom. On les a donnés au procureur général.” Place Tahrir, on les dit armés pour intervenir sur des actions éclair contre les forces de l’ordre.

“ILS ONT VOLÉ NOTRE RÉVOLUTION”

Mais leur véritable ennemi, assurent-ils, ce sont les Frères. “Depuis le premier jour, ils ont volé notre révolution”, dit le jeune homme. Ils tiennent à l’œil ces milices, lourdement armées, qui viennent parfois attaquer les manifestants. “S’ils nous attaquent, on réagit. On n’a pas les armes, mais on a la foi. On continuera jusqu’à la victoire : que le président Morsi et le régime partent. Après, ça nous est égal qui sera président, du moment qu’il s’occupe du pays.”

Bien que minoritaire, cette forme de contestation inédite en Égypte commence à faire des émules. Ce qui n’a pas tardé à inquiéter les autorités. Le procureur général, Talaat Ibrahim Abdallah, a ordonné mardi l’arrestation de toute personne soupçonnée d’appartenir au groupe. Une enquête a été ouverte après le dépôt d’une plainte les accusant d’avoir mis le feu à des locaux appartenant aux Frères musulmans. Ce dont ils se défendent. Une vingtaine de membres présumés ont été arrêtés depuis. “Groupe terroriste”, “sabotage, émeute et intimidation”, “financements occultes”, “lien avec Israël” : les autorités disent détenir de nombreux éléments à charge.

Depuis, les Black bloc se sont faits très discrets, voire quasiment invisibles. Vendredi, les spéculations étaient ouvertes sur leur participation aux manifestations. En signe de soutien, des centaines de manifestants avaient décidé de défiler cagoulés.

Presse contre-révolutionnaire (Hélène Sallon, envoyée spéciale au Caire, LeMonde.fr, 2-3 février 2013)

 

(…) Ces protestataires sont désormais déterminés à répondre par la violence à la violence policière et, plus significatif, à faire pression sur le pouvoir à travers des actes de sabotage. On a vu ainsi des manifestants couper des routes et des lignes de métro, perturber certains services publics, comme ce fut le cas avec le complexe administratif de la place Tahrir, ou encore attaquer des établissements publics et des postes de police, sans parler des attaques contre des sièges du Parti Liberté et Justice (PLJ), bras politique des Frères musulmans. Cette violence ne se limite pas au Caire et aux grandes villes, mais touche également les provinces. Les récents troubles intervenus à l’occasion du 2e anniversaire du 25 janvier ont frappé une douzaine de gouvernorats sur les 27 que compte le pays. Les incidents les plus graves ont eu lieu dans deux des trois villes dites du Canal de Suez, Port-Saïd (40 morts à la suite du verdict de la justice sur le drame du match de football) et Suez (9 morts). Ces deux villes, avec Ismaïliya, ont été par la suite soumises à un couvre-feu d’une trentaine de jours, annoncé par le président au troisième jour des émeutes. Mais les habitants de ces villes, en signe de défi aux autorités, ont multiplié les actes de violation du couvre-feu, dont l’organisation de manifestations et de matchs de football dans les rues. Ces actes indiquent la poursuite de l’effondrement de l’autorité de l’État. Le phénomène est apparu le jour du « vendredi de la colère », le 28 janvier 2011, au moment où les forces antiémeutes du ministère de l’Intérieur ont été défaites face aux manifestants. Deux ans après la chute de Moubarak, l’État ne s’en est pas encore remis et son autorité souffre toujours de ce discrédit auprès de la population. (…)

Presse contre-révolutionnaire (Hicham Mourad, hebdo.ahram.org.eg, 6 février 2013)

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 13:54

 

Des manifestants ont saccagé les locaux du parti islamiste tunisien au pouvoir Ennahda à Mezzouna, près de Sidi Bouzid, et à Gafsa (centre) pour dénoncer le meurtre d’un opposant et des manifestations se déroulaient dans plusieurs villes.

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Des manifestants ont incendié les locaux d’Ennahda à Mezzouna et ont saccagé ceux du parti à Gafsa. À Sidi Bouzid, Kasserine, Béja, Bizerte et Tunis des foules manifestaient leur colère dans les rues pour dénoncer le meurtre de Chokri Belaïd et le parti islamiste qui dirige le gouvernement.

Presse contre-révolutionnaire (Agence faut Payer, 6 février 2013)

 

(…) La police tunisienne a tiré des gaz lacrymogènes sur des manifestants qui tentaient de prendre d’assaut le siège de la police à Sidi Bouzid, berceau de la révolte de 2011.

Quelque 200 manifestants ont attaqué ce commissariat et les policiers ont répliqué immédiatement avec les gaz avant de prendre la fuite. L’armée est intervenue pour tenter de calmer la foule dans cette ville déshéritée du centre tunisien. (…)

Presse contre-révolutionnaire (tempsreel.nouvelobs.com, 6 février 2013)

 

L’assassinat d’un opposant attise la colère en Tunisie

La mort mercredi matin à Tunis d’un responsable de l’opposition laïque fait descendre des milliers de manifestants dans les rues, criant leur colère, dénonçant les islamistes d’Ennahda et saccageant leurs locaux.

Alors qu’il quittait son domicile de la banlieue tunisienne, Chokri Belaïd, 49 ans leader de l’opposition, a été assassiné ce matin de plusieurs balles dans la tête et la poitrine par un homme portant un burnous, l’habit traditionnel tunisien, selon l’AFP.

Sa mort a très vite été annoncée sur des radios tunisiennes, confirmée par la clinique où son corps a été transporté. Depuis, des milliers de personnes se sont rassemblées, devant l’hôpital d’abord, puis devant le siège de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens, principal syndicat du pays, avant que tous ne se rejoignent devant le ministère de l’Intérieur sur l’avenue Bourguiba, en plein cœur de Tunis. Une fois de plus, le célèbre « Dégage » a été scandé à l’intention du régime en place assorti de « Honte, honte à vous ». À Sidi-Bouzid, berceau de la révolte de 2011, quelque deux mille manifestants reprenaient des slogans anti-islamistes.

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Chokri Belaïd était un opposant de longue date. Sous Bourguiba, sous Ben Ali puis à la tête du Mouvement Patriote Démocrate, une formation qui a rejoint le Front de gauche, une alliance de plusieurs partis d’opposition.

Mardi encore, il était sur un plateau de télévision dénonçant la violence politique dans laquelle a sombré la Tunisie. Farouche opposant au parti islamiste Ennahda, majoritaire au pouvoir, il avait qualifié son leader Rached Ghannouchi de « symbole du fascisme et de la contre-révolution ».

Chokri Belaïd s’était également prononcé contre ces Ligues de protection de la révolution, des milices que l’on dit à la solde des islamistes au pouvoir, accusées en octobre dernier d’avoir roué de coups, jusqu’à ce qu’il perde la vie, un responsable local du parti d’opposition Nidaa Tounes à Tataouine dans le sud du pays.

(…) Ennahda, dont des locaux ont été attaqués après cet assassinat dans plusieurs villes, est accusé par la famille de Chokri Belaïd d’être le commanditaire du meurtre. (…)

Presse contre-révolutionnaire (Thibaut Cavaillès, LeFigaro.fr, 6 février 2013)

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 13:53

Douma ville libre. Conseil de gestion populaire et démocratie par le bas

Dans la ville de Douma, près de Damas, un Conseil local dont les membres sont révocables s’est mis en place pour gérer la ville libérée. Ce document d’octobre 2012 est un témoignage de l’expérience démocratique du peuple syrien en lutte.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/02/13.jpgEn dépit des bombardements intenses et quotidiens sur les quartiers habités et les infrastructures économiques de la ville de Douma, les révolutionnaires l’ont libérée de la domination des appareils du régime, de ses chabbiha[Les chabbiha sont les milices du régime de Bachar el-Assad] et des barrages. Le Conseil de ville, élu par la population de Douma, a publié un communiqué par lequel il a exalté notre population héroïque qui a nettoyé notre ville de tous les services de répression (sûreté, armée, chabbihas) et des barrages. Il a fait le vœu qu’elle prenne ses responsabilités dans l’administration de la ville et la protection des biens publics et privés et des services de l’État contre le vol, le vandalisme, les incendies, etc. Il a exhorté chacun à donner tout document concernant ces services à la commission constituée par le Conseil à cette fin. La coopération de tous avec le Conseil local est souhaitée pour rendre la ville mieux qu’elle ne le fût.

Rappelons que Douma a été détruite sur environ 25.000 km² et que son Conseil local est considéré comme un exemple de l’expérience démocratique du peuple syrien mise en œuvre dans plusieurs zones libérées. Cette ville où résident plus d’un demi-million d’âmes a été divisée en régions et en comités de quartiers. En voici le détail :

1) La ville de Douma est divisée en douze régions géographiques. Dans chaque zone, est constitué un comité de quartier composé de cinq membres et un président est choisi pour chaque comité.

2) Douze commissions spécifiques composées de cinq membres sont mises en place, chacune concernant la médecine, la protection des quartiers, les biens publics et privés, les services techniques, les finances, la légitimité judiciaire, la mise à niveau et la reconstruction, le mouvement pacifique et les manifestations, les relations publiques, la commission d’information, la culture et l’éducation, la documentation et le secrétariat.

3) Le Conseil local est constitué comme suit : 12 membres, présidents des comités de quartiers, 12 membres, présidents des comités spécifiques, le président du conseil.

4) Le président du bureau exécutif, constitué de onze membres, est élu.

5) Il est mis en place un forum libre de la ville de Douma, qui se réunit deux fois par semaine, le mercredi et le dimanche, pour poser toutes les questions concernant la ville.

6) Il est mis en place un bureau d’informations de la ville de Douma qui relaiera les informations de la ville. Vous pouvez l’intégrer immédiatement et nous faire part de vos remarques.

Remarques : les membres des comités, du conseil et du bureau se sont mis d’accord sur les conditions et principes qui suivent :

1) Le membre doit avoir foi dans la chute du régime dictatorial corrompu et dans la mise en place d’un État civil, démocratique, reposant sur la révocabilité des mandats, et œuvre à cette fin.

2) Le membre doit être un militant ou un soutien de la révolution, à quelque titre que ce soit.

3) Le membre doit être modéré et non fanatique, quel que soit son parti, sa religion, sa confession, ou son appartenance dans la révolution.

4) Le membre doit être digne de confiance et remarqué pour ses bonnes conduite et morale.

5) L’appartenance au Conseil ou aux comités est de notoriété publique.

6) La mission des comités et du conseil est de gérer la vie de la ville au mieux et de façon institutionnelle.

Publié par La ligne de front, n° 10 (organe du Courant de la Gauche Révolutionnaire de Syrie), octobre-novembre 2012, et traduit en français par Luiza Toscane dansInprecor, n° 590, janvier 2013

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 13:53
http://juralib.noblogs.org/files/2013/02/1Une-simple-t%C3%AAte-de-mannequin-permet-aux-rebelles-de-tester-le-terrain-comme-ici-dans-le-quartier-dArabeen-%C3%A0-Damas-pr%C3%A8s-.jpeg

Une simple tête de mannequin permet aux rebelles de tester le terrain, comme ici dans le quartier d’Arabeen, à Damas, près d’une base de l’armée syrienne, lors de combats intensifs, dimanche 3 février.

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http://juralib.noblogs.org/files/2013/02/3Le-recours-aux-leurres-est-devenu-r%C3%A9current-au-cours-des-combats-urbains.-Sur-cette-photo-du-17-ao%C3%BBt-2012-on-voit-des-comba.jpeg

Le recours aux leurres est devenu récurrent au cours des combats urbains. Sur cette photo du 17 août 2012, on voit des combattants de l’armée syrienne libre préparant leur trompe-l’œil lors d’affrontements dans le quartier de Salaheddine, dans le centre d’Alep.

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Puis le mannequin est mis en situation d’appât pour localiser les snipers de l’armée syrienne.

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http://juralib.noblogs.org/files/2013/02/6-Lors-dune-pause-ce-m%C3%AAme-17-ao%C3%BBt-%C3%A0-Alep.-Les-hommes-observent-loiseau-en-cage-d%C3%A9couvert-dans-un-appartement-abandonn%C3%A9.jpeg

Lors d’une pause, ce même 17 août à Alep. Les hommes observent l’oiseau en cage découvert dans un appartement abandonné, tandis que le mannequin “monte la garde”.

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Un mannequin en première ligne dans le quartier de Salah al-Dine, à Alep, le 26 août 2012.

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Au cœur d’affrontements dans le vieux Alep, le 2 novembre 2012.

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Une mine de mannequins dans une boutique détruite du quartier de Salaheddine, à Alep, le 5 décembre 2012.

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Dans le quartier de Khan al-Wazeer, à Alep, le 16 décembre 2012.

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Dans le vieux Alep, le 23 décembre 2012.

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Presse postiche (Le Monde, 4 février 2013)

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 13:34

CONTRE-ENQUÊTE L’homosexualité, invention occidentale imposée à l’Afrique et au Maghreb, via un « impérialisme des modes de vie »? C’est la thèse qui se développe dans une partie de l’extrême gauche, alors que la France débat du mariage homo. Flippant.

plus-forts-que-frigide-barjot-les-indigenes-de-la-republique-denoncent-l-imperialisme-gay
Un keffieh et une chaîne... à la Gay Pride d'Oslo en 2011

C’est une idée en vogue dans les milieux anti-impérialistes : Si le mariage pour tous n’a pas la cote dans « les quartiers populaires », c’est parce que ses habitants – descendant en majorité de « colonisés », ne seraient pas sensibles à cette idée occidentale.

PETIT LIVRE VERT Alors que toute la France débat du mariage homo,StreetPress vous signale la parution d’un essai qui vient apporter de l’eau au moulin à cette surprenante théorie : « Les féministes blanches et l’empire », signé Stella Magliani-Belkacem et Félix Boggio Ewanjé-Epée, aux éditions La Fabrique. Un petit livre vert (110 pages) dans lequel les deux auteurs affirment que « l’homosexualité, comme identité » est « une notion » occidentale qui n’est pas adaptée au monde arabe et africain. Et par « analogie », pas adaptée non plus à ceux qui en sont issus : les habitants des « quartiers populaires ».

Vous avez peut-être aperçu Stella Magliani-Belkacem à l’université d’été du Front de Gauche, ce mois d’août à Grenoble où elle était à la tribune pour s’exprimer sur « l’anti-racisme et le mutliculturalisme ». Félix Boggio Ewanjé-Epée – essayiste précoce puisqu’il n’a que 22 ans – est, lui, un ancien du NPA. Mais c’est surtout grâce à leurs activités dans le monde de l’édition qu’ils bénéficient d’une notoriété certaine dans le milieu anti-impérialiste. La paire a coordonné la rédaction du recueil Nous sommes les Indigènes de la République (Ed. Amsterdam, 435 p) du mouvement du même nom. Stella Magliani-Belkacem est secrétaire d’édition dans la maison d’édition La Fabrique d’ Eric Hazan.

Devant son expresso dans un bistrot de la rue de Belleville, Félix Boggio Ewanjé-Epée résume le leitmotiv du chapitre consacré à la question LGBTde son essai:

« Dénoncer la tentative de faire de l’homosexualité une identité universelle qui serait partagée par tous les peuples et toutes les populations. »

« Une tentative » relayée dans les pays anciennement colonisés par « lesONG et l’Onu avec un discours d’inscription des droits sexuels qui institutionnalise l’homosexualité telle qu’elle est définie en Occident. »
Mais aussi dans « les quartiers populaires. » Les auteurs de s’en prendre à Fadela Amara qui avait appelé dans une interview à Têtu à l’émergence « d’un mouvement gay dans les quartiers. »
















Félix Boggio Ewanjé-Epée, Stella Magliani-Belkacem et leur petit livre vert


« MISSION CIVILISATRICE » La question de « l’homonationalisme » n’est pas nouvelle. En juin 2010 à la Gay Pride de Berlin, c’est même l’égérie du mouvement queer Judith Butler qui s’était alarmée que la cause LGBT ait été « enrégimentée dans un combat nationaliste et militariste. » En cause, « l’exotisation » de l’homophobie : Les banlieues des grandes métropoles et les pays africains et musulmans sont accusés de concentrer les homophobes. Le mouvement LGBT s’inscrirait alors dans une nouvelle « mission civilisatrice » contre « les jeunes de banlieue » et plus généralement « les cultures non-occidentales. »

IMPORT / EXPORT Mais ce que dénoncent aussi les théoriciens de l’anti-impérialisme de La Fabrique, c’est que l’homosexualité est imposée comme identité dans des contrées où elle n’existerait pas. « Dans la tradition des identités arabes par exemple, cette notion-là a été importée », justifie Félix. Stella ajoute elle que les « les conditions matérielles à l’émergence de ce qu’on appelle l’homosexualité ne sont pas forcément réunies dans ces espaces. » 

« C’est une question d’organisation de la famille et de la société. »

Ils ne nient pas la réalité de « pratiques homo-érotiques » mais minimisent l’existence « d’un mode de vie homosexuel ». Un raisonnement qui vaut « par analogie » dans « les quartiers populaires. »

« IMPÉRIALISME GAY » « Monde blanc », « homosexualité imposée », « impérialisme gay »… Jointe par StreetPress, Houria Bouteldja, boss des Indigènes de la République, reprend à son compte la théorie de l’essai qui lui est dédicacé. Mais celle qui est régulièrement invitée par Frédéric Taddéï dans « Ce soir ou jamais » va encore plus loin en affirmant que « le mode de vie homosexuel n’existe pas dans les quartiers populaires. Ce qui n’est pas une tare » :

« Le mariage pour tous ne concerne que les homos blancs. Quand on est pauvre, précaire et victime de discrimination, c’est la solidarité communautaire qui compte. L’individu compose parce qu’il y a d’autres priorités. »

Bouteldja, qui prépare un article de 7 pages sur le sujet, d’ajouter que le choix de l’homosexualité est un luxe :

« C’est comme si on demandait à un pauvre de manger du caviar. »

Autant d’arguments qui expliquent pour Stella Magliani-Belkacem que « le mariage pour tous n’est pas une revendication portée dans les quartiers populaires. » Bouteldja insiste :

« L’impérialisme, ce n’est pas seulement militaire et économique. C’est aussi par les modes de vie. »

UN DISCOURS DANGEREUX Joint par StreetPress, Johan Cadirot, administrateur du Refuge, une association qui loge les jeunes victimes d’homophobie, s’inquiète des conséquences que peut avoir ce discours chez des « jeunes des cités » qui ont déjà du mal à s’identifier comme homosexuels :

« On leur met encore un poids. Ils vont encore plus se cacher, se renfermer, et ne pas s’assumer. C’est quand même chez les jeunes homos qu’on trouve les plus hauts taux de suicides. »

Il explique que 50% des jeunes qu’il reçoit dans son antenne francilienne sont issus des cités, « où il n’y a pas moins d’homos mais où ils sont plus cachés et dans le déni. »:

« Alors oui, le mot ‘’homo’’ n’existe pas en langue arabe. Soit. Mais à partir du moment où on couche régulièrement avec une personne du même sexe, on est homo, bi ou trans’ ! Ce n’est pas plus compliqué que cela ! »

Johan, qui vient du fin fond de la campagne, le Morvan « où les gays n’existent pas non plus », d’insister sur « l’importance de pouvoir mettre des mots sur ce que l’on est pour pouvoir s’accepter » :

« Quand ces jeunes viennent au Refuge, ils discutent avec d’autres personnes et s’aperçoivent qu’ils sont comme eux : homos. »

« DISCOURS HOMOPHOBE » Joint par StreetPress, le sociologue Daniel Welzer-Lang, spécialiste des questions de genre et d’ethnicisation, qualifie carrément « d’homophobe » le discours des Indigènes : « Dire que des personnes n’existent pas comme le fait Bouteldja, alors qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour les voir, c’est de l’homophobie. » Il met en garde contre des « définitions arrangées de manière très homophobes par les Indigènes » pour servir leur discours anti-impérialiste. 

Avant de balancer les dossiers :

« Dans le cadre de mes recherches, j’ai même interviewé des membres de leur mouvement qui ont des frères ou des cousins homos dans des cités ! C’est juste absurde. »

Au Parti de gauche où Pascale Le Neouannic est en charge du pôle LGBT, on s’agace aussi : « Il y a des relents d’homophobie derrière ce discours. Quelque part [on laisse entendre que] ce ne serait pas naturel. »

Pour l’élue Front de gauche qui se revendique aussi de l’anti-impérialisme, le débat sur le mariage pour tous en France retentit bien au-delà de l’Hexagone :


« Tous ces débats, les jeunes Algériens aussi veulent les avoir. C’est une bataille universelle. Il n’y a qu’à voir le nombre de jeunes issus du Maghreb qui suivent avec attention nos débats. C’est une soupape, un air frais »




































Edit – 6.2.13 :
Suppression des JCR dans la bio de Félix Boggio Ewanjé-Epée et modification dans la bio de Stella Magliani-Belkacem : « secrétaire d’édition aux éditions La Fabrique ». Le livre co-édité par Magliani-Belkacem et Boggio Ewanjé-Epée est un « recueil ».
Précision, à la demande de Stella Magliani-Belkacem de la citation : « le mariage pour tous n’est pas une revendication portée dans les quartiers populaires »

 

 

Robin D'Angelo
http://www.youtube.com/user/Dan... 

26 Ans - Paris (75)

Redac' chef @ StreetPress

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 13:18

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 12:55

 

  • Photo © Aurore Vinot

    A la première mise en ligne de Down With This version numérique, Koma est le genre d’artiste qu’on a envie de faire tout de suite. Puis on se dit qu’on a le temps… mais au bout de quelques mois, l’évidence nous rattrape. Rappeur incontournable, il est le genre d’artiste qui rend attractif notre courant culturel. La justesse de ses paroles traduit avec exactitude l’atmosphère de certaines réalités auxquels s’attaquent les grands auteurs : un quartier populaire, une famille, l’immigration, la classe ouvrière, l’abandon d’une certaine jeunesse, la politique, les rapports humains… La profondeur de ses œuvres le place parmi les artistes majeurs de la chanson française tel Ferré ou Brassens offrant ainsi la comparaison avec la poésie, la vraie, celle qui fait voyager, qui a une valeur qualitative et qui nous touche. Koma est productif et enregistre des titres depuis maintenant 20 ans. Étrangement, il n’a qu’un album à son actif, « Le Réveil« , opus certifié classique dans toutes les discographies de ceux qui s’intéressent à cette musique. Nous l’avions déjà interviewé il y a 17 ans aux côtés de Fabe, son équipier de l’époque, et l’intérêt de sa présence dans cette culture nous semblait déjà évident. La France se réveillera t-elle encore un peu tard pour admettre son talent et en faire sa promotion auprès du grand public ? Parole à un maître de cérémonie hors pair.

    Down With This : Barbès, ton origine emblématique, ça remonte à loin ?
    Koma : J’y suis arrivé à l’âge d’un mois. Je suis né à Chambéry. C’est pour ça que j’aime bien la Juve et Evian-Thonon (rires). Mes parents sont originaires de Mostaganem, une belle ville côtière vers Oran, en Algérie. C’était les années 1970, ils arrivaient pour le boulot, les usines. Comme beaucoup, ils ont tenté leur chance en laissant des frères et des sœurs là-bas en se disant qu’ils leur enverraient des thunes. Ils se mariaient, faisaient des gosses et le rêve de retourner en Algérie commençait à s’éloigner… Petit à petit, tu t’aperçois que tes parents sont en train de vieillir et qu’ils vont mourir ici. Il y en a qui y retournent mais quand ils arrivent là-bas, ce n’est plus aussi simple. Beaucoup ne veulent plus y retourner pour y vivre car ils ont leur vie ici. Comme ma mère, elle a ses copines, ses trucs, ses habitudes en France. Moi, je n’y suis retourné qu’au mois de mai 2012, ça faisait 10 ans que je n’y étais pas allé.

    Ahmed (futur Koma) 1979 © Archive Koma – Droits réservés

    DWT : La Goutte d’Or te voit donc grandir et poser ton blaze sur ses murs…
    Koma : J’habitais à une rue de chez Gilles – BOXER (RIP). Pour jouer au foot, on avait dessiné sur un mur les cages à la peinture et BOXER y avait fait son fameux «Z», un géant en chrome. Toute mon enfance, j’ai eu ce «Z» devant moi. On le croisait avec son chien et il nous autorisait à le promener. Sa mère était fleuriste à côté de chez nous. Donc on a baigné dans ce truc-là et j’ai commencé à faire mes premières armes dans le graffiti. Il me disait « va chercher ton sac » et on se retrouvait dans des terrains. Je n’ai pas trop taggé avec lui. J’ai juste fais deux ou trois chantiers, un local et tout le square Léon en même temps que les architectes qui le refaisaient. On a même été payé. Nos graffs avaient été mélangé à leur travail. Il y avait toute une petite équipe : BOXER, moi, JEASK, BUTCH par la suite et DENPI… RAIDEN aussi qui était à la base venu acheter des chiens à BOXER. C’est en fréquentant Gilles qu’ils se sont mis à la boxe, dans son club, le Pitbull Posse. Redouane est venu s’entraîner là aussi. Il est mort plus tard lors de son championnat du monde à Las Vegas. Il y a même eu une enquête faite pour la télé par Karl Zéro sur le trafic dans la boxe. A cette époque, tout ce milieu, c’était le graff, le sport et la musique mélangés.

    Pour jouer au foot, on avait dessiné sur un mur les cages à la peinture et BOXER y avait fait dedans son fameux «Z», un géant en chrome. Toute mon enfance, j’ai eu ce «Z» devant moi. On le croisait avec son chien et il nous autorisait à le promener.

    DWT : Koma est un nom paradoxal pour quelqu’un qui voulait s’affirmer… Pourquoi ce choix ?
    Koma : J’avais regardé la liste des noms des mecs du graffiti à la fin du livre Spraycan Art. Certains étaient déjà pris, d’autres pas. Moi, j’aimais « Les Guerriers De La Nuit« . J’ai vu que celui que je voulais prendre, Swan (le personnage joué par Michael Beck) était déjà pris donc il fallait que j’en cherche un autre. Comme on était obligé de péta les bombes, il fallait les économiser. Il me fallait donc un nom court mais avec un équilibre : deux consonnes et deux voyelles. Deux lettres froides et deux autres chaudes. Je cherchais un truc que j’aimais visuellement, facile à enchainer et à écrire. K et M me plaisaient. Kimo, Kamo, Kima… Comme c’était des lettres pointues, il me fallait de la chaleur. J’avais opté pour le O et le A. Et c’était parti, je suis allé direct dans la rue pour le poser. Tu as eu plusieurs époques dans le tag pour trouver des noms. Il y a eu la mode des «SW», Swatch, Switch, etc… L’année d’après, c’était les «K», Kriminel, Kool Shen… Tout le monde mettait un «K» à la place du «C». Après, j’ai regardé ce que KOMA voulait dire… Et puis comme j’avais des problèmes pour aller à l’école dès le matin ou rester éveillé en cours, ça collait bien (rires).

    DWT : Tu t’es donc rapidement retrouvé dans les années bouillonnantes du tag…
    Koma : Ca nous a fait bouger. J’ai taggé avec HOOVER, WOLF, SKROZY, KEAD, TECHNIKO (AMA) dans nos promenades. On avait fondé un crew en 1990, les TAM, avec des mecs de partout : OENO, ADEPT des 357MP de Bobigny, SAY.B,… On se retrouvait avec trois mecs de chaque coin tout les samedis a Vincennes. Des mecs comme OENO (DJ JR Ewing), on se connait depuis plus de quinze ans. On graffait ensemble, on faisait des métros. On se retrouvait aussi à Stalingrad avec AREM, MAM, KOE, SAB, NADIA… il y avait des meufs aussi avant. On faisait un petit tour à Ticaret et au terrain vague. On regardait des mecs qui graffaient comme EROS et ARO, que j’ai connu après, dans le rap, à l’hôpital éphémère…

    A gauche : Koma (1991) – A droite : Kead, Skrozy et Koma (1990)
    © Archives Koma – Droits réservés

    DWT : …qui était un point de rassemblement déterminant pour vous à partir de 1992-1993 ?
    Koma : C’était une deuxième époque. Ce lieu a été notre génération. On y a connu les 2Bal 2Neg, Fat, Dj Maître, La Cliqua, Rocca, Chimiste, Dj Mehdi avec Différent Teep… Notre génération se retrouvait là-bas, on se voyait tout le temps, on faisait des maquettes. On était tous les jours ensemble pendant trois ou quatre ans. On a tous sorti nos disques de là-bas.

    DWT : C’est à cette période que tu te diriges vers le micro…
    Koma : Je m’étais intéressé au rap plus tôt, à l’époque de radio nova, avec mon petit poste sous la couverture. C’est là que j’ai vraiment commencé à en écouter, avec les émissions de Deenasty où les mecs défilaient : Assassin, NTM, Les Little, Rico, Saxo, toute la clique des rappeurs de l’époque… Un freestyle d’Assassin et NTM où ils avaient lâché des couplets de ouf qui allait devenir les textes de leurs premiers albums m’avait d’ailleurs pas mal marqué. Alors tu apprends petit à petit. Tu reçois les infos par vagues, tu découvres les mecs qui existent, le 501 Posse, après tu entends qu’il y a des trucs à Marseille, c’est qui, c’est quoi ? La K7 «Concept» d’IAM, le Soul Swing… On regardait et on faisait tourner. C’était trop chère cette rareté. C’était ça le hip hop, avoir un truc que l’autre n’a pas. Ce n’est pas comme aujourd’hui où ils ont tous la même casquette, le même style. Chacun avait son truc, avec son propre style. Moi j’étais sur Assassin, je trouvais que c’était le seul groupe «social-politique» tout le temps mais avec toujours cette vibe «graffiti rap hip hop» mélangé avec ce fond de revendications, un peu mondialiste, ce certain regard sur la société. Et comme moi, c’était le 18ème et le graffiti. Mais en dehors de ça, le rap restait du flow, de la jonglerie verbale. C’était marrant, c’était bien cette poésie rythmique mais on était pas encore dans le cœur du sujet social. Il y avait « Le Monde De Demain » de NTM en 1990 qui avait survolé un peu mais l’ensemble du hip hop français se cherchait. On était sur du jeu de mot, du sample jazz. On sortait de Jungle Brothers, de De La Soul, de Public Enemy et l’afro centrisme avec toute cette vague de mecs en France qui se cherchaient avec des coupes de cheveux de dingue. Il y avait beaucoup cette espèce de décalquage de ce qui se passait aux États Unis.

    DWT : Tu nous avais d’ailleurs expliqué lors d’une première interview en 1996 que ce côté décalcomanie n’était justement pas trop ton verre de thé (voir interview de Koma 1996 dans la rubrique archives)…
    Koma : On ne s’habillait pas comme eux, ni comme les allemands ou les espagnols. Les américains aimaient les trucs larges alors que nous, c’était les 501, jeans serrés… J’étais en Stan Smith, avec un Fly Jacket ou une doudoune Chevignon, un biper… Je tenais à mon style français.

    DWT : C’est d’ailleurs avec un morceau-fiction d’IAM, «L’aimant», traitant de problématiques avec cette «identité française» que tu accrocheras réellement au rap…
    Koma : Avec ce morceau, je trouvais qu’on avait passé un cap dans le rap. Ca nous ressemblait vraiment. Mais le tout premier texte que j’ai rappé, c’était un couplet d’Assassin devant des copains où là, une meuf que je connaissais et qui m’avait laissé faire tout le couplet, me dis à la fin devant tout le monde : «Hey, mais c’est pas de toi, c’est Assassin, je l’ai entendu sur radio Nova !». Je croyais qu’il n’y avait que moi qui écoutais et connaissais cette radio. (rires) Première et dernière fois ! Et de là, j’ai commencé à écrire des trucs. Mon premier thème, c’était sur l’Amérique… Je voulais déjà affirmer mon identité ! (il se souvient et se met à rapper) «Super production qui te rentre dans la tête net, comme un 9mm, peut être, même si ça te rend bête. Hypnosé par toutes leurs série télé qui racontent la même chose. Pour toi et toute la compagnie, mes héros ne sont plus les mêmes…» Et je ne sais plus quoi. J’étais déjà dans une critique de la télé parce que moi, je suis un enfant de la télévision. C’était ma baby Sitter. (rires)

    On a commencé à apprendre le métier. Et on a créé le rap indépendant qu’auraient dû créer les IAM, NTM, ASSASSIN. Ils avaient ouvert des portes qu’ils avaient, quelque part, refermés derrière eux.

    DWT : Tu évoquais tout à l’heure L’hopital éphémère. Tu y découvres que les MC’s sont beaucoup dans le système de l’autoproduction. C’est ce qui permettra à toute une nouvelle scène d’émerger. Tu te projettes alors dans la même démarche ?
    Koma : Je me disais qu’il fallait que je sorte mon premier maxi et je me renseignais sur cette méthode d’autoproduction. Le disque «Conçu Pour Durer» de La Cliqua a ouvert le bal : premier disque de rap indépendant, après le premier maxi de Daddy Lord C et La cliqua «Les Jaloux». J’apprends que ça se fait avec un distributeur, le label Night & Day de Patrick Colléony. On l’a tous appelé et ils nous a tous distribués. On a commencé à apprendre le métier. Et on a créé le rap indépendant qu’auraient dû créer les IAM, NTM, ASSASSIN. Ils avaient ouvert des portes qu’ils avaient, quelque part, refermés derrière eux. Ils n’avait pas monté de label à ce moment là. Je rêvais d’être produit par Assassin prod mais ils ne produisaient qu’eux. Ils ne sont jamais descendus de leur perchoir pour voir ce qu’il se passait en bas, à Barbès. Squat, c’est un mec que j’aime bien, que j’ai aimé artistiquement. Aujourd’hui je suis en contact avec lui de temps en temps. Assassin c’est mythique pour moi mais à un moment donné, quand tu as lancé un mouvement et que tu es à la pointe du truc, que tu as de nouveaux gars, surtout de ton quartier, il faut s’y intéresser. Moi je reste attentif aux nouveaux groupes du 18ème qui rappent, Barbès Clan, Giorgeo, Hugo TSR… Toujours attentif à ce qui se fait, et deux fois plus à ce qui se passe dans mon quartier ! C’est important. Pas comme ce que les gars d’avant on fait avec nous : pas calculé, pas un freestyle, pas de mise en avant. Eux, ils étaient dans leur délire, affiliés au 93 NTM machin. Je ne parle pas du 18ème d’en haut, je parle de celui d’en bas, le Mexique. Pas la Californie des Abbesses. Le vrai mouvement qu’il y avait là-bas c’était les graffiteurs, les Fist, les Yougo après ça il n’y a pas vraiment eu d’autre truc à part Assassin dans le 18. Il n’y a rien eu autour d’eux, aucuns  jeunes, sans même chercher à savoir ceux qui s’y trouvaient. Si tu demandes maintenant le groupe mythique du 18ème, les gens te diront la Scred. Demain on te dira peut être quelqu’un d’autre mais aujourd’hui c’est La Scred parce qu’on a suivi une lignée, « La Formule Secrète » ça a donné un diapason. Une note a suivre, un état d’esprit que nous, on fait perdurer.

    DWT : Fabe occupera une grande place à tes côtés de rappeur. Quelle est l’origine de ce «duo» ? (voir la carte blanche au photographe Alain Garnier)
    Koma : Je suis dans le graffiti à fond la caisse. Un jour, Boxer me dit : «voilà je fais un atelier rue Léon, je vais ouvrir un petit local. On va pouvoir faire des choses là-bas». Je commence à y aller tout le temps. Je squatte avec Boxer et deux, trois gars et un mec vient nous demander : «je peux venir avec vous ? Vas y t’es qui toi ? Je m’appelle Butch, je suis dans le graff ! Ah ouais, je connais, c’est répertorié à l’ATP, c’est bon, bienvenue !» Il vient toutes les semaines et je deviens pote avec lui. Il m’apprend qu’il va déménager rue Myrha avec sa mère donc là, on commence à se fréquenter encore plus. Il me dit qu’il a un pote qui rappe aussi, Fabe, qui habite a Gentilly. Fabe passait le voir de temps en temps. Moi, je tague, je graffe et je commence aussi à rapper. Je faisais mes cassettes, des maquettes avec DJ Kead et Techniko. On commençait à se lancer. C’est Butch qui a fait la transition entre moi et Fabe. Mais j’avais déjà rencontré Fabe dans une soirée avec les SLEO et les Sages Po’ un jour de l’an. On s’était incrusté dans une soirée avec mon Dj. J’avais rappé deux, trois couplets. On ne se connaissait même pas « Salut, tu t’appelles comment ? Je m’appelle Fabe, c’est mes potes, SLEO, qui m’ont incrusté et toi ? Koma, j’habite le quartier ». C’était au Lavoir Moderne vers 1991. Les Sages Po avaient rappé «La rue, la Rue», les SLEO «Histoires d’argent» avec Fabe en guest. C’était pas encore sorti. (édité par la suite sur «Cool Sessions 1» par Jimmy Jay).

    Photo © Aurore Vinot

    DWT : L’emménagement de Fabe dans le 18ème jouera également un rôle déterminant pour la suite…
    Koma : Un jour comme d’habitude, j’étais à vendre mon shit dans ma rue Léon. Et Fabe passe : «ouais salut, tu te rappelles de moi, on s’est vu chez Butch ? J’ai eu mon appart, je vis là maintenant. Faudra que tu passe un de ces quatres». Il prenait son métro à Château Rouge ou Barbès et il redescendait comme ça. Moi j’étais avec ma petite clique au café, ma jeunesse quoi. Je faisais mon pognon, avec un peu de livraison de pizza, des trucs comme ça.

    Un jour comme d’habitude, j’étais à vendre mon shit dans ma rue Léon. Et Fabe passe : «ouais salut, tu te rappelles de moi, on s’est vu chez Butch ? »

    Il savait que je rappais et je savais que lui aussi. Je suis passé chez lui avec mes maquettes pour lui faire écouter et j’avais écouté les siennes. Il était beaucoup plus avancé que moi. Mais on s’est retrouvés dans le rap et de là, il m’a proposé de venir avec lui dans des radios, il m’a présenté ses copains, les SLEO. Il y avait une sorte de compétition entre eux quand même. Fabe avait sorti en premier son maxi. SLEO l’avait pris sous son aile. Unik Records cherchait à signer des indés. Texaco avait envoyé leur maquette et avait glissé aussi celle de Fabe. Finalement, Unik Records avaient pris la décision de ne plus signer les SLEO mais de proposer un contrat à Fabe. C’est ainsi qu’ils sortent son premier maxi et son premier album. Fabe était productif, il écrivait vite. Donc là, déjà, tu sens que le mec commence à vouloir prendre son envol et sortir de l’ombre des SLEO. S’étant installé dans le 18ème, il voit moins les SLEO qui étaient sur Gentilly avec la Longue Posse. On commence à se voir souvent avec Butch, donc on commence à créer notre petit truc. On a cette passion commune qui nous lie. Dans le quartier, il ne connaissait personne à la base. Je lui ai fait rencontrer des mecs comme Morad, Mehdi L’Affranchi. DJ Kead venait aussi de s’installer à Barbés avec son matos, juste dans la rue à Morad. On commence donc à créer un cercle comme ça. Morad était moins régulier. Moi, je venais du mouvement hip hop, je faisais du graffiti. Eux n’avait pas cette culture, ils n’avaient pas le même lien avec ça.

    DWT : Comment vivez-vous la sortie de son premier maxi ?
    Koma : J’étais content. Il n’y avait pas beaucoup de maxis sortis a l’époque. Moi, je n’étais pas prêt du tout.

    DWT : Ce n’est pas un peu paradoxal d’habiter vers rue Léon, rue Myrha, square Léon et d’arriver avec « Je n’aime pas la pluie » ?
    Koma : Il faut faire la différence. Il y a ce que tu es, ce que tu as pu faire, ce que tu peux faire et le message que tu as envie de délivrer. On n’est pas des anges, on a tous fait des erreurs. Il faut écouter le premier album de Fabe, «Befa surprend ses frères», pour comprendre qu’il n’était dans ce rap à formule. Son premier album n’a rien de social. Il ne parle pas de président, ni de la France. Il ne parle pas d’immigration, ni de tout ces sujets là. Tout ça arrive après qu’il nous ai fréquenté. Je sors « Tout est calculé« , j’ai un discours «le beur qu’on ne met pas sur tes tartines» etc… Fabe écoutait du rap cool, jazzy, A Tribe Called Quest, De La Soul, Common Sense. Il aimait Roy Ayers, c’était une autre école. Ma mère ne sait ni lire, ni écrire donc je me suis retrouvé à manipuler les mots dans un autre contexte… Et surtout, j’avais ce côté revendicatif et politique que j’avais pris justement chez Assassin et NTM où il fallait parler d’une réalité.

    DWT : Au fil de ces relations, c’est ainsi que «Le complot des bas-fonds», collectif composé par Fabe, SLEO, Lady Laistee et toi voit le jour ?
    Koma : Il faut comprendre que tout ça, c’est des amis d’amis, que Ko des SLEO sortait avec Lady Laistee donc elle faisait souvent les plateaux avec nous, il y avait à cette époque les « Histoires d’Elles » aussi et le cousin a Bozy, Sérigne, Bobo des Bo Prophète.. De la ça te ramène Patrick de L.S.O. SLEO avait cette envie de crew. Moi je n’avais rien décidé, j’ai été intégré là dedans. Il n’y avait pas de stratégie, ça s’est fait naturellement. On se voyait en studio. Fabe nous avait invité sur un morceau « Passe moi le Mic« . On s’est dit «on le signe sous quel nom ? On met le nom de tout le monde ? Non, on vient de trouver un nom, Le Complot des Bas Fonds». Et c’était parti. C’était des gens qui marchaient un peu ensemble à l’époque.

    Complot des bas-fonds (Fabe, Sléo, Koma, Kead, Lady Laistee) 1996 – Photo © Alain Garnier

    DWT : Ce «Complot» s’est vite dissous pourtant…
    Koma : Oui parce que c’est important d’habiter un même quartier. Moi je suis un mec du nord. Eux, c’était Paris sud, de l’autre côté de la Seine. Je n’allais pas les voir à part de temps en temps sur Gentilly mais rien que le trajet me saoulait grave. Il faut bien différencier un ami que tu vois tous les jours, avec qui tu manges des patates ou avec qui tu vas au jour de l’an et des gars que tu vois de temps en temps. On se voyait s’il y avait un rendez-vous général et ça s’arrêtait à ça. Tous les crews casting comme La Brigade, La Cliqua, avec un mec de là et puis un autre de là-bas, ça ne dure pas. Et il y a aussi le fait que SLEO arrive sur son deuxième album en commençant à mettre des tenues militaires. Donc il y a toute cette influence Boot Camp Clik, Smith & Wesson. Et moi, à un moment donné, je ne peux pas marcher dans la rue avec des mecs qui ont un treillis militaire et un chapeau que tu mets dans le désert. Surtout que je suis toujours resté dans mes vrais trucs, des trucs de grands frères, Nastase, Stan Smith et tout.

    DWT : Il est vrai que les thématiques que vous alliez aborder avec Fabe étaient un peu moins légères…
    Koma : Avant, c’était : « les renois faites du rap et les rebeus, c’était la funk ». Il y a eu longtemps cette vision. Si tu faisais du rap, c’est que tu te prenais pour un renoi. T’étais un Zoulou. J’aimais cette culture, ce mélange des deux mais je voulais rester un gars de quartier. Bien que c’est Ko des SLEO qui m’a appris à tenir un micro sur scène, à un moment, j’ai demandé à Fabe de dire à ses copains d’arrêter. Lui aussi était d’accord, il était sobre dans son style. On grandissait, on ne voulait pas être des caricatures. On disait des choses dans nos rap et les mecs qui marchaient avec nous faisaient le contraire ou les pantins dans leurs flows avec le peu de contenu qu’il y avait dans leur rap. Ca faisait beaucoup. J’étais déjà dans « Tout est calculé », « Une époque de fou », « La vie de quartier ». Fabe commençait à se retrouver là-dedans. Il fait l’album « Le fond la forme » et là, on rentre dans des sujets sérieux. Il parle de la France, de ses origines, de ses influences. On rentre dans le Fabe social et politisé. Le quartier, l’observation… Il commence à avoir une conscience politique avec des phases du genre : « Je ne suis pas le noir que tu mettras dans ta pub Banania ». On sentait qu’on devenait revendicatif.

    On grandissait, on ne voulait pas être des caricatures. On disait des choses dans nos rap et les mecs qui marchaient avec nous faisaient le contraire.

    DWT : Sans le savoir, la fin du Complot des Bas-fonds allait ouvrir la voie, cette fois, à un collectif bien plus consistant et emblématique…
    Koma : Avec la Scred, qu’on le veuille ou non, on est amené à vivre ensemble. Contrairement à beaucoup de groupe, on est tous du même quartier. Haroun, Mokless, Morad, on a tous été dans le même collège, Georges Clemenceau, à Barbès. Je connais leur grands frères, leurs soeurs comme celle d’Haroun avec qui j’ai passé le BAFA. On est des familles qui se connaissent. Je me souviens en 1992, de Mokless et Driss qui avait fait une sorte de spectacle de fin d’année au collège avec un t-shirt DMBG (Driss Mokless Beaux Gosses) fait par Boxer à l’aérographe (rires). Tout ça, c’est le quartier. Au tout début, Scred vient de mon signal dans le tag pour ne pas se faire repérer : «scredi, scredi». Je l’avais raccourci par «scred» et rajouté «production» pour ne pas envoyer aux radios mon maxi avec juste écrit Koma dessus. Stofkry avait mis aussi un peu de thune. C’était à l’époque où je voyais «Arsenal Production présente». En 1998, Cut Killer nous propose de participer à sa compilation « Opération Freestyle » dont le but était que des rappeurs confirmés ramènent des rappeurs qui le sont moins et issus de leur coin. Morad était bancal, pas toujours motivé, il avait encore un pied dans la rue alors on a présenté Mokless et Haroun à qui j’avais déjà pris une prod. Il avait préparé un 16 mesures qui déchirait. Je reprends alors «Scred» du nom de notre prod et «connexion» parce que nous étions quatre rappeurs solo à se connecter sur un même morceau. On achète un fax, qu’on met chez Fabe au cas où ça téléphone pour des mixtapes, on ne sait jamais. De là, on commence à nous appeler pour nous booker sur des dates. La Scred Connexion était lancée. Au début, c’est un surtout un groupe de la Goutte d’Or. On est devenu un groupe du 18ème, puis de Paris. Maintenant, la Scred est un vrai groupe français même européen. Il y a les Suisses et les belges qui sont avec nous. Les maghrébins, Maroc, Algérie, Tunisie sont aussi avec nous. Les Doms, Pointe À Pitre, La Réunion et aussi les pays africains. On a été à Dakar, Sénégal, Abidjan, Cote d’Ivoire. On est devenus international. La Scred, c’est un message, il y a des gens qui se reconnaissent de partout. Ce n’est pas une histoire de communauté. Les gens se retrouvent autour de certaines valeurs et notre amour du hip hop. On nous a souvent comparés à La Rumeur, par exemple, qui n’est que politique alors que nous, c’est social et quartier. On est moins politique parce qu’on est plus métaphorique qu’eux, plus poétique, plus sur la formule. Mais à la fois, on a ce côté politique alors qu’eux n’ont que ça. Il y a une différence. Donc lorsqu’on faisait des concerts dans des quartiers, on sentait que ça étonnait les gens.

    DWT : Vos textes sont tous empreints d’une certaine réalité, parfois très dure et certainement liée à votre environnement, mais toujours avec une sorte de retenue dans l’écriture…
    Koma : Notre slogan « Jamais dans la tendance, toujours dans la bonne direction » est là pour tirer les gars vers le haut et ne pas envoyer les petits dans le mur. J’en ai fait plus de la moitié que ceux qui se disent « gangster ». Je ne veux pas en parler dans mes textes, ce n’est pas ça le but du jeu. Ceux qui n’ont pas connu ce que c’est qu’un frère qui meurt d’une overdose avec un garrot autour du bras, l’ambiance des crises d’épilepsie dans les chiottes à quatre heures du matin avec les pompiers ou un père et un frère qui se bagarrent et les voisins qui appellent les keufs peuvent fabuler en disant  « Je vends de la coke, de la 0.9, c’est chanmé ! ». Mais si tu as vraiment connu ces choses là, tu ne peux pas en faire l’apologie.
    Il faut du recul. On est dans une forme de poésie. Le rap, c’est une forme d’épreuve de rattrapage. Le but n’est pas de transmettre le venin au autres. Il faut plutôt arrêter l’hémorragie. Koma, c’est tout ce qu’il y a de bien en moi. Ahmed, c’est autre chose. C’est une schizophrénie contrôlée. Tu passes d’un wagon à l’autre. Tu ne parles pas de la même manière à ta femme qu’à tes copains… La vérité n’est pas là pour faire des heureux. Elle est juste là pour être vraie. Elle n’est pas partisane. A chacun son expérience.

    La vérité n’est pas là pour faire des heureux. Elle est juste là pour être vraie. Elle n’est pas partisane. A chacun son expérience.

    Photo © Aurore Vinot

    DWT : Malgré cette avancée en groupe, tu entreprends une démarche en solo. Arrive donc ta signature chez BMG, en 1998, sur impulsion de Fabe…
    Koma : Non, non. La réalité des choses c’est que sur le tournage du clip de Fabe « Des Durs, Des Boss, Des Donbis », j’ai un bon feeling avec la maquilleuse, qui était également la meuf du réalisateur, Bandit. Elle m’indique qu’elle fait aussi du management d’artiste et me présente à une de ses relations, une fille qui travaillait à BMG. Cette personne est venue me voir en concert et de là, elle m’avait signé en édition. Puis on a sorti l’album «Le Réveil». C’était l’époque où elle a signé à la chaîne Saïan Supa Crew, Diams, moi et une tripotée d’artistes qui ont fait des concerts pendant un an. 

    DWT : Tu signes pour combien d’album ?
    Koma : Deux.

    DWT : Et ça s’arrête au bout de un…
    Koma : Non. J’ai pris deux avances. La deuxième, je l’ai transféré sur « Du mal à se confier ». Je leur ai pris leur argent mais ils n’étaient pas éditeur de Scred Connexion. Je leur ai fait un petit passement de jambes.

    DWT : Ta collaboration avec Fabe finit par s’arrêter nette…
    Koma : Fabe s’est barré en prenant un avion pour le Canada et il les a tous laissés dans la merde sans signer les contrats : Cut Killer, BMG, etc. Ils n’ont jamais pu déposer ses derniers morceaux. Il les a appelé de l’avion : « Allo, BMG, je suis dans l’avion, je me casse au Canada« . Il a tout plié. Eux : « Mais qu’est ce qu’on fait des contrats ?« . Il a laissé tout le monde en rade, c’est un choix. Il voulait peut être les mettre dans la merde. Une sorte de vengeance.

    Fabe s’est barré en prenant un avion pour le Canada et il les a tous laissés dans la merde sans signer les contrats : Cut Killer, BMG, etc. Ils n’ont jamais pu déposer ses derniers morceaux.

    DWT : Tu savais qu’il avait pour projet de quitter le France ?
    Koma : Il m’avait prévenu. J’ai récupéré mes parts, tous les disques et je suis devenu producteur indépendant. Je lui ai dit qu’on allait monter Scred Production et qu’on allait sortir «Scred Sélection». Il m’a dit ok pas de problème. Je suis allé chez lui et on a tout partagé en deux. Et avec ma part, j’ai tout relancé. Les autres trucs, ce n’est pas mes éditions, j’en ai rien a foutre. Aujourd’hui, quand Cut Killer dit nanani nanana, ce n’est pas mon problème. C’était lui son producteur.

    DWT : Vous vous êtes retrouvés au cœur de lutte militante à plusieurs reprises, notamment aux côtés du MIB (Mouvement de l’Immigration et des Banlieues). Le rap se doit de répondre présent sur ce terrain ?
    Koma : J’ai toujours soutenu. Nous sommes engagés, ils sont militants. On est là pour dire des choses, pour les exposer en public. C’est complémentaire avec leur présence sur le terrain. Nous avons fait des concerts à la demande de famille, comme à Bourges à la suite d’un crime policier. On a fait un concert dans un hôpital pour des petits, un autre au Petit Bard, dans un quartier dévasté de Montpellier. Ce sont des moments qui te marquent. On a envie de toucher ce public et on fait des morceaux pour eux comme «Justice pour tous». Ce genre d’initiative est maintenant difficile à monter de nos jours.

    DWT : Quel regard portes-tu sur la mutation boboïsante du 18ème ?
    Koma : C’est de la stratégie. Il y a quelques années, dans un bar, l’Olympic, était affiché une interview du gérant, propriétaire également du Lavoir Moderne. Tout le monde passait devant sans la lire. Moi je l’ai lu. Il y expliquait qu’il fallait racheter les commerces du quartier pour « reblanchir » le quartier. Il estimait qu’on avait colonisé le quartier et sont dans cette logique que les secteurs de Belleville, Ménilmontant, Barbès, rue Léon, rue de la Goute D’Or sont trop colorés…  L’esprit est mauvais à la base. Le jour où j’en ai parlé, ils ont retiré cette affiche. Leur stratégie est de mettre un mec du quartier comme videur ou au bar pour ne pas se faire agresser. Derrière, ils font des teufs, des concerts et ils ramènent une population bobo qui avait peur de venir. Une fois qu’ils ont plusieurs lieux, ils te créent un tissu associatif et tout fini par leur appartenir. Ils te la font à la bonne conscience, bon enfant mais la réalité des choses, c’est du nettoyage. Ça vient de la mairie et de ses instances. C’est une réalité.

    DWT : En 2005, à Cannes, tu as vécu avec Mokless un moment que vous avez qualifié d’inoubliable. Parle-nous de ce jour où vous avez interprété «La Bohème» devant le grand Aznavour sur le plateau du « Grand Journal » de Canal…
    Koma : C’est un copain à moi, Karim, qui avait fait le film «Old School», il y a dix ans, à l’arrache et en indépendant. Il était parti sur un deuxième film «Ennemis publics». Aznavour est venu gratuitement sur son film pendant 6 jours. De là, on s’est rencontré, j’allais souvent sur le plateau, voir mes potes et tout. Karim me dit de l’accompagner à Cannes pour présenter son film, on descend à l’arrache et à l’arrache, il fait tomber le plan du «Grand journal» avec Aznavour… Puis on se retrouve à faire un concert avec TPS sans attaché de presse, sans maisons de disques, sans rien. C’est une aventure. Un jour tu dors sur la plage, un jour tu dors au Negresco…

    On n’est pas des gratteurs. Nous, on construit une histoire. Et une histoire, elle se construit dans le feu.

    DWT : Toujours ce côté «à l’arrache» bien que vous soyez entiers dans votre démarche. Pourquoi selon toi ?
    Koma : Parce qu’on aime ça. Si je voulais, j’irai me caler chez une meuf qui me produirai, qui me dirai qu’elle kiffe ce qu’on fait, et machin truc; On n’est pas comme ça nous. On n’est pas des gratteurs. Nous, on construit une histoire. Et une histoire, elle se construit dans le feu. Par exemple, pour mon deuxième album, je suis parti voir des distributeurs. Il y en a un qui m’a demandé ce que je faisais, je lui ai dit : des classiques, des morceaux suicidaires ! Je ne fais pas des singles ou des tubes. C’est là qu’il me dit «c’est ce que je voulais entendre !». Aujourd’hui, il y en a qui ont compris. Et il y en a d’autres qui ne veulent pas ça et qui te diront «nan, excuse-moi, mets toi sur le técô, il est où le tube ?». Il y a plusieurs manière de travailler.
    On doit être un groupe qui vend le plus de disques en indépendant, un des groupes qui fait le plus de concerts en indépendant. On a un vrai public qui nous suit. On a créé une connivence avec lui. J’ai pas besoin de considération des Olivier Cachin qui ne nous cite pas, qui écrit des livres et qui ne parle pas de la Scred ou de la considération de média comme Fred Musa ou de machin qui ne nous cite pas…

    DWT : …en 2013, il serait quand même temps !
    Koma : J’en ai rien à foutre, c’est eux qui n’existent pas. On parlait d’Aznavour ? Il y a des mecs qui disaient qu’il était trop petit pour un chanteur… Je ne suis ni sur une recherche de la gloire ou de l’argent. Je suis dans une démarche d’auteur. Moi j’ai jeté mes bouteilles à la mer et elles sont arrivés là où elles devaient arrivé.

    DWT : Parle-nous de cette nouvelle bouteille que tu t’apprêtes à jeter, ce nouvel album…
    Koma : Dans mon premier album, «Le Réveil», j’étais beaucoup sur la société, sur l’extérieur. Maintenant, j’ai envie de rentrer à l’intérieur, d’axer sur l’humain. On a grandi, on paie des factures, il y en a qui ont maintenant des enfants. Il y a eu des hauts et des bas. On a des attentes et une certaine une vision du monde. Ca parlera de ça.

    DWT : En tant que producteur, crois-tu encore à des supports comme le vinyl ou le CD ?
    Koma : Il y aura tout le temps du vinyl. Les CD aussi mais avec du packaging. Ce qui avait niqué le marché du vinyl français à une période, c’est que les mecs ne faisaient plus d’effort : ils pressaient, prenaient une pochette noire et mettaient un autocollant dessus. Par économie, les mecs ne faisaient plus de belles pochettes. Et de là, les DJ’s n’ont plus suivi. Une pochette noire… Quand t’en as dix, ça t’a saoulé.

    DWT : L’autoproduction reste encore votre choix aujourd’hui…
    Koma : Il y a assez d’un public de 300 ou 400 000 personnes qui aime le rap conscient pour faire notre chemin…

    La musique correspond à des choses fortes qui restent et qui marquent des moments de ta vie.

    DWT : Rencontrer son public est d’ailleurs un élément clé pour la Scred…
    Koma : On a un grand public.  Il y a toute une génération, celles des grands frères ou des mecs du quartier, qui a transmis à la génération suivante.  C’est comme ça, il y a des groupes qui se transmettent et d’autres non. Et nous, nous faisons partie des groupes qui se transmettent. Il y a ce truc aujourd’hui qui fait que quand on fait un concert, il y a tous les anciens au fond et les jeunes devant de 20/25 ans qui connaissent le truc par coeur. En plus, maintenant avec les Keny Arkana, les Diam’s, tu as le public féminin qu’il n’y avait pas il y a 10/12 ans. Ces concerts permettent de faire des rencontres, avec de vrais histoires, des instants forts. La musique correspond à des choses fortes qui restent et qui marquent des moments de ta vie.

    DWT : Quel est le concert qui t’as le plus marqué dans ton parcours ?
    Koma : Celui où la première fois de ma vie je suis monté sur scène : le concert «t’as pas cent balles» à l’Elysée Montmartre vers le début des années 1990. Après, il y a des concerts que j’ai aimé et qui ont eu lieu un peu partout comme à Dakar où mon micro s’était cassé pendant «Loin des rêves» : j’avais continué a capella et tout le public avait repris le morceau ! C’était dans une fête l’après-midi. On pensait que les mecs ne nous connaissaient pas mais ce morceau était en fait l’hymne de leur quartier !

    Propos recueillis le 28 janvier 2013 par Nobel et Florent Le Reste.
    Photos par Aurore Vinot et Alain Garnier + Archives personnelles de Koma.

    Restez connecté en scred sur la SCRED RADIO dès maintenant !

    tiré de http://downwiththis.fr

 

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Published by coutoentrelesdents - dans MUSIQUES
6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 11:59
Selon le baromètre TNS Sofres 2013, 47 % des Français ne perçoivent pas le FN comme un danger pour la démocratie.Selon le baromètre TNS Sofres 2013, 47 % des Français ne perçoivent pas le FN comme un danger pour la démocratie. | AFP/ERIC FEFERBERG

 

Le Front national se banalise et plus d'un tiers des Français adhèrent à ses idées. C'est le principal enseignement du baromètre d'image du Front national édition 2013 réalisé par TNS Sofres du 24 au 28 janvier pour France Info, Le Monde et Canal Plus. Ce baromètre présente l'avantage de cerner les évolutions de perception de ce parti sur une longue période, puisqu'il fait l'objet d'une édition annuelle depuis 1983.

Ainsi, aujourd'hui, 47 % des personnes interrogées estiment que le FN "ne représente pas un danger pour la démocratie" (soit 8 points de plus qu'en 2012). Ils sont dans la même proportion à penser le contraire (en recul de 6 points par rapport à 2012). Des chiffres inédits depuis 1984. Mais à cette époque, le FN émergeait à peine sur le devant de la scène politique. Il n'était pas, contrairement à aujourd'hui, le troisième parti de France. A titre de comparaison, plus de 70 % des sondés désignaient ce parti comme un danger dans la deuxième partie des années 1990.

Ces résultats soulignent donc de manière significative une normalisation du parti d'extrême droite. Et notamment sous le prisme des sympathisants de droite. 54 % des sympathisants UMP disent ainsi ne plus percevoir le FN comme un danger.

Le niveau d'adhésion aux idées portées par le parti de Marine Le Pen reste pour autant stable, à 32 % (contre 31 % en 2012). Ce qui constitue tout de même un record depuis 1991. 63 % se disent en revanche en désaccord avec les idées défendues par le parti d'extrême droite.

 SANS PRÉCÉDENT DEPUIS 1983

Autre signe de normalisation de la perception du FN : pour la première fois, le leader du Front national (aujourd'hui Marine Le Pen), est davantage désigné comme le représentant d'une "droite patriote attaché aux valeurs traditionnelles"(44 % des sondés, contre 41 % l'année précédente) que comme un représentant"d'une extrême droite nationaliste et xénophobe" (43 % des personnes interrogées, contre 45 % en 2012). Cela n'était évidemment pas le cas durant les longues années de présidence de Jean-Marie Le Pen. C'est sans précédent depuis 1983.

En particulier, 54 % des sympathisants UMP considèrent, selon cette enquête, que Marine Le Pen est une représentante d'une "droite patriote attachée aux valeurs traditionnelles". 51 % d'entre eux déclarent adhérer aux "constats exprimés par Marine Le Pen, mais pas à ses solutions".

 Les idées défendues par le FN rencontrent le plus d'adhésion dans un électorat peu ou pas diplômé, chez les ouvriers (42 % se disent d'accord), les employés (34 %), dans les zones rurales (41 %), les rurbains (36 %) et périurbains (38 % d'adhésion). A l'inverse, ceux qui disent rejeter le plus les idées frontistes sont les diplômés d'études supérieures (79 % pas d'accord avec les idées du FN), les urbains surtout dans les grandes villes, les cadres et professions intellectuelles (85 % de désaccord).

Politiquement, 83 % des électeurs de gauche se disent en désaccord avec les idées du FN, avec une pointe de rejet à 86 % au Front de gauche.

"Ce n'est pas une rupture. Le mouvement entamé depuis plusieurs années se poursuit : un FN présent de manière continue dans la politique française ne crée pas de crispation comme il pouvait y avoir à une époque. Il y a une formed'intégration très claire à droite dans la prise en compte du FN comme un élément complémentaire de la vie politique française", note Edouard Lecerf, directeur général de TNS Sofres. Du point de vue des électeurs de droite, le FN devient donc un acteur "comme un autre" du jeu politique en France.

"CAPABLE DE GOUVERNER"

Ces résultats attestent de la réussite de la stratégie dite de "dédiabolisation" voulue et portée par Marine Le Pen. Ce choix a été conçu, d'abord, pour banaliserle FN, lui "retirer la tunique de Belzébuth" nourrie du "soupçon d'antisémitisme" qui pèse sur lui, selon les termes de Mme Le Pen. Surtout, cette dernière a voulu, depuis son accession à la tête du FN il y a deux ans, élargir son électorat en ne cantonnant plus son parti à la seule fonction protestataire. Mme Le Pen a ainsi mis l'accent dans son discours sur des thèmes économiques et monétaires.

Davantage de sondés voient Marine Le Pen comme capable de gouverner. Point sur lequel elle a gagné en crédibilité. Leur proportion est ainsi passée de 31 % en 2012 à 35 % aujourd'hui, alors que dans le même temps, la part de ceux qui voient le FN comme un parti essentiellement contestataire a reculé de 57 à 54 %. Le potentiel électoral du FN est en outre important : 27 % des personnes déclarentenvisager de voter FN à l'avenir. Parmi eux, deux tiers de personnes l'ont déjà fait, un tiers est  composé de "nouveaux potentiels".

Cette crédibilité nouvelle se note aussi dans l'image que Marine Le Pen revêt chez les sondés. Elle est perçue comme "volontaire" (81 %), "capable de prendre les décisions" (69 %), ou "de comprendre le quotidien des Français" (49 %).

LA PERMÉABILITÉ DE L'ÉLECTORAT DE DROITE

Plus étonnant, pour 53 % des personnes interrogées, Marine Le Pen serait"capable de rassembler au-delà de son camp". Un paradoxe quand on se souvient que la présidente du FN ne cesse de rejeter toute alliance avec la droite, se bornant à agréger dans le Rassemblement bleu Marine de minuscules partis sans poids politique.

Crédibilité en hausse et perméabilité de l'électorat de droite. Ces deux ingrédients donnent logiquement un souhait d'alliance entre l'UMP et le FN en progression. 28 % des personnes interrogées estiment donc que l'UMP devrait "faire des alliances électorales selon les circonstances" avec le FN. Une progression de 4 points par rapport à l'an dernier. A l'UMP, ils sont 38 % à partager cet avis et 43 % au FN.

Si l'on y ajoute les 11 % des sondés qui estiment qu'il faut que l'UMP traite le FN en allié, le souhait d'alliance entre la droite parlementaire et l'extrême droite atteint 39 % des personnes interrogées. A l'inverse, ils sont 29 % à penser que l'UMP doitrefuser "tout accord politique avec le FN mais sans le combattre" et 18 % àestimer que l'UMP doit le combattre. Cependant ces chiffres importants sont contrebalancés par un refus majoritaire d'alliance UMP-FN lors des municipales. 59 % des personnes interrogées ne veulent pas d'alliance au cas par cas (51 % à l'UMP) et 62 % refusent un accord électoral national (53 % à l'UMP).

Sur cette question, ce sont les électeurs FN qui sont le plus demandeurs : 68 % d'entre eux appellent à une entente au cas par cas, 62 % à une alliance globale.

Voir l'intégalité du sondage

Abel Mestre

La fiche technique du sondage

 

Ce sondage TNS Sofres a été effectué pour France Info, Le Monde et Canal Plus, du 24 au 28 janvier, sur un échantillon national de 1 012 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus, interrogées en face-à-face à leur domicile. La méthode employée sur cet échantillon est celle des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage) avec stratification par région et catégorie d'agglomération.

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Published by coutoentrelesdents - dans FACHO HORS DE NOS VIES!
6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 11:58

Dix ans, toutes ses dents mais plus un rond !

« Il reste 217 dollars dans les caisses de l’État zimbabwéen », annonçait récemment le site d’informations d’un journal de banquier. Voilà qui nous situe à peu près sur l’échelle globalisée de la fortune : CQFD est aussi riche, à quelques dizaines de dollars près, que le trésor public du Zimbabwe. Les sous qui nous restent ne suffiront même pas à payer l’impression du prochain numéro. Si nous vivions dans un monde raisonnable, les Zimbabwéens se la couleraient douce, les banquiers feraient la manche au feu rouge et CQFD triompherait. Mais nous vivons dans un monde déraisonnable où les flibustiers de la presse libre crèvent la gueule ouverte. CQFD, qui ouvre la sienne depuis dix ans, risque bien cette fois de devoir la fermer, et pour de bon.

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En mai 2003, quand nous avons lancé notre premier numéro depuis la tanière marseillaise qui nous sert de vaisseau amiral, nous étions raisonnablement convaincus de ne pas faire de vieux os. Notre idée, c’était de faire le journal qu’on avait envie de lire, un journal sans chefs ni patrons, sans comptes à rendre ni bailleurs à cajoler, un canard d’expression directe pour les insoumis chroniques, les passe-frontières têtus, les aventuriers des minima sociaux, les déserteurs du marché salarial, les artistes de la grève, les bricoleurs de solidarités épiques, les réfractaires à l’ordre des choses. Une équipée collective de débrouillards impécunieux mais gourmands d’utopies, une exploration sociale menée au rire et à la sueur contre les vents dominants. Forcément, un tel journal n’était pas fait pour durer. Dix ans plus tard, pourtant, on est toujours là. Certains ont quitté le navire, d’autres sont montés à bord. On a bravé le mal de mer, le scorbut et les requins. On a tangué, on a morflé, on a tenu bon. On a vu du pays, tissé des réseaux, élaboré un savoir-faire, perfectionné l’art de produire un journal exigeant avec des bouts de ficelle et de belles rencontres. Bref, on y a pris goût. C’est vous dire qu’on n’a pas l’intention de lâcher l’affaire.

Mais, pour que l’aventure continue, on a besoin de vous. Et surtout de vos euros ! Oui, amis lecteurs fidèles ou épisodiques, compagnons d’escale ou camarades au long cours, vous avez bien entendu : le sort de CQFD est suspendu à vos poches, aussi dégarnies ou trouées soient-elles – et, peuchère, elles le sont vraisemblablement autant que les nôtres…

Comment une publication aussi rodée à la mouscaille en arrive-t-elle à la pénible extrémité d’appeler ses lecteurs à la rescousse ? Le cri de détresse pour journal sur la paille va-t-il devenir un genre, une discipline enseignée dans les écoles de journalisme, avec ses figures de style et ses trémolos savamment dosés ? Pourquoi la « crise de la presse », qui est une crise d’affairistes pleurnichards et vaniteux, ébranle-t-elle aussi à des degrés divers la quasi-totalité des journaux non marchands, dits « petits » ou « alternatifs », CQFD parmi tant d’autres ?

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Il y a plusieurs explications. La première tient bien sûr à la démobilisation des lecteurs. Depuis notre campagne d’abonnements de 2008, le nombre de nos abonnés n’a cessé de s’effriter, passant de quatre mille à deux mille en cinq ans. Nos ventes en kiosques ont suivi une pente à peine moins rude, avec deux mille exemplaires écoulés aujourd’hui contre trois mille en 2008. Imputable sans doute aux effets cumulés de la lassitude, des fins de mois longues et difficiles et d’une désaffection générale pour la presse papier, cette dégringolade s’avère d’autant plus funeste pour nous que CQFD – encore heureux ! – ne dispose d’aucune ressource publicitaire, capitalistique ou népotique. À la différence d’une feuille moribonde comme Libération, qui peut toujours se blottir dans le giron moelleux d’un Rothschild, biberonner les subventions publiques (2,9 millions d’euros en 2012 [Source : la Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC). À noter que le quotidien d'extrême droite Présent bénéficie lui aussi de cette manne étatique, avec une subvention de 227'000 euros en 2012.]) ou éditer un sac à pubs en guise de supplément, le mensuel au chien rouge ne peut compter que sur ses lecteurs. Plus précisément : ses lecteurs payants. Car l’audience de CQFD s’étend évidemment bien au-delà de son carré de fidèles solvables, grâce à ses abonnements gratuits pour les détenus et, surtout, à la mise en ligne gracieuse de ses articles sur son site Internet, auprès duquel des foules innombrables viennent avidement s’abreuver chaque mois. Et c’est très bien comme ça. Mais ce serait mieux encore si nos lecteurs sur écran franchissaient le pas jusqu’au kiosque, au bulletin d’abonnement ou à la bibliothèque municipale, au besoin pour exiger haut et fort que CQFD s’y trouve en bonne place, et en plusieurs exemplaires, s’il vous plaît.

La raréfaction des lecteurs « papier » n’a pas qu’une incidence économique. Elle assèche aussi le terreau social dans lequel un journal comme le nôtre puise sa force. C’est parce que ses exemplaires circulent de main en main que CQFD peut multiplier les rencontres stimulantes, obtenir des informations, s’ouvrir des pistes, être là quand ça chauffe, se faire engueuler, trouver de quoi réfléchir, parler, agir, écrire, dessiner, photographier. C’est pour ça qu’on y tient, à notre version papier : pas question de se recroqueviller sur Internet, outil oh combien précieux mais qui dématérialise et finalement dévitalise le rapport d’un journal à sa matière organique. Sans compter que le vacarme des imprimeries et l’odeur du papier, nous, on aime bien.

Seulement le papier coûte cher, de plus en plus cher. L’encre, les rotatives, tous les coûts de fabrication : hors de prix. Et puis, il y a Presstalis. Le géant de la distribution de presse en France, qui taille à grands coups de serpe dans ses effectifs et impose aux kiosquiers des conditions de vente si retorses qu’elles clochardisent littéralement toute une profession. La « crise de la presse » a bon dos. Les ventes s’effondrent, d’accord, mais la faute à qui ? Outre l’indigence de l’immense majorité des publications dont les Unes fétides dégueulent au nez du piéton, la stratégie d’étouffement appliquée aux titres à faible tirage rend de moins en moins attractif le détour par le marchand de journaux. Le cas de CQFD est parlant. En vertu d’une politique commerciale consistant à évincer les petits pour donner encore plus de place aux gros, Presstalis « répercute » sur nous une avalanche de frais dont les modes de calcul écœureraient un capo de la mafia new-yorkaise. Il y a deux ans, nos ventes en kiosques nous assuraient une recette astronomique de deux milles par mois, de quoi couvrir les frais d’impression du numéro suivant. Aujourd’hui, à volume égal, ces ventes ne nous rapportent plus que six cents euros. Même pour nous, c’est peu. Quand tous les canards indépendants auront été virés du circuit, quand les kiosques auront été remplacés par des boutiques Relay exclusivement dédiées aux programmes télé, aux DVD sous blister, aux cours de la Bourse, au péril islamique, aux régimes minceur et aux éditos de Christophe Barbier, sûr que la « sortie de crise » sera enfin au rendez-vous.

D’autres facteurs concourent à notre débine actuelle. L’affaiblissement temporaire des mobilisations sociales se traduit mécaniquement par une forte chute des ventes militantes, qui à d’autres périodes nous revigoraient en petite monnaie et bons moments. Si on ajoute à cela la suspension des regrettées éditions du Chien rouge et des revenus annexes tirés de la vente de nos livres, la faillite de notre diffuseur en librairies, Court-Circuit (huit mille euros dans la vue), et les coups de mou qui résultent inévitablement d’une pareille série rose, on comprendra que nos coffres sonnent creux.

Pour les renflouer à un niveau opérationnel, il nous faut de toute urgence réunir, quoi… dix mille euros ? Cent mille, pour travailler vraiment à l’aise. Allez : dix mille euros, là, tout de suite, suffiraient au bol d’oxygène dont nous avons besoin pour repartir illico presto. C’est jouable, non ? Cinq cents chèques de vingt euros, ou mille chèques de dix, ce n’est pas la mer à boire, si ? Envoyez la monnaie, souquez les euros ! Abonnez-vous si ce n’est déjà fait. Réabonnez-vous si vous hésitez encore. Incitez vos cousins, vos frangines, vos voisins de comptoir et vos compagnons de bordée à faire de même. Nous comptons sur vous. Gros comme une maison, votre élan de solidarité va encore nous saboter notre droit à la paresse pour les dix prochaines années !

CQFD
BP 70054
13193 Marseille cedex 20
Chèque à l’ordre de Rire/CQFD

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Published by coutoentrelesdents - dans MEDIA
6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 11:57

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