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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 10:20

Le ton se durcit à l’usine PSA d’Aulnay, à l’arrêt depuis une semaine

Le ton se durcit à l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois, vouée à la fermeture en 2014 et qui ne tourne plus depuis une semaine, d’abord paralysée par une grève à l’appel de la CGT, puis fermée par la direction qui dénonce les “sabotages” commis par les grévistes.

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“L’ambiance est délétère”, rapporte la déléguée centrale CFE-CGC Anne Valleron alors que le directeur industriel du groupe PSA Peugeot-Citroën, Denis Martin a critiqué les “méthodes totalement inacceptables” de certains grévistes, qui font “régner la terreur” et profèrent “des menaces de mort” contre les non-grévistes.

“Dans les vestiaires et les couloirs, il y avait des feuilles par terre, des armoires renversées, des extincteurs par terre”, a décrit à l’AFP un salarié, qui demande à rester anonyme. “Certains grévistes menacent : Si vous ne rejoignez pas le mouvement, on vous massacre“.

Signe du durcissement, des CRS ont été déployés lundi “par les préfectures” autour de “l’ensemble des sites” du groupe PSA Peugeot-Citroën, comme à Poissy (Yvelines), pour “éviter que des casseurs n’y pénètrent”, a indiqué la direction.

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Lundi matin, l’arrêt de la chaîne représentait une perte de 1.200 Citroën C3, dont les 3.000 employés d’Aulnay produisent en moyenne 700 exemplaires par jour. La fermeture de l’usine est prévue en 2014 dans le cadre d’une vaste restructuration qui prévoit 8.000 suppressions de postes auxquelles s’ajouteront 1.500 départs naturels non remplacés.

Mais si ce manque à gagner, relativisé par M. Martin qui avait prévu du chômage partiel dans les mois à venir, est dû à la grève de mercredi à vendredi, la direction a elle décidé de ne pas rouvrir le site lundi matin.

Elle avance une avarie électrique à l’atelier peinture, puis la neige, et “un nouveau sabotage” découvert mardi matin lors des tests de redémarrage : trois gros câbles électriques sectionnés dans l’atelier ferrage.

“L’usine nous est interdite depuis vendredi après-midi. Cela fait quatre jours que nous n’y sommes pas allés. La direction parle de sabotage et de dégradations, les salariés ne peuvent en être responsables”, lui a opposé le délégué CGT Jean-Pierre Mercier.

“C’est de la propagande pour salir les grévistes, des mensonges et des calomnies, a-t-il ajouté, jugeant qu’il s’agissait en réalité d’un “lock-out” pour “désorganiser la grève”.

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Vendredi dernier, les ouvriers de l’usine PSA d’Aulnay avaient investi le site de Saint-Ouen.

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Jean-Pierre Mercier, délégué CGT, dans l’usine PSA de Saint-Ouen le 18 janvier.

Le conflit s’est envenimé vendredi, lorsque environ 170 grévistes ont occupé une autre usine du groupe à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) : ils ont cassé un mur “à coups de masse et de barre à mine”, selon la direction, qui a déposé plainte contre X.

Quant à l’usine d’Aulnay, réputée la plus “rebelle” du groupe, elle a fait l’objet de “nombreuses dégradations” la semaine dernière, que M. Mercier “nie formellement” : jets d’œufs, graffitis “injurieux”, extincteurs vidés sur des tableaux électriques, selon Denis Martin, qui dénonce les “manières de casseurs” d’environ 150 grévistes “activistes” qui sont “loin de représenter une majorité” des salariés de l’usine.

Dans un communiqué commun, les syndicats CFDT, CFTC, CFE-CGC et FO du groupe ont pris leur distance lundi. “Une très grande majorité des salariés ne se reconnaissent pas dans ce type de méthodes. Nous ne pouvons pas cautionner ces débordements”, écrivent-ils.

Alors même que depuis fin octobre direction et syndicats discutent sur le volet social de la restructuration, ce dialogue de sourds entre grévistes, direction et autres syndicats augure mal de la reprise, pour laquelle “aucun délai” n’a pu être donné mardi par la direction.

“Les grévistes ne lâcheront pas l’affaire. Ils recommenceront à remettre la pression sur les salariés et si ceux-ci voient que la direction n’est pas capable de les protéger, ils suivront la grève”, estime le salarié.

Presse esclavagiste (Agence Faut Payer via LePoint.fr, 22 janvier 2013)

 

Une matinée de grève avec les PSA

REPORTAGE Privés d’accès à l’usine depuis vendredi, les ouvriers d’Aulnay-sous-Bois s’organisent contre leur direction. Et veulent rappeler leur combat au grand public.

Aulnay-sous-Bois, ce mardi matin. Au café « le Renouveau », calés dans de confortables fauteuils ou accoudés au comptoir, cinq ou six clients se réchauffent en silence. Dix heures sonnent : de l’autre côté de la vitre, un flot d’hommes se déverse sur le pavé depuis l’immeuble voisin, qui héberge les bureaux locaux des syndicats. Les briquets cliquettent, les cigarettes fument. Des calicots rouges de la CGT mettent une touche de couleur sur les manteaux sombres.

Quelques-uns, le bonnet enfoncé jusqu’aux sourcils, poussent la porte, commandent un café et discutent bruyamment. Ce sont des ouvriers grévistes de l’usine PSA d’Aulnay, promise à la fermeture d’ici 2014. Depuis mercredi dernier, ils sont en grève pour réclamer un plan social plus favorable aux salariés. Et depuis vendredi, la porte de leur usine est fermée et gardée par des vigiles. « Avarie technique », assure la direction, qui évoque aussi un climat de tension autour du piquet de grève. « Lock-out », estiment les salariés, persuadés qu’on tente de briser leur mouvement. « Ils pensaient qu’on se laisserait faire ? La blague ! », entend-on dans le café.

« Grévistes, pas sauvages »

Au deuxième étage de l’immeuble voisin, une grande pièce encore pleine de monde. Les grévistes viennent d’y achever leur assemblée générale, fermée à la presse. Dans un coin, on se tranche une brioche, on se sert une boisson chaude. Dans un autre, on fait la queue pour se faire inscrire comme gréviste et récupérer l’autocollant qui le prouve, à poser sur son badge. « On pointe tous les jours, matin et soir, explique Nasri Amar, délégué syndical SUD. Ça servira pour partager l’argent : avec les quêtes dans les grands magasins du coin et les dons d’associations, on a déjà recueilli plusieurs milliers d’euros. »

L’évocation de violences au sein de l’usine indigne ce contrôleur, qui affiche quinze ans d’anciennté : « Il n’y a rien eu de cassé. Peut-être qu’il y a eu de petits dérapages, des poubelles renversées, mais c’est tout. On est des grévistes, pas des sauvages ». Même déni de la part de Jean-Pierre Mercier, de la CGT : « On n’est pas des délinquants, mais des ouvriers qui se battent contre le chômage. On a fait rentrer les journalistes dans l’usine vendredi pour qu’ils constatent par eux-mêmes qu’il n’y avait pas de dégâts. Ils sont apparus depuis que nous sommes à la porte. »

Sur les murs, des affiches informent de l’existence de différentes commissions : « cartes », « relations extérieures », « intendance », « propagande »… « On a l’habitude, après les mouvements de 2008 et de 2010 », explique Nasri. « Avant de partir en action, n’oublie pas de prendre des affiches et du scotch », peut-on aussi lire. Une action, les grévistes en préparent justement une. La discrétion est de mise : séparés en deux groupes, répartis à cinq par voiture, ils suivent un véhicule de tête seul à connaître la destination finale.

« PS et gauche, ça n’a plus rien à voir »

Sur le chemin, on discute avec le conducteur. Grand gars aux yeux clairs, Julien a dix-huit ans d’usine derrière lui. La couverture médiatique du mouvement le met hors de lui : « Tant qu’on était des miséreux en état de choc, ça plaisait aux caméras. Maintenant qu’on relève la tête, ça fait peur. À la télé, il n’y en a que pour la neige et la guerre au Mali. » Les trois autres passagers approuvent gravement et en remettent sur le personnel politique. Personne à bord n’a voté Hollande.

« Il est de gauche lui ? Non, il est PS, ça n’a plus rien à voir, assure l’une. C’est copains comme cochons avec les patrons, ça. » « Et Mélenchon ? rebondit un autre. Il parle, mais on l’a jamais vu à l’usine, lui non plus. » Julien, lui, a voté pour « l’un des deux seuls partis ouvriers » au premier tour. NPA, LO ? On saura juste qu’il est resté au lit pour le second. La caravane vient de s’arrêter sur le parking d’un centre commercial, en face d’un concessionnaire Peugeot. « J’en étais sûr », s’exclame-t-il, souriant.

En quelques minutes, les vitrines sont recouvertes d’affiches « Non à la fermeture ». Un salarié du magasin vient simplement s’assurer qu’on ne touche pas aux voitures des clients. Il dit « comprendre » les grévistes. Ça ne mange pas de pain, mais on l’ovationne. Sur le chemin du retour, quelques ouvriers engagent une bataille de boules de neige. Dans l’après-midi, ils mèneront une opération « péage gratuit » sur l’autoroute, à Senlis.

« Ils ont eu un coup en décembre, mais la grève les a remotivés, estime un observateur du mouvement. Il y a parmi eux quelques gars un peu remontés, mais globalement ils arrivent bien à temporiser. Ce genre d’action, c’est pour faire quelque chose et aussi faire parler d’eux. C’est ambivalent : on les condamne, mais au moins, ils existent. »

Presse esclavagiste (Dominique Albertini, Liberation.fr, 22 janvier 2013)

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 10:18

« La crise économique entraînera la violence à travers l’Europe ». Propos de la Croix-Rouge

Yves Daccord, directeur général du Comité international de l’organisation a confié à un site danois sa préoccupation face à l’augmentation de la tension dans la zone euro dans son ensemble. Avec le risque d’affrontements vus en Grèce de devenir une réalité largement répandue. Italie inclus : MOT DE LA CROIX-ROUGE !

La crise économique se transforme en drame social. Avec le risque d’émeutes vues en Grèce de devenir une réalité largement répandue en Europe. Y compris l’Italie. Ainsi, la Croix-Rouge se prépare à affronter le pire. « Nous devons nous habituer à une montée de la violence, là aussi. L’Europe n’est pas à l’abri de situations difficiles et peut assister à des événements qui conduisent à la violence, comme dans le cas de Londres et à Athènes en 2012, confie au journal danois Politiken Yves Daccord, directeur général du Comité international de la Croix-Rouge. Pour nous, la situation des tensions sociales européennes est un nouveau défi qui n’a pas d’égal dans le passé de l’organisation. Mais nous sommes prêts à travers les sociétés nationales à adapter notre stratégie pour les besoins de la population – et il ajoute – pour la première fois, nous assistons à une augmentation de la pression des Européens. Avec un nombre croissant de personnes qui deviennent vraiment pauvre. Sans oublier que plusieurs pays européens réduisent les dépenses de bien-être en raison de la crise économique. »

Les réductions des dépenses sociales qui ont lieu à un moment où le chômage est en hausse mettent dans la difficulté des millions de familles : selon les données d’Eurostat en octobre dernier, le chômage dans la zone euro a atteint un niveau record de 11,7% pour un total de 18 millions 703 sans emploi. La situation est délicate en Grèce (avec un taux de chômage de 25,4%) et en Espagne (26,2%), mais aussi inquiétante en Italie (maintenant 11, 6%), compte tenu en particulier de la hausse du nombre des chômeurs prévue dans la première moitié de 2013 et le manque de ressources allouées pour financer des filets de sécurité sociaux.

Déjà aujourd’hui, le Comité international de la Croix-Rouge en Espagne supporte au moins 300’000 personnes « extrêmement vulnérables » et aide des millions de personnes qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts. En Grèce, l’organisation est prête à affronter même l‘hypothèse d’une faillite qui aurait des effets bien plus dévastateurs que toutes les images de violences vues à la télé jusqu’à présent. En outre Eurostat indique qu’il y a 120 millions d’Européens vivant en dessous du seuil de pauvreté. C’est-à-dire avec un revenu qui est inférieur à 60% du niveau moyen de leur pays. En Italie, si l’on considère l’impôt sur le revenu depuis 2011 avec un revenu moyen annuel de 19’250 € bruts par contribuable, ce sont les gens qui, treizième mois inclus, vivent avec moins de 888 € bruts par mois.

Une situation intenable et tendant à se détériorer davantage comme prévu à Bruxelles, où la Commission européenne a alloué 18,6 milliards en un fonds pour les pauvres d’Europe. « L’Europe du Sud, pourrait subir une forme de violence similaire à celle des Printemps arabes – reprend pour conclure Y. Daccord. L‘augmentation des prix des denrées alimentaires, le manque de confiance dans les gouvernements et la demande pour une plus grande liberté seront des facteurs qui contribuent aux émeutes ». Une prophétie qui est en partie déjà une réalité avec les protestations grecques, mais aussi avec les événements du 15 octobre 2011 à Rome et de la journée du 14 novembre appelée par la Confédération européenne des syndicats contre l’austérité et les coupes budgétaires. En particulier les coupes aveugles contre le welfare, dont la Croix Rouge…

Traduit de l’italien (leur presse, Constance Iotti, IlFattoQuotidiano.it, 4 janvier 2013) par un correspondant du JL

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 10:09

Cour des comptes : La France est-elle trop généreuse avec ses chômeurs ?

Dans un rapport sur les politiques de l’emploi publié ce mardi, la Cour des comptes s’inquiète de l’avenir de l’assurance chômage qui cumule un déficit de 18 milliards d’euros. Elle met en cause des règles d’indemnisation particulièrement généreuses. Explications.

Encore une fois, la Cour des comptes appuie là où ça fait mal: alors que le chômage est en hausse continue depuis 19 mois — près de cinq millions de Français étaient inscrits fin novembre sur les listes de Pôle emploi —, la Cour préconise, dans un rapport très critique sur les politiques de l’emploi, publié ce mardi 22 janvierde revoir à la baisse les règles de l’indemnisation des chômeurs.

Car la situation financière de l’assurance chômage s’est fortement dégradée depuis le début de la crise : l’endettement du régime est passé de 5 milliards d’euros en 2008 à 13,7 milliards fin 2012 et devrait s’élever à 18,5 milliards cette année, soit près d’un point de PIB. “Une telle tendance est insoutenable”, prévient Didier Migaud, le président de la Cour des comptes.

La Cour rappelle que la convention d’assurance chômage actuellement en vigueur a été négociée en 2008, avant la crise, dans une période où le chômage était en décrue. Cette convention avait pour objectif de favoriser une meilleure couverture des chômeurs, notamment les plus précaires. Elle a abouti à un élargissement des conditions d’accès à l’indemnisation. Résultat : le régime français d’indemnisation du chômage est l’un des plus protecteurs d’Europe, autrement dit l’un des plus généreux.

Ainsi, alors que l’indemnisation est ouverte en France aux salariés ayant travaillé 4 mois sur une période de 28 mois, elle ne l’est en Allemagne ou en Italie qu’à ceux qui ont travaillé 12 mois sur une période de 24 mois. Et la durée d’indemnisation peut aller jusqu’à deux ans pour un chômeur de moins de 50 ans, trois ans pour les chômeurs de plus de 50 ans, contre un an en Allemagne, 10 mois en Suède ou 8 mois en Italie.

Le niveau d’indemnisation est aussi très favorable : le taux de remplacement du salaire antérieur, toutes prestations sociales confondues, est de 67,3%. Un niveau supérieur à la moyenne européenne (64,9%) et à la moyenne de l’OCDE (58,6%). Surtout, ce taux est très élevé pour les salariés situés aux deux extrémités de l’échelle des revenus : ceux disposant des revenus les plus élevés et ceux disposant des revenus les plus faibles. De plus, en France, l’indemnité maximum peut aller jusqu’à 6.161,29 euros par mois, un record absolu en Europe.

Le régime des intermittents une nouvelle fois pointé du doigt

La Cour des comptes épingle une nouvelle fois le régime des intermittents du spectacle, qui creuse le déficit de l’assurance-chômage d’un milliard d’euros chaque année au profit de seulement 3% des demandeurs d’emploi. Et n’épargne pas non plus celui des travailleurs intérimaires (1,7 milliard d’euros de déficit en 2011) dont les règles favorisent, selon le rapport, le dualisme du marché du travail entre CDI et précaires. Enfin, elle constate que près d’un chômeur indemnisé sur deux (45%) l’est aujourd’hui au titre d’une activité réduite, permettant de cumuler un emploi à temps partiel ou à durée déterminée et des allocations chômage. La Cour pointe du doigt le “risque” que l’assurance-chômage finance “un revenu de complément durable à des salariés en activité précaire”.

C’est pourquoi elle préconise de revoir l’indemnisation en activité réduite et de rendre plus coûteuses les cotisations pour l’assurance chômage dues par les employeurs sur les contrats courts (CDD et intérim). Elle réitère ses appels pour réformer les régimes des intermittents du spectacle, en distinguant notamment les règles applicables aux techniciens du spectacle et aux artistes. Elle propose enfin de mettre en place un taux de remplacement décroissant pour les niveaux de salaires les plus élevés, autrement dit d’abaisser le niveau des allocations chômage des hauts revenus.

Cette question de l’indemnisation des hauts salaires avait déjà fait débat en France en 2011. Cela concerne les cadres supérieurs, gagnant plus de 11.000 euros par mois. À l’époque, la CFE-CGC, le syndicat des cadres, était monté au créneau : “les cadres sont moins touchés par le chômage que le reste de la population active”, expliquait alors son président Bernard Van Craeynest. Et comme les cotisations chômage sont un pourcentage fixe prélevé sur le salaire, plus le salaire est élevé, plus le montant des cotisations est important. “Les cadres coûtent au final moins cher que les autres salariés”, nous confiait un porte-parole de l’Unedic.

La balle est désormais dans le camp des partenaires sociaux qui doivent renégocier d’ici la fin de l’année les règles d’indemnisation du chômage. Et dans celui du gouvernement, qui doit transposer dans la loi d’ici quinze jours l’accord interprofessionnel sur la réforme du marché du travail — accord prévoyant notamment de surtaxer les contrats courts. Il ne pourra pas non plus fermer les yeux sur les autres critiques de la Cour des comptes qui relève un effort “particulièrement insuffisant” pour former les chômeurs, des “résultats médiocres” des contrats aidés, une sous utilisation du chômage partiel ou encore une gouvernance publique et paritaire complexe et non coordonnée.

Presse esclavagiste (Émilie Lévêque, LExpansion.LExpress.fr, 22 janvier 2013)

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 09:40

L'ANSM préconise de limiter la prescription des contraceptifs oraux de 3e et 4e générations. (L'ALSACE/MAXPPP)

L'ANSM préconise de limiter la prescription des contraceptifs oraux de 3e et 4e générations. (L'ALSACE/MAXPPP)
SUR LE MÊME SUJET

La pilule contraceptive aurait causé 47 accidents graves, dont deux décès, sur une population de 800.000 personnes entre 1998 et 2012, affirme une étude révélée par "Le Figaro", lundi 14 janvier. Le quotidien extrapole ces données à l'ensemble de la population française, et affirme que cela représenterait environ 3.900 cas d'effets indésirables graves (embolie pulmonaire, thrombose veineuse profonde ou encore accident vasculaire cérébral), dont 165 décès de femmes de 15 à 25 ans.

Ces résultats ont été transmis à l'Agence du médicament (ANSM) ce week-end, selon le quotidien. L'hôpital universitaire français auteur de l'étude est parti de l'hypothèse que les professionnels de santé sous-déclarent très largement les effets secondaires liés à la pilule. Les experts sont donc partis d'archives sur les cas d'embolie pulmonaire, de thrombose veineuse ou d'AVC, chez les femmes de 15 à 25 ans.

Bilan : sur ces 47 cas d'effets indésirables graves, seuls trois avaient fait l'objet d'une déclaration aux autorités sanitaires.

"Non seulement les médecins déclarent peu les effets indésirables liés aux médicaments mais dans le cas de la pilule c'est encore pire puisque les effets secondaires sont connus depuis longtemps", regrette un expert cité par "Le Figaro". "L'embolie pulmonaire chez une jeune fille de 17 ans qui fume et qui prend la pilule depuis 6 mois, c'est hyper classique. Du coup, ils ne le déclarent pas." Moralité, ces cas ne sont pas répertoriés par les autorités sanitaires comme potentiels effets indésirables graves.

Quel danger pour la pilule contraceptive ?

Pilule contraceptive - quel danger ? (Crédit Betty Lafon)

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 09:19

Le Transfo - 57 Avenue de la République (Bagnolet) M° Galliéni (ligne 3) ou Robespierre (ligne 9)

Analyser le fascisme en Europe : une nécessité pour le briser

Quel état des lieux du fascisme en Europe ? Quelles résistances antifascistes féministes et pro-féministes ? Quelles alternatives construire face aux attaques fascistes ?

Dans le contexte de crise que nous subissons, les fascistes prospèrent. L’ accession des néo-nazis de l’Aube dorée au parlement grec, le retour au pouvoir des nationalistes hongrois derrière Victor Orban dont les milices fascistes de la Magyar Gárda (Garde Hongroise) mènent de véritables ratonnades contre les Rroms, ne sont que de tristes exemples de cette montée en puissance de l’extrême droite en Europe. Ils prolongent et accompagnent d’ailleurs la droitisation des gouvernements et des principaux partis qui ne cessent de stigmatiser les immigréEs comme bouc émissaires tout en détruisant les services publics utiles (hôpitaux et centres IVG notamment, au détriment des femmes), au moment même où les populations en ont le plus besoin.

Partout en Europe, on constate le développement de mouvements nationalistes, qui se traduit à la fois par des violences contre les minorités nationales (arabes, noirs, juifs, Rroms, kurdes, arméniens, halévis...), et contre les militant-e-s antifascistes et progressistes (agressions de camarades en Russie, en Serbie, etc.)

Alors qu’en France, la campagne homophobe, à l’initiative des fascistes religieux, donne lieu à un déferlement de violences tant verbales que physiques et prouve, s’il le fallait, la capacité d’organisation et de réaction des fascistes contre les droits des femmes et des minorités sexuelles, il semble aujourd’hui particulièrement important de comprendre comment se déploie le fascisme en Europe pour mieux le briser.

Discussion avec des féministes du Portugal, de Pologne, de Roumanie, de Galice... et des militant-e-s de la Coordination des Groupes Anarchistes sur la situation du fascisme en Europe.

VENDREDI 25 JANVIER à 19h au TRANSFO (57 Avenue de la République - Bagnolet) M° Galliéni (ligne 3) ou Robespierre (ligne 9)

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 12:55

Texte paru dans Marge, n°3, Septembre-Octobre 1974, p. 2-3.

Propos mal à propos. propos en marge d’une autocritique.

1. Quelle pratique proposa MARGE ?… Celle que propose celui qui pose cette question !

Plutôt que d’élaborer une théorie, Marge se propose de construire un discours, celui qui annonce la rumeur qui gronde.
Plutôt que de définir une pratique, Marge se propose d’adopter un comportement, celui qui annonce le réseau qui se ramifie.

Las de la caduque distinction académique “théorie” et “pratique”, les “gens de Marge” ont préféré se fondre et se confondre dans leurs discours et leurs comportements qui les ramènent à leur quotidien et à leur vie et qui tissent d’ores et déjà l’immense toile d’araignée du “réseau Marge”.
L’une des critiques adressées à l’encontre d’un aspect de la “praxis de Marge” a concerné la réunion hebdomadaire rituelle: le blabla comme ont dit certains. Et à ceux-là, je ne suis pas loin de leur donner raison car les réunions n’ont un sens que si elles permettent la rencontre; or certaines de ces réunions se sont rapidement instituées en scènes de théâtre où ont évolué certains ténors, toujours les mêmes, qui, maniant bien les mots, ont, par la longueur et la fréquence de leurs interventions, censuré la parole des autres. Dans ce jeu répétitif, qui gratifie quelques-uns et frustre beaucoup d’autres. seule circule la pseudo-parole et finalement il n’en ressort qu’une pénurie au niveau relationnel et créatif. Au lieu de croupir sur son fondement et de s’écouter croasser, le groupe “Marge” peut se constituer tour à tour : groupe d’étude et de recherche (rédaction d’articles collectifs par exemple), groupe de liaison (échanges avec d’autres groupes en les recevant ou en allant les voir), groupe de diffusion (ventes collectives des journaux et pratiques d’intervention), groupe d’action (à définir par et pour chaque groupe), groupe de fête (bouffe et musique], etc. Chaque groupe, enrichi d’une expérience nouvelle, pourra en faire profiter les autres, mais ceci en se méfiant de la notion d’exemplarité car l’exemplarisant s’arroge trop vite un pouvoir sur l’exemplarisé et parce que les meilleurs enseignements sont toujours tires de ses expériences propres.
Quoi qu’il en soit, discours et comportements traduisent la manière d’exister du groupe et c’est à chacun d’entre eux de faire preuve d’imagination et d’originalité et cela au nom de la pluralité marginale.

2. L’aliénation ne passera pas.

Dissensions et conflits sont souhaitables parce que signes de vie.
Accusations et calomnies sont exécrables parce que signes d’ennui.

Pour couper court aux éventuelles tentatives de surveillance ou de commérages au sein de “Marge”, il convient de rappeler que l’une des raisons d’être de ce mouvement est de hurler l’indépendance et la liberté de chaque individu. “Marge” ne doit pas reproduire le militantisme le plus étriqué et le plus contraignant et encore moins pérenniser la convoitise et le ressentiment et cela, même si l’on doit perdre en efficacité à court terme, sinon ce mouvement sera mort—né. Chacun vient avec sa personnalité et ses moyens et donne ce qu’il veut, sous la forme qu’il veut, et cela sans obligations, ni culpabilisation ou c’est à nouveau l’enfermement. Chacun peut se garder un peu de mystère si ça lui fait plaisir et cela sans que le nez sale d’un autre vienne y fouiner ; à “Marge” il n’y a pas de flics, les procédures d’exclusion ou d’excommunication sont inconnues. Je rappelle à ceux qui ont un trop-plein d’agressivité qu’il ne faut pas se tromper de cible, les priorités à abattre ne sont ni à “Marge” ni dans des groupes politiquement proches, mais ailleurs. Avant de regarder les autres, regarde-toi toi-même : il est plus facile à quelqu’un qui n’a rien à perdre de se dire révolutionnaire et si celui-là ne supporte pas la rencontre avec d’autres venant d’azimuts différents, il peut toujours se recycler dans les revendications salariales syndicales. Quant à ceux qui ont l’intention de venir à “Marge” avec une quête permanente d’assistance, avec l’intention de prendre plutôt que de donner sous prétexte qu’ils sont nécessiteux, nous leur fournirons charitablement les adresses d’organisations chrétiennes. “Marge” n’est nl un refuge, nl un asile, nl un lieu thérapeutique et n’a nullement l’intention de replâtrer les dégâts de cette société. Les “gens de Marge”, parce qu’ils sont redevenus Hommes, sont tous des aristocrates : chaque individu est roi à “Marge”.
Remarque remarquable : pour répondre à un marxiste qui m’avait appelé “camarade” et qui s’étonnait de mon sourire, je l’informe, qu’à “Marge”, nous sommes personnalisés et que nous nous appelons comme nous voulons [nom. prénom ou surnom) et ceci non obligatoirement précédé d’un titre anonyme stéréotypé comme : “Monsieur”, “mon frère” ou “camarade” ; ce genre d’attribut possède un avant-goût impératif et uniformiste ; il relève. non pas de l’appellation, mais déjà de l’interpellation et annonce la répression et ses matricules.

3. Le “centralisme de fait” est défait.

Chaque Individu est le centre de l’univers.

Un groupe provincial a sa méfiance en ce qui concernait la « centralisation de fait » auprès du groupe originel des informations, du courrier, du journal. Cela est vrai. mai il est évident qu’un groupe prenant une initiative en a pleinement le contrôle au début et tant qu’il est seul ; maintenant le temps est venu de la décentralisation : le groupe parisien a éclaté en plusieurs groupes tandis que d’autres groupes ne sont spontanément constitués à Paris, en province. a l’étranger. En ce qui concerne le journal, n’importe quel groupe peut en assurer tour à tour la prise en charge globale (rédaction, impression, financement et diffusion) : il lui suffit de le dire au groupe qui avait assumé la parution précédente.
Ceci étant, il n’est pas sain de raisonner en termes de compétition ou de surenchère inter-groupes ; mieux vaut tendre à une complémentarité. Il appartient à chaque groupe d’exister en fonction de ses originalités, de faire ses choix, d’avoir des projets et de se donner les moyens de les réaliser.

4. Redéfinir le militantisme ?

Militer, c’est se chercher.
Exister, c’est autre chose.

D’abord et pour commencer, “militant” et “militaire”, ça se ressemble trop et il n’est pas question de jouer au petit soldat. Pas question non plus de reproduire le “militantis vulgarus” : le pauvre type, aliéné et contraint, à qui on amputera une grosse part de son salaire, à qui on commandera des devoirs quotidiens à accomplir et à qui on distribuera des hors ou des mauvais points. S’il est docile et obéissant, il gravira les échelons de la hiérarchie de la même façon que dans le système soi-disant combattu. Et de trompé et abusé, le militant n’aura réussi qu’à doubler ou tripler son temps de travail aliénant avec l’illusion d’avoir existé un peu, alors qu’il n’aura été que davantage manipulé. Au bout du compte, il aura travaillé plus qu’un autre pour être con et content.
Je ne parle pas des militants météores qui traversent tour à tour plusieurs organisations politique à la recherche de bénéfices primaires ou secondaires et qui n’expriment en fait qu’une quête affective jamais assouvie.
Alors que faire ?… Chacun peut accomplir les tâches de son choix selon ses désirs et ainsi le travail se partage naturellement, étant bien entendu qu’il reste toujours des tâches rebutantes qui doivent être faites, mais que, se sentant non contraints, un ou plusieurs peuvent choisir de se faire une douce violence. Ceci fonctionnant selon le schéma “j’aime le faire” ou “je me sens motivé”, pourrait relever d’un “désir-militantisme”, mais cette notion reste bien ambiguë. ll faut espérer que la pluralité des goûts pourra recouvrir la pluralité des choses à faire.
Ce paragraphe ne fait que poser le problème. Je crois qu’il n’y a pas de solution globale: chacun apporte sa réponse et s‘y conforme (“pluri·militantisme”).
Pour ma part, Il m’est désagréable d’apporter aux autres la “bonne parole” de la même façon que le
n’aime pas la recevoir. J’ai le désir que d’autres viennent à “Marge”, mais il est plus important que ces autres aient eux-mêmes le désir d‘y venir. Les organisations politiques s’accroissent en nombre par l’adhésion, terme hypocrite qui masque en fait un véritable enrôlement assuré par un matraquage idéologique ; à l’opposé, les gens viennent à “Marge” par un jeu d’attraction-séduction, ils sont attirés et conquis simplement par l’existence même de “Marge”.
Il vaut mieux faire envie que pitié (“anti-militantisme”).
Redéfinir le militantisme ?… Dans notre histoire s’inscrira la réponse…

5. Créons des groupes “Marge”.

La recherche de la rencontra permet la rencontra de la recherche.

Le groupe “Marge” se constitue spontanément à partir de quelques individus qui e reconnaissent dans à le mouvement “Marge” et qui éprouvent le désir d’exister ensemble et de faire quelque chose ensemble ; ils se coordonnent alors horizontalement avec les autres groupes existants. Ce groupe, pleinement autonome, fait ce qu’il veut, où il le veut, quand il le veut et comme il le veut. Les individus se regroupent essentiellement par affinité en tenant plus ou moins compte des exigences géographiques ; ils sont ensemble parce qu’ils s’aiment.
Dès lors, la dynamique du groupe potentialise la dynamique propre de chaque individu qui le compose ; ce groupe-noyau possède une énergie considérable due à cette surcomplémentarité intra-nucléaire, cette énergie se libère et c’est la bombe à énergumènes.
Le groupe est partout dans l’espace: Il peut migrer, essaimer, se nomadiser. Le groupe est partout dans le temps, il a le temps, le temps sans ses trois dimensions : son passé (son résumé, son enseignement, son autocritique), son présent (ses rencontres, son plaisir, le vécu de son expérience), son avenir (sa recherche, son Imagination, sa créativité). La multiplicité des groupes et la pluralité des expériences assurent l’irrécupérabilité, l`inaliénabilité, l’inaltérabilité du mouvement.
De quelque côté que la Marge se regarde, elle est majestueuse comme Chéops… et pourtant, pas de pyramide : le groupe “Marge” c’est la base, le groupe “Marge” c’est le sommet.

6. Lutte des classes et marginalité.

La lutte des classes, c’est l’opium du peuple.

Comment parler de libération par la lutte des classes quand l’ouvrier ne cherche qu’à s’identifier au bourgeois, quand l’esclave ne cherche qu’à s’identifier au maitre et quand on nous propose encore une dictature, fut-ce celle du prolétariat ?… C’est vrai, il y a des classes, couches et catégories sociales, mais le combat doit être mené plus profondément : dans les couches de mentalité.
Pourquoi ce départ à partir de la marginalité ?… Parce que c’est dans les poubelles de cette société décadente qu’0n trouve les germes de la révolution. La grande invasion ne viendra pas de l’Est avec les fils du soleil levant, mais de tout près, de l’intérieur, de dessous nos pieds: les cohortes de marginaux, les hordes de barbares, ces ombres de nous-mêmes sales, visqueuses et grimaçantes sortiront des caves, des caniveaux et des égouts et éclabousseront de leurs miasmes la bêtise instituée; les gens des hautes sphères ont conquis la lune, les gens des bas-fonds conquerront le soleil. Ceci, je ne l’affirme pas à partir d’une analyse sociologique précise, je le ressens viscéralement et je le visionne…
…Vive la Frange…
Mais qu’est-ce que “Marge” ?… Un monstre diabolique, une hydre à mille têtes disparates : on en coupe une et il en repousse dix, encore effrayantes, encore différentes, encore plus voraces.
Mais que veut “Marge” ?… Changer le monde…
Changer le monde ?… Et même si l’0n n’y arrive pas, on a raison d’essayer…

Daniel LADOVITCH

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 12:48

Texte paru dans Marge, n°3, Septembre-Octobre 1974, p. 5.

C’est surtout à partir de 68 que des dizaines de milliers de mecs et de nanas ont commencé à se droguer en France. Face à un système implacable, fondé sur l’exploitation de l’homme par l’homme et sur un autoritarisme qu’on aurait cru d”un autre âge, nombre de jeunes se sont révoltés. Heureusement: enfin un peu de vie dans une société à moitié crevée.
Cette révolte tendait – et tend toujours – vers la libération: libération sexuelle, libération de l’oppression quotidienne dans les lycées, les universités, les casernes, les usines…
Face à cette poussée de la jeunesse libertaire, la réaction de la dictature gaulliste, du pouvoir UDH, a été brutale: matraquages, étouffements, expulsions, éliminations, répressions. Après avoir lutté pendant des années contre les différents bastions du système (armée, flics, CRS, tribunaux d’exception, ORTF: “Tous les soirs, la police vous parle”, presse servile, godillots aux ordres d”un général sénile, patronat lancé dans la course au profit, etc.), une fraction de la jeunesse militante a estimé qu’il était inutile de poursuivre ce combat, tout au moins sous ses formes strictement politiques. Certains pensaient que la société actuelle, aussi pourrie soit-elle, conserverait ses structures hiérarchiques d`oppression, et qu’il était illusoire d’espérer la changer en profondeur. Même parmi les révolutionnaires, les gauchistes, les maos, les trotskystes, les situationnistes, les socialistes libertaires, les anars, ce courant de dégoût et de désillusionnement se créait.
C’est à ce moment que nombre de jeunes ont commencé à faire des expériences avec les substances appelées “drogues”. En fait, dès qu’on est accroché à quelque chose d’extérieur à soi, c’est une drogue. Pour certains, c’est la télé tous les soirs, le tiercé, la course au fric ou aux “honneurs”, la bagnole, etc. Pour d’autres, c’est le shilum, le trip ou le fix.
Au début, c’était cool. Le joint ou le shilum. La musique super-planante. Mais, petit à petit, les drogues dures se sont ramenées: héro, morph, coco, S.T.P. Et compagnie. Le gouvernement interdit obstinément les produits les plus mineurs, mettant ainsi dans le même sac le joint de mari’ et la shooteuse de cheval. Résultat: tout se retrouve dans le même circuit et quand le revendeur, le dealer du coin n’a plus d’herbe colomblenne ou de hash libanais, il vend de l’héro. Oh, juste un petit sniff, pour commencer, en attendant le shoot…
Ce qui, au départ, avec les produits d’expansion de la conscience, avec les substances psychédéliques (L.S.D. 25, le fameux acide ; mesca, psilo, peyotl) faisait partie du mouvement de recherche, de libération, est devenu maintenant, pour beaucoup de mecs, un esclavage plutôt pesant. Quand on voit un junkie en manque, ou un mec qui s’écrouIe après s’être fixé aux “downers”, y’a pas de problème, c’est vraiment pas la liberté! Parfois, c’est super-dur: une taule aux murs de verre, “un hanneton dans un bocal”, comme le dit un copain freaks.
Alors voilà, c’est pour filer un coup de main à ceux qui`en ont ras-le·bol de ce “bocal”, c’est pour aider ceux qui ont assez expérimenté les drogues vraiment dures et qui en ont assez, qu’on a créé la communauté “Lumière et Liberté”. ll y a un potager, cinq chèvres, et beaucoup de nature. Ceux qui le veulent pratiquent le raja yoga (Maharaj Ji). Et parfois, à vivre comme ça entre anciens défoncés, on ressent de bonnes vibrations d’amour. Et c’est le pied. Et ça veut dire quelque chose. Et c’est vraiment une nouvelle vie. Oh, on n’a rien inventé, non. On a juste écouté Dylan:
“Love is all there is,
It makes the world go round.
Love and only love,
it can’t be denied.”
Enfin, on essaie de vivre ça, quoi…

Alaln F. REVON.
GROUPE MAHGE UMOGE

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Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES
22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 11:37

Des acteurs-trices engagés dans les luttes contre des grands chantiers (construction d’une LGV au Pays Basque sud, projet d’aéroport à notre Dame des Landes -NDDL, mise en place d’une ligne THT Cotentin-Mayenne) se sont retrouvés cet été, aux rencontres d’Eychenat (Ariège) organisées par l’OCL-OLS.

Il s’agissait d’échanger des informations et des analyses sur chacun de ces combats, d’analyser leurs forces et leurs faiblesses et de voir comment contribuer à renforcer les dynamiques engagées.

L’objet de cet article n’est pas de présenter les caractéristiques de ces différents chantiers ni les spécificités des luttes qui s’y opposent. De nombreux articles de Courant alternatif leur ont été, leur sont et leur seront consacrés et nous vous invitons à vous y référer [1].

Il s’agit ici plutôt de rendre compte de quelques questionnements et analyses que nous avons échangés au cours de ces rencontres.

Une politique de métropolisation

« Grands Travaux Inutiles Imposés » – GTII-, cette expression convient-elle pour désigner ces chantiers ? En fait, elle apparaît comme un label déposé que des mouvements institutionnels de gauche comme ATTAC, le Front de gauche ou certains Verts ont collé sur ces grands chantiers. Mais, inutiles à qui ? L’adjectif sans autre précision n’a pas beaucoup de sens. Il serait plus adéquat de dire que ces travaux sont socialement inutiles, pire, nuisibles et destructeurs, et imposés aux populations par le mensonge et par la force. Tous ces grands chantiers en projet ou en cours portent en commun un même modèle de développement. Ils s’inscrivent dans une dynamique de métropolisation, par l’accroissement de la densification de l’habitat, par la mise en place de plans de rénovation urbaine, par le développement des nouvelles Industries Culturelles et Créatives (ICC) ; ils relèvent d’une politique d’aménagement du territoire visant à la concentration des richesses, à l’intensification de leur circulation d’un grand pôle à un autre. Ces pôles urbains sont mis en concurrence entre eux. Les terres ne sont plus qu’un lieu de passage, un espace à détruire ou bien à transformer en ressource touristique et de récréation.

Pour tenter de se faire accepter, ces projets se parent parfois de l’image d’un capitalisme vert, d’un développement dit durable, alors qu’ils ont des conséquences désastreuses sur l’environnement, des impacts très néfastes et destructeurs sur les plans économiques, sociaux, culturels.

C’est ce que dénoncent ceux-celles qui s’y opposent en remettant en cause à la fois le modèle de société et de développement que ces grands chantiers impliquent et la façon dont ils sont décidés, leur gestion politique, puisqu’ils sont imposés aux populations contre leur gré.

Institutionnels légalistes et partisans de l’action directe

Les luttes contre ces chantiers ont des caractéristiques communes. En particulier, s’y côtoient, dans des relations plus ou moins conflictuelles, des acteurs très différents : des institutionnels (élus, partis, syndicats, associations, ONG) porteurs d’une vision citoyenniste [2] prônant seulement des actions légalistes ainsi que, parfois, des pseudo alternatives ; et des composantes favorables à des actions directes, qui replacent l’aménagement du territoire dans le contexte d’une contestation globale du système (critique du développementisme, défense de la terre, remise en cause du modèle économique et social, dénonciation de l’éco-capitalisme), cherchent à promouvoir des formes d’auto-organisation et de type assembléaire et prônent un type de société radicalement autre.

Si la présence de ces deux composantes entraîne des clivages, il peut y avoir une certaine porosité entre elles.

La question du coût

Que signifient ces grands travaux à un moment où le capitalisme est confronté à une crise de rentabilité et de sa propre reproduction ? Seraient-ils une tentative de réponse d’une fraction du capital pour rebondir malgré l’impasse économique actuelle ?

Une des failles ou des contradictions dans la réalisation des grands chantiers semble être que, avec la crise des finances publiques et la réduction drastique des budgets, les Etats européens, les régions et l’UE ne peuvent pas se permettre de dépenser des tonnes de fric dans de nombreux gros projets mis en concurrence.

Beaucoup des grands chantiers ont été conçus il y a plusieurs années et reposaient sur une dynamique de croissance alors importante ; depuis quelque temps l’Europe est entrée dans une autre période. Tous les grands travaux prévus ne vont sans doute pas se faire, du moins dans les délais envisagés.
Des hauts responsables eux-mêmes en arrivent à émettre des contre-arguments ; c’est par exemple le cas de Pépy, patron de la SNCF, qui expliquait récemment que le développement du TGV et des LGV plombait complètement les comptes et, à terme, la viabilité économique de l’entreprise. Quand on parle du TGV dans le Val di Susa ou de l’EPR à Flamanville, on entend dire que si cela coûte trop cher, peut-être que… En tout cas, si certains projets sont abandonnés par leurs promoteurs, ce n’est pas le modèle de développement dont ils sont porteurs qui sera mis en doute. Mais s’il est décidé que, pour l’impérialisme européen, la LGV Lyon-Turin doit se faire, le rapport critique de la Cour des comptes n’aura eu la valeur que d’une simple mise en garde…

Les logiques étatiques et même régionales pèsent fortement dans la compétition généralisée entre les zones et les pôles pour que la phase actuelle des grands travaux soit menée à bien. Ces logiques suivent celle de l’aménagement territorial voulu par le capitalisme européen qui, en guerre économique avec l’Asie, les Etats-Unis et des pays émergents, cherche à s’affirmer par ces projets d’infrastructures. La dimension prise par les grands chantiers est mondiale, c’est ce modèle de développement destructeur et nuisible qui est pensé et imposé partout sur la planète par l’élite dirigeante.
La logique du capitalisme n’étant pas à 100% rationnelle, il est difficile de conclure sur la façon dont il évalue la rentabilité de ces grands travaux et de savoir si les difficultés des finances publiques d’aujourd’hui vont avoir des conséquences sur l’avenir proche des chantiers. En effet, si la philosophie des Etats et de l’UE est de mêler financements publics et privés (PPP), les financeurs privés ne mettront pas la main au porte-monnaie si cela ne leur rapporte pas et les financeurs publics coopéreront difficilement vu la crise du financement de l’Etat et des collectivités ; même aux yeux de Rousset, président PS de la région Aquitaine et fervent défenseur d’une LGV Bordeaux-Hendaye destinée à être financée par les partenariats public-privé, ceux-ci apparaissent à présent comme des « bombes à retardement » budgétaire qui font la part belle aux grands groupes du BTP et rendent « impotentes » les collectivités.

En tout cas, si le coût des grands travaux constitue un point faible capable peut-être de remettre en cause la réalisation de certains d’entre eux, il ne semble pas que l’argument des sommes faramineuses qui leur sont consacrées, alors que les coupes sociales sont de plus en plus importantes, aide à renforcer la mobilisation, du moins au Pays Basque sud pour ce qui est du TGV ; peut-être parce que, dans ce nouveau contexte des conséquences de la crise, ces thèmes des grands chantiers sont relégués derrière les autres questions sociales.

Un double enjeu pour le capitalisme

Au-delà de savoir si un projet est utile ou inutile en terme de bénéfice social ou même de rentabilité pour le capitalisme, ce qu’on voit à l’œuvre c’est une logique d’organisation de l’espace, de contrôle et de dépossession.
ll y a en effet un double enjeu derrière ces grands travaux : structurer un grand espace européen offrant de nouvelles conditions pour la profitabilité du capitalisme, où le libre jeu de la rentabilité peut s’installer sans limite ; et domestiquer et homogénéiser les populations, détruire les résistances locales, diluer les particularismes culturels… La raison d’être de l’industrie et des grands travaux quels qu’ils soient, c’est certes de répondre à des besoins façonnés mais c’est aussi d’asseoir un rapport social de domination, qui n’est pas lié en totalité à la finalité économique et financière. La vie entière des gens est surdéterminée par ces infrastructures. Ils doivent vivre, penser, rêver de la même manière partout sur la planète. De ce point de vue, ces projets sont une attaque directe contre les gens, leur mode de vie, leur culture, tout ce qui les soude entre eux, et leur permet justement d’entreprendre des luttes collectives.

Face à cette agression, la logique de ceux-celles qui luttent, c’est celle de leurs vies : ils-elles n’acceptent pas que l’on dispose de leurs vies et modes de vie. Et par la lutte, ils-elles se réapproprient la décision sur ce qu’ils-elles veulent et ne veulent pas.

Si certaines luttes contre les grands chantiers ont gagné force et impact débordant largement le cadre local, dans des lieux comme Nantes, le Pays Basque, le Val di Susa, c’est qu’elles naissent et se renforcent sur le terreau local d’une culture politique et sociale riche et active, c’est qu’elles perçoivent l’écho d’autres luttes simultanées ou sont nourries des expériences et de la mémoire de luttes précédentes.

Ainsi, la force du combat du Val di Susa vient de ce que, au début, il s’est appuyé sur un sentiment d’appartenance des gens de la vallée, avec une culture de lutte et de résistance, et un degré d’affrontement qui s’est joué sur des bases très claires : « non au TGV, ce chantier ne se fera pas », avec des méthodes d’action diversifiées, dont des formes radicales prises en charges et assumées par l’ensemble de la communauté en lutte qui s’est auto-désignée comme le « peuple NoTAV ». Et ce combat s’est diffusé à Turin, à Milan, à Bologne, etc., et au-delà des frontières. En Italie, la lutte du Val di Susa est devenue au cours des dernières années, dans le contexte du berluscolisme et du reflux considérable des conflits ouvriers et sociaux en général, le symbole de la résistance collective, de la rébellion populaire et dans tout le pays, des centaines de milliers de personnes se reconnaissent et s’identifient à ce combat. De plus, des lieux de rassemblement, de rencontres et de débats régulièrement mis en place dans toute la Vallée ont permis à la lutte d’avoir ce caractère ouvert et solidaire.

Or, cette référence communautaire, ces repères collectifs, ces visions solidaires, ces projets en commun ont tendance à disparaître dans la société capitaliste. Une des conséquences du développement des flux pour les besoins du capital, c’est de nous séparer de notre passé, de nous couper de nos références, de nous individualiser et de nous isoler, ce qui rend plus difficile que les gens s’agrègent pour lutter ensemble. Nous sommes ainsi plus atomisés et plus fragilisés, et en particulier à la merci de toutes les répressions.

Faiblesses et difficultés

Les luttes contre les grands travaux s’opposent à des forces très puissantes, pouvoirs publics, multinationales, idéologie du progrès, car même si le développementisme et le productivisme sont de plus en plus remis en cause, les idées de progrès et de modernité, présentées comme porteuses d’emploi, d’activité et de richesses, restent malgré tout des signes d’adhésion à cette société….. Les chantiers sont multiples, cohérents entre eux, et sont menés de front, s’ajoutant les uns aux autres ; et comme nous ne pouvons pas faire face à tous, nous dirigeons nos forces contre celui qui nous semble important ou le plus scandaleux. Par exemple, nous disaient les camarades basques cet été, nous luttons contre le TGV, mais nous nous trouvons encerclés par d’autres projets, un super-port de commerce, des autoroutes, l’exploitation du gaz de schiste… et tout est fait pour que les choses semblent inéluctables. Dans tous les cas, il y aura quelques endroits avec des résistances et beaucoup d’autres sans aucune opposition : donc, les victoires que l’on peut obtenir ne peuvent être que partielles, ce qui peut expliquer cette impression un peu pessimiste d’être encerclés.

Un autre problème qui rend difficile la mobilisation est que ces luttes doivent commencer très en amont, à un moment où les projets sont au stade de la conception et apparaissent encore abstraits pour la population. Face au silence et aux mensonges des promoteurs de ces projets, il y a un énorme travail à faire pour chercher l’information, la diffuser, pour expliquer, analyser les causes, les conséquences …. Cela donne un côté un peu intellectuel à la lutte contre un projet qui est encore à l’état virtuel. Il n’empêche que l’action commence bien avant les travaux. Ce sur quoi il faut réfléchir, c’est comment intervenir à chaque étape du projet (que ce soit au cours de son élaboration, pendant les travaux préliminaires, lors de la phase d’acceptation sociale avec les enquêtes publiques… ) soit pour parvenir à l’empêcher à ce stade, soit pour préparer une mobilisation importante pour le moment où le chantier démarre effectivement.

Une difficulté encore, mentionnée par les militant-es contre le TGV au Pays Basque, c’est la tendance au ‟délégationnisme”, comme on dit de l’autre côté des Pyrénées. Même si l’opinion est très hostile au TGV et si les débats à propos des grands chantiers ont imprégné toute la société, passer à une implication active dans la lutte, à des actions de désobéissance, c’est une autre chose ; de même que maintenir une mobilisation dans la durée en évitant essoufflement voire découragement. Les luttes contre les grands chantiers sont en général très longues et les gens ont tendance à s’en remettre aux individus, groupes ou associations qui s’investissent dans l’opposition avec détermination et persévérance.

De plus, partout où ces projets rencontrent de la résistance, ils sont imposés par la force et par la violence, avec pour conséquences d’affaiblir les acteurs-trices de la lutte, de démobiliser, de diviser, de faire peur, de faire dépenser du temps et de l’énergie dans des procès et des mobilisations antirépressives et défensives. Quand la zone devient militarisée, que le chantier est défendu par des troupes armées, on ne peut plus agir sans un mouvement de masse qui s’impose par le nombre. Et quand des travaux ont commencé, que des tronçons du chantier sont en cours de réalisation, cela a un indéniable impact psychologique démobilisateur, y compris chez les plus militant-es. Aujourd’hui, pour le TGV basque (sud), il reste encore 70% du budget à dépenser pour les travaux, mais les dégâts sont déjà énormes.

En fait, la faiblesse principale est l’absence d’un mouvement massif et populaire. Se côtoient, en se tolérant plus ou moins bien, des groupes institutionnels, très organisés et puissants, d’autres personnes qui sont sur des bases antiautoritaires ou d’écologie radicale, et, comme à NDDL, le mouvement des occupants, mais la conjonction de ces forces ne débouche pas forcément sur une alchimie capable de susciter des mobilisations de masse comme au Val di Susa, pouvant rassembler 60 ou 80 000 personnes pour entraver les travaux… La difficulté est de créer et de maintenir une communauté d’action pertinente pour avancer, avec des acteurs différents mais qui partagent le même objectif, et qui se montrent solidaires parce que leurs modes d’action ne sont pas antagonistes mais complémentaires. Parfois, la diversité, l’hétérogénéité peuvent donner beaucoup de force au mouvement. C’était le cas à la manifestation du 24 mars, à Nantes, quand il y avait à la fois la force de frappe de la Confédération paysanne avec l’arrivée des tracteurs, plus le cortège des gens qui s’étaient organisés pour mener des actions, plus la masse des manifestants. La manifestation de réoccupation mobilisant 40 000 personnes le 17 novembre est à cet égard encore plus exemplaire. C’est aussi un signe de force du mouvement, au Val di Susa, quand les forces institutionnelles défilent en portant des flambeaux et des banderoles « Nous sommes tous des Black Blocs » pendant que d’autres s’affrontent avec la police.

Comment contribuer au renforcement des luttes ?

En fonction de ce que les acteurs sur le terrain décident et des appels qu’ils font, il est important de se rendre sur place, d’apporter son soutien pour renforcer une action, une manifestation, pour concentrer des forces sur une échéance importante, pour bloquer une étape précise d’un projet et pour peser, y compris politiquement… Quand une lutte est fortement engagée, qu’elle a une grande incidence sur la société, elle peut devenir un lieu de rencontres, d’échanges entre différents combats. Ceci aussi bien au niveau d’une même région qu’à celui d’un pays et de l’Europe. Ainsi, dans la mesure où l’opposition au TGV a été une référence importante au Pays Basque, des discussions, des liens et des campagnes communes ont pu se faire à l’échelle des provinces (Guipuzcoa, Biscaye, Navarre) avec les acteurs d’autres luttes : incinérateurs, super-port, autoroute, etc.. Mais, c’est difficile car chaque lutte a ses propres rythmes, ses propres exigences, sa propre dynamique… Des questions tactiques, de priorité par exemple, se posent, difficiles à trancher parfois : faut-il concentrer des forces à un moment donné sur une action un peu centrale ou continuer à multiplier les actions locales, par exemple ?
La lutte de NDDL apparaît aujourd’hui très emblématique. Le fait que Jean-Marc Ayrault soit premier ministre n’y est pas étranger. Le grand aménageur de la métropole nantaise (projets culturels, aéroport, rénovation urbaine…) personnifie en partie l’enjeu et peut contribuer à porter l’écho de la lutte bien au-delà des 2000 hectares impactés par le projet.

La vaste opération militaire « César » contre les occupant-es de la ZAD, déclenchée le 16 octobre dernier, a suscité de nombreuses réactions, donnant une ampleur nouvelle à la lutte. Messages de soutien, rassemblements et actions de solidarité se multiplient en France et dans d’autres pays. Partout des comités de soutien se constituent. La manifestation de réoccupation du 17 novembre, pour reconstruire un lieu de lutte sur la zone, a représenté un test important. En dépassant largement les enjeux locaux, NDDL et la ZAD (rebaptisées respectivement Notre Dame des Colères et Zone à défendre) sont devenus des symboles et la lutte contre le projet d’aéroport apparaît gagnable, pour peu, comme il est dit dans l’article de Courant alternatif de novembre, que « la résistance s’élargisse durablement, se renforce en pertinence et ne se laisse pas instrumentaliser par les forces institutionnelles. »

On sait que la victoire sur un site peut être obtenue quand il y a à la fois le rapport de force et des failles dans ce que l’on combat. A NDDL, et sans doute aussi dans le Val di Susa, ces conditions semblent rassemblées. Ces contradictions internes au camp d’en face, ces failles, ces éléments conjoncturels, d’ordre ‟tactique”, ne sont pas à négliger dans le cadre d’une lutte et d’un rapport de force toujours très précaire et difficile, mais à condition que l’orientation générale de celle-ci, la richesse de ses pratiques et des éléments critiques qu’elle contient n’en dépendent pas ou ne se voient effacées car ce sont elles qui donnent un caractère ouvert et fédérateur à la lutte.
Faire le lien entre les luttes contre les projets de TGV, d’aéroports, de tous les chantiers destructeurs, est essentiel : cela permet d’une part de rendre bien visibles les enjeux qui se situent au-delà de chaque projet spécifique et de chaque combat local et d’autre part de faire prendre conscience du modèle de planification territoriale et de société contre lequel il s’agit de lutter.
Si nous ne voulons pas laisser les organisations institutionnelles, qui prennent le pouvoir aux dépens des luttes, monopoliser les liaisons entre les différents fronts de lutte en Europe et dans le monde, il est important que ceux-celles qui se battent radicalement contre ces grands chantiers destructeurs tissent eux-mêmes des liens entre eux-elles à une échelle intra et extra-européenne.
Une tâche importante, c’est de faire un travail de coordination inter-luttes, ou au moins une circulation des informations. Cela pourrait prendre plusieurs formes.

  •  Bulletin, modeste, de liaison inter-luttes qui parle des combats locaux contre ces grands (et moins grands) chantiers qui tous procèdent de la même logique de dépossession des gens de leur territoire et de leur vie. Bulletin qui ferait ressortir les traits et les axes communs, les différences aussi, qui permettrait d’échanger sur les questions qui nous préoccupent, de mieux comprendre la logique capitaliste à l’œuvre dans ces tentatives pour intensifier l’urbanisation du territoire, de se renforcer mutuellement, de s’organiser pour programmer les rencontres à venir…
  •  Rencontres plus ou moins régulières, en profitant des échéances de mobilisation dans telle ou telle région pour organiser une coordination de collectifs. Cela se faisait dans d’autres luttes et mouvements, l’essentiel étant d’éviter la bureaucratisation en créant des « structures » détachées des rythmes et des besoins de la lutte, des mobilisations.
  •  Outils Internet permettant de partager et diffuser rapidement informations et analyses sur diverses situations, les bilans des collectifs, les débats, les éventuelles divergences, etc. Ils ont généralement vocation à porter des informations et analyses et à relayer les appels à se mobiliser. Ils peuvent tout aussi bien être des supports d’échanges entre collectifs de lutte, avec synthèses de situations, bilans, analyses, propositions, comptes-rendus de réunions et d’assemblées décisionnelles ou de débat.

Mais les coordinations inter-luttes ne dépendent pas seulement des outils mis en place et d’aspects formels ou organisationnels : elles dépendent des luttes elles-mêmes, de leur intensité, de leur ouverture, de leur autonomie, de la richesse des contenus qu’elles portent et mettent en discussion, de leur capacité à tisser de nouveaux liens et modes de rencontres en fonction des besoins qu’elles expriment.
Les luttes que l’on connaît comme celles du Val di Susa, de l’aéroport de NDDL, contre la ligne THT Cotentin-Maine, ont montré l’importance de la création d’espaces et de lieux ouverts (les « presidi » No TAV, les maisons et locaux occupés dans la ZAD, le château d’eau et le bois occupés sur le territoire de la commune du Chefresne, ou encore les week-ends de mobilisation et de débats, les camps d’été permettant moments de rencontre et d’échanges et journées de mobilisation et de dénonciation…) dans une continuité d’actions et de présence sur place. Ce qui permet d’en faire des moyens de soutien, d’agrégation, ouverts aux populations locales (afin de maintenir le lien, un contact, entre ceux-celles qui luttent au quotidien et ceux-celles qui ne peuvent que venir ponctuellement), mais aussi des lieux d’information, d’échanges et de coordination entre luttes se situant dans des perspectives proches (contre un projet de centrale à gaz en Bretagne, contre le projet de grand stade OL Land à Lyon, contre le doublement d’une ligne THT dans le Pas-de-Calais, contre le centre d’enfouissement de déchets nucléaires de Bure…) et d’autres luttes de résistance urbaines et rurales autour de la réappropriation de terres, de lieux de vie, d’habitat et d’activités.

Le préalable à toute coordination, c’est finalement le sentiment que les luttes ne peuvent compter que sur elles-mêmes, leurs solidarités réciproques, leur capacité à additionner leurs forces et à se renforcer mutuellement, en particulier dans les moments critiques ou décisifs. Ces liaisons directes de luttes à luttes, ces coordinations horizontales, ces recherches de multiples points de connexion, définissent aussi une démarche politique, une manière de se positionner dans un contexte. Et là, cette démarche n’a pas que des amis et des supporters. Elle se heurte à tous ceux qui ont intérêt à la fragmentation des luttes, au saucissonnage des problématiques et des revendications parce qu’elle leur permet d’exister et de prospérer en occupant ces places et fonctions d’intermédiaires professionnels, de porte-paroles auto-proclamés, de représentants permanents, de direction politique, de médiateurs avec les instances du pouvoir politique. La richesse des contenus portés par les luttes et les manières de se battre et de tisser des liens sont eux-mêmes des enjeux et des éléments du combat.

Le 18 novembre 2012

 

Originellement publié sur le site de l’OCL

 

Notes

[1] Entre deux numéros de Courant Alternatif, nous essayons d’assurer un suivi en publiant informations, commentaires et points du vue sur notre site Internet : oclibertaire.free.fr/

Une partie plus informative et historique a déjà été publiée sur ce site : Présentation de trois grands chantiers : TGV Pays Basque, Aéroport NDDL, THT Cotentin-Mayenne.Voir ici

[2] Citoyennisme : Ensemble de positions politiques qui définissent la pensée républicaine des droits du citoyen comme le cadre indépassable de l’agir politique.
D’un côté, le citoyennisme porte une idée générale de l’égalité des droits, de l’autre il reproduit les illusions sur les institutions politiques et juridiques de l’Etat qu’il investit de cette garantie d’égalité et de neutralité. Ce faisant, il masque ou légitime le caractère indépassable des inégalités et de la domination dans le cadre de la société capitaliste et de la démocratie étatiste et « représentative » (oligarchie), dans laquelle le droit, les lois, la justice constituent l’ensemble des mécanismes organisant des espaces de liberté pour les catégories ou classes sociales aux intérêts contradictoires et antagonistes : où dans les faits, les ‟droits” des dominés et des exploités signent en même temps leur obligation de ne pas sortir de leurs place et fonctions et de ne pas perturber l’ordre social dont l’État soi-disant neutre est le défenseur au nom d’un supposé « intérêt général ».
Le citoyennisme, ou républicanisme, a été historiquement, et par excellence, le cadre politique du consensus social et national de l’époque moderne puisqu’il vise, et parvient le plus souvent, à faire tenir ensemble les idéaux égalitaires et la société inégalitaire.

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Published by coutoentrelesdents - dans LUTTES
22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 11:04

http://sphotos-d.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-frc1/526690_4957122688578_2111527791_n.jpg

Concert le samedi 26 janvier 2013 aux Vignoles à Paris.

En soutien à la CNT - Interpro 92 (Section Mairie de Nanterre)

avec:

Kyma (Rap - Tours)

Latypik & Daddy H (Reggae - Paris)

Première Ligne (Rap - Paris)


Entrée à prix libre
De 19H30 à 23H00 (Venez tôt...)

Les Vignoles
33, rue des Vignoles
75020 Paris
Métro: Avron ou Buzenval (près de Nation)
 
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Published by coutoentrelesdents - dans EVENEMENT
22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 10:57

Thanks For The Future est une maison de vie collective à Tours. Les personnes qui gravitent autour de ce lieu organisent des projections, des débats, des concerts et des fêtes et mettent en commun des outils et des expériences de lutte, de résistance.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/01/0314.jpg

 

Récemment la pression et la répression concernant la maison, et surtout ses activités, se sont largement intensifiées.

Interdiction de concerts par la Mairie de Tours, mains courantes et plaintes contre les habitants et les personnes ou collectifs qui les soutiennent de la part d’artistes voisins pour commencer…

Puis un départ de feu volontaire restant mystérieux et une procédure d’expulsion ordonnée par la SEMIVIT, dont la mairie est majoritaire…

Après de nombreux reports de procès depuis septembre dernier, le délibéré sera rendu le 24 janvier prochain : nous aimons toujours rageusement ce lieu, et tout ce qu’il peut générer de créations, d’échanges, de liens, de conflits et de ruptures, et nous comptons résister à sa destruction, et à l’expulsion de ses habitants.

Plusieurs stratégies s’offrent donc à toutes pour s’opposer aux grands projets du Pouvoir, qui nous bétonnent, nous détruisent, nous oppriment, et nous savons bien que nous ne sommes pas tout seuls à vouloir défendre nos espaces de liberté.

Nous invitons qui en aura envie à venir s’organiser contre l’expulsion, partager des idées, des envies et la soirée, le 23 janvier à 19h30 à la maison Thanks For The Future, 244 rue Auguste Chevalier à Tours, veille du rendu du délibéré.

Le 24 janvier nous appelons à un rassemblement à 9h30 devant le tribunal d’instance de Tours rue Édouard Vaillant.

Rotary club Thanks for the future

Mediatours, 21 janvier 2013

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