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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 13:24

Santé au travail : « nous sommes face à une forme de crime organisé »

Du cynisme des industriels à l’inaction des pouvoirs publics, Annie Thébaud-Mony, directrice de recherches au CNRS, dresse un état des lieux sans concession de la santé au travail…

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Moyenâgeuse et cynique. C’est en ces termes qu’Annie Thébaud-Mony qualifie l’attitude de certains industriels vis-à-vis de la santé et de la sécurité des salariés. Attitude qui, selon elle, expliquerait que l’on déplore encore chaque jour en France deux morts par accidents du travail et plus de dix des suites d’une exposition à l’amiante.

Une situation archaïque que cette spécialiste des questions de sécurité au travail dénonce depuis près de 30 ans en parlant non pas de négligence mais d’une authentique forme de “crime organisé” de la part de certains dirigeants qui, depuis longtemps, ont appris à sous-traiter non seulement les risques qu’ils génèrent mais aussi les responsabilités qui les accompagnent.

Face à cette manifestation de “pur cynisme industriel” dont les pouvoirs publics n’ont jusqu’alors pas pris la mesure, Annie Thébaud-Mony entend opposer deux mesures : l’interdiction d’avoir recours à la sous-traitance sur tout site dangereux et l’introduction des notions de crime industriel et de désastre volontaire dans le droit pénal. Seuls moyens, selon elle, d’en finir avec une situation qui persiste à placer l’intérêt économique au-dessus de la préservation de la vie humaine.

“Je viens de refuser la Légion d’honneur parce que ce n’est tout simplement pas le type de reconnaissance que j’attends au terme de toutes ces années d’engagement et de recherche scientifique sur les questions de santé au travail et de santé environnementale. Ce que j’attends, c’est que mon travail soit pris en compte et reconnu ; autrement dit, qu’il incite les pouvoirs publics à adopter un certain nombre de dispositions, ne serait-ce que pour faire respecter la loi.

Car pour l’heure, en ce qui concerne la santé et la sécurité, le code du travail n’est pas appliqué. Il pose un certain nombre de principes qui ne sont pas respectés, à commencer par le principal : l’obligation faite depuis plus d’un siècle aux employeurs de garantir la santé de leurs salariés. Cette obligation a pourtant été rappelée à l’occasion du drame de l’amiante en 2002, l’affaire ayant débouché sur une certaine prise de conscience en montrant qu’il existait un réel problème de prévention face à un risque qui, pourtant, était identifié depuis longtemps. En prenant la mesure de cette catastrophe sanitaire, la Cours de cassation a réactivé cette obligation des employeurs d’assurer la santé des salariés au quotidien.

Or je constate chaque jour que, sur ce plan, rien n’a changé. Que nous restons face à une situation d’urgence sanitaire qui n’est absolument pas prise en compte par les politiques. Voilà pourquoi j’ai refusé la décoration qui m’a été proposée. Parce qu’elle aurait dû intervenir au terme de mon travail ; en marquer l’aboutissement. Et comment parler d’aboutissement alors que perdure cette situation d’urgence, que l’on attend encore que des décisions soient prises et des mesures adoptées ? Tant qu’il en sera ainsi, je ne pourrai ni me reposer, ni recevoir une médaille.

Sécurité versus rentabilité

Non seulement il n’y a aucune amélioration mais l’on voit s’installer chez les entreprises un discours fataliste fondé sur l’argument de la crise économique et consistant à dire : vu la situation catastrophique, nous avons d’autres priorités que d’améliorer les conditions de travail. Ce raisonnement prouve que la sécurité des salariés est perçue comme une dépense, non comme un investissement et que, dans un contexte tendu, elle devient une sorte de luxe que les entreprises estiment ne pas avoir les moyens de s’offrir.

Pire, elle est perçue comme une option alors qu’encore une fois, il s’agit d’une obligation. Résultat, ceux qui, comme moi, militent pour une autre gestion des risques sont uniquement perçus comme cherchant à alourdir les charges de l’entreprise. Pourtant on oublie une chose essentielle : c’est que l’assurance maladie – et par conséquent le contribuable – finance la négligence des industriels. Il faut savoir que dans le domaine des pathologies lourdes liées à l’environnement de travail, certains médicaments valent 1000 euros la dose. Ce qui explique que les maladies professionnelles représentent chaque année des dépenses de plusieurs milliards d’euros.

À défaut de parvenir à se faire entendre sur l’aspect humain de la situation, je n’hésiterai pas à avancer cet argument économique auprès des pouvoirs publics pour dénoncer l’attitude moyenâgeuse de certains industriels pour qui les gains escomptés de certaines réductions de coûts d’exploitation légitiment tout, y compris la mise en danger de la vie d’autrui.

Impunité

Cette situation est d’autant plus révoltante qu’elle s’est jusqu’à maintenant accompagnée d’une impunité totale. Celle-ci vient d’être remise en question il est vrai avec le jugement rendu contre AZF mais il aura fallu une catastrophe exceptionnelle et onze années d’un procès exceptionnel pour y parvenir, alors qu’on dénombre chaque jour en France deux morts par accident du travail, une dizaine des suites d’un cancer lié à l’amiante et, chaque année, des milliers d’autres décès liés au cocktail de cancérogènes et toxiques en tous genres que les travailleurs respirent et, au-delà, les riverains des usines, des centrales nucléaires, des lignes à haute tension, etc.

Pour illustrer la dangerosité de certains lieux de travail, il y a ce cas récent de deux salariés partageant un même bureau sur le site d’une centrale nucléaire et atteints tous deux d’une tumeur au cerveau. Ce type de concordance est fréquent et lorsque l’on commence à enquêter, il n’est pas rare que l’on découvre d’autres cas atteints de la même pathologie, ce qui rend le lien avec l’environnement de travail évident. Comme c’est le cas chez les dockers. Parmi les 130 dockers du port de Nantes – qui manipulent en continu et sans protection les caisses de bois traitées aux pesticides, les bananes traitées au chlore et la ferraille qui dégage de l’oxyde de fer – 35 cas de cancers du rein ont été dénombrés. Je ne vois pas comment, avec une telle proportion, on peut encore parler de hasard.

Travail de lobbying

Pour établir des liens entre environnement de travail et cancers, nous avons mené un travail dit de systématisation face à l’exposition, en nous appuyant sur des données chiffrées. C’est essentiel pour établir ce qu’on appelle des présomptions d’imputabilité permettant au salarié qui développe une pathologie correspondant à une exposition propre à l’entreprise dans laquelle il travaille de la voir instantanément reconnue comme maladie du travail. Notre retard dans ce domaine s’explique par le fait que, pour établir ce type de tableau des maladies professionnelles, il faut un accord entre patronat et syndicat, ce à quoi, en France, un conflit d’intérêts évident nous empêche de parvenir.

Et pour cause : les experts du patronat emploient toute leur énergie à nier l’évidence. Exemple : on n’a toujours pas pu faire inscrire le cancer du larynx dans le tableau des maladies professionnelles alors qu’on le sait directement lié à une exposition à l’amiante et qu’il a été reconnu comme tel par d’autres organisations sanitaires il y a dix ans déjà. Dans ce domaine, nous nous heurtons à un véritable travail de lobbying qui, pour moi, justifie de parler de crime organisé de la part des grands industriels et des experts, doublé d’une situation de non-assistance à personne en danger.

L’amiante

Le traitement de l’amiante, qui est le plus connu des cancérigènes, est révélateur de cet état de fait. Les premiers cas sont identifiés à la fin du XIXe siècle et, dès 1930, les industriels disposent de toutes les données scientifiques attestant de sa dangerosité. Trente ans plus tard, un chercheur américain rend ces données publiques et en 1971 les entreprises du secteur s’organisent pour entreprendre une véritable campagne de désinformation sur les effets sanitaires de l’amiante, le tabac devenant un formidable alibi invoqué pour expliquer les maladies contractées par les salariés et la notion d’“usage sécuritaire” de l’amiante étant avancée pour empêcher une réglementation sévère de son usage, ce qui n’est rien de plus qu’un slogan de propagande industrielle puisqu’il a été établi qu’une fois l’amiante extraite de la mine et réduite en poudre, il n’existait aucune possibilité de limiter sa dangerosité.

Et le déni continue. Pour preuve, cette véritable bataille judiciaire qui, de 1997 à 2012, a opposé mouvements associatifs et pouvoirs publics dans une affaire de déconstruction d’une ancienne usine de transformation d’amiante, à Aulnay-sous-Bois. Tout ce que demandaient les associations, c’était l’application stricte de la réglementation de 1993 sur l’enlèvement d’amiante, à savoir : le confinement total du site durant les travaux afin de limiter la poussière au maximum et donc, les risques de contamination. Pour obtenir qu’il en soit ainsi, autrement dit pour que la loi soit respectée et appliquée, il a fallu plusieurs procédures judiciaires et surtout, il a fallu que la société civile se mobilise. Sans cela, on aurait démonté l’usine sans aucune précaution, ce qui aurait mené à une contamination des populations environnantes.

La sous-traitance du risque

Les secteurs présentant le plus de risques pour la santé des salariés sont connus. Il s’agit de la chimie et du nucléaire, bien sûr, mais aussi du BTP, de la réparation automobile, du travail des métaux, de l’imprimerie et de toutes les formes de maintenance industrielle. Le point commun étant que, dans l’ensemble de ces secteurs, on sous-traite les risques. La situation est simple : les entreprises considèrent que, à partir du moment où une activité est sous-traitée, la gestion des risques qui y est liée ne relève plus de leur responsabilité mais de celle de l’entreprise sous-traitante.

Et c’est là que l’on se heurte à un vide juridique. Le travail étant prescrit aux employés d’une autre entreprise avec laquelle le donneur d’ordres entretient une relation client-fournisseur, cela modifie les relations de travail entre le dirigeant de la première entreprise et les salariés de la seconde et, de ce fait, déplace les responsabilités. À cette situation déjà pernicieuse s’ajoute le fait que, bien évidemment, le sous-traitant en charge de cette activité de maintenance aura obtenu le marché parce qu’il aura répondu à un appel d’offres qui, au final, privilégiera toujours l’entreprise pratiquant les tarifs les plus avantageux. Et où les entreprises qui pratiquent ces tarifs avantageux parviennent-elles à faire des économies pour réduire leurs coûts d’exploitation ? Toujours sur les mêmes postes : la prévention et la sécurité des salariés.

AZF

Le drame d’AZF est un parfait exemple des situations parfois hallucinantes que l’on peut rencontrer dans l’univers de la maintenance industrielle. Le site utilisait des dérivés chlorés après avoir eu recours, des années plus tôt, à des engrais. Or il existe une incompatibilité totale et bien connue entre les nitrates contenus dans les engrais et le chlore. Ces produits n’auraient donc jamais dû être en contact. Mais l’entreprise ayant sous-traité la gestion de ses déchets sans alerter les personnes en charge sur la nature des produits et résidus qu’elles manipulaient, nitrates et chlore ont fini par se retrouver dans un même hangar, ce qui a abouti à l’explosion dans les minutes qui ont suivi.

On sait que, au cours de l’enquête, Total a tout fait pour éviter que cette piste chimique soit retenue ; c’est pourquoi le fait que le procès ait finalement abouti à la condamnation de l’industriel pour ne pas avoir géré les risques liés à ses activités de maintenance – activités qu’il a sous-traitées sans donner aucune consigne de sécurité ni même aucune information – est essentiel.

Pour moi, cela fait d’AZF le premier procès de la sous-traitance qui, j’espère, servira d’avertissement à tous les industriels qui se montrent totalement irresponsables dès lors qu’il s’agit de gérer leurs déchets. Tant qu’on est dans la production, ils s’en tiennent à leurs obligations légales : ils protègent leurs salariés et leur outil de travail. Mais dès lors qu’il est question de déchets, ils ne veulent plus dépenser un euro en prévention et gestion du risque car pour eux, la gestion des déchets, c’est typiquement ce qui coûte et ne rapporte pas. Résultat : 80 % de la dose collective d’irradiation, en France, sont supportés par des salariés du secteur de la sous-traitance.

C’est pourquoi je m’apprête à présenter à Mme Duflot un cahier intitulé “État des lieux et propositions” dans lequel figure, entre autres, une demande de voir interdire le recours à la sous-traitance sur tout site dangereux, afin que le risque ne soit plus sous-traité mais géré en interne.

Stratégie de contournement

Chaque grande filière industrielle – la chimie, le nucléaire, la métallurgie… – a développé sur la gestion des risques une même stratégie de contournement par la sous-traitance, laquelle se traduit par une délégation du danger et de la responsabilité. Ceci, tout en incitant les entreprises de sous-traitance à réduire leurs coûts – et donc, à rogner sur la sécurité – afin de remporter leurs appels d’offres. Ce qui prouve que, pour l’heure, l’intérêt économique l’emporte sur la préservation de la vie humaine et confirme qu’en matière de santé et sécurité des salariés, nous sommes face à une forme de crime organisé.

Prenons l’exemple des centrales nucléaires qui sous-traitent des opérations à très hauts risques comme la décontamination des piscines où l’on refroidit les réacteurs – piscines qui, une fois vidées, restent tapissées de poussières radioactives. Il existe des robots capables de retirer une partie importante de ces poussières mais ils coûtent cher et c’est pourquoi beaucoup de responsables du secteur refusent de les utiliser, préférant sous-traiter ce travail à des ouvriers qui se retrouvent à genoux au fond de la piscine avec un chiffon ! Bien sûr ils portent une combinaison mais la combinaison protège contre l’inhalation de la poussière.

Pas contre l’irradiation. Même chose chez France Telecom qui, durant des années, a installé un peu partout – sur les lignes, les poteaux, chez les abonnés… – des millions de parasurtenseurs contenant des sources radioactives. Lorsque l’utilisation des sources radioactives a été interdite, en 1978, rien n’a été fait pour les retirer et les salariés n’ont pas été avertis de leur dangerosité, si bien que beaucoup ont été irradiés. La situation a été dénoncée à plusieurs reprises et à plusieurs reprises France Télécom est parvenu à étouffer l’affaire.

Cynisme

Lorsque j’ai été auditionnée au comité sur la transparence du nucléaire sur la question de la sous-traitance, j’ai livré toutes ces informations en m’appuyant sur les différentes études attestant de l’exposition des travailleurs de ce secteur à un risque avéré. À la fin de la séance, les industriels ont expliqué que, si tout allait bien, ils seraient en mesure de réduire la sous-traitance dans quelques années ; ce qui n’est rien d’autre que la manifestation d’un cynisme intolérable. La preuve qu’une fois de plus, ils pensent et agissent dans un sentiment d’impunité total. Paradoxalement, ils sont plus prudents sur les questions environnementales – sans doute parce que plusieurs cas récents, comme le procès de l’Erika, ont prouvé qu’ils s’exposaient dans ce domaine à un véritable effet boomerang – que sur celles de la préservation de vies humaines et même de la protection de certaines populations. Le comble étant que, pour économiser sur la prévention et la sécurité, ils sont prêts à engager des sommes folles dans des études scientifiques censées apporter la preuve qu’il ne se passe rien.

Crime industriel et désastre volontaire

Le fait que les industriels soient conscients des risques liés à leur activité et qu’en toute connaissance de cause ils y exposent certains salariés fait qu’il ne s’agit plus seulement de négligence mais d’une véritable organisation de la déresponsabilisation. Cela fait trente ans que je cherche à dénoncer cette réalité ; à rendre visible une situation que, côté industriels, tout le monde s’emploie à dissimuler et dont, de toute évidence, les pouvoirs publics n’ont toujours pas pris la mesure. C’est pourquoi je m’apprête à adresser au gouvernement des propositions très concrètes dont une visant à modifier le code pénal pour y introduire les notions de crimes industriels et de désastre volontaire sur lesquelles un tribunal italien a récemment condamné deux industriels de l’amiante, non seulement à verser de fortes indemnités mais aussi à des peines de prison fermes.

Introduire ces deux notions dans le code pénal français, voire européen, impliquerait que, dès lors qu’un risque est connu, y exposer qui que ce soit fasse l’objet de sanctions pénales. Cela permettrait d’aller au-delà de la notion déjà existante de mise en danger de la vie d’autrui – qui doit être démontrée pour chaque plaignant – en plaçant d’emblée la plainte sur un niveau collectif. Comme cela a été le cas en Italie où la notion de désastre volontaire a été instruite pour quelque 6000 parties civiles et où le procureur en personne a ouvert l’instruction, permettant à la justice italienne de s’autosaisir de ce drame de l’amiante. Alors qu’en France, cela fait quinze ans que le procès contre les industriels de l’amiante attend d’être ouvert.”

Bio express
La militante

Sociologue du travail et chercheuse à l’Inserm, Annie Thébaut–Mony se spécialise dans les maladies professionnelles et la sécurité des salariés dès le début de sa carrière. Trente ans plus tard, elle continue à dénoncer, en bloc, les effets de l’amiante et de la radioactivité, l’inertie des pouvoirs publics et l’impunité des industriels dans un engagement sans faille qui, le 31 juillet dernier, la poussera même à refuser la Légion d’honneur.

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VOIR LA VIDÉO

Directrice du Giscop (Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle), responsable d’un programme d’études comparées en santé du travail et membre de l’IRI (Institut de recherches interdisciplinaires sur les enjeux sociaux) elle est, en outre, présidente de l’association Henri Pézerat sur les liens entre santé, travail et environnement, porte-parole de BAN Asbestos France, un réseau international de lutte contre l’utilisation de l’amiante et auteure de plusieurs ouvrages sur la santé au travail dont L’Industrie nucléaire, sous-traitance et servitude paru en 2000 et, 7 ans plus tard, Travailler peut nuire gravement à la santé.

Presse esclavagiste (Caroline Castets, LeNouvelEconomiste.fr, 4 décembre 2012)

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Published by coutoentrelesdents - dans ECOLOGIE
13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 13:16

« La violence policière n’a rien d’accidentel »

« La violence policière est rationnellement produite et régulée par l’État », telle est la thèse du nouveau livre de Mathieu Rigouste, La domination policière, une violence industrielle. Trois ans après L’ennemi intérieur, ce militant et chercheur en sciences sociales analyse la transformation des violences policières dans les quartiers populaires et leurs effets sociaux sur la vie quotidienne.

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De l’Ennemi intérieur à ce livre, on a l’impression que l’ordre policier a été un sujet fort de votre travail. Comment en êtes-vous arrivé à ce livre ?

Je fabrique des outils pour démonter les mécanismes de la domination. Dans L’ennemi intérieur, j’avais étudié l’armée et son influence sur la société de contrôle, ce travail montrait comment les guerres coloniales ont fortement orienté la restructuration sécuritaire du capitalisme tout au long de la Ve République. La manière dont la police s’approprie des personnels, des savoirs et des pratiques, des techniques, des méthodes et des matériels formés par, pour et dans l’expérience coloniale et  militaire – ce que Michel Foucault appelle les « effets de retour » – restait à approfondir. Il semblait nécessaire de faire le point sur les transformations de la police et de sa violence ces vingt dernières années. Pas pour l’amour des livres  mais pour renforcer les luttes.

Comment avez-vous circonscrit votre travail d’investigation et d’action ?

Je ne fais pas semblant d’écrire sur une société dont je ne ferais pas partie et que j’observerais depuis un extérieur introuvable. Je ne veux pas masquer le fait que toutes les méthodes et toutes les problématiques sont orientées par l’enquêteur, sa position dans la société et ses points de vue. Sous couvert de distance avec le terrain, de nombreuses études masquent nécessairement les privilèges et les connivences que le chercheur entretient avec la société. Alors j’assume le fait que j’enquête depuis un endroit précis – les territoires et les classes qui subissent quotidiennement et frontalement la domination policière, puis je fournis ces éléments pour permettre de critiquer mes résultats, pour les corriger et faire avancer notre compréhension du phénomène. J’ai passé une trentaine d’années en banlieue parisienne et une quinzaine d’années dans les mouvements sociaux et militants. Je n’y ai pas fait ce que la sociologie appelle de « l’observation participante », j’appartiens à ce monde et j’y ai vécu de près les transformations de la police. J’ai formulé des hypothèses en mettant en commun les mémoires et les récits de nombreuses personnes subissant directement la domination policière et de collectifs qui luttent sur ce terrain. J’ai confronté ces hypothèses aux recherches universitaires sur la question, à un corpus d’autobiographies de policiers, à des entretiens et des récits de vie menés par d’autres chercheurs avec des policiers de différents corps et différents statuts, à l’observation des blogs de policiers et l’analyse des revues policières, de défense et de sécurité ainsi qu’aux archives de mouvements de luttes contre la violence policière. Du point de vue de l’action, je prends part aux luttes populaires contre les systèmes de domination et d’oppression. Je ne cherche pas à faire de la recherche engagée, il me semble qu’on ne peut séparer l’action, l’enquête et la vie quotidienne. Que l’investigation n’est pertinente que si elle est menée, au service des luttes et à travers elles. Ce travail est d’ailleurs le fruit de réflexions collectives et doit tout à celles et ceux qui combattent au quotidien.

Vous parlez presque d’une réactivation d’une guerre contre insurrectionnelle dans votre livre. Quels sont les contours de ce champ de bataille ?

J’observe moins une réactivation qu’un processus long où la guerre et le contrôle, l’armée et la police, s’influencent réciproquement au point de quasiment fusionner dans certaines situations. J’affirme que la contre insurrection est la grammaire, la matrice, le programme idéologique et technique qui propulse le système sécuritaire. Mais il s’agit justement ici de bien voir comment s’opère la reformulation, la traduction, l’hybridation de la contre insurrection à l’intérieur de la société française. Il ne me viendrait pas à l’esprit d’expliquer que nous vivons la même chose que la guerre d’Algérie ou que les déploiements militaires en Irak. Mais j’observe que nous faisons face, dans les enclaves ségréguées de la société post-coloniale, à une forme de contre insurrection de basse intensité, médiatique et policière. Le quadrillage militaire devient occupation policière des quartiers (polices « de proximité »), les commandos deviennent des unités d’intervention féroces (BAC…), l’action et la guerre psychologique sont prises en charge par les médias dominants, la propagande d’État récupère la figure de l’ennemi intérieur « fellaga manipulé par Moscou » sous la forme de « l’islamo-gauchiste » ; les camps, la torture et le système de disparition sont relayés par la prison et la garde-à-vue, les brutalités et les meurtres policiers… Je montre comment des armes, des techniques, des doctrines, des pratiques issues de la contre insurrection coloniale et militaire, passent dans le champ médiatique et policier, comment elles sont réappropriées, ré-agencées  redéployées pour maintenir l’ordre social, économique et politique à l’intérieur de la métropole.

Est-ce que vous pouvez nous définir la « tactique de la tension » dont vous parlez abondamment dans votre livre ?

C’est justement cette forme de domination, régulée techniquement et rationnellement, qui puise dans les répertoires contre insurrectionnels, coloniaux et militaires, pour écraser les damnés intérieurs. C’est une référence aux mécaniques politiques qui permettent de contrôler la population en instrumentalisant la peur ou en fabriquant des ennemis de convenance. On parle souvent de «  stratégie de la tension » pour désigner les « années de plomb » en Italie, dans les années 1970. L’État italien manipulait l’extrême droite, grâce aux services secrets, et lui faisait réaliser des attentats qu’il attribuait ensuite aux anarchistes, ce qui lui permettait de justifier la répression du mouvement ouvrier et l’écrasement des mouvements révolutionnaires. Les gestionnaires de cette stratégie étaient d’ailleurs fascinés par la méthode française de contre-insurrection. Par « tactique de la tension », j’explique que cette technique qui consiste à fabriquer des ennemis de convenance pour faciliter le renforcement sécuritaire, est passée dans le domaine policier. Techniquement, cette traduction s’opère depuis le prototype colonial et militaire de la bataille d’Alger, en 1957. La Casbah avait alors été enfermée et étranglée par des forces de quadrillage et d’occupation militaro-policières, puis pénétrée, harcelée et terrorisée par l’envoi d’unités spéciales à l’intérieur pour capturer, interroger et faire disparaître les « meneurs ». Harceler et agresser une population enfermée et étranglée, engendre forcément beaucoup de tension. J’explique que ce schéma a été redéployé sur les quartiers populaires, par l’alternance, aux manettes de l’État, des fractions de gauche et de droite de la classe dirigeante, qui ont multiplié les unités d’occupation et d’enfermement ainsi que les unités d’intervention et de harcèlement dans les quartiers populaires. Progressivement a ainsi été reformulée une technique d’enfermement et d’agression combinée, supportée par des ressorts idéologiques très proches de la contre-insurrection et qui tente de détruire la vie sociale et les formes d’autonomie et d’insoumissions des « populations » ciblées.

L’impérialisme c’est un concept assez fort. Dans votre travail, ça semble une évidence car vous êtes dans cette rhétorique mais si on vous demandait de le définir, vous en parleriez comment ?

Ce n’est pas de la rhétorique, l’impérialisme est un stade de développement du capitalisme et de l’État, qui arrive à un moment déterminé dans l’histoire de la lutte des classes. Il s’agit d’un rapport de domination à différentes vitesses et qui s’inscrit dans l’espace : c’est le processus d’expansion d’un État-nation partant à la conquête de territoires, de ressources et de populations en dehors de ses frontières et mettant en place des formes de dominations et de ségrégations basées sur la classe, le sexe et la race. Les géographes radicaux anglo-saxons expliquent que nous sommes entrés dans une nouvelle phase de développement de l’impérialisme qui ressemble très étrangement à la phase d’accumulation primitive qui avait donné naissance au capitalisme et qui fonctionne par la dépossession des ressources, des territoires, des cultures et des formes de vie autonomes. Je tente de montrer que les campagnes de conquête menées par les grands États impérialistes dans le « monde Arabe » (Irak, Afghanistan, Égypte, Syrie…) se combinent avec une dimension intérieure sur leurs propres territoires : l’expansion des mégalopoles urbaines (Grand Paris, Grand Toulouse, Nantes Métropole…). Cette expansion est supportée directement par la tension policière et vise la conquête puis la restructuration petite-bourgeoise des quartiers populaires, le renforcement du socio-apartheid, l’industrialisation de l’enfermement et la massification du néo-esclavage en prison. La police est le fer de lance de cette croisade intérieure.

Qu’est-ce que vous pensez des BAC que vous définissez comme un symbole de l’ordre sécuritaire ? Le sociologue Didier Fassin évoque la possibilité d’une cohabitation tandis que Fabien Jobard se montre plus nuancé que vous également.

Ce n’est pas une question de nuances. La BAC est emblématique de l’oppression policière contemporaine, comme les CRS représentaient bien la répression en 1968. Mais je n’ai rien en particulier contre ces unités. Toute la police est chargée de maintenir l’ordre social, économique et politique. Et la police n’est pas la seule institution à assurer cette fonction.On peut soutenir les collectifs de victimes qui demandent la dissolution de la BAC comme à Millau, car c’est une manière offensive de se rassembler, mais la dissoudre sans attaquer le monde qui la produit ne changerait pas grand chose. Les agents seraient reclassés et de nouvelles unités créées ou recomposées pour assurer l’encadrement des misérables. Les BAC sont issues des polices coloniales en métropole et restructurées autour d’un modèle « néolibéral » d’abattage intensif. Elles traduisent bien les restructurations contemporaines.

Vous dénoncez la militarisation du métier de policier mais vous passez sous silence le fait qu’elle s’est également accompagnée d’une professionnalisation et d’une meilleure formation des effectifs. Dansl’invention de la violence, Laurent Mucchielli dit qu’il y a un recul des violences policières depuis 30 ans.

Je ne dénonce pas, j’essaie d’expliquer les transformations en cours. Et je ne me situe pas dans ce débat. La violence n’est pas une quantité, il n’y en a pas plus ou moins. Les formes de coercition évoluent en fonction des situations à gouverner. Si la police se perfectionne effectivement dans le nivellement de la coercition et qu’elle ne tire plus – pour l’instant, en France – à balles réelles sur les mouvements ouvriers, le nombre de personnes tuées dans les quartiers populaires ne cesse d’augmenter. Quand je finissais ce livre, en septembre 2012, 12 personnes avaient été tuées en six mois, un taux record en augmentation constante. Les armes « sub-létales » mutilent presque quotidiennement dans les cités. Dans certains quartiers, perdre un œil devient une menace quotidienne. Oui, les policiers sont mieux formés à contrôler les pauvres pour éviter de provoquer des révoltes ingérables. Mais dans les centres d’entraînement au maintien de l’ordre, c’est bien à la guerre urbaine qu’on les prépare. On ne peut pas le comprendre si l’on regarde du côté des policiers, qui essaient effectivement de tuer le moins possible, qui ont peur aussi et pour qui la coercition est minoritaire dans la journée ou dans une carrière. En regardant depuis la police, on ne perçoit pas les effets réels du renforcement sécuritaire. En l’occurrence, si l’on se place du côté de ceux qui le subissent, le constat est différent. Dans les quartiers populaires, les prisons, et les luttes sociales, la police gère un système de violence transversale qui broie la vie des gens, hier comme aujourd’hui, et qui, loin de rechercher à diminuer la violence, s’alimente et se ressource dans l’expérience coloniale et militaire.

Comment vous percevez Manuel Valls ?

Il incarne bien la gauche de gouvernement : quasiment les mêmes logiques et les mêmes pratiques que sous Sarkozy – car il s’agit toujours de soumettre et bannir les pauvres pour permettre au capitalisme de se restructurer – mais avec une propagande un peu plus subtile, un enrobage un peu plus soft et d’autant plus trompeur. Alors que sous Sarkozy, la figure de l’ennemi intérieur était récurrente, Valls se sent obligé de dire qu’il n’y a pas d’ennemi intérieur, tout en continuant à faire la même chose que ces prédécesseurs. Il ne fait aucun doute qu’il est conseillé par les mêmes personnes que Sarkozy ou Guéant, Alain Bauer parmi d’autres. Et la situation est toujours la même, les processus en cours continuent. Alors que la droite a tendance à réduire le nombre de policiers, à développer des unités féroces et à multiplier les technologies et les armements, la gauche conserve tout ça puis embauche et développe en particulier les unités d’occupation (« de proximité »). La succession de la gauche et de la droite aux manettes du gouvernement n’alterne pas les modèles mais les empile, elle assure la continuité de l’État et de son renforcement sécuritaire.

À la fin du livre, vous dites « organisons-nous », comment vous situez-vous politiquement ?

Du côté des opprimés, dans le camp qui veut en finir avec toutes les formes de domination. Je crois que seuls les premiers et premières concernés peuvent s’organiser pour abolir les systèmes d’oppression. Et qu’il faut tisser des alliances. J’essaye de mettre au centre de mon appareillage d’enquête les critiques et les constats des personnes qui subissent et qui luttent. Sous l’étiquette de « l’émeute », le pouvoir définit les révoltes populaires comme des sortes d’accès hystériques, des convulsions de violence sans raisons, mon travail consiste à les réinscrire dans la grande histoire des résistances à l’impérialisme. Je fais de l’enquête pour renforcer les luttes, pour décrire les mécaniques de l’oppression et cerner les rouages faibles. Ce système ne peut tenir sans la police et la prison. Je pense qu’il faut en changer, en finir avec une économie basée sur le pillage du monde au profit d’une minorité, et je crois qu’il faut pour cela rompre aussi avec les sociétés pyramidales, même celles où l’on choisit ses maîtres… Je crois que nous pouvons réussir à construire une société basée sur l’autogestion, l’entraide et le partage, sans chefs ni argent, où tout sera pour tous et où le peuple s’organisera par lui-même. La police passera alors pour une machine de abomination archaïque.

Mathieu Rigouste, La domination policière, une violence industrielleLa Fabrique, 258 pages, 15 euros.

Leur presse (propos recueillis par David Doucet et Jean-Marie Durand, LesInrocks.com, 11 décembre 2012)

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 13:15

Le principal syndicat tunisien a annulé son appel à une grève générale demain lancé pour dénoncer une attaque d’un groupe proche des islamistes qui dirigent le gouvernement, au lendemain de l’annonce d’un projet de compromis avec le pouvoir. “La commission administrative nationale (de l’Union générale tunisienne du travail) a décidé d’annuler la grève générale”, a indiqué l’UGTT en référence à son instance dirigeante, selon la page Facebook officielle de la centrale syndicale.

Presse contre-révolutionnaire (Agence Faut Payer, 12 décembre 2012, 16h33)

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 13:15

Communiqué du 12 décembre 2012, 15h45 – Suite au passage en force de la Préfecture, recours et détermination

Nous avons appris que le Tribunal de Saint-Nazaire, suite à une ordonnance sur requête, a rendu hier une décision de justice “autorisant l’expulsion de tous les opposants sans droits ni titre présents” sur la parcelle de la Châtaigne. Le principe d’une ordonnance sur requête est celui d’une procédure anonyme, sans débat contradictoire, qui ne peut fonctionner que dans la mesure où les habitant-e-s ne sont pas nommé-e-s et identifié-e-s. Dans le cas présent les habitant-e-s de la Châtaigne s’étant officiellement identifiés par voie de fax et lettre recommandée aux avocats d’AGO et de la Préfecture avant l’ordonnance, celle-ci devrait être invalidée. Les habitant-e-s de la Châtaigne mettent dès maintenant en place les recours juridiques nécessaires à ce sujet. Dans ce contexte, tout recours à la force publique et expulsion constituerait clairement un passage en force sur le plan juridique et politique.

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Sur la ZAD et en cas d’expulsion, de très nombreux opposant-e-s à l’aéroport, paysans, occupant-e-s, associatifs, soutiens sont mobilisés avec la plus grande détermination.

Suite aux tensions de ce matin autour des barricades, la Préfecture parle de “rétablir le contrôle de la situation”. Ceci est un vœu pieux tant qu’elle continuera à occuper militairement la zone, à harceler les habitants et opposants, à empêcher les déplacements, à menacer de nouvelles destruction et à tenter sans succès d’endormir le mouvement avec des propositions de dialogue factice. Outre la Châtaigne, de nombreux autres habitats sont toujours menacés d’expulsion et prêts à résister en cas d’attaque.

Quoi qu’il arrive, des rencontres nationales de plus de 150 comités locaux auront lieu ce samedi et dimanche au bourg de Notre-Dame-des-Landes. Nous rappelons qu’en cas d’expulsion de la Châtaigne, un appel a été lancé ces derniers jours par l’assemblée de la manifestation de réoccupation du 17 novembre : appel aux comités locaux à se rassembler en réaction immédiate et à occuper les lieux de pouvoir dans toute la FrancePour toute nouvelle opération d’ampleur sur la zone un appel a été lancé à une grande manifestation quelques semaines plus tard à Nantes.

Des occupant-e-s de la ZAD


N-D. Landes : l’expulsion des opposants ordonnée

Le tribunal de grande instance de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) a ordonné l’expulsion des opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes occupant “sans droit ni titre” les cabanes construites sur la zone visée, selon le texte de la décision obtenu aujourd’hui par l’AFP.

Dans un communiqué publié ce matin pour dénoncer des “actions violentes” des opposants à l’encontre des gendarmes, la préfecture de Loire-Atlantique estime que, cumulée à la décision du tribunal d’autoriser la destruction des cabanes, rendue publique hier matin, “ces décisions disent l’État de droit. Les occupants n’ont plus de protection juridique”.

Volaille aéroportée (Agence Faut Payer, 12 décembre 2012, mis à jour à 15h01)


Notre-Dame-des-Landes : les opposants vont être expulsés

Le tribunal de grande instance de Saint-Nazaire a autorisé l’expulsion des opposants et la destruction des cabanes construites sur la zone du projet d’aéroport. Mercredi, des gendarmes ont été la cible d’« actions violentes », selon la préfecture.

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Les opposants à l’aéroport auraient fait usage de cocktail Molotov selon la préfecture

Le tribunal de grande instance de Saint-Nazaire a ordonné l’expulsion des opposants à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes. Le texte, révélé mercredi mais renvoyant à une décision prise dès la veille, prévoit la démolition des cabanes occupées « sans droit ni titre » sur la parcelle de la Châtaigne, site clé de la contestation. Par cette ordonnance, le préfet de Loire-Atlantique, Christian de Lavernée, est autorisé à faire usage « du concours de la force publique » pour déloger les occupants. Selon les autorités, les opposants n’ont plus de protection judiciaire. « Cela signifie que le préfet peut décider une intervention quand il le jugera opportun », a indiqué une source proche des pouvoirs publics.

Pour Julien Durand, porte-parole de l’Acipa, principale organisation d’opposants, la rapidité de la prise de décision du tribunal est « bizarre ». Il dénonce « une justice expéditive au service de la préfecture et une justice très lente qui laisse passer les affaires des citoyens ».

Des gendarmes tombés dans un « guet-apens »

Mercredi, la zone du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a été une nouvelle fois le théâtre de violences. La préfecture de Loire-Atlantique a dénoncé des « actions violentes » commises contre des gendarmes par des opposants. Dans un communiqué, l’administration évoque « un guet-apens » orchestré dans la matinée « par une quarantaine d’individus, les uns disposant une herse sur la route tandis qu’un autre groupe tentait d’attaquer les gendarmes à revers ». Aucun gendarme n’a été blessé, tandis qu’un opposant a été soigné pour une blessure légère à la tête.

Une heure après cette attaque, une deuxième charge a eu lieu sur le lieu-dit « Le Rosier », site emblématique de l’opposition au projet d’aéroport. Cette fois-ci, ce sont « une cinquantaine d’assaillants casqués et munis de boucliers, de frondes et de cocktails Molotov qui se sont attaqués à un autre peloton de surveillance », rapporte la préfecture qui parle de violences « particulièrement irresponsables et contre-productives ».

Michel Tarin, membre historique de la coordination des opposants a confirmé les heurts. « Ça a canardé des deux côtés. La violence, il ne faut pas que ça continue, ça dessert tout le monde. Mais la violence vient du fait que ce territoire est occupé tant qu’on maintient la pression comme ça. Faut pas croire que ce sera sans problème », a-t-il déclaré. « Les forces de l’ordre sont considérées comme forces ennemies, nous sommes sous la menace perpétuelle d’une expulsion : ici ils ne sont pas chez eux, les forces de l’État ne sont pas les bienvenues », a-t-il ajouté.

Des membres de la « commission du dialogue », mise en place par le gouvernement, sont arrivés à Nantes mardi. Ils vont tenter de trouver une sortie de crise, mais ne remettrons pas en cause le projet d’aéroport sur le site de Notre-Dame-des-Landes. « Nous avons proposé il y a une semaine au chef de l’État la mise en place d’une commission de dialogue, mais qui aille au fond du dossier. Nous n’avons pas encore eu de réponse », a conclu Michel Tarin.

Volaille aéroportée (Gary Assouline, LeFigaro.fr, 12 décembre 2012, 16h57)


Notre-Dame-des-Landes : « Tant qu’on sera là, les travaux pour l’aéroport ne pourront pas commencer »

Reportage Squatteurs et paysans opposés au projet d’aéroport près de Nantes attendent, dans la crainte d’une opération policière, alors que la justice a autorisé mardi la démolition des cabanes.

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Une barricade sur le site de Notre-Dame-des-Landes, mardi 11 décembre.

C’est une petite boîte aux lettres en bois, plantée devant la première barricade du chemin de Suez, en plein coeur du bocage nantais. Elle symbolise le nouvel épisode de la lutte entre les opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et l’État. Sur une feuille de papier, les noms de plusieurs « zadistes », les squatteurs installés ici, pour certains depuis plusieurs années. Depuis quelques jours, les intéressés se sont domicilés dans les cabanes de la Châtaigneraie, une clairière « réoccupée » malgré les expropriations.

La stratégie est claire : faire valoir, face à la justice, que les lieux sont habités. Et qu’en conséquence, les forces de l’ordre ne peuvent intervenir pour déloger les squatteurs. C’est ce qu’explique « Camille » — le prénom d’emprunt des militant(e)s du site — qui fait la visite à la presse en ce mardi après-midi ensoleillé : « La justice a autorisé ce matin la démolition des cabanes édifiées le 17 novembre. Mais pour nous, cela ne peut intervenir sans qu’un juge n’ait statué auparavant sur l’expulsabilité des occupants, explique-t-il. À moins que la préfecture ne s’asseoie sur le droit… » C’est d’ailleurs la grande crainte des occupants de la ZAD. Tous redoutent que les gardes mobiles n’interviennent, à l’aube, au cours des prochains jours.

« Ils repèrent les lieux avant d’intervenir »

Un hélicoptère tournoie dans le ciel de longues minutes. Du sol, on distingue un homme qui filme les installations. « C’est la tactique habituelle de la gendarmerie, croit savoir un squatteur [Mercredi à la mi-journée, une équipe de France 2 a contacté Libération pour expliquer qu'un des hélicoptères aperçu mardi après-midi filmant au-dessus de la Châtaigneraie était le sien. Un deuxième appareil, aperçu plus brièvement, n'a pas été formellement identifié.]. Ils repèrent les lieux avant d’intervenir. C’est ce qu’ils avaient fait la dernière fois. » Un autre explique : « Si les autorités veulent nous dégager, il faut le faire avant la semaine prochaine. Parce qu’avec les fêtes de fin d’année, les effectifs policiers vont être insuffisants. » Les « zadistes » espèrent tout de même que la temporisation gouvernementale perdurera en 2013. Certains comptent même sur la trêve hivernale pour éviter toute expulsion. Ce qui les laisseraient « tranquilles » jusqu’au printemps…

Mais en cas de « passage en force », tous se disent prêts à « résister », « sans tomber dans la violence extrême ». « On sait bien qu’on ne pourra pas retenir les flics longtemps. Mais on a quand même prévu un tas de choses pour les ralentir. Le but, c’est de protéger notre matériel, pour pouvoir fuir, et reconstruire à un autre endroit. Car tant qu’on sera là, les travaux pour l’aéroport ne pourront pas commencer. » Fidèles à leur tactique, les squatteurs tiennent le terrain. Les barricades ont été renforcées, des guérites ont été bâties dans les arbres. À la Châtaigneraie, des boucliers sont prêts à l’emploi.

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Une barricade près de “La Châtaigneraie”, à Notre-Dame-des-Landes, mardi.

« Une façon de résister »

Le soutien des paysans locaux ne faiblit pas non plus. Un cordon d’une quarantaine de tracteurs entoure toujours la clairière. La semaine passée, les moteurs ont été démarrés, histoire de vérifier que « l’outil de travail » des agriculteurs ne se dégradait pas. Certains d’entre eux ont décidé de passer à la vitesse supérieure. Dans un champ voisin de la Châtaigneraie, plusieurs dizaines de personnes s’affairent autour de tubes métalliques. Occupants et paysans ont entrepris de construire une serre afin de relancer un potager. Le dernier, au lieu-dit Le Sabot, a été mis hors d’état par les grenades lacrymogènes il y a quelques semaines.

Pas de quoi décourager Daniel Monnier, agriculteur à Avessac, un bourg voisin. « Si les forces de l’ordre veulent détruire cette serre, on en reconstruira une autre ailleurs », prévient-il. Et de détailler le projet : « En cette saison, on ne peut planter que de l’ail. Mais au printemps, on mettra des légumes. Il faut bien nourrir tout ce monde », sourit-il. Son collègue Gérard Thoméré, installé à Fégréac, précise : « Cette action est la continuité de notre soutien aux jeunes qui occupent les lieux. C’est aussi une façon de résister, de défendre la terre nourricière, de réfléchir au modèle de société que nous voulons. Il est important de relocaliser les productions. »

La visite se poursuit, montre en main. Une petite heure pour la presse – caméras et appareils photos compris – a été négociée entre « zadistes ». Depuis la dernière visite de Libération, les lieux ont changé : la « No Tavern », une guinguette, a été édifiée. On distingue des guirlandes et des sapins de Noël dans certaines cabanes, perchées dans les arbres. Malgré le dernier arrêté préfectoral, qui interdit tout transport de matériel de construction, ainsi que d’essence ou de feux d’artifice, des « ponts » de palettes de bois ont été installés. Une manière de ne pas patauger dans la boue continuellement.

Le gros de la nourriture est désormais stocké dans un chapiteau spécialement érigé le long de la route départementale. « On croule sous les légumes », confie un agriculteur. De l’avis des membres de l’Acipa, la principale association d’opposants, la mobilisation ne faiblit pas. « Les dons sont quotidiens », explique une femme. Julien Durand, le porte-parole de l’Acipa, renchérit : « La lutte est de tous âges, ça fait chaud au coeur pour les anciens comme nous. » Ce week-end, l’association accueillera à Notre-Dame-des-Landes la centaine de comités de soutien créés dans le pays. Une manière de maintenir la pression face au gouvernement. « Nous y déciderons quoi faire nationalement s’il y a une intervention policière ici. »

Volaille aéroportée (Sylvain Mouillard envoyé spécial à Notre-Dame-des-Landes, Liberation.fr, 11 décembre 2012, 19h12 – mis à jour le 12 décembre 2012, 12h38)

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 13:13

Morsi a réussi en 6 mois à diviser l’Égypte en deux.

Ce soir le peuple d’Égypte était  Tahrir et à Ethadéya, en masse

et, le peuple des Ikhwans, devant la mosquée de Rabaa dans la banlieue Est ; quelques kms les séparent, mais un énorme fossé idéologique, politique et social s’est creusé entre les deux.

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Dans les deux premiers lieux, la foule est gaie, diversifiée, mélangée, hommes, femmes jeunes et adultes, et même des enfants de toutes les catégories sociales, des cheiks turbonnés de l’Azhar, des soufis et des ouvriers, et tout ce monde festoie, scande des slogans plein d’humour au rythme des tambours ;

Dans le second, que des hommes, barbus, à visages fermés et haineux, qui menacent de marcher sur les lieux où se trouvent leurs adversaires pour les corriger, parce qu’ils ont osé contester et contredire leurs patriarches. Ceci est déjà arrivé mercredi dernier, il s’est reproduit à plus petite échelle hier matin à l’aube à Tahrir. Mais cette fois-ci, les occupants de la place étaient bien préparés et ont su répondre à la violence par la violence. Les guerres civiles commencent toujours par la multiplication des affrontements de ce genre. Les révoltés pacifistes n’existent plus.

Face à cette situation alarmante, l’armée a appelé les partis politiques à un dialogue national demain, cet appel est perçu par beaucoup comme un avertissement adressé à Morsi et ses Frères. Ce retour de l’armée qui affiche une certaine neutralité parviendra-t-il à désamorcer la crise politique actuelle ? rien n’est moins sûr.

Rien de neuf en ce qui concerne le référendum, 90% des juges ont déclaré le boycott, ce qui a amené l’État à étaler le vote sur deux semaines, mais les forces politiques, dont l’union a réussi à rassembler tous les adversaires des ikhwans, sont déterminées à l’annuler.

Côté économique, la délégation du FMI en visite au Caire à l’heure actuelle a adressé un ultimatum au gouvernement, s’il n’exécute pas les conditions imposés, c.a.d la hausse des prix d’un certain nombre de produits immédiatement, il annulera l’emprunt. L’annonce, puis le retrait 5 heures plus tard de la hausse des prix, des taxes et des impôts sur les revenus, révèlent la crainte du gouvernement de la réaction de la population, en particulier les plus pauvres, qui seront les plus touchés. Dans ce contexte explosif, l’enjeu pour les Ikhwans est de taille. La fuite en avant, pour sortir de cette impasse, en fomentant des troubles confessionnels est à prévoir, notamment après que Beltagui, a prétendu au cours de son discours devant la foule rassemblée hier soir aux alentours de la mosquée de Rabaa, que la majorité des manifestants de Tahrir et de Ethadéya sont des chrétiens.

Je reviens de Itihidya, j’avais suivi un des cinq cortèges qui devaient converger successivement sur la place du palais. Notre marche a commencé à 16h, sur notre parcours nous avons été rejoints par les étudiants de l’université de Ain Chams, puis par d’autres, au bout d’une heure et demie, notre cortège avait doublé, à 9h du soir, la place avait fait son plein. Cela fait trois semaines que nous descendons en masse dans les places et les rues de l’ensemble des gouvernorats de l’Égypte, et tous les jours le nombre des contestataires augmente, notre lutte finira par payer…

La révolution continue
NO PASARAN

Galila El Kadi – Mailing, 12 décembre 2012

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 13:13

 

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AGRANDIR LE TRACT

Collectif Antifasciste de Besançon

 

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 13:11

Salut à Tou-te-s

Le nouvelle équipe de Sans Remède est (pas mal) contente de vous annoncer la sortie de son n° 4.

Trois nouveaux et nouvelles contributeur-trice-s ont rejoints la rédaction du journal. Il en a profité pour doubler de volume (ou presque) et tend vers une ambition encore jeune mais que nous espérons sensible de réflexion plus large sur le rôle de la médecine dans notre monde…

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TÉLÉCHARGER LA REVUE

Nous espérons donc d’autant plus que vous prendrez quelques minutes pour nous faire part de vos avis, retours, critiques…

Vous trouverez le nouveau numéro en lecture ou téléchargement sur le site internet :

sansremede.fr

Pour les envois d’exemplaires papiers, n’hésitez pas à nous envoyer un mail… nous tâcherons de vous les faire parvenir ou de vous indiquer ou vous pouvez en trouver.

Au plaisir de vous lire

Sans Remède – Mailing, 11 décembre 2012


Préambule

Sans remède est composé d’une équipe d’anti-professionnels de la santé, à croissance exponentielle, qui rit parfois malgré son sérieux.

Sans remède est un journal sur le pouvoir psychiatrique et la médicalisation de nos vies, alimenté par des vécus, des confrontations et des points de vue, dans une perspective critique.

Sans remède ne reprend pas à son compte les termes de malade, d’usager, de soigné. Nous sommes des individus avec leurs histoires, leurs aliénations, leurs souffrances, leurs plaisirs, leurs combats, jamais de symptômes.

Sans remède propose l’auto-administration du terme « psychiatrisé-e » à tou-te-s les individu-e-s subissant le pouvoir psychiatrique, dans et hors les murs de l’hôpital.

Sans remède n’est pas radicalement contre la prise de médicaments. Nous refusons le recours massif et systématique à la médication.

Sans remède parle d’enfermements, du pouvoir psychiatrique et de ses effets, autant dans les murs qu’en dehors. L’exercice de ce pouvoir n’est pas que le fait des médecins, il nous implique toutes et tous. Il requiert notre acceptation de manière douce ou violente.

Sans remède ne propose pas de critique constructive pour penser un nouvel enfermement psychiatrique. N’importe quel soutien apporté à l’autre ou rapport de soin devient critiquable dès qu’il s’institutionnalise. Il ne s’agit pas ici de réinventer l’hôpital ou un quelconque lieu de soin.

Sans remède n’est pas qu’un journal papier, c’est aussi une tentative, avec les moyens du bord, de s’organiser ensemble pour éviter le plus possible d’avoir recours à l’institution.

Sans remède ne laisse pas de tribune aux membres de l’institution psychiatrique, car d’autres moyens d’expression sont à leur disposition, au service de ce pouvoir.

Face à la psychiatrie et à la médicalisation du monde, il s’avère nécessaire de poursuivre la critique, dans la perspective de se défendre et de s’organiser.

« Vous êtes sur terre, c’est sans remède »

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 13:09

Manifestement, dans sa conférence, le premier ministre n’a pas cerné l’urgence de la situation concernant la pauvreté, le chômage et la précarité. Pourtant nous avons rappelé, en tant qu’association, qu’il devient de plus en plus intolérable que 8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Que dire des drames humains et suicides.

Fort de notre analyse et expertise depuis 1994, nous savions que la situation se dégraderait toujours et encore.

Encore une fois, il est répondu à l’urgence par des mesures d’urgence qui en rien ne régleront le problème sur le fond.

Le fond c’est de vivre avec des minima sociaux et des aides ponctuelles qui relèvent de la cour des miracles suivant la situation de tout un chacun ; de faire allégeance, de se résigner, de se taire et de subir ; de faire les poubelles pour subsister ou de se faire condamner pour un vol alimentaire ; de se voir ignoré jusqu’à la déchéance voire la mort.

Est-ce cela notre modèle social ? Des pauvres et des pauvres toujours et encore au service et sous l’emprise d’une oligarchie à la fois économique et politique. À la merci des décideurs et élus grassement rémunérés qui se moquent du peuple.

Non monsieur Ayrault de cela nous ne voulons pas. Il n’est pas question de diviser les plus démunis et de saupoudrer des 5 et 10% par ci par là ne comblant même pas l’indice des prix à la consommation. De répondre par des mesures obsolètes.

La réalité est tout autre. Il vous faudra beaucoup de courage et de détermination pour y répondre. Nous, pour le moins, nous connaissons les remèdes à, dites-vous, cette crise, alors qu’il s’agit de l’effondrement du capitalisme.

AC ! Champ.-Ard., 11 décembre 2012

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 13:09
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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 13:07
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