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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 14:39

Jouer loin de Fukushima

Merci à Martine Carton pour ce témoignage et cette traduction qui montrent ce qu’est la vie après une catastrophe nucléaire. La ville de Fukushima (300’000 habitants) aurait dû être évacuée : début avril 2011, elle présentait 2,5 fois les seuils d’évacuation établis en Ukraine pour le Cs-137. Elle devrait toujours l’être aujourd’hui…

Ceci n’est pas un scoop, c’est un moment de la vie ordinaire au Japon.

Ce matin, avant de partir à l’école, ma fille lisait un article du Journal Asahi pour les écoliers. Elle me tend le journal et me dit : « Regarde, maman, c’est triste. »

J’ai traduit cet article, intitulé : « On a joué dans la neige comme des fous ! »

Fukushima, les enfants en excursion

« Je voudrais bien m’amuser dans la neige ! »

Dans les zones où la radioactivité est relativement élevée, nombreux sont les enfants privés de jeux extérieurs. Inquiètes du manque d’exercices physiques des enfants, des organisations se chargent de les emmener jouer dans des zones moins contaminées. C’est le cas d’une de ces organisations, la NPO Sortie éducative « Enfants en excursion » qui propose aussi des programmes qui vont de l’assistance d’urgence à des actions prolongées dans le temps. »

UNE JOURNÉE DE VISAGES RADIEUX

La neige qui arrive jusqu’à la taille est lisse. Dans le jardin enneigé, les enfants font des glissades ou s’étendent de tout leur long dans la neige. Ils se sont bien amusés, leurs visages sont tout recouverts de neige. Les garçons de trois ans courent à toutes jambes devant les élèves de primaires. Le visage radieux, ils ont oublié jusqu’au froid. « Les enfants en excursion » ont passé une journée à jouer comme des fous dans une zone où la radioactivité est faible. Seize enfants de 3 à 9 ans, habitant la ville de Fukushima ou les alentours, ont participé à cette journée, à Inawashiromachi, plus à l’ouest de chez eux.

Tomoki Watanabé (9 ans) et son petit frère sortent tous les week-ends en famille hors de la préfecture de Fukushima. « En général, on ne joue pas beaucoup dehors. Comme activités de club, les CE2 passent leur temps à jouer au yoyo. » ajoute Tomoki. Nombreuses sont encore les écoles primaires qui limitent à trois heures par jour les sorties extérieures. Après les cours, les élèves vont à la garderie, mais ils ne peuvent pas sortir non plus.

L’association offre aussi des classes de découverte de la nature : ce jour-là, les enfants ont fait du traîneau sur les pistes de ski.

« Jouer dehors, c’est vraiment super ! » s’exclame Tomoki, les yeux brillants de joie.

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Restera-t-il, dans quelques décennies, des « zones moins contaminées », vestiges d’un monde disparu, qu’on montrera à nos enfants qui les regarderont avec des yeux brillants – de larmes ?

L’association en question a une page FaceBook, vous pouvez l’aimer autant que vous voulez, merci.

Le Fukushima Collective Evacuation Trial mène une action en justice collective pour demander au gouvernement local de la ville de Koriyama, préfecture de Fukushima, d’évacuer les enfants des zones où la dose de radioactivité de fond est supérieure à 1 mSv/an.

Si le cas des enfants de Koriyama est approuvé par le tribunal, les autorités d’autres zones à forte radioactivité devront adopter cette norme et assurer un soutien inconditionnel à l’évacuation des enfants.

Pierre Fetet, le blog de Fukushima, 18 février 2013

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Published by coutoentrelesdents - dans ECOLOGIE
20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 11:21

Lait : l’étiquetage avec l’origine démandé

Dans la foulée des producteurs de viande, les amateurs de lait et de fromages réclament à leur tour un étiquetage précisant l’origine de la production et de la collecte de ces produits dont les circuits, selon eux, sont “opaques”. Cette demande, précise l’Association Fromages de Terroirs dans un communiqué, concerne “les laits de consommation, les laits destinés à la transformation des produits laitiers frais et les fromages industriels”. “90% de nos fromages sont fabriqués avec du lait apatride ; plus de 90% des laits de consommation commercialisés en France sont des laits d’importation, et souvent d’assemblage”, affirme l’association, qui s’est adressée directement par courrier au ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll.

Selon elle, “les pratiques douteuses des groupes agroalimentaires révélées par l’affaire” des lasagnes au cheval sont amplement pratiquées par l’industrie du lait. “Cette sombre affaire rend plus évidente l’urgente nécessité d’informer clairement les consommateurs sur l’ensemble des produits alimentaires qu’ils achètent”, écrit la présidente de l’association, Véronique Richez-Lerouge, à Le Foll. “Pourquoi quand on achète un fromage, un yaourt ou n’importe quel produit laitier, ne pas savoir d’où vient le lait qui a servi à sa fabrication?” demande-t-elle en évoquant un “marché spot” (informel de gré à gré), “un marché désincarné où se renégocient des laits qui viennent de partout”.

“De nouveaux problèmes vont apparaître sur l’origine du lait: on doit connaître quelles sont les conditions de collecte du lait, comment les vaches ont été alimentées”, poursuit-elle en évoquant une véritable “omerta”.

L’Association Fromages de Terroirs compte 80 adhérents actifs et quelques 450 “parrains”, à la fois producteurs et consommateurs, indique sa présidente.

Publié par des larbins de la mafia agroalimentaire (Agence Faut Payer, 18 février 2013)

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 13:16

Les farines animales plus rentables pour l’aquaculture

À partir de juin, les farines animales seront à nouveau autorisées pour nourrir les poissons. Une mesure censée soulager la filière aquacole, notamment en réduisant ses coûts de production.

Pour Guillaume Garot, le ministre délégué chargé de l’Agroalimentaire, le feu vert de Bruxelles au retour des farines animales pour nourrir les poissons « tombe mal », en plein scandale sur la viande de cheval. Pour la filière aquacole, en revanche, cette mesure est plutôt une bonne nouvelle. La réintroduction des protéines animales transformées (PAT), effective au 1er juin, est censée lui permettre de réduire le coût de l’alimentation des poissons d’élevage, qui est principalement à base de farines et huiles de poissons et matières premières végétales depuis l’interdiction des farines animales après la crise de la « vache folle ».

La pisciculture française consomme environ 50.000 tonnes d’aliments concentrés, selon le Conseil national de l’alimentation (CNA), qui a publié un rapport sur l’utilisation des PATl’an dernier. Cette alimentation a subi de plein fouet l’«augmentation structurelle» des prix des matières premières, déplore le Comité interprofessionnel des produits de l’aquaculture (CIPA), cité dans ce rapport. D’après ses calculs, l’utilisation de PAT de porc ou de volaille à hauteur de 7 à 15% dans la formulation des aliments destinés aux poissons d’élevage pourrait représenter une économie, par exemple dans le cas de la truite, comprise entre 1,5 et 5% du coût de production total.

Les PAT ont aussi l’avantage d’être très riches en protéines, un critère sur lequel les céréales ne peuvent rivaliser. Cette alternative est d’autant plus nécessaire, selon les éleveurs, que la pêche est toujours plus encadrée et que les petits poissons utilisés pour nourrir les élevages se raréfient. La filière se reporte donc en masse sur les farines et huiles de poissons, ce qui fait grimper leurs prix. Un cercle vicieux auquel Bruxelles entend apporter une solution en autorisant à nouveau les protéines animales. Cela « améliorera la durabilité à long terme du secteur de l’aquaculture », a fait valoir la Commission européenne jeudi.

« Sens politique d’une huître »

Pour faire passer sa mesure, à laquelle la France s’était d’ailleurs opposée, la Commission insiste autant sur ses bénéfices économiques que sur ses garanties sanitaires. « Elle est conforme aux avis scientifiques les plus récents selon lesquels le risque de transmission d’ESB entre animaux non-ruminants est négligeable », précise Bruxelles. Des arguments qui ne convainquent pas la délégation socialiste française au Parlement européen, échaudée par l’affaire de la viande de cheval. « Faut il avoir le sens politique d’une huitre pour abimer ainsi la perception que se font de l’Europe les citoyens ? Nous demandons à la Commission de revenir immédiatement sur cette décision », déclare la députée Isabelle Thomas dans un communiqué. Face à ce tollé, le CIPA assure ce vendredi que « les décisions qui seront prises par la filière ne se feront que sur la base d’un consensus sociétal et uniquement avec des garanties de traçabilité totale de ces PAT ».

Dans le sillage du scandale de la viande chevaline, c’est justement la traçabilité qui inquiète les associations de consommateurs. « Il faut que, sur les étals des poissonniers, les produits d’élevage nourris aux farines animales soient signalés comme tels, avec un étiquetage clair », revendique Thierry Damien, président de Familles Rurales. « Le consommateur doit pouvoir faire son choix en connaissance de cause. » D’autres contestent l’intérêt économique de la mesure. « Ces protéines animales sont très utilisées sur le marché de l’alimentation pour animaux, à un prix déjà élevé », souligne Olivier Andrault, chargé de mission alimentation chez UFC-Que Choisir. Selon lui, « la demande supplémentaire issue de la filière aquacole devrait encore faire grimper les prix ». Autre bémol : « Si les éleveurs parviennent à faire baisser leurs coûts de production, on peut s’attendre à ce que les négociations avec leurs débouchés soient plus difficiles. » L’industrie agroalimentaire et la grande distribution, en effet, chercheront aussi à augmenter leurs marges.

Encore faudra-t-il que ces enseignes achètent des produits fabriqués à base de PAT… Bon nombre de distributeurs — que ce soient pour leurs marques propres (MDD) ou pour les produits vendus sous les labels « Agriculture biologique » ou « Label rouge » — excluent encore de leurs cahiers les quelques matières premières animales autorisées par la réglementation.

Presse cannibale (Isabelle de Foucaud, 15-16 février 2013)

 

UE : le retour des farines animales sème le trouble

Les farines de porc et de poisson pourront nourrir les poissons d’élevage en Europe dès le 1er juin. Cette annonce faite par Bruxelles, jeudi 14 février, alors que le scandale de la viande de cheval vendue comme de la viande de bœuf s’étend en Europe, a provoqué de vives réactions. La nouvelle ne pouvait pas tomber plus mal pour les promoteurs du retour des farines animales dans les élevages européens.

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Un conducteur de pelleteuse manipule des farines animales, en février 2001 à Strasbourg.

Publiée au Journal officiel de l’Union européenne cette semaine, la décision d’autoriser les farines de porc et de poulet pour l’élevage des poissons n’est pas nouvelle. Elle a été prise le 18 juillet 2012 par les représentants des Vingt-Sept, sur proposition de la Commission européenne. Trois États, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, s’y étaient opposés pour des raisons d’ordre politico-éthiques.

L’utilisation des farines animales pour les ruminants avait été interdite en 1997 en raison des risques de contamination par l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), la “maladie de la vache folle”. L’interdiction avait été étendue en 2001 aux aliments destinés à tous les animaux de consommation, dont les poissons.

ÉVITER LE CANNIBALISME

Les instances européennes, Commission en tête, ont considéré que l’interdiction totale en place depuis plus de dix ans était disproportionnée, au regard des risques encourus. “Le risque de transmission de l’ESB entre des non-ruminants est négligeable, dans la mesure où le cannibalisme est évité”, fait-on savoir à Bruxelles. Les risques sont considérés comme d’autant plus mineurs que la maladie de la vache folle est quasiment éteinte : à peine 28 cas ont été identifiés en 2012, sur quelque 40 millions de têtes de bétail adulte.

Par mesure de précaution, seules les farines issues de non-ruminants seront autorisées, et un dispositif de contrôle, par le biais de tests ADN, sera mis en place. Par ailleurs, seules les parties propres à la consommation humaine seront utilisables pour l’alimentation animale. Ainsi, on ne parle plus de “farines de viandes et d’os”, mais de “protéines animales transformées” (PAT). “Les poissons sont omnivores, et certains, comme les saumons, sont même carnivores”, explique Frédéric Vincent, le porte-parole du commissaire chargé de la santé et de la protection des consommateurs, Tonio Borg.

Un argumentaire peu convaincant pour certains écologistes. “On n’a encore jamais vu des poissons s’attaquer à des porcs ou à des volailles”, avance le député européen Vert José Bové. “Rien n’empêche, si on réintroduit les farines animales dans l’alimentation, qu’elles se retrouvent demain utilisées pour des animaux auxquels elles ne sont pas destinées.” Le député européen demande un étiquetage spécifique “Nourri avec” ou “sans farines animales”. Il appelle le gouvernement français à exiger la suspension de la mesure et promet, dans le cas contraire, d’appeler au boycottage des poissons d’élevage dès le 1er juin 2013.

PROTÉINES BON MARCHÉ

Après les poissons, la Commission entend proposer de réintroduire l’utilisation des farines animales pour les volailles et les porcs. Le “cannibalisme” étant désormais interdit, les volailles ne pourront être nourries qu’avec de la farine de porc, et inversement. Mais cette autorisation ne devrait pas intervenir avant 2014, selon un porte-parole de l’exécutif communautaire.

Les industriels et les agriculteurs, qui ont fait du lobbying à Bruxelles pour que les farines animales soient à nouveau autorisées, espèrent ainsi accéder à des sources de protéines bon marché. “Les pays d’Europe du Sud, en particulier l’Espagne, sont très demandeurs, car le cours du soja est au plus haut”, estime Jean-Michel Serres, éleveur et président de la Fédération nationale porcine.

“Les industriels de l’alimentation animale souhaitent avoir accès aux PAT pour réduire les coûts. Mais c’est un leurre économique. À terme, le prix des protéines animales pourrait s’aligner sur le cours du soja”, affirme au contraire Pierre Brosseau, éleveur de porcs et membre de la Confédération paysanne.

“Les fabricants d’aliments pour animaux pensent que c’est intéressant de pouvoir choisir entre différentes sources de protéines pour arbitrer en fonction de l’évolution des prix et d’avoir ainsi une souplesse de formulation des produits”, explique Olivier Andrault, de l’association de consommateurs UFC-Que choisir.

Quoi qu’il en soit, les grands industriels sont prêts. Comme Saria, par exemple, filiale du groupe allemand Rethmann, présent dans l’équarrissage et l’exploitation des sous-produits des abattoirs. Il vend aujourd’hui des protéines de poisson pour l’aquaculture et des PAT de porc et de volaille pour les fabricants de nourriture pour chiens et chats. Idem pour Glon Sanders, filiale de Sofiprotéol.

“HYPOCRISIE”

Les éleveurs sont aussi prêts à franchir le pas. “Il y a une forme d’hypocrisie, tout le monde veut bien en mettre mais sans être le premier”, dit M. Brosseau, qui ajoute : “Pour ma part, je n’y serais pas opposé s’il y avait suffisamment de contrôles. Or si, pendant six mois, des industriels ont pu mettre de la viande de cheval à la place de la viande de bœuf, cela prouve qu’il y a une crise de la traçabilité.” Même prudence chez M. Serres : “Il y a quelques jours, je vous aurais parlé d’opportunité ou de risque de distorsion de concurrence.

Mais pour le moment, cela me paraît prématuré et maladroit d’expliquer cela aux consommateurs.” La suite donnée à la décision de la Commission européenne dépendra beaucoup de la sensibilité du consommateur à cette question. Pour M. Andrault, “il y a un risque d’image pour les filières d’élevage, avec la réintroduction des farines animales”. Dans un communiqué publié vendredi 15 février, l’Association de l’aquaculture française s’est empressée de souligner que “les décisions qui seront prises par la filière ne se feront que sur la base d’un consensus sociétal et uniquement avec des garanties de traçabilité totale”.

En octobre 2011, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) avait émis un avis négatif au retour des farines animales, estimant que “les conditions permettant une utilisation sécurisée des PAT ne sont pas à ce jour totalement réunies”.

Presse cannibale (Laurence Girard & Philippe Ricard à Bruxelles, LeMonde.fr, 16 février 2013)

 

Poissons : un label “sans farine animale”

La ministre de l’Écologie Delphine Batho a déploré le feu vert de Bruxelles au retour des farines animales pour nourrir les poissons, et a souhaité la création d’un label “sans farine animale” pour informer les consommateurs. “Je n’avais pas vu cette décision (d’autorisation des farines animales, ndlr) qui datait du mois de janvier et qui a été rendue publique la semaine dernière par la Commission européenne, et j’en pense le plus grand mal”, a déclaré Delphine Batho lors de l’émission Le Grand Entretien de RCJ (Radio de la communauté juive).

“Ce n’est pas dans la logique de la chaîne alimentaire que de donner de la viande à manger à des poissons. C’est la même logique d’absurdité financière” que pour la viande de cheval, a-t-elle estimé.

Pour Delphine Batho, “il est donc très important que la filière piscicole française s’organise pour qu’il y ait un label sans farine animale qui puisse faire son apparition sur les étalages, pour dire aux consommateurs français : le poisson que vous achetez n’a pas été nourri avec de la viande”.

Presse cannibale (Agence Faut Payer, 17 février 2013)

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Published by coutoentrelesdents - dans ECOLOGIE
16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 12:54

J’ai travaillé dans une usine de « transformation de viande », et je suis dégoûté définitivement de toutes les viandes hachées surgelées et des plats préparés.

C’était tellement « fou » pour des gens normaux que ma famille m’a conseillé de l’écrire quelque part, ce que je n’ai jamais eu le courage de faire. Rue89 me donne l’occasion de témoigner, donc voici quelques souvenirs.

MAKING OF
Sous le papier Minerai de viande : « Avant on n’osait pas en faire de la bouffe pour chat », un intérimaire a témoigné sous le pseudo de Kelval. Ses commentaires sous l’article ont été effacés, parce qu’il y donnait trop d’information et la société qu’il dénonçait pouvait être reconnue. Mais son expérience est si intéressante que nous avons décidé de la publier nettoyée des infos permettant de reconnaître l’employeur. N.L.B

Dans ces usines, on transforme effectivement des bas morceaux tout à fait corrects en merde. La recette était simple : on recevait des palettes de bas morceaux de marques de boucheries industrielles connues comme Bigard, qu’on décongelait dans des barattes (des sortes de monstrueuses bétonnières de deux mètres de diamètre dans lesquelles on envoie de l’eau bouillante sous pression pour décongeler tout ça en vitesse), et on y ajoutait au cours de trois malaxages successifs entre 30 et 40% du poids en graisse, plèvre, cartilages et autres collagènes.

On obtenait des quantités phénoménales de purée de viande qu’on mettait dans des bacs de 10 kg et qu’on tassait à coups de poings, puis qu’on renvoyait au surgélateur par palettes de 70 caisses. Oui, car on l’ignore souvent, mais on peut surgeler de la viande plusieurs fois de suite, au contraire de la congélation classique.

Azote liquide pour agglomérer la viande

Il y avait aussi la ligne des « cubes de viande ». Vous êtes vous déjà demandé comment ils font pour vous servir des cubes de viande si magnifiquement cubiques ?

Voilà la recette : en sortie de baratte, les ouvriers au nombre de deux ou trois piochent à la main d’énormes brassées de viande sanguinolente, qui sont transférées dans une sorte d’énorme presse avec de nombreuses « étagères ».

On fait descendre les mâchoires qui compressent cette viande, et pour mieux l’agglomérer, on fait circuler entre les plaques (mais, je suppose, pas en contact direct avec la viande, enfin je l’espère) de l’azote liquide.

Quand cette machine était en route ça puait tellement la chimie qu’on avait l’impression d’être près des raffineries de l’Etang de Berre... L’azote étant un des composés de l’air, je suppose qu’il s’évaporait au sortir de la presse s’il y avait eu contact avec la viande. Mais quand même...

Des petites quantités de viande dans la boucle depuis plusieurs mois


Viande crue (Conanil/Flickr/CC)

Après ce traitement, qui je suppose servait à « saisir » la viande pour l’agglomérer, les plaques allaient au congélateur. Le lendemain, ces plaques étaient sorties et on les passait dans un énorme emporte-pièce hydraulique qui découpait les plaques congelées en cubes de 3 cm de côté.

Ces cubes se déversaient alors sur un tapis roulant, et 2 ou 3 ouvriers dont je faisais partie éliminaient tous les ratés, les formes bizarres, les morceaux trop petits ou trop gros. Ça demandait une grosse concentration, et la cadence était très soutenue. Les cubes passaient dans un autre surgélateur à l’azote, avant de se déverser dans des sacs d’environ 20 kg.

Les « non conformes » étaient conservés, passaient dans la baratte suivante, puis sur les plaques suivantes, etc. Virtuellement, il est tout à fait possible que des petites quantités de viande faisaient la boucle baratte - plaque - surgélation - cubes - non conforme - baratte - plaque, etc. depuis des mois...

Vous pouvez vous en douter, les cadences étaient très dures à suivre, les heures supplémentaires fréquentes et le travail éreintant. Les conditions « humaines » me semblaient particulièrement inhumaines, justement.

Cette viande a été mélangée à de la viande saine

Les conditions d’hygiène n’étaient guère meilleures. Je passe sur l’odeur de viande écœurante. Le matin quand on arrivait, c’était propre ; mais très rapidement, vu nos activités, on pataugeait dans une boue grasse et sanglante qui recouvrait le sol.

Celle-ci était particulièrement glissante, donc très dangereuse. Pour ne pas avoir à la nettoyer, et donc ralentir la cadence, on aspergeait régulièrement le sol de sel, ce qui augmentait la quantité de boue au fil des heures. Malgré ce sel, je suis tombé plusieurs fois.

Lorsqu’on mettait la viande destinée aux cubes de viande sur les plaques, on avait très rapidement du sang sur tout le haut du corps et jusqu’aux épaules, malgré nos gants qui remontaient jusqu’aux coudes. Ambiance, ambiance...

Enfin, il y a eu cette fois, lors un arrivage manifestement avarié (la viande était violette, verte, jaune, et puait, bien que surgelée), où le patron nous a imposé de trier et d’en garder impérativement 40%. Qu’on se débrouille ! Cette viande a été mélangée à de la viande saine. Et hop ! Ni vu, ni connu, je t’embrouille.

Une main dans le hachoir

Nous manions des feuilles de boucher sans avoir été formés, nous étions en contact permanent avec des hachoirs, des machines rotatives... Stress, fatigue, objets dangereux ; avec ce cocktail, vous devinez sans doute où je veux en venir. J’ai assisté à plusieurs accidents du travail, plus ou moins graves.

Lors du dernier en date, et celui qui m’a décidé à partir, un de mes collègues (en CDI, moi j’étais intérimaire) a passé la main dans un des monstrueux hachoirs à viande hachée. Il poussait régulièrement la viande à la main quand elle se bloquait. Bien sûr, à chaque remarque, il objectait qu’il « faisait gaffe ».

Cette fois ci, c’était celle de trop. Doigts tout juste reliés à la main par des restes de peau, tendons arrachés et j’en passe. Une catastrophe et des promesses de handicap à vie...

Alors qu’il montait dans le fourgon des pompiers, le patron est venu le voir, et lui a dit « qu’il aurait dû lui dire s’il voulait des congés, c’était pas la peine de faire ça ». Quel connard ! J’en ai encore la gorge nouée à y repenser. C’était un des ouvriers les plus productifs de l’usine, et il avait la trentaine, donc encore bien trente ans de boulot devant lui...

Je ne mange que la viande du boucher

Inutile d’en rajouter je crois, j’ai déjà fait bien assez long. Inutile aussi de vous dire que je suis dégoûté à vie de la viande hachée industrielle. Le seul hachis que je mange, c’est celui que le boucher du coin de la rue sort de sa machine devant mes yeux. J’ai toujours évité les plats préparés et préféré la bonne cuisine et le partage. Cette expérience n’a fait que me conforter dans mes opinions.

Je n’ai jamais su qui étaient les clients de « notre » viande, et sous quelle marque elle était commercialisée. Les conditionnements sous lesquels elle sortait (10, 20 kg ou plus) me font penser qu’elle était destinée à l’industrie agro-alimentaire (plats préparés), et certainement pas aux commerces ou supermarchés.

Je ne suis pas resté suffisamment longtemps pour en savoir plus non plus. Dès que j’ai pu, j’ai sauté sur la première mission d’intérim qui me permettait de sortir de là, en me promettant de ne jamais y retourner.

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Published by coutoentrelesdents - dans ECOLOGIE
13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 13:24

Santé au travail : « nous sommes face à une forme de crime organisé »

Du cynisme des industriels à l’inaction des pouvoirs publics, Annie Thébaud-Mony, directrice de recherches au CNRS, dresse un état des lieux sans concession de la santé au travail…

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Moyenâgeuse et cynique. C’est en ces termes qu’Annie Thébaud-Mony qualifie l’attitude de certains industriels vis-à-vis de la santé et de la sécurité des salariés. Attitude qui, selon elle, expliquerait que l’on déplore encore chaque jour en France deux morts par accidents du travail et plus de dix des suites d’une exposition à l’amiante.

Une situation archaïque que cette spécialiste des questions de sécurité au travail dénonce depuis près de 30 ans en parlant non pas de négligence mais d’une authentique forme de “crime organisé” de la part de certains dirigeants qui, depuis longtemps, ont appris à sous-traiter non seulement les risques qu’ils génèrent mais aussi les responsabilités qui les accompagnent.

Face à cette manifestation de “pur cynisme industriel” dont les pouvoirs publics n’ont jusqu’alors pas pris la mesure, Annie Thébaud-Mony entend opposer deux mesures : l’interdiction d’avoir recours à la sous-traitance sur tout site dangereux et l’introduction des notions de crime industriel et de désastre volontaire dans le droit pénal. Seuls moyens, selon elle, d’en finir avec une situation qui persiste à placer l’intérêt économique au-dessus de la préservation de la vie humaine.

“Je viens de refuser la Légion d’honneur parce que ce n’est tout simplement pas le type de reconnaissance que j’attends au terme de toutes ces années d’engagement et de recherche scientifique sur les questions de santé au travail et de santé environnementale. Ce que j’attends, c’est que mon travail soit pris en compte et reconnu ; autrement dit, qu’il incite les pouvoirs publics à adopter un certain nombre de dispositions, ne serait-ce que pour faire respecter la loi.

Car pour l’heure, en ce qui concerne la santé et la sécurité, le code du travail n’est pas appliqué. Il pose un certain nombre de principes qui ne sont pas respectés, à commencer par le principal : l’obligation faite depuis plus d’un siècle aux employeurs de garantir la santé de leurs salariés. Cette obligation a pourtant été rappelée à l’occasion du drame de l’amiante en 2002, l’affaire ayant débouché sur une certaine prise de conscience en montrant qu’il existait un réel problème de prévention face à un risque qui, pourtant, était identifié depuis longtemps. En prenant la mesure de cette catastrophe sanitaire, la Cours de cassation a réactivé cette obligation des employeurs d’assurer la santé des salariés au quotidien.

Or je constate chaque jour que, sur ce plan, rien n’a changé. Que nous restons face à une situation d’urgence sanitaire qui n’est absolument pas prise en compte par les politiques. Voilà pourquoi j’ai refusé la décoration qui m’a été proposée. Parce qu’elle aurait dû intervenir au terme de mon travail ; en marquer l’aboutissement. Et comment parler d’aboutissement alors que perdure cette situation d’urgence, que l’on attend encore que des décisions soient prises et des mesures adoptées ? Tant qu’il en sera ainsi, je ne pourrai ni me reposer, ni recevoir une médaille.

Sécurité versus rentabilité

Non seulement il n’y a aucune amélioration mais l’on voit s’installer chez les entreprises un discours fataliste fondé sur l’argument de la crise économique et consistant à dire : vu la situation catastrophique, nous avons d’autres priorités que d’améliorer les conditions de travail. Ce raisonnement prouve que la sécurité des salariés est perçue comme une dépense, non comme un investissement et que, dans un contexte tendu, elle devient une sorte de luxe que les entreprises estiment ne pas avoir les moyens de s’offrir.

Pire, elle est perçue comme une option alors qu’encore une fois, il s’agit d’une obligation. Résultat, ceux qui, comme moi, militent pour une autre gestion des risques sont uniquement perçus comme cherchant à alourdir les charges de l’entreprise. Pourtant on oublie une chose essentielle : c’est que l’assurance maladie – et par conséquent le contribuable – finance la négligence des industriels. Il faut savoir que dans le domaine des pathologies lourdes liées à l’environnement de travail, certains médicaments valent 1000 euros la dose. Ce qui explique que les maladies professionnelles représentent chaque année des dépenses de plusieurs milliards d’euros.

À défaut de parvenir à se faire entendre sur l’aspect humain de la situation, je n’hésiterai pas à avancer cet argument économique auprès des pouvoirs publics pour dénoncer l’attitude moyenâgeuse de certains industriels pour qui les gains escomptés de certaines réductions de coûts d’exploitation légitiment tout, y compris la mise en danger de la vie d’autrui.

Impunité

Cette situation est d’autant plus révoltante qu’elle s’est jusqu’à maintenant accompagnée d’une impunité totale. Celle-ci vient d’être remise en question il est vrai avec le jugement rendu contre AZF mais il aura fallu une catastrophe exceptionnelle et onze années d’un procès exceptionnel pour y parvenir, alors qu’on dénombre chaque jour en France deux morts par accident du travail, une dizaine des suites d’un cancer lié à l’amiante et, chaque année, des milliers d’autres décès liés au cocktail de cancérogènes et toxiques en tous genres que les travailleurs respirent et, au-delà, les riverains des usines, des centrales nucléaires, des lignes à haute tension, etc.

Pour illustrer la dangerosité de certains lieux de travail, il y a ce cas récent de deux salariés partageant un même bureau sur le site d’une centrale nucléaire et atteints tous deux d’une tumeur au cerveau. Ce type de concordance est fréquent et lorsque l’on commence à enquêter, il n’est pas rare que l’on découvre d’autres cas atteints de la même pathologie, ce qui rend le lien avec l’environnement de travail évident. Comme c’est le cas chez les dockers. Parmi les 130 dockers du port de Nantes – qui manipulent en continu et sans protection les caisses de bois traitées aux pesticides, les bananes traitées au chlore et la ferraille qui dégage de l’oxyde de fer – 35 cas de cancers du rein ont été dénombrés. Je ne vois pas comment, avec une telle proportion, on peut encore parler de hasard.

Travail de lobbying

Pour établir des liens entre environnement de travail et cancers, nous avons mené un travail dit de systématisation face à l’exposition, en nous appuyant sur des données chiffrées. C’est essentiel pour établir ce qu’on appelle des présomptions d’imputabilité permettant au salarié qui développe une pathologie correspondant à une exposition propre à l’entreprise dans laquelle il travaille de la voir instantanément reconnue comme maladie du travail. Notre retard dans ce domaine s’explique par le fait que, pour établir ce type de tableau des maladies professionnelles, il faut un accord entre patronat et syndicat, ce à quoi, en France, un conflit d’intérêts évident nous empêche de parvenir.

Et pour cause : les experts du patronat emploient toute leur énergie à nier l’évidence. Exemple : on n’a toujours pas pu faire inscrire le cancer du larynx dans le tableau des maladies professionnelles alors qu’on le sait directement lié à une exposition à l’amiante et qu’il a été reconnu comme tel par d’autres organisations sanitaires il y a dix ans déjà. Dans ce domaine, nous nous heurtons à un véritable travail de lobbying qui, pour moi, justifie de parler de crime organisé de la part des grands industriels et des experts, doublé d’une situation de non-assistance à personne en danger.

L’amiante

Le traitement de l’amiante, qui est le plus connu des cancérigènes, est révélateur de cet état de fait. Les premiers cas sont identifiés à la fin du XIXe siècle et, dès 1930, les industriels disposent de toutes les données scientifiques attestant de sa dangerosité. Trente ans plus tard, un chercheur américain rend ces données publiques et en 1971 les entreprises du secteur s’organisent pour entreprendre une véritable campagne de désinformation sur les effets sanitaires de l’amiante, le tabac devenant un formidable alibi invoqué pour expliquer les maladies contractées par les salariés et la notion d’“usage sécuritaire” de l’amiante étant avancée pour empêcher une réglementation sévère de son usage, ce qui n’est rien de plus qu’un slogan de propagande industrielle puisqu’il a été établi qu’une fois l’amiante extraite de la mine et réduite en poudre, il n’existait aucune possibilité de limiter sa dangerosité.

Et le déni continue. Pour preuve, cette véritable bataille judiciaire qui, de 1997 à 2012, a opposé mouvements associatifs et pouvoirs publics dans une affaire de déconstruction d’une ancienne usine de transformation d’amiante, à Aulnay-sous-Bois. Tout ce que demandaient les associations, c’était l’application stricte de la réglementation de 1993 sur l’enlèvement d’amiante, à savoir : le confinement total du site durant les travaux afin de limiter la poussière au maximum et donc, les risques de contamination. Pour obtenir qu’il en soit ainsi, autrement dit pour que la loi soit respectée et appliquée, il a fallu plusieurs procédures judiciaires et surtout, il a fallu que la société civile se mobilise. Sans cela, on aurait démonté l’usine sans aucune précaution, ce qui aurait mené à une contamination des populations environnantes.

La sous-traitance du risque

Les secteurs présentant le plus de risques pour la santé des salariés sont connus. Il s’agit de la chimie et du nucléaire, bien sûr, mais aussi du BTP, de la réparation automobile, du travail des métaux, de l’imprimerie et de toutes les formes de maintenance industrielle. Le point commun étant que, dans l’ensemble de ces secteurs, on sous-traite les risques. La situation est simple : les entreprises considèrent que, à partir du moment où une activité est sous-traitée, la gestion des risques qui y est liée ne relève plus de leur responsabilité mais de celle de l’entreprise sous-traitante.

Et c’est là que l’on se heurte à un vide juridique. Le travail étant prescrit aux employés d’une autre entreprise avec laquelle le donneur d’ordres entretient une relation client-fournisseur, cela modifie les relations de travail entre le dirigeant de la première entreprise et les salariés de la seconde et, de ce fait, déplace les responsabilités. À cette situation déjà pernicieuse s’ajoute le fait que, bien évidemment, le sous-traitant en charge de cette activité de maintenance aura obtenu le marché parce qu’il aura répondu à un appel d’offres qui, au final, privilégiera toujours l’entreprise pratiquant les tarifs les plus avantageux. Et où les entreprises qui pratiquent ces tarifs avantageux parviennent-elles à faire des économies pour réduire leurs coûts d’exploitation ? Toujours sur les mêmes postes : la prévention et la sécurité des salariés.

AZF

Le drame d’AZF est un parfait exemple des situations parfois hallucinantes que l’on peut rencontrer dans l’univers de la maintenance industrielle. Le site utilisait des dérivés chlorés après avoir eu recours, des années plus tôt, à des engrais. Or il existe une incompatibilité totale et bien connue entre les nitrates contenus dans les engrais et le chlore. Ces produits n’auraient donc jamais dû être en contact. Mais l’entreprise ayant sous-traité la gestion de ses déchets sans alerter les personnes en charge sur la nature des produits et résidus qu’elles manipulaient, nitrates et chlore ont fini par se retrouver dans un même hangar, ce qui a abouti à l’explosion dans les minutes qui ont suivi.

On sait que, au cours de l’enquête, Total a tout fait pour éviter que cette piste chimique soit retenue ; c’est pourquoi le fait que le procès ait finalement abouti à la condamnation de l’industriel pour ne pas avoir géré les risques liés à ses activités de maintenance – activités qu’il a sous-traitées sans donner aucune consigne de sécurité ni même aucune information – est essentiel.

Pour moi, cela fait d’AZF le premier procès de la sous-traitance qui, j’espère, servira d’avertissement à tous les industriels qui se montrent totalement irresponsables dès lors qu’il s’agit de gérer leurs déchets. Tant qu’on est dans la production, ils s’en tiennent à leurs obligations légales : ils protègent leurs salariés et leur outil de travail. Mais dès lors qu’il est question de déchets, ils ne veulent plus dépenser un euro en prévention et gestion du risque car pour eux, la gestion des déchets, c’est typiquement ce qui coûte et ne rapporte pas. Résultat : 80 % de la dose collective d’irradiation, en France, sont supportés par des salariés du secteur de la sous-traitance.

C’est pourquoi je m’apprête à présenter à Mme Duflot un cahier intitulé “État des lieux et propositions” dans lequel figure, entre autres, une demande de voir interdire le recours à la sous-traitance sur tout site dangereux, afin que le risque ne soit plus sous-traité mais géré en interne.

Stratégie de contournement

Chaque grande filière industrielle – la chimie, le nucléaire, la métallurgie… – a développé sur la gestion des risques une même stratégie de contournement par la sous-traitance, laquelle se traduit par une délégation du danger et de la responsabilité. Ceci, tout en incitant les entreprises de sous-traitance à réduire leurs coûts – et donc, à rogner sur la sécurité – afin de remporter leurs appels d’offres. Ce qui prouve que, pour l’heure, l’intérêt économique l’emporte sur la préservation de la vie humaine et confirme qu’en matière de santé et sécurité des salariés, nous sommes face à une forme de crime organisé.

Prenons l’exemple des centrales nucléaires qui sous-traitent des opérations à très hauts risques comme la décontamination des piscines où l’on refroidit les réacteurs – piscines qui, une fois vidées, restent tapissées de poussières radioactives. Il existe des robots capables de retirer une partie importante de ces poussières mais ils coûtent cher et c’est pourquoi beaucoup de responsables du secteur refusent de les utiliser, préférant sous-traiter ce travail à des ouvriers qui se retrouvent à genoux au fond de la piscine avec un chiffon ! Bien sûr ils portent une combinaison mais la combinaison protège contre l’inhalation de la poussière.

Pas contre l’irradiation. Même chose chez France Telecom qui, durant des années, a installé un peu partout – sur les lignes, les poteaux, chez les abonnés… – des millions de parasurtenseurs contenant des sources radioactives. Lorsque l’utilisation des sources radioactives a été interdite, en 1978, rien n’a été fait pour les retirer et les salariés n’ont pas été avertis de leur dangerosité, si bien que beaucoup ont été irradiés. La situation a été dénoncée à plusieurs reprises et à plusieurs reprises France Télécom est parvenu à étouffer l’affaire.

Cynisme

Lorsque j’ai été auditionnée au comité sur la transparence du nucléaire sur la question de la sous-traitance, j’ai livré toutes ces informations en m’appuyant sur les différentes études attestant de l’exposition des travailleurs de ce secteur à un risque avéré. À la fin de la séance, les industriels ont expliqué que, si tout allait bien, ils seraient en mesure de réduire la sous-traitance dans quelques années ; ce qui n’est rien d’autre que la manifestation d’un cynisme intolérable. La preuve qu’une fois de plus, ils pensent et agissent dans un sentiment d’impunité total. Paradoxalement, ils sont plus prudents sur les questions environnementales – sans doute parce que plusieurs cas récents, comme le procès de l’Erika, ont prouvé qu’ils s’exposaient dans ce domaine à un véritable effet boomerang – que sur celles de la préservation de vies humaines et même de la protection de certaines populations. Le comble étant que, pour économiser sur la prévention et la sécurité, ils sont prêts à engager des sommes folles dans des études scientifiques censées apporter la preuve qu’il ne se passe rien.

Crime industriel et désastre volontaire

Le fait que les industriels soient conscients des risques liés à leur activité et qu’en toute connaissance de cause ils y exposent certains salariés fait qu’il ne s’agit plus seulement de négligence mais d’une véritable organisation de la déresponsabilisation. Cela fait trente ans que je cherche à dénoncer cette réalité ; à rendre visible une situation que, côté industriels, tout le monde s’emploie à dissimuler et dont, de toute évidence, les pouvoirs publics n’ont toujours pas pris la mesure. C’est pourquoi je m’apprête à adresser au gouvernement des propositions très concrètes dont une visant à modifier le code pénal pour y introduire les notions de crimes industriels et de désastre volontaire sur lesquelles un tribunal italien a récemment condamné deux industriels de l’amiante, non seulement à verser de fortes indemnités mais aussi à des peines de prison fermes.

Introduire ces deux notions dans le code pénal français, voire européen, impliquerait que, dès lors qu’un risque est connu, y exposer qui que ce soit fasse l’objet de sanctions pénales. Cela permettrait d’aller au-delà de la notion déjà existante de mise en danger de la vie d’autrui – qui doit être démontrée pour chaque plaignant – en plaçant d’emblée la plainte sur un niveau collectif. Comme cela a été le cas en Italie où la notion de désastre volontaire a été instruite pour quelque 6000 parties civiles et où le procureur en personne a ouvert l’instruction, permettant à la justice italienne de s’autosaisir de ce drame de l’amiante. Alors qu’en France, cela fait quinze ans que le procès contre les industriels de l’amiante attend d’être ouvert.”

Bio express
La militante

Sociologue du travail et chercheuse à l’Inserm, Annie Thébaut–Mony se spécialise dans les maladies professionnelles et la sécurité des salariés dès le début de sa carrière. Trente ans plus tard, elle continue à dénoncer, en bloc, les effets de l’amiante et de la radioactivité, l’inertie des pouvoirs publics et l’impunité des industriels dans un engagement sans faille qui, le 31 juillet dernier, la poussera même à refuser la Légion d’honneur.

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VOIR LA VIDÉO

Directrice du Giscop (Groupement d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle), responsable d’un programme d’études comparées en santé du travail et membre de l’IRI (Institut de recherches interdisciplinaires sur les enjeux sociaux) elle est, en outre, présidente de l’association Henri Pézerat sur les liens entre santé, travail et environnement, porte-parole de BAN Asbestos France, un réseau international de lutte contre l’utilisation de l’amiante et auteure de plusieurs ouvrages sur la santé au travail dont L’Industrie nucléaire, sous-traitance et servitude paru en 2000 et, 7 ans plus tard, Travailler peut nuire gravement à la santé.

Presse esclavagiste (Caroline Castets, LeNouvelEconomiste.fr, 4 décembre 2012)

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 11:34

Nucléaire. 300’000 enfants en zone contaminée à Fukushima

2 millions de personnes vivent dans des régions très contaminées par l’explosion de Fukushima. Une situation que dénonce le Japonais Kazuhiko Kobayashi, en tournée en Europe. Il a fait étape à Strasbourg.

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Kazuhiko Kobayashi était en conférence à Strasbourg.

Ébranlé par la catastrophe de Fukushima, Kazuhiko Kobayashi, 66 ans, qui avait travaillé de 1968 à 1997 dans des entreprises privées en Allemagne, a décidé de revenir en Europe pour témoigner du vécu des habitants touchés par les irradiations et contaminations.

Où sont les personnes qui vivaient dans la zone aujourd’hui interdite de 20 km autour de la centrale ?

Les plus riches ont quitté la région. Les autres, la majorité, vivent toujours dans la région de Fukushima, au-delà des 20 km. Le gouvernement dit que c’est sans danger. C’est faux. Les taux de radioactivité sont très élevés, jusqu’à 300 km de la centrale. La limite internationalement reconnue de 1 millisievert par an a été rehaussée à 20 millisieverts par an. Un médecin corrompu, nommé vice-président de la faculté de médecine, a affirmé que 100 millisieverts par an ne présentent aucun risque. Ceci pour que le gouvernement ne soit pas obligé de dédommager les habitants qui ont tout perdu et qui tombent malades.

Voit-on apparaître des pathologies liées à la radioactivité ?

Une étude menée sur 4000 enfants a montré, en octobre dernier, que 40 % d’entre eux ont déjà des problèmes de thyroïde. Le gouvernement refuse de reconnaître que cela est causé par la radioactivité. La plupart des médecins ignorent tout des pathologies induites par la radioactivité, ils ne savent pas ce qui s’est passé après Tchernobyl. Si je fais cette tournée en Europe, à mes frais, c’est pour aider les gens qui souffrent, pour récolter des fonds destinés à créer une clinique privée, à l’initiative d’associations de citoyens et de médecins non corrompus, afin d’examiner, conseiller et soigner les gens. 300’000 enfants vivent en zone contaminée.

Qu’en est-il de l’alimentation ?

La région de Fukushima est une zone agricole où vivent beaucoup de petits paysans qui ne peuvent plus vendre leurs produits. Ils demandent à être indemnisés. Le gouvernement ne veut pas payer et dit que ces aliments ne sont pas dangereux. Les gens des villes n’achètent plus de légumes de Fukushima mais des produits qui viennent d’autres régions. Alors les produits de Fukushima sont achetés à bas prix et envoyés vers le sud du pays en camions puis reconditionnés et réétiquetés avec la mention « Japon du sud ». Cette fraude se pratique dans tout le pays, le gouvernement le sait et ferme les yeux.

Comment réagit la population ?

Les Japonais sont des gens obéissants. Pour qu’ils manifestent dans les rues, il faut qu’ils soient vraiment en colère. Depuis Fukushima, les manifestations se succèdent. Il y a eu jusqu’à 200’000 personnes dans les rues de Tokyo en juin et juillet derniers. Mais peu de médias en parlent au Japon.

Que savez-vous du réacteur endommagé l’an dernier ?

Le 4e réacteur de Fukushima peut s’écrouler ou exploser au moindre séisme. Le gouvernement et l’exploitant Tepco essaient de le faire réparer. C’est très dangereux car très radioactif. Les robots utilisés ne marchent pas toujours. Des travailleurs précaires sont amenés à travailler en zone radioactive par séquences de 15 minutes. Après quelques semaines, ils sont licenciés et repartent sans suivi médical. Quand ils mourront, on ne connaîtra pas les causes de leur mort.

Le Japon a-t-il définitivement renoncé au nucléaire ?

En raison de la forte sismicité, le Japon est absolument inadapté à l’implantation de centrales nucléaires. Mais les grandes puissances économiques ont intérêt à exploiter le nucléaire au Japon. Le gouvernement ne veut pas reconnaître sa responsabilité dans la catastrophe de Fukushima et contourne la question en disant que, face à la Chine qui monte en puissance, le Japon doit disposer de l’arme nucléaire, et donc de centrales. C’est la propagande qui se développe aujourd’hui. Il y a de nombreuses techniques dangereuses. Mais le nucléaire est la plus dangereuse : en cas d’accident, les dégâts se perpétuent sur de nombreuses générations. Et les populations ne peuvent pas fuir les zones contaminées.

Presse contaminée (propos recueillis par Élisabeth Schulthess, LePays.fr, 7 décembre 2012)

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 12:50

The Great Mexican Maize Massacre

Gene Giants Prepare the Genetic Wipe-out of One of the World’s Most Important Food Crops.

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Agribusiness giants Monsanto, DuPont and Dow are plotting the boldest coup of a global food crop in history. If their requests to allow a massive commercial planting of genetically modified (GM) maize are approved in the next two weeks by the government of outgoing president Felipe Calderón, this parting gift to the gene giants will amount to a knife in the heart of the center of origin and diversity for maize. The consequences will be grave – and global. With the approvals and December planting deadlines looming, social movements and civil society organizations have called for an end to all GM maize in Mexico. Mexico’s Union of Concerned Scientists (UCCS) has called on the Mexican government to stop the processing of any application for open-field release of GM maize in Mexico [UCCS (Unión de Científicos Comprometidos con la Sociedad), “Statement: Call to action vs the planting of GMO corn in open field situations in Mexico,” November 2012]. ETC Group joins these calls, and appeals to the UN Food and Agriculture Organization (FAO) and to the UN Convention on Biological Diversity (CBD) – intergovernmental bodies mandated to support food security and biodiversity – to take immediate action.

Outrage and alarm rang out through Mexico when the world’s two largest commercial seed companies, Monsanto and DuPont (whose seed business is known as DuPont Pioneer Hi-Bred International, Inc.), and Dow AgroSciences (the world’s 8th largest seed company) applied to the government for the planting of 2,500,000 hectares (more than 6 million acres) of transgenic maize in Mexico [The list of commercial applications for environmental release of GMOs is available here. (In Mexico, DuPont Pioneer Hi-Bred International, Inc., is known by the name PHI México.)]. The land area is massive – about the size of El Salvador. Scientists have identified thousands of peasant varieties of maize, making Mexico the global repository of maize genetic diversity. If the agribusiness applications are approved, it will mark the world’s first commercial-scale planting of genetically modified varieties of a major food crop in its center of origin.

“If Mexico’s government allows this crime of historic significance to happen, GMOs will soon be in the food of the entire Mexican population, and genetic contamination of Mexican peasant varieties will be inevitable. We are talking about damaging more than 7,000 years of indigenous and peasant work that created maize – one of the world’s three most widely eaten crops,” said Verónica Villa from ETC’s Mexico office. “As if this weren’t bad enough, the companies want to plant Monsanto’s herbicide-tolerant maize [Mon603] on more than 1,400,000 hectares. This is the same type of GM maize that has been linked to cancer in rats according to a recently published peer-reviewed study.” [Gilles-Éric Séralini et al.,“Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize,” Food and Chemical Toxicology, Volume 50, Issue 11, November 2012, pp. 4221–4231. See also, John Vidal, “Study linking GM maize to cancer must be taken seriously by regulators,” The Guardian, 28 September 2012.]

(…)

To read the full release, please download the PDF.

Communiqué de ETC Group, 15 novembre 2012


Mexique/OGM
L’introduction massive du maïs transgénique fait débat

Des organisations non gouvernementales s’inquiètent d’une prochaine approbation, par le Mexique, de la culture de maïs transgénique sur une zone de quelque 2,4 millions d’hectares. Le gouvernement mexicain assure qu’aucune décision n’est prise pour l’instant.

« Tout indique que la décision pourrait être prise dans les prochaines semaines. Nous pensons que le président (Felipe) Calderon pourrait la signer avant de quitter ses fonctions le 1er décembre », a déclaré, mardi, Silvia Ribero, porte-parole au Mexique de l’organisation environnementale ETC, basée au Canada.

La semaine dernière, ETC et le Réseau de défense du maïs, basé au Mexique, avaient assuré, dans un communiqué, qu’une telle décision bénéficierait aux « géants de l’industrie agroalimentaire Monsanto, DuPont et Dow, pour planter une zone énorme de maïs transgénique ».

Le ministre mexicain de l’Agriculture, Francisco Mayorga, a indiqué cette semaine que l’étude des demandes des multinationales suivait son cours normal et qu’il ne pensait pas qu’une décision interviendrait avant la fin de l’année. « Nous n’allons pas forcer les choses […] il manque des documents légaux et ceux-ci ne peuvent pas être publiés sous cette administration », a-t-il assuré, lundi, au quotidien El Economista.

La culture de maïs transgénique est une question polémique au Mexique, où cette plante sert de base à l’alimentation. Le pays est l’un des principaux producteurs mondiaux de maïs blanc, mais importe plus de 7 millions de tonnes par an de maïs jaune, destiné à l’élevage et à l’industrie.

Le gouvernement mexicain avait déjà autorisé, en 2011, la culture de maïs jaune transgénique de Monsanto dans de petites zones pilotes, en dépit des critiques des mouvements de défense de l’environnement.

Leur presse (lafranceagricole.fr, 21 novembre 2012)

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 14:13
Deux agriculteurs américains témoignent des méfaits des OGM
Benjamin Sourice | Journaliste pigiste

Wendel Lutz et Wes Shoemyer à Paris le 30 octobre 2012 

« Les OGM détruiront votre modèle d’agriculture familiale s’ils sont adoptés ! »

C’est en substance le message que sont venus porter en France deux agriculteurs américains « repentis » des OGM. L’un, Wes Shoemyer, petite barbichette, grand sourire et chevalière frappée d’un symbole franc-maçon, dirige une exploitation de 1 200 hectares dans le Missouri, l’Etat abritant le siège de Monsanto.

Elu démocrate au sénat du Missouri, il est en lutte contre « l’accaparement monopolistique de l’agriculture par une poignée de firmes ».

A ses cotés, Wendel Lutz, la cinquantaine débonnaire du typique « mid-west farmer », l’air tragique en plus de l’homme en résistance.

Ils ont été invités à témoigner par Greenpeace afin de raconter « leur réalité ».

Solidement installé au fond de sa chaise, Wes Shoemyer raconte :

« Avant l’introduction des OGM, nous utilisions déjà l’herbicide Roundup pour brûler les mauvaises herbes, c’était miraculeux ! Entre 1996 et 2001, au moins 80% des agriculteurs ont adopté ce système des OGM. »

L’élu reproche aujourd’hui à Monsanto d’avoir mis en place une stratégie de capture du marché avec des prix attrayants, en particulier sur le Roundup, pour ensuite organiser l’envolée des prix.

Il est inquiet de voir « les agriculteurs payer de plus en plus cher, non plus pour financer la recherche ou améliorer leur production, mais pour s’acquitter d’un brevet contrôlé par une seule compagnie ».

Aux États-Unis, la technologie brevetée Roundup Ready de Monsanto est présente dans 94% des variétés de soja génétiquement modifié et 70% du maïs génétiquement modifié d’après le ministère de l’Agriculture.

Des mauvaises herbes résistantes au Roundup

Aux Etats-Unis, entre 2000 et 2011, la consommation annuelle de glyphosate, la substance active du Roundup est passée dans les champs de maïs de 1,8 million à 30 millions de tonnes dues à l’expansion massive des OGM. Une explosion de la consommation qui s’explique également par l’augmentation des doses pour tenter de contrôler certaines mauvaises herbes devenues tolérantes au Roundup, découvertes pour la première fois en 2000 dans le Delaware.

Une mauvaise surprise dure à digérer pour Wendel Lutz :

« C’est en 2011, que j’ai observé les premiers plants d’amarantes rugueuses résistants au glyphosate se développer dans mes champs.

C’est injuste qu’après seulement cinq ans d’exploitation des OGM mes champs aient été envahis, c’est à ce moment que j’ai décidé d’arrêter et d’alerter mes collègues ! »

Au moins 5 millions d’hectares de cultures, d’après l’industrie, seraient contaminés par ces « super adventices », capables de résister à plusieurs classes d’herbicides. L’organisation internationale chargée de leur contrôle(ISHRW), financée par les producteurs de pesticides, a déjà recensé23 espèces sauvages résistantes, un chiffre sous-estimé selon d’autres experts.

La fuite en avant vers toujours plus de pesticides

Wendel raconte :

« Certains de mes voisins qui ont le même problème préfèrent continuer en augmentant les doses ou en cumulant plusieurs molécules. C’est une fuite en avant avec le risque qu’à terme la plupart des mauvaises herbes deviennent résistantes à tous les herbicides. »

Une tendance que suit l’industrie. Sur 20 nouveaux OGM en cours d’évaluation auprès de la FDA, l’agence de régulation sanitaire américaine, 13 sont élaborés pour résister à de multiples herbicides. La firme Dow pense répondre à ce fléau en réintroduisant d’anciens herbicides comme le Dicamba ou le 2-4 D, ayant servi dans la composition de l’agent orange lors de la guerre du Vietnam et auquel des résistances de plantes sauvages ont déjà été observées.

Un retour aux semences conventionnelles ?


Etiquette d’un sac de semences OGM

Pour Wes, il est encore possible d’agir :

« Il faudrait revenir en arrière, vers des semences conventionnelles ; certaines compagnies en ont fait une spécialité. Malheureusement, il y a une vraie dépendance des agriculteurs vis-à-vis de ces technologies que les compagnies ont intérêt à entretenir et cela au détriment des bonnes pratiques culturales. »

Pour Wendel il faudrait « une impulsion économique, une plus grande demande pour du non-OGM, pour voir un changement d’orientation » dont l’étiquetage des OGM, actuellement en débat, pourrait être le socle.

En guise d’avertissement final, Wes Shoemyer lance :

« Si la France ou l’Union européenne adoptaient les OGM, cela aurait un impact majeur sur les campagnes. Si vous voulez de grandes fermes en monoculture, si vous souhaitez vider les zones rurales de leurs habitants, alors vous adoptez le modèle OGM. C’est cela l’expérience américaine : une agriculture sans agriculteur contrôlée par des entreprises multinationales ! »

sourve:rue89

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 12:00

OGM, Monsanto, Roundup & Co : comment notre société produit des malades

LE PLUS. “Oui, les OGM sont des poisons !”. C’est le titre choc du dossier du magazine Le Nouvel Observateur de cette semaine, réalisé sur la base d’une étude tout juste rendue publique : “Long Term Toxicity of a Roundup Herbicide an a Roundup Tolerant Genetically Modified Maize” (in Food and Chemical Toxicology). Joël Spiroux, co-auteur de cette étude, explique que nos sociétés n’assurent pas la sécurité alimentaire de leurs populations.

Depuis près de 15 ans je travaille, en plus de mes consultations avec Gilles-Éric Séralini avec qui je partage les mêmes préoccupations, sur les liens entre les pesticides, les OGM et la santé. Notre étude est emblématique car elle montre une fois de plus comment nos sociétés dites évoluées sont incapables d’assurer la sécurité alimentaire de leurs populations.

“L’aliment est ton premier médicament”

La mise en garde est pourtant bien ancienne car Hippocrate, 450 ans avant J.C., précisait : “L’aliment est ton premier médicament”. Comment penser qu’une plante à pesticide soit saine ? Comment penser qu’un OGM et son pesticide associé, tous deux mal évalués, puissent finir dans nos assiettes sans faire prendre de risque à la population ? Cette problématique mise en évidence par notre étude correspond exactement à ce qui se passe au sujet de tous les autres xénobiotiques déversés sur la planète depuis plus d’un siècle…

Je suis médecin libéral et consulte depuis près de 30 ans. Je n’ai jamais accepté de voir arriver dans mon cabinet des patients en souffrance, qui ne devraient pas être malades si les conditions environnementales étaient favorables à leur épanouissement. En effet, avec l’arrivée de l’hygiène bactérienne grâce à Pasteur, des antibiotiques et du développement extraordinaire des techniques médicales et chirurgicales nous avions largement diminué les causes de mort des siècles passés. Plutôt qu’une amélioration de notre état de santé, que constatons-nous ?

Une augmentation importante des cancers, des maladies neuro dégénératives, métaboliques, immunitaires, des stérilités, des malformations néonatales, une baisse de 50% des spermatozoïdes en 50 ans et en parallèle une diminution importante de la biodiversité ! Nous pouvons ajouter à cela les 8.000 maladies orphelines pour la plupart métaboliques et pour lesquelles nous constatons les troubles mais que nous sommes incapables de soigner.

Notre société produit des malades

Ce qui arrive aux humains arrive de façon concomitante à la faune et à la flore. La cause principale en est la quantité de xénobiotiques répandus sur la planète depuis le développement de la chimie organique et minérale de synthèse. 3 millions de tonnes en 1930, 420 millions en 2010 de ces produits chimiques qui sont persistants et se bio-accumulent dans l’environnement, finissent par aboutir dans notre assiette par concentration dans la chaîne alimentaire, sans compter l’air de nous respirons.

“Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés”. La Fontaine, Les animaux malades de la peste.

Nous sommes dans une société schizophrène qui d’une part “produit du malade” et qui, d’autre part, s’étonne de devoir dépenser de l’argent pour la soigner.

Les origines de cet aveuglement

Quelles sont les causes de ce désastre sanitaire qui coûte très cher à la population en termes de souffrance et aussi financièrement à la société ? Plusieurs réponses :

• Nous n’avons pas pris encore la mesure du lien entre santé et environnement, l’impact des environnements biologiques, physiques, chimiques, sensoriels, socio anthropologiques sont bien peu pris en compte malgré les deux plan Santé Environnement et peu de mesures efficaces sont mises en place.

• Nous sommes dans une société du soin et non de santé, en effet nous médecins, sommes très bien formatés pour le soin et pas du tout pour la santé et la prévention. L’intérêt des médecins pour les pathologies environnementales est bien faible, j’en ai fait l’expérience avec les deux congrès que j’ai réalisé au sein de l’URML de Haute Normandie en 2005 (1er congrès national sur les pathologies environnementales) et en 2009 (1er congrès européen sur le même thème : ECEP 2009). “Quelques difficultés qu’il y ait à découvrir des vérités nouvelles, en étudiant la nature, il s’en trouve de plus grandes encore à le faire reconnaître” disait Lamarck dans Philosophie zoologique ! Par ailleurs nous pouvons préciser que les dépenses de santé font partie du PIB ! est-il pertinent de croire que les dépenses de santé peuvent améliorer le PIB ?

• La toxicologie actuelle est inadaptée à cette masse de xénobiotiques présente dans l’environnement. Ce n’est plus la dose qui fait le poison comme nous le croyions depuis Paracelse, en effet des doses infimes de l’ordre du nano gramme ou du picogramme peuvent avoir des effets délétères sur la santé comme nous le prouvent les perturbateurs endocriniens dont les pesticides. Notre étude le montre. La toxicologie actuelle ne tient pas compte des phénomènes de bioaccumulation, les effets combinés, les effets à long terme, transgénérationnels ainsi que des effets des faibles doses.

• L’épidémiologie qui a été mise au point pour suivre des liens causaux directs et binaires entre un agent causal et une pathologie bien définie ne fonctionne pas pour des pathologies environnementales qui comportent plusieurs agents causaux mélangés et plusieurs manifestations cliniques possibles. Imaginez : si je recherche dans votre sang les 100 xénobiotiques toxiques les plus courants (dioxines, PCB, DDT…) je suis sûr d’en trouver au moins 60 à 70 ! comment ces produits réagissent-ils entre eux, comment votre corps réagit-il, que penser des enfants perfusés in utéro par ces produits ? Cela n’a jamais été évalué !

• Dernier point : le laxisme, voire l’incompétence des organismes réglementaires qui acceptent la mise sur le marché de produits mal évalués comme ceux que nous avons mis en évidence dans notre étude. Ce sont ces mêmes instances qui définissent des normes de toxicité qui bien souvent ne sont pas à même de nous protéger du fait de failles de la toxicologie et de l’épidémiologie précisées plus haut. L’état de la santé mondiale est là pour en attester.

Œuvrer pour le soin ET la santé

Une fois ce tableau dramatique brossé, que faudrait-il faire ?

1. Mettre en œuvre les outils d’une HYGIÈNE CHIMIQUE comme nous avons développé une HYGIÈNE BACTÉRIENNE depuis Pasteur. Ces outils sont l’adaptation aux pathologies environnementales de la toxicologie, de l’épidémiologie et des normes de toxicité. Les tests réglementaires doivent devenir publics, indépendants des producteurs et soumis à une expertise contradictoire.

2. Créer un enseignement en santé environnementale pour les médecine et le corps médical dans son ensemble.

3. Chercher des traitements détoxifiants à base de plantes comme nous commençons à le faire dans le laboratoire.

Pour conclure, une citation d’Hannah Arendt : “Le progrès et la catastrophe sont l’avers et le revers d’une même médaille.”

En effet, la pensée technoscientifique ignore bien souvent les êtres, les gens et les cultures… La réalité humaine, c’est le réalisme trivial mais aussi l’imaginaire, le mythologique, l’affectif, mais l’économie est une science trop belle, car elle mathématise la réalité et donc avec des chiffres, on fait disparaitre la chair, le sang, les passions, les souffrances, les bonheurs, les cultures…

Bref tout ce qui fait que l’homme à la fois “naturel” et “sur-naturel”, qu’il s’enracine dans la nature vivante, physique et qu’il en émerge et s’en distingue par la culture, la pensée et la conscience.

Par Joël Spiroux de Vendômois, Docteur en médecine
Presse contaminée (leplus.nouvelobs.com, 20 septembre 2012)


Consommation
 Peut-on encore manger sans OGM ?

Interdits de culture en France, les OGM se retrouvent pourtant dans les assiettes des consommateurs via l’alimentation animale, friande de soja transgénique importé. Malgré les pressions du lobby agro-alimentaire, une petite victoire de transparence vient d’être obtenue. La mention « sans OGM » pourra désormais être accolée sur les produits qui en contiennent moins de 0,1%.

Interdits de culture en France depuis 2008, les OGM sont présents dans nos assiettes via l’alimentation des animaux que nous mangeons : 80% des 4,5 millions de tonnes de soja importé chaque année du Brésil pour nourrir les porcs et volailles (non bios) est transgénique ! Ce « détail » est rarement connu des consommateurs. Pour s’assurer de ne pas manger d’OGM, dont les risques sanitaires sont pointés du doigt par une toute récente étude, les consommateurs peuvent acheter bio. Des guides régionaux (en Bretagne,NormandiePays-de-la-Loire et région Centre) recensent par exemple les points de vente et producteurs commercialisant de la viande, et autres produits issus d’animaux nourris sans OGM. Greenpeace propose également un guide des produits avec ou sans OGM.

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Depuis le début de l’été, tous les consommateurs français peuvent bénéficier de cette transparence. Un décret, rédigé en janvier par le précédent gouvernement et publié le 1er juillet dernier, autorise la mention « sans OGM » sur les produits qui n’en contiennent pas. L’Allemagne, l’Autriche et l’Italie pratiquent déjà cet étiquetage spécifique. Des millions de macarons verts « nourri sans OGM » pour les viandes ou « issu d’animaux nourris sans OGM » pour le lait, les œufs, et les produits transformés ornent d’ores et déjà les rayons des magasins de l’hexagone. Une mention « sans OGM dans un rayon de 3 km » est prévue pour les ingrédient issus de l’apiculture.

Pourquoi un seuil de 0,1% d’OGM

Le seuil de détection retenu, pour obtenir cette mention est de 0,1% d’OGM, un seuil préconisé par le Comité économique éthique et social du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB). C’est une petite victoire contre le lobby pro-OGM, qui s’est battu pour que le seuil de détection soit plutôt de 0,01%. Ce qui aurait rendu l’étiquetage inopérant. Les OGM étant présents de fait en Europe, une contamination est toujours possible. Peu d’enseignes ou de producteurs auraient alors pris le risque d’un déclassement de leurs produits suite à un contrôle qui aurait repéré des traces d’OGM au-delà de 0,01%.

Il n’y a pas qu’en Europe où l’information des consommateurs effraie les vendeurs d’OGM. Aux États-Unis, les rayons californiens pourraient voir débarquer très prochainement des étiquettes avec la mention « contient des OGM ». Soumise à l’avis des électeurs de Californie en novembre prochain, la décision pourrait faire tâche d’huile. Au sein des multinationales de l’agroalimentaire, c’est la panique ! Mais pourquoi, au fait, puisque les OGM sont tellement inoffensifs ?

Nolwenn Weiler, Basta !, 20 septembre 2012


OGM : comment les éviter dans notre assiette ?

La France est relativement protégée vis-à-vis des organismes transgéniques. Mais ils sont tout de même présents dans notre alimentation à l’état de trace.

Bonne nouvelle : “En France et dans les autres pays sous moratoire, nous sommes relativement protégés”, rassure le Dr Joël Spiroux, co-auteur de l’étude sur la toxicité d’un maïs transgénique sur les rats. Reste que nous ne vivons pas non plus dans une bulle. Le point sur les expositions possibles.

En Europe, une partie seulement des produits contenant des OGM sont étiquetés

La réglementation mise en place en 2004 au niveau européen rend obligatoire un étiquetage signalant la présence d’OGM sur les aliments qui en contiennent plus de 0,9%. Elle admet entre autres la présence d’additifs alimentaires et d’arômes produits par des OGM, lorsque ceux-ci ne sont pas disponibles sur le marché sous une autre forme. Au-delà de 0,9%, les fabricants ont l’obligation de mentionner sur l’étiquette — en général en tout petits caractères — “issu de maïs génétiquement modifié”.

Les organismes transgéniques sont donc présents, soit à l’état de traces et non signalés, soit en plus grande quantité et signalés, dans certains produits transformés comme les huiles de soja, les corn-flakes, ou encore les sauces notamment importées des Etats-Unis. “C’est la partie émergée de l’iceberg”, commente Aurèle Clémencin, en charge du développement de l’application d’information aux consommateurs Notéo. “La partie immergée, qui représente l’essentiel de la problématique, c’est la consommation indirecte, qui passe par l’alimentation animale”.

En France, on consomme des OGM indirectement

“Le soja et le maïs représentent une très grande proportion des cultures d’OGM et finissent en tourteaux et farines, quasiment impossibles à tracer”, poursuit Aurèle Clémencin. Les cultures transgéniques sont interdites en France, mais 80% des animaux d’élevage consomment des céréales contenant des OGM, importés depuis le continent américain. Notamment du maïs NK 603, utilisé dans l’étude de Gilles-Éric Séralini.

Or les viandes et autres produits issus du règne animal (œufs, produits laitiers, biscuits…) ne sont soumis à aucune obligation d’étiquetage quand aux éventuelles traces d’OGM. Depuis le 1er juillet, certains commerçants indiquent toutefois sur les emballages “nourri sans OGM”. Pour les produits frais, on peut aussi demander des détails au distributeur.

Il existe des produits garantis “sans OGM”

La mention “sans OGM” signifie en réalité que la présence d’un éventuel organisme transgénique n’a pas pu être décelée via les techniques actuelles d’identification, qui permettent de les détecter à partir de 0,01% de présence. Les aliments “sans OGM” sont : les produits qui ne contiennent pas d’ingrédients susceptibles d’être génétiquement modifiés, évidemment, (un paquet de thé ne peut être étiqueté comme tel car il n’y a pas de thé génétiquement modifié sur le marché), les produits issus d’animaux étiquetés comme biologiques (label AB), certaines appellations d’origine de produits animaux, dont les cahiers des charges excluent l’utilisation de fourrage OGM pour la production laitière.

Quelques exemple de fromages qui n’en contiennent pas : Abondance, Comté, St Nectaire, Gruyère, Vacherin, Mont d’Or, Neufchâtel, Bleu de Gex, Tomme des Bauges, Tomme de Savoie, Beaufort, Rocamadour, Laguiole, Epoisse, et Reblochon. Des exemples de viandes : mouton Barèges-Gavarni et boeuf Maine-Anjou. “Label rouge s’est également engagé à nourrir les animaux sans OGM”, précise Aurèle Clémencin. “Et dans la grande distribution, de nombreuses enseignes se sont engagées à bannir les OGM de l’alimentation animale, dans une sorte de front généralisé, par peur d’un nouveau scandale sanitaire”.

Et en voyage ?

En Europe, deux cultures OGM sont autorisées : le maïs MON 810 et la pomme de terre Amflora. Mais en vertu de la clause de sauvegarde activée au niveau européen en 2008, aucun OGM ne peut être cultivé sur le sol français. Six autres pays ont adopté la clause : l’Allemagne, l’Autriche, la Bulgarie, la Grèce, la Hongrie et le Luxembourg pour le MON 810, l’Autriche, la Hongrie et le Luxembourg pour l’Amflora, qui n’est quasiment plus cultivée.

Dans le reste du monde, c’est une autre affaire. 98 % de la superficie mondiale cultivée en OGM (160 millions d’hectares) se retrouve dans dix pays : les États-Unis, 43,1 % de la superficie ; le Brésil, 18,9 % de la superficie ; l’Argentine, 14,8 % de la superficie ; l’Inde, 6,6 % de la superficie ; le Canada, 6,5 % de la superficie ; la Chine, 2,4 %. D’ici 2015, on estime que la superficie totale des cultures génétiquement modifiées dans le monde sera de 200 millions d’hectares, avec en sus l’arrivée de nouveaux organismes comme le maïs tolérant à la sécheresse (en 2012) ou le riz Bt. Aux États-Unis, 80% de la nourriture américaine non bio contient des OGM.

Pour s’y retrouver

La liste Greenpeace, qui classe tous les produits de la grande distribution susceptibles de contenir des OGM (viande, crèmerie, plats préparés, aliments pour bébés…) selon qu’ils contiennent (en rouge) ou non (en vert) des traces d’OGM.

L’application Notéo, qui sortira fin novembre, notera l’ensemble des produits de la grande distribution selon des critères sociaux, environnementaux, sanitaire et budgétaires. La présence d’OGM sous forme de trace ou en plus grande quantité y sera précisée.

Presse contaminée (Morgane Bertrand, tempsreel.nouvelobs.com, 20 septembre 2012)


Des OGM cachés à tous les rayons

L’étude scientifique révélée mercredi rouvre le débat sur les organismes génétiquement modifiés. En Charente comme ailleurs, ils sont à peu près partout. Sans qu’on sache les quantifier.

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Patrick Rivolet et Joacquim Karras, membres du comité anti-OGM de Charente, montrent quelques produits susceptibles d’en contenir.

Il pourrait y en avoir à peu près partout: à la louche, dans huit produits de consommation courante sur dix. Trois ans d’une étude scientifique sans précédent viennent de rallumer la poudrière des organismes génétiquement modifiés (OGM). Révélées mercredi, les analyses menées par l’équipe du professeur Gilles-Éric Séralini sur des rats de laboratoire nourris pendant des mois avec des OGM  sont sans appel : « Ces organismes sont comme une bombe à retardement qui va nous exploser en pleine figure dans quinze ans », partage Patrick Rivolet, l’un des membres du collectif anti-OGM de Charente.

« On est bien incapable de quantifier »

Alors que toutes les analyses — quand elles existent — ne sont habituellement menées que sur trois mois et ne laissent rien apparaître de nocif, la démarche de l’équipe Séralini —déjà critiquée hier — démontre que c’est sur le plus long terme que les dégâts, sérieux, peuvent se faire sentir. « Les tumeurs constatées sur les rats sont effrayantes », s’inquiète Joacquim Karras, un autre membre du comité charentais. « Mais cette étude, en fait, ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà, observe Patrick Rivolet. En revanche, elle donne du crédit scientifique à ce pourquoi nous nous sommes toujours battus. Elle montre que nous avions raison. »

Ce qui n’a rien de très rassurant. Parce que si on approfondit, on s’aperçoit que les OGM se cachent à peu près partout dans les rayons. Pour s’en convaincre, il suffit de faire un tour dans un hypermarché d’Angoulême, n’importe lequel, avec une liste établie par Greenpeace et téléchargeable sur son site à l’adresse guide-ogm.greenpeace.fr. L’organisme a recensé de nombreux produits de consommation courante — du pot de rillettes au paquet de gâteaux secs, en passant par les céréales, jambons, fromages, etc. — et classé chacun en fonction de leur élaboration avec une partie d’OGM ou non.

La colonne rouge est bien plus fournie que la verte. Mais il faut nuancer. « Cette liste est établie à partir d’un questionnaire adressé aux marques. On leur demande la transparence sur l’origine de leurs produits. Quand elles ne répondent pas, on considère qu’elles ont quelque chose à cacher », précise Patrick Rivolet.

Si on peut soupçonner la présence d’OGM, on est « bien incapable de la quantifier ». En principe, ça ne dépasse pas 0,9% du produit total. Car ce n’est qu’au-dessus de cette proportion qu’il est obligatoire pour les fabricants de faire acte de transparence. Il n’est donc peut-être pas utile de balancer l’intégralité du contenu de son placard et de son frigo après la lecture de cet article. Même si les puristes le martèlent : « Pour nous, le sans OGM, c’est 0% ; seule l’alimentation bio en apporte la garantie. »

L’étude du professeur Gilles-Éric Séralini a en tout cas l’avantage de rouvrir le débat. « Ça va certainement bouger après ça, pronostiquent les anti-OGM de Charente. Au moins au niveau de l’étiquetage. On devrait avoir plus de transparence. » Ce qui serait déjà un sacré pas en avant.

Presse contaminée (Benoît Caurette, CharenteLibre.fr, 21 septembre 2012)


Désobéissance
Ces paysans condamnés pour avoir fauché l’OGM NK 603

Il avait participé au fauchage d’une parcelle de maïs transgénique NK 603 dans la Vienne. Ce même maïs OGM pointé du doigt aujourd’hui pour ses effets toxiques par l’étude de Gilles-Éric Séralini et du Criigen. Une lettre sous scellé est parvenue le 14 septembre au domicile de François Dufour, producteur de lait dans la Manche, militant de la Confédération paysanne et élu régional.

L’agriculteur vient de recevoir l’ordre par huissier de verser 41’000 euros à Idémaïs, une petite société qui menait les essais pour le compte de la multinationale Monsanto. « Cette parcelle-là avait été déclarée illégale par le Conseil d’État quelques semaines après le fauchage », souligne François Dufour.

Lorsque la Cour d’appel de Poitiers rejuge les faits en février 2012, la Cour européenne de justice de Luxembourg et le Conseil d’État viennent d’invalider le moratoire sur les cultures OGM. François Dufour, vice-président Vert du conseil régional de Basse-Normandie, est alors condamné à une amende, en compagnie de son collègue José Bové, eurodéputé (EELV). Avec les sept autres faucheurs volontaires, « nous devons plus de 170’000 euros à Monsanto », confirme t-il. Malgré le pourvoi en cassation, les dommages-intérêts ne sont pas suspensifs.

La publication de l’étude scientifique indépendante menée par Gilles-Éric Séralini conforte les faucheurs volontaires. « Il est clair que nous avions raison depuis le début de mener ce combat-là contre ces plantes à poison, confie t-il à Basta !. Heureusement qu’il y a des scientifiques résistants et honnêtes, au service de la société ». À ses yeux, la simple application du principe constitutionnel de précaution impose une interdiction immédiate des produits incriminés, jusqu’au résultat d’études exhaustives sur le sujet. « En tant que paysan, mon rôle est de nourrir, pas d’empoisonner ! »

Sophie Chapelle, Basta !, 20 septembre 2012


Carcassonne. OGM : les Audois de la « Conf » avaient raison

Suite aux révélations de l’étude menée en France sur les dangers des OGM, la Confédération Paysanne dans l’Aude, mobilisée en janvier dernier contre la société Monsanto, ne veut pas en rester là.

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Inconnu du grand public jusqu’à hier, le professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen, Gilles-Éric Séralini ne l’est pas dans l’Aude où les agriculteurs de la Confédération paysanne suivent ses travaux de longue date. Lorsque l’étude choc de ce chercheur montrant le risque accru de cancers chez les rats alimentés aux OGM a été rendue publique après sa publication dans la revue américaine Food and Chemical Toxicology, les responsables de la « Conf » dans le département, qui se battent depuis des années contre la culture des organismes génétiquement modifiés, ont été à demi surpris.

« Cette information est capitale, dit Robert Curbières. Elle remet en cause des pratiques industrielles que nous condamnons de longue date, malgré le soutien du syndicat FDSEA au productivisme ».

Moins d’un an après, c’était en janvier dernier (lire ci-contre), après l’occupation par les faucheurs volontaires des locaux du géant américain Monsanto à Trèbes, les adhérents de la Confédération paysanne vont-ils saisir la balle au bond, dans la foulée du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, qui a mandaté l’agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) ? « Nous sommes en pleines vendanges mais nous allons réagir. Ne rien faire à la suite des actions que nous avons mené dans le passé, maintenant que nous avons la preuve que l’agriculture industrielle est mortifère, serait dommageable ». Selon Robert Curbières, les adhérents de la Confédération paysanne dans l’Aude vont se consulter rapidement. Ils pourraient décider en début de semaine prochaine d’une action qui donnera un peu plus de résonnance aux conclusions terribles de cette étude sur le maïs génétiquement modifié.

Le premier Audois à avoir réagi est le député européen Éric Andrieu. Membre de la commission de l’agriculture et du développement au Parlement de Strasbourg, il a demandé une révision de la législation de l’Union sur l’évaluation des risques des OGM sur la santé publique, animale et de l’environnement. À la chambre d’agriculture de l’Aude, Guy Giva, son président, a déclaré : « Nous sommes sensibilisés aux problèmes de sécurité alimentaire. Si cette étude démontre par a + b qu’il y a danger, la sagesse impose de tout stopper ». La chambre consulaire confirme qu’il n’y a pas dans le département un seul are d’OGM en culture ou en semi. Il n’est pas interdit, cependant, d’acheter des OGM fabriquées ailleurs qu’en France pour l’alimentation des animaux. C’est tout le problème.

Carcassonne. les faucheurs volontaires chez Monsanto

Le 23 janvier dernier quelques 80 militants, faucheurs volontaires, apiculteurs, membres de la Confédération paysanne, avaient investi le site Monsanto à Trèbes. Au cours de cette opération minutieusement préparée, les anti-OGM avaient découvert plusieurs kilos de semence de maïs Mon 810, prêts à être commercialisés. Stockés sur le site depuis le début du mois de janvier, une partie des 1600 kg avait été en partie dispersée et mélangées à des semences traditionnelles.

Au cours de leur « perquisition citoyenne », les faucheurs volontaires avaient également découvert des semences génétiquement modifiées, apparentées elles aussi au Mon 810, qui avaient été traitées avec du Poncho, un insecticides systémique dont l’utilisation est prohibée en France. Son principe actif — la clothianidine — est le même que celui du Gaucho, interdit également dans l’Hexagone. Cette découverte avait alimenté un peu plus la polémique entre la « Conf » et les dirigeants de Monsanto.

Carcassonne. Le chiffre : 0
are>De maïs transgénique. La chambre d’agriculture confirme qu’il n’existe aucun semis et aucune culture d’OGM sur le territoire audois. Il n’existe non plus aucune déclaration d’essai de ce type obligatoire en mairie.

Presse contaminée (Christian Aniort, LaDepeche.fr, 21 septembre 2012)


OGM : crise aiguë à Bruxelles

Le dialogue a tourné court entre la directrice de l’Efsa, l’autorité de sécurité alimentaire européenne et Gilles-Éric Seralini, l’auteur de l’étude sur le maïs OGM NK603.

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À Bruxelles, le bras de fer sur les OGM ne fait que commencer.

Auditionnée par une poignée de parlementaires européens à Bruxelles en présence de Gilles-Éric Séralini, auteur de l’étude choc sur le maïs NK 603, la directrice de l’Efsa (Autorité de sécurité alimentaire européenne) Catherine Geslain-Lanéelle a certes confirmé que son agence procéderait bien à l’expertise de l’étude. Mais en gardant les mêmes experts qui avaient par le passé donné leur feu vert à ce même maïs NK 603.

Gilles-Éric Séralini a réagi vivement : “Pas question que ceux qui ont autorisé le NK 603 réalisent la contre-expertise de nos données. Il y aurait un conflit d’intérêt avec leur autorité et leur carrière”. D’autant, ajoute le Dr Joël Spiroux, co-auteur de l’étude, que les conflits d’intérêt étaient alors nombreux au sein de l’Efsa et à l’intérieur du “Panel OGM”.

Résumé : Gilles-Éric Séralini est d’accord pour une expertise de l’Efsa à condition que les experts soient renouvelés de telle manière que ceux-ci ne soient conduits à devoir se contredire. La directrice de l’Efsa ne l’entend pas de cette oreille. Elle refuse le renouvellement de ses experts. Sa positon, c’est “Je maintiens. Tout”.

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Vidéo – Les commentaires de la directrice de l’Efsa à la sortie de son audition

Blocage total à Bruxelles

Corinne Lepage, député européenne et en charge de la Commission de l’environnement au Parlement de Strasbourg, est très remontée. D’autant plus qu’elle s’est vue opposer un autre refus clair et net sur sa proposition de voir mener par l’Efsa des études comparables à celle de Séralini : c’est-à-dire sur des rats pendant toute leur vie.

“Catherine Geslain-Lanéelle m’a répondu, confie Corinne Lepage, que les études sur trois mois ou au cas par cas étaient suffisantes. C’est inadmissible ! On recommence à tourner en rond !”

Le blocage est donc total car pour mener à bien son expertise, l’Efsa a besoin que Gilles-Éric Séralini lui communique les données brutes de son étude. À tout prendre, il dit préférer une “expertise internationale” pour lever toutes les suspicions.

L’Anses en arbitre

L’intransigeance de la Directrice de l’Efsa illustre la position extrêmement délicate de Bruxelles. Entre le principe de précaution qui régit le droit européen, les règles du commerce international et les pressions des États-Unis, le chemin est étroit. D’autant plus étroit que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a lui-même durci le ton en déclarant que “si le danger de l’OGM NK 603 était vérifié, la France défendrait au niveau européen son interdiction”. En se fondant sur l’avis de l’Anses (Agence de sécurité alimentaire française). Sous-entendu, en zappant celui de l’Efsa…

Quand le Nouvel Observateur annonçait que suite à la publication de l’étude Séralini, la crise serait politique, scientifique et sanitaire, nous étions assez proche de la vérité. C’est désormais une crise franco-européenne qui se profile. Ce soir a lieu la première projection privée du film de Jean-Paul Jaud Tous Cobayes ?, adaptée du livre de Gilles-Éric Séralini. Il ne faut pas être grand clerc pour prévoir que la tension va encore monter d’un cran.

Presse contaminée (Guillaume Malaurie, tempsreel.nouvelobs.com, 20 septembre 2012)


OGM : l’auteur de l’étude refuse une contre-expertise de l’agence européenne des aliments

Selon le professeur Séralini, l’EFSA se mettrait en conflit d’intérêt, puisque c’est elle-même qui a autorisé la mise en vente du maïs transgénique incriminé.

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Gilles-Éric Séralini à Bruxelles le 20 septembre 2012.

Le chercheur français Gilles-Éric Séralini, auteur d’une étude alarmante tendant à démontrer la toxicité des OGM, a dénié jeudi toute autorité à l’EFSA, l’agence européenne chargée de la sécurité des aliments, pour mener une contre-expertise sur ses recherches. « Il n’est pas question que ceux qui ont autorisé le (maïs transgénique de Monsanto) NK 603 réalisent la contre-expertise de nos données, car il y aurait un conflit d’interêt avec leur autorité et leur carrière », a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse au Parlement européen à Bruxelles avec l’eurodéputé française Corinne Lepage.

L’EFSA est l’agence compétente au niveau européen en matière de sécurité des aliments et ses avis conditionnent les autorisations de commercialisation et de mise en culture des organismes génétiquement modifiés. Elle a été saisie mercredi par la Commission européenne et « si des faits scientifiques nouveaux sont démontrés, nous en tirerons les conséquences », a assuré Frédéric Vincent, porte-parole du commissaire européen à la Santé, John Dalli, chargé du dossier des autorisations de mise en culture et de commercialisation des OGM.

« Nous avons demandé à l’EFSA de rendre son avis aussi rapidement que possible et nous espérons l’avoir pour la fin de l’année », a-t-il indiqué. Mais pour que l’EFSA puisse rendre un avis rapidement, elle doit obtenir de Gilles-Éric Séralini « la communication des données brutes de son étude », a-t-on souligné de source européenne.

Corinne Lepage a modéré la prise de position du chercheur français. « Nous ne voulons pas sortir de l’EFSA, mais nous ne voulons pas que ceux qui ont autorisé les OGM réalisent cette contre-expertise », a-t-elle déclaré. Corrine Lepage fait référence aux scientifiques membres du panel OGM au sein de l’EFSA.

L’eurodéputée et le chercheur, tous deux membres du CRII-GEN, le comité d’information indépendante sur le génie génétique, ont dénoncé les conflits d’interêts au sein de l’agence. Plusieurs membres du conseil d’administration de l’EFSA et plusieurs scientifiques ont en effet des liens étroits avec l’industrie agroalimentaire. L’EFSA peut faire appel à des experts toxicologues qui ne sont pas membres du panel OGM pour crédibiliser cette contre-expertise.

L’étude réalisée par l’équipe de Gilles-Éric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’Université de Caen (France), a été menée sur deux ans et démontre que des rats nourris avec du maïs génétiquement modifié ont été frappés au bout de treize mois par des pathologies lourdes, notamment des tumeurs.

Le professeur Séralini et Corine Lepage ont réclamé « l’interdiction immédiate du NK 603 à l’importation et le réexamen de toutes les autorisations d’OGM et de pesticides ».

Ils ont également demandé « la généralisation des études sur deux ans » pour les demandes d’autorisations et jugé que la durée de 90 jours proposée par la Commission « ne sert à rien ».

Une première réponse de l’UE dans l’attente des résultats de la contre-expertise pourrait être la suspension de l’autorisation de mise sur le marché accordée au NK-6O3 en 2004. Mais « aucun État n’a demandé cette mesure », a indiqué la Commission.

Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault a annoncé jeudi que si le danger des OGM était vérifié, la France « défendrait au niveau européen » leur interdiction.

Presse contaminée (Liberation.fr, 20 septembre 2012)

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Published by coutoentrelesdents - dans ECOLOGIE
20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 17:49

Monsanto fashion week

Monsanto, immortel créateur du légendaire et « hippy chic » Agent  Orange, dont nos parents furent si friands, nostalgie, nostalgie ! surtout en Asie du Sud-Est, nous revient — toujours aussi inspiré — avec sa splendide collection Automne-Hiver 2012. L’élégance, autant que la nutrition de qualité, à la portée du plus grand nombre ? Monsanto a répondu oui. Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous.

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Alors vous aussi, comme les bienheureux modèles ci-dessus, exclusivement gavés de maïs OGM NK-603 durant deux ans (et affectés d’un taux de pathologie et de mortalité admirable de près de 75 %), arborez cet hiver — sur les pistes comme au bureau — les tumeurs les plus tendance et les plus ravageuses.

Merci, Monsanto.

Le Moine Bleu, 20 septembre 2012


Guide des produits avec ou sans OGM

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Le guide complet

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Les produits laitiers

Greenpeace, août 2011

EXCLUSIF. Oui, les OGM sont des poisons !

Des chercheurs français ont étudié secrètement, pendant deux ans, 200 rats nourris au maïs transgénique. Tumeurs, pathologies lourdes… une hécatombe. Et une bombe pour l’industrie OGM.

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Photo du film “Tous cobayes ?”

C’est une véritable bombe que lance, ce 19 septembre à 15 heures, la très sérieuse revue américaine Food and Chemical Toxicology — une référence en matière de toxicologie alimentaire — en publiant les résultats de l’expérimentation menée par l’équipe du français Gilles-Éric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen. Une bombe à fragmentation : scientifique, sanitaire, politique et industrielle. Elle pulvérise en effet une vérité officielle : l’innocuité du maïs génétiquement modifié.

Lourdement toxique et souvent mortel

Même à faible dose, l’OGM étudié se révèle lourdement toxique et souvent mortel pour des rats. À tel point que, s’il s’agissait d’un médicament, il devrait être suspendu séance tenante dans l’attente de nouvelles investigations. Car c’est ce même OGM que l’on retrouve dans nos assiettes, à travers la viande, les œufs ou le lait.

En 2006, c’est comme un véritable thriller que commence cette recherche, dont le maître d’œuvre, Gilles-Éric Séralini, divulgue lui-même les conclusions dans un ouvrage à paraître la semaine prochaine (Tous cobayes !, Flammarion, en librairie le 26 septembre).

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Nom de code In Vivo

Jusqu’en 2011, les chercheurs ont travaillé dans des conditions de quasi-clandestinité. Ils ont crypté leurs courriels comme au Pentagone, se sont interdit toute discussion téléphonique et ont même lancé une étude leurre tant ils craignaient un coup de Jarnac des multinationales de la semence.

Le récit de l’opération — nom de code In Vivo — évoque la très difficile récupération de semences de maïs OGM NK 603, propriété brevetée de Monsanto, par le truchement d’un lycée agricole canadien. Puis la récolte et le rapatriement des “gros sacs de jute” sur le port du Havre fin 2007, avant la fabrication de croquettes dans le secret le plus total et la sélection de deux cents rats de laboratoires dits “Sprague Dawley”. Bilan ? Glaçant : “Après moins d’un an de menus différenciés au maïs OGM, confie le professeur Séralini, c’était une hécatombe parmi nos rats, dont je n’avais pas imaginé l’ampleur”.

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Pathologies lourdes, tumeurs mammaires

Tous les groupes de rats, qu’ils soient nourris avec le maïs OGM traité ou non au Roundup, l’herbicide de Monsanto, ou encore alimentés avec une eau contenant de faibles doses d’herbicide présent dans les champs OGM, sont frappés par une multitude de pathologies lourdes au 13e mois de l’expérience. Chez les femelles, cela se manifeste par des explosions en chaine de tumeurs mammaires qui atteignent parfois jusqu’à 25% de leur poids. Chez les mâles, ce sont les organes dépurateurs, le foie et les reins, qui sont atteints d’anomalies marquées ou sévères. Avec une fréquence deux à cinq fois plus importante que pour les rongeurs nourris au maïs sans OGM.

Comparaison implacable : les rats OGM déclenchent donc de deux à trois fois plus de tumeurs que les rats non OGM quel que soit leur sexe. Au début du 24e mois, c’est-à-dire à la fin de leur vie, de 50% à 80% des femelles OGM sont touchées contre seulement 30% chez les non-OGM.

Surtout, les tumeurs surviennent nettement plus vite chez les rats OGM : vingt mois plus tôt chez les mâles, trois mois plus tôt chez les femelles. Pour un animal qui bénéficie de deux ans d’espérance de vie, l’écart est considérable. À titre de comparaison, un an pour un rongeur, c’est à peu près l’équivalent d’une quarantaine d’années pour un homme…

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Exiger des comptes

C’est forte de ces conclusions que Corinne Lepage, dans un livre qui paraît vendredi 21 septembre (La vérité sur les OGM, c’est notre affaire, Éditions Charles Léopold Mayer), entend bien exiger des comptes auprès des politiques et des experts, français et européens, des agences sanitaires et de la Commission de Bruxelles, qui se sont si longtemps opposés et par tous les moyens au principe d’une étude de longue durée sur l’impact physiologique des OGM.

Cette bataille, l’ex-ministre de l’Écologie et première vice-présidente de la commission Environnement, Santé publique et Sécurité alimentaire à Strasbourg, la mène depuis quinze ans au sein du Criigen (Comité de Recherche et d’Information indépendantes sur le Génie génétique) avec Joël Spiroux et Gilles-Éric Séralini. Une simple association 1901 qui a pourtant été capable de réunir de bout en bout les fonds de cette recherche (3,2 millions d’euros) que ni l’Inra, ni le CNRS, ni aucun organisme public n’avaient jugé judicieux d’entreprendre.

Une étude financée par Auchan et Carrefour

Comment ? Autre surprise : en sollicitant la Fondation suisse Charles Léopold Mayer. Mais aussi les patrons de la grande distribution (Carrefour, Auchan…), qui se sont réunis pour l’occasion en association. Depuis la vache folle, ces derniers veulent en effet se prémunir de tout nouveau scandale alimentaire. À tel point que c’est Gérard Mulliez, fondateur du groupe Auchan, qui a débloqué les premiers financements.

L’étude du professeur Séralini laisse donc présager une nouvelle guerre meurtrière entre pro et anti-OGM. Les agences sanitaires exigeront-elles de toute urgence des études analogues pour vérifier les conclusions des scientifiques français ? Ce serait bien le moins. Monsanto, la plus grande firme mondiale de semences transgéniques, laissera-t-elle faire ? Peu probable : sa survie serait en jeu. Pour une seule plante OGM, il y a une centaine de variétés. Ce qui impliquerait au moins une dizaine d’études de 100 à 150 millions d’euros chacune !

Le temps de la vérité

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Sauf que, dans cette nouvelle confrontation, le débat ne pourra plus s’enliser comme par le passé. Dés le 26 septembre, chacun pourra voir au cinéma le film choc de Jean-Paul Jaud,Tous Cobayes ?, adapté du livre de Gilles-Éric Séralini, et les terribles images des rats étouffant dans leurs tumeurs. Des images qui vont faire le tour de la planète et d’internet, puisqu’elles seront diffusées sur Canal+ (au “Grand Journal” du 19 septembre) et sur France 5 (le 16 octobre dans un documentaire). Pour les OGM, l’ère du doute s’achève. Le temps de la vérité commence.

> À lire : l’interview de Gilles-Éric Séralini, ainsi que des extraits de son livre Tous cobayes ! (Flammarion), dans Le nouvel Observateur du 20 septembre.

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Gilles-Éric Séralini (au centre), auteur du livre “Tous Cobayes !”

Guillaume Malaurie


OGM : danger pour les rats, danger pour l’homme ?

La toxicité des OGM et du Roundup sur les rats ne fait plus de doute. Mais est-on sûr qu’ils présentent les mêmes risques pour l’homme ? Le Dr Joël Spiroux, directeur adjoint de l’étude choc, répond.

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“Quand des signes de toxicité apparaissent sur eux, on peut penser qu’ils peuvent se reproduire valablement chez l’homme”, assure Joël Spiroux, co-auteur de l’étude choc sur les OGM.

Depuis plus d’un siècle, la révolution industrielle et le développement de la chimie minérale et de la chimie organique de synthèse ont eu pour corollaire un largage colossal de xénobiotiques sur la planète. 3 millions de tonnes par an en 1930 et 410 millions de tonnes en 2010. Ces produits étrangers (“xéno”) à la vie (“bio”), ne sont pas reconnus par nos systèmes de protection et de défenses et sont pour la plupart toxiques pour beaucoup d’organismes vivants. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils sont testés avant la mise sur le marché.

Malheureusement, les études courantes de toxicité se révèlent inefficaces pour garantir la sécurité sanitaire de la population, en particulier pour les OGM et les pesticides. Les graves résultats mis en évidence dans l’étude de Gilles-Éric Séralini et Joël Spiroux, co-auteur et directeur adjoint de la première étude sur une vie entière de rats nourris aux OGM (action perturbatrice endocrinienne, développement de tumeurs, pathologies hépatiques et rénales…) peuvent être considérés comme valablement transposables à l’homme. Et risquent d’obliger scientifiques et producteurs à réévaluer tous les OGM et tous les pesticides avec des protocoles de deux ans aussi détaillés que celui de Gilles-EÉric Séralini.

Votre étude, montre des effets toxiques du maïs OGM NK 603 et de son herbicide associé le Roundup. Est-on sûr qu’ils agissent de même chez l’homme ?

La toxicité des xénobiotiques est évaluée avant leur mise sur le marché par des études in vitro, c’est-à-dire sur des cellules humaines, ou sur des petits mammifères comme les rats, qu’on choisit parce qu’ils nous ressemblent : leur système métabolique et leurs organes (reins, foie, cœur…) fonctionnent à peu près comme les nôtres. Quand des signes de toxicité apparaissent sur eux, on peut penser qu’ils peuvent se reproduire valablement chez l’homme.

Pour les médicaments, les études sont d’abord réalisées in vitro puis sur des petits mammifères comme pour les xénobiotiques, mais aussi sur des grands mammifères (petits et grands singes notamment) et enfin directement sur l’homme — ce qui est impossible éthiquement avec les xénobiotiques. Nos détracteurs disent souvent que les études “in vitro” ne peuvent pas être transposées directement à l’homme, et lorsque nous utilisons des rats, on crie au scandale car il est impensable de faire souffrir des petits rats pour les expérimentations. Le médecin que je suis préfère encore utiliser des rats que de voir la population mondiale et nos enfants servir de cobayes !

Pourquoi les études in vitro ne suffisent pas ?

Nous en réalisons depuis plus de dix ans dans notre laboratoire. Elles sont pertinentes mais très partielles. Elles ont notamment mis en évidence un impact de xénobiotiques comme le Roundup et le Bisphénol A (BPA) sur les cellules humaines du foie, du rein, du cordon ombilical, du placenta et sur les cellules embryonnaires ; ce qui a donné lieu à plusieurs publications internationales. Mais elles ne portent à chaque fois que sur une lignée cellulaire, celle du foie par exemple, sans tenir compte du contexte d’interactions avec les autres organes. Un tube à essai rempli de cellules, fussent-elles humaines, ne peut en aucun cas correspondre à la grande complexité d’un corps de mammifère. D’où l’importance de passer du tube à essai au petit mammifère.

À quoi équivaut, à l’échelle de l’homme, la quantité d’OGM ingurgités par vos rats pendant deux ans ?

Dans notre étude, les dosages de maïs OGM sont comparables à ce que mangent en une vie les populations du continent américain, où les OGM sont en vente libre, non étiquetés, non tracés. Ce qui empêche d’ailleurs de les identifier comme agents pathogènes. L’épidémiologie actuelle, qui associe un agent pathogène à une pathologie bien caractéristique, n’est pas faite pour dépister des maladies chroniques environnementales comme les cancers, le diabète ou l’obésité, qui sont multifactorielles et qui se développent différemment selon l’état de la personne (âge, grossesse…). Cette difficulté ouvre la porte au déni. C’est pourquoi on entend dire par exemple que les Américains mangent des OGM depuis 15 ans et ne sont pas malades.

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Et en France ?

En France et dans les autres pays sous moratoire, nous sommes relativement protégés. Nous le serions beaucoup moins si nous laissions entrer les OGM. Nous en consommons à l’état de traces. Les animaux de boucherie en absorbent souvent plus que nous car ils sont nourris aux tourteaux de soja et aux farines de maïs qui contiennent des OGM, importés du continent américain.

Pourquoi ces animaux ne développent-ils pas de tumeurs ?

Parce qu’ils ne vivent pas assez longtemps. L’espérance de vie des rats de laboratoire que nous avons utilisés est de deux ans à deux ans et demi. On sait donc qu’à 12 mois, ils ont l’équivalent d’environ 40 ans chez l’homme. L’espérance de vie des bœufs, elle, est de 15 à 20 ans. Jusque dans les années 1940, on les abattait vers 7 ans. Mais avec le développement de l’élevage industriel, on s’est mis à les abattre de plus en plus tôt : 5 ans, 3 ans, 18 mois, et même moins maintenant. On ne dispose pas d’assez de temps pour connaître l’impact de leur alimentation sur leur santé.

Vous avez exposé certains rats à de l’eau contenant des dosages variables de Roundup. Les hommes connaissent-ils des expositions équivalentes ?

Dans notre étude, nous exposons trois groupes de rats à trois dosages de Roundup différents. La dose la moins forte correspond celle qu’on peut retrouver dans l’eau du robinet en Bretagne pendant la période d’épandage. La dose moyenne correspond à la dose résiduelle dans les aliments considérée comme acceptable pour l’homme aux États-Unis. La dose la plus forte enfin, correspond à ce qu’un agriculteur peut absorber quand il fait un épandage sans précaution. Nous sommes dans des situations qui correspondent vraiment à la réalité environnementale et aux risques émergents.

Étape suivante ?

Il nous reste d’abord beaucoup de résultats à publier issus de cette étude qui a duré plus de deux ans — au moins quatre ou cinq papiers ! Ensuite, nous prévoyons de nous concentrer en priorité sur la reproduction et l’impact transgénérationel des OGM et des xénobiotiques, qui devrait se révéler aussi préoccupant que pour les autres perturbateurs endocriniens que sont le Distilbène ou le BPA. Reste à trouver l’argent. L’étude que nous sortons aujourd’hui a coûté 3 millions d’euros, celle-ci est estimée entre 5 et 6 millions d’euros.

Propos recueillis par Morgane Bertrand, le 18 septembre 2012


OGM : les images glaçantes du film “Tous cobayes ?”

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“Tous cobayes ?” Telle est la question posée par le professeur Gilles-Éric Séralini au terme d’une expérimentation secrète sur les OGM dont les résultats, glaçants, sont révélés le 19 septembre dans la revue américaine “Food and Chemical Toxicology”. Ces recherches font également l’objet d’un livre et d’un film, réalisé par Jean-Paul Jaud, qui sortiront le 26 septembre en France.

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Photo extraite du film “Tous cobayes ?”. Pendant deux ans, Gilles-Éric Séralini a mené sur 200 rats des recherches sur les organismes génétiquement modifiés. Au cours de l’expérimentation, les scientifiques ont constaté l’apparition d’une multitude de pathologies lourdes se manifestant notamment par des tumeurs.

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Ainsi, les rats nourris au maïs OGM déclenchent lors des recherches de deux à trois fois plus de tumeurs que les rats non-OGM. Au début du 24e mois de l’expérimentation, 50% à 80% des femelles sont touchées, contre seulement 30% chez les non-OGM.

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Dès le 4e mois, “la palpation hebdomadaire des rats permet de repérer chez deux mâles des grosseurs abdominales énormes. Elles dépassent vite 25% du poids du corps”, relate Gilles-Éric Séralini dans son livre “Tous Cobayes !”, aux éditions Flammarion.

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“Ces pathologies apparaissent juste au delà du terme où s’arrêtent les études commandées par les industriels (trois mois). Est-ce un hasard ?” s’interroge le professeur français.

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“Au début de la 2e année, les tumeurs ne cessent d’apparaître. [...] Transposées à l’échelle humaine, elles seraient vraiment monstrueuses. Après autopsie, nombre d’entre elles ne se révéleront ni cancéreuses ni invasives, mais elles grossissent si vite que l’animal en devient handicapé.”

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L’expérimentation démontre qu’au delà de l’herbicide utilisé (le Roundup), c’est le caractère transgénique de la plante lui-même qui s’avère toxique.

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RAT DE GAUCHE : régime constitué de maïs OGM non traité au Roundup. Après 497 jours apparaît un adénocarcinome mammaire. RAT DU MILIEU : même menu, accompagné d’un traitement au Roundup. Fibroadénome et adénocarcinome au 546e jour. RAT DE DROITE : pas d’OGM, mais une eau contaminée au Roundup à 0,5%. Fibroadénomes aux 525e et 577e jours, plus adénome hépatique.

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“Le grand scandale [...], c’est que les agences sanitaires n’ont jamais exigé des industriels une étude de toxicité longue durée”, déclare Gilles-Éric Séralini (à gauche sur la photo) dans une interview au “Nouvel Observateur” du 20 septembre 2012. “Pourtant, lorsque 450 millions d’Européens consomment des produits alimentaires à base d’OGM, ils le font tout au long de leur vie.”

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Gilles-Éric Séralini (au centre) et son équipe. Pour protéger leurs recherches des multinationales, les scientifiques ont travaillé de manière quasi clandestine, cryptant leurs mails et s’interdisant toute conversation téléphonique.

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Le professeur Séralini appartient au Criigen (Comité de recherches et d’information indépendantes sur le génie génétique), au même titre que Corinne Lepage, dont un livre sur les OGM paraît le 20 septembre. L’ex-ministre de l’Écologie dénonce : “Les firmes agrosemencières ne portent pas à elles seules la responsabilité de ce scandale sanitaire. [...] La responsabilité est partagée avec tous ceux qui étaient chargés du contrôle et de la surveillance”.

Presse empoisonnée (tempsreel.nouvelobs.com, 19 septembre 2012)

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Published by coutoentrelesdents - dans ECOLOGIE

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