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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 11:56

Des militantes Femen à Notre-Dame de Paris ( Michel Euler/AP/SIPA)

En cette période d’engouement médiatique mammaire, je ne sais s’il est vraiment de bon ton de jouer les pisse-froid. J’ai regardé le documentaire de Caroline Fourest, Nos seins nos armes, diffusé sur France 2. Outre le fait qu’il soit techniquement plutôt réussi et très bien monté, il m’a surtout permis de comprendre pourquoi, depuis plusieurs mois, les Femen me dérangent sur bien des aspects.

 

« Fuck God »

J’ai été consternée voire terrifiée lorsque, il y a quelques mois, les premières images des Femen frappées par des membres du cortège de Civitas ont commencé à circuler sur la toile. J’ai éprouvé de la sympathie pour elles, je les ai trouvées courageuses. Je me rappelle avoir fait circuler ces images, ce qui m’avait d’ailleurs valu une suspension temporaire de mon compte Facebook.

Mais, j’avoue avoir également ressenti un grand sentiment de malaise en regardant Inna Schevchenko tronçonner la croix de Kiev. Ce qui est curieux lorsque on regarde le documentaire, c’est que ce jour-là, cette jeune femme a déclaré la guerre aux chrétiens, sans même réellement en avoir conscience. Telle une ado qui ne semble pas comprendre ce qu’on lui reproche, elle raconte presque avec surprise et injustice que les autorités ont voulu l’interpeller chez elle.

J’admets avoir été navrée le jour où les Femen ont renouvelé, cette fois en France, leur opération coup de poing, à Notre dame. Elles souhaitaient devenir, à l’instar des Pussy Riot, des héroïnes des temps modernes. Mais ce qu’elles ont oublié, c’est que si les Pussy Riot ont attiré la sympathie des médias internationaux c’est avant tout parce que la peine à laquelle elles ont été condamnées était disproportionnée. Les Femen, en sortant de Notre Dame, ont mollement été interpelées.

« Là où la religion commence, la liberté s’achève » affirment-elles. Une réflexion digne d’une copie de Terminale L, mais pas de leadeuses d’un mouvement politique qui se veut international. Dire que« La religion c’est l’esclavage » relève du niveau zéro de la réflexion philosophique. Ce n’est pas la religion qui est un problème, c’est son détournement à des fins politiques. Critiquer les positions politiques du clergé, ok. Perturber les croyants dans leur prière et les traiter d’esclaves, non.

« Fuck God » se peignent-elles sur le corps : A quatorze ans, ça se comprend. Au-delà, c’est inquiétant.

« Muslim get naked »

Le voile chez les musulmanes est un sujet casse-gueule où il vaut mieux bien maîtriser ses arguments avant de se permettre de l’ouvrir. Personnellement, je ne me suis jamais permis de me lancer dans cette leçon de morale néo-colonialiste vis à vis des femmes voilées. C’est un sujet que je ne maîtrise pas, alors je préfère me la boucler. Soutenir Aliaa Al Mahdy, oui. Faire la leçon, non.

Le féminisme, c’est un combat pour le respect de toutes les femmes, qu’elles choisissent de se dénuder ou qu’elles fassent le choix de se couvrir. J’ai du mal à concevoir que quatre Ukrainiennes aient suffisamment de légitimité pour prétendre vouloir révolutionner la condition des femmes musulmanes. Les féministes égyptiennes en bavent, mais elles n’ont certes pas besoin des Femen pour agir.

« Toutes les femmes du monde ont besoin de nous »

Les chevilles enflées ne font visiblement pas trop souffrir les Femen qui affirment, en toute modestie, qu’elles ont créé LE nouveau féminisme dont les femmes du monde entier avaient besoin. Inna Schevchenko est persuadée que nous l’attendions telle le Messie, et il n’est d’ailleurs pas innocent qu’elle ait posé en posture christique devant la croix de Kiev tronçonnée.

« Toutes les femmes vont nous comprendre ». Toutes ? Même les musulmanes ? Même les prostituées ? Même les femmes mariées avec enfants ? Même les vieilles, les celluliteuses, les vergéturées ? Toutes vraiment ?

Inna Schevchenko l’avoue : « Il y a trois ans, je ne connaissais rien du féminisme ». Et malheureusement cela se ressent. Le discours des Femen est flou, peu argumenté, limité à une accumulation de slogans, et surtout très peu référencé, pour ne pas dire pas du tout. Peut-être qu’en Ukraine le féminisme n’est pas au beau fixe, je veux bien le croire. Mais en France, nous pouvons nous targuer d’avoir un féminisme riche et varié.

Où sont les féministes ? Elles sont au Planning Familial. Elles font passer des lois. Elles révolutionnent la pensée en nous faisant partager leurs écrits. Elles s’interrogent à propos desétudes de Genre. Elles sont dans ce qu’on appellent « les quartiers ». Elles travaillent sur le terrain avec les prostituées, au lieu de les condamner. Elles aident les femmes et les accompagnent dans la grossesse et la maternité. Elles luttent, quotidiennement, de manière pragmatique et efficace.

Alors, si la nouveauté c’est le happening nu, permettez-moi de signaler que cela existe depuis les premiers mouvements de libération sexuelle, et que cela se pratique encore de nos jours lors des« Sluwalks » (Marche des Salopes). Et d’ailleurs, pourquoi les Femen sont-elles nues ou presque ? A part pour attirer les médias, on ne sait pas trop. Les « Salopes » défilent parfois dénudées durant les Slutwalks pour revendiquer le fait que le viol est intolérable pour toutes les victimes, qu’il s’agisse d’une femme habillée sexy ou non. Quid des Femen ? Défendent-elle les « Salopes » ?

La marche des salopes à Londres (Julian Makey / Rex Features )

Les Femen disent que « lorsque elles auront gagné, elles pourront faire une pause ». Mais gagné quoi ? Quel est le modèle politique qu’elles défendent ? Ça, je ne l’ai toujours pas compris.

Nos seins, notre capital

Quel serait l’engouement médiatique autour des Femen si elles avaient les seins en gants de toilette ? Il faut être d’une naïveté affolante pour imaginer que c’est uniquement par le plus grand des hasard que les Femen sont taillées comme des mannequins. Leurs seins ne sont pas leurs armes, mais plutôt leur capital, et je ne leur souhaite pas de vieillir ni de grossir. Elles luttent contre la femme objet, mais ne font que renforcer les complexes en imposant un modèle plastique de féminité.

Un militantisme hystérique

En regardant les archives d’actions revendiquées par les Femen, nous y voyons des jeunes femmes qui perpétuent le cliché de la femme hystérique qui n’est pas maîtresse d’elle-même et qui ne sait que hurler avec sa voix stridente. Demandez à des garçons de vous raconter à quoi ressemble une baston de collégiennes, ils vous décriront quelque chose d’assez proche des actions Femen. Ca braille, ça se débat, ça perd contrôle.

Pardonnez-moi Mesdemoiselles, mais ce n’est pas tout à fait l’image que je me fais des guerrières. Soit on garde son sang froid, on fixe avec son regard glacial, et on débite un discours brillant intellectuellement, comme Elisabeth Badinter, en face de qui on ne moufte pas. Soit on se la joue activistes de terrain, mais dans ce cas, au lieu de chouiner « Bouh les méchants de Civitas ils m’ont tapée », on leur balance un bon coup de pied retourné. Mais ça, ça demande de l’entraînement, ça prend du temps que l’on ne peut pas passer à parader avec les médias.

Et inutile de nous berner, la séance de pompes et de pseudo-entraînement au Lavoir Moderne que l’on peut voir dans le documentaire a été organisée après avoir convoqué la presse. Des radios et télévisions étaient présentes, et je me rappelle très bien que plusieurs reportages ont pullulé dans la foulée. Effectivement, s’il faut convoquer la presse à chaque fois qu’on fait du sport, je comprends que cela soit compliqué de progresser.

« Si je n’étais pas Femen, je serai mariée avec des enfants »

Ah oui, effectivement, c’est trop la honte d’être mariée avec enfants, et c’est la preuve d’une soumission totale au patriarcat. Il faudra alors qu’elles nous expliquent pourquoi elles sont venues se greffer à la lutte en faveur du mariage pour tous et de la PMA.

« Nous ne voulons pas être renvoyées à une image de la femme objet tout juste bonne à se marier ou à se prostituer »

Alors, on l’a compris, se marier ça craint. Mais se prostituer aussi. S’il y a un combat qui est cher aux Femen, c’est bien celui contre ce qu’elles appellent l’industrie du sexe. Dans sa voix off, Caroline Fourest parle de « l’argent facile ». Alors, Caroline, permettez-moi de vous contredire, mais être une travailleuse du sexe ne constitue pas une activité « facile », tant bien du point de vue de la nature de la prestation que du jugement social qui en découle.

La couverture des Inrocks avec les Femen (DR)

il y a tout de même une chose qui me laisse perplexe dans leur lutte acharnée contre l’industrie du sexe. Pourquoi les Femen comptent-elles dans leur équipe Ukrainienne Wiska, une ex-pornostar réputée pour ses performances poussées ? Et pourquoi des rumeurs ne cessent de circuler sur la toile à propos d’une de leur représentante française et d’une activité d’escort girl ? Seraient-elles des Marie-Madeleine repenties, venues trouver refuge auprès de la christique Inna ?

Les Femen se définissent comme des « sextremists ». Outre le fait que le jeu de mots sonne bien, j’aimerais tout de même savoir ce qu’elles entendent par-là. On connaissait déjà le « féminisme pro-sexe » ou encore le « féminisme sexe-positif », pour définir les courants de libération sexuelle féminine. Mais je doute que les Femen s’intéressent à ce type de mouvement. Je ne sais même pas si elles savent qu’il existe une lutte syndicale chez certaines prostitué(e)s.

Le féminisme, c’est revendiquer de pouvoir disposer de son corps comme on l’entend. En France, nous parvenons tant bien que mal à maintenir ce droit, bien que la prostitution demeure légalement un point sensible. Nous et nos aînées avons lutté pour avoir le droit de faire ce que nous voulons de notre sexe. Merci de ne pas nous le retirer.

 

Ovidie

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 10:48

dont rape

Le viol est en Inde une réalité pour beaucoup de femmes, en particulier parmi les castes les plus basses et les classes les plus opprimées de la population du sous-continent. Des voix progressistes s’élèvent contre cette barbarie. Voici un article très intéressant d’une organisation étudiante communiste, la Democratic Student’s Union, qui analyse les racines de ce problème et la ligne politique à lui opposer. Nous pensons qu’il est important d’évoquer cela un 8 mars pour participer à la diffusion d’un féminisme de classe, international et combatif. La traduction a été faite par l’OCML Voie Prolétarienne. Comme d’habitude l’article intégral est disponible en lien.

Les femmes sont la moitié du ciel ! ni la peine de mort, ni la police, ni une session parlementaire extraordinaire ne viendront à bout du patriarcat : seule la transformation révolutionnaire de la société le renversera !

Il y a environ un mois qu’à New Delhi s’est produit le viol collectif d’une jeune femme de 23 ans dans un bus. Cet évènement, qui constitue une offense sans précédent, a spontanément révolté et mobilisé la population qui a marché jusqu’au Jantar Mantar pour exiger la punition des coupables. La colère contre le gouvernement a pris des proportions inédites si bien que l’État a dû fermer tous les métros menant à India Gate, détourner la circulation et déployer des milliers de policiers pour contrôler les manifestations populaires.
Même si les manifestants sont régulièrement soumis à la répression à coup de matraques, canons à eau etc., cette répression a échoué à les stopper dans l’expression de leur désaccord.
Cette agression a aussi ouvert le débat sur la sécurité pour les femmes et sur les lois contre la violence. Elle est bien sûr abominable et doit être condamnée, mais les faits nous amènent à poser plusieurs questions : est ce que le viol est le produit d’une culture de western ainsi que la droite le prétend ? Est-ce que la punition des violeurs par peine de mort va dissuader tous les violeurs d’agir ? Est-ce que les femmes seront davantage en sécurité dans une société sous haute surveillance, accroissement de la police et lois rigoureuses ? Ou bien encore, s’agit-il, comme les médias et le gouvernement voudraient nous le faire croire, d’un cas exceptionnel de viol brutal ?

Le viol de ND n’est pas une exception : deux mois plus tôt, en octobre 2012 , il y a eu des manifestations à Haryana parce que la moyenne de viols atteignait 60 par mois, donnant l’impression d’une subite détérioration de la situation des femmes. Quel choc et quelle consternation lorsque les leaders sont venus en masse de Sonia à Brinda et Haryana lorsque les incidents de Hissar et Jind ont été connus. Les medias ont aussi amplifié cela durant une semaine. Mais une observation plus rigoureuse des faits nous prouve que la situation n’a jamais été réellement meilleure. L’impact du viol de Haryana n’a rien d’exceptionnel et Haryana ne peut être brandi comme exceptionnel. Depuis 2006, à l’exception d’une année, la moyenne des viols à Haryana dépasse 50 par mois. Alors que à Haryana la moyenne des viols est de 6.11 elle est de 9.7 Madyah Pradesh et de 7.6 à Delhi ; ainsi Haryana arrive en 10ème position, MP en 4ème et D en 7ème.
Les États atteignant les plus hauts scores sont Mizoram, Tripura et Assam. Mais ces chiffres témoignent avant tout d’un meilleur recensement des cas de violence. Plus la société est patriarcale, plus grande est la stigmatisation des femmes violées, et moins les femmes oseront porter plainte. Ainsi, la plupart des viols ne sont-ils jamais déclarés et les États qui en déclarent un faible nombre doivent-ils être considérés à la lumière de cette réalité.

D’un autre côté, les classes dirigeantes exploitent ces faits pour s’armer davantage.
En effet on nous dit que nos lois ne sont pas suffisamment répressives et que c’est parce que la peine de mort n’est pas appliquée aux violeurs, que le viol atteint de telles proportions. Mais au-delà des réactions fortes et rhétoriques, si l’on y regarde de plus près, la peine de mort n’a eu d’incidence effective sur le taux de criminalité nulle part au monde. La peine capitale est une forme barbare de condamnation qui a été abolie dans nombre de pays et qui n’est maintenue que par les régimes les plus répressifs. Elle donne aux États la légitimité de tuer et est invariablement utilisée comme une tactique répressive pour réprimer les soulèvements populaires. Cette forme inhumaine de sanction n’a jamais réduit la criminalité dans aucun pays, mais au contraire a fortifié la violence et accru le pouvoir répressif des classes dominantes. En Inde également il existe des mobilisations de courants progressistes démocratiques pour abolir la peine de mort, mais la droite et les classes dominantes défendent son application.
Ainsi Sushma Swarai peut-il défendre la candidature de Modi- responsable et organisateur de centaines de viols de femmes musulmanes à Gujarat, au poste de Premier Ministre, et d’une même voix demander une session extraordinaire du Parlement pour la condamnation à mort des violeurs. Les brigades des fascistes qui accomplissent impunément des carnages, massacres, pogroms, viols, attentats, sont les meilleurs avocats de la peine de mort. Ils défendent la peine de mort, de la castration des violeurs, de leur lapidation publique, de toutes formes de punitions féodales qui rendent la société plus répressive et fortifient le patriarcat.

Un autre argument qui a été défendu non seulement par la droite mais aussi par des forces qui se disent progressistes, consiste à demander un accroissement des forces de police et de sécurité afin de diminuer le nombre de viols. La question de la sécurité des femmes est en soi un problème, mais l’assurer ne signifie pas s’affronter au patriarcat. De plus, l’argument d’assurer la sécurité des femmes en accroissant les forces de police et de sécurité s’écroule lorsque l’on constate la forte participation de ces dernières aux viols, crimes, actes de violence sexuelle dans le pays. Les milliers de viols au Cashemire, Nord-Est, et plus récemment dans les Etats de Jharkhand, Chhattisgat, Odisha Bengal Maharashtra, nous démontrent amplement que le viol est utilisé comme arme de guerre par l’État indien. Les acteurs en sont des soldats de ce régime oppressif, et augmenter leur nombre ne contribuera en rien à la sécurité des femmes.
Les classes dominantes et le pouvoir blâment les victimes elles-mêmes, et s’efforcent de limiter la liberté et la mobilité des femmes sous prétexte de réduire le nombre de viols.

Democratic Student’s Union – Traduction de l’OCML VP

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 20:04

Félix Boggio Ewanjé-Epée, Stella Magliani-Belkacem et leur petit livre vert

Voilà bientôt un mois qu’un article, initialement paru sur StreetPress puis relayé par Rue89, suscite l’indignation et sème le doute à propos de notre ouvrage « Les Féministes blanches et l’empire ». L’auteur du sinistre papier, Robin d’Angelo, y prétend que nous « apportons de l’eau au moulin » à une « surprenante théorie » selon laquelle « l’identité homosexuelle » ne serait pas « adaptée au monde arabe et africain ».

Il faut avouer que nous avons été tout aussi « surpris » que le journaliste par ce qui a été retenu de l’argument du livre et de nos propos rapportés, tant nos intentions sont à l’extrême opposé de celles que son papier calomnieux voudrait nous prêter – comme l’indiquait une mise au point de Zineb Dryef mettant à disposition de tous et toutes le chapitre qui traite précisément de la question au sein du livre incriminé.

Un livre et son contexte


« Les Féministes blanches et l’empire »

Sous la plume de Robin d’Angelo, les thèses du livre sont mises en rapport avec un contexte qui n’a à voir ni avec son contexte d’écriture, ni avec sa parution (octobre 2012), ni avec son argumentation.

D’Angelo, en précisant dans son papier que « toute la France débat du mariage homo », alimente le point de vue selon lequel nous aurions voulu expliquer pourquoi « le “mariage pour tous” n’a pas la cote dans les “quartiers populaires” ».

Or nous n’évoquons pas un seul instant cette question dans l’ouvrage et nous soutenons, pour notre part, sans réserve (mais sans illusion) la revendication du mariage pour tous.

Soutien sans réserve parce qu’il s’agit d’une question d’égalité élémentaire entre les couples hétérosexuels et les autres. Soutien sans illusion, car l’institution du mariage produit elle-même de l’inégalité en hiérarchisant les couples monogames et les autres modes de vie (célibataires, en relation libre…) sur le plan de l’héritage et de la fiscalité. L’adoption du « mariage pour tous » n’est donc qu’une étape, aussi importante qu’elle soit, dans la lutte contre les oppressions sexuelles.

Amalgames

En quoi a donc consisté la manœuvre du journaliste malveillant de StreetPress ? Ce dernier a d’abord mis au rancard la plus élémentaire déontologie journalistique, en associant nos propos tronqués et grossièrement résumés à la prose tout aussi caricaturée de Houria Bouteldja. Il évoque notre « notoriété certaine dans les milieux anti-impérialistes » – emphase pour le moins étonnante puisqu’elle porte sur les auteurs d’un ouvrage au tirage modeste.

Dans la mise au point de d’Angelo, celui-ci en rajoute une couche en évoquant des « propos qui craignent comme une blague antisioniste de Dieudonné » et un « titre [“Les Féministes blanches et l’empire‘] très soralien ’.

Qu’est-ce qui permet à d’Angelo d’associer le funeste Alain Soral à notre travail ? En cherchant un peu, on découvre qu’Alain Soral a écrit un ouvrage intitulé ‘Comprendre l’Empire’. Pour ajouter l’injure à l’offense, c’est sans doute la présence du mot ‘ empire ’ dans les deux titres qui nous vaut d’être si facilement mis dans la mauvaise compagnie de Soral.

A partir de cet honteux amalgame, on peut se demander si le philosophe communiste Toni Negri doit lui aussi se considérer d’extrême droite pour avoir utilisé le terme Empire comme titre de son magnum opus… Sans aucun rapport avec Negri – et sans aucun lien concevable avec Alain Soral – notre ouvrage entend apporter un éclairage historique sur le mouvement féministe à partir de la catégorie d’impérialisme.

Cette odieuse confusion entre nos thèses et celles de Dieudonné ou Soral n’a qu’un seul but : échafauder aux yeux d’une large audience un ennemi imaginaire composite qui permettrait de salir ‘ une partie de l’extrême gauche ’ et ‘ les milieux anti-impérialistes ’ et qui, en substance, cautionnerait une homophobie culturaliste.

A l’instar du journaliste de StreetPress, on peut souligner que son article paraît alors que ‘ la France débat du mariage pour tous ’. Il n’est pas anodin que celui-ci alimente le fantasme d’une homophobie émanant des ‘ milieux anti-impérialistes ’ alors que la fronde contre le mariage pour tous est massivement menée par les groupes catholiques intégristes et par la droite dure. Comment ne pas voir que cette basse manœuvre brouille d’autant plus les coordonnées du combat politique, et dessert celui pour l’égalité des droits ?

Un débat légitime

Si l’on prend la peine de lire le chapitre incriminé de notre livre, on se rendra compte sans peine que nos intentions étaient transparentes et diamétralement opposées à toute homophobie :

‘Il est nécessaire de saisir la complexité des sexualités dans le monde au-delà de la binarité homo/hétérosexualité tout en prenant en compte l’émergence de communautés lesbiennes, gays ou transgenres dans les pays du Sud et la répression des Etats à l’encontre des pratiques homoérotiques.’

Les objectifs de notre livre peuvent se résumer ainsi : comprendre comment les pouvoirs réactionnaires occidentaux ont pu réinvestir des mots d’ordre que nous jugeons profondément émancipateurs. La réponse que nous avons cherché à formuler, c’est que les forces émancipatrices (féministes, mouvements LGBT) ont fait des choix stratégiques contestables à travers leur histoire, qui permettent aujourd’hui à un large spectre politique de reprendre à leurs comptes les ‘ droits des femmes et des homosexuels ’ pour stigmatiser les quartiers populaires, les pays musulmans et africains.

Dans ce cadre, nous avons critiqué l’action de solidarité internationale menée par les groupes LGBT hégémoniques. Ces opérations de solidarité constituent en effet un pan essentiel de l’activité de ces groupes, comités, associations LGBT en Occident. Il est à cet égard bien malhonnête de prétendre que selon nous, ‘ l’identité homosexuelle ne serait pas adaptée aux pays musulmans ’. Nous ne somme pas anthropologues ou historiens du Maghreb, du Liban ou des Philippines. Il est avant tout question pour nous de l’action du mouvement LGBT européen (et plus particulièrement en France).

Notre essai ne se prononce pas sur la situation précise de ces pays ni ne prétend décrire les identités sexuelles (ou l’absence d’identités) dans différentes aires culturelles mondiales. Le chapitre de notre livre reprend une idée qui est aujourd’hui largement admise par les anthropologues et dans les débats des mouvements LGBT et queer à l’échelle internationale.

Identités

L’identité homosexuelle – comme l’identité hétérosexuelle – n’est pas donnée en tous temps et en tous lieux. Elle n’a pas partout les mêmes formes d’expression ni ne suscite les mêmes jugements, les mêmes préventions ou la même répression. Les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe ne sont, pour de nombreuses sociétés, pas même considérées comme relevant d’une identité (lesbienne, gay ou bi), un mode de vie, un militantisme.

Pour complexifier encore le tableau, une même société peut contenir plusieurs visions concurrentes des pratiques et identités sexuelles, réparties selon les groupes sociaux, les classes sociales, les courants intellectuels, les instances de pouvoir, etc. Dans ce cadre, chaque région du monde, chaque pays, chaque aire culturelle, relèvent de situations particulières. La solidarité avec les victimes de la répression des sexualités mérite donc des analyses et des réponses politiques adaptées.

Ce que nous dénonçons, c’est la manière dont la solidarité internationale est envisagée uniquement à partir de l’action des associations, ONG, instances internationales de droits humains, financés par les puissances économiques mondiales, de grandes entreprises et de riches fondations. Nous dénonçons le fait que ces instances et organisations (de l’ILGA à Human Rights Watch) définissent leur solidarité sous le seul prisme des ‘ identités sexuelles ’ – et de certaines identités bien précises, celles dans lesquelles se reconnaît le mouvement gay (et en partie lesbien) d’Europe et des Etats-Unis.

De ce point de vue, nous ne sommes ni coupables de ‘ relativisme culturel ’, ni d’‘essentialisme’ et encore moins d’homophobie. Le relativisme culturel, c’est précisément ce dont se montrent coupables celles et ceux qui s’obstinent à envisager la solidarité internationale contre la répression des ‘ sexualités ’ comme une solidarité qui se jouerait exclusivement avec des personnes adoptant une ‘ identité sexuelle ’ et plus précisément, des identités qui ont des aspects similaires aux communautés gays et lesbiennes d’Europe de l’Ouest et des Etats-Unis.

Quelle solidarité internationale ?

C’est justement parce que la solidarité internationale compte pour nous que nous considérons qu’elle ne peut pas se faire au nom d’une population réprimée qui n’en choisirait pas les termes. Par exemple, une population qui ne se considérerait pas nécessairement comme gay, lesbienne ou bisexuelle, qui n’aurait pas appelé les organisations internationales des droits humains des gays et lesbiennes à leur secours, qui ne leur auraient pas demandé de constituer et de financer des groupes de solidarité à leur place.

Comment mener la solidarité internationale sans imposer des identités et des grilles d’analyse inappropriées aux contextes locaux ? C’est une question qui reste ouverte. Encore faut-il bien vouloir la poser.

Depuis la parution du papier de StreetPress, on ne compte plus celles et ceux qui s’inquiètent du sort des ‘ LGBT arabes ’. En revanche, quand nous avons participé à organiser l’une des rares venues à Paris de militant(e)s queer palestinien(ne)s afin qu’ils et elles parlent pour eux et elles-mêmes, la soirée n’a réuni au plus que 70 personnes au premier étage d’un café de Belleville. Où étaient tou(te)s ceux et celles qui aujourd’hui s’enquièrent tant des queer arabes et veulent nous clouer au pilori ?

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Published by coutoentrelesdents - dans GENRE
6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 13:02
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L’idée de ce billet m’est venue en lisant ce très bon texte de Tanxxx. C’est une ritournelle bien connue: commencer une phrase par cette dénégation, « je ne suis pas féministe, mais » et la finir par quelque chose comme « je pense que les femmes devraient avoir les mêmes droits et opportunités que les hommes ».[insérer ici une longue discussion à base de préjugés sur le féminisme et de protestations blasées: "non, je n'ai pas l'intention de castrer qui que ce soit"].

Quelques exemples trouvés sur Twitter:

Vous avez compris le principe. Vous avez aussi sans doute remarqué la ressemblance entre ce schéma classique et le tout aussi connu « je ne suis pas raciste / sexiste / homophobe / antisémite, mais ». Exactement le même fonctionnement: dénégation, puis propos qui contredisent la première partie de la phrase. Le compte @YesYoureRacist se spécialise dans les horreurs de ce genre:

« Je ne suis pas raciste mais je n’aime pas les gens noirs, genre vraiment noirs, je les aime marron foncé. »

Le compte @YesYoureGaycist fait la même chose pour les propos homophobes et a trouvé ce merveilleux combo:

« Oui tu l’es (pour les deux) – Je ne suis pas raciste ni homophobe mais pourquoi la plupart des hommes Chinois ont l’air gay? L’#EffetGok? » (Gok Wan est un « consultant mode » qui a une émission sur une chaîne britannique).

La similarité entre toutes ces phrases est frappante. Il est évident que « je ne suis pas raciste, mais » fonctionne comme « je ne suis pas homophobe, mais » ou « je ne suis pas antisémite, mais »; mais comment expliquer que la même structure soit employée pour nier être féministe?

D’un côté, un stigmate largement reconnu: le fait d’être raciste / sexiste / homophobe/ antisémite n’est pas accepté comme un comportement normal aujourd’hui. Il faut donc se dédouaner d’une accusation que personne n’a encore formulée, parce qu’on sait que ses propos sont susceptibles (devraient) être interprétés ainsi.

De l’autre, le féminisme, un mouvement qui se donne pour objectif l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, et considéré lui aussi comme stigmate. Il peut donc être utilisé comme accusation (han, mais tu es féministe!) et il est important de s’en distinguer – tout en sachant très bien que ses propos relèvent du discours féministe.

Il est très frappant que l’anti-féminisme ait réussi à stigmatiser l’identité féministe au point que, même si l’on se reconnaît dans tout ou partie du discours féministe, il faudrait à tout prix s’en distinguer. Tout·e féministe a fait cette expérience: il faut se justifier, expliquer, se défendre. Il faut répondre à des accusations aussi stupides que « vous voulez prendre la place des hommes », « vous détestez les hommes », « t’es mal-baisée? ». Il faut expliquer, patiemment, encore et encore, que cette image est destinée à discréditer non seulement le mouvement féministe, mais le combat de l’égalité. Et croyez-moi, c’est fatigant.

Si ça vous fatigue aussi (ou si vous aussi, vous pensez que le féminisme est un gigantesque complot destiné à créer un empire intergalactique gouverné par des gonzesses), quelques liens utiles:
les clichés les plus courants sur le féminisme
15 mauvaises raisons de ne pas être féministe

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Published by coutoentrelesdents - dans GENRE
2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 12:47
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Published by coutoentrelesdents - dans GENRE
28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 12:54

Je vais vous raconter une histoire que vous connaissez déjà. Comme vous la connaissez déjà, pour la rendre un peu plus intéressante, et aussi parce que j’ai faim, les protagoniste auront des noms de fruits.

Il était une fois un garçon qui s’appelait Poire.

Poire fréquentait des filles. On lui avait appris qu’il fallait être gentil avec les filles, et Poire était de toutes façons quelqu’un de gentil. Il n’y avait pas besoin de le lui dire deux fois. Il était donc gentil.

Le voisin de Poire s’appelait Melon. Melon n’était pas gentil du tout, lui. Il faisait pleurer les filles et elles allaient se faire consoler par Poire. Celui-ci, bien sur, désapprouvait fort sa conduite. Lui, Poire, c’était un mec bien. Il respectait les filles, il les écoutait, il blaguait avec elles, bref, c’était leur ami.

Et pourtant, Poire enviait un peu Melon. Il ne comprenait pas. Il avait beau être gentil, serviable, agréable et tout, il restait désespérément célibataire.

Melon, lui, avait plein de copines, alors qu’il ne faisait rien comme il fallait. Il s’occupait avant tout de lui-même. Prenons Cerise, par exemple. Cerise, c’était l’ex de Melon. Quand ils étaient ensemble, elle l’appelait tard dans la nuit, et Melon l’envoyait chier, parce que c’était pas des heures pour appeler. Après, elle l’appelait dans la journée, et il l’envoyait chier encore, parce qu’il était occupé, soi-disant. Il ne voulait même pas lui dire ce qu’il faisait. Ensuite, il rentrait tard et oubliait de lui téléphoner parce qu’il préférait être avec ses amis plutôt qu’avec elle. Puis, un jour, il l’avait trompée avec Pastèque, et Cerise avait eu le coeur brisé. Elle avait foncé chez Poire. Poire l’avait écoutée, l’avait consolée. Il lui avait dit ce qu’il pensait de Melon. Mais il faut croire que les filles aiment les salauds: Deux semaines plus tard, Cerise retournait se jeter dans les bras de Melon, et Poire restait seul. Seul et triste.

Poire ne comprenait pas pourquoi les filles aiment les salauds. Lui, c’était un mec bien, jamais il n’aurait trompé Cerise. Elle ne se rendaient pas compte de qui il était vraiment, ou peut-être aimaient-elles souffrir? N’importe comment, Poire était toujours seul, et devenait de plus en plus aigri au fil du temps. Allaient-elles enfin le remarquer? Allaient-elles enfin voir l’évidence, comprendre qu’il était un mec bien, qu’il avait tout à leur apporter? Tomberaient-elles enfin dans ses bras, émues par tant de gentillesse et d’attention?

Non, toujours pas. Poire finit par se dire que les filles aiment les salauds. Lui, il est trop gentil, c’est clair. Il se fait avoir, encore et encore. Tant de gentillesse, et elles en profitent, les garces… Mais pourtant, il continue d’être gentil. Il est comme ça, Poire, il a du coeur, il est toujours là pour les autres, et il continue d’espérer qu’un jour, sa gentillesse légendaire portera ses fruits.

Toutes des salopes,

Ou le mythe du mec trop gentil

Je vous laisse deviner la suite de l’histoire. Est-ce que Cerise est venue vivre une jolie vie fruitée à deux avec Poire? Probablement pas.

Alors, est-ce que les mecs sont trop gentils? Les filles aiment-elles les salauds? Sont-elles masochistes? Poire n’a-t-il simplement pas assez confiance en lui? Sa gentillesse est-elle une forme de soumission?

Question métaphysique numéro un: peut-on être trop gentil?

Mais au fait, qu’est-ce la gentillesse? Est-ce que la gentillesse n’est pas un comportement désintéressé?

Cette histoire, vous la connaissez surement. C’est un grand classique de la vraie vie; Des mecs comme Poire, il y en a plein, à croire que ça pousse aussi sur les arbres, et en toute saison. Y en a plein la vraie vie, et surtout, y en a plein Internet. Et ils se plaignent, continuellement. Ils se plaignent d’être trop gentils et de n’avoir aucune reconnaissance. Leur gentillesse, au final, ne leur rapporte rien.

Mais est-ce que la gentillesse, c’est fait pour rapporter quelque chose? Etre gentil, c’est donner, et non pas échanger. Echanger, c’est du commerce. Bien sur, quand on est gentil, on s’attend à une reconnaissance, quelque part, c’est normal. Mais ce n’est pas pour ça qu’on est gentil. On est gentil parce qu’on aime faire plaisir aux autres. Si Poire aime faire plaisir aux autres, pourquoi l’entend-on sans arrêt se plaindre que ça ne lui rapporte rien?

Poire se vante d’aimer les filles, de les respecter, mais il passe son temps à se plaindre d’elles, et se voit comme une éternelle victime de la gente féminine. Y aurait pas comme un paradoxe?

Poire est-il vraiment gentil, ou agit-il dans un but? Et quel but?

Question métaphysique numéro deux: Pourquoi Poire est-il gentil?

Que veut Poire? Veut-il seulement consoler la pauvre Cerise, malheureuse amoureuse éconduite par Melon? Qu’espère-t-il?

Ce n’est un secret pour personne, Poire espère plus ou moins se farcir Cerise. Ou alors, être heureux avec elle et avoir beaucoup d’enfants. Il ne le lui dit pas, il aurait bien trop peur de se prendre un râteau. Il fait donc tout ce qui est nécessaire pour la garder près de lui, et espère qu’elle viendra de lui-même vers lui quand il aura suffisamment donné de sa personne.

Mais alors, pourquoi ça ne marche pas?

La question serait plutôt: comment peut-il espérer que cela marche?

En ce moment, je suis chez un Couchsurfeur. Il est vraiment très gentil: d’abord, il me laisse pioncer chez lui. Il m’offre du café, il me fait visiter sa ville, et il est même passé me chercher en voiture quand je suis arrivée (en stop). Est-ce que vous pensez que je vais coucher avec lui pour le remercier de tant de gentillesse? Hé bien non, cela ne fait pas partie du programme. Ce que je compte faire c’est le remercier en lui disant merci et éventuellement en lui laissant une appréciation sympathique sur Couchsurfing.org, voire lui envoyer une carte postale depuis ma prochaine destination.

Ce qui est amusant, c’est que certains mecs sont persuadés que Poire est un pur produit du féminisme: toujours gentil avec les filles, ne les blesse jamais… En réalité, Poire est un pur produit du patriarcat. Il ne comprend pas pourquoi il n’obtient pas sa récompense alors qu’il fait tout comme il faut, pense-t-il. Il finit par déduire que les filles n’aiment pas la gentillesse, puisqu’il est gentil et qu’elles ne couchent pas avec lui pour autant.

Les filles aiment la gentillesse, puisqu’une fois le coeur brisé, elles viennent se faire consoler par le pauvre Poire. Elles le fréquentent parce qu’il est serviable et gentil. Par contre, elles ne couchent pas avec lui. Tout simplement parce que trouver quelqu’un gentil n’est pas une raison valable de coucher avec.

Poire est un pur produit du patriarcat parce qu’il s’imagine que les filles couchent pour remercier, pour faire plaisir, en échange de quelque chose. Ca ne lui vient pas à l’esprit que les filles ont des relations sexuelles tout simplement quand elles sont attirées sexuellement par quelqu’un. Il s’imagine, d’une certaine façon, qu’une récompenser sexuelle et/ou affective lui est due en échange de tous ses bons et loyaux services.

Poire ne voit pas les filles comme des personnes qui ont leurs préférences, leurs choix, leur libido, leur libre-arbitre. Poire pense que les filles couchent avec toi de façon automatique quand tu remplis un certain nombre de conditions. Tu butes le dragon, hop, tu te tapes la princesse. C’est comme dans les jeux vidéos.

Le mythe du mec trop gentil, c’est aussi le mythe du héros pourfendeur de dragons, du sauveur, du prince qui à la fin se tape la princesse.

Mais au fait, elles couchent bien avec Melon, les filles, et pourtant c’est un salaud! Alors?

Melon est-il vraiment un salaud? Peut-être.

N’empêche que, quand on sort avec quelqu’un, on court toujours le risque de le décevoir, de le blesser, de le faire pleurer. Poire ne brise le cœur de personne, et ne s’imagine pas en train de le faire. Mais peut-être qu’il briserait des cœurs si toutes les filles lui couraient après. Surement, même.

Poire se donne le bon rôle, celui du gentil. C’est donc Melon le méchant, il ne respecte pas les filles, il les fait pleurer. Bien sur, le monde est plein de Melons, et certains sont un peu, voire carrément machos, et ce ne sont pas tous des anges. Certains sont peut-être effectivement des salauds. Mais qui est le plus macho? Pour Poire, le simple fait de sortir avec une fille, c’est déjà être un salaud, puisque quand on s’investit dans une relation affective, on court le risque de faire souffrir l’autre personne. D’ailleurs, Poire ne remet jamais en question le comportement de ses amies, il ne se dit jamais qu’elles aussi font parfois souffrir des mecs, ou qu’elles ont tendance à s’investir dans des relations qui les font souffrir sans savoir ou oser mettre les limites. Sans vouloir dire que tout est de leur faute, une relation ça se fait à deux. Tout ce qu’il voit, Poire, ce sont de pauvres victimes, et un vilain méchant. Ne peut-on pas y voir son aveuglement par rapport au libre-arbitre des femmes? Ne considère-t-il pas les femmes comme des objets passifs qui subissent tristement leur sort, et qui donc n’y sont jamais pour rien dans ce qui leur arrive? La seule personne impliquée dans les brisages de cœur, c’est Melon, puisque c’est un homme.

Il y a aussi son manque d’expérience. Son idée des relations homme-femme, c’est un mélange de projection, d’idéalisation, et de tout ce qui lui a été transmis par d’autres (surtout par la culture: cinéma, livres, jeux vidéos, etc). C’est donc une idée fausse, totalement fantasmée, des relations amoureuses. Il les idéalise, en pensant qu’être à deux c’est forcément mieux que d’être seul. Il ignore lamentablement qu’il serait peut-être amené à se comporter exactement comme le vilain Melon sans cœur s’il était dans la même situation, avec plusieurs filles qui le considèrent comme un partenaire sexuel potentiel, avec une vie qui ne tourne pas forcément autour d’elles. Il s’imagine qu’il serait un petit copain et un époux parfait, sans avoir suffisamment expérimenté les rapports amoureux pour savoir que ce n’est pas si simple que ça, la vie à deux. Surtout, il a une telle distance par rapport aux filles, qui, dans son regard, ne sont pas des êtres humains comme lui mais avant tout des filles, qu’il n’arrive pas à avoir des rapports humains normaux avec elles. Certains Poire poussent l’angélisme machiste jusqu’à ne pas oser le moindre geste sexuel parce que, dans leur esprit, coucher avec une fille c’est lui manquer de respect, la salir.

« Si c’est comme ça, moi aussi je vais devenir un Salaud ! »

Un jour, Poire pourrait décider de devenir un salaud lui aussi. Il s’inscrirait sur FrenchTouchSeduction ou un autre forum à la con dans lequel des mecs comme lui remettent en question suffisamment de choses pour avoir l’illusion de créer une différence, mais pas assez en réalité pour sortir de l’impasse. Les players n’ont aucun doute sur le fait que, pour obtenir une fille, il faut faire comme-ci et comme-ça, comme dans les jeux vidéos en somme: la fille, c’est la récompense, si tu fais bien tout comme il faut, tu coucheras avec elle. Sur internet, tu trouves des manuels de drague écrits par des mecs dont je n’aimerais pas être le psy, et qui t’expliquent par a+b et avec des théories compliquées comment chopper de la gonzesse, si être gentil ne marche pas.

Les players ne voient toujours pas les filles comme des humains normaux dotés d’un libre-arbitre et d’une personnalité. Pas plus que Poire. Le seul désaccord, c’est sur la marche à suivre pour obtenir le bisou-récompense (ou plus). Le player est une sorte de Poire en pire: il fait exactement tout comme avant, mais au lieu d’être « gentil », il balance des piques, ou utilise la PNL (moyen pratique d’arriver plus ou moins à un résultat sans cesser de considérer les femmes comme des sortes de marionnettes). Il n’y a pas une grande différence, puisque sa prétendue gentillesse n’était en fait qu’un moyen pour obtenir quelque chose. La PNL en est un autre, ainsi que tous les manuels de drague qu’on trouve à droite et à gauche.

En apparence, le Player est plus misogyne que le Poire de base. En apparence seulement. Le mépris des femmes est plus ou moins assumé chez l’un, dissimulé chez l’autre derrière une constante victimisation. Les deux se victimisent de toutes façons: tandis que Poire se voit comme une perpétuelle victime de l’inconstance féminine, Player justifie son mépris et sa méchanceté pour les femmes par une sorte de vengeance à leur encontre pour tout le mal qu’elles lui ont fait. Evidemment, ça ne l’aide pas à avoir des relations harmonieuses et épanouies avec les femmes, mais il y a quelques autres idées que le patriarcat a bien enfoncées dans la tête du player: par exemple, celle que pour être heureux, un homme doit coucher avec un maximum de femmes. Il se persuade donc que s’il n’est pas heureux, c’est parce que son tableau de chasse n’est pas assez pourvu, et que le bonheur viendra avec le nombre ou la qualité de ses partenaires sexuelles.

Il est extrêmement difficile de remettre en question les normes de genres qui sont martelées dès l’enfance. Pour tout le monde, mais en particulier pour ceux qui se piquent de faire partie du genre dominant.

Le plus triste? Poire ignore la vraie gentillesse. Celle qui se donne sans compter, celle qu’on ne regrette pas sous prétexte de n’avoir rien obtenu en échange. La misère sexuelle, c’est triste, la misère humaine, encore plus. Pauvre Poire.

 

LIRE AUSSI:
L’avocat des Poires
Cerise et melon: lâchez-leur la grappe
Poire le Nice-guy, portrait-robot

sur http://lesquestionscomposent.fr

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Published by coutoentrelesdents - dans GENRE
28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 12:36
J'aurais voulu lire King Kong Théorie quand j'avais entre 14 et 16 ans, mais je l'ai lu qu'à 36 piges. Dommage pour moi, je crois que ça aurait pu changer complètement ma vie. Je ne regrette rien, hin, mais j'ai l'impression parfois de me réveiller tardivement, et d'avoir raté quelques trucs importants.
Je suis devenue féministe sur le tard. Je l'étais déjà, mais je refusais de me désigner comme telle. Sans arriver à dire pourquoi. C'est quelque chose que j'ai fini par formuler y'a peu, et j'ai retrouvé ça chez Despentes, qui le dit, elle, très bien dans KKT : je ne me considérais pas comme une femme, donc le féminisme ne me concernait pas. Je ne me considérais pas comme une femme, parce que je rejette tous les attributs féminins, la coquetterie, la soumission, l'apparence, les cheveux longs, la docilité, la gentillesse, le sourire. Mais je n'avais pas compris que ces attributs ne sont pas typiquement féminins, mais qu'on considère que toutes celles qui ne possèdent pas ces choses sont des ratées de la féminité. J'ai toujours joué avec mon apparence, j'adorais les fringues loufoques, les cheveux colorés, les grosses godasses, quand j'étais aux beaux arts j'ai pu laisser libre court, libérée de la contrainte sociale, à mes envies les plus extravagantes, j'étais dans un espace safe, je faisais les beaux arts et après tout c'était bien normal. Merde je sais plus où je venais en venir, là.
Ha oui. Et une fois sortie de l'école, je me suis frottée à la "vraie société". J'en avais eu des aperçus, hin, mais le vivre 24h/24 et 365j/an, c'est autre chose, radicalement différente : t'es plus dans un espace protégé, t'es lâchée comme ça dans un monde que tu n'as pas encore bien saisi mais que tu trouves déjà profondément dégueulasse, et déjà la question du travail se pose. Et avec le travail, la question de ton image. Je savais bien sûr qu'il fallait tricher, pour trouver un appart, déjà : se couvrir les  bras si t'es tatouée, avoir des vrais cheveux naturels pas colorés, et long ou pas rasés du moins, mettre une jupe et des chaussures "normales", jouer à la bonne fille le temps de signer le bail :  sourire, jouer de son charme, sourire, être enjouée, sourire, être discrète, sourire, sentir bon et sourire. Dans ces cas là je change jusqu'à ma voix et ma façon de parler. La grande mascarade de la normalité, quoi.
C'est à ce moment là aussi que j'ai décidé de faire du dessin ma vie, mon gagne-pain. J'avais fait quelques tentatives molles de recherche d'emploi, j'ai du appeler un seul employeur, mais la façon absolument dégueulasse qu'on avait d'exiger une bagnole (EN VILLE) de ses futurs employés -alors que je me déplaçais tout le temps à pied ou en transports en commun- me débectait. Le ton, surtout, méprisant, hautain, j'étais fière et le suis encore, j'ai envoyé chier mon interlocuteur, et ça a été ma dernière -ou presque- tentative de normalisation. Je cherchais pas vraiment un boulot, j'étais bien au RMI, mais bon, je m'étais rentré dans le crâne qu'il faut bien travailler. Je rechignais beaucoup beaucoup. Le travail a toujours été quelque chose de choquant à mes yeux. La soumission dans toute sa splendeur. Déjà aux beaux arts, je travaillais sur la paresse, la procrastination, j'avais même abordé la question de la prostitution (et m'étais faite engueulée comme une merde par un des profs), pour moi, l'art comme le travail, était une forme de prostitution (et dans un sens, je le crois toujours), sauf que tu n'as même pas le loisir d'être libre, macquée à un patron, à un galeriste, à ta cote, à toujours un putain de supérieur hiérarchique. Je refusais de chacune de mes cellules l'idée d'avoir quelqu'un à qui rendre des comptes, pourtant je n'ai jamais fait que ça, rendre des comptes. Mais j'y reviendrais, peut être.
Et toute cette révolte, je me suis vite rendue compte qu'elle était pas perçue comme féminine. Alors j'ai choisi un pseudonyme neutre. Du coup on me prenait toujours pour un mec, et je crois vraiment que ça m'a aidée. C'est ce que dit Despentes : je m'en suis sortie parce que j'étais virile, je me comportais comme un mec, du moins c'était perçu comme tel. Despentes a choisi la prostitution à un moment, et pour les mêmes raisons j'ai choisi le dessin : pas de comptes à rendre, à personne, la liberté (cf aussi libérez de féminismede Morgane Merteuil).
Mon pseudo neutre au début m'a permis, je pense, de gueuler où il fallait gueuler sans me faire trop rabrouer. Sauf que le dessin, la BD, l'illustration, est un petit milieu, et le fait que j'étais une femme a vite fait le tour, et j'ai perçu un changement de comportement, presque imperceptiblement. Ça n'a évidemment fait qu'appuyer mon intuition que mon comportement ne "cadrait" pas avec mon sexe, et les raisons de mon choix de pseudo. D'un coup, quand je gueulais pour un truc qui me semblait anormal dans mon boulot (et ça arrive tous les jours), je devenais hystérique, ou un truc dans le genre, là où on aurait dit d'un mec qu'il "en a", et qu'il sait défendre son travail. Vite, j'ai eu une réputation de chieuse. J'ai découvert, à mes premières publications, ce que décrit Despentes quandBaise moi est sorti : on ne peut parler d'une femme sans parler de son physique, de son comportement, de comment-ça-cadre-pas. J'étais punk dans l'âme, sans pour autant en avoir le look, mais je refusais qu'on me le rappelle à longueur d'article, allant jusqu'à dire que je puais et que j'étais pas fréquentable (de la part de gratte papier qui ne m'avait jamais rencontrée). Je refusais qu'on me le rappelle non pas parce que c'était faux, puisque ça l'était pas, mais parce que on le disait uniquement à cause de ma "non-féminité", sans piger complètement pourquoi ça me mettait tellement en colère. À un moindre niveau, évidemment  je n'étais ni passée par le viol, je ne m'étais pas prostituée et mes publications n'étaient pas "sulfureuses", j'imagine donc comment Despentes a du recevoir tout ça, la colère qu'elle a du ressentir : ce que j'ai ressenti, puissance 100000.
Mais mon travail n'avait rien de féminin, tout comme moi, et c'est ce qui apparemment posait des tas de questions aux lecteurs, aux magazines qui parlaient de mon travail, à partir du moment où on a su que j'étais de ce sexe, CE sexe. Le travail lui même devenait secondaire, et c'est ce que j'avais cherché à éviter en prenant mon pseudo : qu'on ne lise pas mon boulot comme un boulot de femme, mais comme un boulot tout court, j'avais lu des tas de chroniques affreuses sur le travail de Julie Doucet, comme d'autres auteures, qui résumaient ses BD au fait qu'elle parle de ses règles. La forme, le choix de  cadrage, le dessin, le fait que l'autobiographie est un choix aussi, tout ça était passé à la trappe : c'était une femme, et il fallait la lire comme ça : débarrassée du choix, de la réflexion, de la recherche.
À ce moment là, je refusais toujours de me considérer comme féministe. Je croyais que je n'étais pas représentative de mon sexe et qu'à aucun moment je ne pouvais parler en tant que femme, puisque je répugnais à m'identifier à cette chose rose, frivole, gentille et douce. Jusqu'à y'a assez peu de temps en fait. 
Je pensais qu'il n'y avait qu'un féminisme, et j'imaginais des vieilles pas fun, je ne m'y reconnaissais pas, je croyais qu'il n'y avait plus de combats à mener puisque moi je m'en sortais et que les femmes dociles et opprimées n'avaient qu'à faire pareil (haha). Je n'avais pas relié mes difficultés dans mon boulot au sexisme, je refusais d'y voir du sexisme. Et puis en voyant des mecs qui l'ouvraient autant que moi se faire traiter avec respect, j'ai commencé à me poser des questions. Je ne me considérais pas comme une femme, mais j'en étais une malgré tout, et on cherchait à me renvoyer à mon rôle de femelle docile. Punk ou pas, ça ne changeait pas du tout cette donnée, on me traitait juste un peu plus familièrement (et c'était très déplacé) qu'une femme "conforme".
Depuis que j'ai commencé le dessin, et quand ça s'est su que j'en étais, de ce sexe,  j'ai eu pléthore de propositions d'expos, de zines, de tout et n'importe quoi "spécial femmes" ou non-mixtes, que ce soit militant ou au contraire très sexiste et ça me rendait dingue de n'être contactée que parce que j'avais un vagin et des nichons. J'ai accepté un ou deux trucs non-mixtes au début et j'ai envoyé chier tous les autres, je voulais pas qu'on me cantonne à un ghetto, même avec de bonnes raisons (et je trouvais ça débile de réclamer l'égalité en nous regroupant entre nous).
J'ai illustré pendant deux ans les chroniques de Mademoiselle dans CQFD. Au début, quand CQFD m'a dit ça, j'ai râlé : "ha naaan putain je suis sûre qu'ils me demandent ça parce que je suis une meuf, bordel de merde".  Mais j'ai accepté, déjà parce que je voulais absolument travailler pour ce journal, et parce que les premiers textes de Mademoiselle qu'on m'a envoyés me parlaient. Et là j'ai commencé à réfléchir, ENFIN, concrètement, à ce que c'était le féminisme. Sans plus m'y pencher non plus au début, je lisais les textes de mademoiselle, mais je voyais bien qu'elle faisait référence à d'autres textes, d'autres femmes, d'autres combats. Que le féminisme n'était pas une seule masse, uniforme, mais qu'il y avait autant de féminismes que de femmes. Les chroniques Mademoiselle me parlaient, parce que ses textes sont bruts, je sentais sa colère, je la reconnaissais, elle ne faisait pas de périphrase, ne parlait pas théorie, mais parlait avec ses putains de tripes.
J'ai rencontré virtuellement mon alter ego, Clarisse Clirstrim, sur ma fanpage FB. Tout ce qu'elle disait, je le trouvais très juste, et sa façon de le dire c'était mon langage. Et on est devenues amies on a discuté de boulot, de ressentis, et je prenais conscience que bah oui quoi, je suis féministe, pourquoi donc le nier comme ça... Parce que je me sentais pas femme ?
J'ai été une effroyable misogyne, je méprisais les femmes qui adoptaient les attributs féminins avec docilité, qui se maquillaient, qui prenaient soin d'elles, je ne les voyais que comme des carpettes, je ne les voyais qu'avec des yeux de mâle. Je préférais la compagnie des hommes à celle des femmes, partageant avec eux des blagues sexistes et affreuses, riant et buvant comme eux, partageant avec eux la complicité virile, partageant quelques fois leur lit, dans le dos de leur régulière.
J'étais un bon pote avec qui on couche des fois. Plus d'une fois, je suis tombée amoureuse comme ça, à croire que cette complicité était le meilleur socle pour une vraie histoire, et plus d'une fois on m'a fait remarquer qu'on ne tombait pas amoureux d'un copain, même si on avait couché avec. En plus du fait d'avoir été considérée comme un garage à bite à défaut de vraie femme (*), de s'être sentie utilisée, une chose m'a frappée : on me disait qu'on ne pouvait pas tomber amoureux de quelqu'un qu'on considère comme son égal. La douche froide.
Sauf qu'à bien y penser, je n'étais pas pour autant leur égal. Si je partageais avec eux bien des trucs, j'étais assez gênante quand ils se mettaient en chasse et je devais disparaitre, ou si j'étais là, on me désignait comme "le bon pote, t'inquiètes pas pour ça". Ni un homme, ni une femme, quoi. L'humiliation d'être traitée comme un truc neutre m'a fait souvent mal sur le coup, je comprenais pas qu'on me rejette pour ce que j'étais, mais je m'en remettais vite. Et à force j'ai compris qu'être perçue comme un égal parce que je jouais le jeu de la domination, que je riais aux blagues sexistes, que je trouvais normal de faire du slut-shaming avec des copains, que je trouvais même normal d'être traitée comme de la merde quand j'éprouvais quelque chose pour eux parce que c'était une trahison, tout ça, c'était jouer contre moi. 
Forcément à me comporter comme ça, une fois qu'on a su que j'étais une femme dans ce milieu, je pouvais être que lesbienne. Ça aussi, ça a aidé à ma réflexion. J'étais en colère à chaque fois qu'on me soupçonnait d'être goudou. Non pas qu'on croit que je puisse être lesbienne me posait le moindre souci, mais les raisons pour lesquelles on le croyait me rendaient dingue. Encore une fois, c'était vouloir me remettre à ma place, une vraie femme, une femme hétéro ne peut pas se teindre les cheveux, ne peut jurer comme un charretier, ne peut boire de pintes de bière, ne peut décider de se passer de chef. Me soupçonner "d'en être" est de loin le plus sexiste qu'on m'ait jamais dit, et c'est aussi comme ça que j'ai pris conscience de l'homophobie, et de la lesbophobie plus particulièrement, de ce qu'elle est, concrètement. Toute inégalité me rend folle de rage, et tout ce qu'on m'a renvoyé me faisait comprendre ma place. En dessous, servile.
Je crois aussi que m'intéresser à l'anarchisme de plus près, d'avoir mis le mot sur ce que je ressentais depuis longtemps de façon confuse, m'a naturellement conduite à réfléchir à tout ça. On ne peut penser une domination (dans le travail, en ce qui me concerne) en l'isolant des autres : le patriarcat sert le capitalisme, au même titre que le racisme, ou n'importe quel autre rapport de domination. Réfléchir au capitalisme sans considérer le sexisme ou le racisme, ou n'importe quoi d'autre, était vain. C'était le rapport de domination lui même qu'il fallait détruire. C'est ça, l'anarchisme.
Depuis, j'ai foutu les pieds sur twitter, j'ai commencé à suivre des nanas qui parlaient ce langage, qui mettait de mots sur des trucs que je ressentais confusément, j'ai lu des blogs qui parlent de genre, de féminismes, j'ai suivi des femmes qui se posaient les mêmes questions que moi, des femmes aussi en colère que Clarisse, Mademoiselle ou moi (mais aussi des hommes, comme par ex Denis Colombi, hin). J'étais pas toujours d'accord, mais ça me faisait réfléchir à pourquoi j'étais pas d'accord. J'ai compris que le rôle qu'on veut m'assigner c'est mon sexe qui le dicte, mais que je peux très bien être une femme à part entière sans adopter la panoplie. Je suis ce que je décide d'être.
Ça a été une révélation, de savoir que j'avais le droit de m'habiller, me coiffer, parler comme je le faisais,  travailler comme je le veux sans pour autant renier mon sexe, j'ai le droit d'être ce que je suis et de l'être en tant que femme si ça me chante. C'est pour ça que j'aurais voulu lire King Kong Théorie quand j'étais encore adolescente.
NB : et depuis, la relecture de ma vie, que je croyais exempte de tout sexisme, m'apprend beaucoup sur la sournoiserie de celui ci. Je me rends compte que mes actes, que je croyais dictés par mon unique volonté,  se sont avérés être pour beaucoup en réaction au sexisme, ou dictés par celui ci, la crainte, la peur, choses que je refiusais d'admettre me croyant beaucoup plus forte que ça. Mais ça touche des domaines plus intimes, je ne me sens pas encore d'en parler, n'ayant pas encore complètement fait le tour.

(*) je n'ai absolument rien contre les relations uniquement sexuelles consenties entre deux personnes qui savent de quoi il retourne précisément, là je parle de relation sexuelle ET amicale, de complicité,  qui pouvait laisser croire qu'il s'agissait d'autre chose. Le "friendzonage" (je ne reconnais pas cette appellation : je ne range pas les gens que je rencontre dans des cases en fonction de leur "baisabilité") chez les femmes n'est pas exactement le même que chez les hommes qui ne comprennent pas pourquoi ils niquent pas, ils sont pourtant gentils (voir cette note très claire à ce propos). 
TANXXX
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Published by coutoentrelesdents - dans GENRE
7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 20:55
par PIR





Un article intitulé « Plus fort que Frigide Barjot, les indigènes dénoncent l’« impérialisme gay » » paru dans StreetPress, puis repris par le site Rue89 sous le titre « Les Indigènes de la République contre l’« homosexualité imposée » » a mis le feu à la blogosphère.

L’auteur juge "flippante" la thèse, effectivement insensée, selon laquelle l’homosexualité serait une invention de l’Occident et qu’elle n’existerait pas dans les quartiers populaires. Le problème, c’est qu’il l’attribue frauduleusement aux Indigènes de la république, ainsi qu’aux auteurs de l’essai « Les féministes blanches et l’empire », Félix Boggio Ewanjé-Epée et Stella Magliani-Belkacem feignant de confondre "homosexualité" et "identité homosexuelle" alors que nous nous sommes donné la peine de bien distinguer les deux. Les propos incriminés visaient à questionner l’universalité de l’identité politique homosexuelle telle que définie en Occident. Nous dénonçons cette grossière manipulation.

Nous nous attendions à mieux d’une presse dite indépendante qui tronque la réflexion pour disqualifier les mouvements engagés dans des luttes difficiles.

Nous nous étonnons également du phénomène de meute qui touche des milieux réputés critiques des médias qui ont gobé une thèse des plus caricaturales et qui l’ont relayée, avec une jubilation pour le moins suspecte, sans prendre la peine de vérifier la cohérence entre l’article et les propos tenus à ce jours par les responsables de notre organisation. Par ailleurs, il est surprenant d’observer que ceux qui d’ordinaire traitent les propositions du PIR par le mépris s’intéressent soudainement à celui-ci lorsqu’il s’agit de le clouer au pilori.

Le PIR

en reponse à cet article

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Published by coutoentrelesdents - dans GENRE
7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 13:34

CONTRE-ENQUÊTE L’homosexualité, invention occidentale imposée à l’Afrique et au Maghreb, via un « impérialisme des modes de vie »? C’est la thèse qui se développe dans une partie de l’extrême gauche, alors que la France débat du mariage homo. Flippant.

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Un keffieh et une chaîne... à la Gay Pride d'Oslo en 2011

C’est une idée en vogue dans les milieux anti-impérialistes : Si le mariage pour tous n’a pas la cote dans « les quartiers populaires », c’est parce que ses habitants – descendant en majorité de « colonisés », ne seraient pas sensibles à cette idée occidentale.

PETIT LIVRE VERT Alors que toute la France débat du mariage homo,StreetPress vous signale la parution d’un essai qui vient apporter de l’eau au moulin à cette surprenante théorie : « Les féministes blanches et l’empire », signé Stella Magliani-Belkacem et Félix Boggio Ewanjé-Epée, aux éditions La Fabrique. Un petit livre vert (110 pages) dans lequel les deux auteurs affirment que « l’homosexualité, comme identité » est « une notion » occidentale qui n’est pas adaptée au monde arabe et africain. Et par « analogie », pas adaptée non plus à ceux qui en sont issus : les habitants des « quartiers populaires ».

Vous avez peut-être aperçu Stella Magliani-Belkacem à l’université d’été du Front de Gauche, ce mois d’août à Grenoble où elle était à la tribune pour s’exprimer sur « l’anti-racisme et le mutliculturalisme ». Félix Boggio Ewanjé-Epée – essayiste précoce puisqu’il n’a que 22 ans – est, lui, un ancien du NPA. Mais c’est surtout grâce à leurs activités dans le monde de l’édition qu’ils bénéficient d’une notoriété certaine dans le milieu anti-impérialiste. La paire a coordonné la rédaction du recueil Nous sommes les Indigènes de la République (Ed. Amsterdam, 435 p) du mouvement du même nom. Stella Magliani-Belkacem est secrétaire d’édition dans la maison d’édition La Fabrique d’ Eric Hazan.

Devant son expresso dans un bistrot de la rue de Belleville, Félix Boggio Ewanjé-Epée résume le leitmotiv du chapitre consacré à la question LGBTde son essai:

« Dénoncer la tentative de faire de l’homosexualité une identité universelle qui serait partagée par tous les peuples et toutes les populations. »

« Une tentative » relayée dans les pays anciennement colonisés par « lesONG et l’Onu avec un discours d’inscription des droits sexuels qui institutionnalise l’homosexualité telle qu’elle est définie en Occident. »
Mais aussi dans « les quartiers populaires. » Les auteurs de s’en prendre à Fadela Amara qui avait appelé dans une interview à Têtu à l’émergence « d’un mouvement gay dans les quartiers. »
















Félix Boggio Ewanjé-Epée, Stella Magliani-Belkacem et leur petit livre vert


« MISSION CIVILISATRICE » La question de « l’homonationalisme » n’est pas nouvelle. En juin 2010 à la Gay Pride de Berlin, c’est même l’égérie du mouvement queer Judith Butler qui s’était alarmée que la cause LGBT ait été « enrégimentée dans un combat nationaliste et militariste. » En cause, « l’exotisation » de l’homophobie : Les banlieues des grandes métropoles et les pays africains et musulmans sont accusés de concentrer les homophobes. Le mouvement LGBT s’inscrirait alors dans une nouvelle « mission civilisatrice » contre « les jeunes de banlieue » et plus généralement « les cultures non-occidentales. »

IMPORT / EXPORT Mais ce que dénoncent aussi les théoriciens de l’anti-impérialisme de La Fabrique, c’est que l’homosexualité est imposée comme identité dans des contrées où elle n’existerait pas. « Dans la tradition des identités arabes par exemple, cette notion-là a été importée », justifie Félix. Stella ajoute elle que les « les conditions matérielles à l’émergence de ce qu’on appelle l’homosexualité ne sont pas forcément réunies dans ces espaces. » 

« C’est une question d’organisation de la famille et de la société. »

Ils ne nient pas la réalité de « pratiques homo-érotiques » mais minimisent l’existence « d’un mode de vie homosexuel ». Un raisonnement qui vaut « par analogie » dans « les quartiers populaires. »

« IMPÉRIALISME GAY » « Monde blanc », « homosexualité imposée », « impérialisme gay »… Jointe par StreetPress, Houria Bouteldja, boss des Indigènes de la République, reprend à son compte la théorie de l’essai qui lui est dédicacé. Mais celle qui est régulièrement invitée par Frédéric Taddéï dans « Ce soir ou jamais » va encore plus loin en affirmant que « le mode de vie homosexuel n’existe pas dans les quartiers populaires. Ce qui n’est pas une tare » :

« Le mariage pour tous ne concerne que les homos blancs. Quand on est pauvre, précaire et victime de discrimination, c’est la solidarité communautaire qui compte. L’individu compose parce qu’il y a d’autres priorités. »

Bouteldja, qui prépare un article de 7 pages sur le sujet, d’ajouter que le choix de l’homosexualité est un luxe :

« C’est comme si on demandait à un pauvre de manger du caviar. »

Autant d’arguments qui expliquent pour Stella Magliani-Belkacem que « le mariage pour tous n’est pas une revendication portée dans les quartiers populaires. » Bouteldja insiste :

« L’impérialisme, ce n’est pas seulement militaire et économique. C’est aussi par les modes de vie. »

UN DISCOURS DANGEREUX Joint par StreetPress, Johan Cadirot, administrateur du Refuge, une association qui loge les jeunes victimes d’homophobie, s’inquiète des conséquences que peut avoir ce discours chez des « jeunes des cités » qui ont déjà du mal à s’identifier comme homosexuels :

« On leur met encore un poids. Ils vont encore plus se cacher, se renfermer, et ne pas s’assumer. C’est quand même chez les jeunes homos qu’on trouve les plus hauts taux de suicides. »

Il explique que 50% des jeunes qu’il reçoit dans son antenne francilienne sont issus des cités, « où il n’y a pas moins d’homos mais où ils sont plus cachés et dans le déni. »:

« Alors oui, le mot ‘’homo’’ n’existe pas en langue arabe. Soit. Mais à partir du moment où on couche régulièrement avec une personne du même sexe, on est homo, bi ou trans’ ! Ce n’est pas plus compliqué que cela ! »

Johan, qui vient du fin fond de la campagne, le Morvan « où les gays n’existent pas non plus », d’insister sur « l’importance de pouvoir mettre des mots sur ce que l’on est pour pouvoir s’accepter » :

« Quand ces jeunes viennent au Refuge, ils discutent avec d’autres personnes et s’aperçoivent qu’ils sont comme eux : homos. »

« DISCOURS HOMOPHOBE » Joint par StreetPress, le sociologue Daniel Welzer-Lang, spécialiste des questions de genre et d’ethnicisation, qualifie carrément « d’homophobe » le discours des Indigènes : « Dire que des personnes n’existent pas comme le fait Bouteldja, alors qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour les voir, c’est de l’homophobie. » Il met en garde contre des « définitions arrangées de manière très homophobes par les Indigènes » pour servir leur discours anti-impérialiste. 

Avant de balancer les dossiers :

« Dans le cadre de mes recherches, j’ai même interviewé des membres de leur mouvement qui ont des frères ou des cousins homos dans des cités ! C’est juste absurde. »

Au Parti de gauche où Pascale Le Neouannic est en charge du pôle LGBT, on s’agace aussi : « Il y a des relents d’homophobie derrière ce discours. Quelque part [on laisse entendre que] ce ne serait pas naturel. »

Pour l’élue Front de gauche qui se revendique aussi de l’anti-impérialisme, le débat sur le mariage pour tous en France retentit bien au-delà de l’Hexagone :


« Tous ces débats, les jeunes Algériens aussi veulent les avoir. C’est une bataille universelle. Il n’y a qu’à voir le nombre de jeunes issus du Maghreb qui suivent avec attention nos débats. C’est une soupape, un air frais »




































Edit – 6.2.13 :
Suppression des JCR dans la bio de Félix Boggio Ewanjé-Epée et modification dans la bio de Stella Magliani-Belkacem : « secrétaire d’édition aux éditions La Fabrique ». Le livre co-édité par Magliani-Belkacem et Boggio Ewanjé-Epée est un « recueil ».
Précision, à la demande de Stella Magliani-Belkacem de la citation : « le mariage pour tous n’est pas une revendication portée dans les quartiers populaires »

 

 

Robin D'Angelo
http://www.youtube.com/user/Dan... 

26 Ans - Paris (75)

Redac' chef @ StreetPress

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Published by coutoentrelesdents - dans GENRE
2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 12:28
"Les défenseurs de l’autorité craignent l’avènement d’une maternité libre, de peur qu’elle ne leur vole leurs proies. Qui ferait les guerres ? Qui produirait la richesse ? Qui ferait le policier, le geôlier, si la femme se mettait à refuser de faire des enfants au hasard ? La race ! La race ! crie le roi, le président, le capitaliste, le prêtre. La race doit être préservée au prix de la dégradation de la femme réduite à l’état de simple machine, et l’institution du mariage est notre seule soupape de sécurité contre le pernicieux éveil sexuel de la femme. Mai en vain, ces efforts frénétiques pour maintenir cet état de servitude. En vain aussi, les édits de l’Eglise, les folles attaques de ceux qui nous gouvernent, en vain même les bras de la Loi. La femme ne veut plus participer à la production d’êtres humains maladifs, faibles, tarés, misérables, qui n’ont la force ni physique ni morale de rejeter le joug de la pauvreté et de l’esclavage. Au contraire, elle désire des enfants en moins grand nombre et en meilleure santé, engendrés et élevés dans l’amour [...]"

Emma Goldman, "Du mariage et de l'amour".
"Les défenseurs de l’autorité craignent l’avènement d’une maternité libre, de peur qu’elle ne leur vole leurs proies. Qui ferait les guerres ? Qui produirait la richesse ? Qui ferait le policier, le geôlier, si la femme se mettait à refuser de faire des enfants au hasard ? La race ! La race ! crie le roi, le président, le capitaliste, le prêtre. La race doit être préservée au prix de la dégradation de la femme réduite à l’état de simple machine, et l’institution du mariage est notre seule soupape de sécurité contre le pernicieux éveil sexuel de la femme. Mai en vain, ces efforts frénétiques pour maintenir cet état de servitude. En vain aussi, les édits de l’Eglise, les folles attaques de ceux qui nous gouvernent, en vain même les bras de la Loi. La femme ne veut plus participer à la production d’êtres humains maladifs, faibles, tarés, misérables, qui n’ont la force ni physique ni morale de rejeter le joug de la pauvreté et de l’esclavage. Au contraire, elle désire des enfants en moins grand nombre et en meilleure santé, engendrés et élevés dans l’amour [...]" Emma Goldman, "Du mariage et de l'amour".
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