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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 14:25

TRIBUNE. Vendredi dernier, l'ancien Premier ministre réaffirmait ses réserves sur l’ouverture du mariage aux homos. L'écrivaine Virginie Despentes revient sur son argumentaire, et sur celui des anti-mariage pour tous.

 

Invité vendredi dernier sur le plateau du Grand Journal de Canal+, Lionel Jospin est revenu sur ses réserves sur l'ouverture du mariage aux couples homos. «C'est la position de mon parti, et donc je la respecte, a commenté l'ancien Premier ministre. Ce n'était pas la mienne au départ. Ce que je pense c'est que l'idée fondamentale doit rester, pour le mariage, pour les couples et pour la vie en général, que l'humanité est structurée entre hommes et femmes.» L'écrivaine Virginie Despentes a choisi de lui répondre dans une tribune que publie TÊTU.com. 

«Alors, cette semaine, c'est Lionel Jospin qui s'y colle. Il trouve qu'on n'entend pas assez de conneries comme ça, sur le mariage gay, il y va de son solo perso. Tranquille, hein, c'est sans homophobie. Il n'a pas dit qu'on avait le droit de casser du pédé ou de pourrir la vie des bébés gouines au lycée, non, juste, il tenait à signaler: attention, avec le mariage, on pousse mémé dans les orties. «L'humanité est structurée sur le rapport hommes femmes.» Juste, sans homophobie: les gouines et les pédés ne font pas vraiment partie de l'humanité. Ils ne sont pourtant pas stériles - mais comme ils ne vivent pas en couple, ce n'est pas de l'humain pur jus, pas de l'humain-humain comme l'est monsieur Jospin. Ce n'est pas super délicat pour les célibataires et les gens sans enfants, son truc, mais Jospin est comme ça: il a une idée forte de ce qu'est l'humanité, et l'humanité, c'est les femmes et les hommes qui vivent ensemble, copulent et produisent des enfants pour la patrie. C'est dommage pour les femmes, vu que, in fine, cette humanité là, c'est l'histoire de comment elles en ont pris plein la gueule pendant des millénaires, mais c'est l'humanité, que veux tu, on la changera pas. Et il faut bien l'admettre: il y a d'une part la grande humanité, qui peut prétendre aux institutions, et de l'autre, une caste moins noble, moins humaine. Celle qui devrait s'estimer heureuse de ne pas être persécutée, qu'elle ne vienne pas, en plus, réclamer des droits à l'état. Mais c'est dit sans animosité, hein, sans homophobie, juste: l'humanité, certains d'entre nous en font moins partie que d'autre. Proust, Genet, Leduc, Wittig, au hasard: moins humains que des hétéros. Donc, selon Lionel Jospin, il faut que je comprenne, et que je n'aille pas mal le prendre: depuis que je ne suce plus de bite, je compte moins. Je ne devrais plus réclamer les mêmes droits. C'est quasiment une question de bon sens.

Mais c'est dit sans homophobie, c'est ça qui est bien. Comme tous les hétéros qui ont quelque chose à dire contre le mariage gay. C'est davantage le bon sens que l'homophobie qui les pousse à s'exprimer. Dans ce débat, personne n'est homophobe. Ils sont juste contre l'égalité des droits. Et dans la bouche de Jospin on comprend bien: non seulement contre l'égalité des droits entre homos et hétéros, mais aussi contre l'égalité des droits entre femmes et hommes. Parce qu'on est bien d'accord que tant qu'on restera cramponnés à ces catégories là, on ne sera jamais égaux.

Je m'étais déjà dit que je ne me voyais pas «femme» comme le sont les «femmes» qui couchent gratos avec des mecs comme lui, mais jusqu'à cette déclaration, je n'avais pas encore pensé à ne plus me définir comme faisant partie de l'humanité. Ça va me prendre un moment avant de m'y faire. C'est parce que je suis devenue lesbienne trop tard, probablement. Je ne suis pas encore habituée à ce qu'on me remette à ma place toutes les cinq minutes. Ma nouvelle place, celle des tolérés. 

Au départ, cette histoire de mariage, j'en avais moitié rien à faire - mais à force de les entendre, tous, sans homophobie, nous rappeler qu'on ne vaut pas ce que vaut un hétéro, ça commence à m'intéresser. 

Je ne sais pas ce que Lionel Jospin entend par l'humanité. Il n'y a pas si longtemps, une femme qui tombait enceinte hors mariage était une paria. Si elle tombait enceinte d'un homme marié à une autre, au nom de la dignité humaine on lui faisait vivre l'enfer sur terre. On pouvait même envisager de la brûler comme sorcière. On en a fait monter sur le bûcher pour moins que ça. On pouvait la chasser du village à coups de pierre. L'enfant était un batard, un moins que rien. Bon, quelques décennies plus tard, on ne trouve plus rien à y redire. Est-on devenus moins humains pour autant, selon Lionel Jospin? L'humanité y a t-elle perdu tant que ça? A quel moment de l'évolution doit on bloquer le curseur de la tolérance? 

Jospin, comme beaucoup d'opposants au mariage gay, est un homme divorcé. Comme Copé, Le Pen, Sarkozy, Dati et tuti quanti. Cet arrangement avec le serment du mariage fait partie des évolutions heureuses. Les enfants de divorcés se fadent des beaux parents par pelletées, alors chez eux ce n'est plus un papa et une maman, c'est tout de suite la collectivité. On sait que les hétérosexuels divorcent plus facilement qu'ils ne changent de voiture. On sait que l'adultère est un sport courant (qu'on lise sur internet les commentaires d'hétéros après la démission de Petraeus pour avoir trompé sa femme et on comprendra l'importance de la monogamie en hétérosexualité - ils n'y croient pas une seule seconde, on trompe comme on respire, et on trouve inadmissible que qui que ce soit s'en mêle) et on sait d'expérience qu'ils ne pensent pas que faire des enfants hors mariage soit un problème. Ils peuvent même faire des enfants hors mariage, tout en étant mariés, et tout le monde trouve ça formidable. Très bien. Moi je suis pour tout ce qui est punk rock, alors cette idée d'une immense partouze à l'amiable, franchement, je trouve ça super seyant. Mais pourquoi tant de souplesse morale quand ce sont les hétéros qui se torchent le cul avec le serment du mariage, et cette rigidité indignée quand il s'agit des homosexuels? On salirait l'institution? On la dévoierait? Mais les gars, même en y mettant tout le destroy du monde, on ne la dévoiera jamais d'avantage que ce que vous avez déjà fait, c'est perdu d'avance... dans l'état où on le trouve, le mariage, ce qui est exceptionnel c'est qu'on accepte de s'en servir. Le Vatican brandit la polygamie - comme quoi les gouines et les bougnoules, un seul sac fera bien l'affaire, mais c'est ni raciste ni homophobe, soyons subtils, n'empêche qu'on sait que les filles voilées non plus ne font pas partie de l'humanité telle que la conçoit cette gauche là, mais passons - ne vous en faites pas pour la polygamie: vous y êtes déjà. Quand un bonhomme paye trois pensions alimentaires, c'est quoi, sinon une forme de polygamie? Que les cathos s'occupent d'excommunier tous ceux qui ne respectent pas l'institution, qu'ils s'occupent des comportements des mariés à l'église, ça les occupera tellement d'y mettre un peu d'ordre qu'ils n'auront plus de temps à perdre avec des couples qui demandent le mariage devant le maire.

Et c'est pareil, pour les enfants, ne vous en faites pas pour ça: on ne pourra pas se comporter plus vilainement que vous ne le faites. Etre des parents plus sordides, plus inattentifs, plus égoïstes, plus j'm'enfoutistes, plus névrosés et toxiques - impossible. Tranquillisez vous avec tout ça. Le pire, vous vous en occupez déjà très bien.

Tout ça, sans compter que l'humanité en subit d'autres, des outrages, autrement plus graves, en ce moment, les gouines et les pédés n'y sont pour rien, je trouve Lionel Jospin mal organisé dans ses priorités de crispation. Il y a, en 2012, des atteintes à la morale autrement plus brutales et difficiles à admettre que l'idée que deux femmes veulent se marier entre elles. Qu'est-ce que ça peut faire? Je sais, je comprends, ça gêne l'oppresseur quand deux chiennes oublient le collier, ça gêne pour les maintenir sous le joug de l'hétérosexualité, c'est ennuyeux, on les tient moins bien. Parfois la victime n'a pas envie de se laisser faire en remerciant son bourreau, je pensais qu'une formation socialiste permettrait de le comprendre. Mais non, certaines formations socialistes amènent à diviser les êtres humains en deux catégories: les vrais humains, et ceux qui devraient se cacher et se taire.

J'ai l'impression qu'en tombant amoureuse d'une fille (qui, de toute façon, refuse de se reconnaître en tant que femme, mais je vais laisser ça de côté pour ne pas faire dérailler la machine à trier les humains-moins humains de Lionel Jospin) j'ai perdu une moitié de ma citoyenneté. J'ai l'impression d'être punie. Et je ne vois pas comment le comprendre autrement. Je suis punie de ne plus être une hétérote, humaine à cent pour cent. Pendant trente cinq ans, j'avais les pleins droits, maintenant je dois me contenter d'une moitié de droits. Ça me chagrine que l'Etat mette autant de temps à faire savoir à Lionel Jospin et ses amis catholiques qu'ils peuvent le penser, mais que la loi n'a pas à être de leur côté. 

Si demain on m'annonce que j'ai une tumeur au cerveau et qu'en six mois ce sera plié, moi je ne dispose d'aucun contrat facile à signer avec la personne avec qui je vis depuis huit ans pour m'assurer que tout ce qui est chez nous sera à elle. Si c'est la mort qui nous sépare, tout ce qui m'appartient lui appartient, à elle. Si j'étais hétéro ce serait réglé en cinq minutes: un tour à la mairie et tout ce qui est à moi est à elle. Et vice versa. Mais je suis gouine. Donc, selon Lionel Jospin, c'est normal que ma succession soit difficile à établir. Qu'on puisse la contester. Ou qu'elle doive payer soixante pour cent d'impôts pour y toucher. Une petite taxe non homophobe, mais qu'on est les seuls à devoir payer alors qu'on vit en couple. Que n'importe qui de ma famille puisse contester son droit à gérer ce que je laisse, c'est normal, c'est le prix à payer pour la non-hétérosexualité. La personne avec qui je vis depuis huit ans est la seule personne qui sache ce que j'ai dans mon ordinateur et ce que je voudrais en faire. J'aimerais, s'il m'arrivait quelque chose, savoir qu'elle sera la personne qui gèrera ce que je laisse. Comme le font les hétéros. Monsieur Jospin, comme les autres hétéros, si demain le démon de minuit le saisit et lui retourne les sangs, peut s'assurer que n'importe quelle petite hétéro touchera sa part de l'héritage. Je veux avoir le même droit. Je veux les mêmes droits que lui et ses hétérotes, je veux exactement les mêmes. Je paye les mêmes impôts qu'un humain hétéro, j'ai les mêmes devoirs, je veux les mêmes droits - je me contre tape de savoir si Lionel Jospin et ses collègues non homophobes mais quand même conscients que la pédalerie doit avoir un prix social, m'incluent ou pas dans leur conception de l'humanité, je veux que l'Etat lui fasse savoir que je suis une humaine, au même titre que les autres. Même sans bite dans le cul. Même si je ne fournis pas de gamin à mon pays. 

La question de l'héritage est centrale dans l'institution du mariage. Les sourds, les aveugles et les mal formés pendant longtemps n'ont pas pu hériter. Ils n'étaient pas assez humains. Me paraît heureux qu'on en ait fini avec ça. Les femmes non plus n'héritaient pas. Elles n'avaient pas d'âme. Leurs organes reproducteurs les empêchaient de s'occuper des affaires de la cité. Encore des Jospin dans la salle, à l'époque ils s'appelaient Proudhon. J'ai envie de vivre dans un pays où on ne laisse pas les Jospin faire le tri de qui accède à l'humanité et qui doit rester dans la honte.

Je ne vois aucun autre mot qu'homophobie pour décrire ce que je ressens d'hostilité à mon endroit, depuis quelques mois qu'a commencé ce débat. J'ai grandi hétéro, en trouvant normal d'avoir les mêmes droits que tout le monde. Je vieillis gouine, et je n'aime pas la sensation de ces vieux velus penchés sur mon cas et me déclarant «déviante». J'aimais bien pouvoir me marier et ne pas le faire. Personne n'a à scruter à la loupe avec qui je dors avec qui je vis. Je n'ai pas à me sentir punie parce que j'échappe à l'hétérosexualité. 

Moi je vous fous la paix, tous, avec vos mariages pourris. Avec vos gamins qui ne fêteront plus jamais Noël en famille, avec toute la famille, parce qu'elle est pétée en deux, en quatre, en dix. Arrangez vous avec votre putain d'hétérosexualité comme ça vous chante, trouvez des connes pour vous sucer la pine en disant que c'est génial de le faire gratos avant de vous faire cracher au bassinet en pensions compensatoires. Vivez vos vies de merde comme vous l'entendez, et donnez moi les droits de vivre la mienne, comme je l'entends, avec les mêmes devoirs et les mêmes compensations que vous.

Et de la même façon, pitié, arrêtez les âneries des psys sur les enfants adoptés qui doivent pouvoir s'imaginer que leurs deux parents les ont conçus ensemble. Pour les enfants adoptés par un parent seul, c'est ignoble de vous entendre déblatérer. Mais surtout, arrêtez de croire qu'un petit Coréen ou un petit Haïtien regarde ses deux parents caucasiens en imaginant qu'il est sorti de leurs ventres. Il est adopté, ça se passe bien ou ça se passe mal mais il sait très bien qu'il n'est pas l'enfant de ce couple. Arrêtez de nous bassiner avec le modèle père et mère quand on sait que la plupart des enfants grandissent autrement, et que ça a toujours été comme ça. Quand les dirigeants déclarent une guerre, ils se foutent de savoir qu'ils préparent une génération d'orphelins de pères. Arrêtez de vous raconter des histoires comme quoi l'hétérosexualité à l'occidentale est la seule façon de vivre ensemble, que c'est la seule façon de faire partie de l'humanité. Vous grimpez sur le dos des gouines et des pédés pour chanter vos louanges. Il n'y a pas de quoi, et on n'est pas là pour ça. Vos vies dans l'ensemble sont plutôt merdiques, vos vies amoureuses sont plutôt calamiteuses, arrêtez de croire que ça ne se voit pas. Laissez les gouines et les pédés gérer leurs vies comme ils l'entendent. Personne n'a envie de prendre modèle sur vous. Occupez-vous plutôt de construire plus d'abris pour les sdf que de prisons, ça, ça changera la vie de tout le monde. Dormir sur un carton et ne pas savoir où aller pisser n'est pas un choix de vie, c'est une terreur politique, je m'étonne de ce que le mariage vous obnubile autant, que ce soit chez Jospin ou au Vatican, alors que la misère vous paraît à ce point supportable.»

Photo: DR.


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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 13:32
http://pix.toile-libre.org/upload/original/1305316080.jpg

Bonjour à toutes et tous,

Nous sommes une collective féministe qui s’est créé cette année dans le but de réanimer un certain intérêt pour les questions de sexisme.

Dans cette optique, nous sommes à l’initiative d’un festival qui aura lieu cette année au mois de Mars à l’université Paris 8-Saint-Denis .

« Mœurs attaque » est un événement qui vise à sensibiliser sur les questions de sexisme, de genre, de sexualité mais aussi à faire s’exprimer sur ces sujets de la manière la plus créative possible dans l’idée que des luttes sont à réinvestir dans nos quotidiens, dans nos lieux de vie, de travail et d’étude.

Le festival s’étend sur l’intégralité du mois de mars.

Il sera organisé à priori de la manière suivante :

La première semaine (4 au 10 mars) concernera les rapports hommes/femmes, la seconde (11 au 17 mars) les questions de genre et de sexualité, la troisième (18 au 24 mars) les luttes féministes, LGBTIQ et enfin, la dernière ( 25 au 31 mars) la convergence possible des luttes.

Il ne s’agit pas d’un mois de colloques, de longs débats ou de prestations magistrales sur ces questions complexes, polémiques, litigieuses. Il s’agit d’un mois de confrontations pratiques avec ces sujets qui nous habitent, nous travaillent ou même parfois nous pourrissent la vie !

En tant que collectif nous comptons proposer un certain nombre de choses : expositions, projections, micro trottoirs, concours d’écriture, repas, forum et autre. Des moments festifs, de débat, etc.

Ce sera aussi l’occasion de rendre visibles différentes initiatives, travaux, œuvres.

L’idée serait que différents groupes ou individus de l’université fassent des propositions de projets intégrant ces problématiques pour faire vivre une certaine pluralité dans la manière de traiter ces questions et qu’un maximum de choses remplissent ce mois pour le rendre le plus visible et vivant possible. Nous sommes ouvert-e-s à tous les supports, à toutes les formes.

On peut penser par exemple à des projets de courts métrages, d’expo photo, arts plastiques, à des performances, écrits, musique, etc.

Il serait difficile de délimiter ici notre position exacte sur ces sujets en tant que collectif d’une part parce que nous sommes un groupe pluriel et de l’autre parce que la liste serait infinie.

Nous pouvons quand même brièvement dire que nous nous inscrivons dans une démarche non essentialiste, antiraciste, contre l’homophobie et la transphobie et que nous ne valoriserons aucun projet s’inscrivant dans une démarche haineuse ou discriminatoire.

Par ailleurs l’idée est tout de même de susciter de la polémique, des questionnements variés et non de faire l’affichage d’une posture dogmatique.

Pour un souci d’organisation cet appel à projets se clôturera le 16 décembre

D’ici là, vous pouvez nous contacter à cette adresse pour nous faire part de vos propositions, nous poser des questions ou même nous rencontrer.

Deux rendez-vous seront ensuite proposés pour faire le point sur l’ensemble des projets et établir le planning définitif mais aussi boucler les questions de budget et de matériel.

Mail  ou Local C012 – demander Collective Féministe

Infozone, 14 novembre 2012

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16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 11:52



 Il y a 40 ans déjà : 

Le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire ! 



Adresse à ceux qui se croient “normaux“




Vous ne vous sentez pas oppresseurs. Vous baisez
comme tout le monde, ça n’est pas votre faute s’il y a des
malades ou des criminels. Vous n’y pouvez rien, dites-vous,
si vous êtes tolérants. Votre société -car si vous
baisez comme tout le monde, c’est bien la vôtre- nous a
traité comme un fléau social pour l’Etat, l’objet de mépris
pour les hommes véritables, sujet d’effroi pour les mères
de famille. Les mêmes mots qui servent à nous désigner
sont vos pires insultes.

Avez-vous jamais pensé à ce que nous ressentons, quand
vous mettez à la suite ces mots « salaud, ordure, tapette,
pédé » ? Quand vous dites à une fille : « sale gouine » ?
Vous protégez vos filles et vos fils de notre présence
comme si nous étions des pestiférés.

Vous êtes individuellement responsable de l’ignoble
mutilation que vous nous avez fait subir en nous
reprochant notre désir.

Vous qui voulez la révolution, vous avez voulu nous
imposer votre répression. Vous combattiez pour les noirs
et vous traitiez les flics d’enculés, comme s’il n’existait
pas de pire injure.

Vous, adorateurs du prolétariat, avez encouragé de toutes
vos forces le maintien de l’image virile de l’ouvrier, vous
avez dit que la révolution serait le fait d’un prolétariat
mâle et bourru, à grosse voix, baraqué et roulant des
épaules.

Savez-vous ce que c’est, pour un jeune ouvrier, que d’être
homosexuel en cachette? Savez-vous, vous qui croyez à
la vertu formatrice de l’usine, ce que subit celui que ses
copains d’atelier traitent de pédale ?

Nous le savons, nous, parce que nous nous connaissons
entre nous, parce que nous seuls, nous pouvons le savoir.
Nous sommes avec les femmes le tapis moral sur lequel
vous essuyez votre conscience.

Nous disons ici que nous en avons assez, que vous
ne nous casserez plus la gueule, parce que nous nous
défendrons, que nous pourchasserons votre racisme
contre nous jusque dans le langage.
Nous disons plus: nous ne nous contenterons pas de nous
défendre nous allons attaquer.

Nous ne sommes pas contre les « normaux », mais contre
la société « normale ». Vous demandez : « Que pouvonsnous
faire pour vous? » Vous ne pouvez rien faire pour
nous tant que vous resterez chacun le représentant de la
société normale, tant que vous vous refuserez à voir tous
les désirs secrets que vous avez refoulés.
Vous ne pouvez rien pour nous tant que vous ne faites
rien pour vous-mêmes.

Avril 1971

« 1er étudiant : Et si je veux être amoureux de toi ?
5ème étudiant : A ta guise. Je te le permets et je te porte
sur mes épaules au milieu des rochers.
1er étudiant : Et nous détruirons tout.
5ème étudiant : Les foyers et les familles. »

Federico Garcia Lorca.

TIRE DE:http://lecridudodo.blogspot.fr/

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Published by coutoentrelesdents - dans GENRE
10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 22:33

On ne le dira jamais assez, la justice dans un système capitaliste et parlementaire est une justice bourgeoise. Il faut entendre par-là, tout simplement, non seulement le fait banal que nous ne sommes pas tous égaux devant la loi (trouvez-vous une fois dans un tribunal avec le patron d’une multinationale et vous en aurez la preuve immédiate), mais qu’en plus les puissants utilisent et détournent la loi à leur avantage, au détriment des socialement démunis.

Je n’écrirai pas ici un pavé sur l’affaire de l’abrogation de la loi sur le harcèlement sexuel par le Conseil constitutionnel, cela a été fait plus et mieux ailleurs, par exemple ici. Je signalerai juste un fait dont parle assez peu la presse actuelle, même la presse féministe, un fait qui n’est mentionné qu’en passant, à côté de la flagrante injustice que constitue le vide juridique entraîné par l’abrogation de cette loi. Ce fait que la demande d’analyse de la loi par le Conseil constitutionnel, a été faite par un certain Gérard Ducray, ancien député et ministre, condamné par deux tribunaux successifs pour harcèlement sexuel, et qui, le temps d’un recours en cassation, en a profité pour faire cette demande. Laquelle aboutit, un mois après, à l’abrogation pure et simple de la loi, qui plus est dans un contexte de réélection de l’Assemblée nationale, et sans loi de remplacement.

(Notons que cette abrogation était également voulue par les féministes… mais dans le but de réhausser les sanctions, en vue d’une meilleure prise en compte des viols et agressions sexuelles).

Je pense que ce fait se passe de commentaires plus développés.

F. T. 

tiré de http://feudeprairie.wordpress.com/

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Published by coutoentrelesdents - dans GENRE
5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 14:35

DE http://feudeprairie.wordpress.com/

Nina Power est une universitaire anglaise, spécialiste d’Alain Badiou. Elle a publié en 2009 son livre sur le féminisme, La femme unidimensionnelle. Nous vous livrons ici un extrait. Merci à I. P. pour nous avoir fait découvrir cette autrice.

Quand l’équipe de girls Gone Wild offre casquettes ou t-shirts contre la permission de filmer quelques poitrines ou bien des femmes se faisant un “câlin”, la logique est ouvertement exposée: nous vous donnerons un truc de merde en échange d’une exhibition qui révélera qu’il ne reste rien, absolument rien de subjectif derrière l’apparence, que vous coïncidez purement et simplement avec la manière dont vous vous comportez dans le monde. Vous êtes vos seins.

Tout ceci signale une transformation très profonde du rapport des femmes à leur corps. Loin d’étaler leurs atouts dans l’espoir que, par réfraction, l’attention d’autrui finisse par se reporter sur leur personne tout entière (conformément à l’exemple sartrien de la mauvaise foi, une jeune femme lors d’un rendez-vous traite sa main en objet inerte quand, succombant à sa lascivité, son amoureux s’en empare, et qu’elle ne trouve rien de mieux à faire que de parler de sujets « élevés » afin de goûter au délice temporaire de la suspension de ce qu’elle sait être vrai : que ce jeune homme la désire sexuellement), ce sont ces « atouts », ces parties, qui prennent la fonction du tout. Selon la logique partout diffuse d’un voyeurisme segmentaire, la culture contemporaine exige des femmes qu’elles traitent leurs seins en entités totalement séparées, (presque) sans rapport avec elles-mêmes, avec leur personnalité, ou avec le reste de leur corps. Toute capacité d’agir autonome et organique, qu’elle soit de nature morale, rationnelle ou moïque, se dissout ainsi dans l’auto-objectivation.

Ce sont eux, les seins, et non leur « propriétaire », qui se trouvent au centre de l’attention, eux qui sont, avec une alarmante régularité, désignés comme des objets complètement autonomes, un peu comme s’il s’agissait de valises ou de doughnuts. Constamment tripotés, ajustés, exhibés, couverts ou analysés, les seins contemporains ne ressemblent à rien tant qu’à des animaux de compagnie bourgeois : à ces petits clébards crétins, édentés, jappeurs, couverts de noeuds-noeuds et arborant des petits sacs personnalisés. Sans cesse, ces mamelles vides de lait, objets d’une scopophilie confuse (et qui, bien souvent, sont explicitement « fausses », conformément à la mode du jour), sont décrites comme si elles étaient dotées d’une volonté et de désirs propres, distincts de ceux de leur propriétaire (« Oh non ! Il est encore sorti de mon haut ! Mais c’est pas vrai ! »). Comme si, au lieu d’extirper un esprit malveillant, la chirurgie plastique et la saignée qui l’accompagne en introduisaient un. La première chose à dire à une femme n’est donc plus « tu es ravissante », mais « c’est des vrais ? ».

Nina PowerLa femme unidimensionnelle.

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Published by coutoentrelesdents - dans GENRE
6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 16:07

Aujourd'hui, au lycée, un professeur s'approche d'une élève en jean et baskets :
- "Je connais deux sortes de personnes qui s'habillent comme vous, Mademoiselle : les hommes, et les lesbiennes, et si je ne m'abuse, vous n'êtes pas un homme."
La jeune fille, choquée, lui répond sans hésiter :
- "Je connais deux sortes de personnes qui font ce genre de remarques : les homophobes, et les crétins. Et si je ne m'abuse, l'homophobie est interdite au lycée."


#viedemeuf

A.D.
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Published by coutoentrelesdents - dans GENRE
27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 20:36

« … Ce que je trouve dégradant, c’est plutôt d’être trader ou huissier de justice »

 

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1305316080.jpg

Morgane Merteuil : « Je préfère être “escort” plutôt que travailler en usine »

Entretien avec la secrétaire générale du Syndicat du travail sexuel (Strass), mouvement créé en 2009 qui revendique 500 adhérents.

Comment définiriez-vous votre « travail » ? Je n’utilise pas le mot de « prostituée » : c’est un terme passif fondé sur un participe passé. Je dis plus volontiers que je suis une escort. Ou une « pute » : c’est une façon de se réapproprier un terme en général utilisé comme une insulte, de la même manière que les homosexuels se sont réapproprié le mot de « pédé ».

Je préfère être escort plutôt que travailler en usine quarante heures par semaine : je choisis mes horaires, je n’ai pas de patron, je gagne ma vie. L’important, c’est que cela reste un choix.

Les abolitionnistes affirment que la prostitution n’est jamais un choix. Qu’en pensez-vous ? C’est évidemment un choix « contraint » — on ne le fait sans doute pas uniquement par plaisir —, mais c’est le cas pour beaucoup d’autres métiers. Les personnes qui ont des journées extrêmement difficiles sur des chantiers ou dans la restauration diraient sans doute, elles aussi, qu’elles ont fait un choix contraint. Personne ne songerait à leur rétorquer, comme on le fait avec nous, que leur consentement ne vaut rien et qu’elles sont aliénées.

Les abolitionnistes — parfois des féministes ! — nous parlent comme si nous étions des enfants, alors que, pour moi, le féminisme, cela consiste à écouter la voix des femmes, sans porter de jugement moral et sans avoir d’a priori. Pour elles, il n’y a qu’un seul schéma d’émancipation, le leur. Et toutes celles qui ne rentrent pas dans ce schéma sont forcément aliénées. Pour moi, l’émancipation, cela consiste au contraire à vivre selon ses propres désirs.

Que répondez-vous à ceux qui disent que la prostitution est forcément une atteinte à la dignité ? C’est une forme de paternalisme très condescendant. C’est blessant, injurieux, méprisant, de s’entendre dire que ce métier est, par nature, un esclavage ou un asservissement. Il peut l’être, bien sûr, mais il ne l’est pas toujours. J’ai des amies qui ne pourraient pas faire ce que je fais, mais j’ai un rapport au corps qui me permet, moi, de le faire. Il faut respecter le ressenti de chacun, ne pas imposer aux autres sa propre vision des choses. Certaines personnes ne pourraient pas travailler dans un abattoir, d’autres auraient du mal à s’occuper de personnes âgées. Moi, ce que je trouve dégradant, c’est plutôt d’être trader ou huissier de justice. Les adhérents du Strass n’ont pas le sentiment de perdre leur dignité, ils veulent simplement qu’on cesse de les stigmatiser et qu’on leur reconnaisse des droits sociaux — la retraite et l’assurance-maladie par exemple. En pénalisant le client, on va au contraire marginaliser et précariser les travailleurs du sexe, qui auront de plus en plus de mal à imposer leurs conditions aux clients.

Le syndicat que vous dirigez parle de la prostitution comme d’un « travail sexuel ». Pourquoi ? La prostitution ne consiste pas à vendre ou même à louer son corps, comme le prétendent les abolitionnistes, tout simplement, parce que le client ne peut pas en faire ce qu’il veut. Le travailleur sexuel propose une prestation qu’il réalise avec son corps, mais il fait aussi travailler sa tête ! Il y a des choses qu’il accepte de faire, d’autres qu’il ne fait pas et, pendant la prestation, il garde à tout moment le contrôle de ce qui se passe.

Propos recueillis par Anne Chemin
Leur presse (Le Monde), 25 novembre 2011.

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 11:25

Les différents débats, auxquels j’ai participé, les rencontres, les lectures que j’ai faites récemment (notamment deux lettres de lecteurs envoyées à Libé., les 5 août et 9 septembre), ma pratique dans un Groupe de Libération Homosexuel, tendance 14 décembre, m’ont amené à écrire cet article. J’essaie de décrire, oh! sommairement, les différents types de réaction qu’ont les hétérosexuels devant un homosexuel. Comme mec, je ne parlerai que de celles des mecs; j’essaierai d’en tirer quelques conséquences au niveau d’une lutte de libération sexuelle de ces mêmes hétérosexuelles.

AGRESSIVITE

La réaction la plus courante est, bien sûr, l’hostilité ouverte ou larvée. Je ne pense pas qu’il y ait une attitude d’indifférence. Donc les cassages de gueule de pédés sont encore bien répandus. Outre que ça permet de trouver de l’argent à bon compte (quel est le plus lâche des deux ?), ça permet de compenser la frustration de la non-sexualité et la trouille de s’en apercevoir. Et si, par hasard, ces hétéros ont des relations sexuelles avec des filles, elles sont vécues sur le mode du viol; Ils sont incapables de penser à la jouissance de leur nana, tant leur propre sexualité est narcissique et sadique. Quand ce n’est pas le cassage de gueule effectif – dans ce cas, le • casseur – a toutes les circonstances atténuantes – c’est verbal, du style; • Il faudrait tous les castrer .•
Et puis, Il y a une autre façon de se faire tabasser. Tous les homosexuels connaissent des mecs qui se font enculer et qui jureront sur la tête de leur mère qu’ils ne sont pas pédés: ce qui signifie que, même restant hétérosexuels, Ils n’assument pas du tout leur acte. Il y a un décalage, souvent un fossé insurmontable, entre leur discours et leur pratique. L’acceptation n’est possible que lorsque ce décalage commence à disparaître. En son absence, ces mecs passeront tout leur temps libre avec des copains plutôt qu’avec leur femme ou avec une autre femme. Devant leurs amis, ils nieront toute homosexualité et agresseront plutôt le pédé qui les draguera. Mais ces mêmes mecs, honteux, seuls, à 3 heures du matin, iront se faire tailler une pipe par un travesti ou passeront toute la nuit avec un type qui fera d’eux ce qu’il voudra, à condition que ça ne se sache pas. Il y a des pédés qui aiment ça et d’autres qui fantasment encore plus sur ce genre de mec. On a affaire ici à des types qui, à 99 %, ont déjà structuré en eux la coupure théorie-pratique.

FUITE

Quand elle n’est pas encore faite, chez des jeunes d’origine bourgeoise, en général, alors c’est la panique. Celle-ci se manifeste par un refus du discours ou même du regard de l’homosexuel, ou le plus souvent par la fuite, au sens propre du terme. Quel est l’homosexuel qui, pour avoir regardé 3 secondes de trop, un type dans les yeux, ne l’a pas vu s’enfuir parfois au pas de course?
Dans tous les cas, fuite ou agr,essivité, la raison, c’est « homosexualité latente de l’autre, disons, en première estimation. Plus tard, plus âgés, on pourra les retrouver violeurs, en paroles, sinon en actes. A la limite, ce sont les flics qui, arrêtant deux homosexuels en flagrant délit de baise (l), au commissariat se feront tailler une pipe par eux, sous la menace, un de ces policiers allant parfois même jusqu’à l’enculage, avec chantage à l’emprisonnement en cas de refus de la victime. Tout ça, c’est le droit chemin des camps, pour les pédés, comme pour tous les • déviants », plus généralement et certainement une condition sine qua non du fascisme ordinaire ou pas. Et là, tout le monde est concerné. Alors, le plus simple n’est-il pas de libérer cette homosexualité latente, plutôt que de laisser subsister cette situation dans laquelle, les pédés et autres « déviants» de tous poils crèvent à petit feu? le problème, c’est comment?

LA TOLERANCE

Avant d’étudier cette libération, rapprochons-nous de Ihétéro libéré. En effet, le niveau suivant d’acceptation, si l’on peut dire, des homosexuels, c’est la tolérance, qui est le fait de gens bien disposés ou qui croient l’être, des gens plus ou moins disponibles en face d’eux, deux attitudes possibles de la part de l’homosexuel selon qu’il se dise différent ou non.
Si oui, il est bien toléré. Je dis. toléré» (tolérance, mot que je vomis). En fait, il se châtre; il est renvoyé dans un monde à part, le ghetto, quoi! Tout son désIr est censuré dans et par le groupe ou par l’individu en face de lui. C’es~ ce qui se passe dans un groupe politique ou un homo annonce la couleur. l’hétérosexuel se sent conforté dans sa sexualité;

on peut se permettre de jouer à l’hétéro comblé, même si c’est faux, ou, inversement, on déverse, à sens unique toute sa misère sexuelle sur l’homo, puisque, différent, il peut être plus obJectif; on peut se permettre de l’aider de ses conseils charitables parce qu’on l’imagine dans la misère, alors que c’est soi qui l’est et qui met alors l’homo dans la misère du même coup; on peut se permettre de se foutre de la gueule de l’homo, oh gentiment! en racontant avec lui, des histoires drôles sur les pédés, les folles et compagnie, où l’homo rira d’autant plus qu’il est plus coincé; on peut se permettre de Jouir, par personne interposée, en demandant à l’homo comment Il fait (? !), s’il se fait … enculer ou si c’est lui qui, que, … etc.; on peut se permettre de se débarrasser à bon compte, de ses fantasmes homosexuels, en les projetant sur l’homo, au lieu de les assumer; on peut même se permettre de faire semblant de se laisser désirer, détails à la clé, mais san crainte parce que ce n’est pas pour de vrai. De toute façon, tout reste au niveau verbal, surtout pas au niveau du toucher ou de la tendresse; et ça débite, et ça débite, on n’en finit pas de parler le silence risquerait de provoquer une catastrophe qui pourrait être drôle.

On est dans la merde, mesdames, messieurs, camarades ou tout ce que vous voudrez. Et la révolution ne se fera pas en • tolérant – les homos ; je serai le premier à combattre cette • révolution -. Par ailleurs, vous voyez bien qu’il ne s’agit pas de rapport de production.

Cette tolérance, très répandue à gauche, comme dans la bourgeoisie, maintient la différence, conforte la majorité, donc aussi la minorité. Cette division créée par la bourgeoisie n’est pas près de disparaître: voir le retour en force de la psychothérapie comportementale (du behaviourisme anglo-saxon) qui normalise les. déviants – (se reporter à la revue. Autrement .) sans parler des traitements de choc (lobotomies, électrochocs et thérapie par l’aversion)!

JE NE SUIS PAS DIFFERENT

J’ai parlé plus haut des deux attitudes possibles face à la majorité hétéro: se dire différent ou non. Il est évident que, pour moi, c’est la seconde position qui me paraît juste: je pense que mon homosexualité ne me rend pas plus différent d’un hétérosexuel que le fait d’être droitier ne me différencie d’un gaucher. La différence, si elle existe, ,est purement anecdotique, fondamentalement secondaire.
Ce qui se passe, alors dans un groupe ou face à un seul mec est assez révélateur. Les mecs hétéros croient que l’homo pressent les désirs, même si pour celui-ci, ils ne sont ni bandants ni désirables. Ils ont l’impression de se faire violer. A force de se croire le détenteur exclusif du droit de désirer, un hétéro, en situation inverse est complètement déboussalé et paniqué. Les désirs de typef éminin, qu’il conçoit, à la rigueur chez un homo, il ne les assume pas du tout. Les drageurs sont, en général, les plus violents: ils cassent la gueule, et la boucle est bouclée, quand ils n’ont pas le discours pour les rassurer, ,et la présence de l’homo sert de révélateur à leur réalité déséquilibrée. Et c’est là que ça commence à devenir intéressant. On est arrivé à faire tomber le masque «social ». Au prix d’une certaine insécurité, on peut commencer à faire des choses intéressantes ensemble.

L’HETEROSEXUEL « LIBERE»

Et là, on en arrive à ce qui peut se passer avec celui qui ne croit pas à la différence et prend l’homosexuel tel qu’il est et qui assume toute sa sexualité. J’ai des relations de ce type: elles ne sont pas toujours faciles à vivre, car on n’est pas « libéré» dans l’absolu. Mais elles sont mille fois plus pleines que celes que je peux établir avec le mec que je rencontre au coin d’une rue pour passer une heure avec lui; je ne crache pas, occasionnellement, sur ça! On peut apprendre à quitter nos rôles, à dire et ressentir nos émotions, à devenir sensibles aux sentiments de l’autre, vivre une certaine tendresse, découvrir notre commune vulnérabilité, toutes choses si typiquement «féminines », n’est-ce pas?
Je crois – et ça devient banal de le dire – que la libération des homosexuels ne se fera sans celle des hétérosexuels, hommes et femmes. Il y a encore du chemin à faire avant que celle desh étérosexuels commence vraiment.

QUELLE LIBERATION?

Il faudrait que chacun puisse dire ou exprimer son désir, ce qui ne veut pas dire le réaliser, sans que cela soit ressenti comme un viol; car ce n’est pas ça le viol. Ce sera, au contraire, le seul moyen de supprimer la «drague» ressentie comme un viol par les uns ou par les autres.

Il faudrait que chacun puisse laisser désirer; il faudrait que chacun puisse dire non à un désir; il faudrait que chacun puisse dire non à un désir; il faudrait que chacun puisse entendre un non à son désir.

Là, il n’y a aucune différence entre homos et hétéro; la différence, de fait, est entre hommes e’t femmes; il faudrait que l’homme, alors, puisse vivre et assumer des désirs de « type féminin » et que, vice-versa, que la femme puisse en vivre et assumer de « type masculin », s’ils en ont envie et dénoncer cette séparation entre deux rôles.

Il faudrait, donc, que, chacun, homme ou femme. puisse se dire et vivre, homme ou femme, sans se référer à des normes idéologiques qui l’aliènent, tel qu’il est. Il faudrait que chacun cesse de vouloir posséder avec son phallus, et c’.est là qu’apparaît le viol, ou s’en approprier un. Il faudrait que chacun cesse de courir après le grand amour. Tout ne peut être que très progressif, en commençant par une réappropriation de sa propre parole .et de son propre corps.

EN GROUPE

Mais pour ça, on ne peut rester seul. C’est trop dur de pouvoir assumer ça seul, avec vulnérabilité, insécurité et solitude. Le stoïcisme n’a jamais changé quoi que ce soit. Actuellement, il y a des groupes, plus ou moins révolutionnaires spécifiques de femmes et d’homos. Leur but étant de faire sauter les différences, sont-ils nécessaires? J’élimine volontairement les groupes sexistes féminins aussi bien que masculins. Je ne suis plus si sûr de cette séparation.

Pour faire bouger la masse des hétérosexuels hommes, je ressens de plus en plus la nécessité de groupes mixtes – il en existe deux ou trois de ma connaissance. J’exclus, d’.emblée toute solution de thérapie de groupe ou de dynamique de groupe, qui ne servent qu’à la récupération par le système des gens en mal d’identité. Et je pense que les homos en lutte, refusant cette récupration, pourront être les catlyseurs de tels groupes. Je crois que toute lutte révolutionnaire doit inclure ce genre de pratique y compris dans les groupes politiques; même si et surtout si ça fout pas mal de choses en l’air, car dans ce cas, le groupe en question n’était pas crédible.

Nous, les homosexuels, soyons des hommes, refusons les rôles, assumons nos désirs avec – et en même temps que les femmes et/ou les hétérosexuels, pour une véritable libération (liberté). C’est notre chance, en ce moment. Plus tard, on verra.

Alain HUET, du G.L.H., 14 décembre. (Marge N°11 Octobre-Novembre 1976)

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 19:41

par Julien Jolyle 18 novembre 2011

Nous publions ci-dessous, sous forme de tribune et avec l’accord de son auteur, un article paru le 16 novembre 2011 sur le site du journaliste Julien Joly.

Des conseils à une jeune fille mal dans sa peau qui se transforment en étalage de clichés sexistes : c’est ce qu’on pouvait lire mercredi dans la rubrique « Ados » de Ouest-France. Le quotidien régional y reproduit le courrier de « Margot, 12 ans », une adolescente qui « ressemble à un garçon », suivi de la réponse d’Okapi (qui s’offre du même coup deux colonnes de pub déguisée).

Margot, donc, a un souci : « Au collège, on se moque de moi, car je ressemble à un garçon ! J’ai essayé […] de changer de look, mais rien n’y fait et je veux rester moi-même. » Notez cette phrase, elle est importante pour bien saisir la suite. L’extrait de la lettre se conclut par : « Même le garçon que j’aime ne veut pas sortir avec moi, de peur qu’on le prenne pour un homo ! » Ambiance.

Devant une telle injustice, le sang d’Okapi ne pouvait faire qu’un tour : « Mépriser quelqu’un à cause de son physique, c’est minable, et encore, je suis polie. » Oui, aux armes ! « Debout les grosses, les binocleuses, les boutonneuses, les “appareildentées” ! Révoltez-vous comme Margot » ! Il faut faire « évoluer les choses », clame Okapi, car « les insultes à caractère sexuel sont particulièrement infamantes. »

Je vous l’avoue sans honte : je me suis surpris à rêver d’Okapilançant un mouvement genre « Occupy Wall Street », version cour de récré, distribuant des copies d’Indignez-vous ! préfacées par Virginie Despentes. Et ça continue :

« Margot, ne te laisse pas
 “traiter” ni intimider par ce garçon qui ne t’arrive pas à la cheville. Tout dans l’apparence et la peur du jugement, rien dans les sentiments […] »

Prends ça ! Fébrile, je saute une ligne pour découvrir les conseils révolutionnaires de ce magazine chrétien soudain transformé en bastion féministe.

Et là, c’est la grosse déception


« Avec quelques efforts
, rassure Okapi, et un peu de patience, tu deviendras vite une belle jeune fille. »

Pardon ? Ai-je bien lu ? Okapi ne vient-il pas de dire qu’il fallait mépriser « l’apparence et la peur du jugement » ? Remarquez, au passage, le raccourci insidieux : une fille qui « ressemble à un garçon » ne peut pas être « une belle jeune fille ». (Par contre, un garçon qui ressemble à une fille sera généralement considéré comme beau.)

Mais rassurez-vous, chers lecteurs, avec des « efforts » et de la« patience », Margot pourra enfin faire honneur à son genre et devenir fréquentable par les petits machos qu’on lui conseillait d’éviter trois lignes plus haut.

Se rebeller, d’accord, à condition de rentrer dans le rang juste après.

S’ensuit un paragraphe d’une vingtaine de lignes, consistant en une suite de « trucs pour se féminiser » plus réducteurs les uns que les autres. Florilège.

1 - « Porte de la couleur. À bas les couleurs unisexe […] comme le noir ou le gris ! Ose des touches de rose vif ou de bleu pétard. »
Il y aurait des couleurs « unisexe » ? Première nouvelle. Ça veut dire que les autres couleurs sont réservées à un sexe plutôt qu’à un autre ? J’aimerais bien savoir lesquelles.

2 - « Adopte les bijoux. Il y en a plein qui sont bon marché, jolis et rigolos. »
Donc, on commence par habiller notre ado en « rose vif », puis on l’emmène dévaliser Claire’s. Ce qu’Okapi appelle « une belle jeune fille », je l’appelle une faute de goût. Passons.

3 - « Dans le moule (sic)  : n’hésite pas à porter des vêtements plus ajustés qui mettront en valeur tes formes. »
Pardon ? Vous êtes sûrs qu’on parle toujours d’une fillette de 12 ans ? Si on part comme ça, je suggère à Okapi d’offrir avec son numéro d’été ces fameux maillots de bain rembourrés à la poitrine dès 7 ans.

Crédit photo : Le Point

4 - « Bouge en rythme. […] Inscris-toi à un cours de danse pour apprendre à te mouvoir en souplesse. »
Après les couleurs printanières, les bijoux clinquants et les vêtements moulants, il ne manquait plus que les cours de danse. Et pourquoi pas de maintien et de chant, tant qu’on y est ?

On ne naît pas « belle jeune fille », on le devient

Remarquez qu’à aucun moment, Okapi ne propose à Margot une activité intellectuelle (comme lire un livre d’Elena Gianini Belotti qui nous apprend comment l’école transforme les enfants en parfaits petits misogynes). En matière de « trucs pour se féminiser »Okapipréfère cantonner ses lectrices dans les canons de leur genre et de leur âge. Liberté de se démarquer, de s’affirmer, de réfléchir par soi-même ? Connaît pas.

À présent, je ne suis pas sûr que Margot, qui déclarait dans sa lettre vouloir « rester [elle-même] », se sente beaucoup mieux dans ses baskets (si elle ne les a pas déjà troquées contre des talons-aiguilles).

Pour finir, imaginons un instant que, demain, Kevin, 12 ans, écrive àOkapi pour se plaindre qu’avec son visage efféminé, les filles le rejettent « de peur qu’on les prenne pour des lesbiennes ». Son journal préféré lui conseillera-t-il de porter des vêtements informes et noirs, de jeter sa gourmette et de s’inscrire à un club de muscu ?

Heureusement qu’il demeure, aujourd’hui en France, des journaux courageux qui, comme Okapi et Ouest-France, se battent pour, comme le claironnait la rédactrice au début de son article, « faire évoluer les choses ».

En bonus, la couverture du dernier numéro d’Okapi : « Mixité au collège, c’est bien ou pas ? » Bien sûr ! Tant que chacun reste dans son rôle.

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