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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 15:26

« La force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers », de Didier Fassin : mais que fait la police ?

Il y a plusieurs polices. Peut-être y en a-t-il même autant que de policiers. Les uns attirent parfois le regard, comme les flics « ripoux » et les serviteurs trop zélés du pouvoir exécutif qui défraient la chronique ces jours-ci. D’autres restent le plus souvent dans l’ombre.

Les policiers de terrain, auxquels incombe le maintien de l’ordre, sont de ceux-là. Leur travail, fait de patrouilles et d’interpellations, paraît souvent trop banal pour mériter que l’on s’y arrête. Le jeu du chat policier et de la souris délinquante n’est-il pas, après tout, l’un des plus vieux au monde ? Il est malheureusement aussi un des plus protégés du regard des chercheurs. « Circulez, y’a rien à voir ! » : depuis plusieurs années, la police a fait de ce mot d’ordre sa politique à l’égard des sciences sociales. Elle oppose dorénavant un refus systématique aux demandes d’enquêtes sur son travail.

L’anthropologue Didier Fassin a pourtant réussi à surmonter les réticences des policiers et à se faire accepter dans un commissariat de la banlieue parisienne. Entre 2005 et 2007, il a pu suivre le quotidien des équipages de la brigade anticriminalité (BAC). Créée en 1971 pour faire du « flagrant délit », cette police en civil est devenue, depuis les années 1990, l’instrument principal de la « police des quartiers » et le bras armé de la politique sécuritaire qui associe immigration, banlieue et délinquance.

S’inscrivant dans une longue lignée de travaux anglo-saxons visant à prendre au sérieux l’autonomie politique et morale dont jouit le policier du coin de la rue, et à la suite de Dominique Monjardet, qui fut en France le pionnier de cette approche de la police « par le bas », Didier Fassin décrit patiemment le travail des policiers de la BAC.

Loin des clichés, celui-ci est essentiellement marqué par l’inaction et la frustration. « Les policiers, note-t-il, attendent de rares appels qui s’avèrent presque toujours vains, soit parce qu’il s’agit d’erreurs ou de plaisanteries, soit parce que les équipages arrivent trop tard ou font échouer leur affaire par leur maladresse, soit enfin parce qu’il n’y a pas matière à interpellation. »

L’anthropologue s’attache dès lors à décrire le fonctionnement du groupe des « baqueux », cet « État dans l’État policier » fonctionnant par cooptation et doté d’une large autonomie par rapport à la hiérarchie policière. Les brigadiers qui le composent, souvent des « immigrés de l’intérieur » — enfants de paysans ou de commerçants des petites agglomérations —, sont formés dans la crainte de la « jungle » dans laquelle ils sont appelés à travailler, des « zones urbaines sensibles » pour l’essentiel. Ils n’y habitent pas et les insignes brodés sur leurs blousons la représentent comme des alignements de barres d’immeubles saisis dans le viseur d’une arme…

Ces policiers, plus inspirés par l’idéologie du Front national et les faits d’armes de Vick Mackey, le flic corrompu de la série « The Shield », que par le service d’une communauté et le respect de la loi, se sont fabriqué, en guise d’idéal, une morale de substitution : « Faire régner l’ordre en rappelant qu’ils peuvent user de leur pouvoir à leur gré, telle est la mission que se donnent, par défaut, les membres de la BAC, dès lors qu’ils se rendent bien compte qu’ils n’arrêtent pas, comme ils l’avaient imaginé en choisissant leur unité, “des voleurs et des voyous”. »

Puisqu’il faut bien donner un sens à ces inutiles courses-poursuites contre les jeunes des quartiers, aux interpellations sans gloire d’étrangers et de « shiteux » pour satisfaire le besoin de chiffres de la hiérarchie, les policiers de la BAC se sont bricolé une morale faite avant tout de discriminations raciales, de vengeances organisées et du recours systématique à la violence psychologique contre ceux qu’ils interpellent. Une morale qu’un brigadier résume ainsi face à Didier Fassin : « Y nous aiment pas, les bâtards. Nous on les aime pas non plus. »

Au final, c’est un théâtre absurde et tragique qui émerge des notes prises par le chercheur dans ces véhicules banalisés lancés à la poursuite d’on ne sait finalement trop qui ou quoi. La police est par excellence le lieu de ce que les sciences sociales appellent les « prophéties auto-réalisatrices ». Il suffit en effet d’augmenter le nombre de policiers dans les quartiers pour y multiplier les interpellations, donc les faits de délinquance enregistrés. La police est, en somme, elle-même sa propre justification.

Mais l’anthropologue comme le citoyen peuvent-ils se satisfaire d’un tel vide de sens ? Un jour, un policier confie à Didier Fassin qu’il ne comprend pas pourquoi les jeunes des quartiers se mettent toujours à courir quand ils le voient arriver. Le chercheur, lui, a appris de ces mêmes jeunes la façon dont un corps peut mémoriser les humiliations passées et instinctivement s’en protéger. Aussi a-t-il la charité de ne pas rétorquer ceci : le fait que le policier, à son tour, se mette à courir, voilà un mystère encore bien plus épais à percer…

LA FORCE DE L’ORDRE. UNE ANTHROPOLOGIE DE LA POLICE DES QUARTIERS de Didier Fassin. Seuil, 393 p., 21 €.

Leur presse (Gilles Bastin, Le Monde des livres), 27 octobre 2011.

 

La charge contre la police d’un anthropologue immergé dans une brigade anticriminalité

L’anthropologue Didier Fassin a passé quinze mois en immersion dans une brigade anticriminalité (Bac), spécialiste du « saute-dessus » dans les banlieues sensibles : il en a fait un livre à charge contre la police mais lui parle d’un « travail d’obervation avec le souci de faire bouger les choses ».

« Discours racistes », « pratiques discriminatoires », « scènes d’humiliation », « contrôles d’identité abusifs » et au faciès, « culture du chiffre » : dans La Force de l’ordre (Éd. Seuil, parution cette semaine), se voulant une « anthropologie de la police des quartiers », il n’y va pas par quatre chemins pour décrire le quotidien d’une « Bac » qui œuvre apparemment en grande banlieue parisienne mais que l’auteur ne situe jamais.

On y croise des policiers roulant à près de 200 km/h quasiment pour le plaisir, des « blacks » contrôlés pour rien ou des peccadilles — le fils de l’auteur en ayant fait l’expérience, ce qu’il raconte — mais rarement comme auteurs d’infractions. Y sont décrits des comportements de « cow-boys », tutoiement de rigueur et insultes racistes, avec les jeunes des cités HLM.

Fassin, professeur de sciences sociales à Princeton (États-Unis) et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), se défend d’avoir livré une « charge » contre la police.

« C’est un travail d’observation », plaide-t-il. « Après avoir enquêté auprès des jeunes, j’ai voulu comprendre ce qui se passe du côté des institutions » et « ai eu la chance d’obtenir une autorisation pour suivre 15 mois une Bac » entre 2005, au moment des émeutes auxquelles il n’a pas assisté, et 2007.

« La loi vient après l’ordre »

Son récit confirme la césure police/population, singulièrement avec la jeunesse. Il montre, exemples à l’appui, « l’inefficacité » des Bac, selon lui, et de leur travail souvent effectué dans « l’illégalité » notamment pour ce qui est des contrôles.

Les dialogues, sous anonymat, sont saisissants : « C’est vrai que ces contrôles sont abusifs », raconte à l’auteur un commissaire « et je comprends qu’aux jeunes, ça leur pèse ». « Mais c’est une espèce de jeu. Moi, je suis le flic, je vais te contrôler. Toi tu es le présumé coupable, tu te fais contrôler. »

« Il faut bien admettre que ça ne sert à rien », admet encore le policier, selon des propos rapportés par Fassin, « sauf à perpétuer le climat malsain entre les policiers et les jeunes ».

Ces pratiques, selon lui, sont à mettre au crédit des lois et discours sécuritaires depuis les années 1990, ceux de Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy notamment. Mais aussi, « depuis un demi-siècle, des concentrations de populations et d’immigrés ».

« La loi vient après l’ordre », résume le chercheur. « On a demandé aux policiers d’être interventionnistes » et les Bac ont été créées « rien que pour cela ». Pour du « saute-dessus » comme disent les « baqueux » — ainsi qu’ils se nomment entre eux — dans le livre.

Quand on lui dit que le livre risque de choquer les policiers et ceux dont il a partagé le quotidien, Didier Fassin rétorque « espérer ouvrir le débat » pour que « tous s’y reconnaissent », policiers et citoyens. Pour « faire bouger les choses, au nom de la démocratie ».

La partie n’est pas gagnée à en croire ce qu’il dit des jeunes policiers des Bac : « La plupart ont (une) image de la banlieue comme dangereuse, des habitants comme leurs ennemis et de la situation dans laquelle ils se trouvent comme un état de guerre ».

« Et ce avant même d’être affectés dans ces circonscriptions où ils n’ont pas voulu aller et qu’ils cherchent à quitter au plus vite », écrit l’auteur.

Leur presse (Rémy Bellon, Agence Faut Payer), 24 octobre 2011.


Des policiers dans la « jungle urbaine »

Dans une étude sans précédent, Didier Fassin, professeur de sciences sociales, raconte les tensions entre forces de l’ordre et populations. Interview par Elsa Vigoureux.

Vous affirmez qu’il existe une police qui s’exerce de manière spécifique dans les quartiers ?

Depuis plusieurs décennies, une police des quartiers est née, dont le fer de lance est la BAC, brigade anti-criminalité. Son mode d’action dans ces territoires et à l’égard de leurs populations serait impensable ailleurs. La plupart des polices du monde ont évolué vers une répression ciblée sur les populations les plus vulnérables, les immigrés et les minorités, en développant des méthodes d’intervention spécifiques, de type paramilitaire, en marge de la légalité, créant ainsi de petits états d’exception. La France a ceci de particulier que la Police nationale n’est pas au service de la population, mais de l’État, en principe garant de neutralité. Or l’évolution récente tend plutôt à en faire le bras armé du gouvernement.

Vous dites que « la police des quartiers ne ressemble pas à ses habitants ». C’est-à-dire ?

Ces policiers sont des jeunes qui sortent de l’école. Issus de zones rurales et de petites villes, ils n’ont pas d’expérience personnelle des zones urbaines sensibles (ZUS), qu’on leur présente comme une « jungle » hostile. S’ils sont aussi d’origine modeste, ils ont en général passé leur jeunesse dans des milieux très différents. Les rares membres de la BAC qui ne considèrent pas les jeunes des cités comme des ennemis et ne les traitent pas de « bâtards » ont eux-mêmes vécu dans des cités.

Comment conçoivent-ils leur mission ?

Ils disent avoir choisi ce métier pour « attraper des voleurs et des voyous ». La réalité est tout autre : la criminalité a baissé ; les auteurs des délits les plus fréquents, comme les atteintes aux biens, sont difficiles à confondre, à moins de les prendre la main dans le sac. La profession est sous pression, les policiers doivent « faire du chiffre ». Et ils se rabattent sur des « délits faciles à faire » : arrêter ceux qu’ils appellent les « shiteux », et les sans-papiers. Ils sont loin de l’idée qu’ils se faisaient de leur métier.

Vous dites que les policiers, déçus par les magistrats, règlent des comptes dans la rue.

Bien que les faits prouvent le contraire, les policiers croient que les juges sont laxistes. Et ils ont tendance à faire justice eux-mêmes. En pratiquant sur des jeunes des contrôles d’identité illégaux, dans des conditions humiliantes. Ou en réalisant des interpellations arbitraires au sein d’un groupe. Le but, comme ils disent, est de leur « pourrir la vie ». Les publics les plus habituels des forces de l’ordre sont donc exposés à une double peine, judiciaire et policière.

Les études sur la police sont rares. Pourquoi ?

C’est devenu un interdit. Il existe une censure qui rend impossible l’obtention d’autorisations pour étudier l’activité policière. Je suis reconnaissant au commissaire de la circonscription où j’ai réalisé mon enquête, entre 2005 et 2007, de m’avoir laissé toute liberté alors que la pression du ministère était forte.

Pourquoi évoquez-vous l’expérience de votre fils et de ses amis, enfants français d’origine africaine, maltraités par des policiers de la BAC ?

Il faut y voir une implication personnelle, pas un témoignage. Ces faits correspondent à ce qui est vécu par une partie de la population, et totalement ignoré par le reste. C’est cette invisibilité que je tente de dépasser : cela se produit près de chez vous, et vous ne le savez pas. Pourtant, il s’agit de nous, parce que ce sont nos enfants, leurs amis et les parents de ces amis. Méconnaître cette réalité, c’est taire les injustices.

Pensez-vous qu’une guerre sourde est à l’œuvre entre la police et cette population ?

Il y a du côté des forces de l’ordre et des responsables politiques un imaginaire de la guerre : un vocabulaire pour désigner les ennemis de l’intérieur, des expéditions punitives pour sanctionner l’acte d’un individu, la mobilisation de technologies militaires lors de confrontations, des références à la guerre d’Algérie comme matrice des tensions actuelles. Une oppression que ressentent fortement les habitants des quartiers en tant que victimes. Lorsqu’un jeune meurt, renversé par un véhicule de police ou abattu dans un commissariat, un sentiment de révolte peut les submerger. C’est ainsi que des émeutes surviennent. Imaginaire de la guerre des uns et sentiment de révolte des autres me paraissent donc profondément distincts.

Interview de Didier Fassin, professeur de sciences sociales, auteur de « La Force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers » (Éd. Seuil), par Elsa Vigoureux.

Leur presse (Le Nouvel Observateur), 20 octobre 2011.

tiré de http://juralib.noblogs.org/
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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 15:21

Le jeudi 10 novembre, la mosquée de Montbéliard a été victime d’un incendie criminel, incendie revendiqué par un groupuscule ouvertement raciste. Tout comme lorsque des synagogues brûlaient dans les années 1930, derrière cet incendie c’est, bien au-delà d’une question religieuse, toute une partie de la population qui est ainsi visée et menacée en raison de ses origines. Peu après, dans la nuit du 10 au 11 novembre, bien des habitant(e)s de Planoise à Besançon ont eu la surprise de voir des tags FN dans plusieurs cages d’escaliers du quartier.

Ces provocations racistes et nationalistes dans notre région ne sont pas malheureusement pas des faits isolés. Ces dernières années, on a vu depuis les plus hauts sommets de l’Etat, dans la bouche de ministres comme Besson ou Hortefeux les pires déclarations xénophobes à l’encontre des immigrés, les politiques de chasse aux sans-papiers, des prises de position racistes à l’encontre des Roms et toute une propagande puante de nationalisme et de chauvinisme autour de « l’identité nationale ». Ailleurs en Europe, on voit à l’œuvre les mêmes politiques de chasse aux immigrés et de remises en cause du droit d’asile, en Hongrie des politiques de discriminations et de violences systématiques contre les Roms sont mise en place dans plusieurs villages, en Grèce c’est un parti ouvertement raciste et antisémite qui entre au gouvernement

Les divisions racistes et nationalistes sont non seulement une honte pour l’humanité, mais n’ont toujours servi que les puissants et les plus riches pour nous diviser et nous affaiblir face à la misère et à l’exploitation.

Que nous disions « mein Schatz » ou « Habibi » à ceux qui nous sont chers, que nous chantions des berceuses en chinois ou en peul à nos enfants, que nos ancêtres soient enterrés dans les montagnes d’Anatolie ou les plaines de Pologne, nous subissons les mêmes conditions de travail, les mêmes licenciements, les mêmes bas salaires et les mêmes politiques anti-sociales. Le chauvinisme, le nationalisme et le racisme ont toujours été des poisons mortels pour la classe ouvrière, divisant ses rangs alors qu’il est de plus en plus indispensable d’être unis pour faire face aux attaques du patronat et du gouvernement, et cherchant à nous faire croire que nous aurions quelque chose en commun avec ceux qui nous exploitent. Alors que nous subissons de façon de plus en plus violente les effets de la crise du capitalisme, le chômage, les politiques d’austérité, les bas salaires, les hausses des prix, etc. nous devons, travailleurs et chômeurs, être plus que jamais unis pour faire face aux patrons.

Ne nous laissons pas diviser par les racistes, les nationalistes et autres réactionnaires !

Quelques soient nos origines, c’est tous ensemble qu’il faut lutter pour refuser de payer leur crise et leurs dettes, pour faire face aux sales coups du patronat et pour construire un monde digne du 21ème siècle où chaque être humain pourra vivre décemment.

! ‫يا عمال العالم اتحدوا‬
Travailleurs de tous les pays, unissons-nous !

Tract de l’Initiative Communiste-Ouvrière de Besançon, 12 novembre 2011.

 tiré dehttp://juralib.noblogs.org/ 

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 14:31

Val-de-Marne : un squat évacué

Un immeuble occupé par des jeunes à « tendance anarchiste » a été évacué sans incident par la police ce matin à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), a-t-on appris de source policière. Vers 07H30, les policiers de la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) ont évacué cette ancienne école qui était squattée depuis « deux, trois ans » et qui posait des « problèmes d’ordre public », a précisé cette source.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1321355498.jpg

« L’immeuble était squatté par des jeunes à tendance anarchiste et on craignait que ça se passe mal. Mais il n’y a pas eu d’incident », a affirmé la source policière. La quinzaine de personnes qui se trouvaient dans l’immeuble au moment de l’évacuation ont été l’objet de brèves « vérifications d’identité » et ont toutes été relâchées, selon cette source. L’opération, menée conformément à une décision de justice, a duré une trentaine de minutes.

Leur presse (Agence Faut Payer), 14 novembre 2011.

 

Le squat d’anarchistes évacué et muré

Onze personnes issues de la mouvance anarchiste ont été interpellées puis relâchées hier matin. Depuis février, ces jeunes occupaient une ancienne école privée tout près du RER.

On aperçoit à peine du mobilier, des restes de soirées arrosées et des tags au-dessus du mur en parpaing que deux entrepreneurs montent à la hâte. Quelques heures après l’évacuation du squat de l’ancienne école privée protestante Jeanne-d’Albret, place Moreau-David, à Fontenay, le quartier a retrouvé son calme.

Hier à l’aube, une cinquantaine de policiers prennent possession des lieux, tandis que leurs collègues sécurisent le quartier. Le squat où ont vécu une cinquantaine de jeunes depuis le 27 février n’en compte que 11 hier matin. Sans aucune rébellion, ils ont été interpellés et conduits au commissariat pour de simples vérifications d’identité. Cette évacuation fait suite à la décision du tribunal d’instance du 17 octobre afin que le propriétaire privé récupère cette ancienne école située juste en face de la gare du RER à Fontenay-sous-Bois. L’école, elle, était fermée depuis trois ans et le propriétaire était en négociation pour vendre ce terrain à la ville.

Fini les débats et les soirées à thème

Les jeunes squatteurs, tous âgés de 18 à 25 ans environ, ont été autorisés à récupérer leurs affaires personnelles avant que les entrées menant à cette grande bâtisse bourgeoise soient toutes fermées. Fini donc les débats et soirées à thèmes qui avaient lieu environ une fois par mois. Début septembre, évoquant l’éventualité d’une expulsion, l’un des jeunes squatteurs se désolait sur un blog : « On cherche à détruire le (peu!) d’autonomie que nous avons construit face à ce monde marchand en se réappropriant cette maison laissée à l’abandon. » Déjà, le 1er septembre, l’électricité avait été coupée dans la maison, ce qui avait entraîné la colère des squatteurs.

L’évacuation rassure les riverains. « Je n’osais plus passer devant pour aller au bois de Vincennes, surtout le soir, quand on voyait des véhicules passer autour tout doucement, parfois balançant des sacs par-dessus le mur », raconte Rose, en promenant ses deux petits chiens. « On y voyait souvent des banderoles et des tags, du genre “À bas le patronat”, et ils étaient très bruyants, c’était pénible, ajoute Michèle, retraitée. Il y avait toujours des poubelles qui traînaient, ça faisait sale. Je suis contente que le quartier retrouve le calme et qu’ils arrêtent de dégrader cette si belle demeure. »

« Il suffit de sonner au portail vert »
Le blog des squatteurs

« C’est la grande maison en brique rouge tout de suite à droite quand on sort du RER, il suffit de sonner au portail vert… » C’est avec ce simple message, largement présent sur Internet, que les squatteurs donnaient rendez-vous pour des soirées-débats organisées dans l’ancienne école privée, qu’ils ont surnommée la Buissonnière.

Dans un blog qui a été désactivé hier à midi, les squatteurs faisaient la promotion de leurs événements. Les thèmes variaient : « Révoltes antinucléaires et gestion de population » le 5 avril, « Les puces électroniques intelligentes » le 11 mai, « Contre la psychiatrie et la médicalisation du monde » le 16 juin ou encore « Contre la construction d’une ligne de train à grande vitesse entre Lyon et Turin » le 25 septembre. Chaque soirée était organisée autour de projections d’un ou deux films et d’un repas préparé collectivement, mais uniquement végétalien. « Ça buvait également beaucoup d’alcool et beaucoup fumaient du cannabis, souligne une voisine. Mais avec les riverains, ça n’a jamais dégénéré. »

La dernière soirée, celle du 25 septembre, s’était pourtant mal terminée. Excédés par le bruit, certains voisins avaient alerté la police qui avait interpellé trois personnes, jugées le 28 septembre pour « infraction à la législation des étrangers », « outrage et rébellion », « incitation à créer un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation […] de violences volontaires ». L’un des jeunes avait été placé en détention. Lors de cette intervention, les policiers avaient été caillassés. Quelques jours plus tard, des agents de la RATP s’étaient plaints d’avoir été agressés par une poignée de squatteurs.

Leur presse (Laure Parny, Le Parisien), 15 novembre 2011.

tiré de http://juralib.noblogs.org/

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 14:38

Le 24 novembre prochain aura lieu à Valognes, dans le Cotentin, un rassemblement contre le train de déchets nucléaires castor. Un campement débutera deux jours plus tôt, en vue de partager des idées et des méthodes de lutte.

Le but d’un tel évènement sera de faire écho aux luttes du même type ayant lieu depuis des années en Allemagne, et de relancer le combat contre le nucléaire en France.

POUR DISCUTER DU RENDEZ VOUS DE VALOGNES, ET DE CETTE FORME DE LUTTE,
une
DISCUSSION PUBLIQUE EST ORGANISÉE

dans la
MAISON OCCUPÉE du 194 rue des PYRÉNÉES

le mercredi 16 NOVEMBRE à partir de 18h30

Toutes les personnes intéressées par la perspective de lutter directement contre le nucléaire plutôt que d’en laisser le soin à des spécialistes y sont conviées.

L’appel au camp de Valognes

Le blog Valognes stop cas

tiré de http://malandrin.noblogs.org

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 10:41

Choisir la solidarité

En Roumanie, les habitants du village de Limba n’attendent plus rien du gouvernement. Ils ont pris en main leur localité et s’en occupent tous ensemble.

En 2007, dans le village de Limba, en Roumanie, le clocher de l’église, vieux de 70 ans, était sur le point de s’écrouler. Les villageois ont établi une liste de matériel nécessaire : bois, tôle, clous. Ils ont également organisé une collecte pour payer les artisans embauchés. Et puis ils les ont aidés en préparant leurs repas. Par la suite, les villageois se sont rendu compte qu’ils avaient besoin d’un chemin plus court vers les terres de cultures. La route s’arrêtait devant un ravin sans pont, ce qui les obligeait à faire un détour de trois kilomètres pour atteindre leurs champs. Les gens se sont rassemblés un dimanche. Ils avaient déjà récupéré du matériel de l’ancienne CAP [coopérative agricole de production, unité de production paysanne de l’époque communiste]. Et en une journée ils ont construit le pont. En 2011, les villageois se sont mobilisés pour venir en aide à une femme du village qui était entre la vie et la mort. Elle avait des problèmes cardiaques, et pas d’argent pour payer l’opération nécessaire à sa survie. À l’appel du prêtre, les villageois ont réussi à lever 2500 euros en une semaine. En avril, la malade a finalement été opérée et, aujourd’hui, elle va bien. Cette même année, les gens se sont cotisés et ont envoyé 11 enfants de familles pauvres en colonie de vacances pour une semaine.

Ce sont là quelques exemples de la manière dont cette petite communauté de Transylvanie [centre de la Roumanie] entend résoudre seule ses problèmes. C’est l’histoire de Limba. Une localité de 157 familles, située à quelques kilomètres de la ville d’Alba Iulia, pour qui le travail en commun de ses habitants est la seule richesse. Les villageois ont créé une association dont le nom s’inspire de celui du hameau, “Limbenii”. Ils ont établi dès le départ quelques principes : une assemblée générale, des projets pour l’année à venir, l’élection d’un président de l’association et d’une équipe de quatre conseillers. L’une des règles fondamentales stipule que personne ne doit faire de politique. Par ailleurs, les chefs doivent habiter le village. L’équipe de Dorin Bucur, le président actuel, s’est fixé comme objectifs pour 2011 la réalisation de travaux de maintenance du réseau de canalisations, le nettoyage du cimetière et la construction d’un Abribus.

Les villageois ont également défini un projet de développement pour leur localité. Une priorité puisque la grande majorité des habitants du village est encore jeune. Les salariés des entreprises établies dans le bourg le plus proche, Alba Iulia, y sont plus nombreux que les paysans. Mais l’on voit d’après l’aspect du village — et ses maisons bien entretenues — que ce sont des bosseurs. Un document intitulé La Vision du développement du village de Limba prévoit d’ailleurs de s’appuyer sur le tourisme pour construire l’avenir. Dans ce village traditionnel, chaque ménage a deux corps de maison. Vers la rue, “la maison de devant”, pour les invités. Donnant sur le jardin potager, “la maison de derrière”, plus simple et plus discrète, où habitent les hôtes. “La maison de devant” pourrait acquérir le statut de pension, une solution qui est à l’étude en ce moment.

Un dernier détail : si vous cherchez une taverne dans le village de Limba, sachez que vous n’en trouverez pas. Il n’en existe tout simplement pas, “parce qu’il n’y en a pas besoin”. Les habitants préfèrent se rendre visite les uns les autres au gré des occasions ou juste pour dire bonjour. Et tout le monde se rassemble pour les grandes fêtes de l’année : le nouvel an, Pâques, la Fête des mères. Ou les “fils du village”, l’une des fêtes les plus importantes de Limba, qui a célébré sa quarante-troisième édition les 3 et 4 septembre 2011. À ces occasions, chacun sait quelle nourriture apporter et en quelle quantité. Idem pour la boisson. Et pour rémunérer les musiciens, tout le monde se cotise.

Leur presse (traduit du roumain : Dan Gheorghe, Romania Libera – Courrier international), 4 novembre 2011.

tiré du http://juralib.noblogs.org/

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 10:38

Ce n’est pas dans ce torchon mensonger qu’est devenu depuis longtemps Le Mondeque tu trouveras des informations fiables sur la situation en Tunisie (ni non plus, évidemment, dans la litanie de fausses nouvelles, amalgames et rumeurs policières débitée depuis peu par les infiltrés identitaires de « Lieux Communs »). Voici donc, pour publication sur Le Jura Libertaire :

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— un film « documentaire » en deux volets tourné cet été dans la petite ville de Thala […] ;

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1320812278.png

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et provenant tout de même de « leur presse » :

— l’article d’un journaliste free-lance sur ce qui s’est passé à Thala le jour des élections : la police ayant tenté de profiter de l’occasion pour réinvestir la ville, il n’a pas fallu vingt minutes à la population pour l’en chasser une fois de plus :

Thala : Point à la mi-journée #tnelec

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Les habitants de Thala se sont déplacés très nombreux dès l’ouverture des bureaux de vote.

En arrivant ce matin vers les bureaux de vote, la calme était impressionnant. Des doigts bleus circulent, les gens parlent entre eux et ont visiblement très envie de débattre. Les hommes et les femmes font la queue tranquillement en attendant leur tour.

Un dispositif de sécurité spécial a été aménagé, 1000 soldats et agents de sécurité sont présents (aucun policiers). Beaucoup de sourires, beaucoup de monde. Les enfants jouent au milieu des cours d’école érigées en bureaux de vote pour cette journée historique.

Au bureau numéro 2, école anciennement appelée Thakafa, mais renommée, comme les cinq autres, du nom du martyr qui y étudiait. Celle-ci s’appellera Ahmed Yassine RTIBI. J’y croise des militaires qui sortent d’un bureau, avec un sourire béant sur le visage, l’un porte une petite caméra, l’autre un appareil photo. Ils m’interpellent et… me saluent, me demandent comment je vais et me souhaite bonne chance. Puis repartent gaiement.

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Après la longue attente, une cigarette bien méritée le doigt tinté de bleu bien en l’air.

Les habitants ont l’air de prendre très au sérieux leur possibilité nouvelle de voter.

Hélas, dans le troisième bureau, j’aperçois un rassemblement, on m’explique qu’un certain nombre de citoyens sont dans l’impossibilité de voter. Non inscrits, ils ont envoyé le sms demandé par l’ISIE pour savoir où se rendre, mais les réponses sont désopilantes, on dit aux uns et aux autres d’aller à des bureaux de Gasserine, Gafsa ou même Tunis (voir par ailleurs).

Suite à un mouvement de foule en direction du gouvernorat, un bus de policiers débarque en ville, alors que les habitants n’en avaient presque pas (voire jamais) vus depuis la fin de la révolution. Ils sont entrés dans une école pour disperser un peu la foule (partie du bureau 3, eux sont entrés au bureau 1…), ce qui a immédiatement fait réagir les habitants. Encore sous le choc de leur infâme traitement pendant la révolution, des jeunes ont aussitôt lancé des pierres aux forces de l’ordre, la mère d’un martyr a voulu les chasser. Les militaires présents, sous l’égide de leur colonel (qui avait été le premier à réagir contre les BOPs pendant la répression de janvier dernier, lors d’un enterrement où la police avait tiré sur le peuple) sont rapidement intervenus, et ont fait en sorte que la police quitte la ville. Cette scène, qui na duré qu’une vingtaine de minutes, rappelle à quel point le spectre de la répression est encore présent dans les têtes, et à quel point la tension peut monter d’un coup.

Le cours du vote a repris son rythme halletant avant midi.

Paolo Kahn – Nawaat.org, 23 octobre 2011.

— l’interview très instructive, malgré son titre racoleur, et quoique elle pèche un peu par orgueil, sous-estimant justement le rôle crucial de Thala (puis Kasserine) dans l’explosion de janvier, d’un militant de base de Sidi Bouzid :

Connaissez-vous Slimane Rouissi, l’homme qui a lancé la révolution tunisienne ?

Les médias ont choisi de porter au pinacle les jeunes blogueurs et les « Twittos » de Tunis qui ont participé à la révolution. Pourtant, c’est par une poignée de quadragénaires de Sidi Bouzid que tout à commencé. L’un de ces militants, inconnu du grand public, revient sur ces quelques mois qui ont changé la Tunisie et le monde arabe. Pour de nombreuses raisons, il a le sentiment qu’on lui a volé sa révolution.

Rencontre avec Slimane Rouissi, par Julien Pain et Sarra Grira.

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Slimane Rouissi dans les locaux de Reporters Sans Frontières à Tunis

Nous avions rencontré Slimane Rouissi six mois avant la révolution tunisienne. Il nous avait alertés sur la mobilisation de paysans, dans la région de Sidi Bouzid, qui protestaient contre un programme d’expropriations.

Une affaire qui à l’époque n’avait pas été relayée par les médias internationaux car son impact paraissait uniquement local. Il s’avère pourtant que c’est de cette région, et de ce mouvement de protestation, qu’est ensuite née la révolution tunisienne. Car le 17 décembre, lorsque le jeune Mohamed Bouazizi s’immole devant la préfecture de Sidi Bouzid, c’est un petit groupe de syndicalistes, les mêmes qui avaient soutenu les paysans quelques mois auparavant, qui monteront au créneau. Cette poignée d’hommes va alors sciemment utiliser l’affaire Bouazizi pour soulever le peuple dans leur ville. Ils sont toutefois loin d’imaginer que leur mouvement aboutira un mois plus tard à la chute de Ben Ali. Et que près d’un an après, l’onde de choc s’en ferait encore sentir jusqu’au portes de Damas.

Slimane Rouissi est un de ces quelques syndicalistes par qui tout à commencé. La cinquantaine bedonnante et joviale, il ne correspond pas au portrait type du révolutionnaire tunisien dressé par les médias. Avec le recul, on peut pourtant affirmer qu’il a eu une influence déterminante sur cette révolution qui a changé la face du monde.

Notre première question a porté sur l’immolation de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid. Les médias ont toujours parlé de cet acte terrible comme de l’étincelle qui a enflammé la région, puis tout le pays. La version de l’incident qui circulait au début de la révolution voulait que Mohamed Bouazizi ait été giflé par une policière et que ce soit ce geste qui a poussé le jeune vendeur ambulant, écœuré par des brimades à répétition, à s’immoler. Pourtant, en avril dernier, la policière censée avoir giflé Bouazizi, Fadia Hamdi, a été innocentée et libérée après quatre mois de prison. J’ai donc demandé à Slimane s’il avait des remords concernant le sort de cette policière, qui n’était pas le monstre qu’on avait dépeint à l’époque.

« Certains ont affirmé que Bouazizi était un ivrogne et un voyou. C’est faux. »

« Nous n’avons jamais eu l’intention de rendre Fadia Hamdi responsable de la mort de Mohamed Bouazizi. Après tout, elle aussi est en quelque sorte victime de ce système, elle n’avait pas d’autre choix que d’obéir aux ordres. Il ne faut pas oublier que l’ancien régime harcelait même ses propres fonctionnaires. D’après les informations que j’ai pu recueillir auprès de témoins de la scène, il y a certes eu une altercation entre Mohamed Bouazizi et Fadia Hamdi, mais elle ne l’a jamais frappé. Je pense toutefois que cet épisode n’est qu’un détail et que le plus important demeure le sentiment d’oppression qui a poussé Bouazizi à commettre cet acte.

J’ai rencontré Mohamed Bouazizi le 15 juillet 2010, lors de la mobilisation des agriculteurs de Regueb [dans les environs de Sidi Bouzid].

Son oncle faisait partie des paysans qui ont été privés de leurs terres. Cette histoire est en relation directe avec l’immolation de Bouazizi car ce dernier travaillait depuis 2006 avec son oncle à Regueb et que toute sa famille a été obligée de se déplacer à Sidi Bouzid après cette spoliation. Je connais bien Mohamed, qui était un jeune homme courageux qui n’avait pas froid aux yeux. Certains ont prétendu par la suite que c’était un ivrogne et un voyou. Cela n’est pas vrai et ces rumeurs ne sont que le fait de contre-révolutionnaires ou de soutiens de Fadia Hamdi qui cherchaient à l’innocenter par tous les moyens. Certains se sont  également demandé si Mohamed Bouazizi avait toute sa tête pour commettre un tel acte désespéré. Personnellement, je pense que cette immolation n’était pas tout à fait intentionnelle : Mohamed s’était versé du dissolvant en menaçant de s’immoler si on ne le laissait pas voir le Gouverneur [Préfet]. Il proférait toujours ces menaces en allumant le briquet. Ce n’est qu’une interprétation, mais je pense que Mohamed Bouazizi menaçait de s’immoler, mais n’avait pas réellement l’intention de le faire. »

Nous avons ensuite demandé à Slimane si lui et les syndicalistes de Sidi Bouzid avaient intentionnellement monté en épingle l’affaire Bouazizi. Et comment ils étaient parvenus à faire de cet incident, somme toute mineur, le déclencheur de la révolution.

« Mohamed Bouazizi n’était pas le premier à se suicider dans la région. Mais son acte a pu être utilisé car il avait une dimension symbolique »

« Les conditions d’un soulèvement étaient réunies à Sidi Bouzid depuis plus de deux ans. Durant les dernières semaines qui ont précédé le 17 décembre [date de l’immolation de Bouazizi], il y avait des mobilisations quasi hebdomadaires où j’étais présent avec mes camarades militants. Il y a eu par exemple un sit-in d’ouvriers à Meknassi [petite ville de la région de Sidi Bouzid] en juillet 2010. Des travailleurs qui avaient été licenciés sans être payés par un des membres de la famille Trabelsi [la belle-famillle de l’ancien Président Ben Ali]. Mais la mobilisation déterminante demeure sans aucun doute celle des agriculteurs de Regueb. Je considère pour ma part le 15 juillet  comme la véritable date du début de la révolution tunisienne. En tout cas, il faut bien comprendre qu’une révolution n’arrive jamais par hasard.

Mohamed Bouazizi n’était pas le premier à se suicider dans la région, il y a eu d’autres cas avant lui. Mais son acte a pu être utilisé par les militants pour enclencher une révolution car il avait une dimension symbolique : il s’était immolé devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid et sa situation était intimement liée à la cause des agriculteurs de Regueb. Dès lors, il a personnifié le cumul des injustices dont beaucoup souffraient comme lui.

Cela fait des années que nous nous mobilisons et nous avons beaucoup appris des événements précédents. Nous avons par exemple retenu des leçons données par les blogueurs iraniens en 2007 et nous avons compris que la toile pouvait être un bon moyen de mobiliser les citoyens. Nous avons aussi tiré des leçons des événements du bassin minier en 2008 [des ouvriers chômeurs s’étaient mobilisés pour dénoncer la corruption et les conditions dans lesquelles ils vivaient. Une mobilisation violement réprimée]. Nous avions expérimenté les limites du régionalisme qui avait fait avorter notre mouvement. De même, les confrontations entre les habitants de Ben Guerden et Dhehiba et les forces de police en août 2010 nous ont appris à mieux faire face à la police. Nous avons compris qu’il fallait être sur le terrain, mais également sur Facebook et Twitter, sans oublier de nouer des relations avec les médias. Ayant conscience de tout cela, nous nous sommes réunis le 24 décembre 2010 à Chebba [petite ville au nord de Sidi Bouzid] au siège du PDP (le Parti Démocrate Progressiste) avec différents militants politiques et syndicalistes. C’était au lendemain de la mort de Mohamed Ammari à Menzel Bouzayane [région de Sidi Bouzid], le premier tué de la révolution. C’est ce jour là que nous avons décrété que cette mort ne passerait pas et que nous irions jusqu’au bout. »

Nous avons ensuite interrogé Slimane sur ces militants qui ont su utiliser l’affaire Bouazizi pour lancer la révolution. Qui sont-ils ? Combien étaient-ils ?

« Les leaders du mouvement se comptaient sur les doigts d’une main. J’en faisais partie. »

« Quand je parle des militants politiques et syndicalistes qui ont lancé le mouvement, je fais référence à un groupe qui ne dépasse pas 50 personnes, mais qui avait une grande capacité de mobilisation. Nous avions acquis une crédibilité auprès des habitants et nous étions écoutés quand on appelait à des actions militantes. Au sein de ce groupe d’une cinquantaine personne, il y avait bien sûr des leaders, qui se comptent sur les doigts d’une seule main. J’en faisais partie. Il y a beaucoup de choses à dire sur la véritable manière avec laquelle nous avons mené cette révolution, comme par exemple sur la façon dont nous sommes parvenus à élargir notre champ d’action et ne pas le cantonner à Sidi Bouzid. Nous avons par exemple encadré les jeunes et leur avons conseillé de se mobiliser de nuit. Mais nous ne pouvons pas encore tout révéler. Les forces contre-révolutionnaires sont encore là et il faut rester prudent. Le ministère de l’Intérieur n’a toujours pas été réformé et les snipers du RCD sont toujours en liberté. Nos noms sont peut-être méconnus du grand public, mais la police politique elle nous connaît très bien.»

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Slimane Rouissi et Julien Pain

Nous avons donc demandé à Slimane comment il vivait la médiatisation des « héros » de Tunis, les blogueurs et les activistes de la capitale qui ont été portés aux nues par les médias ?

« Je ne nie pas la participation de ceux que l’on voit à la télé, mais leur apport à la révolution n’a pas été déterminant »

« Certains sont conscients de l’impact que nous avons eu : au lendemain de la fuite de Ben Ali, je recevais personnellement des messages et des coups de fil d’Égyptiens qui me demandaient conseil pour leur mobilisation contre Moubarak. Mais il y a un jeu politique. À l’intérieur comme à l’extérieur du pays, des gens fabriquent des symboles révolutionnaires et les médiatisent. Le fait même de retenir la date du 14 janvier [le départ de Ben Ali] pour cette révolution, au lieu de celle du 17 décembre [l’immolation de Bouazizi] qui en est le point de départ, n’est que de la désinformation. Je ne nie pas la participation de ceux qu’on voit à la télé, mais leur apport à la révolution n’a pas été déterminant. On marginalise les figures qui ont réellement été à l’origine de cette révolution. Nous autres militants de Sidi Bouzid, nous sommes donc aussi marginalisés que notre région. Les médias n’ont pas cherché à nous contacter après le 14 janvier. Pour ma part, je n’ai pas d’ambition politique ou médiatique. Tout ce qui m’importe c’est la réalisation de nos objectifs révolutionnaires.»

Slimane est loin de considérer que la révolution tunisienne a abouti. Et les résultats des élections dans sa région semblent lui donner raison. À l’heure où j’écris cet article, les résultats définitifs n’ont pas été annoncés, mais d’après les estimations, ce sont d’anciens membres du RCD, le parti de Ben Ali, qui sont arrivés largement en tête.

« Les résultats des élections à Sidi Bouzid m’ont choqué et déçu »

« Je n’ai pas voté dimanche car je constate que les forces contre-révolutionnaires sont toujours présentes. Mais je n’ai pas encouragé les gens à boycotter le scrutin. Selon les derniers résultats à Sidi Bouzid, Ennahdha aurait recueilli 25% des voix et La Pétition populaire 50%. Cette dernière liste est conduite par Hechmi Hamdi, patron de la chaîne privée « Al Mostakella », qui est un ancien du RCD, comme d’ailleurs bon nombre de ses partisans. Les 25% restant reviennent à une liste indépendante conduite par un certain Iléhi, lui aussi ancien membre du RCD.

Ces résultats m’ont choqué et déçu. J’ai fait le tour des villages de la région de Sidi Bouzid : Manzel Bouzayen, Regueb, Wled Haffouz ou Ben Aoun. Là-bas j’ai rencontré des personnes qui avaient voté pour la Pétition parce que son leader promettait 200 dinars [100 euros] de prime aux chômeurs, ou simplement parce qu’il était de Sidi Bouzid et qu’ils ne voulaient pas d’un président qui vienne de la région côtière du Sahel [région dont sont originaires les deux anciens présidents tunisiens]. Et puis la machine du RCD [parti dissout] s’est mise en branle et ses partisans ont encouragé les gens à voter pour cette liste. Enfin, je ne pense pas que les électeurs sachent tous que La Pétition  était une liste d’anciens membres du RCD. Ils ont juste été attirés par ses promesses. »

Alors que Slimane et ses confrères syndicalistes ont réussi à déclencher une révolution il y quelques mois, ils semblent aujourd’hui incapables d’enrayer le retour en force des acolytes de Ben Ali. Comment en si peu de temps ont-ils perdu leur capacité de mobilisation ?

« Je suis le seul à ne pas avoir rejoint de parti. Les leaders ont déserté le terrain. »

« Du temps de Ben Ali, la situation était plus simple : il y avait le peuple contre le RCD et il suffisait d’appeler à manifester pour que les gens viennent. Mais depuis, les leaders de la contestation ont rejoint des partis. Et désormais ils doivent demander la permission de leur organisation pour lancer un mot d’ordre. Il est aujourd’hui impossible de rassembler tout le monde sous une même bannière.

Les leaders de Sidi Bouzid ont déserté le terrain, la rue est désormais orpheline. Je suis le seul à ne pas avoir rejoint de parti. Et je me sens en danger car il y a eu une campagne contre moi. J’ai même été menacé par les milices de l’ancien régime, qui existent toujours. Aujourd’hui, ils me traitent d’agitateur et me demandent de repartir vers ma région, car je suis originaire du sud ouest. Cependant, je reste fermement décidé à ne pas céder à la contre-révolution. Il ne faut surtout pas se laisser abattre. Nous ferons pression sur l’Assemblée constituante pour garantir la réalisation des objectifs de la révolution.

J’ai encore de l’influence aujourd’hui sur les jeunes de Sidi Bouzid et je compte sur eux pour rester vigilants. Les médias ont exporté notre révolution en en faisant un modèle du printemps arabe. Il faut que ses objectifs soient atteints pour qu’on puisse vraiment parler de révolution. »

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Julien Pain – France 24, 25 octobre 2011.

[…]

tiré du http://juralib.noblogs.org/

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 16:09

Le blocus de la cité scolaire Balzac dégénère

Un lycéen a été arrêté hier par la police pour rébellion. Deux élèves ont été blessées. La grève des enseignants se poursuit dans cet établissement du XVIIe aux classes surchargées.

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Colère et émotion hier à la cité scolaire Honoré-de-Balzac (XVIIe) à la suite des incidents qui se sont produits lors du blocage de cet établissement le matin par les élèves. Un lycéen de 17 ans a été placé en garde à vue et deux élèves ont été blessées au cours d’une bousculade.

La grève déclenchée pour la troisième fois hier par les enseignants pour protester contre les classes surchargées et le manque de moyens dans ce gros lycée et collège, situé le long du boulevard Bessières a été reconduite aujourd’hui.

Hier matin, une centaine de lycéens avait bloqué avec une chaîne l’entrée de cet établissement comptant 2000 élèves en soutien aux enseignants en grève. Un barrage filtrant avait été installé sur une entrée secondaire pour laisser passer les collégiens. Tout a dégénéré lorsqu’un policier a sectionné la chaîne pour libérer l’accès pompiers. « Les policiers ont tenté de nous repousser et ont attrapé un élève à la gorge avant de le plaquer au sol et de le rouer de coups, raconte Émile, en terminale. Puis ils l’ont menotté et emmené. Nous avons tenté de bloquer le véhicule de police en nous mettant en travers du boulevard Bessières. » Dans la bousculade, une jeune fille a eu le tibia fracturé et une autre a été légèrement blessée.

La police présente une autre version : « Le commissaire accompagné d’un gardien de la paix ont tenté de parler avec le meneur pour mettre fin au blocage, mais il les a bousculés. Le policier a été blessé à la main. » Le garçon de 17 ans a été arrêté pour rébellion, outrage et violences sur personne dépositaire de l’autorité publique, et placé en garde à vue. Il a été relâché en fin d’après-midi. Il comparaîtra devant le parquet des mineurs en décembre.

Alerté, l’inspecteur d’académie s’est rendu sur place dans la matinée pour tenter de ramener le calme. « Nous réclamons cinq postes de surveillants, deux postes administratifs supplémentaires et attendons qu’un poste d’infirmière soit pourvu », indique une représentante syndicale du Snes. Ils dénoncent aussi « de graves dysfonctionnements dans les emplois du temps, avec des trous et des cours qui se chevauchent » ainsi qu’un « manque de dialogue avec leur direction ». Ils ont décidé de poursuivre leur action aujourd’hui. « Les élèves sont très choqués et très remontés, poursuit la déléguée du Snes. Nous ne voyons pas comment nous pourrions gérer les classes dans ce contexte. Il va falloir que la situation évolue. »

Hier soir, à l’issue d’une réunion avec les professeurs, les parents ont décidé d’appeler à une école morte aujourd’hui et à un rassemblement jeudi devant le rectorat.

Leur presse (Christine Henry, LeParisien.fr), 9 novembre 2011.


Intervention policière musclée devant un lycée parisien

Des élèves, dont certains auraient été blessés, et des professeurs ont bloqué l’entrée du lycée Honoré de Balzac à Paris pour réclamer de meilleures conditions de travail.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1320815608.jpg

Manifestation musclée devant le lycée Honoré de Balzac à Paris (XVIIe). Les forces de l’ordre sont intervenues ce mardi pour forcer l’entrée de l’établissement scolaire, bloquée depuis le début de matinée par les professeurs et les élèves.

Ces événements font suite à une grève entamée le 3 novembre dernier par le personnel de la cité scolaire, pour protester contre les mauvaises conditions de travail. Pour soutenir le mouvement, des élèves ont décidé, ce mardi matin, de bloquer l’entrée de l’établissement. « Les élèves formaient une chaîne humaine devant l’entrée. Le blocus était alors pacifique », témoigne une élève de terminale.

Jusqu’à l’intervention des forces de l’ordre vers 9h30 pour débloquer l’établissement. Des heurts ont alors opposé une dizaine de policiers aux manifestants. Une élève aurait le tibia cassé par une lampe torche d’un policier. Un de ses camarades, âgé de 17 ans, aurait été légèrement blessé à l’arcade sourcilière. Ce dernier a été conduit au service médico-judiciaire de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu pour faire constater ces blessures, mais aucune trace de violence n’a été enregistrée. Il a été placé en garde à vue pour « rébellion, outrage et violence sur une personne dépositaire de l’autorité publique ». Il a été libéré à 16h10.

D’après la police, l’élève arrêté s’est montré particulièrement agressif envers les forces de l’ordre. Les lycéens de leur côté contestent la version des policiers et assurent avoir été victimes d’une violence inappropriée : coups de matraque, usage de gaz lacrymogène… Plusieurs élèves envisagent de porter plainte cet après-midi.

Leur presse (Tony David, L’Express.fr), 8 novembre 2011.


Bousculade entre lycéens et policiers

Une bousculade s’est produite ce matin devant la cité scolaire Balzac, à Paris (XVIIe), quand des lycéens ont entrepris d’empêcher la police de débloquer les accès de l’établissement, cadre d’un conflit social, a indiqué le rectorat. Un élève mineur « a été embarqué après s’être frotté avec un policier », a indiqué Philippe Fatras, inspecteur d’académie pour le second degré, qui a ajouté avoir recueilli « plusieurs versions » de la génèse de l’incident.

Ce matin, en soutien au personnel enseignant et administratif en grève contre des suppressions de postes et des classes surchargées, des élèves ont bloqué avec des chaînes les accès à l’établissement, « y compris l’accès pompiers », a précisé Philippe Fatras.

En conséquence, le proviseur a demandé l’intervention de la police qui a entrepris de couper les chaînes qui empêchaient l’ouverture des portes, a poursuivi l’inspecteur d’académie. S’en est suivie une bousculade.  Philippe Fatras a rencontré les professeurs grévistes à qui il a annoncé la création d’un poste équivalent temps plein de surveillant, « un effort conséquent en cette période », a-t-il estimé. Les professeurs en ont pris bonne note.

Leur presse (Agence Faut Payer), 8 novembre 2011.

 

tiré de http://juralib.noblogs.org/

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