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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 11:52


Pourquoi Mohamed Merah n’a-t-il pas été inquiété, alors que d’autres sont emprisonnés pour un simple mail ?

Le Télégramme rapporte le témoignage d’une ancienne voisine de Mohamed Merah, Malika. Selon elle, « Mohamed avait demandé au frère de cette jeune femme de venir chez lui, dans l’appartement où il est aujourd’hui retranché, prétextant un problème informatique. Une fois chez lui, l’adolescent n’avait pas pu repartir. Mohamed l’avait séquestré. Il voulait lui montrer des vidéos d’Al Qaïda, avec des décapitations, etc. (…)

La sœur de l’adolescent avait ensuite rencontré Mohamed, pour lui dire de ne jamais recommencer ça. Mohamed l’avait alors violemment agressée. Elle avait même dû être hospitalisée plusieurs jours. Mohamed était ensuite venu sous les fenêtres de l’appartement familial de la victime. Il était en treillis militaire, armé d’un sabre et hurlait qu’il était d’Al Qaïda… Pourquoi la police et la justice n’ont donné aucune suite ? Une plainte avait été déposée. »

Leur presse (LeMonde.fr, 21 mars 2012)


Pourquoi a-t-on attendu cinq jours pour obtenir les adresses IP des potentiels suspects de l’assassinat du 11 mars, alors qu’il suffit de quelques heures, voire quelques minutes, pour les identifier ?

L’identification du terroriste au scooter a été très rapide, selon certains. La chronologie que nous avons reconstituée montre qu’elle aurait pu intervenir plus rapidement. En cause, le délai très long avec lequel les adresses IP en relation avec le premier assassinat ont été demandées et obtenues. Des sources policières confirment l’existence, dans cette affaire, d’un délai inhabituel pour une opération de cette nature. (…)

Lundi 12 mars. Un motard abattu d’une balle dans la tempe à Toulouse. C’est ainsi que La Dépêche évoque, à 3h49, un faits divers ayant eu lieu la veille, sans préciser que la victime est un militaire. Le 13, le journal se demande s’il s’agit d’un vol ou d’une affaire de cœur, mais précise cette fois qu’il s’agissait d’un officier parachutiste considéré comme “un excellent élément”.

Plus important : La Dépêche évoque le fait que la victime avait posté une petite annoncesur LeBonCoin.fr fin février afin de vendre sa moto, et qu’il aurait reçu, quelques minutes avant d’être abattu, “un coup de fil” à ce sujet (…)

L’article, publié le 13 à 7h46, laisse entendre que la police avait fait de cette petite annonce l’une de ses “priorités” dès le lundi 12, au lendemain du meurtre. Contacté par OWNI, LeBonCoin.fr a déclaré ne pas être “autorisé” à nous dire quand les services de police judiciaire lui avait demandé la liste des ordinateurs ayant consulté la petite annonce en question, ni quand le site les leur avait transmis.

D’ordinaire, nous confirme une source policière, ce genre d’opérations ne prend que quelques minutes. Un autre source, proche de ceux qui répondent à ce type de réquisitions judiciaires, indique de son côté qu’elles sont traitées “en 48h maximum”.

Or, selon nos informations, ce n’est que le vendredi 16 mars, soit cinq jours après le premier meurtre, et trois jours après que la piste, considérée comme l’une des “priorités” des enquêteurs, ait été évoquée dans la presse, que la liste des 576 adresses IP a été transmise aux fournisseurs d’accès à l’internet (FAI).

Leur presse (OWNI, 21 mars 2012)

Cela paraît un délai anormalement long à plusieurs spécialistes, selon qui les policiers peuvent obtenir ces adresses IP en quelques heures seulement.

Leur presse (Mediapart, 21 mars 2012)

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 15:06

Il faut bien l’avouer : sur A11, on est parfois un peu trop centrés sur l’écrit. Question d’affinités. De paresse, aussi. Du coup, quand on a la chance de tenir quelqu’un comme Juliette Volcler, fine connaisseuse des radios libres et initiatrice — avec d’autres — d’un portail consacré aux formes sonores engagées et/ou créatives sur le net, on ne laisse pas passer l’occasion : on la fait parler.

 

Que je te dise : Juliette Volcler est une amie. Pis, elle est aussi une contributrice d’A11 — deux billets pour l’instant, ici et là, et beaucoup d’autres qui s’annoncent. Qu’importe : il ne manquerait plus que ça nous empêche de lui poser quelques questions.

 

À quel titre, tu demandes ?

 

D’abord, Juliette, ancienne directrice d’antenne de Fréquence Paris Plurielle (FPP, sur 106.3) [Sur FPP, Juliette anime toujours l’excellente émission L’Intempestive, les 1er et 3e jeudis du mois de 17 à 18 h, rediffusée le mercredi d’ensuite de 10 à 11 h. Tu peux aussi retrouver ses émissions sur son site.] et l’une des chevilles ouvrières de la Coordination des radios libres en lutte (contre le projet de « radio numérique terrestre »), connaît très bien le monde des radios libres ; elle a donc plein de choses intéressantes à dire sur la question. Ensuite, elle réalisera désormais une chronique mensuelle de critique sonore sur A11, et cet entretien est une très bonne façon d’annoncer sa rubrique, la bien nommée « Dans Tes Oreilles » [Premier acte, la semaine prochaine, avec une enquête — approfondie, passionnante et répartie sur quatre volets — sur l’usage du son comme arme.]. Enfin (et surtout), Juliette a récemment lancé, avec le renfort de sept de ses amis, un agrégateur sonore : l’endroit s’appelle Le Perce-oreilles et recense une fine sélection de ce que tes esgourdes peuvent écouter de mieux sur internet, en matière de critique sociale et de création sonore. Pour quelqu’un comme moi, peu habitué à écouter la radio (même libre) et faisant rarement l’effort d’aller dénicher des productions sonores indépendantes, c’est appréciable. Très.

 

À mon humble avis, le mieux c’est que tu commences par lire cet entretien, puis que tu ailles fouiner sur Le Perce-oreilles, un peu comme tu vas faire ton marché : entre une longue interview de l’avocate Irène Terrel à propos des inculpés de Vincennes (FPP), un retour sur le refus des nanotechnologies (Radio Libertaire), un brûlant manifeste erroriste, la lecture d’un polar d’anticipation ou — entre autres — un entretien avec Michel Warschawski (FPP), tes oreilles (et ton cerveau) ne devraient pas trop s’en plaindre.

 

 

 

Tu te définis comme une professionnelle de la radio ?

 

Non. Je ne ne suis pas du tout une spécialiste de la radio ; je la pratique depuis quelques années et je m’interroge sur l’outil, j’ai envie de le comprendre, voilà. Là où j’ai commencé à faire de la radio, c’est-à-dire dans une équipe sur Fréquence Paris Plurielle, et parmi les personnes qui se sont bougées autour des radios libres récemment, on retrouve d’ailleurs un même refus de la professionalisation. Avec cette idée que les radios libres sont faites par des personnes n’ayant pas de formation dans le domaine du son ou de la presse, et que c’est la principale garantie que la parole soit donnée aux gens des quartiers, aux personnes en lutte et aux cultures minoritaires plutôt qu’à des experts ou à des représentants. C’est aussi une très belle possibilité d’invention : on apprend sur le tas, on se fabrique sa propre façon de faire de la radio.

 

À l’inverse des autres radios associatives ?

 

C’est évident qu’il y a un certain ton dans les radios libres. Notamment parce qu’elles se méfient du professionnalisme et refusent la publicité. Mais aussi parce qu’elles revendiquent de faire de la critique sociale et de donner la parole à des gens, à des cultures, à des idées, qui n’accèdent que très peu aux grands médias.

 

À l’inverse, un certain nombre de radios associatives non commerciales [Les radios associatives non commerciales correspondent à la catégorie A du paysage radiophonique, tel que défini par le CSA. Si cette catégorie peut paraître homogène à première vue, rassemblant toutes les antennes qui tirent leurs principales ressources de subventions privées ou publiques, elles recouvrent des réalités différentes : entre les radios se réclamant de l’héritage contestataire des radios pirates, les radios locales et les radios religieuses, entre celles qui refusent catégoriquement toute publicité et celles qui ont fait le choix (comme les y autorise le CSA) de tirer 20 % de leurs recettes totales des revenus publicitaires, il y a un monde…] tentent de calquer leur ton sur celui des radios commerciales. Elles essayent de faire la même chose que les grosses radios, mais sans en avoir les moyens. Elles ne font pas de la radio autrement, juste un ersatz raté du discours radiophonique dominant, celui des grosses radios.

 

Parce qu’il y a un discours radiophonique dominant ?

 

Je vais en parler imparfaitement, puisque j’écoute très peu les grosses antennes, publiques ou commerciales : je me concentre sur les radios associatives ou les producteurs indépendants. Mais il y a au moins un point qui me frappe à leur propos, c’est qu’elles ont toutes recours à un usage très autoritaire du langage. Nicolas Poincaré, sur France Info, en est un exemple caricatural : il donne en permanence l’impression qu’il a quelque chose à vendre et adopte réellement un ton de publicitaire. Il y a ce rythme rapide et haché où l’on passe très vite d’un sujet à l’autre, cette façon de couper la parole aux gens, ce ton autoritaire vis-à-vis des auditeurs… De façon plus ou moins marquée, c’est quelque chose qu’on retrouve sur toutes les radios dites importantes. Logiquement, la transition entre les plages de publicités et les programmes en est simplifiée : il y a tellement peu de différences de forme entre les deux…

 

Cela rejoint l’idée de « monoforme » théorisée, à propos des images, par Peter Watkins [Si la monoforme n’évoque rien pour toi, je te renvoie à ce billet sur la question publié ici-même par Benjamin.]. La théorie de Watkins fonctionne d’ailleurs très bien pour la radio. Pour les grosses radios, l’auditeur n’existe pas en tant que tel, il n’est que le réceptacle de la parole des experts, de ceux qui savent. Un peu comme s’il s’agissait de nous ordonner d’écouter et — surtout — de nous taire.

 

Les radios libres ont sans doute beaucoup de défauts, mais les animateurs ne s’adressent jamais à l’auditeur comme s’il était un abruti. Parce qu’ils ne se placent pas dans une position de hiérarchie par rapport à l’auditeur — il n’y a pas de barrière, la frontière est poreuse : si tu es un auditeur, tu peux vite devenir un animateur.

 

Leur refus de la publicité te semble essentiel ?

 

Bien entendu. Pour moi, le ton de l’animateur et le contenu des émissions ne sont pas les mêmes selon qu’une antenne accepte — ou non — de la publicité. C’est même quelque chose qui me saute aux oreilles, que je perçois tout de suite à l’écoute, parce que ce n’est pas du tout la même manière de faire de la radio.

 

Je vais te donner un exemple… Une radio associative que je connais avait décidé, il y a un moment, d’accepter quelques publicités, ciblées et politiquement « sympathiques ». Mais l’expérience a tourné court très rapidement, devant les prétentions émises par les rares annonceurs. Untel ne voulait pas que sa publicité passe avant une émission anti-carcérale parce que cela faisait mauvais genre, un autre demandait à ne pas être diffusé avant l’émission consacrée au rap parce que les auditeurs de cette musique ne s’intéressaient pas à ses produits bios… C’est un exemple marginal ; mais il montre bien comment la pub influe très rapidement sur les programmes. Quand tu as deux pubs à caser sur ta grille, ce n’est pas bien grave, mais quand tu as de la pub entre chaque émission, ça lisse toute la grille.

 

Tu peux nous citer quelques radios qui se distinguent par leur créativité ou/et leur implication sociale ?

 

Je vais en donner trois, mais ce choix sera loin d’être exhaustif (je pourrais citer plein d’autres exemples). À Lyon, Radio Canut est très active sur les deux niveaux : pas de compromis au plan politique et plein d’idées en termes de création. À l’image de l’émission Megacombi, chaque lundi : l’équipe fait de la critique sociale, tout en utilisant plein de formes radiophoniques différentes, le feuilleton, le mix, le cadavre exquis, le docu, la chronique, la poésie…

 

À Toulouse, Canal Sud est également très intéressante : elle se base sur l’idée qu’on ne peut pas tenir un discours politique et social radical sans revendiquer une même radicalité au niveau musical ou culturel. On y trouve donc des émissions anticarcérales ou féministes (pour les décrire rapidement), et des émissions de poésie sonore ou de musiques expérimentales.

 

Enfin, à Montpellier, L’Eko des Garrigues se place dans la filiation des radios pirates musicales de la fin des années 1970, se montre très en pointe sur les musiques nouvelles et il y a un ton très particulier — de radioteurs — à ses émissions parlées.

 

Ce sont ce type de radios que vous souhaitez mettre en avant sur l’agrégateur sonore que vous avez créé ?

 

Oui. Le (modeste) objectif du Perce-oreilles est d’être un site qui dégourdit les oreilles, à la fois en termes politiques et sociaux et en termes de créations sonores. Il fonctionne comme un portail, référençant les productions des radios associatives pour contribuer à les rendre visibles.

 

Tout part d’un constat : ça me désole un peu quand j’entends des gens dire qu’ils se calent chaque jour sur l’émission de Daniel Mermet ; non pas parce que je ne l’aime pas — son émission est très bien et c’est une très bonne chose qu’elle existe — mais je regrette que ces gens n’aient pas la curiosité d’écouter autre chose, de s’intéresser non pas seulement aux résistances qui existent à l’intérieur des grosses machines, mais aux alternatives à ces grosses machines, à commencer par les radios libres. Il y a tant de choses à découvrir… C’est comme si, au niveau de la presse écrite, tu te contentais de lire le Monde Diplo…

 

L’idée du Perce-oreilles est donc de court-circuiter les machines à communiquer, de mettre en avant ceux qui ne sont pas dans une logique de communication et qui font des choses très intéressantes. C’est un outil en évolution, dont l’objectif de relayer ce qui est inventif et radical, au niveau social et sonore ; autant la critique sociale que la poésie, la phonographie ou l’art sonore. Le Perce-oreilles se veut une plate-forme pour rendre visible tout cela, et pour faire se croiser (modestement) des univers sonores qui ne se connaissent pas forcément.

 

Il existe nombre d’agrégateurs d’articles sur le net, mais aucun pour le son jusqu’à présent. Internet ne serait pas un média de son ?

 

Je crois que le son a pâti de trois choses sur le net. Il faut l’écouter en temps réel, contrairement à un texte qu’on peut survoler : ça demande donc plus d’attention et de patience. Il n’y a pas d’image aussi, alors qu’on est dans une culture massivement orientée sur le visuel (c’était d’ailleurs l’un des objectifs de la transition vers la « radio numérique terrestre » (RNT), qui a du plomb dans l’aile : ajouter l’image à la radio). Enfin, le son est en réalité très présent sur le web, mais dans sa forme principalement musicale.

 

Mais c’est un constat à nuancer. On assiste en ce moment à l’émergence de la critique sonore sur internet, avec la récente création de Syntone, un très bon site de critique radio, ou avec le lancement d’une rubrique sonore par un site comme La Revue des ressources. En Espagne, aussi, il y a d’excellents sites d’activisme sonore, comme Artesonoro.

 

Tu trouves ce recours au net encore trop timide ?

 

Pourquoi donc ? La radio est l’un des seuls médias relativement bien diffusés (sur la bande FM, les radios associatives se retrouvent au même niveau que des grosses radios), où des personnes n’ayant pas accès aux grand médias peuvent être entendues. Loin de ce discours moderniste qui voudrait bien en finir un peu vite avec les radios, ou les reléguer uniquement sur le web…

 

Il faut dire aussi qu’un certain nombre de ceux qui participent aux radios libres sont un peu déconnectés du net. Soit qu’ils n’y connaissent pas grand-chose. Soit qu’ils s’y refusent, par « revendication hertzienne » ou refus de la technologie. Pour eux, la radio est vraiment un prolongement de la rue, tandis que le web leur paraît moins accessible, plus individualiste, et plus distant des luttes. Ce qui peut se comprendre : après tout, et pour reprendre l’expression d’un ancien d’une radio aveyronnaise, « les radios libres, c’est une utopie qui a réussi ».

 

Pas besoin d’internet, alors ?

 

Je n’ai pas dit ça… Il est évident que le web est un très bel outil de diffusion et de création, qui permet notamment à des personnes qui ne font pas partie d’une radio de mettre leurs productions en ligne. Et la démocratisation des outils techniques de prise de son et de montage offre une grande souplesse et une grande liberté : tu ne demandes la permission à personne pour faire ton émission, ton docu ou ton mix. Mais je ne crois pas que ce recours au net doive se substituer aux radios, c’est un outil complémentaire ; en termes de diffusion, les radios hertziennes font d’ailleurs déjà de la webradio (elles ont un streaming).

 

Il ne faut pas oublier qu’il y a encore de nombreuses personnes — habitants des quartiers, personnes âgées ou analphabètes — qui n’utilisent pas internet ; par contre, elles ont un bon vieux transistor. Les prisonniers non plus n’ont pas accès au web — mais ils peuvent écouter des émissions anticarcérales (par exemple) sur la bande FM. En théorie, du moins : selon un copain de Radio Canut, la radio ne passe plus dans la nouvelle prison high-tech de Lyon. C’est un vrai problème en terme d’accès à l’information comme pour la circulation des infos : à travers la radio, les taulards peuvent d’ordinaire écouter les messages de leur famille et communiquer par lettres avec les auditeurs et animateurs de l’émission.

 

Enfin, contrairement au web, les radios sont des espaces physiques de rencontre : dans un studio radio, tu croises des gens très différents, tu discutes, tu fais des réunions, tu échanges des infos… C’est un espace collectif qu’il est essentiel de le préserver.

 

Je pense aussi que l’avenir de la radio consistera, en terme de production (et non de diffusion), en une multiplicité de personnes faisant du son de manière indépendante. À Radio France, la machine de production est très lourde : il faut caler deux jours de montage, déplacer une équipe où chacun a un rôle très précis (preneur de son, producteur…), ne pas effectuer trop de rush, etc… Rien à voir avec ce qu’on voit aujourd’hui, soit des gens possédant leur propre matériel, pouvant passer le temps qu’ils veulent sur la préparation et se montrant beaucoup plus souples pour aller prendre le son.

 

Je crois que l’avenir de la radio réside aussi dans les coopératives ou les collectifs de producteurs radiophoniques. À l’image de l’association Faïdos Sonore, qui réalise des documentaires radios et anime des ateliers, donc qui ne dissocie pas le travail de création d’un engagement social et de la transmission. À l’image aussi d’un collectif comme Sons en luttes, destiné à permettre des échanges de sons militants entre radios libres et à monter des formes d’actions collectives.

 

Entretien avec Juliette Volcler, réalisé par JBB – Article 11, 30 janvier 2010.

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 14:06
Les gros bidouillages du « Petit Journal » de Canal +

par Mathias Reymondle 27 février 2012

Programme d’infotainment qui mélange l’information et le divertissement, « Le Petit Journal » diffusé sur Canal +, s’acharne depuis plusieurs mois sur Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche. Quitte à truquer les informations et à détourner les images. A des fins politiques partisanes ? Rien n’est moins certain, puisque Nicolas Dupont-Aignan ou David Douillet ont également fait les frais de ces trucages et de ces détournements.

Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly ont refusé de se saluer ? Faux : ils l’ont fait, mais pas devant les caméras du « Petit Journal ». Les militants du mouvement Debout la République n’ont rien compris au meeting de Nicolas Dupont-Aignan ? Faux, car ils ont été interrogésavant que leur leader s’exprime. Mélenchon est omniprésent, comme le montre une petite compilation de ses passages dans les médias ? Faux encore, car les porte-paroles de l’UMP et du Parti socialiste occupent toujours plus de 70 % du temps de parole cumulé. David Douillet n’est pas brillant quand il défend une loi face aux députés ? Peut-être, mais est-ce bien la réalité, quand on le voit hésiter seulement à quatre reprises sur 2 h 30 min d’audition ?

Depuis quelques semaines, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur les « méthodes » du « Petit Journal ». Tourner en dérision les mensonges des responsables politiques et leur stratégie de communication ? Pourquoi pas. Pour peu que cette critique n’épargne pas les journalistes qui, en meute, suivent les candidats et acceptent leurs mises en scène. Mais, surtout, le décryptage satirique de la communication politique cesse d’être crédible quand règne une fausse impertinence qui repose… sur des faux.

Est-il légitime de brandir une carte de presse quand on se livre à des activités qui tournent le dos aux règles les plus élémentaires du journalisme ? La réponse est évidemment négative. Est-il légitime de refuser de se laisser intimider par la possession d’une carte de presse quand l’usage en est usurpé. La réponse est évidemment positive. Explications.

Erreur de comptabilité

La mise en scène est efficace. La démonstration est implacable. Alors que Mélenchon cite un rapport du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) sur le temps de parole des candidats à l’élection présidentielle lors d’un meeting (« Depuis le mois de janvier, 70 % du temps d’antenne a été réservé à deux partis : le PS et l’UMP »), Yann Barthès, l’animateur du « Petit Journal », le reprend : « Mais si on regarde le fameux dossier du CSA sur lequel il s’appuie, disponible sur tous les bons sites du CSA, nous remarquons qu’il s’agit d’une comptabilisation du 1er au 27 janvier. Oooh, c’est trop bête, Jean-Luc Mélenchon a oublié les deux ou trois petites choses qu’il a faites depuis le 27 janvier. » Suit alors une compilation des passages filmés de Mélenchon (RTL, France Info, RMC, France 2, France Inter, TF1…) sur une dizaine de jours (du 27 janvier au 7 février). Compilation qui donne l’impression d’une surexposition du candidat du Front de gauche, histoire de démontrer que Mélenchon prend des libertés avec les faits. Ce serait de l’information… Puis Barthès change de sujet, comme on change de chaîne.

Or cette séquence – pas plus qu’une autre, mais pas moins non plus – est révélatrice de la méthode de travail du « Petit Journal ». Alors que le rapport du CSA et la réaction de Mélenchon portent sur une période, on oppose à ce dernier la suivante, comme si les nouvelles invitations devaient être suivies d’invitations aussi nombreuses, alors que l’on peut être quasiment certain que cela ne sera pas le cas. Une observation non partisane – journalistique ? – devrait porter sur une plus longue période…

Mais surtout – « Oooh, c’est trop bête », comme dit Barthès – il aurait fallu comparer la présence du Front de gauche avec celle, par exemple, du PS. Et ce travail d’observation aurait vite été périlleux. En effet, sur seulement deux jours (mercredi 8 et jeudi 9 février 2012) les porte-paroles du PS se sont rendus à onze reprises dans les médias audiovisuels, comme on peut le vérifier en note [1], … bien plus que la prétendue « surexposition » du candidat du Front de gauche.

Et en s’intéressant, par exemple, aux invités des émissions politiques de la radio du 30 janvier au 9 février – grosso modo la période choisie par Barthès pour expliquer que Mélenchon mentait, le résultat est accablant : sur 60 invités politiques, 47 appartiennent à l’UMP ou au PS (voir annexe). Un petit comptage aurait permis à l’équipe du « Petit Journal » de constater que, contrairement à ce qu’ils tentent de faire croire, le Front de gauche est peu présent dans les médias par rapport au PS et à l’UMP. Mais la quête de l’information ne semble pas être le but ultime du « Petit Journal ».

Au sujet de la bipolarisation de la politique, Barthès s’étonne dans Le Monde (28 janvier 2012) : « ce sont, dit-il, les trois partis qui se disent “antisystème” qui entretiennent de mauvaises relations avec nous : celui de François Bayrou, le Front national (…), et celui de Jean-Luc Mélenchon (…). » Une façon d’avouer que « Le Petit Journal » n’est pas aussi « antisystème » que l’on pourrait naïvement le croire.

Flagrants délits de trucage

Si Mélenchon est l’une des cibles privilégiées du « Petit Journal », d’autres responsables politiques sont victimes des montages qui relèvent du faux en écriture : un délit qui, en dehors du monde des médias, serait durement sanctionné. Comme le révèle obstinément et régulièrement le site d’Arrêt sur images, l’émission de Canal + s’est fait prendre, à plusieurs reprises, en flagrant délit de trucage.

Dans l’émission du 23 janvier 2012, le candidat Nicolas Dupont-Aignan s’exprime lors d’un meeting à propos de l’euro et du franc. Puis Barthès ajoute : « Et à la sortie, interview des militants. » On voit ensuite trois personnes interrogées répondant avec quelques difficultés aux questions de l’équipe du « Petit Journal ». Or le meeting se terminait [2] à 17 h 30, et lors de cet entretien avec les militants, il faisait encore bien jour… alors que nous sommes en plein hiver. En réalité, les militants ont été interrogés avant le meeting. Ce qui change tout. Le but étant apparemment de les « présenter comme des abrutis », ainsi que l’a confié l’une des militantes à @si. Pour arriver à ses fins, Barthès est donc prêt à n’importe quoi. Du journalisme, ça ?

Le 12 janvier 2012, c’est David Douillet qui a fait les frais des bidouillages du « Petit Journal ». Comme l’explique @si, un montage vidéo montre « le ministre des Sports David Douillet très hésitant, bafouillant, alors qu’il présente un projet de loi sur l’éthique dans le sport devant les membres de la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale. » Or l’audition a duré environ 2 heures 30 min, et les images sélectionnées par le « Petit Journal » ne durent pas plus de 2 min. Finalement, 2 min d’hésitation sur 2 heures 30 min, c’est un bon rapport, non ?

Le 5 janvier 2012, l’équipe du « Petit Journal » n’a pas peur de tordre la vérité juste pour fabriquer une polémique : en déplacement dans un même train, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon se seraient évités durant tout le trajet. Bigre ! Pourtant, la réalité est tout autre, puisque les deux candidats à la présidentielle s’étaient embrassés sur le quai de la gare… mais avant l’arrivée des caméras. [3]

Mépris des « petits »

Ces quelques exemples – pris sur une période d’un mois – illustrent plutôt bien le journalisme selon la méthode Barthès. Problème. A cette constante malhonnêteté s’ajoute le mépris systématique des « petits candidats ». Deux exemples.

Premier exemple. Lors de l’émission déjà mentionnée consacrée à Dupont-Aignan. Un militant du mouvement Debout la République suggère qu’« il faut sortir de l’euro et garder une monnaie commune, pour faire des échanges entre nations. » Commentaire railleur de Barthès : « OK, il faut virer l’euro, mais garder l’euro ». De l’art de faire rire en disant n’importe quoi : quoi que l’on en pense, il est parfaitement concevable de disposer à la fois d’une monnaie nationale (le franc) et d’une monnaie commune pour les échanges internationaux (l’euro). C’était d’ailleurs l’un des souhaits d’Edouard Balladur ou de John Major à la fin des années 80.

Deuxième exemple. Le 7 février 2012, Barthès annonce que « le JT de TF1 a cartonné ». Suit alors un petit montage de type bande-annonce de film d’action américain : « Plus fort que “Plus belle la vie” sur France 3, plus fort que “Scènes de ménage” sur M6, plus fort que “Le Petit journal” sur Canal + – même si on fait de bonnes audiences –, plus fort qu’Arte – mais ça c’est normal –, mais surtout plus fort qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy réunis sur France 2, elle a explosé l’audience, et ce n’est pas “Joséphine Ange gardien”, non, c’est Corinne Lepage. » Retour plateau sur Barthès, qui joue la surprise : « Corinne Lepage de Cap 21 a battu Nicolas Sarkozy et Angela Merkel réunis sur France 2 ! Nous aussi on veut exploser l’audience. Vite ! Déclenchons une page spéciale Corinne Lepage ! Habillage Cap 21 s’il vous plaît. » Que Corinne Lepage ait accepté de répondre à Yann Barthès n’y change rien : la taquinerie apparemment inoffensive ne peut pas dissimuler le mépris qui l’inspire.

Des exemples comme ceux-là se ramassent à la pelle. On se moque des fans de stars, on rit des vieux, on ridiculise les militants de base, on taquine les « petits » candidats… Certes, les « grands » ne sont pas épargnés… Mais c’est la moindre des choses, pour une émission qui se veut « impertinente ».

Liberté d’informer ou de désinformer ?

Dans un tel contexte, invoquer la liberté de la presse, c’est la défigurer, surtout quand elle sert d’alibi à la liberté de désinformer. Or c’est au nom de liberté de la presse que Barthès et son équipe ont cru bon de s’en prendre, une fois encore, à leur cible privilégiée : Mélenchon. 

Le 19 janvier 2012, le Front de gauche a refusé à plusieurs journalistes du « Petit Journal » d’assister à une rencontre entre Mélenchon et des chômeurs. Et depuis ce jour, Barthès enfile sa tenue de bon samaritain pour dénoncer les méthodes du Front de gauche et pour défendre sa liberté. Sa liberté de journaliste. Dans sa quête, il est soutenu avec assiduité par Canal +, et notamment par Jean-Michel Aphatie et Bruno Donnet du « Grand Journal », qui n’en manquent pas une pour taper sur le Front de gauche et sa« nostalgie de la censure » [4].

Les journalistes n’ont pas le monopole de la liberté d’informer. Celui des chômeurs, dans le cas considéré, mérite un minimum de respect. Au nom de quoi les journalistes disposeraient-ils d’un droit d’accès absolu et d’un droit d’ingérence sans limites qu’ils ne revendiquent guère quand le huis-clos est la règle pour certaines délibérations. Au hasard et par exemple : celui des conseils d’administration des grandes entreprises qui décident de la fermeture d’usines.

De plus, lors d’un conflit social, les participants à une assemblée générale ou à une action peuvent très bien décider d’en interdire la participation aux journalistes (ou à certains journalistes) pour pouvoir délibérer sans la pression des médias. Et que dire, enfin, quand on sait que les images risquent d’être délibérément truquées ?

La liberté de la presse est elle-même menacée par des bidouilleurs qui brandissent leurs cartes de presse. Et c’est défendre la liberté de la presse que de les empêcher de nuire. La question ne se poserait pas si les amuseurs du « Petit journal » ne se présentaient pas comme des journalistes (ainsi que l’a fait récemment Barthès dans Le Monde [5]), mais comme des humoristes et annonçaient leurs trucages. A la différence des « Guignols », qui manient la satire sans fard ni autre prétention (et qui, à notre connaissance, ne se présentent pas comme des journalistes, qu’ils aient ou non une carte de presse), « Le Petit journal » mélange tous les genres et dans tous les domaines : la satire et l’information, le pastiche et le trucage, la politique, le défilé de mode et le meeting… de Barthès.

Les trucages du « Petit Journal » sont-ils efficaces ? Sans doute auprès des publics qui ne sont pas avertis. Mais peut-être qu’un stage à la télévision nord-coréenne permettrait-il de perfectionner les montages afin d’éviter de se faire (re)prendre la main dans le sac ?

Mathias Reymond

(avec Michel, Henri, Olivier et Denis)

N. B. À propos du « Petit journal », voir l’émission d’Arrêt sur imagesdu 26 janvier. Une partie des manipulations du « Petit Journal » y sont expliquées dans le détail.

Annexe : les invités politiques des radios.

Du lundi 30 janvier au 9 février (hors week-end)

- Bourdin 2012 (RMC/BFM)
UMP (+ ex-UMP) : 4 ; Parti socialiste : 2 ; Europe Ecologie – Les Verts : 1 ; Modem : 1 ; Front de gauche : 1.
Soit 66,67 % des invités politiques pour l’UMP (44,44 %) et le PS (22,23 %).

- Interview matinale de Jean-Michel Aphatie sur RTL
UMP : 3 ; PS : 3 ; Front national : 1.
Soit 85,71 % des invités politiques pour l’UMP et le PS.

- Interview matinale d’Europe 1, Bruce Toussaint UMP : 4 ; PS : 1 ; EELV : 1 ; FN : 1. 
Soit 71,43 % des invités politiques pour l’UMP (57,14 %) et le PS (14, 29 %).

- Interview matinale d’Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach
UMP : 2 ; PS : 4.
Soit 100 % des invités politiques pour l’UMP (33,33 %) et le PS (66,67 %).

- Europe 1 Soir, interview d’Arlette Chabot et Nicolas Poincaré
UMP : 2 ; PS : 3 ; EELV : 1 ; Cap 21 : 1.
Soit 71,43 % des invités politiques pour l’UMP (28,57 %) et le PS (42,86 %).

- Matinale de France Inter, à 8 h 20, avec Patrick Cohen
UMP : 4 ; PS : 2 ; Front de gauche : 1 .
Soit 85,71 % des invités politiques pour l’UMP (57,14 %) et le PS (28,57 %).

- Matinale de France Info, les invités de 8 h 15, Raphaëlle Duchemin
UMP : 3 ; PS : 2 ; EELV : 1 ; Modem : 1 ; FN : 1.
Soit 62,5 % des invités politiques pour l’UMP (37,5 %) et le PS (25 %).

- Matinale de Radio Classique,- En route vers la présidentielle, interview de Guillaume Durand
UMP (+ ex UMP + Nouveau Centre) : 5 ; PS : 3 ; Lutte ouvrière : 1. 
Soit 88,89 % des invités politiques pour l’UMP et apparentés (55,56 %) et le PS (33,33 %). 

- Total général :
UMP (+ ex-UMP + Nouveau Centre) : 27 ; PS : 20 ; EELV : 4 ; FN : 3 ; Front de gauche : 2 ; Modem : 2 ; Cap 21 : 1 ; LO : 1. 
Soit 78,33 % des invités politiques pour l’UMP et apparentés (45 %) et le PS (33,33 %) : 47 sur 60.

Notes

[1] Pour le 8 février (7 h 50 : M. Aubry invitée de Canal + ; 8 h 20 : M. Sapin invité de RFI ; 8 h 40 : B. Cazeneuve invité de LCP ; 18 h 45 : S. Le Foll invité de LCP ; 19 h 10 : S. Mazetier invitée de RFI ; 20 h 30 : M.-N. Lienemann invitée de LCP) et pour le 9 février (8 h 40 : H. Désir invité de LCP ; 8 h 40 : N. Vallaud-Belkacem invitée d’Europe 1 ; 18 h 40 : B. Delanoë invité d’Europe 1 ; 19 h 10 : L. Jospin invité de LCI ; 19 h 30 : M. Sapin invité de LCP)

[2] Modification, le 27 février 2012 à 19 h 55. Initialement, nous avions noté que le meeting “débutait à 17 h 30”. Or il s’est terminé à 17 h 30, comme l’indiquait l’article d’@si cité dans le corps de texte.

[3] Voir l’article sur le site de @si.

[4] Voir notre article : « Front (de gauche) contre Front (national) », “Le Grand Journal” referme le cercle de raison.

[5] A la question « Comment définiriez-vous votre travail ? Croiseur d’info ? Sémiologue ? Clown ? Décrypteur de médias ? », il répond : « Journaliste » (28 janvier 2012).

Mépris pour les « petits » candidats dans le « Grand Journal » de Canal Plus

par Florian Reynaudle 5 mars 2012

L’élection présidentielle est l’occasion de pointer du doigt le mépris réservé par les grands médias à ceux qu’ils appellent les « petits » candidats [1]. Le crédit qui leur est accordé par les journalistes est malheureusement corrélé à leur score dans les sondages d’intention de vote… Si la campagne pour l’élection de 2012 n’échappe pas à cette règle, c’est dans l’émission « Le Grand Journal » de Canal Plus, régulièrement épinglée par Acrimed, que les distorsions sont les plus significatives.

« Vous devez être le prototype du candidat inutile dans cette campagne. Totalement inutile. » C’est ainsi que Jean-Michel Aphatie donnait son avis sur le pluralisme lorsqu’il s’exprimait face à Jacques Cheminade, sur Canal Plus, le 31 janvier 2012 [2]. Pour enfoncer le clou – et montrer que Jacques Cheminade n’est pas un cas particulier –, le 10 février, le « Grand Journal » a fait pour nous une synthèse de ses interviews de « petits » candidats.

Quand on sait que le temps de parole d’un invité au « Grand Journal » est compté – cinq à dix minutes – les candidats doivent aller rapidement au cœur des sujets. Or, pour les animateurs du « Grand Journal », le sujet des 500 parrainages nécessaires pour se présenter est d’une extrême importance, et chaque candidat qui n’est pas adossé à un « grand » parti est contraint de perdre quelques minutes de temps de parole pour répondre à cette question. Question qui tourne parfois au harcèlement. Comme face à Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République). 

- Michel Denisot : « En 2007 vous n’avez pas pu vous présenter parce que vous n’avez pas eu les 500 signatures, est-ce que cette fois ci vous pensez que vous allez franchir les "qualifs" comme on dit en sport ? » 
- Nicolas Dupont-Aignan : « Je ne serais pas ici si je n’étais pas sûr de les avoir. » 
- Michel Denisot : « Mais vous les avez ? » 
- Nicolas Dupont-Aignan : « Je les aurai. » 
(...) 
- Michel Denisot : « Alors vous en êtes loin ou pas loin ? » 
- Nicolas Dupont-Aignan : « Je les aurai. » 

Peu présent sur les plateaux de télévision (et celui du « Grand Journal » en particulier), Dupont-Aignan – qu’il ait ou non ses 500 signatures – a peut-être des choses à dire qui sortent des discussions convenues. Il est de droitepour le retour au franc, et critique à l’égard de la mondialisation. Une position originale qui pourrait susciter l’intérêt des journalistes ? Non, sur Canal Plus, on préfère gaspiller les minutes utiles pour des sujets futiles.

Pour Corinne Lepage (Cap 21) et Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière), en revanche, la sentence est lapidaire. Dès la première question, Michel Denisot plante le décor et anéantit toute possibilité de discussion de fond : « Vous avez trois points communs qui sont pas des points communs positifs, hein. Vous le savez : vous serez pas élues. Vous ramez pour trouver les 500 signatures. Et vous ne roulez pour personne d’autre a priori, est-ce que je me suis trompé ? »

C’est en effet un point récurrent du traitement médiatique des « petits » candidats : à la différence des « grands » candidats, il sont sommés de justifier leur candidature, comme les candidates respectives de Lutte Ouvrière et Cap 21 face à Jean-Michel Aphatie :« À quoi ça sert, puisque c’est un peu la question, de se présenter quand on n’a pas de chances d’être élu ? Comment est-ce que vous répondez à cette question ? » Encore des minutes de perdues pour répondre à cette question plutôt qu’à celles qui portent sur le fond… Et Nicolas Dupont-Aignan, qui lui non plus ne gagnera pas, doit donc répondre à cette question de Denisot : « Et vous avez l’espoir d’obtenir un pourcentage de quel ordre ? »

Jean-Michel Aphatie encore, en plus de remettre en cause la légitimité des candidats, se permet également d’évaluer les campagnes électorales, comme ici, face à Julien Bayou, porte-parole de la candidate Eva Joly : 

- Jean-Michel Aphatie : « On peut dire que la campagne d’Eva Joly ne marche pas, il ne faut pas avoir honte de le reconnaître. » 
- Julien Bayou : « Ah non ça ne marche pas, on n’est pas à 15 % dans les sondages... » 
- Jean-Michel Aphatie : « Ça marche pas... » 
- Julien Bayou : « ... on est les seuls à porter des propositions, et on tardera pas à être rejoints par les autres. » 
- Jean-Michel Aphatie : « Vous reconnaissez que ça ne marche pas ? » 
- Julien Bayou : « Ça ne marche pas... ça va marcher, et pour l’instant ça... » 
- Jean-Michel Aphatie : « C’est autre chose. » 
- Ariane Massenet : « Quand ça ? » 
- Julien Bayou : « Hein ? » 
- Ariane Massenet (insistante) : « Quand ça ? »

L’éditorialiste se veut avant tout un grand pédagogue, aidant le porte-parole à reconnaître les errements de son parti.

***

Qu’importent les rares séquences consacrées au fond (car elles existent dans ce « Best of » ) et au programme des candidats, le message principal reste : il existe des candidats légitimes et d’autres illégitimes. Les premiers sont consacrés par les sondages, leurs commanditaires et leurs gardiens, les seconds sont enterrés, par les mêmes juges, avec « la morgue et le mépris » qu’on leur connaît parfois.

Mais nous étions prévenus, car ce « Best of » s’ouvrait par un avertissement de Michel Denisot : « Le meilleur du Grand Journal. »

Florian Reynaud (avec Mathias Reymond)

Notes

[1] Voir nos articles, sur Philippe PoutouDominique VoynetFrédéric Nihous ou Gérard Schivardi (liste non exhaustive).

[2] Voir notre article sur cette émission.

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 14:29

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 15:21
Véhiculer des idées et une contre-information anarchistes.

"Submedia.tv" et "SabotageMEDIA" sont des sites internet situés au Canada (principalement actif à Atlanta et Vancouver pour Submedia) et hébergeant notamment des projets auto-produits de court-métrages, de vidéos diverses et variées et de détournements de films sur plusieurs thèmes à propos de luttes, de contre-informations et d'actions.

Ils fonctionnent un peu sur le modèle des Indymedia, c'est à dire que ce sont aussi des plateformes ouvertes aux productions externes et centrées sur la (contre-)information à propos de certaines (in-)actualités avec un point de vue anarchiste.
Malgré tout, et de manière assumée, Submedia fonctionne par exemple plus sur une équipe réduite qui en assure le contenu à la manière d'un "think tank autonome", composé principalement de son membre fondateur (Franklin Lopez). Il fonctionne sur le principe du bénévolat et son financement est basé sur le don volontaire et qui ne conditionne pas "d'abonnement".

Il fonctionne un peu comme un journal ou un blog internet, mais avec des vidéos.

Une manière de changer le rapport à l'image...
 
Sur le site de Submedia.tv, des vidéos telles que des adaptations de brochures ou d'extraits de livres anarchistes, d'informations, de textes autonomes ou autres, des discussions ou entrevues sur un thème (le nucléaire, un contre-sommet, la gentrification, la question de la violence, une grève, l'opposition aux Jeux Olympiques, etc...) ou plusieurs à la fois, ont été relayées sur le site depuis plusieurs années, suite à la naissance du collectif qui a donc récemment fêté ses 10 ans (bien que les vidéos disponibles sur le site ne remontent qu'à 2004 dans les archives).

Au départ uniquement en anglais, le site s'est peu à peu ouvert aux autres langues en appelant notamment aux traducteurs/trices pour sous-titrer les vidéos en anglais.

Depuis, plusieurs vidéos ont été traduites en plusieurs langues, tels que serbe, croate, portugais, italien, arabe, hébreux... et français (canadien et métropolitain).

...et de ne pas rester prisonniers de la forme "littéraire".

Sur le site de Submedia.tv, une émission y est particulièrement active : animée par "The Stimulator" (un présentateur anonyme) elle s'intitule "It's the end of the world as we know it, and I feel fine" (soit "c'est la fin du monde tel que nous le connaissons et je me sens bien", ou I.T.E.O.T.W.A.W.K.I.A.I.F.F - reprise d'un titre du groupe de musique R.E.M) et aborde en général plusieurs sujets de l'actualité des luttes ou autres en entremêlant images tournées par ses auteur-e-s, des images de J.T, de médias bourgeois, de films toutes détournées, et des montages psychédéliques avec des commentaires à la hauteur du propos (du style "Salut bande d'esclaves, merci de suivre cette émission répandant l'anarchie", etc...).

Ce type de projet est non-seulement intéressant de par son originalité, mais aussi parce qu'il rompt avec les méthodes de "communication" ou de propagande traditionnellement utilisées par les anarchistes ou anti-autoritaires, très cantonné à un style écrit, voir littéraire très classique (les "revues" et livres de théorie) et parfois peu accessibles.

Loin de nous l'idée de sous-entendre que la propagande devrait prendre un forme plus "télévisuelle" (le style de Submedia.tv en étant d'ailleurs assez éloigné ou parodique) ou que la théorie ne serait pas nécessaire, mais au contraire que les moyens d'expression peuvent gagner en puissance en se diversifiant, et en explorant d'autres façons de transmettre des idées, la critique sociale, et la contre-information. En utilisant l'image de manière non pas spectaculaire, mais critique et ludique.

Depuis quelques temps, et afin de poursuivre le projet, un appel à contribution a même été lancé par Submedia.tv : voir la traduction en français ici.

Quelques exemples de vidéos :

Ici (la plupart des vidéos sont traduites en français) :
Lien"Submedia.TV : Translate"

TIRE DE:http://lecridudodo.blogspot.com/

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 18:02

http://juralib.noblogs.org/files/2011/05/cropped-00.jpglink

ET VOUS AUREZ DES NOUVELLES DU MONDE

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 12:50

Démocratie, justice, sécurité, objectivité…

C’est par ces mots, neutres en apparence, que s’impose
l’idéologie du pouvoir, de plus en plus présente
dans tous les aspects de notre vie quotidienne.

En donnant la parole à ceux qui ne l’ont pas,
en dénonçant la mainmise de l’état et du patronat sur notre existence
(travail, santé, vie chère, violences policières, enfermements…)
et en relayant les luttes, Au Fond Près du Radiateur,
émission présente sur les ondes de FPP (106.3 FM) depuis 2005,
tente chaque semaine de donner un autre son de cloche.

Cette émission est un outil parmi d’autres
pour se réapproprier l’information,
la parole et l’analyse, monopolisées par la pensée dominante.

.

Contactez-nous : aufondpresduradiateur@no-log.org

ou : Au fond près du radiateur 1 rue de la solidarité 75019 Paris

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 12:28

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 12:23
Quand Le Parisien désarme ses lecteurs face à la crise

par Jean Pérèsle 16 janvier 2012

Dans un contexte de crise économique et de mesures d’austérité dont les classes populaires sont les premières victimes, Le Parisien, dont le lectorat populaire est important par rapport aux autres quotidiens d’audience nationale, publie un dossier titré « Dites non à la crise ». À la lecture attentive du dossier, cette exigence de révolte se révèlera, malgré des formes trompeuses, être une invitation au conformisme et à la résignation.

L’imposant titre de la « Une » du Parisien du lundi 2 janvier 2012 :« Dites non à la crise » fait plutôt penser à un tract syndical, un appel à la grève ou à manifester. S’agit-il d’une (très) nouvelle politique éditoriale du quotidien ? Le Parisien pousserait-il à la subversion ? Pas vraiment. Le sous-titre est déjà beaucoup moins radical : « Non, tout ne va pas si mal. Il y a des raisons d’espérer. Nous sommes partis à la recherche de Français optimistes, ingénieux ou engagés qui agissent pour que les choses aillent mieux autour d’eux ». Ce n’est donc pas une action collective contre la crise, comme on aurait pu le croire à première vue, qui va donner des« raisons d’espérer », mais l’exemple encourageant de certains individus, « Français optimistes », dotés de certaines qualités, à la recherche desquels l’équipe du Parisien est partie.

La recherche a été fructueuse, ils en ont trouvé des « Français optimistes », et ils sont même nombreux. Ce qu’indique le gros titre de la 2ème page : « Ces Français qui avancent malgré la crise », et le sous-titre : « La sinistrose ne passera pas par eux. De nombreux Français ont décidé de combattre la crise à coup d’optimisme, de solidarité et de bonnes idées. Chaque jour, le portrait de l’un d’eux éclairera ce début d’année ». « Avancer malgré la crise » et « combattre la crise », ce n’est pas la même chose. On retrouve ici la différence, sinon la contradiction, déjà signalée plus haut, entre le titre et le sous-titre ; sauf qu’ici, le sous-titre est le plus radical. C’est que le journal joue délibérément sur deux registres de lutte : affronter la crise, la combattre (et ce combat ne peut être que collectif s’il veut être efficace) ou avancer malgré elle, tirer son épingle du jeu (solution individuelle). Il y a un monde entre ces deux registres, c’est pourquoi ils sont étroitement mêlés dans la prose confusionniste du quotidien. Confusionnisme qui tourne à l’avantage de la solution individuelle chère à l’idéologie libérale.

Pour étayer sa thèse, Le Parisien ne recourt pas à une démonstration formelle, mais à une approche sous divers angles d’attaque destinés à emporter l’adhésion du lecteur.

1) Vous n’avez pas à vous plaindre

Dans la petite colonne des « clés », sensées favoriser la compréhension de la situation grâce à des données chiffrées, on indique ainsi que « 65% des Français sont connectés à Internet, c’est nettement plus que la moyenne européenne (57%) », que« 99,7% de la population possède un téléphone mobile », que la France est « le deuxième pays européen en matière d’épargne ». Plus surprenantes a priori les informations sur le fait que cette même France « avec notamment le groupe Danone, est le leader mondial des exportations d’eaux minérales et gazéifiées », tandis que « Michelin est le numéro un mondial des pneumatiques » [1]. Enfin, dernière « clé » : les Français sont les champions de la vie associative, « 11,3 millions de Français travaillent bénévolement pour une association ».

Tout va donc pour le mieux : suréquipés en technologies de pointe, si riches qu’ils épargnent en quantité, vivant dans un pays exportateur et leader dans certains secteurs, les Français ont encore beaucoup de temps disponible pour du bénévolat.

2) Lisez des livres optimistes

Trois livres sont cités dans la bibliographie intitulée « Des livres pour avoir la pêche » :

Les trente glorieuses sont devant nous, de Karine Berger et Valérie Rabault, « Halte à la sinistrose ambiante ! La France reste un pays performant… » ; 
L’Art de vivre au maximum avec le minimum, de J.R. Geyer,« Comment se suffire dans une misère dorée… "le peu amène une satiété, écrit l’auteur, quand on sait la vivre en conscience" » ;
Manifeste de l’optimisme, de Thierry Saussez, « … ce monde dans lequel nous exagérons nos souffrances… ».

Quel que soit par ailleurs l’intérêt de ces ouvrages, la manière dont ils sont insérés dans ce dossier les désigne comme des outils, non pour affronter une crise réelle, mais pour se satisfaire d’une existence appauvrie dans une crise minimisée, sinon niée.

3) Écoutez l’expert économiste : il est optimiste

L’économiste Philippe Moati, professeur à l’université Paris-Diderot, n’a probablement pas signé « Le manifeste des économistes atterrés » [2]. Interrogé sur les « conséquences de la crise pour les ménages », il répond : « Pour l’instant, les conséquences sont loin d’être catastrophiques pour la plupart des ménages ». Même si ce n’est que « pour l’instant » que seulement « la plupart des ménages » sont encore loin de la catastrophe, il faut admettre que Philippe Moati voit les choses du bon côté. Sinon, il aurait pu dire, par exemple : « Les conséquences de la crise sont déjà catastrophiques pour un certain nombre de ménages ». Mais Philippe Moati n’est pas pessimiste, contrairement aux Français qu’il décrit ainsi : « La crise a un autre impact psychologique. Une enquête récente montre que 82% des Français pensent que leurs enfants auront une vie moins bonne que la leur. Une anticipation pessimiste. On a alors tendance à attribuer nos malheurs au monde de la finance et à la mondialisation. La crise porte cepessimisme à son paroxysme ».

Pourtant, notre économiste a lui-même attribué la crise, quelques lignes plus haut, à « l’affaire des subprimes et la tempête financière à l’échelle planétaire qui s’en est suivi » et à la « crise de la zone euro ». Serait-il « pessimiste » ? Non, juste maladroit. Cette apparente contradiction se résout dans ce que l’on pourrait appeler, en utilisant son langage, « l’optimisme » de Philippe Moati qui ajoute : « Il n’existe pas d’alternative au capitalisme. Il n’y a plus grand-chose dans le catalogue des utopies. Par contre un fonctionnement du capitalisme plus responsable est une nécessité pour l’humanité. ». Il pense que le capitalisme doit et donc peut être amélioré. A cet endroit, on aurait aimé lire le point de vue d’un « pessimiste ». Mais c’eût été gâcher la belle harmonie du dossier duParisien ; d’autant que ce dossier semble avoir été inspiré par l’économiste optimiste. À la question « Les consommateurs ont-ils modifié leurs comportements ? », il répond : « Tout à fait. On peut d’ailleurs dresser une typologie de nouveaux comportements dont celui du militant, de la personne capable d’adaptation, du profil plus solidaire ou d’une nouvelle race de créateurs façon Géo Trouvetou. » C’est cette typologie qui a été adoptée par le journal.

4) Soyez heureux, c’est dans la tête

L’autre expert du dossier, neurobiologiste celui-là, Jean-Pierre Ternaux du CNRS, est aussi coordonnateur de l’« Observatoire du bonheur » (un clic sur Internet permet de savoir que cet « Observatoire du bonheur » a été créé par la firme Coca-Cola en 2010 et qu’il est financé par elle). [3]. Un connaisseur. Il admet« qu’on vit une période difficile et que l’environnement maussade joue un rôle important dans notre ressenti individuel et collectif ». Voilà pour la crise, assez vite écartée : « Mais plus que la crise, c’est le manque de perspective qui mine l’homme. Il a besoin de se projeter pour avancer et d’aller de l’avant pour être heureux. » On ne saurait être plus précis. Et l’homme, c’est l’individu isolé, « Le bonheur est une construction individuelle, un cheminement personnel » et « l’on peut trouver le bonheur en toute chose, loin des biens matériels. Au fond, le bonheur, c’est dans la tête. » Voilà qui va certainement mettre du baume au cœur des licenciés de Continental, de la Comareg ou de Sea France, et des millions de chômeurs, d’autant que « toutes les études montrent qu’il n’y a aucune corrélation entre le niveau de rémunération et le sentiment d’être heureux dans l’existence ». Ouf ! Les smicards et les abonnés au RSA ont aussi leur chance. Mais le bonheur n’est pas indépendant de tout, puisque « Certaines personnes sont plus ou moins génétiquement programmées pour être heureuses ». Si vous avez quelque difficulté à boucler les fins de mois, n’accusez pas la crise ni les banques, ni les mesures d’austérité, regardez plutôt du côté de vos gènes.

Mais ne désespérez pas pour autant, savourez plus que jamais les petits plaisirs. La conclusion du neurobiologiste donne la mesure de ce bonheur résiduel : « En 2012, il faudra plus que jamais savourer un fruit, un baiser, une mélodie… ». Et pourquoi pas un Coca ? Ou les « 12 plaisirs » conseillés par Le Parisien ?

5) Suivez les conseils du Parisien

Prodigués sur un ton badin et illustrés par un géant (27 cm) à tête de smiley, on peut se demander si ces « Douze conseils pour aimer 2012 » ne relèvent pas de la moquerie (au sens de « on se moque du peuple ! »).

Voici : « Les plaisirs les plus doux souvent les moins chers », « Le smic augmente : c’est mieux que rien », « La méthode Coué, ça marche ! », « Soyez généreux avec autrui », « Profitez du retour des ponts du calendrier » « Ne ratez pas les J.O., le tour de France et la coupe d’Europe », « Faites honneur à la gastronomie française » « Reprenez le sport », « Ne vous privez pas d’aller voter », « Et pourquoi ne pas faire un bébé ? », « les métiers qui recrutent », « En profiter car la fin du monde, c’est pour décembre… ».

Ces conseils pour temps de crise, pour une joie de vivre à bon marché, s’adressent principalement aux pauvres, ou aux populations appauvries par une crise qui leur laisse quelque liberté : faire de bons repas, sourire, « cela libère les endocrines, les molécules du bonheur », faire du sport, suivre les événements sportifs à la télé, toutes choses qu’ils font d’ordinaire, on s’en doute, assez spontanément. Et, mis sans vergogne sur ce même plan des recettes faciles, se reproduire et chercher du travail. Sans oublier d’aller voter car « En démocratie, il n’y a pas de façon plus directe de s’exprimer et d’être acteur de son avenir ». Est-ce bien certain ? En fait, Le Parisien conseille aux Français touchés par la crise de ne rien faire du tout sinon de donner à la résignation à laquelle il les invite une forme agréable en élevant les petits plaisirs de la vie quotidienne au rang de projet, voire de lutte contre la « sinistrose ».

6) Imitez de beaux exemples

Les deux dernières pages du dossier présentent quatre expériences correspondant aux quatre attitudes qui « tournent le dos à la sinistrose ».

Les « Géo Trouvetou » sont simplement des entrepreneurs qui ont eu une bonne idée.

Les « adaptés » sont des « consommateurs malins » qui se débrouillent pour acheter à bon marché.

Les « militants », bien qu’ils soient représentés par une figurine à tête de smiley brandissant une pancarte « Tous ensemble ! » qui fut le cri de rassemblement des grévistes de 1995, n’ont rien de grévistes ni d’acteurs des luttes sociales. Ils « expérimentent des nouveaux modèles de consommation. Ils constituent des circuits alternatifs, comme les Amap… », un militantisme version douce représenté par une militante écologiste.

Les « solidaires » quant à eux « regroupent une partie de la population plutôt en difficulté et qui s’oriente vers le troc, le système D… ».

Quant aux images qui illustrent les acteurs de ces entreprises, elles reflètent également leur réussite et leur satisfaction. Toutes les photos du dossier représentent des personnages souriants, contents. Des figurines à tête de smiley, six dont une géante, complètent les illustrations. Ce sont en tout 18 personnages souriants qui regardent le lecteur, l’enveloppent dans une atmosphère sereine et joyeuse (par un effet photographique, un des personnages semble porter un auréole).

Quelle que soit la valeur que l’on accorde à ces types d’attitudes, force est de constater qu’ils ne sont pas nés avec la crise de 2008 ni celle de l’euro. Ces « Quatre façons de tourner le dos à la sinistrose », comme l’indique le titre général de ces deux pages, sont des comportements fort classiques. Les écologistes militants, les petits inventeurs, « Géo Trouvetou » si l’on veut, les associations caritatives, les débrouillards, ne sont pas nés de la dernière crise. Par contre, cette catégorisation des attitudes face à la crise fait l’impasse sur d’autres « attitudes » comme la lutte syndicale et politique, les grèves et les manifestations qui sont pourtant elles, délibérément dirigées contre cette crise-là, ses causes et ses effets.

7) Dites NON au Parisien

L’organisation du dossier du Parisien, la diversité des rubriques et des acteurs peut donner l’impression d’une approche pluraliste et nuancée. Mais il n’en est rien. C’est bien plutôt un ordre de bataille. Sous diverses facettes, c’est le même point de vue qui est sans cesse affirmé : la crise n’est pas si grave, la France se porte plutôt bien, il faut prendre la vie du bon côté. Malgré le titre général trompeur et racoleur, « Dites NON à la crise », Le Parisien invite finalement à la résignation. Une résignation qui ne dit pas son nom, qui se cache même sous des allures souriantes, optimistes, des témoins sympathiques et pleins d’énergie, qui est soutenue par des experts catégoriques, mais une résignation tout de même.

Un ou plusieurs témoignages ou analyses défendant un autre point de vue, voire un point de vue opposé, n’auraient pas été de trop dans un dossier digne de ce nom. Histoire de donner aux lecteurs matière à se faire une opinion ; les respecter en quelque sorte.

Notes

[1] On comprend plus loin le sens, sinon l’intérêt, de ces mentions quand un des « Français optimistes » trouve le moyen de gazéifier et commercialiser l’eau du robinet, et dans Le Parisien du lendemain (!), d’autres « optimistes » inventent une roue électrique. Mais ces innovations n’ont qu’un rapport de pure forme avec l’industrie de l’eau en bouteille ou du pneumatique et les groupes Danone et Michelin qui ne sont donc cités ici que pour flatter les exportations et la production « françaises », avec un peu de publicité en prime.

[2] Disponible ici.

[3] L’Observatoire du bonheur est dirigé par Michel Blay, directeur de recherche au CNRS. Il publie une revue, Les cahiers de l’Observatoire du bonheur, décerne chaque année à trois lauréats un prix de 15 000 euros pour des travaux sur le bonheur, et gère un site. L’intérêt de la firme pour la question du bonheur est développé dans le communiqué de presse du 13 octobre 2010 : « Coca-Cola et le bonheur, un engagement historique C’est parce que le bonheur s’inscrit de manière intrinsèque au cœur de l’ADN de Coca-Cola que la marque a souhaité impulser et soutenir la création de l’Observatoire du Bonheur. Dès sa naissance en 1886, Coca-Cola se révèle en effet comme une marque synonyme d’optimisme et de positivité. De la boisson « délicieuse et rafraîchissante » de 1929 à la proposition de prendre « la vie du côté Coca-Cola » en 2000, la marque invite tout un chacun à apprécier les petits instants de bonheur que la vie offre au quotidien. En 2010, Coca-Cola réaffirme son positionnement au travers d’une nouvelle plateforme de communication incarnée par une signature inédite : "Ouvre un Coca-Cola, ouvre du bonheur" »

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 19:06
Le Monde, chouchou d’Areva, caresse son partenaire nucléaire

par Henri Malerle 6 décembre 2011

Lemonde.fr, le 6 décembre 2011, met en ligne un article (« avec AFP ») consacré aux suites judiciaires de l’arrestation de militants de Greenpeace qui ont testé, à leur façon, la sécurité des centrales nucléaires. Et…

… avec un sens de l’à-propos digne d’un site de référence, sert la publicité d’Areva, en veine de communication :

Certes, le contenu de l’article n’est pas affecté par cette offre d’Areva, mais il bénéficie d’un environnement qui en infléchit le sens.

Or, comme si l’invitation d’Areva à « débattre » ne suffisait pas, un simple clic sur l’invitation vous conduit à une nouvelle page du Monde.fr : un « supplément partenaire » qui ne se présente nullement comme un « supplément publicitaire » !

Areva a les moyens… Areva a les moyens que lui donne Le Monde. Pour un débat équilibré sur le nucléaire ?

Henri Maler
Grâce à l’alerte d’un correspondant

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