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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 09:15

Dans quelques jours, les trois prisonniers basques de la maison d’arrêt de Villefranche-sur-Saône seront tous transférés dans d’autres prisons en France. Au grand soulagement de la direction et des surveillants qui ont subi un mouvement sans précédent impulsé par ces mêmes prisonniers, membres présumés de l’ETA.

Prison-Villefranche-Entree-Une

La maison d’arrêt de Villefranche-sur-Saône compte actuellement environ 690 détenus pour 636 places. Crédit : Laurent Burlet / Rue89Lyon

L’une des plus « dures » prisons de France serait-elle en train de changer ? En tout état de cause, les prisonniers basques ont réussi là où le Contrôleur des lieux de privations de liberté avait échoué.

En 2008, la maison d’arrêt de Villefranche-sur-Saône avait été l’une des premières prisons à être visitées par les équipes du Contrôleur. Dans sonrapport, Jean-Marie Delarue avait préconisé une série de changements pour améliorer les conditions de détention des prisonniers.

Rien ne semble avoir fondamentalement bougé.

Courriers, manifestations, pétition… Pendant plusieurs mois de l’année 2012, les trois prisonniers basques ont mené une mobilisation unique par son ampleur et par l’énergie mise par ces militants politiques, rompus à l’exercice de la mobilisation revendicative et de l’organisation clandestine, au sein de l’ETA.

 

 

1. L’ETA arrête les actions armées, les prisonniers basques mènent la révolte

Ce n’est pas une première mais il est très rare de voir des détenus basques se battre pour les conditions de détention de ceux qu’ils nomment « les prisonniers de droit commun ». Généralement, ils se mobilisent sur des questions spécifiques, qui leur sont propres : le rapprochement dans prisons du Pays Basque proches de leur famille, ou, a minima, leur regroupement dans certains établissements pénitentiaires.

En octobre 2011, l’ETA annonçait l’ »l’arrêt définitif de l’activité armée ».
Dans cette période de transition, les indépendantistes veulent-ils élargir leurs soutiens en faisant leur la lutte anti-carcérale ?
Les Basques interrogés refusent de parler de « stratégie ».

En février 2012, quelques mois après cette annonce, Ibon Goieaskoetxea (ou Gogeascoechea -en Espagnol) Arronategui, et deux autres Basques sont transférés de la prison de Villepinte à celle de Villefranche-sur-Saône.
La réputation d’Ibon Goieaskoetxea, 43 ans, le précède. Il est considéré par la police française et espagnole comme le chef présumé de l’appareil militaire de l’ETA au moment de son arrestation en 2010. Ce qu’il nie. Il assume toutefois avoir été membre de l’ETA et continue, selon ses termes, à être un « militant révolutionnaire basque ».

Et quelques semaines après son arrivée, il enclenche avec ses deux camarades, la plus importante mobilisation pour les droits de tous les détenus, tout en continuant leur lutte spécifique comme celle demandant la libération conditionnelle de l’un de leurs camarades gravement malade.

Pour Gabriel Moesca, coordinateur de l’association Harrera, qui oeuvre pour la réintégration des prisonniers basques, cette mobilisation inédite viendrait du profil politique des prisonniers :

« A Villefranche, ce sont des militants révolutionnaires. Ils considèrent toutes atteintes aux personnes inacceptables. D’autres militants dans le passé ont fait de l’activisme intra-muros. Ce qui est remarquable, c’est la méthode qui a été utilisée ».

 

2. Un « savoir-faire » politique

Les trois prisonniers basques de Villefranche se sont clairement positionnés sur le terrain de l’application de la loi, comme d’autres associations de défense des détenus avant eux.

Après quelques semaines pour prendre leurs marques, ils ont commencé par envoyer des courriers à l’administration et aux surveillants de la prison, avec copie au Contrôleur des lieux de privation de liberté et à l’Observatoire International des Prisons (OIP).

Textes de loi à l’appui, ils y ont dénoncé toutes les irrégularités qui font le quotidien de Villefranche :

  • Des familles qui se font refouler aux parloirs après avoir fait sonner les portiques ultra sensibles, sans avoir la possibilité de passer au détecteur manuel (inexistant).
  • Pour les prisonnier, des fouilles à nu systématiques à la sortie de ces mêmes parloirs.
  • Des fouilles par palpation à chaque sortie dans la cour de promenade.
  • Pour certains prisonniers : trois rondes de nuit qui obligent le prisonnier à se réveiller
  • Des restrictions pour accéder aux téléphones quand le juge l’a autorisé.
  • L’interdiction des plaques électriques pour cuisiner.
  • L’interdiction des balles, ballons et autres matériels pour faire du sport en promenade.

Dans ce catalogue, les Basques ont mis en avant le traitement réservé aux familles. Ce qui est généralement le plus sensible chez les détenus.

A leur arrivée à la maison d’arrêt de Villefranche en février 2012, les deux puis trois prisonniers avaient clairement indiqué à l’administration pénitentiaire qu’ils mettraient « une ligne rouge » (selon leur expression) si leurs familles étaient mal traitées. Cette « ligne » a donc pour eux été franchie.

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En 2009, scène de « yoyo » à la prison de Villefranche. Crédit : Inediz

3. Mitard puis première victoire : l’arrivée du détecteur manuel

Fin juin 2012, par deux fois, des familles basques ont été refoulées au parloir après avoir sonné trois fois aux portiques. C’est ce qui a déclenché une action plus déterminée. Après le premier refoulement, ils ont refusé de quitter le hall qui accède au parloir, bloquant momentanément les allées et venues.

Le lendemain du deuxième refoulement, les Basques ont franchi un cap. Jusque là, ils étaient dans la revendication « bon enfant ». Ils sont passés à une forme d’illégalité puisqu’ils ont refusé de regagner leur cellule après la fin de la promenade, ce qui conduit directement à l’isolement, autrement dit le mitard.

Et avant d’y être conduits, les Basques disent s’être faits copieusement tabasser par les surveillants. Le représentant de l’UFAP (principal syndicat des surveillants) dément mais le procureur de la République a ouvert une enquête.

Au Pays Basque, cette action des trois détenus a été relayée par toute la presse locale, via les associations de soutiens aux prisonniers politiques.

Une manifestation est même organisée le 13 juillet 2012 devant la porte de la maison d’arrêt (voir la vidéo).

Les Basques ont eu en partie gain de cause. En août 2012, une note de service a introduit l’utilisation du détecteur manuel. Mais ça ne règle pas le problème des refoulements car, finalement, cette « poêle à frire » est tout aussi sensible que le portique. Les femmes qui portent des soutiens gorge à armature métallique sont toujours refoulées.

 

4. Des « icônes » de la prison

Tous les intervenants de la prison : associations qui accueillent les familles de détenus jusqu’aux surveillants en conviennent : c’est grâce (ou à cause) des Basques qu’il y a eu l’introduction du détecteur manuel. Comme à son habitude, l’administration pénitentiaire a refusé de répondre à nos questions sur le sujet.

A l’intérieur de la prison, c’est la détermination des prisonniers basques qui a marqué les esprits.

Après ce refus de regagner leur cellule, les détenus ont regardé d’un autre œil les Basques, comme en témoigne un ancien prisonnier de Villefranche :

« Au début de leurs actions, personne ne leur parlait. Mais après leur passage au mitard, ils sont devenus des icônes. Tout le monde s’est mis à poser des questions et à se dire qu’il y avait quelque chose à faire ».

Une fois appréciés pour leur détermination, ils ont discuté avec les détenus.

Les surveillants racontent même qu’ils allaient voir les « gros bonnets », ceux qui ont de l’influence sur chaque communauté.

 

5. Une pétition : « on était au courant mais on ne l’a pas vue »

Durant l’été, la prison de Villefranche a connu une grande tension. Plusieurs témoignages font état de blocages individuels ou d’agressions physiques sur les fonctionnaires. Lesquels ont d’ailleurs manifesté pour dénoncer ces agressions.

Ibon Goieaskoetxea nous a écrit pour expliquer leur mobilisation. Il raconte cette période :

« Quand ils n’en pouvaient plus, il y avait des agressions. Pour justifier une sanction et se faire transférer ailleurs… N’importe où ailleurs étant mieux que Villefranche ».

Pendant l’été, les choses s’organisent :

« C’est là que d’autres détenus nous ont approchés afin d’articuler une réponse. Au début l’intention était un blocage et l’affrontement brutal avec les ERIS (unité anti-émeute qui intervient uniquement dans les prisons, ndlr) et la mutinerie. Pour ne pas alimenter la dynamique de « fermeté » du syndicat UFAP et la massive répression qui s’en suivrait nous pensions plutôt à une autre stratégie de demande ».

L’idée d’une pétition a émergé. Même si les Basques disent ne pas en être à l’origine. C’est eux qui ont « agglutiné les énergies ».
Un texte reprenant les principales revendications portées initialement par les Basques a été envoyé au Contrôleur des lieux de privation de liberté. Selon eux, il a été signé par 200 détenus. Ce qui serait colossal.

Parallèlement, à la mi-septembre, une nouvelle manifestation a été organisée devant la porte de la maison d’arrêt pour soutenir les prisonniers. Elle a réuni plusieurs dizaines de Basques venus en car.

Journal-Pays-Basque-Manif-22sept12-Villefranche

La presse basque a largement relayé la mobilisation.

Rappelons qu’être à l’initiative d’une pétition ou la signer est strictement interdit en prison. Tous ces signataires s’exposaient donc à des sanctions. La pétition a donc circulé avec la plus grande discrétion, à la barbe des surveillants, comme le concède le représentant de l’UFAP, Dominique Verrière :

« On était au courant mais on ne l’a pas vue ».

Cette pétition a bien été reçue par le contrôleur des prisons. Elle n’est pas pour rien dans la nouvelle visite de ses équipes, quatre ans après la première, au début du mois de novembre 2012.

 

6. « Refus de plateau » planifiés et massifs

A court terme, Ibon Goieaskoetxea raconte que cette pétition n’a pas eu d’effet :

« Ça sentait la défaite. (…) A l’intérieur, la pression était forte (fouilles, harcèlement de tout ordre) et nous pensions qu’il fallait « donner issue » à cette énergie (avant que ça ne pète !). C’est là qu’un détenu lâcha la proposition du refus de plateau ».

Le refus de plateau est une forme classique de protestation en prison. Pour chaque détenu refusant sa nourriture, les surveillants doivent faire un rapport. Les prisonniers en profitent alors pour faire noter leurs revendications.
Il y a eu deux refus de plateau planifiés : 17 septembre 2012 et surtout le 1er octobre 2012 qui correspondait à l’arrivée du nouveau directeur de la prison.
Selon un ancien détenu que nous avons rencontré, ce « refus de plateau » a été très suivi car, la veille, un blocage de détenus, qui n’était pas à l’initiative des Basques a conduit à l’intervention musclée des ERIS et le transfert de détenus vers la maison d’arrêt de Lyon-Corbas.

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Dans un couloir de la maison d’arrêt de Villefranche-sur-Saône en 2009. Crédit : Inediz

7. Les surveillants s’opposent aux améliorations de la vie en prison

L’arrivée du nouveau directeur, André Fostier, correspond aussi à une série de changements progressifs dans l’organisation de la prison.

  • Des portiques détecteurs de métaux ont été installés à la sortie des ateliers ou à l’entrée de la cour de promenade. Pour éviter les fouilles par palpation systématiques, interdites dans cette situation.
  • Des portiques ont également été installés à la sortie des parloirs pour éviter les fouilles intégrales (à nu) systématiques, également interdites par la loi pénitentiaire.

Pour l’instant, rien n’est opérationnel. La nouvelle direction semble marcher sur des oeufs puisque le principal (et puissant) syndicat de surveillants, l’UFAP, est vent debout contre tous ces changements. Selon Dominique Verrière, il en va surtout de la sécurité de l’établissement :

« Nous sommes pour le retrait de ces articles de la loi pénitentiaire. Les détecteurs de métaux ne détectent, par définition, que des métaux. Le shit et les téléphones ne sont pas détectés. Avec les fouilles intégrales, on limite ces trafics ».

La Maison d’arrêt vient également d’acquérir des plaques chauffantes pour les prisonniers. Ils devraient pouvoir les acheter prochainement. Ils ne seront donc plus obligés d’utiliser des bains d’huile ou des pastilles reconnues comme cancérigènes et pourtant distribuées.

Toujours selon Dominique Verrière de l’UFAP, ceci est également inacceptable :

« Les prisonniers vont faire « tourner toute la journée ces plaques pour se chauffer. Cela va représenter un coût gigantesque pour le contribuable ».

 

8. « Nous n’avons pas de leçon de morale à recevoir de ces terroristes »

Pour l’UFAP, ces changements n’ont rien à voir avec les Basques. Mais quand nous lui faisons remarquer que les Basques demandaient essentiellement l’application de la réglementation, la réponse est cinglante :

« Nous n’avons pas de leçon de morale à recevoir de ces terroristes. Surtout qu’ils ont un traitement particulier puisqu’on les regroupe par étage ».

Il reconnaît que, du point de vue des détenus, c’est peut-être pire qu’ailleurs car la « culture » d’établissement est fondée sur la mise en avant des règles de sécurité :

« On est fier de mettre plus de limites que dans les autres établissements. Ce qui n’est pas incompatible avec l’intérêt des détenus. Certains violentent d’autres détenus et des surveillants se font souvent agressés ».

 

9. « Les prisonniers de droit commun n’ont aucune expérience de lutte, nous, c’est le contraire »

Les soutiens basques sont formels : les détenus sont en passe d’avoir gain de cause sur la majorité des revendications. Ce qui serait assez exceptionnel dans l’univers carcéral.

Pour le frère d’Ibon Goieaskoetxea, Zigor, comme pour Gabriel Moesca, cela pourra servir d’exemple pour de futures mobilisations dans des prisons françaises.

Ibon Goieaskoetxea met en avant une « logique carcérale incroyablement individualiste » pour expliquer qu’une mobilisation de la sorte soit si rare. Inversement, il est lucide sur leur savoir-faire politique :

« Même si les prisonniers de droit commun avaient une conscience de lutte ferme (réfléchie, engagée), ils n’ont pas de soutien extérieur et très peu voire aucune expérience de lutte. Vous comprendrez que pour nous, c’est exactement le contraire ».

Avec 14 ans de vie en clandestinité, Ibon Goieaskoetxea a effectivement l’habitude de la lutte politique illégale.
Celine Reimeringer, coordinatrice pour Rhône-Alpes de l’OIP estime que ce mouvement caladois met en lumière la nécessité de mettre en place des instances de dialogue dans les prisons françaises.

« Aujourd’hui en prison, il n’y a pas d’espace pour que les détenus soient écoutés et entendus. Pour faire valoir leur point de vue, ils sont obligés d’employer des moyens illégaux (pétition, refus de regagner sa cellule) et qui peuvent mener à des sanctions ».

Ibon Goieaskoetxea n’a pas été sanctionné. Peut-être parce qu’en pleinerésolution de la question basque, il aurait été mal venu de le sanctionner.

Maintenant que le mouvement est retombé, les transferts ont lieu. Il y a trois semaines, un premier basque a été transféré à Toulouse.
Ibon Goieaskoetxea devrait être transféré dans les prochains jours. Il fera partie des sept membres présumés de l’ETA jugés par la cour d’assises de Parisdébut avril pour la participation à l’assassinat de deux gardes civils espagnols à Cap Breton en décembre 2007. Une action pour laquelle il nie toute responsabilité.

Selon son frère, les nouvelles normes de sécurité de la prison de Villefranche seront mises en place après son départ. « Pour ne pas en faire un héros ».

A propos de l'auteur
Laurent Burlet
Laurent Burlet

Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 10:46
Une permanence pour les proches de prisonnier(e)s se met en place un dimanche sur deux à partir du 17 mars prochain, au 33, rue des Vignoles, dans le 20ème arrondissement de Paris, de 15 heures à 17 heures (métro Avron).

L'idée, c'est vraiment que les familles et les amis des personnes confrontées à la justice et à l'administration pénitentiaire qui le souhaitent puissent avoir un lieu où se retrouver régulièrement, pour s'échanger des conseils, demander de l'aide si besoin, ne pas rester seuls et puis surtout pouvoir se rencontrer "en vrai" (en plus et dans la prolongation des groupes de solidarité qui existent déjà sur Facebook par exemple)...

Il y aura en consultation libre des bouquins qui peuvent être utiles sur la prison et d'autres familles ou soutiens pour échanger des expériences et pouvoir se filer un peu d'aide, trouver à quel interlocuteur s'adresser, etc., ainsi que des boissons chaudes.

Les enfants sont tout à fait les bienvenus.
Une permanence pour les proches de prisonnier(e)s se met en place un dimanche sur deux à partir du 17 mars prochain, au 33, rue des Vignoles, dans le 20ème arrondissement de Paris, de 15 heures à 17 heures (métro Avron). L'idée, c'est vraiment que les familles et les amis des personnes confrontées à la justice et à l'administration pénitentiaire qui le souhaitent puissent avoir un lieu où se retrouver régulièrement, pour s'échanger des conseils, demander de l'aide si besoin, ne pas rester seuls et puis surtout pouvoir se rencontrer "en vrai" (en plus et dans la prolongation des groupes de solidarité qui existent déjà sur Facebook par exemple)... Il y aura en consultation libre des bouquins qui peuvent être utiles sur la prison et d'autres familles ou soutiens pour échanger des expériences et pouvoir se filer un peu d'aide, trouver à quel interlocuteur s'adresser, etc., ainsi que des boissons chaudes. Les enfants sont tout à fait les bienvenus.
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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 11:44

Le vendredi 15 février, un détenu de 19 ans est mort à la maison d’arrêt de la santé. Alors qu’il demandait des soins, les matons l’ont laisser agoniser toute la nuit seul dans sa cellule. Encore une personne tuée par la taule, c’est au moins le dixième depuis le début de l’année. Des témoignages sortis de l’intérieur mettent en évidence la responsabilité de l’Administration pénitentiaire.
« On était en promenade tout simplement. Il a eu un malaise. Au moment du malaise, il avait les deux mains dans les poches. C’est à dire qu’il est tombé directement à la renverse. D’une intensité tellement forte que tout le monde s’est retourné au moment du choc entre son crâne et le sol. De là il y a une partie de la promenade qui s’est mise à taper à la porte pour appeler les secours. Il y a une autre partie de la promenade qui s’est occupée de lui et l’ont mis en position latérale de sécurité. Le temps que les secours arrivent il s’est passé un petit quart d’heure. Pendant ce quart d’heure je vais vous dire ce qu’il s’est passé. Il y a le chef de la division qui est venu avec le directeur donc ils ont dit aux détenus de le porter jusqu’à la porte. Certains détenus ont dit au directeur « Mais attendez monsieur le directeur vous voyez bien qu’il est très mal le jeune homme. Il est gris, il est vraiment gris, on peut pas le déplacer, on attend les secours dans la promenade. » Donc le directeur il dit « non non il y a personne qui rentre dans la promenade ramassez moi ça ». Déjà on était choqué, mais on obéit pour le bien du jeune homme. On le transporte à 3, et on l’amène jusqu’à devant la porte de la promenade. Entre la promenade et le bâtiment, il y a un couloir. Donc on le dépose dans le couloir. De là on pensait qu’il allait être pris en charge. Mais en fait il est resté dans le couloir. Il y a d’autres gens qui venaient du parloir et qui ont vu la scène. Le médecin est venu et l’a ausculté sur place. Donc il est jamais parti à l’infirmerie. C’est vraiment super grave, car je voudrais préciser qu’il avait un hématome de la taille d’un œuf. Donc le médecin, il voit si il est inconscient. Il était inconscient… Quelques minutes plus tard il reprend un peu ses esprits. Donc le médecin, qui s’appelle docteur Isidore, mais nous à la santé on l’appelle docteur Strauss en référence à la série H, car ce médecin c’est vraiment un boucher. Il lui donne 2 dolipranes, et lui dit« écoute, monte en cellule, mange bien, tu as juste fait une petite perte de connaissance.

De là il retrouve un peu ces esprits, mais il s’est vomi dessus. Donc il remonte seul, sans accompagnement en cellule, arrivé en cellule, il demande à un surveillant tout gentiment : « Est ce que je peux aller prendre une douche ? » ce qui est refusé. Là on est vers 18-19H, il commence à se plaindre de maux de tête. Tous les soirs vers 20h il y a la première ronde. La ronde passe s’aperçoit qu’il n’est pas bien, ouvre la porte, mais sans plus « tu dois avoir une migraine, attend demain matin. », lui dit « non je vais vraiment mal ». Face à ça d’autres détenus qui sont au courant de ce qui s’est passé en promenade ils disent « écoutez ce jeune homme il ne fait pas de cinéma. Il est vraiment malade. Il est tombé, si il vomit c’est vraiment grave donc ça vous coûte rien d’appeler le 18. Au moins vous vous déchargez de ce qui se passe et puis pour son bien ça coûte rien du tout.
Donc à partir de là les surveillants ils refusent d’appeler, le chef des surveillants il dit « non j’appelle rien c’est juste une migraine ».
Deuxième ronde ils voient que c’est un peu plus sérieux. Qu’est ce qu’ils font ? Il est 22h – 23H du soir, entre temps le jeune il n’arrêtait pas de se plaindre. Il criait le pauvre, de ma cellule je l’entendais, « j’en peux plus, ma tête elle va exploser, j’ai mal ! » Donc en fait il agonisait au pied de sa porte, ils ne le prennaient toujours pas au sérieux.
Et donc si je me rappelle bien il y a une troisième ronde, ils lui ont dit « on va repasser », mais en fait ils ne sont jamais repassés. Donc il agonisait dans sa cellule jusqu’à 3h30 ; de ma cellule je l’entendais pleurer.
Normalement il y a une ronde vers 5h, ce jour là bizarrement il n’y a pas eu de ronde.
Ce qui se passe après c’est que le premier problème c’est que le médecin ne l’a pas ausculté donc il n’y a pas eu de suivi. Le deuxième chose les surveillants ce soir là ils ne voulaient pas se prendre la tête ce soir ils s’amusaient, on les entendait rire dans le couloir entre eux.
Et pour finir à 7h du matin, comme tous les matins, on nous ouvre la porte pour nous annoncer si c’était le premier tour ou le deuxième tour. En fait lui il s’est retrouvé allongé devant sa porte, il n’était pas dans son lit. Et normalement à 5h du matin dès qu’ils passent, ils allument la lumière ils regardent juste si on est sur notre lit ou pas. Donc ce matin là à 5h ils ne sont pas passé donc ils n’ont pas pu donner l’alerte.
Donc à 7h du matin, il est allongé devant la porte. La surveillante ouvre la porte, appelle l’intervention pour que d’autres surveillants viennent, et au lieu de rester près de lui et de s’occuper de lui. Elle déclenche l’alarme et madame continue à faire sa ronde comme si de rien n’était.
[...]On est seul en cellule, car on est en division, à la une.
Nous on en a parlé un peu avec tout le monde et on est vraiment choqués. Depuis samedi le soir, ils passent vraiment et sont vraiment à cheval sur la surveillance.

Nous ce qu’on a fait, on a bloqué une heure symbolique pour dire « ça doit pas arriver ».

Au lieu de remonter à 5h en promenade on est remonter vers 6-6h30. Mais bon le mal est fait, donc il y a pas grand chose à faire d’intelligent donc on est remonté.
Il y a une enquête qui est en cours, les policiers sont venus et ils ont interrogé plusieurs personnes ici, des témoins. Ils ont interrogés ceux qui étaient près de lui à la promenade avec les caméras. »
Je voudrais revenir sur ce qui s’est passé à la promenade, quand le chef et le directeur ils ont dit « ramassez moi ça ! », mot pour mot « ramassez moi ça ! » Vous voyez un peu la connotation de ce qu’on est pour eux. « ramassez moi ça ! ».

Ça nous a tous choqué même à l’heure d’aujourd’hui tout le monde en parle. « ramassez moi ça ! », donc on n’est même plus des êtres humains… on n’est même pas des numéros d’écrous on n’est rien quoi. 
Il était en détention provisoire, mais maintenant en France la présomption d’innocence elle existe pas du tout. On n’est pas là pour juger, mais nous en tant que détenus nous ce qu’on a ressenti, c’est que c’était quelqu’un de respectueux, qui prend la tête à personne, qui rigole, un grand sportif, donc qu’il meurt dans cette circonstance c’est vraiment désastreux, c’est grave.
Après il faut imaginer la famille… quand il meurt en prison comme un chien ! Car c’est comme un chien. C’est grave.

Nous ce qui nous a choqué c’est que les majors, ils ont dit qu’il s’était battu en promenade, pour camoufler l’affaire. Pour faire croire que c’était pas leur faute. Mais il est vraiment tombé seul.  On essaye de se mobiliser pour que ça arrive pas aux autres. On essaye de faire bouger les choses à notre niveau. »

Face aux journaux qui ne font que justifier la prison en revenant sur le profil du détenu.
Face aux mensonges de l’administration pénitentiaire qui prétend une bagarre et occulte sa responsabilité.
Face à la justice qui a ouvert une instruction, dont nous savons par avance qu’il n’y a rien à en attendre.
Il est nécessaire que des témoignages comme celui-ci circulent. * 
Mobilisons-nous pour briser le silence et l’isolement ! Luttons contre l’enfermement.

* Par le biais de l’envolée par exemple :
43 rue de stalingrad 93100 Montreuil ou envoleeradio@yahoo.fr

vous pouvez aussi nous écrire à contrelenfermement@riseup.net

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 11:11

Une mutinerie a éclaté ce jeudi 21 février vers 09H00 du matin dans la Prison de Haute Sécurité Nélson Hungria à Contagem, en périphérie de Belo Horizonte. La rébellion aurait commencé par la prise en otage d’un agent pénitentiaire ainsi que d’une enseignante qui travaille dans la prison. Une centaine de détenus auraient participé à l’action.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/NH5.jpg

Le pénitencier a vite été encerclé par un important contingent de la police militaire suivie par le Groupement d’Action Tactiques Spéciales chargé des « négociations ».  Certains détenus ont investis le toit de la prison et arrachés une partie de la toiture tandis que des matelas étaient brûlés dans la cour. Dans la cour du Pavillon 1, où a eu lieu la révolte, les mots « oppression » et « système » ont été écrits sur le sol à l’aide de draps. Tandis que quelques détenus ont tentés de quitter le Pavillon par le toit à l’aide de cordes improvisées, la police a usé de « grenades à effet moral » afin de dissuader  la tentative d’évasion.

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Au travers du talkie-walkie du maton pris en otage, les mutins ont exprimés leurs revendications. Celles-ci concernaient surtout l’assouplissement du règlement encadrant les visites. Les mutins demandaient notamment la fin du passage obligatoire par les rayons X pour les visiteurs, qui empêchait l’entrée de femmes enceintes. Le départ du nouveau directeur de la prison figurait aussi parmi les principales revendications. « La première revendication c’est le départ de la direction de la prison, sans ça on va pas se calmer » aurait dit l’un deux. L’actuel directeur de la prison a adopté récemment un nouveau règlement qui réduit fortement les possibilités de visites.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/O%CC%82nibus.jpg

Dans la nuit du jeudi au vendredi, un bus a été brûlé après avoir été vidé de ses passagers près du quartier California, en soutien aux mutins.

La mutinerie a pris fin dans la journée du vendredi. Les mutins ont libérés les otages après avoir mis par écrit leurs revendications, en ajoutant parmi elles l’absence de représailles à l’égard des détenus ayant participé à la rébellion. Ils ont aussi demandé à ce qu’aucun d’entre eux ne soit transféré vers un autre pavillon. La direction du pénitencier aurait accepté d’assouplir les horaires de visites ainsi que de permettre aux femmes enceintes d’accéder au parloir sans passer par les rayons X. Elle a par contre refusé l’éloignement du nouveau directeur.

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Ce type de révolte est récurrent dans l’histoire du système carcéral brésilien, au début du mois une révolte similaire a eu lieu dans la prison de Arroio dos Ratos, près de Porto Alegre. En mai de l’année dernière, trois pénitenciers avaient été secoués simultanément par des révoltes dans la ville de Joao Pessoa.

Sources : em.com.br • g1.globo.com

Un correspondant du Jura Libertaire, le 23 février 2013

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 15:25

 


Salle de douche de la maison d’arrêt des hommes 1, Les Baumettes, Marseille (Gr&eacute ; goire Korganow pour le CGLPL)

« – A propos, Bruno : je t’ai pris du tabac, je voulais voir le goût qu’il avait... il est plus fort que le mien !

– OK, pas de soucis, sers-toi... »

Dois-je lui permettre de faire de même avec toutes mes affaires ? Il vaut mieux pas que je m’énerve : de toute façon, ça n’arrangerait rien. Jean-Marie nous écoute. Il reste imperturbable. Il fait comme si de rien n’était, comme d’hab. Il lit son journal. C’est bientôt l’heure du déjeuner.

La douche est aussi le fumoir

MAKING OF
Bruno a vécu dans la « deuxième nord », une aile réservée aux détenus isolés : les pointeurs, les violeurs, les détraqués et autres y sont mis parce qu’ils ne peuvent pas, pour des raisons de sécurité, voire de vie ou de mort, être mélangés avec les autres détenus de droit commun.

« Ce journal est dédié à tous mes compagnons grâce auxquels j’ai survécu dans le quartier des “Isolés” des Baumettes. Ceux qu’on traite de “pointeurs” – ces parias des prisons. Votre humanité m’a permis de tenir et d’exister. Merci à vous... »

Nous avions publié sa première journée, ce post est le dernier publié sur son blog. Témoignage du quotidien matériel – scandaleux au point que le Conseil d’Etat est intervenu – et de ce que vit un prisonnier, ce prisonnier, Bruno.Blandine Grosjean

 

Ce matin, j’ai eu un accrochage sévère avec Bébert, après qu’on soit revenu de la douche. Il venait de se faire alpaguer par Habib-l’assassin. Toujours pour du tabac, je crois.

 

Ça a commencé là-bas, Bébert a eu la mauvaise idée d’y apporter quelques cigarettes pour Laïd et pour un autre détenu. Quelle idée de porter ses cigarettes jusque dans cette caverne !

 

C’est vrai que dès potron-minet, les douches servent aussi de fumoir. Ça permet de patienter en attendant son tour. Le parfum du tabac et de l’humidité s’enroulent autour des serviettes : ça transpire jusqu’à puer.

 

Au lieu de faire ça discrètement, Bébert distribue ses cigarettes aux yeux de tout le monde. Et dans ce monde-là, ce matin, il y avait Habib. Ça n’a pas manqué :

 

« – Et à moi, tu m’en donnes pas ? !

 

– Mais je les lui devais ces cigarettes, il m’en avait données, il fallait que je lui rende.

 

– Oui, mais tu en as alors !

 

– Mais non, je te dis que j’en ai plus, t’es sourd ou quoi ! »

 

Sûrement Bébert considère-t-il qu’Habib est un peu sourd. Il ne lui parle pas : il lui gueule dessus. Il devrait se méfier. A plus de dix dans les douches, ce type de conversation peut mal tourner. Nous sommes collés les uns contre les autres : les gentils avec les méchants. Habib ne lâche rien : presque, il prendrait la douche avec Bébert pour un peu de tabac.

Bébert l’a bien cherché

Je me lave en me bouchant les oreilles. Je me dis même que Bébert l’a bien cherché. C’était de la provocation que d’amener des clopes jusqu’ici. Après la douche, il faut encore attendre que le surveillant vienne nous ouvrir. Habib courtise toujours Bébert. Bébert refuse toujours ses avances.

En sortant, je les vois, l’un suivant l’autre. Bébert tente de semer Habib le long de la grande coursive, Habib continue à le pister comme un gibier ! Vu la différence de gabarit entre les deux bêtes, Bébert fait figure de menu fretin. Habib n’en fera qu’une bouchée. Précautionneusement, j’ai pris la travée d’en face. Je ne me mêle pas à la course. Le vide central nous sépare – le vide qui relie les étages. Le détour me va mieux.

Quand je rejoins la porte de la cellule, Bébert et Habib montent déjà la garde. Je reste à distance. Il faut attendre que le geôlier vienne là aussi nous ouvrir. Ils ont dû négocier en chemin. De guerre lasse, Bébert finira par donner quelques clopes à Habib. Si ça valait la peine tout ça : de toute façon, il n’avait guère d’autre solution.

« C’est à cause de vous qu’on se fait racketter »

La porte s’est refermée sur nous deux. Jean-Marie est toujours aux douches. Comme d’habitude, il prend son temps. Les douches sont aussi pour lui un endroit où il cause. Presque, il s’y sent bien. C’est vrai que durant la semaine, pressé par ses activités, il rencontre peu les détenus du quartier. C’est en ce moment, sous le plafond dégoulinant et dans la crasse obscure qu’il règle quelques affaires.

Je me retrouve seul avec Bébert. En face à face.

Voilà. C’est pour mon matricule (ou, plutôt, ici pour mon numéro d’écrou) ! Bébert n’en pouvant plus, c’est à moi qu’il s’en prend à présent.

« C’est de votre faute [je présume que le “votre” s’applique à Jean-Marie et moi]. C’est à cause de vous qu’on se fait racketter ici ! A force de toujours vouloir leur rendre service, après ils nous prennent pour des chiens.

Ils pensent qu’on est leurs bonniches. Ça c’est vous : avec toutes vos simagrées, mais moi : vous ne m’aurez pas, moi je me laisserai pas manipuler. Vous jouez les enfants de cœur, les saints... Mais vous voyez pas qu’ils sont là que pour vous entuber ? »

Le voilà parti dans un grand délire. Il devient parano, le mec ! Là, je sens qu’il m’en veut. J’essaie d’éviter son regard. Mon rasoir jetable à la main, je tente de ne m’intéresser qu’à ma vieille peau reflétée dans la glace. Derrière mon épaule, Bébert me cherche encore. C’est comme du cinéma suédois : un dialogue par miroir interposé. Et Jean-Marie qui ne revient pas de la douche !

« – Bébert, s’il-te-plaît, débranche ! Moi, je t’ai toujours respecté : alors, s’il te plaît : débranche-moi.

– Toi, tu es le pire, avec ton air de Judas : toi, tu veux manipuler tout le monde dans la cour ! Tu crois que je ne te vois pas faire ? Avec ton jeu d’échecs, avec tes courriers, tu es en train de les acheter tous. Mais moi, tu ne me manipuleras pas. Je ne me laisserai pas manipuler par un juif... »

La cohabitation avec Bébert devient insupportable

Je ne lui réponds rien. J’encaisse c’est tout. De toute façon, je ne vois pas ce que pourrais lui dire. Dans d’autres lieux, à d’autres moments, dans une autre vie peut-être j’aurais eu la répartie suffisamment cinglante pour le remettre à sa place, mais là, vraiment, je n’en peux plus.

Et d’abord, je ne suis pas juif. Ou plutôt je ne le suis plus. Depuis 1492 ou quelque chose comme ça. Ou bien c’est que je sens toujours le juif – le judío, comme on dit en espagnol, avec ce que ce terme peut avoir de péjoratif. J’ai envie de me renifler pour voir à quoi je peux bien sentir. Même pas j’ai été circoncis.

La cohabitation avec Bébert devient insupportable. Là, il a su trouver les mots pour faire mal. « Manipulateur pervers. » Je pense qu’il a dû rajouter « pervers ». Je crois bien. En tout cas, s’il ne me l’a pas dit, je l’ai entendu. Ce sont ces mêmes mots, ces mêmes accusations qui m’ont conduits dans ce trou. Il doit donc y avoir du vrai dans tout ça : tout mon cinéma, toute ma courtoisie, toute ma servilité ne sont qu’une grosse manip... Je passe ici pour un bon Samaritain, mais un Samaritain quand même.

La misère de Bébert, c’est la nôtre

Bébert a eu hier son audition dans le bureau du juge d’instruction. Il a aussi vu le juge des libertés. Il attend à présent leur verdict. Vraiment, il ne va pas bien et il met à mal son monde. Moi d’abord. Me voilà bien fragile. Si j’avais du caractère, je lui enverrais mon poing sur la figure pour lui dire de se taire. Mais je ne sais rien faire d’autre que de tenter de fuir.

La lâcheté, ça me connaît. J’appelle ça de la « non-violence », c’est plus respectable. Dans cette boîte de conserve, la porte reste obstinément close. Jamais je n’aurai la patience de scier les barreaux de fenêtre. Ici la fuite est une solution désespérée.

Enfin, Jean-Marie revient de la douche. Il nous trouve, Bébert dans son coin, moi dans le mien, c’est-à-dire pas très loin l’un de l’autre. Je tire une gueule de chien errant (c’est drôle d’avoir écrit : « chien errant »). Bébert reste excité comme une puce.

Il interpelle Jean-Marie en lui disant combien il se sent maltraité dans cette prison. Combien tous lui font des misères. Ah ! nous formons un bel assemblage. Jean-Mari garde (ou feint) un large sourire. Il fait comme si de rien n’était. Rien de bien grave, en somme.

Il a peut-être raison. Moi, je n’en peux plus. La misère de Bébert, c’est la nôtre. Cette misère, qu’il m’envoie à la gueule et qu’il me reproche, en définitive, c’est la mienne.

allez voir sur http://brunodesbaumettes.overblog.com

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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 14:15

Quatre surveillants de prison tabassés

Deux hommes ont été mis en examen aujourd’hui pour des violences volontaires aggravées, soupçonnés d’avoir passé à tabac quatre surveillants de prison dont l’un d’entre eux avait été reconnu à la sortie d’une discothèque, dimanche matin, dans les Yvelines, a annoncé mercredi une source policière.

Les auteurs de 19 et 29 ans ont été déférés au parquet de Versailles, puis libérés sous contrôle judiciaire, a précisé cette source, confirmant une information du Parisien.

Les quatre surveillants de prison, souffrant de nombreuses blessures au visage, ont été hospitalisés dimanche matin. L’un d’entre eux, grièvement blessé, a perdu connaissance après être tombé à terre à la suite d’un coup porté à la tête.

La police n’a toujours pas pu interroger le gardien le plus sérieusement blessé. Ses jours ne sont toutefois plus en danger.

Les trois autres agents pénitentiaires se sont vu délivrer 10 jours d’ITT.

Presse carcérale (Agence Faut Payer, 20 février 2013)

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 13:09

Salut, à tous et toutes depuis cette semaine le numéro 16 de murmure est sorti.

Vous pourrez trouver dans ce numéro un ensemble d’article sur la grève de la faim en ce moment en cours à la maison d’arrêt (tract, lettre, et article), ainsi qu’un article sur la dissolution de la cgt pénitentiaire, et un retour sur le 31 décembre. En bonus comme d’habitude des brèves locales, et moins locales.

Vous pouvez lire / télécharger / imprimer le journal ici :

murmure n°16

Vous pourrez également écouter la version audio du journal qui sera diffusé sur le 101.5 Fm le 28 février prochain à 17h durant l’émission de l’huile sur le feu. Faites passer l’info à vos proches actuellement incarcérés.

courage et détermination !briques

de http://murmure.noblogs.org/
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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 12:38

Ils filment des surveillants de prison

Trois surveillants du centre de détention de Val-de-Reuil (Eure) ont été filmés à leur insu, avec un smartphone, par des détenus qui ont diffusé ces images sur Facebook, a-t-on affirmé aujourd’hui de source syndicale.

Les faits se seraient produits au début du mois de février dans ce centre de détention qui compte près de 800 détenus. “Dans ces vidéos, les détenus qui avaient, semble-t-il, consommé de l’alcool et du cannabis, critiquaient les personnels travaillant et l’institution”, a assuré Sébastien Ménard, délégué de l’Union fédérale autonome pénitentiaire (Ufap).

Selon ce syndicaliste, la direction a mené des investigations, découvert le propriétaire du smartphone et récupéré les vidéos. “Nous souhaitons maintenant des poursuites disciplinaires mais aussi devant les tribunaux”, a indiqué Sébastien Ménard.

Ce syndicaliste estime qu’il s’agit d’une affaire “grave” qui ne doit pas être banalisée. “Il y va de l’intégrité physique et morale des personnels”, a-t-il ajouté.

Presse carcérale (Agence Faut Payer, 14 février 2013)

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 16:02

Lundi 11 février dans la soirée, un feu d’artifice a été tiré à la maison d’arrêt d’Angers au niveau de l’aile Nord et Ouest.

Il a été réalisé en solidarité avec les prisonniers d’ici et d’ailleurs, avec une pensée particulière pour le détenu en grève de la faim ici, à Angers, et tous les autres détenus de l’aile nord suite aux derniers événements dans cette partie de la prison.

Les tirs ont été salués par des cris de joie dans la taule… puis par des sirènes de flics… mais les ombres ne s’arrêtent pas !

Indymedia Nantes, 13 février 2013

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 13:31

D’une prison à l’autre

Le 16 décembre 2012, cinq personnes tentent de s’évader du centre de rétention de Palaiseau. Quatre vont y parvenir mais la cinquième personne, Ibrahim, va rester dans les mains de la police qui le passera à tabac. Il est placé en garde-à-vue puis déféré devant un juge deux jours plus tard accusé d’avoir ceinturé un flic pour lui voler un badge magnétique qui a permis aux autres de se faire la belle. Il est ensuite incarcéré en préventive à Fleury-Mérogis jusqu’au 18 janvier 2013, jour du jugement où il est condamné à deux ans de prison ferme et à verser 1200 euros à deux flics qui se plaignent de violence. En centre de rétention, l’évasion n’étant pas un délit, les flics et les juges cherchent donc à charger sur d’autres chefs d’inculpation.

Ibrahim se trouve maintenant incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis. Il n’a pas fait appel de la condamnation. Quand on est isolé, étranger et qu’on ne parle pas français, sans avocat, il est quasiment impossible de comprendre qu’on a dix jours pour faire appel. La justice écrase d’autant plus que l’on est pauvre et sans papiers.

D’une taule à une autre, de la prison pour étrangers à la maison d’arrêt, le chemin est tout tracé, et dans les deux sens. Le pouvoir profitera toujours des révoltes, des tentatives d’évasions, des refus d’embarquement, pour enfermer toujours plus les récalcitrants. Et inversement, quand on sort de prison et qu’on est sans papiers, ce qui nous attend c’est dans la plupart des cas, le centre de rétention et l’expulsion.

Quand on est enfermé dans un centre de rétention, quand tous les recours juridiques sont épuisés et quand s’annonce l’expulsion, la seule alternative c’est l’évasion et la révolte. C’est pourquoi ces histoires se répètent : quelques jours avant l’évasion de Palaiseau, sept personnes se sont échappées du centre de rétention de Vincennes, on espère qu’ils courent toujours. À Marseille, en mars 2011, des retenus ont mis le feu à la prison pour étranger du Canet. Depuis, deux personnes sont sous contrôle judiciaire après être passées par la case prison, dans l’attente d’un procès.

Pour Ibrahim comme pour ceux de Marseille, il est important d’être solidaire avec celles et ceux qui se révoltent pour leur liberté, qu’ils soient innocents ou coupables. Car tant qu’il restera des prisons, des papiers et des frontières, la liberté ne restera qu’un rêve.

Feu à toutes les prisons !
Liberté pour toutes et tous !

Pour ne pas laisser Ibrahim isolé face à la prison et à la justice, il est possible de lui écrire :

Ibrahim El Louar
écrou n°399815
Bâtiment D4 – MAH de Fleury-Mérogis
7 avenue des Peupliers
91705 Sainte-Geneviève-des-Bois

Des mandats lui sont envoyés. Si vous voulez y contribuer vous pouvez envoyer de l’argent à Kaliméro, caisse de solidarité avec les inculpés de la guerre sociale en cours. Le n° de compte pour faire un virement : 102780613700020471901 Clé 07.

Si vous voulez envoyer des vêtements ou des colis, ou pour tout contact, il est possible d’envoyer un mail.

Mailing RESF, 11 février 2013

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A L’assaut Du Ciel!

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