Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 23:45

Égypte : les femmes manifestent contre les agressions sexuelles

Entourées de volontaires chargés de leur sécurité, des dizaines d’Égyptiennes marchent ce samedi vers la place Tahrir pour dénoncer les agressions sexuelles qui se multiplient. Ce lieu symbole de la “révolution”, est devenu particulièrement dangereux pour les femmes.

Dans les rues du Caire, le harcèlement des femmes, quelles soient voilées ou non, à coups de remarques obscènes ou de gestes déplacés est malheureusement courant. Mais récemment, les témoignages venant de la place Tahrir sur de véritables agressions sexuelles, voire des viols, se sont multipliés. “Combien de fois ne suis-je pas descendue à Tahrir parce que je ne voulais pas sentir de mains entre mes cuisses ?”, confirme Nana al-Hariri, une manifestante de 22 ans.

Aujourd’hui, les jeunes femmes sont armées de pistolets à eau chargés d’un mélange de mercurochrome et de piment rouge, pour se défendre contre d’éventuels agresseurs mais aussi pour les marquer et les désigner à la foule. En arrivant sur la place presque vide, la dizaine de femmes, entourées par autant de volontaires en gilet jaune fluo, attirent des regards curieux, parfois un brin moqueurs. Mais des hommes se joignent aussi à la manifestation, et c’est l’occasion d’échanger.

“Nous voulons être traitées comme des citoyennes, pas comme des femelles”, dit Rasha Kamel, une gynécologue de 38 ans, l’une des organisatrices de cette action symbolique pour “un Tahrir sûr”, avant de tracer au feutre noir sur une pancarte “Je suis comme ta sœur”.

Le place est un enfer pour les femmes depuis le début de la révolution

Déjà pendant la révolte de janvier-février 2011, des Égyptiennes ainsi que des journalistes étrangères avaient déjà été victimes d’attouchements sur la place. Puis le 11 février 2011, alors que la foule en liesse fêtait le départ de Hosni Moubarak, une correspondante de la chaîne américaine CBS, Lara Logan, a été victime d’une agression d’une violence inouïe, lorsque de 200 à 300 hommes se sont jetés sur elle, la violant “avec leurs mains”. En novembre 2011, une journaliste de la chaîne France 3, Caroline Sinz, avait raconté à l’AFP avoir été “tabassée par une meute de jeunes et d’adultes qui ont arraché mes vêtements” et ont procédé à des attouchements répondant “à la définition du viol”.

Très médiatisées, ces affaires ont braqué les projecteurs sur le harcèlement des femmes en Égypte mais sans susciter de réaction des autorités, et les attaques semblent se multiplier. Le 2 juin, raconte ainsi une jeune étrangère dont le témoignage a été recueilli par l’ONG Nazra, “tous les hommes autour de nous ont soudain commencé à nous toucher partout (…). Mon pantalon a été baissé par les hommes et ils m’ont violée avec leurs doigts. Ils étaient comme des lions autour d’un morceau de viande morte.” Quelques jours plus tard, c’est un petit groupe de femmes manifestant contre le harcèlement sexuel qui est attaqué. Puis c’est une étudiante en journalisme britannique, Natasha Smith, qui affirme avoir été victime d’une agression sexuelle.

Des actes prémédités ?

Pour beaucoup, la similitude dans le déroulement des attaques et le fait qu’elles se produisent souvent près du même fast-food sur Tahrir laissent croire à des actes prémédités. Ces attaques “étaient calculées et organisées pour faire peur aux femmes et les chasser de la sphère publique, et punir les femmes de leur participation”, selon l’ONG Nazra.

Pour Ahmed Niazy, l’un des hommes venus participer à la marche pour un Tahrir sûr, “le régime, qui n’est jamais tombé, utilise le harcèlement sexuel pour réprimer la liberté d’expression. Pour eux, les femmes sont la partie la plus faible et c’est leur moyen de faire pression sur nous. Et ils ont réussi à souiller la place.”

Selon un responsable de la sécurité, personne n’a été arrêté en lien avec les nombreux incidents. La police, totalement absente de la place Tahrir, fait valoir qu’il est impossible de mettre la main sur les agresseurs au milieu de dizaines de milliers de manifestants.

Publié par des ennemis de la révolution (L’Humanité, 7 juillet 2012) via Solidarité ouvrière

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans REPRESSION
3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 13:51

Italie : communiqué du site de contre-information ANARCHAOS

Ordonnance de détention provisoire opération « Ardire » : Giuseppe arrêté pour avoir seulement géré un blog.

http://juralib.noblogs.org/files/2012/07/014.jpg

Nous avons publié dans la section Download d’ANARCHAOS l’ordonnance de détention provisoire intégrale, le texte du GIP et la longue citation intégrale (200 pages) de la demande de la PM, de l’« Opération Ardire », déclenchée le matin du 13 juin avec à la clé la détention de huit compagnons en Italie, et l’ordre d’arrestation de deux personnes de plus en Allemagne et en Suisse.

Nous demandons aux compagnons qui gèrent des sites sur le mouvement qu’ils nous aident dans la propagation de l’info. Notre solidarité est inconditionnelle. Il n’est pas utile de rappeler notre mépris pour la paperasse judiciaire. Mais la connaître peut être utile pour se défendre. D’autant plus lorsque nous nous trouvons face au néant, au vide intégral, avec Alessandro et Sergio qui ont été arrêté pour des faits qui ont eu lieu lorsqu’ils étaient en prison et leur faute est d’avoir fait une semaine de grève de la faim (un comportement qui selon la ROS qui, d’après le code pénale, signifie déclencher des actions).

Parmis les arrêtés il y en a un, Giuseppe, dont la seule faute est d’avoir participé aux blogsCulmineIconoclastaParoleArmate. Il n’y a pas d’autres délits à lui reprocher (page 4 et 5, article D). C’est pour ça qu’il a été arrêté : « Il élaborait, écrivait, ou dans certains cas divulguait grâce aux blogs culmine, iconoclasta, parolearmate, des documents et des communiqués qui se rapportent aux activités criminelles des groupes de l’organisation anarchiste informelle » et même « délit aggravé à des fins terroristes ». Quelqu’un qui aurait publié des revendications sur le site même, quelqu’un qui aurait diffusé des informations gênantes pour le régime, pourra être arrêté dès maintenant. La procureur Manuela Comodi s’affirme, une fois de plus, dans l’avant-garde de la répression : à cette allure à la prochaine enquête elle sera à la tête de la Gestapo.

On s’en fout des braillements garantistes, mais comment face à cet évident abus des normes du régime libéral-bourgeois les radicaux réagissent, ceux qu’on appelle « démocrates sincères », les journalistes qui nous cassent les couilles tous les jours au sujet des violations des droits de l’homme dans les journaux, sur la répression des réseaux sur internet, etc … lorsque ça se passe en Chine, dans les pays arabes ou dans quelques régimes concurrents ou adversaires de celui dans lequel on vit ? Plutôt non, nous ne donnons aucune importance à leurs opinions. Mais en tant qu’anarchistes et révolutionnaires qui n’ont jamais mendié les droits que concède le régime, nous ne pouvons pas ne pas réagir, avec nos méthodes, face à une réduction objective de la liberté de la « presse » et de l’« opinion ».

Nous faisons un appel aux sites du mouvement pour coordonner ensemble une campagne, au moins virtuelle, pour Giuseppe et en général pour la liberté de publier des revendications et des documents gênants pour le régime.

Traduit de l’italien (Anarchaos, 28 juin 2012) par Contra Info

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans REPRESSION
3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 13:48

Physicien de haut niveau, Adlène Hicheur a été condamné le 5 mai dernier à cinq ans de prison pour des activités terroristes. Mais il est sorti le 15 mai. Dans ce premier entretien qu’il a accordé, Hicheur dénonce la construction d’un dossier à charge par la DCRI. De l’inquisitoire, pas du judiciaire explique-t-il. Adlène Hicheur, “victime expiatoire d’une politique sécuritaire”, démonte ici le rouleau compresseur qui l’a écrasé.

http://juralib.noblogs.org/files/2012/07/012.jpg

Adlène Hicheur est sorti de prison. Le 15 mai au matin, le conseiller d’insertion et de probation suggère que sa détention pourrait prendre fin “très prochainement”. Le soir même, il est dehors. Il aura passé plus de deux ans et demi à la maison d’arrêt de Fresnes, maintenu en détention provisoire toute la durée de l’instruction.

Physicien au Centre européen de recherche en nucléaire (Cern), ce physicien de haut niveau a été arrêté le 8 octobre 2009 au domicile de ses parents, à Vienne dans l’Isère. Les mots-clés fusent alors dans la presse : physicien, nucléaire, Al Qaida. Terrorisme. À l’issue de sa garde à vue, Adlène Hicheur est mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Ses activités sur Internet sont dans la ligne de mire des enquêteurs. Lui dénonce depuis le début un dossier vide, instrumentalisé à des fins politiques.

Il a accepté de répondre à Owni, d’évoquer sa détention, sa relation avec les enquêteurs puis les magistrats, mais aussi les curiosités de cette affaire, notamment l’identité de son mystérieux correspondant, un certain Phoenix Shadow. Les services antiterroristes en sont persuadés : derrière se cacherait un cadre d’Al Qaida au Maghreb (Aqmi), Moustapha Debchi, mais la preuve de cette équation n’a jamais été apportée.

Condamné le 5 mai à cinq ans de prison, dont un an avec sursis, il est sorti à la faveur de remise de peine. Sans attendre, il a repris contact avec ses anciens collègues, pour éviter “de sombrer dans la dépression”. Ultime bataille, il tente de faire rectifier sa page Wikipedia : “Une vie ne peut pas se résumer à un fait divers”.

Quelle a été votre réaction à l’annonce du jugement ?

Aucune surprise. J’avais vu le déroulement de l’instruction, j’avais vu qu’on avait fait de moi une victime expiatoire d’une certaine politique. C’est le paradigme du bouc-émissaire : on prend une personne qu’on charge du point de vue symbolique et on l’immole rituellement devant la société. Je ne me faisais aucune illusion, je voulais seulement être jugé rapidement pour que la détention provisoire cesse, pour ma famille, pour moi.

Le système a tenu à aller jusqu’au bout parce qu’il fallait envoyer des messages forts à la société. Ce mode de gouvernance est très dangereux. J’appelle ça de l’aliénation sécuritaire. Ça tue le génie créatif, l’épanouissement intellectuel. Mieux vaut agiter des chimères que faire face à ses propres carences. Dans leur tribune les gens de Tarnac l’ont très bien dit : la peur est le sentiment le plus facile à instrumentaliser.

La peur, l’inconnu, l’ignorance : les trois se tiennent. Les apprentis sorciers sont incapables de résoudre des problèmes sur des sujets sérieux comme le chômage, mais ils sont les premiers à agiter la matraque. Mon cas met à nu leur prétention de respecter les gens qui travaillent. Je suis l’exemple typique de taulier au travail, de personne qui se lève tôt. Ma vie est brisée pour des éléments qui n’auraient jamais conduit à une incarcération dans un autre pays. Ça devrait mettre la puce à l’oreille à tout le monde, même des gens qui n’ont pas la même culture politique que moi. On commence par les uns et on va ensuite vers les autres. C’est exactement la logique d’un système totalitaire.

Le tribunal a aussi prononcé la confiscation des saisis d’argent liquide, environ 15.000 euros, et du matériel informatique.

La saisi de l’argent liquide c’est du vol institutionnalisé, la saisi de mon matériel informatique un assassinat intellectuel. J’avais des centaines d’heures de travail dessus ! Des idées, des articles, des cours, des données scientifiques…

Vous étiez poursuivi pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, pour financement du terroriste et pour avoir diffusé de la propagande, ce que le procureur désignait sous l’expression “jihad médiatique”.

C’est vraiment de la surenchère. Je n’ai pas de site, pas de blog. Je n’ai intégré aucun projet médiatique contrairement à ce qui a été dit. J’ai interagi en tant que user (utilisateur) sur des forums, échangeant des opinions. C’est vraiment de la mauvaise foi de l’accusation ! Qu’est-ce qu’ils appellent jihad médiatique ? C’est un peu vague… Ce qui peut leur poser problème, c’est que des groupes, disons politico-militaires pour rester technique, fassent des reportages sur leurs activités et les publient. L’expression fourre-tout, d’après ce que j’ai compris, permet de toucher toute personne qui aurait accès à un moment ou à un autre à des publications de ces organes médiatiques.

Est-ce que traduire ce genre de publications en citant la source constitue du jihad médiatique ? C’est très vicieux de rechercher des actes positifs qui constituent des incriminations, surtout au vue des conséquences terribles ! N’importe quel journaliste peut être amené à faire ce genre de travail sans pour autant faire partie de l’organe médiatique ou approuver ce qu’il traduit. Pour en arriver là, il faut vraiment qu’il n’y ait rien dans le dossier. C’est grotesque et ridicule. Ils ont essayé de m’avoir a minima.

Vos défenseurs avaient dénoncé une instruction à charge, mais à la veille du procès, Me Baudouin, votre avocat, s’en remettait à l’indépendance de la Cour et au regard nouveau qu’elle poserait sur votre dossier.

La 14e chambre correctionnelle du TGI de Paris ne juge pas, elle condamne.

Il avait également pointé la façon dont la président, Mme Roubeyrotte, menait la séance.

Il n’y a pas eu de questions sur des points précis, pas de débat contradictoire. Ce n’était pas un procès mais un rouleau compresseur visant à asphyxier la défense. Plusieurs griefs étaient lus pendant 20 ou 30 minutes et je n’avais pas le temps de répondre. Pour moi, la condamnation n’a pas été prononcée par la justice mais par la police. La police me voulait, me voulait condamné.

Dans les institutions d’un État qui se respecte, il existe des contre-pouvoirs qui peuvent arrêter ce genre de bêtises. Le grand public retient des mots-clés : “musulman”, “physicien”, “Al Qaida”. Ça relève de la psychologie de masse.

Quelles relations aviez-vous avec le juge d’instruction, Christophe Teissier ?Dans un entretien accordé à Mediapart, vous évoquiez une audition “stérile et sans intérêt”.

Les mêmes éléments revenaient sans arrêt. Au début, j’étais naïf. Je pensais qu’au moins un ou deux magistrats constateraient le vide du dossier et décideraient d’arrêter. Petit à petit j’ai découvert la justice française, la chape de plomb qui vous tombe dessus. La mauvaise volonté se mêle à la mauvaise foi. Et là on comprend qu’on est entre de très mauvaises mains.

J’avais en tête que le magistrat n’était pas un flic, même si la réputation du pôle antiterroriste n’est plus à faire… J’avais espoir qu’on revienne à un peu de sagesse ou à défaut d’équité : quand il n’y a rien, il n’y a rien. Il a joué le rôle d’un flic main dans la main avec le procureur.

Comment se sont passés les interrogatoires pendant votre garde à vue ?

Mal. Le rapport voyous-braves gens était inversé : les voyous c’était eux ! Parfois, les insultes fusaient. Les policiers utilisaient mon frère, la santé de ma mère pour faire pression sur moi pendant ma garde à vue. Ils ressemblent à des psychopathes hystériques tout excités. Peut-être parce qu’ils sont toute l’année dans un bureau à se croiser les doigts… Dès qu’ils peuvent avoir un os à ronger, toutes les frustrations de leur quotidien – pas terrible d’ailleurs – se déchargent sur vous.

Les gens de Tarnac l’ont bien compris. Ils sont passés par la machine. Ils ont souffert de la même chose que moi : l’acharnement policier. Il en faut peu. Deux ou trois officiers se montent la tête, au bout d’un moment c’est comme si vous leur apparteniez, et ils s’acharnent, ils s’acharnent. Et puis, des carrières sont en jeu… Dans mon affaire, il y a eu au moins une promotion avérée : les grades changent entre les PV de début et de fin. Utiliser les moyens de l’État pour faire du mal à quelqu’un est d’une lâcheté sans nom.

Sous quelle forme avez-vous ressenti ce “déchargement” ?

Le ton, l’excitation. En garde à vue, on m’a dit : “vous allez perdre votre boulot, vous ne serez plus physicien, vous ne serez plus au Cern”. C’est d’un cynisme total ! Les gars sont assurés de leurs pleins pouvoirs. Il y avait un plaisir à me faire perdre un certain statut social, l’un des chenapans l’a exprimé ouvertement. Ça tranche avec le comportement des deux enquêteurs suisses qui sont venus m’interroger en septembre 2010. C’était des gens très posés, très carrés. Ils ont fait leur boulot sans tout ce cinéma.

Des détails très ténus sont montés en épingle : le plus choquant est sans doute les questions sur la pratique religieuse. Pourquoi on me demande si je prie ou si je jeûne dans le cadre d’une enquête judiciaire ? On évoque la vie et la culture familiales. Je réponds que nous sommes proches de la religion musulmane tout en étant ouvert. Ensuite les questions dévient sur des situations politiques, en Irak en Afghanistan. Jamais j’aurais pensé à ce moment-là que mes réponses seraient utilisées dans le réquisitoire. C’est de l’inquisitoire, pas du judiciaire.

Lorsque le procureur vous avait demandé si vous étiez salafiste, lors du procès, vous lui avez répondu qu’il faudrait une thèse de doctorat pour en parler.

Je trouve étonnant qu’un tribunal chargé de caractériser une infraction pénale parle de salafisme. On balance les slogans, des chimères, des sorcières. Je peux parler en détails des tendances et mouvances dans le monde musulman. J’ai beaucoup lu et c’est frustrant d’avoir affaire à des gens qui ne sont pas très au fait mais utilisent ça comme outil de guerre psychologique. C’est chasser toute rationalité à l’affaire pour garder l’irrationnel qui excite les cordes de l’opinion publique.

Il y a des raccourcis un peu simplistes du genre “salafisme = activité armée”. Les Frères musulmans ne sont pas salafistes mais ont des branches armées dans différents pays. Les Taliban n’ont rien à voir avec les salafistes. C’est beaucoup plus compliqué que le simplisme présenté au public.

Vous étiez interrogé par des agents de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) ?

Par deux binômes d’agents de la DCRI. Un de jour, un de nuit. J’avais l’impression qu’ils avaient découvert un filon : le filon Internet. Avec Internet, il n’y a pas de filature, de planques avec le thermos… Sur Internet, les ingénieurs se bloquent sur l’IP et interceptent le flux. En parallèle, les policiers peuvent même jouer aux jeux vidéo dans un bureau à côté à Levallois.

Comment s’est passée votre détention à Fresnes ?

L’administration est stricte, zélée même. Les cours de promenade sont minuscules, 40m². Personne ne peut s’imaginer les affres de la détention : ce sont des familles brisées, des couples désunis, des épouses qui pleurent dans les parloirs, des mamans qui ne mangent plus. C’est contre-productif comme disait Me Baudouin. Plus une politique sécuritaire est coercitive, plus elle crée de la violence et de l’instabilité.

Dans quel quartier étiez-vous à Fresnes ?

Au début, j’étais à l’hôpital pénitentiaire en raison de mon état de santé. J’y suis resté quatre mois. Puis j’ai été transféré en 3e division du quartier principal.

Vos codétenus étaient des mis en examen ou des condamnés dans des affaires similaires ?

Après l’hôpital pénitentiaire, j’étais dans la 3e division Sud, au rez-de-chaussée avec tous les malades : 90% sont des cas psychiatriques, dont certains très graves. J’y suis resté presque un an. Je n’ai jamais vu autant de misère humaine de ma vie. J’avais le rôle de Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucous.

Ensuite j’ai été transféré au Nord, toujours au rez-de-chaussée. J’ai croisé différents types de profils, essentiellement du banditisme et un seul cas politique, c’était Ivan Colonna. Il était dans la cellule à côté.

Pas d’autres personnes impliquées dans des affaires terroristes ?

Dans les autres activités, comme le terrain de sport, j’ai croisé des Basques et d’autres Corses.

Quel genre de relations aviez-vous avec eux ?

Un esprit de camaraderie de prison. J’ai aussi ressenti beaucoup de compassion. Personne n’est dupe en prison, tout le monde connaît bien le système, ils savent décoder l’actualité. J’ai senti de la révolte aussi, des droits communs notamment. Le discours : “si vous aviez fait des études, vous ne seriez pas là” était faux. Eux se retrouvaient avec plus de droits que moi, qui ai pourtant fait beaucoup d’études !

Avez-vous fait appel à une solidarité confessionnelle pour “cantiner” ou autre ?

J’interagis avec les gens selon un seul critère : qu’ils soient réglos. J’ai partagé de bons moments avec des gens très différents de moi tant qu’ils sont agréables et pas nuisibles. On est tous dans le pétrin ! Quand quelqu’un manque d’un produit, on lui donne et vice versa. C’est quasiment automatique.

Tous les détenus n’ont pas de doctorat en physique des particules. Comment s’est passé votre détention de ce point de vue ?

J’ai lu quelques bouquins, dont La force de l’ordre de Didier Fassin sur la police anti-criminalité et Les veines ouvertes de l’Amérique latine qui m’a marqué. Des ouvrages scientifiques aussi pour m’entretenir. J’ai réussi à tenir les 20 premiers mois, à travailler, à être efficace. Ensuite, je fatiguais.

J’ai eu du mal à m’ajuster à la mentalité de la prison. L’administration pénitentiaire avait elle du mal à voir sous quel registre me gérer. L’aspect sécuritaire et disciplinaire des peines fait que les détenus particulièrement surveillés (DPS) et de la catégorie “mouvance” ont des fouilles régulières des cellules et une fouille à corps intégrale, ce qui est particulièrement humiliant et parfaitement illégal. Il y a une volonté politique de rendre la détention préventive la plus pénible possible pour user la personne. C’est ainsi à Fresnes en tout cas.

La notion du châtiment douloureux est très forte en France. Certains personnels de l’administration pénitentiaire font sentir qu’ils sont là pour être odieux. Les surveillants sont très jeunes, et tout dépend de leur caractère et de leur humeur. C’est un jeu : celui qui s’énerve perd la partie.

Dès les premiers jours de votre arrestation, des articles utilisaient les mots clés “terroriste”, “physicien”, “nucléaire” dans leur titre. Quand avez-vous appris cette médiatisation, très forte dès le début ?

Je suis passé en comparution médiatique immédiate. Le circuit passe par la police, le ministère de l’intérieur et la Présidence, puis redescend dans les médias qu’ils connaissent et choisissent. Mes parents sont venus à mon premier parloir, ils m’ont raconté verbalement. J’étais coupé du monde jusque-là.

Quand j’ai réalisé, j’étais dépressif. J’ai compris que s’ils avaient fait ce bruit-là, rien ne les arrêterait. J’ai réalisé l’ampleur de l’entourloupe : j’étais le pigeon providentiel.

La médiatisation d’une personne privée qui ne l’a pas choisie est d’une grande violence psychologique. L’instrumentalisation des médias est très puissante, même un “ange qui marche sur terre” se ferait détruire. Je suis frappé du sceau des parias, pour que je ne puisse pas me refaire, pour que je sois précaire le restant de mes jours. On verra, je ne suis pas prêt à baisser les bras, je veux me refaire, tant bien que mal.

Vous avez été présenté comme la figure du loup solitaire par certains responsables de la lutte antiterroriste.

Dans le passé, ils avaient au minimum des bandes de copains à qui on pouvait reprocher, ou pas – je ne sais pas – une certaine forme de prosélytisme. Il y avait des points d’ancrage pour donner l’illusion. Pas dans mon cas. Il y a un gars qui a étudié toute sa jeunesse, qui travaille, qui vit dans un environnement rural. Jamais j’aurais pensé qu’on arriverait à de tels extrêmes à partir de rien. C’est une dérive dans la dérive.

Ils ont été obligés de créer un profil artificiel pour justifier toute la mascarade. Il n’appartient pas à un groupe ? Il vit tout seul ? Ce sera le loup solitaire par exemple. La rhétorique ancienne ne pouvait pas fonctionner.

En s’appuyant sur votre utilisation d’Internet ?

Oui, mais le plus grave c’est l’idée qui se dégage de l’expression loup solitaire. On imagine quelqu’un qui vit reclus. C’est faux. Je travaillais dans le cadre de collaboration internationale, j’avais à faire à des centaines de personnes quasi-quotidiennement au Cern. Plusieurs milliers de physiciens de nationalités différentes travaillent ensemble. Aucun outil de sociabilité n’est aussi fort ! Il faut s’adapter à toutes les cultures, à tous les tempéraments, à toutes les personnalités.

Cette partie a été zappée dans les médias. La personne réelle disparaît au profil d’un clone, d’un hologramme, habillé de toutes les caractéristiques pour vendre la justice à l’opinion publique. Il y avait une feuille blanche, immaculée, avec un bon cursus scolaire et universitaire. C’était un défi de construire une intrigue à partir de mon vécu ! Personne dans mon entourage familial, professionnel, de mon voisinage ne voulait me “salir”. Alors ils sont allés chercher des internautes avec qui j’avais interagi il y a x années.

Pourquoi acceptez-vous de parler aujourd’hui ?

Je ne parle pas à tout le monde. Je considère que ça peut être productif ou positif, mais à dose homéopathique. S’il fallait tout dire, on pourrait noircir des pages.

Comment voyez-vous votre avenir maintenant ?

Difficile. Par nature, j’ai tendance à être prudent. Dans un premier temps, je n’accepte pas qu’on me démissionne de ma passion et de mon gagne-pain par “la force des mitraillettes” comme dirait Louis de Funès. Si je devais quitter le milieu scientifique ou la physique des particules, ce serait de mon propre chef. Utiliser le sécuritaire pour me faire basculer dans la précarité dépasse une procédure de sanction pénale – déjà injuste – pour me faire entrer dans un processus de désintégration morale. Je n’accepte pas que la force publique me coupe de ma passion pour laquelle j’ai sacrifié ma jeunesse. Il faut être réaliste et voir comment rebondir. Je prospecte, rien n’est défini. J’ignore si la campagne a influencé les employeurs, je veux d’abord briser cet embargo.

Vous avez été soutenus par votre milieu professionnel.

Oui, la solidarité est venue des scientifiques, mais il reste le milieu administratif. Je n’ai pas de visibilité dessus.

Et l’Algérie, dont vous avez également la nationalité ?

C’est un grand point d’interrogation. Il est trop tôt pour le dire.

C’est en Algérie que vivrait Phoenix Shadow, la personne avec qui vous correspondiez. Lors du procès, vous avez dit qu’on vous présentait un pseudo et un nom, comme une équation à deux inconnus, et qu’on vous demandait d’affirmer que l’un correspond à l’autre.

Dès le début de l’instruction, les avocats n’ont eu de cesse de demander d’où venait ce nom, Moustapha Debchi. À aucun moment, l’explication n’a été fournie. Pour mon cas, l’adresse IP renvoie à une connexion Internet etc. En face, un nom est balancé sans justification, sans preuve.

À aucun moment vous ne connaissiez l’identité de la personne derrière le pseudo Phoenix Shadow ?

Phoenix Shadow restait Phoenix Shadow, point à la ligne. Il n’y a pas eu de connaissance, de volonté de connaissance. C’était une interaction contingente à un moment donné utilisée des mois plus tard. Je pense qu’au début on voulait me coller à l’affaire des filières belgo-afghanes. Je l’ai senti pendant la garde à vue. Trop peu d’éléments existaient alors que le scénario aurait été terrible : un scientifique dans l’affaire des filières !

Puis, les questions ont évolué au fil de la garde à vue, en fonction de l’exploitation de mon disque dur. Les questions se sont réorientées vers Aqmi. Il n’y a vraiment que dans l’antiterrorisme que ça se passe ainsi. Normalement, quand une personne est placée en garde à vue, il faut lui signifier le chef de mise en garde à vue et remplir le cas d’espèce, ce qui lui est reproché. Moi, il n’y avait rien ! Le chef de mise en garde à vue était “présomption grave d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste”, mais la suite était vide, blanche.

Presse terroriste (Pierre Alonso, Owni, 2 juillet 2012)

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans REPRESSION
1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 14:40

Des fiches secrètes sur des salariés de la Sécu

Des salariés de la CPAM ont découvert qu’ils faisaient l’objet d’un fichage confidentiel : pauses-café, trajets, comportement sont recensés par les cadres de leur service. Direction et syndicats ont tenté de régler l’affaire en interne.

Une vingtaine d’employés de l’unité des Délégués de l’Assurance maladie (DAM) de Haute-Garonne ont découvert, il y a plusieurs mois, qu’ils étaient fichés par les cadres du service. Pour certains de ces visiteurs médicaux, les informations consignées remontent à 2008. Aucun d’entre eux n’avait été informé par les managers. En décembre dernier, une indiscrétion révèle le pot-aux-roses.

Certains documents, dont La Dépêche a pris connaissance, révèlent que les fiches renseignent à divers niveaux. En plus d’extraits de conversations orales ou par mail entre salariés et encadrants, l’on y apprend par exemple qu’un salarié « a apporté une boîte de chocolats », ou qu’un autre « annule ses rendez-vous quand son enfant est malade ». Un délégué aurait montré « une attitude désintéressée pendant la réunion technique » ; un de ses collègues serait venu « s’excuser sur le décalage entre son attitude […] et ce qu’il ressentait à ce moment-là ». Les pauses-café de certains salariés sont recensées et apparaissent sous le nom d’« anomalies ». Il y est parfois mentionné des révélations, ou « dénonciations » de la part de collègues. Aucune fiche n’est composée de la même manière. Certaines font une page quand d’autres pèsent une dizaine de feuilles et sont complétées au quotidien. En revanche toutes sont informatisées et disposées sur le serveur interne de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM).

« On travaille de la meilleure manière possible, et c’est cela que l’on récolte. L’ambiance actuelle est très tendue ; le climat nauséabond. Les managers n’ont pas eu l’impression de faire quelque chose de mal, mais ce sont des techniques de management scandaleuses », dénonce un salarié. En décembre, des syndicats de salariés ont été informés. Depuis, les différentes parties tentent péniblement de régler l’affaire en interne. « Nous avons demandé à ce que le fichage soit stoppé tout de suite et que le contenu des fiches soit révélé individuellement aux personnes concernées. Car elles n’étaient pas au courant et n’avaient aucun moyen de se défendre. D’autant que certaines rubriques n’ont rien à voir avec l’efficience professionnelle. Le salarié est complètement mis sur le gril. Et les éléments mentionnés peuvent peut-être influencer la notation ou l’avancement », argumente Jean-Yves Delagrange, délégué syndical FO à la CPAM. Certains salariés envisagent peut-être de saisir la Commission nationale de l’informatique et des libertés, organisme qui instruit sur plainte et peut enquêter sur le caractère abusif et illégal d’un tel fichage. Sollicitée, la direction de la CPAM de Haute-Garonne a indiqué qu’elle s’exprimerait ultérieurement.

Leur presse (Pauline Croquet, LaDepeche.fr, 30 juin 2012)

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans REPRESSION
1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 14:38

Millau. Plusieurs autos incendiées

Huit voitures ont été détruites par le feu dans la nuit de jeudi à vendredi à Millau ; trois, rue du Général-Cossé, une, à proximité de l’hôtel Cévenol, une, sous le pont Lerouge et trois, enfin, dans le quartier de Malhourtet. Selon les secours qui sont intervenus dès le début de la soirée, la partie de cache-cache avec les incendiaires a duré jusqu’au petit matin. Sans faire de blessé fort heureusement.

http://juralib.noblogs.org/files/2012/07/02.jpg

À proximité de l’Hôtel Cévenol, un camion-citerne a dû être déplacé.

Une enquête est bien sûr en cours pour retrouver les responsables de ces actes de vandalisme. Ceci étant, impossible de ne pas faire le rapprochement avec les récents événements survenus à Millau et qui ont entraîné la mort, mardi dernier, d’un Villefranchois de 26 ans. Jeudi soir, lors d’un rassemblement organisé sur les lieux mêmes du drame, le père du défunt avait pourtant appelé les manifestants au « calme et à la dignité ».

Presse complice des assassins assermentés (MidiLibre.fr, 30 juin 2012)


Tir mortel sur un fuyard à Millau : le policier mis en examen

Un policier soupçonné d’avoir tué par balle mardi un automobiliste lors d’une course-poursuite à Millau (Aveyron) a été mis en examen hier à Montpellier pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

http://juralib.noblogs.org/files/2012/07/04.jpg

La voiture accidentée de la victime, un jeune homme de 26 ans.

Le brigadier-chef de la BAC (brigade anti criminalité) de Millau qui est suspecté d’avoir tiré et tué un jeune conducteur de 26 ans à Millau (Aveyron) a été mis en examen, hier après-midi, à Montpellier (Hérault) pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Il a été placé sous contrôle judiciaire avec l’interdiction provisoire d’exercer la fonction de policier et de détenir une arme.

Ce chef de mise en examen, avec la circonstance aggravante de faits commis par « personne dépositaire de l’autorité publique », est une qualification criminelle qui peut conduire son auteur devant une cour d’assises, a-t-on précisé au parquet de Montpellier. Une mise en examen pour homicide involontaire aurait été passible du tribunal correctionnel.

Dans la nuit de mardi à mercredi, le policier bien noté de 37 ans avait ouvert le feu sur Nabil Mabtoul, un jeune homme de 26 ans qui tentait d’échapper à la patrouille lors d’une course-poursuite. L’accident a eu lieu alors que le conducteur avait fait un tête-à-queue à vive allure et que les deux policiers étaient descendus de leur véhicule l’arme au poing. Le conducteur avait alors tenté de s’extraire du « piège » qui se refermait sur lui en renversant le major qui lui intimait l’ordre de sortir de la voiture.

Le policier avait alors ouvert le feu depuis une distance de deux mètres, touchant le conducteur à l’épaule droite aux poumons et à l’aorte. Une blessure importante qui a provoqué une hémorragie fatale.

« De la part du policier, il n’y a pas d’intention de tuer, mais d’arrêter l’action qui mettait en danger son collègue. L’instruction permettra de dire si le tireur était en état de légitime défense, si l’autre policier était réellement menacé par la voiture qui tentait de redémarrer. Aujourd’hui, on peut juste s’interroger sur la nature de la riposte qui, pour l’instant semble disproportionnée à l’attaque puisque le conducteur n’était pas armé », a expliqué Brice Robin, le procureur de la République de Montpellier.

http://juralib.noblogs.org/files/2012/07/05.jpg

Les parents de la victime incrédules

Un signalement de trafic de stupéfiant est à l’origine de cette tentative d’interpellation mouvementée. Dans la voiture, les policiers ont récupéré 1,6 kg de résine de cannabis conditionné en savonnette. « Les parents de ce garçon sont étonnés et même incrédules. Cette histoire de trafic de drogue ne ressemble pas du tout au garçon qu’ils connaissent bien et qui vit encore à la maison. Maintenant, nous savons qu’il est mort par balle et non pas après avoir perdu le contrôle de son véhicule comme on a pu le laisser croire au lendemain de cette tragédie. Mais, nous allons tout vérifier » répond Me Michael Corbier l’avocat de la famille qui s’est rendue hier après-midi à l’institut médico-légal de Montpellier pour voir le corps.

Presse complice des assassins assermentés (Christian Goutorbe, LaDepeche.fr, 30 juin 2012)


Millau. 250 personnes rendent hommage à la victime

Hier, en fin d’après midi, près de 250 personnes (180 selon la police) se sont rassemblées pour rendre un dernier hommage à Nabil Mabtoul, ce Villefranchois de 26 ans tué par la balle d’un policier, dans la nuit de lundi à mardi dernier, alors qu’il tentait de se soustraire à un contrôle mené par la brigade anticriminalité (BAC) du commissariat.

http://juralib.noblogs.org/files/2012/07/03.jpg

Près de 250 personnes ont défilé, hier soir, à Millau, pour rendre à hommage à Nabil Mabtoul, ce Villefranchois de 26 ans, décédé, mardi. Il a été tué d'une balle tirée par la police.

Millavois et de nombreux proches de la victime, venus de Villefranche-de-Rouergue, ont défilé jusqu’au lieu où le jeune homme est décédé.

Après avoir déposé des fleurs près de la station essence située à proximité du rond-point des Stades, la famille s’est réunie pour exprimer sa peine. Le père de la victime a dressé le portrait d’un garçon normal, qui n’a jamais eu de soucis avec la justice. Pas de haine dans les paroles des proches. Plutôt de la tristesse et un doute. « On espère que la justice fera son travail » a déclaré le cousin de la victime.

Les autorités avaient prévu un fort dispositif de sécurité avec un escadron de gendarmerie envoyé à Millau dans l’après-midi. Mais la manifestation n’a pas connu de débordement, même si l’incompréhension et la révolte se lisaient sur tous les visages.

Presse complice des assassins assermentés (LaDepeche.fr, 29 juin 2012)

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans REPRESSION
1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 14:36

« On accepte que nos jeunes soient arrêtés, ce ne sont pas des saints, mais il y a des façons de le faire et ce qui s’est passé hier est inadmissible » : une demi-douzaine de mamans criaient leur révolte, hier, rue Albert-Arnaud, dans le quartier de l’Iranget, devant une barricade de fortune faite de poubelles, à la suite de l’interpellation d’un mineur de 15 ans qui a dégénéré.

http://juralib.noblogs.org/files/2012/07/01.jpg

Hier après-midi, les témoins de l'arrestation ont soutenu les parents de l'adolescent.

L’interpellation dérape…

Il est environ 21h30, jeudi soir. La Brigade anticriminalité arrive sur place pour enquêter sur un vol de deux-roues. Il fait encore très chaud, les gamins et les parents prennent l’air au pied des immeubles. Les policiers interpellent un mineur de 15 ans, bien connu de leurs services, et deux autres jeunes. Un attroupement se forme. Des renforts sont appelés.

« Tout se passait calmement, jusqu’à l’arrivée des policiers en uniforme, témoigne Sabrina. Ils ont arrêté deux garçons, on n’a rien dit mais ils s’en sont pris ensuite au fils de Fatima. Tout le monde sait qu’il est malade, qu’il souffre d’hydrocéphalie, a un tuyau dans la tête et que le moindre coup peut lui être fatal. »

Alertés par les cris des jeunes, les adultes s’approchent. « On a vu ce gamin de 15 ans poussé dans une voiture, il hurlait que ses menottes lui faisaient mal, il a commencé à se débattre, les policiers le brutalisaient lui coinçaient la tête entre les fauteuils », continuent les mamans.

Selon elles, les coups de matraque ont commencé à pleuvoir sur la petite foule formée autour des véhicules des forces de l’ordre. « J’ai arraché la matraque des mains d’un policier pour protéger mon petit-fils de 16 ans qui était à terre, j’ai même pris un coup », s’indigne Brigitte. Moise, 14 ans, s’approche, un œil au beurre noir : « J’ai reçu un coup-de-poing mais je ne porterai pas plainte, cela ne sert à rien ».

« On ne frappe pas ainsi des enfants »

Les témoins dénoncent une réponse policière inadaptée à la situation : « On ne les empêche pas de faire leur travail, d’interpeller les voleurs, mais ce n’est pas à eux de faire justice. On ne frappe pas ainsi des enfants, même nous les parents, on n’a pas le droit. »

Fatima et Abdellah, les parents du garçon de 15 ans, reviennent du tribunal. Leur fils a été placé sous contrôle judiciaire et placé en centre éducatif fermé à Nîmes : « Le juge nous a dit que c’était pour éviter qu’il revienne faire le caïd dans le quartier. Mon fils avait le visage enflé, des griffures, mais le docteur qui l’a examiné n’a rien signalé. Je lui ai ramené ses médicaments, il est soigné pour hyperactivité. »

Fatima n’a pas dormi de la nuit : « Je ne laisserai pas passer ça, il a été frappé comme un chien ».

Deux policiers blessés et une voiture dégradée

Le garçon de 15 ans a été présenté devant le parquet, hier après-midi puis renvoyé devant le juge des enfants. Il a été mis en examen pour rébellion et vol et placé en centre éducatif fermé.

C’est le service de vidéo surveillance de la ville de Béziers qui a alerté les policiers de faits suspects à l’Iranget. Sur place, la Bac retrouve une moto qui a été déclarée volée la veille par effraction sur la commune de Villeneuve-lès-Béziers.

« Les policiers ont interpellé le mineur qui était sur la moto. Lorsque les renforts sont arrivés pour embarquer la moto et l’adolescent, ils se sont trouvés face à une quarantaine de jeunes appelés à l’aide par le jeune interpellé », explique le commissaire central Jos.

Les policiers ont été pris à partie. Lors de l’échauffourée, deux fonctionnaires ont été blessés et un véhicule de police a été dégradé à coups de pieds. Les policiers ont réussi à appréhender le principal suspect et deux autres garçons. Les autres jeunes se sont finalement dispersés.

« Le jeune prévenu de 15 ans est multirécidiviste, il a déjà été placé dans des centres éducatifs. On le connaît depuis ses 12 ans. Il fait partie des dix gamins les plus remuants du quartier. La maman surprotège son gamin et est persuadée qu’il y a une conjuration judiciaire et policière contre son fils », précise le commissaire Jos.

Presse multirécidiviste (Annick Koscielniak, MidiLibre.fr, 30 juin 2012)

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans REPRESSION
30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 13:23

En Malaisie, les immigrées traitées en esclaves domestiques

Quand les ambulanciers ont trouvé le corps sans vie et couvert d’ecchymoses de Mei Sichan, le 31 mars dans une habitation du nord-ouest de la Malaisie, il ne pesait plus que 26 kg. L’employée de maison cambodgienne de 24 ans est morte de faim, selon le rapport de police. Le couple qui l’avait embauchée, inculpé pour meurtre, encourt la peine de mort par pendaison. En 2011, au moins neuf employées de maison cambodgiennes sont décédées à force de coups et de privations.

Environ 200’000 domestiques immigrées (dont 30’000 Cambodgiennes) travaillent légalement en Malaisie, sur un total de 3 millions de travailleurs étrangers pour 28 millions d’habitants. Mais aucun cadre juridique ne fixe les droits de ces femmes, soumises au bon vouloir de leurs patrons et des agences de recrutement. C’est cet état de fait, associé à un « climat d’abus des droits de l’homme », qui, selon l’association Jump, un réseau de soutien aux migrants et aux réfugiés, conduit à des drames tels que celui de Mei Sichan.

Des témoignages terribles d’anciennes femmes de ménage cambodgiennes en Malaisie ont été publiés en 2011 dans un rapport de l’Uniap (le Programme interagences des Nations unies sur le trafic des êtres humains). Ils corroborent ceux recueillis par les associations malaisiennes d’aide aux migrants : interdiction de sortir de la maison et d’entrer en contact avec quiconque, passeport confisqué, travail de l’aube à la nuit, sans jour de congés, salaire versé à la fin du contrat (deux ans, le plus souvent), amputé de frais à la discrétion des employeurs… Insultes, coups, sévices et violences sexuelles sont de surcroît le lot commun de ces travailleuses. Quand ce n’est pas la mort.

Un accord bilatéral a été signé sur ce sujet entre la Malaisie et l’Indonésie, son plus grand pourvoyeur de femmes de ménage. Celui-ci prévoit un salaire mensuel minimum de 700 ringgits malaisiens (175 euros), un jour de congé hebdomadaire, l’interdiction faite aux employeurs de conserver le passeport de leur employée, ainsi que le droit de cette dernière à communiquer avec ses proches et à porter plainte. Mais, excédée par le manque d’entrain des autorités malaisiennes à protéger ses ressortissantes, Jakarta a suspendu en 2009 leur envoi pendant trois ans.

Bien que cette interdiction n’ait jamais été entièrement respectée, les agences de recrutement malaisiennes s’étaient tournées vers le Cambodge. Jusqu’à ce que celui-ci n’interdise à son tour, en octobre 2011, et pour les mêmes raisons, à ses ressortissantes de travailler en Malaisie. Mei Sichan avait quitté son pays deux mois avant cette décision.

Presse esclavagiste (Charles Dannaud, Liberation.fr, 19 juin 2012)


Le dur destin des domestiques indonésiennes en Arabie saoudite

Vingt-cinq jeunes indonésiennes risquent la peine de mort en Arabie saoudite pour crimes contre leurs employeurs.

Parmi 1,2 million de travailleurs domestiques indonésiens dans le royaume, nombreux dénoncent des mauvais traitements. Djakarta échoue à les protéger.

http://juralib.noblogs.org/files/2012/06/0133.jpg

Jeunes Indonésiennes candidates à l’émigration au bureau de Tangerang, dans la province de Banten.

Terminal 4, aéroport de Soekarno-Hatta à Djakarta. Dika se remet tout juste de ses douze heures de voyage qu’elle vient d’effectuer depuis Riyad. Dans le terminal réservé au retour des travailleurs domestiques, elles sont plusieurs centaines de jeunes Indonésiennes à revenir d’Arabie saoudite ou de Malaisie, des pays dans lesquels elles ont été femmes de ménage ou nourrices pendant souvent plus de trois ou quatre ans.

Dika se dit chanceuse. La jeune femme de 22 ans a pu économiser un peu d’argent qu’elle va remettre à sa famille. Elle connaît le sort de nombreuses autres travailleuses domestiques à l’étranger.

En Arabie saoudite, 1700 ressortissants indonésiens croupissent en prison. Au moins vingt-cinq jeunes Indonésiennes attendent leur jugement dans les geôles du royaume wahhabite et risquent la peine de mort. « Pour légitime défense,  s’insurge Anis Hidayah de l’association indonésienne Migrant Care, qui s’occupe des travailleurs migrants. Souvent elles sont battues, même violées, et si un jour elles se défendent, ou elles s’échappent, elles risquent la peine de mort. »

« Les employeurs pensent nous acheter »

« Les familles perdent espoir, certaines femmes sont emprisonnées depuis une dizaine d’années,  explique Anis Hidayah. Depuis l’an passé, il est difficile de leur redonner courage. » En juin 2011, une femme de ménage indonésienne a été décapitée en Arabie saoudite, pour avoir tué son employeur qui la maltraitait et la retenait prisonnière.

Tous les jours, mille travailleurs domestiques reviennent en Indonésie, selon l’association Migrant Care.  La majorité raconte la vie sordide que leurs employeurs leur ont fait subir. Ibu Eli a été domestique pendant plus de dix ans, en Malaisie puis dans les pays de la péninsule arabique, pour finalement être vendue en Irak. Plusieurs années qu’elle décrit comme de l’esclavage moderne.

Lorsqu’elle est partie, jeune fille, elle croyait pouvoir trouver une échappatoire à une vie qu’on lui promettait difficile. « En Indonésie, même après des études, il est difficile d’obtenir un travail. Alors sans qualification, comment fait-on ? Le travail à l’étranger reste une alternative pour beaucoup de femmes,  raconte-t-elle. Les employeurs payent une somme importante aux agences de recrutement pour obtenir une employée de maison, ils pensent alors nous acheter, et nous devenons de vraies esclaves. »

18 heures par jours, des coups en retour

Dans le bureau de l’aide juridique de Migrant Care, Yeni Larasati brandit tremblante la photo de sa jeune sœur, la dernière qu’elle ait d’elle. Elle date d’il y a cinq ans. Ernawati, lycéenne, avait alors 15 ans. C’était avant qu’elle parte pour l’Arabie saoudite. « Le recruteur d’une agence de placement est venu dans notre village de l’est de Java, il l’a convaincue en lui parlant d’argent facile à gagner, dix fois plus qu’un salaire indonésien », raconte tristement Yeni Larasati.

Sa sœur a rejoint le centre de formation des employés de maison à Djakarta où elle a reçu une courte formation au repassage et à la cuisine. « L’agence de placement a falsifié sa date de naissance, pour établir son visa de travail. Ils ont aussi imité la signature de mon père pour l’envoyer au plus vite à l’étranger. »

Six mois après son arrivée en Arabie saoudite, Ernawati contacte sa sœur pour se plaindre de mauvais traitements. Elle travaille 18 heures par jour et ne reçoit aucun salaire. Plusieurs mois plus tard, elle appelle à nouveau sa sœur apeurée : elle vient d’être battue, son crâne est ouvert. Elle pleure son désir de rentrer.

Des employeurs rarement inquiétés…

Yeni Larasati, affolée, se rend au ministère des affaires étrangères. Sa plainte est bien enregistrée, mais on lui rétorque que l’ambassade d’Indonésie est trop éloignée du lieu de travail de sa sœur à Riyad. Ernawati ne reçoit donc aucune protection.

Deux mois plus tard, elle reçoit un appel de l’hôpital de Riyad : sa sœur est décédée sous les coups de son employeur. Depuis, la jeune femme essaie de faire condamner l’agence de recrutement, en vain. L’employeur non plus n’a jamais été puni. Il a depuis une nouvelle employée de maison.

« Il est très difficile de faire jouer les assurances, explique Agustinos de l’institution Komnas Perempuan. Elles sont valables uniquement deux ans, le temps d’un contrat type. Car souvent les employeurs gardent leur domestique plus de deux ans pour amortir les frais nécessaires à sa venue (1400€). Il n’y a alors plus aucun recours. »

… et un gouvernement « corrompu »

Plus d’un million d’Indonésiennes travaillent comme employées de maison en Arabie saoudite. En 2008, le gouvernement indonésien a signé un moratoire dans lequel il déclare ne plus envoyer de travailleurs domestiques en Malaisie et en Arabie saoudite. Malgré le moratoire, chaque année 20’000 travailleurs indonésiens entrent en Arabie saoudite.

« Le gouvernement ne contrôle pas les 598 agences de placement de travailleurs domestiques. Elles falsifient les documents. Certaines Indonésiennes sont d’abord envoyées dans d’autres pays du Golfe en transit ; à d’autres on établit un visa spécial, sur lequel est inscrit que la jeune femme part en pèlerinage à La Mecque, le rêve pour tout musulman. En réalité, elles restent à Riyad et deviennent esclaves », explique Anis Hidayah.

Et de souligner que les agences « brassent beaucoup d’argent et ont des soutiens au sein du gouvernement. Le pays est très corrompu. »

Une petite victoire des associations

Contrairement aux Philippines, le gouvernement indonésien ne réussit pas à protéger ses travailleurs à l’étranger, qui ont rapporté 6 milliards d’euros l’an dernier au pays. Le 12 avril, les associations de défense ont cependant remporté une petite victoire avec la ratification par leur gouvernement de la convention internationale de protection des travailleurs étrangers de 1990.

« C’est une première étape, il faut maintenant qu’il conforme les lois nationales au droit international », explique Anis Hidayah de l’association indonésienne Migrant Care. « Depuis, plusieurs jeunes femmes indonésiennes sont mortes en Malaisie sous les coups de leurs employeurs… »

Presse esclavagiste (Anne-Fleur Delaistre, LaCroix.com, 27 juin 2012)


[Côte d'Ivoire] Travaux domestiques : Comment on se sert des servantes

Lors de notre visite dans des quartiers d’Abidjan des filles de ménage aux abois pataugeaient entre ennui, angoisse et galère. Un récit qui retrace leur quotidien de plus en plus dramatique. Certes la capitale économique est un pole d’attraction pour les filles de toutes les régions qui n’ont pas eu la chance d’être scolarisées ou ayant abandonné tôt l’école, faute de moyens financiers de certains parents. Ainsi, pour se faire une place au soleil certaines d’entre elles préfèrent devenir fille de ménage à Abidjan. Mais cette aventure connait des fortunes diverses.

Pour avoir ce boulot, ces filles prennent contact avec des agences de placement de servantes qui leur proposent des emplois périlleux. Ces filles déposent une demande auprès des agences, qui les confient à des patronnes désireuses d’avoir une fille de ménage. Tout cela se fait moyennant une somme de 5000 Fcfa qu’elles paient à l’agence. Tant que l’agence ne trouve pas aux filles de famille un ok, elles sont obligées d’être à l’écoute ou même de passer des jours à l’agence dans l’espoir de se trouver du travail. Souvent certaines filles déboursent des fortunes avant d’avoir un débouché. Car certaines payent plus de 5000Fcfa dans plusieurs agences. Ce qui est devenu une véritable source de richesse, voire un gigantesque marché pour ces maisons qui pullulent à Abidjan. Les agences ne se préoccupent pas de la moralité des familles d’accueil. Tout ce qui les intéresse c’est leur argent. La plupart de ces agences n’ont aucune existence légale. De la manière les employeurs trouvent ces filles dans un état désespéré dans les agences, c’est aussi de cette manière qu’ils n’accordent pas du respect à ces filles. Mais est-ce une raison de régner en maitre face à une personne en détresse ? Ces filles n’ont-elles pas de droits à revendiquer ?

Le calvaire des filles de ménage

Une fois ce boulot décroché, c’est le début de souffrance, d’esclavage pour certaines. Lors de notre visite à Cocody (riviera Golf) qui est l’un des principaux pôles d’attraction à Abidjan aux environs de 6 heures et demie du matin, nous avons découvert la petite Traoré Salimata âgée de dix sept ans qui affichait une mine grise défraichie, visiblement noyée dans les soucis. « Je travaille dans cette maison. Et on m’y interdit de dormir. Je dors tous les jours à la terrasse. Mensuellement je ne reçois que 20’000Fcfa. Avant de signer le contrat, ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient payer que 30’000Fcfa à condition que je ne dorme pas chez eux. Et que si je dors ici, le salaire ne dépassera pas les 20’000Fcfa, or mes tuteurs vivent à Yopougon. Cette distance m’a poussée à dormir ici ». nous a-t-elle confié.

Crise de confiance…

La confiance entre les employeurs et ces dernières est aujourd’hui brouillée. Certaines patronnes confirment qu’elles sont toujours victimes de ces filles. Car elles les considèrent comme des voleuses. Une situation qui fait que les employeurs n’acceptent plus qu’elles dorment sur les lieux de travail. « J’ai adopté une fille de ménage comme ma propre fille. Nous avons passé près de six ans ensemble et elle était devenue pratiquement ma confidente. Il a fallu un seul, jour pour que cette confiance se dégrade. Or c’est elle qui gardait la clé de ma chambre. Un jour en rentrant du travail, j’ai constaté qu’elle avait emporté tous mes bijoux et l’argent que je gardais sous le lit. Donc depuis ce temps je n’ai plus eu confiance en ces filles. Moi je préfère qu’elle viennent travailler et retourner à la maison le soir », nous confiait, Mme Loukou Assistante de Direction à la riviera Faya.

Des patronnes ne font pas plus d’un mois avec des filles de ménage

Au moment où elles vont chercher ces filles dans les agences, elles se montrent beaucoup indulgentes et aimables. Mais une fois la fille foule le seuil de la maison, elles adoptent un autre comportement à l’endroit de celles-ci. À peine certaines femmes arrivent à lui payer convenablement le salaire promis. Et quand elles revendiquent, les patronnes n’hésitent pas à les menacer et les mettre dans la rue, avec pour slogan : « tant qu’il y a des filles qui sont en quête d’emploi dans les agences, les foyers ne resteront jamais sans servante ». À la Riviera 2, une agence de placement de filles a refusé de confier des filles à Mme DK, qui n’arrive pas à faire plus d’un mois avec ses employées. Selon les responsables de cette agence, lorsqu’elle engage une fille, elle refuse de la payer après le premier mois. Aussi pour ce comportement toutes les filles la redoutent à cause des sévices qu’elles subissent chez elle. Elle n’est pas la seule femme à se montrer aussi désagréable vis à vis des filles de ménage. Elles sont nombreuses, ces femmes qui changent de servantes au gré de leurs humeurs.

La nourriture et l’usage de la douche et du WC sont interdits à certaines servantes

La chose la plus inhumaine qu’on n’aurait pas imaginée et à laquelle ces filles sont confrontées, c’est le fait que certaines travaillent et ne gouttent pas à la nourriture de leurs patrons. Elles sont obligées de payer la nourriture dehors ou attendre l’heure de la descente pour manger à la maison. C’est le cas de Mlle Nathalie qui dit être interdite de nourriture à son lieu de travail. « Avant de m’engager, ma patronne m’a dit que je n’ai pas droit à la nourriture que je prépare. Mais je suis payée à 35’000Fcfa dans le mois. J’y suis déjà habituée. Je ne dors pas chez eux. Je suis obligée de payer tous les jours le transport ou de marcher pour venir à Adjamé (habitat) ou je réside en passant par le pont piéton qui relie Adjamé et le lycée technique de Cocody. Quand il y a des invités je finis souvent tard et souvent je traverse ce pont piéton aux environs de 21 heures. Ce qui m’expose à de grands dangers. Ils m’ont aussi interdit à doucher chez eux », nous a-t-elle martelé. Par ailleurs certaines patronnes vont plus loin en interdisant ces filles de se soulager dans leur WC. « Ma patronne m’a interdit l’usage de ses toilettes, à Cocody Angré. Quand l’envie me prenait, je partais le faire chez un vieux gardien qui vivait dans une baraque avec sa famille. En ce moment-là, je dormais dans la cuisine. Un jour je souffrais d’une diarrhée la nuit. Comme l’accès au WC m’était interdit, j’ai décidé de déféquer dans un sachet noir dans la cuisine. Ainsi, j’allais le jeter au petit matin. Je vous assure que j’ai bien attaché le sachet de sorte que le déchet ne sente pas. Mais le lendemain comme d’habitude ma patronne se réveillait tôt. En vérifiant tout dans la cuisine, elle a découvert le sachet contenant le déchet. Malgré mes explications, et les interventions de son mari, elle m’a sévèrement menacée avec un pilon. Après quoi, elle m’a vidée de chez elle après deux mois sans salaire », s’est-elle indignée.

Présence encombrante, les femmes mariées se lamentent

Bien plus, les patronnes les soupçonnent le plus souvent d’être de petites sorcières ou d’arracheuses de maris. Et certains maris, trop accros du sexe n’hésitent pas à coucher avec ces filles en l’absence de leurs épouses. Cette situation pousse parfois des couples au divorce. Pour passer cette éventualité, certaines servantes sont interdites d’accès à la chambre conjugale. Quand elles sont présentes certaines patronnes mettent leurs maris sous haute surveillance. Elles sont nombreuses aujourd’hui, les servantes qui portent des grossesses de leurs patrons.

L’État encore impuissant

Jusqu’à ce jour l’État ivoiriens reste impuissant dans la protection des droits des filles de ménage. On pourrait même confirmer que les structures qui œuvrent pour la protection de ces filles sont quasiment inefficaces. Quand bien même le travail des filles de ménage est fortement critiqué, rien n’est entrepris par les autorités étatiques pour assainir et mieux organiser ce secteur qui est à la fois vital et indispensable. Vivement que le gouvernement y songe.

Presse esclavagiste (enquête réalisée par Fofana Zoumana, Le Démocrate via news.abidjan.com, 13 juin 2012)

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans REPRESSION
21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 15:54

Le procès a lieu à la 10e chambre du Palais de Justice de Paris, Métro Cité. Il reprendra les lundi et mardi 21 et 22 mai à 13h30. Un rendez-vous est prévu pour faire un point d’information à la fin du procès, le mercredi 23 mai à 19h30 au CICP (21ter rue Voltaire, Métro Rue des Boulets, Paris 11e).

Il s’agit d’un procès sous juridiction antiterroriste devant une chambre correctionnelle. Six personnes comparaissent : Ivan, Bruno, Inès, Frank, Damien et Javier. La chambre est composée de la juge Simon et de ses deux assesseurs, ainsi que d’un procureur, d’un huissier et d’un greffier. On constatera au fil des jours que la juge Simon connaît bien le dossier, se montre en apparence compréhensive et à l’écoute des prévenus, pour mieux les coincer.

Premier jour, lundi 14 mai :

Beaucoup de monde s’est retrouvé dans et devant la salle, afin de manifester bruyamment leur solidarité. Un compte-rendu relate ce qui s’est passé à l’extérieur.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1337511558.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1337511769.jpg

La journée s’est déroulée en deux parties : d’abord les présentations d’usage, puis deux premiers interrogatoires, à savoir ceux de Bruno et Ivan.

La juge a commencé par l’appel des prévenus, puis chacun a dû décliner brièvement son état civil : date et lieu de naissance, adresse, (sans) profession, revenus (type et montant, Rsa pour tous). Ensuite la juge a rappelé les accusations pour chacun, c’était assez long. En résumé, les six camarades sont accusés de :

• Participation à un groupement formé en vue de la préparation d’actes de terrorisme (pour les six)
• Fabrication d’engins explosif ou incendiaire (pour Damien, Inès et Javier)
• Tentative (ou complicité de tentative) de dégradation ou de destruction d’un bien appartenant à autrui (pour Damien, Inès et Javier)
• Détention et transport de produits incendiaires ou explosifs (pour Inès, Frank, Ivan et Bruno)
• Refus de se soumettre au prélèvement ADN (pour Ivan, Bruno, Damien)
• Refus de soumettre aux prises d’empreintes digitales (pour Ivan, Bruno et Damien)

À noter que les cinq derniers délits sont tous « en lien avec une entreprise terroriste ».

Puis chacun des prévenus a dû répondre à cette question : « Reconnaissez-vous les faits qui vous sont reprochés ? » Ils ont globalement nié l’ensemble des faits ; certains ont reconnu des refus Adn et empreintes digitales.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1337511589.jpg

La juge Simon

Ensuite la juge a fait un long résumé des informations quant aux faits.
Elle a listé pour chacun le nombre précis de jours passés en prison, en précisant « chaque jour compte » (sic). Puis elle a décrit le casier judiciaire de chacun. Elle a alors donné des précisions pour chacune des affaires, détaillant précisément certaines parties du dossier. On remarque d’emblée qu’elle le connaît bien.

- CPE : tentative de destruction d’une armoire électrique sur une voie ferrée à Paris le 12 avril 2006. « Cette période-là était marquée par les manifestations anti-CPE. »
- Dépanneuse : tentative d’incendie d’une dépanneuse de police devant le commissariat du 18ème le 2 mai 2007, lors des élections présidentielles. « Ces faits s’inscrivent dans toute une série d’attaques, d’incendies et d’actions violentes durant la période des élections présidentielles »
À noter que, dès le début, l’enquête s’est dirigée vers la « MAAF » ; voilà comment la juge elle-même l’évoque : « ce que les policiers appellent « la Mouvance Anarcho-Autonome Francilienne ». Tout cela n’est pas très défini ; mais ces individus se retrouvent sur une critique de l’État, du capital et de ses appareils, sur une haine de l’institution policière…» : « ce « milieu » étant constitué de personnes susceptibles de se livrer à des actes violents  ».
- Fumigènes : transport de fumigènes et de clous tordus sur le chemin d’une manifestation pour aller au Centre de Rétention de Vincennes le 19 janvier 2008. La juge détaille l’expertise chimique des fumigènes ainsi que les objets trouvés lors des perquisitions, notamment une lettre qui, selon elle, met en avant des liens entre différents prévenus.
- Vierzon : transport de chlorate de soude, de médicaments (chlorate de potassium), de plans d’un EPM (Établissement Pénitentiaire pour Mineurs) et de deux manuels de sabotage en italien et en anglais. Inès a toujours précisé que c’était elle qui avait rassemblé tous ces éléments et que Frank n’était au courant de rien. La juge détaille la perquisition de la maison de campagne non loin de Guéret où se rendaient Inès et Frank : notamment des empreintes digitales et génétiques, un exemplaire du journal anticarcéral L’Envolée, et des pétards. Puis viendront des détails sur la perquisition menée au domicile de Frank : de nombreux tracts et des autocollants retrouvés collés sur son frigo, exigeant notamment la libération des prisonniers de longue peine (Action Directe, Georges Ibrahim Abdallah…) ; ainsi que l’analyse méthodique de son téléphone : tant son répertoire que sa géolocalisation (prenant aussi en compte les moments où le téléphone était éteint). Plusieurs personnes proches ont été convoquées pour être auditionnées et pour donner leur Adn ; ce que certaines ont refusé (sans poursuite).

Le procureur demande ensuite la lecture de deux documents spécifiques, dont l’un est un article de journal de l’époque du mouvement anti-CPE, suite à une journée où des voies de chemin de fer ont été bloquées, qui met en avant les conséquences : 200’000 personnes bloquées, plusieurs heures de retard, des dégâts s’élevant à 10 à 20’000 euros pour chaque armoire électrique brûlée.

Interrogatoire de Bruno

Elle commence par l’interroger sur son parcours de manière très détaillée, comme elle le fera pour tous les autres par la suite : études, déplacements, activités, centres d’intérêt, liens avec la famille, convictions politiques… Puis elle en vient aux faits : elle pose alors d’abord des questions sur la détention, le contrôle judiciaire, la cavale… puis sur les faits dont les personnes sont accusées. Comme pour chaque prévenu, elle lui demande à quelles actions militantes il a participé. À d’autres, elle posera aussi des questions plus précises sur leur participation à différentes luttes.

Juge (J) : Pourquoi avoir refusé de donner votre identité aux policiers lors de votre première arrestation ?
Bruno (B) : C’était par solidarité, l’identité est une logique qui inclut et qui exclut selon le statut de chacun, qui exclut par exemple les sans papiers.
(J) Pourquoi, lorsque vous vous refaites arrêter deux ans après, vous donnez une fausse identité ?
(B) Je savais alors que je faisais l’objet d’un mandat d’arrêt.
(J) Pourquoi n’avoir pas respecté votre contrôlé judiciaire ? Qu’en pensez-vous avec le recul ?
(B) Je me suis retrouvé en contrôle judiciaire non seulement uniquement pour des fumigènes, et en plus, à Belfort. C’était trop violent pour moi […]. C’était important pour moi de pouvoir signifier que j’étais contre ces mesures qui m’étaient imposées.

Elle pose par la suite plusieurs questions sur indymedia : Qu’est-ce que c’est ? Comment ça fonctionne ? Quels sujets sont abordés ? Ces questions seront récurrentes pour toutes les personnes interrogées. En gros, elle veut faire d’indymedia l’outil d’organisation de la présumée « MAAF ».

Elle lit en entier la lettre que Bruno a écrite lorsqu’il est parti en cavale. Elle fera de même pour d’autres lettres publiques écrites par les autres prévenus.
(J) Pourquoi aviez-vous un fumigène sur vous ?
(B) Comme je vous l’ai déjà expliqué, on voulait aller à la manifestation devant le centre de rétention de Vincennes en solidarité avec les sans-papiers. On a fabriqué un fumigène et rien d’autre qu’un fumigène. Mais à chaque fois, on nous a dit qu’on mentait, que c’était pas un fumigène. Ce fumigène, c’était pour que les personnes enfermées nous voient.
(J) Pourquoi fabriquer des fumigènes soi-même quand on peut en acheter pas cher ?
(B) Pourquoi se faire à manger soi-même quand on peut acheter des plats tout préparés ?

À chaque personne, elle demandera d’expliquer ses liens avec les autres prévenus : s’ils se connaissent ou pas, à quel point, sur quel plan (amical ou politique), depuis combien de temps, comment et où ils se sont rencontrés…

Au sujet de l’occupation de la préfecture de Bobigny en soutien à un sans-papier, la juge demande :
(J) Comment ce type d’action est organisé ? Par téléphone ? Par bouche-à-oreille ? Faites-vous des réunions ? Qui participe à ces réunions ?
(B) Ça s’organise. Je vais pas vous répondre, c’est pas le cœur de l’affaire.
(J) Si, ça en fait partie.

(J) Le juge d’instruction évoque vos différents refus (empreintes digitales et photo, Adn…) Il fait remarquer que vous n’êtes pas le seul à avoir refusé et qu’il semble qu’il existe des consignes. Le juge d’instruction vous a demandé si vous appliquiez des consignes, des directives, des recommandations. Je vous repose la même question.
(B) J’appartiens au mouvement contestataire, je ne le nie pas.
(J) Vous confirmez comme vous l’avez déclaré « appartenir à la jeunesse contestataire » ?
(B) Oui.
(J) Contestataire de quoi, j’ai pas compris ?
(B) Anticapitaliste.

Interrogatoire d’Ivan

Les questions sont quasiment identiques à celles de Bruno, la juge suit presque le même ordre.

Quelques répliques du genre :
(J) Vous avez perçu le RSA alors que vous étiez en prison ?
(I) Oui, je pense qu’on ne peut pas vivre sans argent, je n’ai donc pas refusé cet argent. (…)

2e jour, mardi 15 mai :

Beaucoup de monde est encore présent pour assister au procès. Malgré plusieurs demandes à la juge, tout le monde n’a pas pu entrer à l’intérieur de la salle. Il en sera de même le lendemain, le mercredi. Même si la juge demande à plusieurs reprises le silence, il a été possible, quelques fois de réagir quand la situation était particulière : de rire lorsque la juge et le procureur disaient n’importe quoi, ou aux bonnes répliques des prévenus, de s’exclamer lorsque la juge était trop intrusive.

Ce jour-là, trois interrogatoires ont eu lieu : Damien, Frank puis Inès.

Interrogatoire de Damien

(J) Avez-vous déjà adhéré à des associations connues comme Amnesty ? (La juge posera cette question à tous les prévenus, changeant parfois d’association, comme le Samu social.)

(J) Et la perquisition à votre domicile, vous en souvenez-vous ?
(D) Je me souviens surtout de l’état dans lequel les policiers ont laissé mon appartement.

(J) Et la notion de « mouvance anarcho-autonome », vous la contestez ?
(D) Je ne la reconnais pas. C’est un terme apparu dans les journaux. Personne ne s’en réclame. Elle a été créée par les policiers. Ensuite, différents actes ont été rattachés à cette mouvance. Les membres de la mouvance deviennent presque responsables de ces actes.

La juge reconnaît alors que cette notion est très floue, et qu’elle y reviendra.

(J) Lors de votre garde-à-vue, vous avez refusé le prélèvement Adn. On l’a pris sur vos effets personnels. Un rapprochement a alors été fait avec un bouchon de bouteille retrouvé sous la dépanneuse. Vous avez contesté formellement toute implication. Comment est-ce possible ?
(D) Je n’ai aucune explication à donner. J’ai déjà été en contact avec des bouteilles. Je n’ai jamais participé à la fabrication d’un engin incendiaire. […] Un poil peut être à un endroit et pourtant la personne à laquelle le poil appartient n’est jamais allée à cet endroit. Et quand bien même ce serait mon Adn, ça ne prouve pas que j’ai confectionné ou posé un engin incendiaire. Lors de ma mise en examen supplétive, dans le bureau du Juge des Libertés et de la Détention, le procureur m’a dit : « Si je demande votre incarcération, c’est du fait de votre ADN retrouvé ajouté à votre profil, l’ADN n’est pas un élément suffisant en soi pour vous condamner. Si c’était sur un braquage qu’on avait retrouvé votre Adn, je ne demanderai pas votre mise en détention. » Or trois ans plus tard, il n’y a toujours aucun élément en plus. Et pourtant, on me poursuit encore.

(J) À plusieurs reprises, puisque vous avez contesté la manière dont votre Adn avait été prélevé lors de votre garde-à-vue, le juge vous l’a redemandé et vous avez refusé. Pourquoi ?
(D) C’est un refus de principe. Je refuse le fichage, je ne veux donc pas m’y prêter volontairement.
(J) Au départ, vous avez pourtant dit que vous aviez refusé car vous aviez été arrêté sans raison.
(D) C’est vrai que j’ai été arrêté puis mis en garde-à-vue alors que je ne faisais que passer par là, que les policiers ont ensuite tout simplement ravagé mon appartement. Tout cela ne met pas forcément dans un état d’esprit très coopératif.

Interrogatoire de Frank

(J) Pourquoi êtes vous devenu chauffeur livreur ?
(D) J’ai toujours aimé conduire et la géographie, c’est pour ça que je suis devenu chauffeur livreur en région parisienne.

Après être longuement revenue sur son parcours personnel, la juge l’interroge sur son contrôle judiciaire et ses soi-disant manquements. Elle énumère ensuite plusieurs manifestations où Frank aurait été vu.
Puis elle en vient aux faits concernant l’arrestation à Vierzon. Elle revient sur les motifs du déplacement, sur la perquisition de la maison de campagne, sur ses liens avec Inès…
Frank aborde les conditions de leur garde-à-vue à Levallois-Perret :
(J) Pourquoi avez-vous dit n’être jamais allé dans cette maison de campagne ?
(F) Je ne peux pas répondre à cette question sans parler de la garde-à-vue antiterroriste. La pression policière, le choc de passer de passer de Vierzon à Levallois-Perret, être accueilli avec un « Bienvenue à Guantanamo », l’isolement sensoriel, les néons allumés en permanence, les multiples auditions, les flics qui attendent que tu sois endormi pour venir te chercher pour l’audition, les interrogatoires où tu es menotté au mur…

Le procureur remettra en cause la pression que Frank a subi lors de sa garde-à-vue : « Si vous n’avez rien dit concernant les conditions soi-disant difficiles de votre garde-à-vue ni au médecin, ni au Juge des Libertés et de la Détention ni au Juge d’instruction, n’est-ce pas seulement parce qu’il ne s’est rien passé pendant cette garde-à-vue et qu’elle ne correspondait pas à vos fantasmes ? Expliquez-vous sur cette garde-à-vue « très difficile ». »
Forte réaction dans la salle…

La juge s’acharne particulièrement sur lui en le bombardant de questions ultra détaillées, notamment sur les différents tracts retrouvés chez lui, avec une attention toute particulière sur chacun des autocollants collés sur son frigo…

Interrogatoire d’Inès

Long retour sur son parcours, et multiples questions sur la maison de campagne en Creuse. Puis elle en vient aux faits et passe un long moment à revenir sur le contenu du sac.
Elle demande à Inès de s’expliquer sur l’origine de chacun des objets retrouvés dans le sac et d’expliquer les raisons de leur déplacement.
Après l’avoir bien cuisiné sur les différents composants chimiques, elle en vient à l’affaire de la dépanneuse.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1337511794.jpg

Inès

(J) Il existe une correspondance entre votre Adn et une des traces retrouvées sous la dépanneuse. Comment expliquez-vous cela ?
(I) Je n’ai rien à voir avec ces faits. Je ne peux pas expliquer la présence du cheveu. Un cheveu peut tomber partout, se déplacer. L’Adn, en tant que preuve, a beau apparaître dans des rapports scientifiques ce n’est pas pour autant la vérité absolue. Comment l’Adn pourrait-il faire le récit d’une scène d’infraction ?
(J) Il ne s’agit pas de cela. (I) C’est la seule preuve contre moi.
(J) Non. C’est associé au sac à dos que vous aviez avec vous ainsi qu’aux autres Adn identifiés. (I) C’est ce que disent les rapports.
(J) Pourquoi dites-vous « c’est ce que disent les rapports » ?
(I) Car je conteste l’utilisation de l’Adn en justice. Tout d’abord, comme je l’ai déjà dit, comment l’Adn pourrait-il faire le récit d’une scène d’infraction ? Ensuite, je peux laisser tomber mon Adn à plein d’endroits différents ; en plus, des personnes peuvent déplacer de l’Adn. Enfin, dans ces expertises, il y a différentes choses qui sont contestables : plusieurs erreurs sont possibles, que ce soit dans les fichiers, dans les manipulations. Je ne sais pas comment sont faites ces expertises, les bases de données ne sont pas détaillées. Je remets en cause l’Adn.
(J) Avez-vous déjà rencontré des victimes de viol, Mademoiselle, dont on ne connaîtra les auteurs que par ce procédé ? Je dis ça vu que vous êtes sensibles aux personnes en difficulté…
Huées dans la salle.

Puis la juge repart sur l’engagement politique d’Inès.
Elle en vient à parler de la première semaine de solidarité (question qu’elle abordera ensuite à maintes reprises).
(J) Que saviez-vous de cette mobilisation extérieure ? Étiez-vous au courant ? Qu’en pensez-vous ? Que pensez-vous du fait que certaines de ces manifestations soient accompagnées de dégradations ? N’y a-t-il pas une certaine récupération lors de ces débordements ?
(I) Je n’ai pas à porter de jugement là-dessus ; cela ne m’appartient pas.

Et rebelotte sur indymedia.

3e jour, mercredi 16 mai :

Interrogatoire de Javier

Après les questions d’usage sur sa vie, la juge entame directement l’interrogatoire sur l’Adn.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1337511877.jpg

Javier

(J) Comment expliquez-vous que l’on retrouve votre Adn et sur la dépanneuse et à proximité de l’armoire électrique ?
(Ja) J’ai des difficultés à l’expliquer. Pour un stylo, j’aurais pu vous dire si c’était le mien ou pas. Je ne sais même pas quelle est la nature du prélèvement : si c’est un cheveu, ou une dent…
(J) C’est ni l’un ni l’autre.
(Ja) Dans tous les cas, j’ai du mal à l’expliquer. Vous faites confiance en une expertise scientifique. Pour moi, c’est un peu de la magie. Cela peut permettre de faciliter une accusation. J’ai peu confiance en la justice et en ses expertises scientifiques. L’Adn n’est en effet jamais décrypté dans sa totalité, cela prendrait bien trop de temps. En outre, tout homme partage 90% de son Adn avec le chimpanzé, 99,9% avec un autre homme. Et sur ces 0,1% restants, les experts n’observent que quelques bouts, ou loci. 16 en France. C’est seulement ces quelques points que l’on regarde. […]
(J) Il y aurait alors donc deux erreurs vous concernant ?
(Ja) Une seule pourrait suffire. Les scellés sont transmis par des hommes. Il peut y avoir plein d’erreurs à plein de moments de la procédure. […]
(J) Il y en aurait donc deux ?
(Ja) Pas forcément. L’erreur peut provenir lors de la retranscription de l’Adn. Et en plus, quand on demande aux experts d’analyser une trace Adn, c’est biaisé d’avance : on leur dit déjà ce qu’ils doivent trouver ; on leur envoie un scellé, et en même temps, on leur dit de vérifier que c’est bien mon Adn qui est dans le scellé.
(J) Ce n’est pas comme ça que cela s’est passé. Votre Adn a été envoyé à un fichier central.
(Ja) Dans ce cas, je ne comprends pas pourquoi mon Adn aurait été recoupé si tardivement. Le fichier central n’a fait le recoupement que des mois et des mois après avoir reçu mon Adn.
(J) C’est une observation pertinente que vous faites. Par contre, ce n’est pas vrai que nous ciblons. Pour la dépanneuse, on a encore deux Adn non identifiés ; pourquoi alors, si on suit votre raisonnement, on ne les a pas attribués à d’autres gens ?
(Ja) Ce n’est pas ça que j’ai dit. J’ai dit que c’est facile pour vous d’avoir cette preuve. Je dis que vous jugez selon votre intime conviction. C’est bien arrangeant d’avoir des preuves infaillibles. À d’autres époques, le criminel était jugé en fonction de la forme de son visage. Et je ne parle pas de manipulation ou de complot. Les scientifiques le disent : on peut exclure avec certitude, mais on ne peut jamais affirmer à 100% qu’une trace Adn retrouvée provient d’une personne précise. Du coup, on fait appel à des statistiques. Or il y a toujours des chiffres incroyables : un sur 20 milliards par exemple. D’où viennent ces chiffres ? De sondages ? Auraient-ils constitué des échantillons de plusieurs milliards de personnes ? Ou est-ce comme pour les présidentielles, on demande seulement à quelques personnes et on fait des déductions ?
(J) Arrêtez… Comment expliquez-vous qu’il y ait deux erreurs ?
(Ja) Par exemple, c’est déjà arrivé qu’on recherche pendant des années et des années une femme responsable de multiples crimes et cambriolages. Après une longue enquête, il s’est avéré que c’était en fait… une femme qui travaillait dans la confection des bâtonnets de prélèvement Adn. (…) De plus, les laboratoires d’analyse sont des laboratoires privés et leur objectif est de faire de l’argent. La justice délègue. Les labos veulent tellement vendre leurs bâtonnets, c’est pour ça qu’ils montrent des résultats si infaillibles.

Après ce long échange sur l’Adn, la juge en vient aux convictions politiques et aux liens avec les autres prévenus. Quand on l’interroge sur ses convictions politiques, Javier répond :
« Je ne crois pas que ce soit le bon endroit pour débattre de cela. Nous ne sommes pas à égalité. Ce que je vais dire va influencer ma condamnation. Vu que je n’ai pas participé aux sabotages dont vous m’accusez, il n’y a que mon opinion que vous avez, en plus de mon Adn. »

Puis elle repart sur Indymedia et la semaine de solidarité.

Les interrogatoires personnels se terminent. La juge prend des thèmes et interroge ensuite les prévenus un à un.

Pendant plus d’une heure et demie, elle lit différents procès verbaux.
L’un décrit la « Mouvance Anarcho-Autonome Francilienne » : nombre de membres, idées, type d’action… C’est une sorte de définition de ce que serait la « MAAF ».
Un autre présente une longue liste d’actions attribuées par la police à la MAAF. Elle décrit précisément la date, la nature des faits, et les personnes accusées quand c’est le cas.
Elle revient pendant des plombes sur la manifestation du 5 avril 2008. Il s’agit d’un procès verbal des flics qui suivent un groupe d’« anarcho-autonomes ».
Les avocats disent qu’on tente de charger leurs clients alors qu’ils ne sont pas accusés de ces faits.
Puis la juge lit un document descriptif concernant Indymedia et fait une liste d’autres médias.
Elle revient ensuite extrêmement longuement sur la semaine de solidarité sans frontièreayant eu lieu entre le 9 et le 16 juin 2008. Elle lit l’appel à cette semaine ainsi qu’une très longue chronologie détaillée trouvée sur Indymedia, ainsi que des commentaires des flics sur les différentes actions (par exemple, si elles ont été recensées ou pas).
Elle évoque aussi différents guides trouvés eux aussi sur Indymedia : guide sur la garde-à-vue (qu’elle juge « très pédagogique »), sur l’Adn, sur des lois sécuritaires… Elle évoque aussi « 10 jours d’agitation contre les lois antiterroristes » en janvier 2009.

Après ces longues lectures, la juge ré-interroge les différents prévenus.

Juge : Dans beaucoup de ces manifestations il est fait, dans les compte-rendus, référence à la notion d’  »anarchistes » et aussi à vous personnellement. Qu’en pensez-vous ?

Frank : Ça n’a pas grand chose à voir avec le terrorisme.
Juge : Le site utilise le mot « anarchistes ». Qu’en pensez-vous ?
Frank : Chacun peut mettre les catégories qu’il veut.

Inès : Je n’ai pas grand chose à en dire non plus. Je ne vois pas en quoi cela me concerne. Je ne suis pas responsable d’actes commis à des milliers de km et qui se sont déroulés lors de ma détention.
Juge : Oui, mais qu’en pensez-vous ?
Inès : Je ne veux pas m’exprimer là-dessus.

Damien : Je suis étonné que l’on passe 1h30 là-dessus. Vous tentez de faire un lien, comme si vous cherchiez à nous rendre responsables de tout cela.
Juge : Je ne fais pas ce lien. Qu’en pensez-vous ?
Damien : Chacun est libre d’exprimer sa solidarité de la manière qu’il le souhaite. Je n’ai pas à me prononcer là-dessus. C’est en constituant cette liste que les policiers construisent la MAAF.
Juge : Qui fait ce regroupement ? Ce n’est pas la police ni le tribunal ; c’est Indymedia.
Damien : Il y a des centaines de milliers d’articles sur Indymedia.

Son avocate dénonce l’utilisation d’Indymedia à charge contre les prévenus.

Ivan : Il explique comment dans le réquisitoire de fin d’instruction, le procureur établit comme un lien avec l’ETA le fait qu’il y a eu des actions de solidarité aux Pays Basques et combien c’est faux.
Puis il estime que c’est pour leur participation à des luttes qu’ils comparaissent au tribunal et que donc il trouve normal que des gens fassent preuve de solidarité.
Puis il réfute le lien entre tous les faits qui ont été listés auparavant, comme il n’y a pas de raison de les regrouper ainsi. Et qu’il n’est pas justifié par la police où s’arrêtent et où commencent les actions la MAAF.
Juge : Au PV.
Ivan : S’il n’y a pas de définition de la MAAF, d’où provient alors ce regroupement ? Personne ne s’en revendique. La justice n’est pas indépendante du pouvoir. Grâce au dossier, j’ai compris comment le fichier MAAF fonctionnait. Sur ce fichage anarcho-autonome (…), si des personnes sont arrêtées lors d’une manifestation en présence d’une personne fichée anarcho-autonome, alors ces personnes le deviennent aussi.

Bruno : Je n’ai pas grand chose à en dire. Chacun est libre de se solidariser à sa manière. La MAAF est une construction a priori. Je suis contre ce genre de liste.

Javier : Sur la semaine de solidarité, je ne suis pas poursuivi pour ces faits, je ne veux pas donner d’opinion politique.
Juge : Et concernant l’autre liste (celle des actions de la MAAF) ?
Javier : J’ai l’impression que vous défendez ce fichage des RG. Il devrait y avoir dans le dossier le descriptif de comment on se retrouve dans ce fichier.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1337512033.jpg

L'huissier gothique

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1337512058.jpg

Assesseur no 1

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1337512144.jpg

Assesseur no 2

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1337512301.jpg

Et pour finir, cette saleté de proc'

Le procès a lieu à la 10e chambre du Palais de Justice de Paris, Métro Cité. Il reprendra les lundi et mardi 21 et 22 mai à 13h30. Un rendez-vous est prévu pour faire un point d’information à la fin du procès, le mercredi 23 mai à 19h30 au CICP (21ter rue Voltaire, Métro Rue des Boulets, Paris 11ème).

Solidarité avec les 6 camarades inculpés !

D’autres textes sur les premiers jours du procès à lire sur indymédia :

- Procès antiterroriste : premier jour agité 
- (Mauvaises intentions) Le coupable est… indymedia ! 
- L’enfer des bonnes intentions 
- Terrorisme, curcuma et crime par la pensée

Et bien entendu, beaucoup plus d’infos sur infokiosques.net/mauvaises_intentions et dans la brochure Mauvaises Intentions 3

Indymedia Paris, 20 mai 2012

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans REPRESSION
10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 22:23

Des militantes égyptiennes accusent de nouveau les militaires de sévices sexuels

Des militantes et des groupes de défense des droits de la personne ont accusé l’armée égyptienne et les autorités carcérales, mercredi, d’avoir commis des agressions sexuelles contre des femmes arrêtées lors de la dernière rafle contre les manifestants au Caire.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1336627483.jpg

Ces accusations, qui rappellent des incidents semblables survenus lors de précédentes manifestations, ajoutent de nouvelles tensions dans la campagne électorale en Égypte, deux semaines avant l’élection présidentielle.

Plus d’une douzaine de femmes faisaient partie des quelque 300 manifestants arrêtés le week-end dernier dans la foulée d’une manifestation devant le ministère de la Défense qui a dégénéré [sic].

La militante Aida Seif al-Dawla a déclaré que des gardiennes de prison avaient agressé sexuellement certaines militantes détenues en inspectant leurs organes génitaux sous prétexte de rechercher des drogues.

« C’est une agression sexuelle », a dénoncé la militante. « Les femmes sont blessées, physiquement et psychologiquement. »

L’une des femmes en question, Aya Kamal, a témoigné mardi devant la commission des droits de la personne du Parlement au sujet des sévices dont elle dit avoir été victime lors de son arrestation.

Lors d’un témoignage télévisé, Aya Kamal a déclaré à la commission qu’elle s’était réfugiée dans une mosquée pour échapper aux soldats qui tentaient de disperser les manifestants.

Elle a raconté que des soldats avaient pris la mosquée d’assaut et s’étaient relayés pour l’insulter, lui cracher dessus et lui faire des attouchements sexuels. D’autres femmes étaient présentes et ont été victimes des mêmes sévices, a-t-elle dit. Des manifestants de sexe masculin ont aussi été battus et menacés d’agression sexuelle, a déclaré Aya Kamal.

Elle a affirmé qu’un soldat l’avait frappée à la tête avec un bâton et qu’elle avait perdu connaissance pendant quelques secondes. Pendant ce temps, un autre soldat a tenté de lui enlever son voile islamique.

À leur arrivée dans un centre de détention militaire, des soldats ont célébré l’arrivée de nouveaux détenus.

« Ils nous ont insultées, nous les femmes. Ils ont ouvert les fenêtres (de la camionnette) et ont tenté de toucher notre corps et de nous harceler. Ils nous ont menacées d’agression sexuelle et nous ont dit que si l’une d’entre nous ouvrait la bouche, elle serait jetée en pâture aux soldats à l’intérieur en sachant ce qui lui arriverait », a raconté Mme Kamal en retenant ses larmes.

Aida Seif al-Dawla a expliqué que la plupart des femmes victimes de sévices des militaires n’étaient pas prêtes à les dénoncer en public à cause du stigmate social associé aux questions à caractère sexuel dans une société musulmane conservatrice, et aussi parce que ces femmes craignent d’être convoquées pour être interrogées.

Un responsable militaire a indiqué qu’il n’y avait pas eu de plainte formelle au sujet des agressions alléguées. Il a cependant indiqué qu’Aya Kamal faisait toujours l’objet d’une enquête, ce qui signifie qu’elle pourrait encore être accusée d’avoir attaqué des militaires et d’avoir perturbé l’ordre public.

Ce responsable a réclamé l’anonymat conformément aux règles de l’armée.

Les militants pro-démocratie accusent les militaires d’avoir recours aux mêmes pratiques abusives en vigueur sous le régime d’Hosni Moubarak. L’an dernier, les « tests de virginité » menés par des médecins militaires sur des manifestantes détenues a causé un tollé en Égypte et ailleurs dans le monde.

L’armée avait alors admis qu’il y avait bel et bien eu de tels tests, tout en affirmant que les commandants militaires ne les avaient pas autorisés. Un médecin militaire traduit en justice pour avoir pratiqué ces tests a été acquitté. Un tribunal civil a demandé à l’armée de cesser cette pratique.

Les militants estiment que les tests de virginité et les agressions sexuelles visent à intimider les femmes et à les maintenir à l’écart des manifestations.

Leur presse (Associated Press, 9 mai 2012)

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans REPRESSION
10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 22:19

Taser : le Défenseur des droits veut sanctionner la police

Le Défenseur plaide en faveur de poursuites à l’encontre de deux policiers après la mort d’un homme au cours de son interpellation en 2010 à Colombes.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1336677967.jpg

Le Défenseur des droits demande au ministère de l’Intérieur d’engager des « poursuites disciplinaires » à l’encontre de policiers qui avaient utilisé leurs pistolets à impulsions électrique Taser en 2010 pour maîtriser un Malien sans papiers, décédé lors de son interpellation.

La Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), remplacée depuis par le Défenseur des droits, avait été saisie par plusieurs parlementaires à la suite du décès de Mahamadou Marega, le 30 novembre 2010 à Colombes (Hauts-de-Seine).

Dans une décision datée du 4 mai, le Défenseur des Droits relève « des manquements à la déontologie de la sécurité ». Il recommande des « poursuites disciplinaires » à l’encontre de deux policiers pour avoir fait « un usage abusif » de leur pistolet à impulsion électrique « en mode contact » à l’encontre de cet homme.

Il recommande également « des sanctions disciplinaires » à l’égard de quatre autres agents, « pour avoir exercé des gestes de contrainte disproportionnés » contre lui dans l’ascenseur de son immeuble, et « n’avoir pas été attentifs » à son état de santé.

Cette affaire avait déclenché une manifestation à Paris de près de 300 personnes à l’appel d’un collectif demandant «vérité et justice» sur ce décès.

« Réflexion sur le flashball »

Elle avait aussi déclenché l’ouverture d’une information judiciaire contre X pour « homicide involontaire ».

Les policiers étaient intervenus à l’occasion d’un litige entre un homme domicilié dans un immeuble de Colombes et son sous-locataire. Selon les déclarations des policiers appelés sur place, le sous-locataire, M. Marega, était devenu « hystérique » et agitait un marteau qui avait blessé deux d’entre eux, relate le Défenseur des droits. Ils avaient utilisé du gaz lacrymogène pour le maîtriser, puis leurs Tasers.

Le Défenseur des droits a décidé « de mener une réflexion sur l’usage du pistolet à impulsion électrique, au regard des problèmes soulevés par l’utilisation de cette arme par les forces de l’ordre », annonce-t-il dans un courrier à la sénatrice de Paris Nicole Borvo Cohen-Seat (PCF), l’une des parlementaires à l’origine de la saisine.

Il recommande d’ores et déjà « l’interdiction » des « Taser X 26 » de couleur orange, « armes de remplacement » qui, contrairement aux pistolets jaunes, ne sont pas munies d’un dispositif d’enregistrement vidéo et audio.

Il va également mener une réflexion sur l’usage des lanceurs de balle de défense de type flashball.

Leur presse (Agence Faut Payer, 10 mai 2012)

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans REPRESSION

A L’assaut Du Ciel!

  • : coutoentrelesdents
  • : Les spectateurs ne trouvent pas ce qu'ils désirent, ils désirent ce qu'ils trouvent.
  • Contact

?

Celui Qui Ne Connaît Pas L'histoire Est Condamné À La Revivre.