En fuyant Tombouctou, des jihadistes d’Aqmi ont laissé derrière eux un document singulier, qui explique en 22 points comment éviter les drones.
Les journalistes de
l’agence américaine Associated Press ont trouvé dans la ville malienne de Tombouctou un document pour le moins intéressant : un manuel par et pour les membres d’Al Qaeda
énumérant 22 tactiques et astucespour se protéger des drones
occidentaux.
FRAPPE AÉRIENNE D’UN DRONE DE CLASSE PREDATOR
Le document, trouvé dans des bâtiments
désertés par les jihadistes après l’intervention française, serait apparu pour la première fois en arabe sur un site extrémiste le 2 juin 2011, un mois après la mort de Ben Laden.
Son auteur, le yéménite Abdallah bin
Muhammad, résume la réponse à apporter à l’Occident dans sa « guerre des drones » autour de trois axes : des tactiques défensives de brouillage et d’aveuglement, du contre-espionnage
visant les agents américains, et la prise à partie de l’opinion publique américaine pour qu’elle fasse pression contre son gouvernement.
Ce document est intéressant à de nombreux
égards. Il confirme notamment lesinquiétudes des experts quant à une articulation et une coordination toujours plus poussée des différentes cellules d’Al
Qaeda à travers le monde. L’auteur fournit en outre une analyse très
pertinente de la stratégie américaine dans l’emploi de ses drones et les raisons économiques et politiques qui la justifient.
Un drone américain Predator sur une base au Pakistan (Eric Gay/AP/SIPA)
Al Qaeda, vivante et vivace
Loin d’être un renoncement ou une
capitulation, la « guerre des drones » est une guerre à moindre coût budgétaire et humain, qui permet au gouvernement américain de mener son combat contre le terrorisme à moindres frais
et sans la désapprobation populaire et très médiatisée des familles de soldats.
« Les Américains réalisent
pleinement qu’ils en sont à leur dixième année de conflit, qu’ils sont épuisés économiquement, qu’ils ont subi des pertes humaines et ont été confrontés à une pression publique soutenue par le
Congrès, de telle manière que cela a fait du retrait honorable et responsable des troupes l’objectif premier de la Maison-Blanche. Mais cela ne signifie pas abandonner la guerre
[...]. »
L’auteur ne promeut pas un affrontement
direct contre cet ennemi aérien quasi invisible : il enjoint les jihadistes à adopter une stratégie de « kidnapping des citoyens occidentaux à n’importe quel endroit du monde […] avec
pour seule demande la cessation des attaques contre des civils au Yémen, ce qui constitue une demande juste et humanitaire qui créera un soutien mondial et la pression de l’opinion publique en
Amérique ».
DES MILITANTS ANTI-DRONES RUINENT UNE SESSION DU CONGRÈS
Cette analyse tombe à point nommé alors
qu’un sénateur américain, Lindsey Graham, vient d’annoncer que le nombre de victimes des attaques de droness’élèverait à 4 700, n’hésitant pas à affirmer ce
jeudi :
« Parfois on frappe des personnes innocentes, ce que je
déteste, mais nous sommes en guerre, et nous avons tué plusieurs hauts responsables d’Al Qaeda. »
Des astuces faites maison, mais sérieuses
Certaines des tactiques listées peuvent
paraître datées ou farfelues – comme le fait de peindre sa voiture avec de la boue alors que certains drones sont maintenant équipés de détecteurs thermiques. Le colonel Cedric Leighton, un
vétéran des forces aériennes américaines qui a participé à la programmation du drone Predator, a déclaré au Telegraph prendre le document très au sérieux :
« Ce ne sont pas des techniques
idiotes. Ça
montre qu’en réalité ils agissent plutôt astucieusement. Le but est de leur acheter un peu plus de temps, et dans ce conflit, le temps est la clef. Et ils utiliseront [ces techniques] pour se
déplacer loin d’une zone, d’un bombardement aérien, et le feront très rapidement. »
Rue89 en a fait une traduction (le style n’est pas toujours fameux, mais lisez l’original [PDF] avant de tirer sur le traducteur) :
1. Il est possible de connaître l’objectif et la mission d’un drone en se
servant du système russe « sky grabber » pour infiltrer les ondes et fréquences de l’engin. L’outil est disponible sur le marché pour 2 595 dollars et l’opérateur doit avoir
des connaissances poussées en informatique.
« SKYGRABBER » UTILISÉ PAR DES INSURGÉS IRAKIENS POUR PIRATER LES TRANSMISSIONS D’UN PREDATOR
2. Utiliser des
dispositifs qui diffusent des fréquences pour déconnecter les commandes et brouiller les
fréquences utilisées pour contrôler le drone. Les Moudjahidines ont eu des résultats concluants en utilisant le système russe « Racal ».
3. Installer des morceaux de verre réfléchissant sur les
voitures et toits des bâtiments.
4. Positionner un groupe de snipers expérimentés pour
chasser les drones, tout particulièrement ceux de reconnaissance qui volent à basse altitude, à environ 6 kilomètres ou moins.
5. Saturer et brouiller les communications électroniques en
utilisant une dynamo ordinaire agrémentée d’une tige de cuivre de 30 mètres de hauteur.
6. Saturer et brouiller les communications électroniques en
utilisant un vieil équipement – pour ses fortes fréquences – et le laisser tourner 24 heures sur 24. Il est possible d’avoir recours à des simples mécanismes d’aveuglement attirant
les systèmes à ondes électroniques, de la même manière que l’armée yougoslave avait utilisé des fours à micro-ondes pour détourner et brouiller les missiles à système de guidage électromagnétique
de l’OTAN.
7. Adopter un ensemble de méthodes pour semer la
confusion et changer régulièrement de quartiers généraux.
8. Repérer la présence d’un drone grâce à des réseaux de
reconnaissances bien conçus et avertir les formations de cesser tout mouvement dans la zone.
9. Se cacher pour ne pas être repéré, directement ou
indirectement, surtout la nuit.
10. Se cacher sous des arbres touffus, la meilleure
couverture contre les avions.
11. Rester dans des endroits protégés du soleil, à
l’ombre des bâtiments et des arbres par exemple.
12. Couper tous les appareils de communication sans fil.
13. Sortir des véhicules et en rester éloignés,
particulièrement lorsque vous êtes poursuivis ou durant un combat.
14. Tromper le drone en allant dans des endroits avec de
multiples entrées et sorties.
15. Se servir d’abris souterrains puisque les missiles tirés
par ces avions sont généralement de type antipersonnel et non anti-bâtiment.
16. Eviter de se rassembler dans des lieux ouverts et, en
cas d’urgence, utiliser des bâtiments à entrées et sorties multiples.
17. Former des groupes de contre-espionnage pour détecter
les espions et agents.
18. Créer de faux rassemblements, avec par exemple des
poupées et statues placées devant de fausses tranchées pour tromper l’ennemi.
19. Lorsque vous découvrez qu’un drone
poursuit votre voiture, quittez le véhicule
immédiatement et que chacun se disperse dans des directions différentes, car les avions ne pourront pas poursuivre tout le monde en même temps.
20. Utiliser des barricades naturelles comme des forêts et
des grottes lorsqu’il est impératif de s’entraîner ou se rassembler.
21. Dans les zones fréquemment ciblées par
l’ennemi, faire de la fumée pour se
cacher, en brûlant des pneus par exemple.
22. Les chefs ou les personnes
recherchées ne doivent pas utiliser d’appareils de
communication, car l’ennemi conserve habituellement une empreinte vocale grâce à laquelle il peut identifier la personne qui parle et la localiser.