Les spectateurs ne trouvent pas ce qu'ils désirent, ils désirent ce qu'ils trouvent.
Ecrit par le Comité Inaudible – Agent rigolo du Syndicat Réel
Sous quelque angle qu’on le prenne, l’idéalisme est sans issue.
Chez tous ceux qui ne veulent qu’espérer, il entretient cette illusion que leurs idées et désirs particuliers occupent une centralité déterminante dans la transformation sociale.
Ceux qui prétendent détenir des solutions n’en finissent plus de s’aveugler sur le démenti cuisant que leur offre l’image du pourrissement groupusculaire qui résume, à peu près à lui seul,
l’histoire du gauchisme.
La seule « culture militante » qui se transmet encore est celle des diverses scissions qui ont traversés l’histoire de tel ou tel courant, entrecoupés de divers action d’éclat mythifié de tel ou
tel leader charismatique qu’on évoque avec respect et nostalgie.
C’est une chose simple mais pourtant inaudible que les idées ont toujours été, historiquement, un facteur de division, et les luttes réelles les seules révélatrices efficaces des penchants et des
aspirations réels de chacun.
« Groupusculaire sera le genre humain » est l’imbécilité d’un militantisme idéaliste qui en est arrivé, sous des airs d’apparente « rénovation », à faire du surplace depuis presque plus d’un
siècle.
L’illusion de l’innovation n’en finit pas de se recycler.
Des anarchistes aux léninistes, c’est toujours le même sectarisme qui prend des poses de cadors ou des airs de vierges, les mêmes gourous qui ne font qu’échanger des étiquettes pour mieux camper
sur leurs positions et s’agripper à leurs petits leaderships miteux.
Ceux qui font encore dans le commerce juteux de la théorie radicale donnent l’impression de n’avoir plus d’autre intention que de continuer, ad vitam eternam, de se branler dans leurs écrits,
qu’ils se tendent comme des miroirs complaisants.
On commence pourtant à se rendre compte un peu partout qu’il serait grand temps d’arrêter de se branler.
Rien de ce qui se présente n’est, de loin, à la hauteur de la situation.
Dans son absence de représentation même, le prolétariat reste encore une réalité plus tangible que toutes les élucubrations des guignols qui se chamaillent pour annoncer sa disparition.
Rien ne manque au triomphe de la bourgeoisie. Ni la karchërisation médiatique de toute représentation du prolétariat par le monopole de l’apparence qu’elle s’octroie.
Ni la spectacularisation outrancière et forcenée du nihilisme frustrée d’une « classe-moyenne » imbécile et désœuvrée, dont la mauvaise conscience de classe squat le box-office de la contestation
admise depuis déjà trop longtemps.
La misère de la critique bourgeoise n’en finit plus de croître, elle est même déjà partout.
Mais elle peut encore se propager d’avantage.
Devant l’évidence de leur embourgeoisement, il y a ceux qui s’aveuglent et ceux qui assument, ceux qui cherchent la théorie adéquate pour leur servir d’alibi et ceux qui transforment leur
pratique, ceux qui pondent une énième revue d’ultra-gauche chiante à mourir et ceux qui s’organisent.
Nous sommes du côté de ceux qui s’organisent.
CECI EST UN APPEL !
C’est-à-dire qu’il s’adresse à tous. Nous devrons prendre la peine de démontrer, d’argumenter, de convaincre. Nous irons à l’évidence parce que, pour le prolétariat, l’urgence d’une
transformation sociale est une évidence sensible qu’il tire de sa situation d’exploitation économique et de soumission politique.
Mais ce qui frappe pour l’heure, ce ne sont pas les arrogances de la bourgeoisie, c’est plutôt la faiblesse de la contre-attaque.
Comme une colossale paralysie. Une paralysie de masse du prolétariat qui se laisse tantôt convaincre qu’il n’existe plus, tantôt qui se laisse dire « quoi faire » et « comment le faire ».
Dans la dernière décennie nous avons vu le léninisme et l’anarchisme reprendre le monologue ennuyeux de leur arrogance sectaires dans des bouches encore lycéennes.
Il n’a pas fallu cinq ans aux flics, aux bourgeois, aux diverses petits-chefs et à la drogue pour avoir raison du bref « mouvement autonome » qu’on jurait avoir vu réapparaître après le «
mouvement anti- CPE ».
A l’heure qu’il est, du Front de gauche à l’ultra-gauche-au-front-dégarni, la bourgeoisie et sa fausse critique décrivent le même horizon absent. La même perspective d’imposer sa vision de classe
et de gérer la contestation.
Ceux qui s’opposent aux partis politiques formels ne sont en définitive qu’un autre parti politique, informel ou « imaginaire », où ce sont encore et toujours les fractions intellectuelles
contestatrices de la petite-bourgeoisie défroquée qui tiennent les bureaucraties, fussent elles « invisibles ».
Partout c‘est la même vieille idée du « parti », les mêmes jeux de pouvoirs, les mêmes vieilles âneries affinitaires, les mêmes chantages affectifs et les mêmes histoires de cul.
C’est à force de voir la bourgeoisie comme un sujet qui nous fait face, au lieu de l’éprouver comme un rapport social qui nous tient, que l’on reproduit les classes dans la lutte de classe. Que
l’on reproduit, sous couvert d’alternative, un entre-soi de jeunes blancs intellos de la petite-bourgeoisie. Et qu’on se borne à y vivre une petite expérience romantico-affinitaire post-
estudiantine avant d’aller se reclasser.
S’organiser cela veut dire : partir de sa situation, et non la récuser. Y tisser les solidarités nécessaires, matérielles, politiques qui ne se résument pas à de l’affinitaire, à une réduction
binaire « je t’aime / je t’aime pas ».
C’est ce que fait n’importe quelle grève. C’est ce que fait n’importe quel collectif ! N’importe quel syndicat de métier ou union locale.
Lorsqu’ils nous voient nous désintéresser des pénibles théories radicales universitaires — spectacle, biopouvoir, empire, « zone d’autonomie temporaire » et autres élucubrations — les
intellectuels bourgeois nous regardent d’un œil hautain. « Les pauvres, semblent ils dire, ils ressassent toujours les mêmes choses, ils se ferment à tout élargissement théorique. Ils sont
archaïques ».
Mais nous croyons exactement le contraire : ce sont eux qui répètent toujours les mêmes choses, en parlant le langage de la fausse nouveauté, dont l’innovation apparente ne réside que dans le
choix du vocabulaire ampoulé qu’ils s’acharnent à élaborer pour décrire une situation à laquelle ils sont étrangers.
Personne n’est dupe du mépris voilé avec lequel ils parlent de la « disparition des classes » sans jamais se mettre en jeu.
Leur volonté de dépasser la « vieille lutte de classe » n’est qu’une façon de rester entre- eux et de fuir ceux qui sont déjà là et avec qui, par-dessus tout, ils redouteraient de vivre.
Et finalement ce sont eux qui répugnent à admettre la signification politique de la lutte de classe, qui se servent de leurs privilèges et de leur capital culturel pour cacher la misère de leur
expérience sensible, la vacuité de leur vécu absent, évaporé dans l’ennui feutré de leur confort bourgeois ; pour cacher cette indigence derrière de pitoyables effets de styles romantiques et une
phraséologie guerrière qui ne trompe personne.
NOUS AVONS CONNU, nous connaissons encore, la tentation du romantisme.
Les groupes affinitaires, les petites émeutes, les road- trip, les squats de potes qui ne servent à rien d’autre qu’à organiser des concerts pour des caisses de soutiens, les manifs sauvages, les
textes de charabias qu’on se fait circuler entre nous ; la succession de tout cela.
Courir partout en quête d’intensité.
N’éprouver au coup par coup sa puissance qu’au prix de retourner à chaque fois à une impuissance de fond. Payer chaque campagne au prix fort. La laisser consommer toute l’énergie dont nous
disposons. Puis aborder la suivante, chaque fois plus essoufflés, plus épuisés, plus désolés.
Et peu à peu, à force de sectarisme, de marginalisation et d’élucubrations théoriques, devenir incapables de simplement percevoir ce qui est pourtant supposé être à l’origine de notre
engagement.
Le romantisme révolutionnaire, l’organisation affinitaire et partisane, est notre premier réflexe de classe. La réponse conforme à notre situation matérielle et sa forme de conscience. Se
regrouper sur des bases d’idées et d’affinités communes, donc au final de classe sociale, est ce à quoi nous a habitué le système capitaliste.
L’idéaliste se regroupe contre la société de classe. Mais il ne fait que la prolonger. Son autoritarisme et son dogmatisme hautain viennent vite faire fuir le peu de prolétaires qui s’y étaient
un instant trompés.
L’idéaliste veut être au centre de tout. Partout, il apporte sa grille de lecture, l’optimisme de ses certitudes apprises.
Incontestablement, l’idéaliste se démène. Mais jamais il ne se donne les moyens de faire ce qu’il pense. Comment faire pour dépasser concrètement son impuissance, pour commencer à établir sans
attendre une contre-société communiste.
Rien de ce qui se propose dans l’inflation illimitée des idéologies philosophico- politiques n’est à même de nous mener au delà du désastre.
Aussi bien nous commençons par nous déclarer autonomes vis-à-vis d’elles.
Nous ne théorisons rien, nous nous constituons en force matérielle autonome au sein de la lutte de classe.
Nous situons le point de renversement, la sortie du désert, la fin du Capitalisme dans l’intensité des liens de solidarité et de lutte que nous serons capables de développer entre
prolétaires.
Contre les tenants du libéralisme, nous refusons d’envisager nos problèmes comme une addition de problèmes individuels.
Au contraire, nous partons de la certitude que ces problèmes sont en lien avec une construction du monde, et que leur dépassement viendra d’une mise en commun de moyens effectifs de construire
une contre- société.
A toute préoccupation idéologique, à tout souci de pureté théorique, nous substituons l’élaboration collective d’une stratégie.
N’est mauvais que ce qui nuit à l’accroissement de notre puissance.
La perspective de former un collectif ne nous effraie pas ; celle de passer pour un syndicat nous réjouit plutôt.
Signé :
La B.I.C.R.A.V.E :
Branche Internationale du Communisme Réel et de l’Autonomie Véritablement Emancipatrice