Qu'est-ce que le rap ? En fonction des personnes à qui on demande et de leur génération, le mot « rap » peut revêtir des sens différents. A un moment, « un rap » était un ensemble d'excuses qu'un escroc vous présentait pour vous tromper.
Dans
les années 1970, un rap était les mots qu'une personne utilisait quand elle essayait de vous persuader. Ce qui s'appliquait particulièrement aux efforts de persuasion qu'un jeune homme
pouvait mettre en œuvre pour obtenir les faveurs sexuelles d'une femme.
Aujourd'hui, le
rap consiste à balancer des rimes sur un rythme musical, étant ainsi un des quatre éléments majeurs de la culture hip-hop. Du fait que les autres éléments – qui sont le deejaying, le
breakdancing et le graff – ne soient pas aussi connus, les mots Hip-Hop et Rap ont été utilisés de façon interchangeable au fil du temps.
La
vérité c'est que le mot rap n'a pas toujours été utilisé pour décrire cette activité. L'action de faire des rimes en suivant un rythme musical était originellement appeléemceeing. Le terme rap a pour
la première fois été associé au Hip-Hop aux alentours de 1979, avec la sortie de deux albums en 1979. Le premier s’appelait King Tim
III(Personality
Jock), et il est considéré comme étant le premier disque de Hip-Hop. Ce morceau a été lancé par le groupe Fatback
Band, basé à Brooklyn. Ils disent s'être inspirés des vieux styles de rimes des disc-jockeys noirs de la radio des années 1950 et 1960, tels que Jocko
Henderson, Jack The
Rapper,Magnificent
Montague et Daddy
O, pour ne nommer qu'eux. Ces deejays radio noirs auraient même influencé des deejays pionniers dans les clubs, comme DJ
Hollywood.
La
deuxième chanson qui a popularisé et contribué à associer le terme Rap avec le Hip-Hop a été la chanson phare « Rapper's
delight » par Sugar
Hill Gang. Je ne suis pas tout à fait sûr de la façon dont Sugar Hill en est arrivé au terme « Rap ». Certains disent qu'il avait déjà été évoqué dans les médias mainstream, qui ont ensuite été
hypnotisés par ce nouveau phénomène.
D'autres disent
que le terme a été inventé par des gens plus âgés au sein de la communauté, ici les directeurs du label de production de Sugar Hill, Sylvia et Joey Robinson, qui ont vu des similitudes entre
les jeunes hip-hoppeurs des années 1970 et les manipulateurs de mots des générations précédentes où le mot rap était employé.
Ironiquement, la
chanson Rapper's Delight contient une rime bien connue qui semble avoir été empruntée à l'ancien Black Panther président du SNCC (Student Nonviolent Coordinating
Committee[1]) H.Rap
Brown, aujourd'hui connu sous le nom de Jamil Abdullah
Al-Amin. La rime en question apparaît dans l'autobiographie de Brown écrite en 1969, « Die Nigger Die »
(« Meurs, Negro,
meurs »). Elle parlait de sa démarche militante en vue de résoudre quelques uns des maux affligeant l'Amérique noire. Dans son livre, il explique comment il a obtenu le nom de « Rap
». il raconte qu'en Louisiane, là où il a grandi, les gens jouaient à plusieurs jeux de mots, dont un qui s'appelait Les
Douzaines.
Le but
de ce jeu était de réduire à néant quelqu'un avec des mots. Il a noté que dans son quartier, et gardez en tête que nous parlons du début des années 1960, il y avait environ 50 mecs qui
restaient debout à se faire la compétition à ce jeu de rimes dans lequel chacun parlait de la mère de l'autre. Le gagnant était déterminé en fonction de la réaction de la foule… Rap Brown a
obtenu son nom parce qu'il était considéré comme étant l'un des plus talentueux à ce jeu…
Dans son livre, H.Rap Brown donne quelques exemples de ses rimes :
I fucked your mamatill she went blind.Her breath smells bad,But she sure can grind.
[J'ai baisé ta mèreJusqu'à ce qu'elle ne voit plus rienElle avait mauvaise haleineMais c'est clair qu'elle peut faire du bien.]
I fucked your mamafor a solid hour.Baby came outscreaming, Black Power.
[J'ai baisé ta mèrePendant une bonne heure.Le bébé est sortien criant Black Power.]
Elephant and Baboonlearning to screw.Baby came out lookinglike Spiro Agnew.
[Le babouin et l'éléphantapprenant à faire l’amour.Le bébé est sorti ressemblantà Spiro Agnew[2].]
Brown
parle aussi d’un autre jeu verbal appelé Signifiant. Il note que ce jeu
était plus humain que Les Douzaines, parce qu'au lieu
d'insulter la mère de quelqu'un, tu devais insulter ton adversaire. Il explique aussi qu'un signifieur talentueux
savait comment aligner brillamment ses mots afin d'exprimer ses sentiments avec précision. Il conclut en disant que signifying pouvait
également être utilisé pour faire du bien à quelqu'un. Il a lâché une rime qui a été utilisée dans le film « Five On The Back Hand
Side » et immortalisée plusieurs années après par Sugar Hill Gang.
Yes, I’m hemp the demp the women’s pimpwomen fight for my delight.I’m a bad motherfucker. Rap the rip-saw thedevil’s brother‘n law.I roam the world I’m known to wander and this. 45is where I get my thunder…
[Oui je suis le stupide fumeur de beuh le proxénète des femmesLes femmes se battent pour mon plaisir.Je suis un mauvais fils de pute. Rap du rip-j'ai vu lebeau-frère du diable.Je parcours le monde je suis connu pour traîner et ce 0,45est ce qui me donne ma foudre...]
Le
fait que H.Rap fasse référence à son flingue de 0,45 mm de calibre a peut-être été par inadvertance un précurseur de ce qu'on appelle le gangta rap (ceci est bien
évidemment dit en plaisantant).
Comme
on l'a évoqué plus haut, le terme rap a changé de génération en génération. Dans les années 1970, le terme ne mentionnait pas seulement l'art de la persuasion mais il était aussi utilisé pour
décrire les styles de monologues parlés utilisés par des chanteurs comme Isaac
Hayes, Barry
White, Bobby
Womack, Lou
Rawls etMillie
Jackson. Des albums comme « Hot Buttered Soul »
d'Isaac Hayes ou « Sill Caught Up » de Millie
Jackson ont le plus personnifié ces styles appelés « Raps d'amour ».
En ce
qui concerne le hip-hop, l'art de rapper s'est caractérisé par la capacité de quelqu'un à se caler sur un rythme. Idéalement, un emcee rappait avec son cœur. Ses rimes étaient spontanées, pas
apprises par cœur ou récitées depuis un document écrit.
Bien
sûr nous savons que la plupart des emcees pionniers comme Mele-Mel, Grand
Master Caz et Kurtis
Blow pour en nommer quelques uns, répétaient tous et pré-écrivaient leurs rimes. Mais le but était de faire comme si les rimes venaient du haut de la
coupole…
Idéalement, un rap
est un groupe de rimes qui sont balancées ensemble pour que le tout fasse sens. Rien de ce qui est dit n'est frivole. Il reflète l'ici et le maintenant et idéalement la mode de vie de celui
qui rappe. Le rap projetait idéalement les émotions et les sentiments ressentis par le rappeur. Historiquement, un artiste ne rappait que pour lui-même. Son rap était une façon de s'accorder
de l'attention. Il disait idéalement : « Hé monde, regarde, je suis là-Que quelqu'un écoute ma chanson ! »
And the beat goes on an on an onIt don’t stop rocking till the crack of dawnwhen the people hear me rock the funky rap songThe whole damn world wants to hum alongCause I’m e-lectricic..I’m bigger than lifeAn everyone calls me Jesus ChristTo The beat y’all check me out..To the beat y’all check me out..
[Et le rythme continue encore et encoreIl ne s'arrête pas jusqu'au lever du jourQuand les gens m'entendent faire cette chanson de rap funkyLe putain de monde entier veut se mettre à fredonnerParce que je suis électrique. Je suis plus grand que la vieEt tout le monde m'appelle Jésus ChristSur le rythme matez moi çaSur le rythme matez moi ça...]
Source : Davey D's Hip-Hop
Corner.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Snappy Bitch, pour Etat d’Exception.
[1] Le SNCC (Le
comité de coordination des étudiants non-violents) était une des organisations du Mouvement américain pour les droits civiques des années 1960.
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