Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 19:03

Harry J. Anslinger est l’un des hommes qui a eu le plus d’influence sur la prohibition de la marijuana aux USA et dans le monde au 20e siècle. Portrait…

Peu connu hors des Etats-Unis, Harry J. Anslinger a pourtant eu un impact direct sur la vie de millions de consommateurs de marijuana à travers le monde, via les lois et traités internationaux sur le cannabis.

Harry J. Anslinger

Harry J. Anslinger, tu peux pas test.

L’homme que l’on nomme « le Mc Carthy de la drogue » est né en 1892 en Pennsylvanie. A l’âge de 12 ans, il a affirmé avoir été témoin d’un événement qui allait le marquer profondément : un héroïnomane en manque qui criait dans la rue, et que seule l’intervention d’un enfant qui était allé acheter de la morphine dans une pharmacie avait pu calmer. Cet événement l’aurait fait prendre conscience des dangers de la drogue et de la facilité pour les jeunes de s’en procurer…

Anslinger a commencé sa carrière au service du chemin de fer de Pennsylvanie. De 1917 à 1928, il travailla dans différentes organisations militaires et policières ayant pour mission de mettre un terme au trafic international de stupéfiants.

Il fut nommé Commissaire du Bureau Fédéral du Département du Trésor aux Narcotiques (FBN) en 1930, suite à une affaire de corruption généralisée dans le Bureau. Sa réputation d’incorruptible faisait de lui l’homme idéal pour incarner le changement dans cette administration.

UNE CAMPAGNE DE LOBBYING ANTI-MARIJUANA

A la tête d’un budget important, Harry Anslinger lance une grande campagne de lutte contre les drogues. Cette campagne vise plus particulièrement la marijuana qu’Anslinger accuse de tous les maux, comme le montre l’une de ses citations :

La marijuana est la drogue qui a causé le plus de violences dans l’histoire de l’humanité. [LOL, Ndlr.]

Cette véritable croisade contre la marijuana débute à l’époque où s’achève la prohibition de l’alcool aux Etats-Unis (en 1933). Elle va utiliser les mass-media de l’époque, principalement des journaux, livres et films.

Harry en pleine saisie

Commissaire Harry en pleine saisie

A cette époque, l’usage de la marijuana était peu répandudans la société américaine. Importée par les travailleurs mexicains des Etats du Sud, elle était principalement consommée par les Noirs et les Hispaniques, et était considérée (certainement à raison) comme la drogue des musiciens de jazz. Ceux-ci contribueront à la faire découvrir aux classes moyennes blanches.

Une campagne de lobbying avait débuté dans les années 1920, menée par un groupe de pression réunissant des parlementaires, journalistes, et des citoyens,et visant à pousser Washington à adopter une législation fédérale contre la marijuana.

Ainsi, c’est en 1926 que la presse relate la première histoire de dealer vendant de l’herbe aux enfants à la sortie des écoles. A cette époque également, la marijuana est liée papr les médias à unevague de crimes dans le Sud du pays. Les journaux relatent également l’histoire d’un jeune homme ayant découpé toute sa famille à la hache sous l’influence de la marijuana, et qui n’ayant plus aucun souvenir de son forfait.

L’action d’Harry Anslinger s’inscrit dans ce mouvement de lobbying. L’homme ne recule pas devant les moyens pour arriver à ses fins : il transmet aux journaux de nombreuses histoires crapuleuses mêlant (au choix) des Noirs, de la marijuana, des actes de débauche et des viols. De nombreux films de propagande contre la marijuana sont réalisés, dont le célèbre Reefer Madness (1936), et d’autres auxquels participera Anslinger.

Ce mouvement de pression débouche en 1937 sur le vote au Congrès du Marijuana Tax Act, qui visait officiellement à taxer la marijuana. Dans les faits, cette loi transfère également au Bureau des Narcotiques d’Anslinger le contrôle de cette marchandise. Or, ce bureau ne délivre que très peu d’autorisations, ce qui aboutit de fait à la prohibition au niveau fédéral.

Pour les anglophones, voici une vidéo qui retrace l’action d’Anslinger :

APRÈS LES USA, L’ONU
Harry J. Anslinger, serious bizness

Marijuana. Serious bizness.

Anslinger continuera sa carrière auprès de l’Organisation des Nations Unies, dès la fin des années 1930. Après la guerre, Harry va s’assurer que la nouvelle commission des stupéfiants de l’ONU soit sous le contrôle des représentants des forces de l’ordre et non des médecins. Ceci aura un fort effet sur les politiques anti-drogues de l’ONU, qui privilégieront pendant longtemps la réduction de l’offre mondiale de drogues au détriment de la réduction des risques.

C’est également lui qui va suggérer (et obtenir) le regroupement de l’ensemble des traités internationaux qui régissent le commerce de drogues en un seul. Ceci débouchera sur la Convention Unique sur les Stupéfiants de 1961, qui vise à limiter la production et le commerce de substances interdites en établissant une liste de ces substances, qualifiées de stupéfiants.

Une fois cette Convention adoptée, et à la demande de la délégation américaine, le cannabis fut ajouté à la liste des produits stupéfiants en 1961, et soumis au régime le plus rigoureux (comme l’héroïne). Cette convention est aujourd’hui signée par 183 pays, qui s’engagent notamment à ne pas prendre de décision allant à son encontre. Harry Anslinger, devenu représentant des Etats-Unis à la commission des stupéfiants de l’ONU, fera ratifier la Convention par les USA en 1967.

L’HOMME, LES CRITIQUES…
MC Harry au microphone

MC Anslinger au microphone

Outre son action contre la marijuana, Anslinger s’est fait connaître grâce à ses méthodes : l’adage « la fin justifie les moyens » lui va comme un gant.

En effet, Harry n’hésitera pas à fournir aux médias des informations dans lesquels les effets de la marijuana et sa dangerosité sont largement exagérés. L’herbe sera par exemple accusée de démotiver les troupes, de rendre les soldats pacifistes, de provoquer la « dégénérescence des races » et de mener au lavage de cerveau communiste. Certaines de ses citations semblent trahir un racisme à fleur de peau :

Les joints font croire aux « bronzés » qu’ils sont aussi bons que les hommes blancs.

Anslinger sera mis sur la sellette suite à une polémique liée à son insubordination : il avait refusé de lever la censure des publications du professeur Alfred Lindsmith de l’université de l’Indiana. Celui-ci avait notamment écrit un livre critiquant la guerre à la drogue et en particulier le rôle d’Anslinger

La fin de sa vie contient une dose de cruelle ironie. En 1973, étant devenu complètement aveugle et souffrant d’une dégénérescence de la prostate et d’angine, Anslinger a utilisé de la morphine pour soulager ses souffrances. Un comble pour un homme connu pour sa position violemment hostile aux traitements antidouleurs addictifs…

Il décèdera le 14 novembre 1975 à l’âge de 83 ans, après avoir profondément changé le statut de la marijuana dans l’opinion publique mondiale et dans les traités internationaux.

from http://www.mauvaise-herbe.fr

Partager cet article
Repost0
Published by coutoentrelesdents - dans FACHO HORS DE NOS VIES!

A L’assaut Du Ciel!

  • : coutoentrelesdents
  • : Les spectateurs ne trouvent pas ce qu'ils désirent, ils désirent ce qu'ils trouvent.
  • Contact

?

Celui Qui Ne Connaît Pas L'histoire Est Condamné À La Revivre.