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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 10:50

Guerre de tranchée pour une histoire de bitume

Soixante-dix manifestants se sont retrouvés devant la préfecture hier pour protester contre la poursuite de l’activité d’une usine à enrobé située à Samazan, près de Marmande.

L’ouverture subite des grilles de la préfecture a conduit à un moment de confusion.

« Pas de fumées dans nos récrés, pas de pétrole dans nos écoles ! Usine polluante, les pieds dans l’Avance. » Les slogans sont scandés bruyamment devant la préfecture d’Agen par un peu plus de 70 manifestants, qui brandissent leurs banderoles derrière les grilles de l’honorable bâtiment.

Hier, l’association Halte à la pollution s’est rassemblée pour protester contre la poursuite de l’activité d’une centrale à enrobé basée à Samazan, près de l’embranchement autoroutier de Marmande, sur une petite route menant à Sainte-Marthe.

En 2008, un arrêté préfectoral autorise une centrale d’enrobé à se fixer dans la ZAC de Samazan. Rapidement, les riverains s’insurgent et créent l’association Halte à la pollution (HAP). Les incidences nocives des fumées sur les riverains mais aussi les répercutions sur la faune et la flore de la petite rivière Avance les inquiètent.

Baptisée Lot-et-Garonne Enrobés (LGE, dans le giron du groupe Eurovia), la centrale est située sur une zone inondable. « Cela a déjà été le cas quatre fois depuis qu’elle existe », fait remarquer Richard Dupiol, président de la HAP. En effet, le 20 janvier dernier, la centrale se retrouvait dans l’eau, tout comme la route qui y mène.

Un recours en annulation de l’arrêté préfectoral de 2008 est déposé devant le tribunal administratif de Bordeaux en 2010. En juillet dernier, il rendait son avis, annulant ledit arrêté.

La société sollicite alors le préfet qui prend un arrêté provisoire autorisant le fonctionnement de l’usine pour cinq mois de plus. Pour Richard Dupiol, « cela a été un coup terrible. J’ai cru que nous avions perdu la bataille. »

En septembre, Eurovia fait appel de la décision du tribunal administratif. En décembre, alors que l’arrêté préfectoral provisoire ne joue plus, l’usine continue de fonctionner. « C’est toujours le cas depuis. Elle tourne peut-être au ralenti, mais elle tourne. » Le 12 avril dernier, la préfecture prend donc un nouvel arrêté pour permettre la poursuite de l’activité.

De plus, une nouvelle enquête publique doit être réalisée dans les communes concernées : Samazan, Sainte-Marthe, Fourques-sur-Garonne, Caumont-sur-Garonne et Bouglon.

Hier, les manifestants faisaient entendre leur colère dans une joyeuse ambiance, ciblant le préfet dans leurs slogans : « Il terminera enrobé de goudron et de plumes. »

Mais, alors que Richard Dupiol scandait dans son porte-voix, les grilles de la préfecture se sont ouvertes, prenant au dépourvu les quelques policiers qui observaient placidement. Les manifestants en ont alors profité pour s’engouffrer dans la cour intérieure.

Échauffé par la scène, un des policiers a menacé : « Si je trouve celui qui a ouvert les grilles, ça va barder pour lui. » Un de ses collègues lui a alors murmuré : « Ça ne peut pas être eux, cela a dû être actionné de l’intérieur ». « C’est ce qu’on va voir », a écumé le premier, brandissant son téléphone. Revenant l’air bredouille de son coup de fil, il a laissé les manifestants poursuivre leur petit tour qui s’est terminé dans les rues d’Agen.

Richard Dupiol résume cette action : « Le préfet n’aura d’autre choix que celui de se soumettre à cette enquête et à l’avis des élus. » Pour l’instant, les dates des enquêtes publiques ne sont pas connues.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Grégoire Morizet, SudOuest.fr, 28 avril 2013)

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 11:00

Haute-Loire. La technique de « réemballe » de la viande périmée durait depuis dix ans

Langeac. D’autres anomalies ont été décelées dans les rayons du supermarché Super U, comme le non-respect de la traçabilité, notamment sur le porc de Haute-Loire.

Début avril, l’affaire avait fait le tour de l’actualité nationale : des inspecteurs avaient découvert que le magasin Super U de Langeac pratiquait la « réemballe ».

Dès que la viande en barquettes était périmée, elle était alors remballée, avec pour résultat une nouvelle date d’emballage et, surtout, une nouvelle date de consommation permettant de « prolonger » de quelques jours la vie du produit. Une pratique totalement interdite, pour des raisons évidentes de santé publique.

Mais cette fraude à l’emballage ne daterait pas d’hier, d’après l’enquête menée par les gendarmes de Brioude et les services vétérinaires, sous l’égide du Parquet ponot.

D’après les dernières informations qui ont filtré sur l’affaire, la « réemballe » ne concernait pas que le rayon charcuterie, et la pratique ne serait pas « un coup d’essai ». Elle remonterait à 2003, et les salariés étaient informés de cette pratique, a indiqué le Parquet.

Le comble est que la « réemballe » se serait poursuivie après que l’infraction ait été relevée.

Les investigations menées par les enquêteurs auraient également permis de révéler d’autres anomalies, comme une traçabilité des produits non respectée. Le fameux porc de la Haute-Loire, par exemple, ne provenait pas toujours du département, mais arrivait parfois d’une centrale d’achat éloignée du Super U. Il aurait également été relevé que de la viande de date de consommation dépassée était parfois revendue en saucisses. L’enseigne reprenait même des produits rapportés par des consommateurs.

Une plainte aurait été déposée par un client, mais toutes ces infractions relevées n’auraient pas provoqué, a priori , de problème de santé chez les consommateurs.

En ce qui concerne l’autre enseigne Super U d’Aiguilhe, les contrôles n’ont relevé aucune entorse au règlement. C’est donc bien l’enseigne langeadoise qui est seule dans le collimateur.

Le parquet va d’ailleurs engager des poursuites, a annoncé le procureur Jacques Louvier, pour cette affaire qui devrait se terminer devant le tribunal correctionnel.

Presse avariée (Gérard Adier, LeProgres.fr, 24 avril 2013)

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Published by coutoentrelesdents - dans ECOLOGIE ECONOMIE
16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 10:33

L’annonce du camp de Bricquebec contre le départ de Mox pour le Japon était donc un poisson d’avril.

Quoi de mieux que cette réunion de Nucléopolis le jeudi 28 mars aux Pieux pour lâcher quelques tracts et voir le poil de nucléocrates répugnants se dresser. Faire planer le spectre de ce camp à Bricquebec pour stopper le convoi de MOX, pouvait, on l’espèrait, les dissuader de mener leur sinistre besogne à son terme. Rappelons que, il y a deux ans, ce transport de MOX vers le Japon avait été annulé pour cause de catastrophe en cours à Fukushima. Areva n’étant pas à une marque de cynisme près, il n’aura fallu que quelques mois pour qu’elle s’autorise à reprendre son trafic mortifère. Pourtant, la totalité des centrales fonctionnant au MOX sont à l’arrêt au Japon et la majorité de la population japonaise refuse la relance du nucléaire. De plus, le MOX d’AREVA stocké dans les piscines en lambeau des réacteurs de Fukushima menace chaque jour ce pays d’une extinction et même le gouvernement japonais, pourtant lui non plus pas dénué de cynisme, refuse dans ce contexte de recevoir ce cadeau empoisonné.

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En tout cas, une chose est sûre, les médias étaient bien contents d’avoir une info croustillante à se mettre sous la dent. Et hop, revoilà les « antinucléaires musclés de Stop Castor » prêts à dégainer leurs cagoules pour faire fuir le combustible irradié. Et ça va duOuest-torchon au Figaro, en passant par le Nouvel Obs : « ils sont déjà 50 sur place » diront certains. Les voilà tous qui reprennent la même info, mettent le lien vers le site et, on l’imagine, rêvent déjà de sensationnelles images des « indignés du nucléaire » qui n’ont rien contre cette industrie mais « veulent en découdre avec les forces de l’ordre et veulent s’attaquer à l’ordre établi », dixit la sous-préfette de la Manche lors du camp de Montabot en juin 2012.

Et bien les charognards du spectacle se retrouveront le bec dans l’eau, et c’est non sans plaisir que nous voulons maintenant leur clouer le bec. Au moins, ils auront été contraints d’évoquer l’existence de ce transport qui serait sinon, resté beaucoup plus confidentiel. De cette initiative, nous pouvons nous enorgueillir d’avoir tiré les leçons du « spectacle de Valognes-2011 ». Les médias, eux, auront continué leur train-train quotidien du traitement sensationnel de l’actualité. Aucune recherche n’aura ainsi été menée pour savoir ce qu’il en retournait de ce projet de camp à Bricquebec. Il est clair pour nous que ce n’est pas un quelconque coup d’éclat devant les caméras qui permettra d’interrompre ce commerce de matière radioactive.

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Une cargaison de MOX sous escorte rejoignant le port de Cherbourg avant un embarquement pour le Japon, le 4 mars 2009

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Ainsi, nous ne viendrons pas et nous ne ferons pas de camp à Bricquebec. Nous en avons soupé des rendez-vous donnés aux flics pour venir se jeter dans la gueule du loup. Nous savions pertinemment qu’un blocage réel du convoi allait devoir faire face à un déploiement policier et militaire encore plus conséquent qu’à Valognes en novembre 2011. Ne serait-ce que du fait qu’il s’agit d’un transport de plutonium, élément radioactif le plus dangereux et pouvant servir à l’élaboration de bombes. Nous savions donc que la répression face à une réelle intention de blocage ne pouvait qu’être désastreuse pour les militant-e-s. Rappelez-vous les dizaines de blessé-e-s, dont plusieurs gravement, du côté des militant-e-s anti-THT lors de l’action du 24 juin 2012 à Montabot.

Les succès et les échecs relatifs du renouveau de la lutte antinucléaire depuis deux ans ont créé une force et une expérience collective sur ce qui nous semble stratégiquement pertinent ou non d’organiser. Nous ne serons pas là où vous nous attendez. Les cibles sont nombreuses car l’industrie nucléaire possède quelques talons d’Achille : que ce soit ces transports, de MOX ou de toute autre matière radioactive, ou concernant la distribution de l’énergie et les pylônes.

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Des assemblages de Mox entreposés dans le bateau Pacific Heron lors d’un transport en mars 2009.

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Vérification d’un convoi de MOX arrivé dans le port de Omaezaki en mars 2009.

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Arrivée de MOX en octobre 1999 à la centrale de Takahama.

Nous avons conscience qu’il est délicat de s’autoriser ce type de canular qui peut prêter à sourire alors que ce transport de MOX vers le Japon concerne l’avenir d’une population entière déjà condamnée à vivre en milieu contaminé et à compter les becquerels.

Mais, nous espérons que les militant-e-s antinucléaires comprendront qu’il n’était pas inutile de faire frémir M. Adolphe Colrat, préfet de la Manche, et sa clique de gendarmes. Il n’est pas interdit d’imaginer qu’ailleurs qu’à Bricquebec, le train-train quotidien du nucléaire sera perturbé. Notre détermination reste intacte.

Solidarité avec les anti-nucléaires japonais !

Le collectif Brique-Bec stop MOX, 15 avril 2013 – 22h29

 

Convoi de MOX: enquête après une intrusion sur le port de Cherbourg

CHERBOURG – Huit à dix personnes ont été surprises et mises en fuite lundi vers 05H00 du matin sur la zone portuaire de Cherbourg interdite au public où Areva doit prochainement charger du MOX, combustible contenant du plutonium, destiné au Japon, a-t-on appris lundi auprès du parquet.

Selon Greenpeace, qui a dit à l’AFP ne pas être au courant de cette intrusion, le convoi de MOX doit partir de l’usine Areva mardi vers 23H00.

Les personnes mises en fuite avaient visiblement l’intention d’occuper une grue qui doit servir au chargement du combustible, a-t-on appris de source judiciaire.

Les services de sécurité du port ont fait état d’une intrusion sur la zone des Mielles (où se font les chargements Areva, ndlr), dont le procureur de la République de Cherbourg, Éric Bouillard, a dit à l’AFP ne pas connaître les circonstances exactes. Des investigations sont en cours. Il n’y a pas d’éléments permettant de constater que des dégradations ont été commises, a indiqué M. Bouillard.

Selon une source proche des forces de l’ordre, les personnes ont utilisé une échelle pour accéder à cette zone interdite au public.

Selon cette source, la zone va être surveillée de près car la crainte des forces de l’ordre est que d’autres personnes soient restées cachées sur place.

Le convoi de MOX est vivement contesté car il comprend du plutonium, le plus grand radiotoxique du monde, selon Greenpeace, et intervient alors que la Corée du Nord a menacé la Corée du Sud de guerre thermonucléaire et que les problèmes se multiplient à la centrale japonaise de Fukushima, deux ans après la catastrophe du 11 mars.

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Ils étaient une trentaine de militants anti-nucléaires à avoir répondu ce lundi 15 avril à l’appel de Greenpeace, du Crilan et du NPA pour manifester contre l’envoi d’un convoi de Mox depuis Cherbourg vers le Japon.

Greenpeace, Europe Écologie les Verts et le réseau Sortir du nucléaire appelaient à manifester contre ce convoi lundi et mardi à 18H00 à Cherbourg, mais pas à le perturber.

Un collectif, qui avait fortement perturbé le retour de déchets nucléaires allemands en 2011 en dégradant une voie ferrée, a appelé à bloquer le convoi. Il appelle à la formation d’un camp à Bricquebec, à 23 km au sud de Cherbourg, 24 heures avant le départ des camions de MOX de l’usine Areva de Beaumont-Hague pour le port.

Areva a confirmé que du MOX allait prochainement partir au Japon, sans plus de précisions.

Presse atomique (Agence Faut Payer, 15 avril 2013 – 17h05)

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:08

Joyeuses Pâques à Bure…

Ne pas participer à un débat public est un acte politique réfléchi… surtout quand il s’agit de projets nucléaires, et pour l’occasion quand il s’agit d’un centre d’enfouissement de déchets nucléaires haute et moyenne activité à vie longue !

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L’ANDRA à Bure (l’agence qui « gère » les déchets nucléaires), compte dans ses rangs, par exemple, M. Éric SUTRE, géologue en carton mais surtout communicant débonnaire chargé d’insertion du projet, qui serait capable de se couper un bras pour la poubelle nucléaire… La CNDP (Commission Nationale du Débat Public) s’en est-elle inspirée pour nous envoyer Mme Ariane MÉTAIS, membre de la commission particulière débat public CIGEO, venue convaincre les obscurs antinucléaires que nous sommes, de participer activement à la grande mascarade de 2013 ???

Pour cette jeune passionnée du processus de décision publique, notre positionnement semblait pour le moins étrange : Pourquoi ne pas participer ? Pourquoi perturber ? Comment ? Avec qui ? Nos amis allemands ? Etc…

Nous ne discuterons jamais avec celles et ceux qui veulent imposer le projet CIGEO à Bure (ou ailleurs !) ni avec leurs sbires ou pantins, c’est selon, qui participent à la bonne marche de son processus d’implantation. Le débat public est une farce démocratique, une insulte à notre désir plus que légitime de ne pas laisser notre avenir dans les mains des nucléocrates !

Ce n’est donc pas avec des œufs en chocolat ni même avec des poissons d’avril que nous avons accueilli Mme METAIS (qu’elle n’y voit rien de personnel…) mais avec des seaux remplis aux toilettes sèches. Les déchets nucléaires n’ont pas d’odeur, ce n’est pas le cas de notre mépris.

ANDRA : CASSE-TOI !
NUCLÉAIRE : ARRÊT IMMÉDIAT !

Des antinucléaires de Bure

Rappel calendrier “officiel” :

2013 : Année du dernier débat public avant la demande d’autorisation de création d’une poubelle nucléaire géante, capable de recevoir l’intégralité des déchets haute et moyenne activité à vie longue français et plus si affinités…

2015/2016 : Autorisation de création

2017 : Début des travaux préparatoires (qui pour nous ont déjà démarré…)

2019 : Début des travaux de CIGEO (qui pour nous ont déjà démarré aussi…)

2025 : Arrivée des déchets nucléaires de l’usine de La Hague, de Marcoule et de Valduc (CEA)

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:07

En dehors du RAC (Réseau Action Climat, membre du Réseau Sortir du Nucléaire) qui se distingue en collaborant à un scénario « acceptable » de transition énergétique qui n’envisage même pas l’arrêt du nucléaire à horizon 2050 [rac-f.org/…pdf, page 27, graphique 33], il existe un parfait consensus de la part des organisations « écolos » ayant pignon sur rue et du principal parti « écolo » EELV, sur UNE SORTIE PROGRESSIVE DU NUCLÉAIRE EN 20 ANS, soit en langage clair : UNE PROLONGATION DU NUCLÉAIRE POUR ENCORE 20 ANS au minimum. Ceci constitue à leurs yeux un scénario de production d’électricité « raisonnable ».

EELV propose de fermer en priorité les réacteurs de plus 30 ans « présentant le plus de risques… fiabilité technique, expositions aux risques naturels, densité de population » (créant ainsi une hiérarchie de valeurs, comme si la vie humaine se mesurait en fonction de la quantité de victimes potentielles au mètre carré)… La sortie du nucléaire est prévue en 2032 [energie.eelv.fr/…pdf, pages 19, 29 et 30].

Dans le Scénario de Transition Energétique 2013 de Greenpeace, on nous promet que « en 2035 plus aucun réacteur ne produira de l’électricité en France » [greenpeace.org/…pdf,
page 34].

Idem pour Les Colibris de Pierre Rahbi qui se prononcent pour un abandon de « l’utilisation de l’énergie nucléaire (entre 2030 et 2035) » [colibris-lemouvement.org/…pdf, page 18].

D’après la dernière dépêche AFP sur la chaîne humaine organisée par le Réseau Sortir du Nucléaire le 9 mars 2013, ce dernier souhaite « la fermeture immédiate des réacteurs de plus de 30 ans ». Rien ne nous est dit de la durée envisagée pour la fermeture des autres réacteurs
français [groupes.sortirdunucleaire.org/…]. Les antinucléaires auraient-ils oublié qu’à Three Mile Island (TMI) le réacteur était en service industriel depuis seulement trois mois lors de son accident en 1979, et que pour Tchernobyl en 1986, la mise en service du réacteur avait eu lieu trois ans seulement avant la catastrophe ? En outre, la pétition du réseau « je signe » propose en guise de solution à l’arrêt du nucléaire : l’efficacité, la sobriété et les énergies renouvelables.

Tout ceci découle directement du scénario des « experts » de Négawatt, paru en 2011 et qui prône « un arrêt progressif et raisonné du nucléaire… […] un abandon de la production nucléaire en 22 ans » avec la fermeture du dernier réacteur en 2033 ; l’exercice consistant entre autres à « minimiser le recours au gaz fossile pour assurer la transition et d’éviter un pic non maîtrisé de l’usage de ce dernier » avec une fermeture des réacteurs après 30 à 40 ans d’exploitation (Négawatt devance donc le souhait économique d’EDF de prolonger la durée d’exploitation des réacteurs français à 40 ans).

MAIS DE QUOI NOUS PARLE-T-ON AU JUSTE ? LE NUCLÉAIRE EST-IL OUI OU NON UN MODE DE PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ COMME LES AUTRES ?

Après les tragédies de Fukushima, et de Tchernobyl, peut-on encore « raisonnablement » se poser la question ?

Le nucléaire présente un danger immédiat (la catastrophe peut arriver à tout moment en France, à côté de chez nous). La seule réponse « raisonnable » à un danger immédiat et gravissime est un arrêt immédiat de ce qui constitue ce danger.

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TÉLÉCHARGER LE TRACT

Accepter tous les scénarios énergétiques de sortie progressive du nucléaire :

• C’est accepter qu’une catastrophe nucléaire puisse se produise demain en France.

• C’est penser qu’une « gestion » de la catastrophe serait possible.

• C’est accepter qu’une « gestion militaire » de la situation (voir décret présidentiel n° 2003-865 du 8 septembre 2003) se mette en place en France en cas de catastrophe nucléaire.

• C’est accepter de vivre en territoire contaminé comme une alternative envisageable.

• C’est accepter le port de dosimètres pour nos enfants.

• C’est accepter les conséquences sanitaires du nucléaire, l’augmentation des pathologies cardiaques/digestives/pulmonaires, des cancers, des malformations congénitales, …

• C’est accepter la production journalière en France de 30 à 40 kilos de plutonium (sachant que un microgramme de plutonium inhalé suffit à provoquer un cancer et que 8 kilos sont suffisants pour faire une bombe atomique de type Nagasaki).

• C’est accepter l’exploitation des mines d’uranium au Niger et la contamination grave des populations locales (la France est totalement dépendante de ses importations d’uranium).

• C’est accepter la vente de la technologie nucléaire française dans des pays émergentsdont les populations, comme en Inde, refusent l’installation souvent au péril de leur vie.

• C’est accepter de déléguer son propre destin à une poignée de nucléocrates tout-puissants, à des partis politiques pro-nucléaires, soutenus par des ONG dont on peut légitimement se demander si elles ont pour but d’inverser le cours des choses ou plutôt de pérenniser leurs structures.

C’EST ACCEPTER L’INACCEPTABLE !

L’arrêt du nucléaire n’est ni négociable, ni soumis à des conditions de durée. L’arrêt du nucléaire ne peut dépendre de l’hypothétique avènement des énergies renouvelables, de même qu’il est illusoire de compter sur une prise de conscience soudaine des « citoyens » et des gouvernements pro-nucléaires qu’ils continuent d’élire.

Le rapport de force, c’est à chacun d’entre nous de faire tout son possible pour tenter de l’inverser MAINTENANT ! Il y va de notre survie.

Arrêt Immédiat, Inconditionnel et Définitif du Nucléaire

Coordination Stop-Nucléaire
Paris, le 9 mars 2013

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 16:39

Nouvelle affaire de lait frelaté en Chine

Cinq ans après le scandale de la mélamine, la Chine peine toujours à instaurer un contrôle rigoureux des produits alimentaires.

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Une fermière remplit un bidon de lait à Shenyang, en Chine, le 20 septembre 2008.

Cinq ans après l’affaire de la mélamine, les scandales alimentaires se répètent en Chine. Un haut responsable d’une société partenaire du groupe suisse Hero a ainsi été arrêté pour avoir frelaté du lait pour bébés, ont annoncé des responsables jeudi 28 mars. Près de 25 tonnes de poudre ont été saisies dans les entrepôts de Xile Lier, son entreprise installée à Suzhou, dans l’est de la Chine.

D’après la chaîne de télévision nationale chinoise CCTV, qui a révélé l’affaire, la société avait mélangé du lait en poudre importé avec du lait périmé, changé la date de péremption sur les boîtes et fait passer du lait pour des enfants plus âgés pour du lait destiné à des nourrissons, qui est plus onéreux.

La question du lait pour bébés est particulièrement sensible en Chine depuis l’affaire de la mélamine en 2008, une substance utilisée à la place de protéines dans le lait qui avait provoqué la mort d’au moins six enfants en bas âge et des maladies chroniques chez 300’000 autres.

EXPLOSION DE LA DEMANDE DE LAIT IMPORTÉ

Les autorités de la ville de Suzhou affirment que la fabrique de lait en poudre de Xile Lier est à l’arrêt depuis novembre. Mais ses produits, vendus sous le label Hero Nutradefence, n’ont pas été retirés des rayons des magasins en Chine. Aucun responsable de la société n’avait pu être joint jeudi pour un commentaire.

Depuis le scandale de la mélamine, la demande pour le lait en poudre pour bébés importé a explosé en Chine, provoquant même une pénurie à Hong Kong qui a dû limiter la quantité de boîtes que les voyageurs sont autorisés à sortir du territoire.

Le groupe Hero, dont le siège se trouve à Lenzburg, dans le canton suisse d’Aargau, a réalisé en 2012 un chiffre d’affaires de 1,43 milliard de francs suisses (1,17 milliard d’euros). Dans un communiqué, la société a déclaré qu’elle “n’avait détecté aucun problème concernant la qualité et la sécurité de ses produits sur le marché chinois”. Le groupe “va continuer à surveiller étroitement ses sous-traitants de distribution pour s’assurer de la pureté des produits Hero vendus en Chine”, a affirmé la société.

Presse frelatée (LeMonde.fr, 29 mars 2013)

 

Le lait frelaté est toujours au menu des Chinois

Avec 600 vaches, Zhang Liang gère la plus importante ferme laitière de Taicang, dans la province chinoise du Jiangsu. Elle appartient à son oncle et il y emploie trente personnes. Tout le lait est vendu au groupe Guangming, l’un des trois géants nationaux des produits laitiers. Sa production, assure le jeune homme, est d’une qualité bien supérieure aux standards imposés par le gouvernement. “Pour nous, dit-il, c’est très simple de les atteindre, ils sont très bas.” Quatre ans après le scandale du lait à la mélamine, qui avait éclaté le 16 juillet 2008 – le bilan allait s’élever à 294’000 enfants malades, 54’000 hospitalisés et 6 morts –, mais n’avait pas fait de bruit dans les médias locaux jusqu’à la fin des Jeux olympiques de Pékin, les standards de qualité du lait chinois laissent toujours à désirer.

Le 27 juin, le groupe Guangming a dû rappeler des packs de lait, une solution de nettoyage alcaline ayant contaminé 300 briques lors d’une opération de maintenance dans une usine.Quelques jours plus tôt, le 13 juin, le plus important producteur de Chine, Yili, avait dû rappeler six mois de production de lait en poudre pour enfants contenant un taux anormal de mercure.

L’entreprise familiale de Zhang Liang, explique celui-ci, investit dans de la nourriture de qualité pour ses vaches : du grain importé qui offre ensuite une meilleure rentabilité. Le nombre important de bovins permet également de réaliser des économies d’échelle. La ferme vend le lait à Guangming selon un prix établi par l’entreprise, sans négociation, en fonction de la qualité du lait.

COUPÉ AVEC DE L’EAU

“Les fermiers sont vulnérables, car ils n’ont aucun moyen d’influer sur le prix”, confie le jeune producteur. Ce n’est pas un problème dans sa ferme, où les profits sont stables, mais les petites exploitations agricoles “ont beaucoup de mal à tenir l’équilibre, dit-il. Elles achètent de la nourriture de qualité médiocre, leurs équipements ne sont pas très avancés, leurs employés peu formés”. Ces exploitations produisent un lait de mauvaise qualité, qui leur est acheté à bas coût et qu’elles peuvent être tentées de couper avec de l’eau pour gagner sur la quantité.

Le gouvernement pourrait placer la barre plus haut, mais “il doit aussi penser à l’ensemble des fermiers du pays”, explique Zhang Liang. C’est ce qui s’est passé en juin 2010, lorsque la Chine a redéfini les normes du nombre de cellules somatiques tolérables par millilitre de lait cru. Jusqu’alors existaient quatre niveaux de qualité, échelonnés entre 500’000 et quatre millions de cellules par millilitre. Les discussions, deux après le scandale de la mélamine, s’orientaient vers un consensus sur un nouveau standard unique, soit un maximum de 500’000 cellules bactériennes par millilitre et un minimum de 2,95 grammes de protéines pour 100 grammes de lait, rapporte, sous le sceau de l’anonymat – il n’est pas autorisé à parler à la presse étrangère –, un responsable d’association régionale d’industrie laitière qui a assisté à trois sessions de négociations.

“Cela a changé à la dernière minute”, raconte-t-il. Au final, le nouveau standard adopté fut de 2 millions de cellules somatiques par millilitre – l’Union européenne n’en tolère que 400’000 et les États-Unis 750’000 –, et de seulement 2,8 grammes de protéines. Le même responsable soupçonne l’industrie d’avoir pesé de tout son poids : “Les entreprises ne peuvent pas formuler les normes, c’est le travail du gouvernement, mais elles peuvent influencer les autorités.” Il dit avoir questionné un officiel du ministère de la santé, qui lui a répondu qu’il s’agissait du “résultat de la coordination entre les treize agences concernées”.

100’000 VACHES IMPORTÉES EN 2011

Entre le lobbying de l’industrie et l’impossibilité pour l’État de laisser les fermiers les plus faibles sur le carreau, la Chine a du mal à faire face aux exigences de qualité, alors qu’il lui faut répondre à la demande chaque jour plus forte de ses nouveaux consommateurs. En 2011, le pays a dû importer près de 100’000 vaches laitières d’Uruguay, d’Australie et de Nouvelle-Zélande.

“De ce que j’en comprends, les standards ont régressé, donc les consommateurs ont des raisons d’être en colère”, commente Zheng Fengtian, vice-président de la faculté d’économie agricole et de développement rural de l’Université du Peuple, à Pékin. “La Chine compte 200 millions de petits fermiers, il est impossible de tous les contrôler. Certains ajoutent différentes substances à leur production pour augmenter leurs revenus”, dit le Pr Zheng.

À ses yeux, la Chine doit organiser des coopératives de grande échelle afin de pouvoir mieux contrôler la production. Dans cet esprit, Yili a ouvert le mois dernier une ferme de 5000 bovins pour 220 millions de yuans (28,2 millions d’euros) et Mengniu, numéro deux du secteur, promet d’investir 3,5 milliards de yuans dans huit à douze fermes de grande taille, d’ici à 2015. Mais ces installations ne représentent pas encore la majorité de la production.

Pour Peter Ben Embarek, spécialiste de la sécurité alimentaire en Chine à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la volonté politique de changer existe chez les autorités chinoises, qui se sont lancées dans un colossal travail de révision des normes et mettent en place des cellules capables de gérer les crises.

Mais les services d’inspection pèchent toujours, notamment dans les régions plus reculées dépourvues de moyens. “Le contrôle public n’est pas fait de manière appropriée, ce qui laisse le secteur privé se développer sans encadrement”, constate-t-il. La difficulté consiste à former les inspecteurs sanitaires: “Il en faudrait entre 100’000 et 300’000, ce qui demande beaucoup de temps.” En attendant, beaucoup d’incidents détectés restent liés à des manipulations intentionnelles, observe M. Ben Embarek : “Les produits sont dilués, des conservateurs y sont ajoutés, toujours pour gagner de l’argent au détriment de la qualité. L’appât du gain est d’autant plus fort que la probabilité d’être appréhendé est faible et la connaissance des risques liés à ces fraudes limitée.”

Presse frelatée (Harold Thibault, Taicang, province du Jiangsu, Chine – LeMonde.fr, 16 juillet 2012)

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 09:34

Du porc au détergent, des œufs à la paraffine, du canard au nitrite de sodium, du riz au métal lourd… les scandales alimentaires alarment les Chinois.

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Dans un supermarché de Chengdu, dans le Sichuan. Au catalogue des scandales : de faux œufs faits d’acide alginique, de gélatine industriellle, de paraffine…

Coup de chaud sur le lait en poudre. En Australie, la vente est désormais strictement rationnée : quatre boîtes au maximum par acheteur. En Nouvelle-Zélande, la demande est telle que l’industrie prévoit d’augmenter sa production d’un tiers. À Hongkong, des filières sauvages de contrebande vident quotidiennement les étalages, au point que des parents furieux ont lancé une pétition sur le site de la Maison-Blanche, intitulée : “Les bébés de Hongkong menacés par la faim ! Appel à l’aide internationale.”

300’000 bébés malades

Cette curieuse pénurie a pour origine la Chine, où une avalanche de scandales alimentaires pousse les parents à se ruer sur les produits d’importation, faisant grimper les prix et créant un appel d’air dans toute la région.

Cinq ans après la retentissante affaire du “lait mélaminé” qui a tué six bébés et en a rendu malades 300’000 autres, la sécurité alimentaire reste un vœu pieux en Chine. Les coupables ont beau avoir été sévèrement punis — la PDG de la compagnie laitière Sanlu a été condamnée à perpétuité —, une nouvelle affaire de lait toxique a éclaté il y a quelques mois, obligeant Yili, une grande marque nationale, à rappeler ses produits.

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Contrôle du lait en poudre dans un supermarché, à Fuyang dans le centre de la Chine, lors d’une campagne de sécurité alimentaire.

Pour les autorités chinoises, l’affaire Findus est un cadeau tombé du ciel, qu’elles ne se privent pas d’exploiter dans les médias officiels. Pas moins de 313 vidéos sur ce thème ont été diffusées par la chaîne nationale CCTV depuis le début de février. Malgré cette insistance, les Chinois réagissent par l’incompréhension. “Pourquoi ces Européens sont-ils si énervés ? Le cheval est bien meilleur que le bœuf, et plus cher aussi, même si rien ne vaut la viande d’âne. Qu’ils nous envoient toute cette bonne viande dont ils ne veulent pas.”

Des filets de canard marinés dans le nitrite de sodium

Certains internautes redoublent de hargne contre CCTV, notant qu’elle a pris garde de n’aborder qu’une seule fois le dernier scandale alimentaire domestique, déclenché par la saisie dans la province du Liaoning de quantités industrielles de faux mouton. Il s’agissait en réalité de canard, deux fois moins cher.

Quarante tonnes de filets marinaient dans un jus peu ragoûtant nécessaire à la “transformation”, mêlant la graisse d’agneau à un produit chimique hautement toxique, le nitrite de sodium, utilisé à des quantités 2000 fois supérieures à la norme. En 2009 déjà, une première escroquerie au canard avait déclenché l’émoi. Le procédé consistait à tremper les filets dans de l’urine d’agneau, histoire de leur donner “bon” goût.

Le catalogue des scandales alimentaires est aussi long qu’ahurissant. De la sauce soja à l’arsenic présent dans les sols ; du pop-corn fluorescent, à la suite d’un traitement à un produit décolorant ; du riz au cadmium, métal lourd rejeté par les fonderies ; des fruits de mer pleins de formaline, un fongicide ; des pastèques, aspergées d’accélérateur de croissance, qui “explosent” comme des grenades ; du tilapia nourri aux excréments humains ; du porc, surnommé “Tron bleu”, couvert de bactéries qui diffusent une lueur bleuâtre dans l’obscurité.

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Cuisson “irrégulière” de têtes de porcs dans le sud de la Chine.

À quoi s’ajoute la liste d’une gigantesque industrie de la contrefaçon : desserts dont la gélatine a été obtenue à partir du cuir de vieilles chaussures ; faux œufs faits d’acide alginique, de gélatine industrielle, de paraffine et de colorants ; faux riz composé d’un mélange de pomme de terre et de résine synthétique ; vin dilué d’eau sucrée ; faux miel fabriqué à partir de sirop de maïs, de malt d’orge et de mélasse. Largement distribué, le pire produit demeure l’huile récupérée dans les égouts, au pied des restaurants.

300 millions de Chinois affectés chaque année

Avant la multiplication des scandales en 2007, la Banque asiatique de Développement estimait à 300 millions le nombre de Chinois affectés chaque année par des maladies liées au défaut de sécurité alimentaire. Pour cette nation de fines gueules qui mettent les plaisirs de la table au-dessus de tous les autres, la frustration est terrible. “Déjà notre air est totalement vicié, notre eau polluée, voici que notre merveilleuse cuisine est devenue nauséabonde”, tempête la classe moyenne.

“Chez vous, les escrocs ne font que remplacer une viande par une autre. En Chine, ils la trafiquent, la déguisent, même s’il faut pour cela l’enduire de poison. On ne sait plus si ce qu’on mange est encore comestible, se lamente une mère pékinoise. Du coup, on ne va pratiquement plus au restaurant et je m’arrange pour que ma fille rentre déjeuner chaque jour à la maison. Dieu sait ce que sert la cantine.”

Même quand ils ne sont pas frauduleusement adultérés, les produits alimentaires chinois sont souvent dangereux.

Le clenbuterol, par exemple, est généreusement administré aux porcs pour obtenir une viande maigre. Or ce produit, prisé des culturistes, peut avoir des effets cardio-vasculaires et neurologiques graves. Les produits d’élevage chinois en sont tellement gavés que les entraîneurs des équipes nationales interdisent à leurs sportifs de consommer de la viande plusieurs semaines avant les tournois, de peur que les contrôles d’urine se révèlent positifs.

Tout le monde intoxique tout le monde

“Nous vivons dans une malbouffe généralisée où tout le monde intoxique tout le monde, les coupables étant à leur tour victimes d’abus commis par d’autres”, écrit un professeur de l’université Tsinghua.

“Moi, j’appelle ça bouffer la merde les uns des autres”, déclare Wu Heng, surnommé “Food Warrior”, le guerrier de la nourriture. Wu Heng, 27 ans, lunettes d’intellectuel, d’un enthousiasme contagieux, ne s’intéresse que depuis peu à la qualité du contenu de son assiette. “Comme je n’ai pas d’enfant, j’ai à peine remarqué cette histoire de lait à la mélamine”, avoue-t-il.

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Wu Heng montre la page d’accueil de son site recensant les scandales sanitaires en Chine.

Mais le jeune étudiant de Shanghai est un amateur de soupe au bœuf, qu’il avait l’habitude d’acheter 10 yuans le bol (1,20 euro) dans un boui-boui proche de la fac. “C’était pas cher ! Et il y avait plein de morceaux de bœuf !” Jusqu’au jour où éclate le scandale du faux bœuf. Wu Heng découvre que son plat préféré est en fait du porc passé au borax, un détergent, puis teint au rouge du Soudan, hautement cancérigène.

“Je me suis senti floué, humilié. Et tellement honteux d’avoir mangé cette horreur, tout ça parce que c’était bon marché…”

Il lance un appel indigné sur le Net qu’il conclut par : “Allez ! On peut faire bouger les choses”, suivi de 17 points d’exclamation. Avec une poignée de bénévoles qui lui répondent, il fonde un site conçu comme une base de données, qui recense les scandales rapportés par les organes officiels d’informations. “On a appelé notre site Zhichu chuangwai [« Jette par la fenêtre »], en référence au geste du président américain Theodore Roosevelt qui, en 1906, écœuré par la lecture d’un reportage sur les abattoirs de Chicago, jeta par la fenêtre de la Maison-Blanche la saucisse qu’il était en train de manger. Après quoi il a créé la Food and Drug Administration.”

Aujourd’hui le site (zccw.info), qui affiche sur sa page d’accueil une carte de Chine des derniers scandales alimentaires, est géré par une trentaine de contributeurs qui se contentent de répertorier les informations “publiques”. Le modèle collaboratif de Wikipedia a été choisi “pour éviter d’être soupçonnés de créer une organisation”. Le succès est au rendez-vous avec 5 millions de clics par mois.

Dans le sillage de ce site, une application pour iPhone, nommée “le Guide de survie en Chine” est lancée en 2012 et se hisse d’emblée au premier rang des applications les plus téléchargées de Chine. Il y a de quoi faire. La dernière trouvaille des aigrefins de la bouffe, ce sont ces fausses noix, dont les cerneaux ont été remplacés par des petits cailloux emballés dans du papier blanc, avant que soient recollées soigneusement les deux moitiés de la noix. Une escroquerie quasi vénielle, si l’on songe à tous les poisons injectés dans la chaîne alimentaire.

Presse à scandales (Ursula Gauthier, Le Nouvel Observateur, 7 mars 2013)

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 11:01

Le scandale de la fraude à la viande de cheval, qui secoue l’Europe, se décline de façon inattendue à l’autre bout de la planète. Des chercheurs de l’université du Cap ont testé 146 échantillons de lanières d’antilope séchée, provenant de détaillants et de petits bouchers d’Afrique du Sud, et constaté la présence d’autres viandes… dont de la girafe.

Quatre-vingt-dix pour cent des bâtonnets de viande séchée, censée être du koudou (une antilope africaine) étaient en réalité composés de cheval, de porc, de girafe ou de kangourou. “L’un des morceaux de viande ne ressemblait pas aux autres, ça a éveillé notre curiosité, a déclaré Maria Eugenia D’Amato, chercheuse au laboratoire de l’université du Cap. Nous avons commencé par tester quelques échantillons. Les résultats étaient consternants. Nous avons donc décidé d’officialiser nos recherches.”

Ces bâtonnets de viande faits à partir de gibier sauvage ou d’animaux élevés dans des fermes sont des produits de base en Afrique du Sud et reconnus pour leur faible teneur en graisses. Cette semaine, de la viande d’âne, de buffle d’eau et d’autres ingrédients inattendus a été découverte dans près des deux tiers de hamburgers et de saucisses testés dans le pays.

Presse falsifiée (LeMonde.fr avec Reuters, 1er mars 2013)

 

Viande de cheval : les plats retirés peuvent être redistribués aux associations

Benoît Hamon rappelle jeudi l’existence d’une “disposition réglementaire qui prévoit qu’on puisse faire le don de produits qui ont connu un défaut d’étiquetage”.

Les plats cuisinés qui ont été retirés de la vente en raison de la fraude sur la viande de cheval pourront être redistribués aux associations caritatives, qui seront informées de leur contenu, a indiqué jeudi Benoît Hamon. Interrogé sur RMC, Le ministre de la Consommation a précisé qu’il existait “une disposition réglementaire qui prévoit qu’on puisse faire le don de produits qui ont connu un défaut d’étiquetage”.

Les associations qui “bénéficieront de ces produits alimentaires” devront être informées de leur contenu, a-t-il ajouté. “Ensuite, c’est aux associations de décider si oui ou non elles acceptent ces dons”, a-t-il poursuivi. Mais “ceux qui bénéficieront de ces produits alimentaires ont droit à la réalité sur ce qu’ils mangent”, a insisté le ministre. Il a reconnu qu’un tel don pouvait être coûteux pour ces associations, notamment dans le cas des produits surgelés qui nécessitent un transport frigorifique. “On peut aussi comprendre que les associations refusent”, a-t-il admis.

Pénalité

Dans la foulée du P-DG de Picard, Philippe Pauze, qui avait estimé un peu plus tôt dans la matinée que d’autres fraudes étaient à prévoir, Benoît Hamon a reconnu que, dans la mesure où les contrôles étaient étendus dans les filières alimentaires, la découverte de nouveaux cas frauduleux ne pouvait être exclue. Il a promis en outre que les sanctions contre les auteurs de tromperie économique dans l’alimentaire seraient renforcées. “Dans le projet de loi consommation que je présenterai en avril, nous allons multiplier par dix le niveau des amendes payées. Mais on réfléchit à une autre solution qui pourrait être de faire payer une pénalité correspondant à 10 % du chiffre d’affaires de la société”, a-t-il prévenu.

Le scandale a éclaté au début du mois lors de la découverte dans des plats cuisinés surgelés de la marque Findus de viande de cheval à la place de viande de bœuf. L’affaire a essaimé dans toute l’Europe, touchant, outre Findus, Fleury Michon, Carrefour, Intermarché ou encore Picard et Ikea, les obligeant à retirer des milliers de plats cuisinés de la vente.

Presse falsifiée (Agence Faut Payer via LePoint.fr, 28 février 2013)

 

Viande de cheval pour les pauvres : les associations demandent des garanties

Les plats surgelés contenant de la viande de cheval retirés de la distribution à cause de la fraude pourraient être mis à disposition des associations caritatives. C’est ce qu’a annoncé Benoît Hamon, ministre de la Consommation. Les associations se montrent prudentes et exigent des garanties. Elles doivent rencontrer la ministre déléguée chargée de la Lutte contre l’exclusion, Marie-Arlette Carlotti, ce mardi 5 mars.

Benoît Hamon a rappelé que la loi française prévoyait que l’on puisse faire don des produits ayant connu un défaut d’étiquetage. Mais, « c’est aux associations de décider maintenant si oui ou non elles acceptent ces dons », a précisé le ministre.

Plusieurs associations apportant de l’aide alimentaire aux plus démunis avaient déjà dit « oui » la semaine dernière. Leur position n’a pas changé. Révoltées par le gaspillage de nourriture de manière générale, elle se disent prêtes à accepter ces plats surgelés contenant de la viande de cheval. Mais seulement à certaines conditions. L’absence de tout risque sanitaire doit être confirmée, et les denrées doivent être correctement ré-étiquetées.

Si les aliments sont jugés « sains » par les autorités sanitaires, la Fédération française des Banques Alimentaires, qui fournit des denrées à plus de cinq mille associations, ne voit aucun inconvénient à les redistribuer. « Encore faut-il que les bénéficiaires potentiels soient informés et, surtout, d’accord pour consommer de la viande de cheval », insistent les responsables des Restos du Cœur.

Question logistique et financière

Il faudrait aussi, impérativement, qu’une aide logistique soit apportée aux associations. « Le transport et le stockage des produits surgelés coûtent cher », rappelle Julien Lauprêtre, président du Secours Populaire, qui envisage de faire appel aux communes, aux départements et aux régions.

Le président de la Fédération Française des Banques alimentaires, Alain Seugé, assure pour sa part avoir de la place pour recevoir de nouveaux dons. Les quatre-vingt-dix-sept antennes de son association disposent en effet de cent mille mètres carrés d’entrepôts et de sept mille mètres cubes de chambre froide.

Question morale

Outre les aspects sanitaires et financiers de l’opération, reste la question morale. Le président du Secours Catholique, François Soulage se demandait, ce vendredi 1er mars, pourquoi ce qui est inacceptable pour les uns serait acceptable pour les pauvres. « C’est une question de dignité. On n’a pas envie de stigmatiser les personnes démunies, de souligner que parce, qu’on ne mange pas à sa faim, on peut manger des produits que les autres ne veulent pas » , insiste l’un des dirigeants de la Croix Rouge française.

Un scandale qui porte sur 550 tonnes de viande de cheval

Le « chevalgate » touche désormais treize pays européens. Quatre millions et demi de produits frauduleux, contenant cinq cents cinquante tonnes de viande de cheval à la place du bœuf, seraient concernés. De nombreuses entreprises sont touchées : Findus, Carrefour, Intermarché, Picard ou encore Ikea. Selon la Fédération française du Commerce et de la distribution, l’ensemble des produits retirés des rayons sont actuellement stockés dans des chambres froides. Et ils ne peuvent pas être vendus.

Presse falsifiée (Anna Piekarec, RFI.fr, 1er mars 2013)

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 12:54

Interview – Résoudre la question alimentaire à l’échelle planétaire, en se passant de l’agriculture conventionnelle ? Ça ressemble à une utopie, mais c’est la réalité de demain, selon certains. Parmi eux, l’agronome Jacques Caplat. Entretien.

 

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Jacques Caplat est agronome et géographe.

L’idée que les rendements en bio sont plus faibles qu’en conventionnel est récurrente…

Si l’on considère que l’agriculture bio, c’est faire la même chose qu’en conventionnel moins la chimie, alors oui, c’est certain. Mais ça n’est pas ça du tout !

Que faut-il comparer, alors ?

Le système conventionnel s’est construit sur l’idée qu’on peut augmenter les rendements en sélectionnant les semences. On les isole et on regarde comment on peut les faire produire au maximum dans un contexte artificiel. On obtient alors de très hauts rendements, mais ils n’ont plus aucune relation avec la réalité biologique. Et dans le réel, ces variétés doivent être soutenues en permanence par des pesticides et engrais chimiques. Elles deviennent très fragiles. Les parasites se précipitent dessus. Il faut multiplier les intrants. C’est un cercle vicieux. L’agriculture bio est un autre concept. C’est la mise en relation des trois grandes composantes de l’agriculture : un écosystème (le sol, les points d’eau, des haies), un agrosystème (plusieurs espèces végétales, des animaux) et des humains autonomes, en situation de prendre des décisions et non de se les voir imposer par des semenciers ou des politiques.Ce concept fonctionne de façon optimale avec un mélange de cultures sur une même parcelle. Des légumineuses, parce qu’elles sont capables de capter l’azote de l’air. Des arbres, parce qu’ils vont chercher le potassium en profondeur et le restituent en surface. Il n’y a plus de concurrence entre les plantes, mais une complémentarité. Cela permet de bien meilleurs rendements. En Europe, un hectare de blé conventionnel produit 10 tonnes par an. Sur une même surface consacrée au maraîchage diversifié, avec 20 à 30 espèces différentes, on atteint entre 20 et 70 tonnes. Les légumes contenant plus d’eau que le blé, on peut ramener ces chiffres entre 15 et 25 tonnes de matière sèche. Le rendement est deux fois plus grand !

Vous soutenez que l’agriculture bio est le seul système viable dans les pays tropicaux…

Le système conventionnel ne marche qu’en milieu tempéré. Il lui faut une stabilité climatique. Dans les pays tropicaux, les excès de pluie ou de sécheresse peuvent anéantir une année de production en monoculture. L’agriculture associée est plus adaptée. On peut semer des espèces résistantes à la sécheresse, d’autres à des conditions plus humides. Le rendement de chacune n’est pas garanti, mais le rendement global l’est. Et s’il y a des arbres, ils stabilisent les sols et limitent l’érosion. Or, ces conditions aléatoires atteignent les milieux tempérés. Avec le réchauffement, les incidents climatiques sont plus fréquents. Et notre système est d’autant plus fragile que les sols se sont appauvris.

Que disent les études scientifiques sur cette question ?

L’université anglaise de l’Essex a réalisé en 2006 une synthèse sur 57 pays et 37 millions d’hectares. Elle conclut que les rendements sont 79 % plus élevés en agriculture bio dans les zones tropicales. Le Programme des Nations unies pour l’environnement évaluait en 2008 que le passage en bio en Afrique permettrait de doubler les rendements. Olivier de Schutter, rapporteur des Nations unies pour le droit à l’alimentation, écrivait en 2010 : « Pour nourrir le monde, l’agroécologie surpasse l’agriculture industrielle à grande échelle. » Un bémol cependant : en 2006, l’université américaine du Michigan montrait que la conversion intégrale en bio de l’Amérique du Nord et de l’Europe ferait chuter leurs rendements de 5 % à 10 %. Car il s’agirait, dans ce cas, de faire du conventionnel sans chimie, de la monoculture. Mais à long terme, si l’on répand les techniques de cultures associées, on peut penser qu’il y aura une amélioration. Et puis, comme dans les pays tropicaux les rendements augmenteront énormément, à l’échelle planétaire, tout ira bien ! On peut nourrir 10 milliards d’humains sans défricher un hectare de plus. D’un point de vue agronomique, c’est indéniable.

Cette transition est-elle possible ?

Dans les années 1960, on s’est donné un objectif, celui d’une révolution agricole industrielle, et on y est parvenu. Pourquoi pas aujourd’hui ?

Qu’attendre de la réforme de la PAC, la politique agricole commune, en 2013 ?

Elle ne va pas changer la donne. Mais sur la plan national, on peut expliquer aux paysans que l’agriculture bio, c’est l’avenir. Pour 90 % d’entre eux, c’est ringard. Alors que techniquement, c’est très moderne. Beaucoup de progrès récents en sont issus. On peut ensuite faire de l’accompagnement. Et une réforme fiscale. L’agriculture bio réclame plus de main-d’œuvre. Or, aujourd’hui, il est plus avantageux d’acheter une machine que d’embaucher.

Que pensez-vous de la politique du gouvernement actuel ?

Je suis sceptique et déçu. L’objectif du Grenelle d’atteindre 20 % de bio en 2020 n’était pas mauvais. Signé par tous les partis, il permettait de faire basculer les choses. Mais à la Conférence environnementale de septembre dernier, l’objectif a été fixé à 7 % en 2017. Il n’y a aucune ambition politique. Il faudrait dès aujourd’hui consacrer 20 % de la recherche et des moyens d’accompagnement à l’agriculture bio. Or, à l’Inra, seuls 2 % à 3 % des chercheurs sont dessus. Et il s’agit de volontés individuelles !

Et au niveau international ?

C’est très complexe. Prenez la région d’Atakora, au Bénin. Des associations se sont montrées capables de nourrir l’ensemble du pays avec des méthodes d’agroécologie. Mais les paysans ne peuvent pas vendre leur mil à Cotonou, la capitale, car le blé, français ou américain, y est vendu moins cher. Un mécanisme de compensation, prenant en compte les coûts environnementaux (pollution des nappes, conséquences sur la santé) rendrait la concurrence plus juste. —

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 10:07

Le scandale alimentaire qui s’annonce

Que se passe-t-il vraiment dans l’univers de la viande industrielle ? Et que nous fait-on manger, de gré ou de force ? Avant d’essayer de répondre, il est bon d’avoir en tête deux études récentes.

La première, publiée en 2011, montre la présence dans le lait — de vache, de chèvre ou d’humain — d’anti-inflammatoires, de bêtabloquants, d’hormones et bien sûr d’antibiotiques. Le lait de vache contient le plus grand nombre de molécules.

La seconde, qui date de 2012, est encore plus saisissante. Une équipe de chercheurs a mis au point une technique de détection des résidus dans l’alimentation, en s’appuyant sur la chromatographie et la spectrométrie de masse.

Analysant des petits pots pour bébés contenant de la viande, ils y ont découvert des antibiotiques destinés aux animaux, comme la tilmicosine ou la spiramycine, mais aussi des antiparasitaires, comme le levamisole, ou encore des fongicides.

Certes à des doses très faibles — en général —, mais, comme on le verra, la question se pose aujourd’hui dans des termes neufs.

On remarquera que, dans le scandale en cours, un mot a presque disparu : phénylbutazone. Cet anti-inflammatoire, on le sait, a été retrouvé dans des carcasses de chevaux exportés vers la France.

UNE FRAUDE ISOLÉE ?

Or la phénylbutazone est un produit dangereux, interdit dans toute viande destinée à la consommation humaine. S’agit-il d’une fraude isolée ? Ou bien, comme certains éléments permettent de l’envisager, d’une pratique tolérée par les autorités de contrôle ?

Nul besoin d’une vaste enquête pour avoir une idée de l’incroyable pharmacopée destinée aux animaux d’élevage. La liste des produits autorisés contient de nombreux douvicides (contre des vers parasites), anticoccidiens (parasites de l’intestin), anthelminthiques (vermifuges), hormones, vaccins, neuroleptiques et antibiotiques.

Sait-on comment l’oxytétracycline se mélange avec la gonadolibérine chez un poulet ? Comment le flubendazole se marie avec l’azapérone et les prostaglandines PGF2 dans la chair d’un porc ? Le thiabendazole avec le diazinon ou le décoquinate dans le sang d’une bonne vache charolaise ?

Aucune étude sur les effets de synergie de ces produits n’est menée. Il n’est pas dit qu’elles seraient possibles.

Lorsque c’est le cas, on découvre en tout cas un nouveau monde. Le 3 août 2012, la revuePloS One publiait un travail sur les effets combinés de trois fongicides très employés dans l’agriculture. Leur association provoque des effets inattendus sur les cellules de notre système nerveux central.

Commentaire de l’un des auteurs, Claude Reiss : “Des substances réputées sans effet pour la reproduction humaine, non neurotoxiques et non cancérigènes ont, en combinaison, des effets insoupçonnés.”

Effets insoupçonnés, éventuellement cancérigènes, ouvrant la voie — peut-être — à des maladies neurodégénératives comme Parkinson, la sclérose en plaques ou Alzheimer.

Cette découverte est cohérente avec les grands changements en cours dans la toxicologie, qui étudie les substances toxiques.

“LA DOSE FAIT LE POISON”

Aujourd’hui encore, le principe de base de cette discipline est le Noael (No observed adverse effect level), ou dose sans effet toxique observable. Longtemps avant Noael, son précurseur Paracelse — un magnifique alchimiste du XVIe siècle — résumait à sa façon le paradigme actuel de la toxicologie : “Toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison ; seule la dose fait qu’une chose n’est pas un poison.”

Phrase-clé que des générations de toxicologues ont résumée dans cette formule : “La dose fait le poison.”

Mais la connaissance bouscule les idées en apparence les plus solides. Le lourd dossier des perturbateurs endocriniens vient rebattre les cartes de manière spectaculaire.

En deux mots, ces substances chimiques imitent les hormones naturelles et désorientent des fonctions essentielles du corps humain, comme la reproduction ou la différenciation sexuelle.

Or les perturbateurs agissent à des doses si faibles que l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a pu conclure, dans un rapport de 2011, que les effets de l’un d’eux, le bisphénol A, étaient avérés à “des doses notablement inférieures aux doses de référence utilisées à des fins réglementaires”.

Il est certain que ce seul propos marque un tournant. Car du même coup, la dose journalière admissible (DJA) du bisphénol A — sa limite légale — pourrait être divisée par … 2 millions, selon le toxicologue André Cicolella.

Le bisphénol A pourrait même “avoir des effets plus importants à très faible niveau d’exposition qu’à haut niveau”, ce qui mettrait à bas tout l’édifice.

Quel rapport avec cette fraude géante appelée désormais “horsegate” ? C’est on ne peut plus limpide : nul ne sait ce que contient réellement la viande industrielle. Et nul ne veut savoir. Dans la lutte contre l’orgie d’antibiotiques donnés au bétail, le ministère de l’agriculture apparaît comme un Janus biface.

D’un côté, des promesses, et, de l’autre, l’inaction. Il lance fin 2011 un plan de réduction “de 25 % en cinq ans de la consommation des antibiotiques destinés aux animaux”, mais que n’a-t-il œuvré auparavant ? Entre 1999 et 2009, l’exposition du bétail à ces médicaments a augmenté de 12,5 %.

Certes, le volume global a baissé entre ces deux dates, mais les nouveaux produits sont actifs à des doses plus faibles. La situation s’aggrave, alors que l’antibiorésistance a été repérée dès avant la seconde guerre mondiale.

De quoi s’agit-il ? Après un temps court, les bactéries combattues par un antibiotique mutent. Ainsi des sulfamides, introduits en 1936, confrontés dès 1940 à des souches résistantes de bactéries.

LES INFECTIONS NOSOCOMIALES

Ainsi de la molécule de tétracycline, ainsi du tristement célèbre staphylocoque doré, dont plusieurs souches résistantes ont donné diverses lignées SARM (staphylocoque doré résistant à la méticilline).

Le SARM joue un rôle fondamental dans les infections nosocomiales, celles qui surviennent dans les hôpitaux. Bien que des chiffres indiscutables n’existent pas, on pense que les trois quarts des 7000 à 10’000 décès annuels de ce type en France sont le fait de bactéries résistantes aux antibiotiques, au tout premier rang desquelles le SARM.

Des chiffres officiels américains font état de 19’000 morts dans ce pays en 2005, soit davantage que le sida. L’enjeu de santé publique est donc considérable.

Et il n’est pas exagéré de parler d’une maladie émergente, dont l’évolution demeure imprévisible. Tout récemment, le professeur David Coleman, spécialiste de la question, a identifié une souche si différente des autres qu’elle ne peut être détectée par les tests existants. Bien qu’elle touche les humains, elle se développe tout d’abord chez des animaux d’élevage, surtout les bovins.

Ce n’est guère étonnant, car une autre souche — le CC398 — prolifère depuis des années dans les élevages industriels.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a rendu, en 2010, un avis indiquant que le réservoir du CC398 se trouve chez les bovins, la volaille, mais surtout chez les porcs.

Fait inquiétant, le SARM animal est de plus en plus présent dans les infections humaines, et une étude néerlandaise (Voss et al., 2005) établit que les producteurs de porcs sont 760 fois plus touchés que la population générale.

Un exemple frappe l’imagination : celui d’un vétérinaire (Nienhoff et al., 2009) qui transmet à son propre chien un SARM animal acquis au contact d’un porc.

C’est dans ce contexte de grande inquiétude que l’EFSA lance en 2008 une enquête européenne. Disons franchement qu’elle étonne. Laissons de côté le mystère britannique, qui ne reconnaît aucun cas de SARM animal.

L’Espagne, en revanche, a retrouvé la souche CC398 dans 46 % des élevages porcins, l’Italie dans 14 % d’entre eux, l’Allemagne dans 43,5 % et la Belgique dans 40 %. Autrement exprimé, tous nos voisins sont fortement touchés. Mais pas nous.

Nos services ne rapportent que 1,9 % d’élevages porcins frappés par le SARM animal, dont tout le monde sait qu’il tue en France un nombre inconnu, mais en toute hypothèse élevé, de malades.

Ce pourcentage est peut-être exact, mais il fait penser, mutatis mutandis, à ce nuage de Tchernobyl qui aurait par miracle épargné la France.

Il est peut-être exact, mais l’Europe elle-même, par le biais de l’EFSA, a diplomatiquement fait état de sa grande surprise au vu des résultats. Citation du rapport de 2009 : “L’EFSA recommande en outre que de nouvelles études soient réalisées afin d’identifier les raisons justifiant les différences observées au niveau de la prévalence du SARM dans les différents États membres.”

Oui, pourvu que ce pourcentage soit exact, ce qui serait mieux que de jouer avec le feu bactérien. Car laisser flamber le SARM dans les élevages serait autrement plus grave que le tour de passe-passe autour de la viande de cheval.

Aucune équipe gouvernementale, depuis cinquante ans, n’a osé ouvrir le dossier infernal de l’élevage industriel et de la folie des antibiotiques. Le moment est peut-être venu.

Fabrice Nicolino

 

La communication de crise entre en scène

Il n’est pas injurieux de parler de mise en scène. Après tout, chacun évoque depuis longtemps la “scène médiatique”, et c’est bien là que se joue en partie la crise actuelle de la viande industrielle. Parmi les nombreux acteurs de la pièce, l’agence de communication reste obstinément dans l’ombre, ce qui empêche de saisir certains des ressorts de l’intrigue. Mais voyons de plus près.

Le 11 février, le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, déclare : “Je découvre la complexité des circuits et de ce système de jeux de trading entre grossistes à l’échelle européenne.” Est-ce crédible de la part d’un petit-fils d’agriculteur, titulaire d’un BTS agricole, longtemps professeur d’économie dans un lycée agricole ? Mais n’était-ce pas le début d’une stratégie de communication, destinée à éteindre l’incendie ? Il faut comprendre que M. Le Foll s’appuie sur des règles de communication.

Un, il s’agit de désigner un responsable unique, portant un nom et si possible un visage. La recherche d’un bouc émissaire appartient à l’histoire ancienne des sociétés humaines, elle peut paraître élémentaire, mais c’est précisément sa force. La communauté a besoin de se ressouder au détriment d’un coupable.

FEUILLE DE ROUTE

Preuve s’il en était besoin de ce scénario, on a commencé par accuser la Roumanie, pays lointain, mais, la tentative ayant échoué, on essaya d’incriminer un trader néerlandais, avant que le ministre de la consommation, Benoît Hamon, ne charge la société française Spanghero.

Premier mouvement de communication : la désignation. Suivie d’une puissante affirmation de la puissance publique, annonçant fièrement qu’elle allait multiplier contrôles et analyses. Pour enfin imposer une loi nationale à une industrie désormais mondialisée et financiarisée. Ne raillons pas, car nos ministres ne font que suivre une feuille de route, qui est celle d’agences spécialisées. On ne trahira pas un secret en écrivant que d’excellents professionnels sont chargés d’offrir services et conseils en cas de crise alimentaire. L’une des principales agences parisiennes est conduite par un ancien responsable de l’association de consommateurs UFC-Que choisir. Ce qui permet sans doute de répondre à la crise avec bien plus d’à-propos.

Ces agences sont évidemment intervenues dans les dossiers les plus chauds de ces vingt dernières années : vache folle, poulet à la dioxine, farines animales, grippe aviaire, grippe porcine. Un exemple moins connu, mais éclairant, concerne l’affaire des dioxines contenues dans le saumon d’élevage européen, révélée par une étude scientifique parue dans Scienceen janvier 2004. L’agence de communication embauchée par les industriels français du saumon lance aussitôt une contre-offensive qui se révélera payante. On ne peut la raconter en détail, mais elle passera par une authentique désinformation visant à discréditer l’article de Science. Illégal ? Non : discutable.

Fabrice Nicolino

Né en 1955 à Paris, Fabrice Nicolino a travaillé comme enquêteur, chroniqueur ou reporter pour un grand nombre de journaux français, parmi lesquels GéoLe Canard enchaînéPolitisTéléramaTerre sauvageLa Croix. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages, dont des livres pour enfants — dernier en date : Ma tata Thérèse(Sarbacane, 2012)  et des essais comme Pesticides, révélations sur un scandale français (Fayard, 2011) et Bidoche : l’industrie de la viande menace le monde (Actes Sud, 2010).

Presse avariée (LeMonde.fr, 25 février 2013)

 

Minerai de viande : « Avant, on n’osait pas en faire de la bouffe pour chat »

La « viande » de nos plats préparés porte le nom de minerai, « des bouts de machin, de gras notamment, catégoriquement de la merde. Il y a 40 ans, cette matière allait à l’équarrissage pour être brûlée », nous dit un expert.

Ma mère n’a jamais cuisiné. J’ai passé mon enfance à manger des petites quiches vertes toutes molles et des lasagnes à la bolognaise surgelées.

Le scandale de la viande de cheval 100% pur bœuf a éclaté la semaine dernière, et aucune surprise pour moi : je me doutais bien que ce qu’il y avait dans ma moussaka micro-ondée n’était pas de la vraie viande, saillante et fraîche.

Ces petits bouts de trucs marrons étaient denses sous la dent et je crois que cela me suffisait. La sauce rouge (je n’ose plus affirmer que c’était de la tomate) faisait passer le tout. Cela ne m’a jamais empêché de dormir.

Je ne pensais pas qu’on me mettrait un jour face à la triste et dégoûtante réalité : j’ai mangé des centaines de kilos de « minerai de viande » donc de déchets.

C’est un article publié sur Rue89 par Colette Roos qui m’a appris l’existence de ce mot. Certains de mes proches l’avaient découvert en écoutant France Inter ce week-end et ils sont restés bloqués sur des images de terrils, de sidérurgie.

En cliquant sur le mot « minerai » – une page Wikipédia a aussi été créée le mardi 12 février – je suis tombée sur cette définition :

« Un mélange de déchets à base de muscles, d’os et de collagène. »

C’est le mot « collagène » qui m’ennuie le plus.

« Celui qui a haché le minerai a arnaqué »

Colette renvoie aussi vers le blog de Fabrice Nicolino, sur lequel est posté un document officiel [PDF] : la spécification technique n°B1-12-03 du 28 janvier 2003 applicable aux viandes hachées et aux préparations de viandes hachées.

À sa lecture, cela se confirme. On peut donc mettre du « minerai » dans la viande hachée, « qui provient des muscles striés et des affranchis » (y compris les tissus graisseux).

Donc : après avoir découpé les morceaux « nobles » (entrecôte, faux-filet…) du bœuf, l’abattoir récupère les chutes non commercialisables, un bloc de 5 ou 10 kg vendu aux industriels pour la fabrication des plats préparés : boulettes de viande, raviolis, lasagnes, hachis parmentier.

Cela représente 10% à 15% de la masse de l’animal.

« De l’âne et du mulet, personne ne s’en rendra compte »

L’affaire des lasagnes Findus devient plus compréhensible.

Il est impossible de confondre un steak de viande bovine et un steak de cheval, c’est facile de faire la différence même pour moi et les types de Comigel – fournisseur de Findus et de Picard – ne s’y seraient pas laissé prendre. Même en petits morceaux, les deux matières ne se ressemblent pas : la viande bovine est plus rouge, plus grasse, elle n’a pas la même tenue.

Mais, à l’inverse, on peut prendre du minerai de porc ou de cheval (haché) pour un minerai de bœuf, très facilement. Constantin Sollogoub, ancien inspecteur des abattoirs à la retraite, m’explique :

« Quand le minerai est haché il devient un magma prêt à entrer dans les plats préparés. On ne peut plus savoir ce que c’est qu’avec des tests poussés. La mixture peut également contenir de l’âne et du mulet, personne ne s’en rendra compte. Celui qui a haché le minerai et qui a réalisé le mélange entre le bœuf et le cheval est celui qui a arnaqué. Les autres se sont fait avoir. »

Il note qu’il est aussi possible de retrouver des parcelles de viande de porc dans des produits halal : c’est déjà arrivé et c’est bien plus grave.

« Même pas bon pour les chats »

Constantin Sollogoub est un ancien vétérinaire libéral, sympa, enrôlé par l’État pour faire des inspections dans sa région (Nevers). Il nous dit qu’il connaît bien la Roumanie, pour y être allé dans le cadre de son association « Coopération et Échanges vétérinaires » . Selon lui, « au passage », on y trouve surtout des vaches à lait et la viande qui en est issue est de mauvaise qualité.

Constantin Sollogoub se doutait qu’un scandale allait éclater un jour. À propos du minerai, il dit en se marrant :

« Ce sont des bouts de machin, de gras notamment. En fait, c’est catégoriquement de la merde. Il y a 40 ans, cette matière allait à l’équarrissage pour être brûlée. Les industriels n’osaient même pas en faire de la bouffe pour chat.

Là-dessus, nos grandes maisons auréolées de luxe et de qualité, comme Picard, ont décidé que c’était du gâchis… Avec les progrès de la chimie additionnelle, c’est devenu possible d’en faire quelque chose. C’est presque bon à manger, ça a bonne allure. Ces morceaux sont donc ramassés, mis en bloc et congelés et ils se baladent à droite et à gauche. »

Une solution : redevenir parano

Constantin Sollogoub pense que la solution est de redevenir parano et de ne consommer que le steak haché que l’on voit passer dans la machine du boucher. Celui qui est dans les rayons d’hypermarchés est moins sûr. Une dizaines d’acteurs ont probablement spéculé sur la matière, la qualité en a forcément pris un coup.

De son côté, Colette Roos conseille de se remettre à cuisiner avec des bons produits. Les lasagnes bolognaises, c’est 45 minutes de préparation. Et il faut avoir des feuilles de laurier sous la main.

« Il fallait garder 40% de la viande avariée »
Témoignage d’un Intérimaire viande

Sous le papier Minerai de viande : « Avant on n’osait pas en faire de la bouffe pour chat », un intérimaire a témoigné sous le pseudo de Kelval. Ses commentaires sous l’article ont été effacés, parce qu’il y donnait trop d’information et la société qu’il dénonçait pouvait être reconnue. Mais son expérience est si intéressante que nous avons décidé de la publier nettoyée des infos permettant de reconnaître l’employeur.

J’ai travaillé dans une usine de « transformation de viande », et je suis dégoûté définitivement de toutes les viandes hachées surgelées et des plats préparés.

C’était tellement « fou » pour des gens normaux que ma famille m’a conseillé de l’écrire quelque part, ce que je n’ai jamais eu le courage de faire. Rue89 me donne l’occasion de témoigner, donc voici quelques souvenirs.

Dans ces usines, on transforme effectivement des bas morceaux tout à fait corrects en merde. La recette était simple : on recevait des palettes de bas morceaux de marques de boucheries industrielles connues comme Bigard, qu’on décongelait dans des barattes (des sortes de monstrueuses bétonnières de deux mètres de diamètre dans lesquelles on envoie de l’eau bouillante sous pression pour décongeler tout ça en vitesse), et on y ajoutait au cours de trois malaxages successifs entre 30 et 40% du poids en graisse, plèvre, cartilages et autres collagènes.

On obtenait des quantités phénoménales de purée de viande qu’on mettait dans des bacs de 10 kg et qu’on tassait à coups de poings, puis qu’on renvoyait au surgélateur par palettes de 70 caisses. Oui, car on l’ignore souvent, mais on peut surgeler de la viande plusieurs fois de suite, au contraire de la congélation classique.

Azote liquide pour agglomérer la viande

Il y avait aussi la ligne des « cubes de viande ». Vous êtes vous déjà demandé comment ils font pour vous servir des cubes de viande si magnifiquement cubiques ?

Voilà la recette : en sortie de baratte, les ouvriers au nombre de deux ou trois piochent à la main d’énormes brassées de viande sanguinolente, qui sont transférées dans une sorte d’énorme presse avec de nombreuses « étagères ».

On fait descendre les mâchoires qui compressent cette viande, et pour mieux l’agglomérer, on fait circuler entre les plaques (mais, je suppose, pas en contact direct avec la viande, enfin je l’espère) de l’azote liquide.

Quand cette machine était en route ça puait tellement la chimie qu’on avait l’impression d’être près des raffineries de l’Étang de Berre… L’azote étant un des composés de l’air, je suppose qu’il s’évaporait au sortir de la presse s’il y avait eu contact avec la viande. Mais quand même

Des petites quantités de viande dans la boucle depuis plusieurs mois

Après ce traitement, qui je suppose servait à « saisir » la viande pour l’agglomérer, les plaques allaient au congélateur. Le lendemain, ces plaques étaient sorties et on les passait dans un énorme emporte-pièce hydraulique qui découpait les plaques congelées en cubes de 3 cm de côté.

Ces cubes se déversaient alors sur un tapis roulant, et 2 ou 3 ouvriers dont je faisais partie éliminaient tous les ratés, les formes bizarres, les morceaux trop petits ou trop gros. Ça demandait une grosse concentration, et la cadence était très soutenue. Les cubes passaient dans un autre surgélateur à l’azote, avant de se déverser dans des sacs d’environ 20 kg.

Les « non conformes » étaient conservés, passaient dans la baratte suivante, puis sur les plaques suivantes, etc. Virtuellement, il est tout à fait possible que des petites quantités de viande faisaient la boucle baratte – plaque – surgélation – cubes – non conforme – baratte – plaque, etc. depuis des mois

Vous pouvez vous en douter, les cadences étaient très dures à suivre, les heures supplémentaires fréquentes et le travail éreintant. Les conditions « humaines » me semblaient particulièrement inhumaines, justement.

Cette viande a été mélangée à de la viande saine

Les conditions d’hygiène n’étaient guère meilleures. Je passe sur l’odeur de viande écœurante. Le matin quand on arrivait, c’était propre ; mais très rapidement, vu nos activités, on pataugeait dans une boue grasse et sanglante qui recouvrait le sol.

Celle-ci était particulièrement glissante, donc très dangereuse. Pour ne pas avoir à la nettoyer, et donc ralentir la cadence, on aspergeait régulièrement le sol de sel, ce qui augmentait la quantité de boue au fil des heures. Malgré ce sel, je suis tombé plusieurs fois.

Lorsqu’on mettait la viande destinée aux cubes de viande sur les plaques, on avait très rapidement du sang sur tout le haut du corps et jusqu’aux épaules, malgré nos gants qui remontaient jusqu’aux coudes. Ambiance, ambiance

Enfin, il y a eu cette fois, lors un arrivage manifestement avarié (la viande était violette, verte, jaune, et puait, bien que surgelée), où le patron nous a imposé de trier et d’en garder impérativement 40%. Qu’on se débrouille ! Cette viande a été mélangée à de la viande saine. Et hop ! Ni vu, ni connu, je t’embrouille.

Une main dans le hachoir

Nous manions des feuilles de boucher sans avoir été formés, nous étions en contact permanent avec des hachoirs, des machines rotatives Stress, fatigue, objets dangereux ; avec ce cocktail, vous devinez sans doute où je veux en venir. J’ai assisté à plusieurs accidents du travail, plus ou moins graves.

Lors du dernier en date, et celui qui m’a décidé à partir, un de mes collègues (en CDI, moi j’étais intérimaire) a passé la main dans un des monstrueux hachoirs à viande hachée. Il poussait régulièrement la viande à la main quand elle se bloquait. Bien sûr, à chaque remarque, il objectait qu’il « faisait gaffe ».

Cette fois ci, c’était celle de trop. Doigts tout juste reliés à la main par des restes de peau, tendons arrachés et j’en passe. Une catastrophe et des promesses de handicap à vie

Alors qu’il montait dans le fourgon des pompiers, le patron est venu le voir, et lui a dit « qu’il aurait dû lui dire s’il voulait des congés, c’était pas la peine de faire ça ». Quel connard ! J’en ai encore la gorge nouée à y repenser. C’était un des ouvriers les plus productifs de l’usine, et il avait la trentaine, donc encore bien trente ans de boulot devant lui

Je ne mange que la viande du boucher

Inutile d’en rajouter je crois, j’ai déjà fait bien assez long. Inutile aussi de vous dire que je suis dégoûté à vie de la viande hachée industrielle. Le seul hachis que je mange, c’est celui que le boucher du coin de la rue sort de sa machine devant mes yeux. J’ai toujours évité les plats préparés et préféré la bonne cuisine et le partage. Cette expérience n’a fait que me conforter dans mes opinions.

Je n’ai jamais su qui étaient les clients de « notre » viande, et sous quelle marque elle était commercialisée. Les conditionnements sous lesquels elle sortait (10, 20 kg ou plus) me font penser qu’elle était destinée à l’industrie agro-alimentaire (plats préparés), et certainement pas aux commerces ou supermarchés.

Je ne suis pas resté suffisamment longtemps pour en savoir plus non plus. Dès que j’ai pu, j’ai sauté sur la première mission d’intérim qui me permettait de sortir de là, en me promettant de ne jamais y retourner.

Presse avariée (Nolwenn Le Blevennec, Rue89, 14 février 2013)

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Published by coutoentrelesdents - dans ECOLOGIE

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